CHAPITRE
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%É ti*. HbltAlfOir. — Aftl^BMKÀ'J BT COXISTàUCTIOXI DBS PLOTTILLBS. —
LiP continent va payer fe système de l'Angleterre. La Hâncrvre n'offre pas un gage ^uMi^ant pour ba-
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lancer h possession de Malte ; Tltalie a des rivages qoi regardent ce nouveau Gibraltar : Bonaparte a scmgé à lui en opposer un autre; c'est le port de Tarente (ju'il a choisi pour recevoir, sous deux mois, toute la flotte de Toulon. En vertu du traité que vient de violer l'Angleterre, l'armée française, après avoir évacué le royaume de Naples, s'étaif cantonnée dans la partie centrale de la Péninsule ; mais , la condition de cette évacuation n'ayant pas été remplie I le premier Consul crut avoir îe' droit de reprendre le statu quo antérieur au traité. Cette Rouvette occupation du royaume de Naples lui paraissait d'autant plus légitime, que nos porfs pou-' nient être , d'an moment à l'autre , envahis par les immenses forces navales qui naviguaient dans la Mé-^ diterranée, sous le pavillon de lord Gbrnwallis. Déjà, au mois d'avril , immédiatement après le message du roi d'Angleterre, le général en chef Murât avait reçu l'ordre de réunir douze mille hommes, destinés à pafsser sous la conduite du général Gouvion Saint-' Cyr, qui, le \[\ mai, vint à Faenza prendre le commandement en chef, avec la mission d'aller réoccuper, dans le royaume de Naples, les anciennes positions' du général Soult avant la paix. Ainsi Gouvion Sainl-«Cyr se mit en marche, et établit? garnison dans les villes de l^schiera , d'Otrante, de Tarente, etc., et laissa Ancone libre, en raison des ménagemens que le premier Consnl avait prétérit* pour la cotiT de Rome; La proelamatie^n suivante précéda l'invasion du royaume de Naples :
«Le roi d'Angleterre a faussé sa signature ef « refusé d^e&écatcr le traité d'Amiens en ce qui «ofi<*
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or cerne Tévacuation de Malte. L'armée française se a voit donc obligée d'occuper les positions qu'elle « avait quittées en vertu de ce traité. L'ambition c démesurée de l'Angleterre se trouve démasquée « par cette conduite inouïe : maîtresse de l'Inde et « de l'Amérique, elle veut encore l'être du Levant; « le besoin de maintenir notre commerce et de con- « server l'équilibre nous oblige d'occuper ces posi- «c tions dans les États du roi de Naples , positions que tf nous garderons tant que l'Angleterre persistera à a garder Malte. »
Cependant Tarente devint, comme Flessingue, un arsenal militaire, un grand port fortifié. Livourne, où Ton arrêta tous les Anglais, fut mise en état de siège ; on arma les batteries de la côte de la Spezzia; on réunit Pionibino à la France : cette ville entrait dans un vaste système de guerre offensive et défensive conçu par Bonaparte. I^e général Campredon dut fortifier Porto-Longone et Porto-Ferrajo. Le général Moreau commandait en Corse; le général Rusca, à l'île d'Elbe; le général Murât, en Italie. I^ premier Consul traça lui-même des instructions admirables pour la défense combinée de la Corse , de nie d'Elbe et de la Toscane. Dix mille ouvriers concoururent à élever ces fameux travaux qui firent d'Alexandrie la grande place d'armes de l'Italie. « Je qi considère cette place , disait Bonaparte, comme la 9 possession de toute l'Italie; le reste est affaire de « guerre : Alexandrie est affaire de politique. » Les mêmes ordres couvrirent également de batteries et d'ouvrages les côtes de Hollande, depuis Flessingue jusqu'à ïexel Le général Victor , placé à la tête des
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troupes bataves réunies aux troupes françaises, était chargé en outre de défendre les Bouches de la Meuse et de l'Escaut. L'île de Walkeren devint un commandement particulier, confié au général Monnet. Ainsi , depuis l'embouchure de l'Elbe jusqu'au port de ïarente, Bonaparte avait fermé tous les rivages aux Anglais.
Les départemens répondirent aux appels du premier Consul pour donner des vaisseaux , des bâtimens de transport et de l'artillerie. Il y eut un chantier de construction à Paris et dans les ports de l'Océan, depuis Cherbourg jusqu'à Texel. Boulogne fut regardé justement comme véritable port militaire de la descente; mais il en fallait encore un plus vaste pour recevoir les divisions de flottilles qui devaient s'y rassembler. On exécuta les mêmes travaux dans les ports de l'Étaples , de Vimereux et d'Ambleteuse; l'armée les creusa. Il manquait à Boulogne un fort qui protégeât les bâtimens mouillés au large : le premier Consul fit jeter les fondations d'une tour énorme sur un récif isolé. En même temps que le fort s'élevait , on s'occupait à étendre la portée du houlet des pièces de gros calibre jusqu'à deux raille toises. Les ports d'Ostende, de Dunkerque, de Calais , intermédiaires aux Bouches de TEscaut, se hérissaient aussi d'artillerie; toute la côte qui regarde l'Angleterre put être nommée la côte de fer. I^ plus absolue nécessité commandait ce vaste système contre les forces anglaises qui couvraient l'Océan ; il était encore indispensable pour défendre, le long des rivages , la marche des flottilles que Ton dirigeait successivement vers le rendez- vous général de
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Boulogne. L'Angleterre avait mis en mer tout: ce qu'elle possédait de vaisseaux : Toulon , Gênes et Livourne étaient bloqués dans la Méditerranée , par la flotte de Nelson ; les ports d*Espagne et le Cap Saint* Vincent, observés par l'amiral Pellew, les côtes de Brest par Cornwallis , tandis que la flotte du canal manœuvrait sous les ordres de Famiral ILeith et de Sidney Smith.
La république batave, malgré la reconnaissance de son indépendance par le traité de Lunéville , ne formait déjà qu'une province^ une place d'armes française. Elle se ti^ouvait comprise dans la çu^re que la grande république allait porter en Angleterre. £n Helvétie, il fallait procéder autrement; le général Ney, reste avec un caractère diplomatique dans ce pays, y conclut la première capitulation pour quatre régimens. Cette innovation parut inju*rieuse à l'armée et à la France : à l'armée, qui seule, depuis quinze ans, faisait respecter sa glorieuse nationalité par toute l'Europe; à la France , qui , alors encore républicaine, s'indigna du retour de ce trafic de soldats étrangers, établi par l'orgueil ou par iâ méfiance des rois. Mais cette mesure était toute politique; elle enlevait à l'Angleterre et aux coalitions un allié dangereux pour la France , dont les frontières orientales n'ont point de défense, parce que, depuis des siècles , nos rois payaient les Suisses pour garder ces mêmes frontières.
Les immenses préparati& dont le mouvement remplissait ]a Belgique, reçurent alors un nouvel encouragement de la présence du premier Consul, qui partit de Paris, le !^5 juin, pour aller les in^
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çpectar lui-même , dan» un voyage qu'on peut ap»peler une course triomphale. Il visita toute la <^dl:e, 9'arréta à Fle3singue pour ses fortifications , à Oaud pour 9on commerce; en revoyait Anvers, où il entra le 20 juillet , il décida que son port marchand tarait le plus grand port militaire , le plus grand arsenal, et le plus grand chantier de construction du continent. M. Malouet fut iiommé préfet maritime à Anvers, et chargé des travaux de celle puissante création ^ qui sortit , pour ainsi dire , tout armée du génie de Bonaparte. D'Anvers, le premier Consul vint recueillir à Bruxelles les hommages de la reconnaissance- du commerce, qui gagnait tout à ta réunion à la France.
En revenant à Paris , il apprit que les agitateurs , depuis long -temps signalés, des iles de Jersey et de Guernesey, avaient tenté de rallumer dans ta Vendée les torches de la guerre civile, et que, fidèks à leurs sermens, les Vendéens, rejetant ces insinuations britanniques , continuaient de partager avec tous les riverains de l'Océan 1 armement des côtes , la construction et la conduite des flottilles. Une noble idée se pi^senta alors à son esprit , pour répondre à ce nouveau complot de la politique anglaise; ce fut de former une légion de Vendéens, commandée par M. d'Autichamp ; il donna des ordres en conséquence au ministre de la guerre^ le 7 juillet, par une dé|>éche datée de Lille. «Cette lè- « gion, écrivit-il de sa main , doit être composée , of- « ficiers et soldats, des hommes qui ont fait la guerre « de la Vendée contre nous. »
Le i4 juin, Bonaparte avait arrêté la preini
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base de l'organisation de la grande armée d'Angleterre. Elle était divisée en six corps j dans les camps de Hollande , de Gand , de Saint-Omer , de Coinpiègne , de Saint-Malo et de Bayonne. Le camp de Hot lande était fixé à trente mille hommes français et bataves; ceux de Saint-Omer et de Compiègne, chacun à quinze mille hommes. Le général Marmont commandait eu chef l'artillerie ; le général Faultrier était directeur-général des parcs; le conseiller d'État Petiet, intendant-général de l'armée ; et le ministre de la guerre , Berthier , ajouta à ses fonctions celles de major-général. Dans le mois de septembre, le général Soult vint à Boulogne se mettre à la tête (fu camp de Saint-Omer ; le général Davoust se rendit a Ostende pour celui du camp de Brnges, d'abord le camp de Gand. I^ général Ney prit, en octobre, le commandement du camp de Compiègne à Montreuil, après avoir capitulé pour seize mille Suisses que le premier Consul mit sous les ordres du général Baragoay d'Hilliers , comme corps de réserve. Le général Pino passa en France avec une division de troupes italiennes , pour faire partie de l'expédition. Le général Augereau rassembla, aux environs de Bayonne, l'armée des Pyrénées , destinée à agir contre le Portugal , si le général Lannes , envoyé à Lisbonne , n'obtenait pas de ce gouvernement sa renonciation à toute influence britannique. Cette négociation ftit heureusement terminée : le Portugal, qui n'osait rompre ni avec la France, ni surtout avec l'Angleterre , acheta son repos par un tribut annuel de seize millions , dont il paya sa neutralité. Ce traité fut conclu à Lisbonne , le i5 décembre. L'Espagne , dont la po-
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sition avait alors une grande affinité avec celle du Portugal , lui avait donné l'exemple de cette transaction entre sa politique et ses intérêts. Au lieu de fournir à la France le contingent stipulé dans le traité de Saint-Ildephonse , elle l'avait converti en un subside annuel de soixante millions , par la convention signée à Madrid , le ig octobre , entre le général Benrnonville et D. Cevallos. L'Angleterre ne surprit pas d'abord le secret de cette importante modification au traité de Saint-Ildephonse; mais^ dès qu'elle le connut, elle jura que l'Espagne ne jouiraitpas long-temps des avantages que la neutralité procurait à son commerce, dont la France recueillait tout le profit. Le premier Consul, par une autre négociation, avait également soustrait une proie assurée à la marine britannique, en cédant à ses fidèles alliés deâ Etats-Unis d'Amérique , la belle colonie de la Louisiane, pour une somme de soixante-dix millions. Ces opérations d'une admirable prévoyance marchaient parallèlement avec les préparatifs d'une guerre dont tous les élémens étaient implacables.
Cependant, insensiblement les formes républicaines disparaissaient des habitudes politiques de la nation. I/armée , qui partageait la royauté consulaire, reçut elle-même le signal d'une réforme remarquable qui, sans nuire sans doute aux souvenirs de sa gloire , en altérait au moins les titres. Le nom de régiment fut imposé aux demi-brigades ; celui de colonel , donné à leurs chefs. Sans les numéros, que le premier Consul voulut conserver, on eût entièrement perdu les traces de ces beaux surnoms de V Impétueuse , de Yinnncibley de la Terrible y accordés II. i4
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comme des récompenses , sous la vérîtaUe république , par le héros d'Italie. Ces changemens s'opéraient sans la moindre observation de la part des troupes, qui venaient de monter avec leur générai sur le trône républicain , et qui , habituées de leur nature à l'obéissance passive , sanctionnaient pour elles et pour les citoyens , par une soumission aveugle , tout^i les inspirations de la volonté du premier Consul.
En regard de tous les apprêts formidables dont les deux mers de la France étaient le théâtre , TAngle*terre affectait des dispositions politiques et des dé^ démonstrations militaires de la plus hante impoi^ tance. Sur terre ^ son parlement ^ en attitude presque convulsive à la voix du colonel Crawfurd, le grand terroriste de la descente , ressuscitait les lois d^ Anglo-Saxons et le statut de Henri III , pour voter d'acclamation la levée en masse du peuple anglais. « N'en a doutez pas j s'écriait cet orateur, l'objet deTenneipi (c est certainement de marcher sur Londres j et de « subjuguer ainsi à la fois la métropole et l'empire.^ On décréta aussi la formation d'une armée de réserve. Lie patriotisme des associations de commerf^ s empressa d'assigner des fonds considérables pour en* courager et recompenser le zèle des défenseurs dQ rÉtat. On traça des camps sur la côte; on .pvoclaïaa 1^ levée an masse dans les trois royaumes | aus^tot que l'acte de d^fiBOse eut été revêtu de la i^n<^icp rpyale , et le do^ d'York fut npiumié génér^liâsipa^. Ainsi la peur d^ la descente , à laquelle personne m croyait en France , assiégeait réeUem^nt les conseils britanniques et la nation. Sur mer, le spectacle se montrait encore plu« impo^ant^ el prouvait en
n.éme tradps l'agitaition inquiète qui avait p^rvcurti la sagesse du gouvernement anglais. Sept cent tfente«quatre voiles ùe guerre fausaient flotter le paviUoo de la Grande-Bretagne sur toutes les mers dfii Nord , et s^t flottes bloquaient tous les points et. toutes les embouchures des fleuves ^ depuis k Sund jusqu'aux Dardanelles. La Tamise «U^-méme était la priaooiiîère de la terreur britannique; une chaînée de frégates, amarrées par d'énormes b^^res de fer, en ferm^iit l'entrée. Indépendamment de ces précau* tion$, les ennemi^ bombardèrent successivement , mais sans résultat, les ports de Granville, Dieppe, Fécamp , Saint-Valery , Boulogne , Calais. La pour* suite rigoureuse journellement exercée contre les convois de fi/e^ttille qui marchaient sur Boulogria, donna lieu à une foule de petits engagemens où les Françaiscuroït toujours l'avantagie , notamment sous te Cap-Blanc et sous le Cap Grinès. Les Anglais sér tonnèrent de voir les capitaines de vaisseau Saint* Houen et Pervieux oser attaquer, avec de frél^ embarcations 1 leurs bâtimens de guerre et leurs fr^"*gates. Le preiDier Consul assista, à bord d'une gfh 1ère , à l'un da ces combats , daps un voyage înopiaé à Boulogne, où il arriva le 4 novembre. U présenta k bataille aux Anglais, qui im purent ron^prela ligpe d'emboil^age française. Après avoir inspecté les troupes de terre et de mer, et fait exécuter sous sep yeu&les casais d'embarqueflaeut et de débarquei^ent j après avoir visité les travaux des différent ports, el suffiaMomenl; accru, par sa présence, l'inquiétude de ses ennemis, il repartit brusquei^Wt„ le 19 «
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pour Saint-Cloud; le i8 , il avait repris le cours des affaires du gouveraeraent.
 la même époque y l'escadre de Brest , forte de neuf vaisseaux et de six frégates , se préparait à mettre à la voile , sous les ordres de TamiralTruguety et menaçait l'Angleterre d'aller ranimer les troubles dont llrlande venait d'être le théâtre. L'Angleterre aussi avait vu, depuis la paix, une conspiration contre le roi et le gouvernement, ourdie par le colonel Despard , qui subit la mort , ainsi que ses complices, pour crime de haute trahison. En Irlande, l'attaque avait été démagogique, et exécutée d'abord avec avantage par des payans, qui, sous la conduite d'un jeune fanatique nommé Emmett, commirent quelques massacres dans la ville même de Dublin , et furent bientôt dissipés par une poignée de soldats. Le gouvernement anglais, en réprimant chez lui l'esprit de conspiration , l'avait puni comme un grand attentat; mais, par un renversement subit de sa morale politique, il crut devoir l'accepter comme auxiliaire pour armer la république contre son premier magistrat. Cette insigne violation du droit des gens s'introduisit en France et dans les États voisins, à la faveur de la stupeur générale dont l'Europe était saisie y entre la crainte du succès de la descente qui aurait tué F Angleterte, et la crainte de voir succomber Bonaparte , dont la perte eût rouvert subitement l'abîme des révolutions. La France seule ne partageait point cette grande inquiétude; mais aussi, sans le savoir , elle recelait déjà dans son sein un péril plus réel.
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