‹ Histoire de Napoléon (volume 4)Chapitre 17 sur 30 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

(iSOâ.)

COVSFIAATIOir DS GIOROES. — MORBAU. PIGHIG&U. MORT DU OJSC

D*£VGHIX1I. •«- AVrAIRX DK DRARB ET DE LA BAROVirB DE RBICH.

Dbux ans après le 1 8 fructidor , qui avait amené la déportation de Pichegru, te Directoire fut renversé, comme on Ta vu, et le 18 brumaire plaça l'ancien élève de ce général à la tête de la république. Ce jour, Moreau, au lieu de se renfermer avec d'autres généraux dans une neutralité honorable pour les principes qu'on lui supposait, s'offrit de luimême à Bonaparte , afin de coopérer au succès de cette révolution , et accepta la mission d'aller investir le palais du gouvernement , où se trouvaient encore les directeursGohieretMoulins.Moreau n'avait su ni jouer le rôle de Bonaparte avant le retour d'Egypte, ni, depuis, se faire oublier; trois ans auparavant, il n'avait pas osé, en sa qualité dégénérai en chef, dénoncer au gouvernement Pichegru comme traître, et ne s'était décidé à remplir ce devoir, que lorsqu'il put craindre pour lui-même. Cependant, malgré cette conduite , qui devait séparer ces deux généraux par uiie inimitié irréconciliable, un motif

alors inconnu , mais sans doute de la plus haute importance, avait renoué leurs relations d'amitié, quoiqu'ils habitassent, l'un l'Angleterre, et l'autre

la France.

Echappé des déserts de Synamary , Pichegru vint chercher un asile à Londres , où il prétendait avoir des droits à réclamer la protection des Bourbons, de l'émigration et du ministère : on le reçut avec toute la faveur d'une victime révolutionnaire; le parti royaliste s'aveugla même au point d'en attendre encorde succès de ses anciennes espérances; mais Pichegru , dont l'Europe entière connaissait la trahison, s'était rendu justice. Il sentit bien qu'un pareil souvenir ne pouvait Aire éteint dans l'armée, qun le premier Consul, qu'il regardait comme son ennemi personnel, possédait les moyens de le d^honorer de nouveau auprès des citoyens et des soldats, et qaMl devait se rabaisser à un rôle secondaire, au heu de reprendre celui de Monck , auquel l'avaient appelé, à l'armée du Bhin , en 1796, la eoofianca de J^uis XVill , celle du prince de Condë que son serment l'obligeait à combattre, et la politique corruptrice de FAngleterre. En conséquence, il désigna au^ princes français et au cabinet de Londres, pour le placer à la tête delà contre-^révolution, le général Moreau, le vainqueur de Ttohenlinden, celui que l'on qualifiait de chef militaire de l'opposition qui s'élevait contre Bonaparte, et de représentant de la eause républicaine. Le rapprochement entre ct% ikux généraux avait été habilement ménagé à Paris, tn i8o!i, par l'abbé David, ancien curé, ami de Piehfigru. L'abbé David ayant été arrêta à Calais,

Kchegrtt envoya de Londres , à Moneau , le général Lajofeds, fibd'tm fermier de la baronne de Réi(ch, parente des généraux Kiinglin et Wutniser, attachée en Allemagne au parti anti-français. Il ne s'agissait pkis de réconciliation , mais de confidences contre-révolutionnaires de la part de Pichegru. Au nom des princes français et du gouvernement britannique, on arrêta un plan de conspiration ; Lajolais en fut porteur, et repartit pour Londres après avoir conféré à Paris avec Moreau. Les conjurés d*outre-mer furent divisés en trois bandes , auxqudlles on marqua trois lignes , partant de la falaise de Béville , pour leur voyage jusqu'à Paris. Le 12 1 août 1803, s'opéra un premier débarquement, commandé par Georges Cadoudal; un second, dont Coster Saint- Victor faisait partie , le 10 décembre; et un troisième, où se trouvaient Pichegru et Lajolais, le 16 janvier. Un quatrième, plus important, devait encore avoir lieu; les vents contraires l'empêchèrent : c'était celui qui amènerait en France ua prince français. Georges et deux de ses affidés allèrent au devant de Pichegru à la ferme de laPotherie, dernière station de la route des conjurés.

plusieurs élaient déjà arrêtés; on apprit par leurs dépositions, et par celle de son propre frère, que Pichegru était descendu àChaillot, chez Georges, sous le nom de Charles , et qu'il avait occupé diverà logemens à Paris. Ceux qui ne connaissaient pas ce général, déclarèrent que quand un certain pérsob-* irage arrivait chez Georges, chacuii se levait et le traitait avec un res^ct particulier. Ces récits dts sousordres ée. la conspll'ation donnèrent à la police hi

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crainte qu'un prince de la maison de Bourbon ne fut déjà à Paris. Le gouvernement sut bientôt que Moreau avait vu Pichegru chez lui; et qu'à une autre conférence du soir, sur le boulevart de la Madeleine , Pichegru lui avait présenté Georges Cadoudal; deux fois encore , Pichegru et Moreau avaient eu des entretiens particuliers, d'où il était résulté, malgré quelque dissidence dans les moyens d'exécution, le projet de changer totalement la forme du gouvernement. Cependant rien de plus hétérogène que l'union de ces trois personnages, de souvenirs, de conditions, de vœux essentiellement différens, et obligés de franchir , pour se trouver , pour parler, pour s'unir ensemble, les plus puissantes considérations. Moreau , le dénonciateur de Pichegru , était l'auteur de sa perte. Pichegru avait, jusqu'au dernier moment , tenté de faire battre Moreau par les Autrichiens, et Georges, le plus fougueux chef de la chouannerie , se voyait à regret associé à deux généraux républicains qui pouvaient se trahir encore et ruiner la conspiration. Pichegru cependant, entièrement voué à son succès , nourrissait en outre une haine ancienne contre le premier Consul , à qui il reprochait le 1 3 vendémiaire et l'appui donné par l'armée d'Italie au i8 fructidor. Pichegru oubliait que, depuis 1796, le droit d'accuser ne lui appartenait plus. Un de ses amis, Rolland, ancien entrepreneur des subsistances militaires , assez courageux pour lui donner asile chez lui, l'engagea vainement, dit-on , à renoncer à sa criminelle entreprise. On assure que Pichegru lui répondit qu'il agissait en vertu des plus hauts pouvoirs , qu'il avait à ^ disiKh

sition les ressources de T Angle terre, et qu'il portait deux pistolets, dont Tun serait pour celui qui voudrait l'arrêter, et l'autre pour lui-même. Il jura çe^'i/ ne périrait jamais de la main des bourreaux de Bonaparte.

Les prisons renfermaient déjà presque tous les complices , au nombre de quarante-cinq. Il ne restait encore de libres que Moreau , Pichegru et Georges, les triumvirs de la conjuration. Les conjurés se nommaient : Bouvet de Lozier , Rusilion , Rochelle, Armand et Jules de Polignac , d'Hozier , de Rivière , Léridant, Picot, Couchery, Rolland, Lajolais, David, Gailliard, Roger, Hervé, Lenoble, Coster, Lagrimaudière , Joyant , Louis et Noël Ducorps , Darty , Burban, Lemercier , Pierre Cadoudal , Lelan, Eyen, Merille, Gaston et Pierre Troche; Monnier, sa femme ; Denaud , sa femme ; Verdet , sa femme ; Spin, la fille Hézay; Dubuisson, sa femme; Caron^ Gallais et sa femme.

Le 1 5 février , les informations ayant paru satis* faisantes , Moreau fut arrêté. Le 1 7 , Tordre général de la garnison de Paris portait : a Cinquante bri- «gands.... ont pénétré dans la capitale ; Georges et « le général Pichegru étaient à leur tête. Leur ar- « rivée avait été provoquée par ' un homme qui « compte encore dans nos rangs , par le général Mo- « reau , qui fut remis hier aux mains de la justice « nationale. Leur projet, après avoir assassiné lepre- « mier Consul , était de livrer la France aux horreurs « de la guerre civile et aux terribles convulsions de « la contre-révolution. »

{y'opipiop. Quoique éclairée depuis lon^-tempi;

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9ur réloigoement inspire par une obsession domestiqué à Moreau pour ie premier Consul , se refusa à croire de telles accusations. La gloire des armes jetait alors de profondes racines } le public , à qui l'avilissement de ses grandes renommées et le sacrifice de sa longue admiration sont également insupportables, se mit à soutenir une sorte de guerre contre Bonaparte. Cette opposition déclarée gagôà plus rapidement encore les vétérans des armées du Nord y que Moreau avait commandées avec tant de succès. La France militaire , alors réunie tout entière sous le premier Consul, se divisa de nouveau , et reprit ses anciennes rivalités entre l'arma d'Italie et d*Egypte , et Farmée du Rhin. La cause de celle^i était demeurée intacte , ainsi que sa vénération pour son dernier chef. Le genre de vie adopté par Moreau paraissait à beaucoup de gens , et à ses aneieÉi& officiers, une retraite au moins contre Tinjustice, si ce n était contre la persécution ; aussi cet ordre du jour du gouverneur de Paris reçut-il un accueil peu favorable , tant il choquait les opinions et cette favetir répubKcaine dont Moreau aimait à s'envelopper. La raison publique se révolta à l'idée d'une connivence avec Georges , et à celle de l'assassinat du premier Consul. Ainsi le but de prouver la culpabilité de Moreau ^/jui , le lendemain , devint la matière du rapport du grand-juge au gouvernement, fut dépassé, et par conséquent manqué. La justice eut affaire à une singulière difficulté , à l'incrédulité du public; il jugea le forfait Impossible, à cause de son énormité. L'opposition qui régna pendant tout ce pvocès alla presque jusqu'à l'attitude séditieuse :

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erreur honorable pour le caractère national , qui dd^ njeura indécis entre le culte qu'il portait si justemeiil au premier magistrat de la république et Id came d'un illnstre accusé !

Le &8 février , un sénatus-consulte suspendit pour deux ans la procédure par jury ^ et investit les tribu* naux criminels de la connaissance des crimes d^ haute trahison , d'attentats contre la personne du premier Consul, et contre la sûreté intérieure et extérieure de la république. Le même jour une loi spéciale appliqua la peine capitale aux receleurs des conjurés, comme complices; le même jour encore, aussitôt la proclamation de cette loi , Pichegru fut livré y dans- la rue de Chabanais , pour une somme de 100,000 francs , par un homme chez lequel il s'était réfugié. A deux heures du matin , des agens de po licci munis de la clef que cet hôte perfide et a jamaili infâme leur avait donnée , entrèrent dans la chambre où dormait Pickegru , se saisirent de ses pistolets et se jetèrent sur lui. Ce général , quoique surpris et sans armes , se défendit long-temps et ne céda qu'au nombre. Il fallut le lier et le conduire en chemise k la Préfecture de Police , où il subit un premier in^ terrogatoire; de là il fut transféré au Temple j et confronté avec ses complices; on le reconnut pour être le Charles à qui l'on témoignait chez Georges tant de respect. Le signalement de Georges Cadoudal avait été communiqué k toutes les barrières , à tous les gendarmes , à tous les délégués de la police , et affiché partout. Enfin, le 9 mars, Georges fut arrête, en cabriolet^ non loin du carrefour de Bussy, par deux agens , dont il tua l'un et blessa l'autre , de deiix

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coups de pistolet. Il portait encore un poignard ; mais la foule l'entoura et l'empêcha de se sauver. G>iiduit à la police j il avoua sans hésiter : Qi^il était venu à Paris pour aMaqu/ei le premier Consul par des moyens de vive force , et avec des moyens pareils à ceux de son escorte et de sa garde ^ mais quUl attendait pour cela qu'un piince français fut arrivé à Paris, Pichegru , au contraire j se renferma constamment dans un système de dénégation absolue I soit par rapport à Georges , soit par rapport à Moreau , malgré les déclarations faites en sa présence par Bouvet de Lozier , Rolland , Couchery y Lajolais. Moreau débuta aussi par le même système , auquel il dut bientôt renoncer. La nature lui avait donné le courage des champs de bataille , en lui refusant cette force morale qui ennoblît toujours ladversité et quelquefois le crime lui-même.

Le 8 mars , il écrivit au premier Consul une lettre justificative ; on y retrouve l'embarras qui caractérise celles qu'il adressa de Strasbourg au directeur Barthélémy. Après avoir établi ses premières relations avec Pichegru , à qui il devait , disait-il , le grade de général de division , le commandement de l'armée de Hollande et celui de Tarmée du Haut-Rhin ^ et, enfin, qu'il avait également remplacé à l'armée du Rhin , il disait :«.... Dans la courte campagne de l'an v « (celle du ao au a 3 mars 1797) 9 nous prîmes \e& « bureaux de l'état-major de l'armée ennemie : on « m'apporta une grande quantité de papiers , que le c€ général Desàix , alors blessé , s'amusa à parcourir, ce II nous parut , par cette correspondance , que le «c général Pichegru avait eu des relations avec les

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« princes français. Cette découverte nous fit beau- «c coup de peine , et à moi particulièrement ; nous a convînmes de la laisser en oubli. Pichegru , au ce Corps-Législatif, pouvait d'autant moins nuire à la « chose publique , que la paix était assurée. Je pris « néanmoins des précautions pour la sûreté de Tar- « mée^ relatives à un espionnage qui pouvait lui

« nuire Les évènemensdu i8 fructidor s'annon-

cr çaient; l'inquiétude était assez grande : en consé- « quence, deux officiers qui avaient connaissance « de cette correspondance m'engagèrent à en doute ner connaissance au gouvernement J'étais

« fonctionnaire public , et je ne pouvais garder un

«plus long silence Pendant ces deux dernières

« campagnes d^ Allemagne et depuis la paix^ il nia « été quelquefois fait des ouvertures assez éloignées j « pour savoir s'il serait possible de me faire entrer « en relations avec les princes français. Je trouvai « tont cela si ridicule , que je n'y fis pas même de « réponse. i> Moreau nie ensuite avoir la moindre part à la conspiration actuelle , et il ajoute:» Je vous « le répète, général, quelque proposition qui m'ait a été faite^ je Tai repoussée par opinion... De pa- « reilles ouvertures^ faites à moi, particulier isolé, « n'ayant voulu conserver aucune relation , ni dans a l'armée, dont les neuf dixièmes ont servi sous flc mes ordres , ni aucune autorité constituée, ne pou- « vaient exiger de ma part qu'un refus. Une délation

«r répugnait trop à mon caractère Voilà, général,

« ce que j'avais à vous dire sur mes relations avec « Pichegru relies vous convaincront sûrement qu'on « a tiré des inductions bien fausses et bien basar-

faa nisTQiBJf

<K déei de démarches et d^actions qui , peiit*«tre « imprudente» , étaient loin d'être criminelles. » Moreau oubliait qu'il était obligé comme citoyen, après l'avoir été comme général en chef ^ de révéler les complots tendant à renverser le gouvernement de son pays ; il oubliait aussi qu'il avait dénoncé Pichegr u au Directoire , et il savait très4>ien, par Georges et Pichegru, que de nouvelles machinations menaçaient et la vie du premier Consul et le salut de la république. Enfin c'était encore à lui que l'on s'adressait , même depuis la paix, pour donner un chef à une conspiration. Moreau avait mieux défendu la France qu'il ne se défendait luimême; sa lettre fut jointe aux pièces du procès qui commença. Il occupa tout Paris : le Palais de Justice et ses avenues étaient, dès la pointe du jour, assiégés par une foule délibérante que la présence des troupes parvenait difficilememt à contenir. La hardiesse et la publicité des opinions impiimaient à cette affaire le caractère d'un grand intérêt national. Frappé de cette étonnante expression de la pensée, qui partageait la capitale entre le chef du gouvernement et un accusé, le premier Consul chargea le colonel Sébastiani d'aller confidentiellement s'infur* mer auprès de l'un des juges , M. de la Guillaumye, ancien intendant de Corse , de l'issue que pourraient avoir les débats. Ce magistrat lui dit que Moreau était coupable , mais que les preuves légales manquaient pour une conviction pleine et entière; que d ailleurs la fqrce de l'opinion publique combattait l^ur autorité y et , enfin , qu'il ne prévoyait pas que Moreioi pût cire condanmé à une aiutre peine qu'à

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uae détention limitée : « La Guill€iumjre a raison^ « dit le premier Consul j les Parisiens sont toujours « pour les accusés. Quand Biron fut condojnné à ^ mon par le parlement^ bien justement^ comme ff traitre , on fut obligé de doubler la garde , et; de « le faire exécuter à huis clos à V Arsenal. » Un gé* uéral y présent à cet entretien , représenta au pre* mier Consul qu'il aurait été bien plus simple de traduire Moreau deva&t une commission militaire : « Je ne V ad pas fait ^ répoedit Bonaparte, poursau- ^ ver votre tête et la mienne.» Quelque temps après , comme l'affaire approchait de sa conclusion, le conseiller Clavier, ardent républicain, qui figurait également au aombre des juges de Moreau, fut aussi presaeati sur le jugement. On lui assura que Tintention du premier Consul , si le tribunal pro* Bonçait la peine de mort, était de faire graca à Moreau : « Qui m0 la fera, â mai? » répliqua-t-^U bru^* quemeiit. Et en effet, la France ne Veàt absous que dix ans plus tard , quand en jSi3 Moreau appai*f;t dans les conseils et dans les armées de la sixième coalition , qui tua sa patrie et son ennemi* Le^ réponses des deux magistrats et les paroles du premier Consul ei^priment fidèleqient la situation des choses et des esprits, à cette grande époque où la, liberté n'avait encore ni tout pardonné , ni tout dpnné à )i^ gloùre et au génie* Ce qui poiqfiplète aussi le tableaa de cette situation, c'est l'afflupnce journalière de cette multitude d'adresses qui , expédiées de toutes les |)arlies de la France par chaqup tribunal , chaque administration , cbaquie régiment , chaque corporation ecdéaiastiqiie^ enfin par les moindres canun^

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par les plus éminentes fonctioDs de la république , remplissaient toutes les pages du Moniteur. I^e besoin du salut du premier Consul était universel; aussi le sentiment de ce besoin éclata unanimement quand on connut le danger. Moreau fut condameé, dans ces adresses ^ par tout ce qui représentait la France politique ^ administrative , judiciaire et religieuse ; mais une foule de citoyens voulurent intervenir eux-mêmes dans le jugement de cette cause extraordinaire , où ils prenaieut parti , autant pour l'innocence de Moreau que pour la conservation de Bonaparte.

Pendant que cette machination intérieure occupait le premier Consul , une autre machination ourdie àTextérieur , et qui par sa marche, ainsi que son but, lui parut identique avec la première, attirait ses regards sur les bords du Rhin. Toutes les deux étaient des conceptions enfantées à Londres. Le ministre anglais à Munich, M. Drake, avait été choisi, ainsi que son collègue de Stuttgard , Spencer Smith, pour fomenter les conspirations contre la vie du premier Consul , et contre la France les insurrections civiles et les trahisons. Ces infâmes moyens, repoussés par le droit des gens et même par le droit de la guerre , furent employés avec une telle impudeur, que Bonaparte résolut de les faire connaître à FEurope , pour l'éclairer enfin sur le machiavélisme du cabinet de Saint-Jomes. La conduite de ce cabinet n'était pas nouvelle ; elle datait de l'administration de M. Pitt, aux premiers temps de la révolution. Au dedans, la corruption britannique assiégeait la France dans les conseils républicains et dans ses ar-

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