‹ Histoire de Napoléon (volume 4)Chapitre 2 sur 30 · G HISTOIRE · texte numérisé non relu

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de la France, il n'était revenu que pour la défendre. Il jura sur son épée que son départ n'avait point d'autre cause , et lui point d'autre intention. Ainsi Bonapatte n^était pas autorisé par des instructions à quitter l'Egypte quand il le croirait convenable ; et s'il ne faut pas tout-à-fait regarder comme une fable cette lettre du Directoire qui le rappelait en France, il est certain qu'il ne la reçut point avant son départ d'Egypte.

Les cinq directeurs , divisés, non en trois factions , ttiais en trois intrigues , prirent chacun pour eux ce serment militaire. Toutefois, voulant éviter de leur douner aucun soupçon et de se prononcer plutôt pour Yixtï que pour l'autre , Bonaparte recommença le geùre de vie retirée qu'il avait adopté , soit lorsqu'il fut abandonné par le Comité de salut public , après le siège de Toulon et l'affaire du Cairo , soit après l'inspection de Tarmée d'Angleterre , avant de partir pdUr l'Egypte. Il se montrait peuenpublio, h'allait au théâtre qu'en loge grillée , ne fréquentait ostensiblement que les savahs, et ne consentit à dîner chez les directeurs qu'en famille. Il ne put cependant îtefuser le banquet que lui offrirent les deux Conseils dans le temple de la Victoire (l'église Saînt- Sulpice) ; mais il ne fit que paraître à cette espèce de fête , dont il sortit avec Moreau.

Paris regardait avec une sorte de respect cette solitude de Bonaparte après de glorieux travaux; on faisait plus encore , on attachait au retour de cette habitude , qui atait marqué les époques importantes de sa carrière, l'espérance de quelque haute combinaison qui vînt au secoUts de la hation. Le public nrè

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se trompe guère sur les grands évènemens qui doivent éclore ^ et il se trompait d'tmtant moins cette fois dans son attente , que Itii-méme GO<nspirait ou« vertement contre le Directoire. Bonaparte n'eût pus apporté d'EgypIe la volonté de changer le goiiver* nement de la France et d'erti prendre les rênes , qull y aurait été fot^cé par l'opinion. La situation positive des affaires lui fut révélée par de bons observateurs, par Cambaoérès^ Rœderer, Real , Regnaull de Saint-* Jean-d'Angely, Boulay de la Meurthe, Dannou, ChénieTy Mafet , Sémonville , Murât, Bruix , Talley* rând et Fowehé de Nantes. De toutes parts on pressait le général Bonaparte de se mettre , non à la tête d'un mouvement^ lîaais d'une révolution.

Voiet l'état des partis qu'il fallait soutenir ou combattre dans rintérinôtlr. Jourdan , Augereat» et Bernadotte , ûgtsttÈM^t au pi»eftiier rang dé la faction démocratique, connue sous le nom du Manège. Cette faction^ qui se ralliait aux directeurs Moulins et Gohier, lequel présidait alors ^ se composait des ré* volutiounaiiiès républicains. Elk fit ses côivfidences à Bot)dpâii;e; il tes accepta, tt tenaii ostensiblement pour Gobi^r et Moulina. Sleyes dirigeait les politi^ qued, led modérés qui siég^^iït dans le Conseil des Anciens. Il proposait à Bonaparte d'exéciïter un coup d'E«ai médité dès long-temps , et lui ^umettait une constitutiDn qu'il avait silencieusement élaborée. Roger-Ducos , Fom^bre de Sleyes ^ se trouvait toujours compris die droit dan4 toutes les opinions de son col^ U^ne^ Quant à Barras ^ placé à la tét« des spéculateurs , des hotomes de plainr, c'était un ambitieux de sérail } seul de son espèce au Directèire , il flottait

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entre les deux partis , et aurait voulu s'en débarrasser : voilà le motif de l'accueil qu'il avait fait au général Bonaparte qui l'appelait le chef des /^ourrî^. Un quatrième parti se formait des conseillers de Bonaparte , qui ne se souciaient ni de la démagogie de Gohier, ni de la métaphysique de Sieyes , ni de la corruption de Barras. Au nombre de ces hommes se rangeait Fouché , alors ministre de la police du Directoire. Il avait rompu avec les républicains , dont il était sorti, et à l'arrivée de Bonaparte ^ il se hâta de commencer vis-à-vis du Directoire le rôle qu'il n'a cessé de jouer depuis sous les divers gouvernemens de la France. Ses services parurent d'autant plus précieux , qu'il pouvait être plus nuisible aux projets du général. Il fallut donc recevoir les ouvertures de Fouché comme une nécessité. Mais il était en pleine trahison j et par cela seul aussi sa position devenait très-dangereuse pour lui-même ; en conséquence il dut se contenter d'être écouté : la conBance n'alla pas plus loin. Bonaparte accueille encore les avis et les instances d'un autre ministre , que sa disgrâce récente 9 due à l'influence du Manège j poussait à prendre une couleur plus franche , et à obtenir plus de crédit que Fouché ; cet ex-ministre était le citoyen Talleyrand-Périgord : il ne devait plus aucune fidélité au Directoire, et il avait , par ses antécédens et par la nature de son esprit, plus de raison sans doute que le révolutionnaire Fouché d'être d^oûté de la république et de ses gouvernans. Une division extrême régnait parnji ces derniers : ils travaillaient séparément avec une ardeur infatigable auprès de Bonaparte à la destruction de leur propre puissance.

Tel est le bulletin connu des conspirations, au mi« lieu desquelles celle dont Bonaparte était Tame et le guide attirait toutes les autres , et les entraînait dans son tourbillon j comme une grande planète entraîne ses satellites.

Késolu à dissoudre le Directoire , Bonaparte voulait que cette opération ne fut pas une révolution , mais un changement, mode qu'il avait inutilement propose jadis aux directeurs pour la Suisse et pour l'État romain. Bonaparte aimait la guerre et avait en horreur le moindre tumulte populaire. Pour arriver à son but, il existait une route constitutionnelle , indiquée par Sieyes et par l'article 3 de la Constitution , qui donnait aux Anciens le pouvoir de transférer les deux Conseils hors de la capitale. Grâce à cette mesure légale , le Directoire se trouvait isolé. Bonaparte jugea que le moment de s'entendre avec Sieyes était venu, en raison de l'immense influence que ce directeur exerçait dans le Conseil des Anciens. Bonaparte le connaissait depuis long-temps , et penchait à se rapprocher de ce personnage : cependant les amis du général l'engageaient à voir Barras : il dîna avec ce directeur le 3o. Après le repas , Barras lui confia le besoin qu'il éprouvait de se retirer des affaires, et la nécessité d adopter pour la France une autre forme de gouvernement. Il ne voyait, disait-il, que le général Hédouville qui convînt pour être le président de la nouvelle république. La confidence manquait d'adresse. Le nom d'Hédouville cachait celui de Barras, à qui un regard de Bonaparte découvrit qu'il était deviné. Il quitta Barras , assez irrité de ce que ce

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