‹ Histoire de Napoléon (volume 4)Chapitre 3 sur 30 · JO HISTOIRE · texte numérisé non relu

JO HISTOIRE

directeur avait youIu le jouer ^ et visitaSieyes, avec lequel il s'accorda bientôt. On convint que celui-ci disposerait le Conseil des Anciens à prendre la résolution qu'autorisait la Constitution , et que Bona* parte se chargerait d'appuyer au besoin, par les troupes } la décision de ce Conseil . Ijesdeux conspirateurs arrêtèrent que l'entreptise serait exécutée du i5 au do brumaire y c'est-à-dire du G au 1 1 novembre 1 799* Le lendemain matin , Bonaparte vit arriver Barras , <|ui , averti par ses amis de l'inconvenance de ses paroles de la veille , et de la maturité des évènemens, s'excusa en témoignant le désir de n'être pas oublié dans les nouveaux projets ^ et finit par se mettre à la disposition du seul homme ^ disait-il, quipûtsauver la France. Il était difficile d'abdiquer avec plus de franchise. Bonaparte se montra moins confiant que Barras : il allégua les soins qu'exigeait sa santé, el le besoin d'un long repos. On remarqua depuis ce motnent que Sieyes prenait des leçons d'équitation. Cette nouvelle amusa la capitale , et surtout Barrai, qui s'égayait chaque jour aux dépens de son collègue.

La garnison de Paris, dont une partie avait servi en Italie^ et dont l'autre avait marché sous les ordres de Bonaparte au i3 vendémiaire, ainsi que les quarante-huit adjudans et les chefs de la garde na<^ tionalé nommés par lui après cette journée ^ en sa qualité de général en chef de Tarmée de l'intérieur, enfin une bonne partie l'état-major de la place, avaient voulu être présentés au vainqueur de FEgypte dès son arrivée à Paris ; trois régimens de dragons ^surtout , désiraient avec ardeur qu'il les passât

en revue. Le général les remettait de jour en jour , dans la crainte d'affecter la popularité militaire , et d'éveiller les soupçons du ministre de la gUferre Dubois de Crancé, son ennemi personnel et la créature du Manège: mai^^ le i5, dans tme dernière conférence entre Bonaparte et Sieyes, l'exécution de la révolution méditée ayant été définitivement fiiée au i8 brumaire ( 9 novembre }, les officiels de la garnison furent convoqués à sept heures du matiti , pour le 18, au domicile du général. Quant aux troupes, les géliératix Murât, I^annes, Leclerc, beaufrère Ae Bonaparte ^ et les colonels , tels que Sébastian! , qui commandait le 3« de dragons, se chargèrent de disposer leurs officiers à marcher sous le nouveau drapeau. Chaque régiment connut, dans la nuit du 1 7 au 18, son ordre de mouvement ; les chefs seuls étaient dans la confidence de l'objet de ce mouvement. Bonaparte avait fait appeler Sébastian!, son ami et sdn compatriote, et , après lui avoir confié les projets du lendemain, lui dit de (^'assurer de son i*égiment , et de le diviser en deux parties, dont six cents hommes à pied prendraient position , le 18 , à six heures du matin , dans la rue Royale , sur la plabe Lonis XV, sanfe pouvoir comMuniquer avec qui que te fut. Sébàstiani devait ensuite se rendre chez lioriaparte avec quatre cente chevaux , occuper les avenues de 6a maison jusqu'à la rue du Mont-Blanc I et donner pour consigne a ses vedettes de laisser entrer tous les militaires qui se pimenteraient, mais de ne permettre à personne de sortir. Ces ordres furent exécutés. Le chef d'escadron Letorteut le commandement des dnagohs à pied ; le chef d'es-

cadron Maupetit , celui des dragons à cheval. A six heures du matin , le 18, ces deux troupes étaient à leur destination.

Le ministre de la guerre, Dubois de Crancé, n'avait pu ignorer le mouvement militaire qui s doperait depuis quelques jours dans les casernes et parmi les officiers , en faveur du général Bonaparte; il eut des preuves certaines du complot formé d'enlever la garnison de Paris et de l'employer à une révolution contre le gouvernement. Il alla au Luxembourg, le 17, en dorna avis à Gohier, président du Directoire, et lui proposa de faire arrêter le général Bonaparte, le lendemain, au milieu de l'exécution, de son projet. Mais les directeurs qui se reposaient: sur les rapports de Fouché et sur les sentimens que Bonaparte leur avait témoignés constamment dépuis son retour, Gohier surtout que Bonaparte ménageait le plus , parce qu'il craignait davantage son. influence républicaine, se récrièrent contre le dessein du ministre, et restèrent dans l'ignorance complète de ce qui se passait sur la rive droite de la Seine. Cependant Dubois de Crancé , ne voulant pas être pris tout-à-fait au dépourvu, dans le cas où le Directoire se réveillerait , avait consigné toutes les troupes dans leurs casernes. Le colonel Sébastiani reçut, le 18, à cinq heures dumatin, l'ordre de se rendre au ministère, comme il montait à cheval, avec ses dragons. Sébastiani mit l'ordre dans sa poche et arriva avec ses quatre cents chevaux à l'hôtel Bonaparte. Le général l'envoya inviter ses officiers à déjeuner. En chemin, Sébastiani rencontra, dans la longue et étroite avenue qui conduit à la maison de

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Bonaparte^ le général Lefebvre en voiture; ce gêné* rai était commandant de Paris; il demanda avec sévérité au colonel en vertu de quelle autorité il était à la tête de son régiment. « Le général Bonaparte a vous le dira », répondit Sébastiani. Lefebvre ordonna à son cocher de sortir et de le ramener chez lui. Alors Sébastiani fit connaître sa consigne et engagea Lefebvre à entrer chez Bonaparte pour s'entendre avec lui. Lefebvre , voyant l'impossibilité de faire tourner sa voiture dans l'avenue , et de se soustraire à la consigne donnée , se décida à suivre le conseil de Sébastiani. En arrivant chez le général Bonaparte, il l'interrogea sur le mouvement de troupes qui avait lieu d'après ses ordres, et lui fit de violens reproches. Quant il eut fini, Bonaparte lui dit froidement : « Général Lefebvre,. vous êtes une t des colonnes de la république ; je veux la sauver * aujourd'hui avec vous, et la délivrer des avocats « qui perdent notre belle France. Voilà pourquoi je « vous ai engagé à venir chez moi ce matin . — Les cf avocats ! répondit le général Lefebvre , oui , vous a avez raison , il faut les chasser. Vous pouvez compcc ter sur moi. » Ainsi se termina cette aventure qui pouvait amener des suites sérieuses. On sent combien il importait à Bonaparte d'avoir pour lui et avec lui le commandant de Paris. Bientôt après se présentèrent en foule tous les généraux et officiers qui, depuis quelques jours, s'étaient déclarés les partisans de l'adversaire du Directoire. Dans ce nombre on remarquait Moreau , qui se livra tout entier à Bonaparte. Celui-ci craignait Bernadotte, le chef le plus dangereux du parti du Manège , et depuis

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quelque tempt» plu& que suspeot ^u Directoire, qui deux mois auparavant lui avait retiré le portefeuille de la guerre. Ce général , à l'époque du 1 8 fructidor, où il commandait une division de l'armée dltalie, avait publiquement désapprouvé la protection que Bonaparte et son armée donnèrent à cette révolution. Le matin , sur l'invitation de ce général , Bernadotte s'était rendu chez lui; une conversation très-vive eut lieu entre eux : Bernadotte refusa de coopérer au changement politique dont il recevait la confidence. Il sortit de cet entretien , après avoir promis de rester neutre : cet engagement ne l'obligeait probablement que pour la jour^iée, comme on le verra* Satisfait d'avoir paralysé, pour le moment, un homme qui pouvait au moins contrarier ses projets, Bonaparte , incapable de rien négliger , voulut aussi s'assurer du président du Directoire, et l'engagea à dîner pour le jour même de l'événement. Mais cette précaution ne lui parut pas encore suffisante, et afin de n'éprouver de la part de Gohier aucune résistance aussitôt que la décision du Conseil des Anciens serait connue, il avait aussi fait adresser par madame Bonaparte, et porter par son fils Eugène au directeur et à son épouse, une invitation pressante à déjeuner pour huit heures du n)atii)*Oohier, en homme qui s'avise un peu tard, se contenta d'envoyer sa femme. Cependant, à l'insu du Di^ectoi^€, dont l'incréduHté et la confiance sommeillaient au Luxembourg^ dès cinq heures une convocation extraordinaire avait été faite aux membres du Conseil des Anciens qui trempaient dans la conjuration. Déjà le général Bonaparte s^ trouvait entouré de la près-

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que totalité des militaires de Paris , lorsque le député Cornet vint lui apporter le décret qui mettait l'armée à sa disposition , et ordonnait la translation des deux Conseils à Saint-Cloud. Il faut rendre à chacun ce qui lui appartient : il n'est douteux pour aucun homme témoin de ce grand drame, que, sans le décret du Conseil des Anciens , le général Bonaparte ne pouvait exécuter ses projets , ni changer la forme du gouvernement en vingt-quatre heures , sans se jeter dans les hasards tumultueux d'une révolution , au milieu de la capitale. Ce décret ne légitimait pas, mais il autorisait ce qui allait avoir lieu militairement. Le centre, le foyer, l'indispensable appui de la conspiration étail; dans le Conseil des Anciens.

Fouché , qu'on n'avait point admis à diriger les fils de la trame, s'en dédommageait en faisant espionner les deux partis : il sut le premier que Gohier avait rejeté les avis de Dubois de Crancé , et &e targua de cette révélation auprès de Bonaparte; il sut le premier aussi que le décret des Anciens était rendu , et se hâta d'en informer le général avant l'arrivée de Cornet , Leur président. Alors, ne pouvant retenir son zèle , ou plutôt saisissant , pour en recueiUir les fruUs, l'occasion de le faire éclater, il avoua au |;énérai qu'il avait ordonné de fermer les barrières de Paris , et d'arrêter le départ des courriers et diligences. Foucbé n'était pas encore corrigé des moyens révolutionnaires , et sentait toujours son école. Bonaparte se contenta de lui répondre : a Vous « voyez , par l'afâuence des citoyens et des braves « qui m'entourent, que je n'agis qu'avec la nation et « pour la nation. Je saurai faire re^ecter le décret

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<K du Conseil et assurer la tranquillité publique. » Fouché sortit de chez le général pour publier une proclamation qu'il tenait toute prête en fsiveur de la nouvelle révolution , et se rendit ensuite au Luxembourg , afin d'avertir le Directoire de la résolution du Conseil des Anciens. Le président Gobi er le reçut comme il le méritait. Quel besoin Fouché, engagé comme il l'était, avait -il de se présenter aux directeurs, quant il n'avait pas cessé, depuis le retour du général Bonaparte, d'employer sa police à les trahir? Voici la raison de cette conduite : Taffaire n'était pas encore terminée; il osa dire au président que les rapports ne lui avaient pas manqué ; mais ces rapports étaient évidemment faux , puisque ce ministre infidèle travaillait contre le Directoire. Il ajouta : « N'est-ce pas du sein même du Directoire que le coup est parti ? Sieyes et Roger-Ducos sont à la commission des anciens, — La majorité est ici^ lui répondit froidement Gohier , et si le Directoire a des ordres à donner ^ il en chargera des hommes plus dignes de sa confiance. »

Gohier avait raison de parler ainsi à Fouché ; mais il avait le tort , dans ces circonstances , de s'être montré, comme ses collègues, un si médiocre conspira • teur après avoir été un si faible gouvernant. Il ne pouvait ignorer que Bonaparte était venu pour prendre part aux affaires; en effet, comme le dit Fouché, le général avait demandé à Gohier de le faire admettre au Directoire, et Gohier ne refusa de coopérer à cette innovation qu'en alléguant l'âge prescrit par la Constitution. Le fait est qu'il ne se trouvait d'hommes capables dans cette révolution que ceux qui l'exécu-

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taient; et qu'un gouvernement déclaré .vacant dans sa propre capitale , par la majorité des habitans et par ses troupes ^ et qui comptait parmi ses ennemis Bonaparte, Moreau, Talleyrand, Fouché, Cambacérès et les hommes les plus puissans et les plus distingués du temps y n'avait aucun moyen de salut , et devenait ridicule dans sa chute, qui était le secret de toute la population depuis quinze jours.

Cependant le président Cornet venait de donner lecture au général Bonaparte, en présence de tous les militaires qui remplissaient son hôtel , du décret suivant : « Le Conseil des Anciens, en vertu des « articles 102, io3, et io4 de la Constitution, dé- « crête ce qui suit : i ° Le Corps-Législatif est transit féré dans la commune de Saint-Cloud. Les deux « Conseils y siégeront dans les deux ailes du palais, a 2® Ils y seront rendus demain, 19 brumaire, à a midi. Toute continuationdefonctions.de délibéraa tion est interdite ailleurs aidant ce terme. 3"* Le gé- « néral Bonaparte est chargé de l'exécution du préa sent décret ; il prendra toutes les mesures nécessaires a pour la sûreté de la représentation nationale. Le cr général commandant la 17^ division, la garde du « Corps-Législatif, les gardes nationales sédentaires , a les troupes de ligne qui se trouvent dans la com- « mune de Paris et dans l'arrondissement constituer tionnel et dans toute l'étendue de la 1 7* division , « sont mis immédiatement sous ses ordres et tenus « de le reconnaître en cette qualité. Tous les citoyens a lui prêteront main-forte à la première réquisition. « 4** Le général Bonaparte est appelé dans le sein dû «< Conseil, pour y recevoir une expédition du présent

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« décret et prêter serment : il ae concertera arec les « comBii^ons des inspecteurs des dewi Conseils. « 5"" Le présent décret sera de suite transmis par un <K message au conseil des Cinq-Cents ^ et au Direc* a tpire exécutif; il sera imprimé , affiché, promulgué a et envoyé dai>5 toutes les communes de la répuUi- « que par des courriers extraordinaires. »

Tel fut le premier manifeste de la révolution convenue entre Bonaparte et Sieyes , dans la conférence du 1 5 , et dont le conseil des Anciens se rendait Tor* gane et l'Instrument.

Après cette lecture , Bonaparte ordonne aux quarante-huit adjudans de faire battre la générale , et de proclamer le décret dans tous les quartiers de Paris ; ensuite il monta à cheval , suivi des géoéraux , des officiers et des dragons de Sébastiani j entra par le Pont«Tournant aux Tuileries, où il vit venir audevant de lui la garde du conseil des AiAciens , qui l'attendait en bataille sur la terrasse de l'eau.: ce fut avec ce cortège qu'il arriva au palais , au milieu des acclamations des soldats et de la population que la nouveauté de ce spectacle avait attirée. Introduit dans la salle des séances avec soi^ état^^major : «Citoyens, dit-il, la république périssait ; V4u4 l'avez <c su , et votre décret vient de la s^uyer. Malheur à <( ceux qui voudraient le trouble et Le désordre ! Je a le$ arrêterai , aidé de^ généraux Berthior, I^efebvre a et de tous mes compagnoo^s d'armes* Qu'on ne (i cher<^ke pas dans le p^i^ des exemples qui pource raient retarder votre marche. Hien dans l'histoire a ne ressemble à la (in du dix-huitième siècle : rien <x dans la fin du dix-huitième siècle ne ressemblis au

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a ipom^^l actuel. Yptro sjigess^ a v^ndu ce décret, « nofi }>râ$ sauiiont l'exécuter. Nous voulons ui^ ré^ ce publique fondée sur ta vraie liberté y sur la liberté <r civile 9 sur la représentation nationale; nous l'au- « rons. Je le jure. Je le jure en mon nom et en a celui de mes compagaons d'armes. »

Bonaparte reçut les félicitations et les encourage* mens des membres présens du conseil des Anciens.

Le président CptTietavait habilement composé une majorité pendant la nuit précédente.

Cette manière d'octroyer la lib^té fut bientôt légalisée par les forces militaires que le Conseil venait de mettre à la disposition du dictateur. Il aik passer dans le Carrousel la revue des troupes, et il les harangua par cette proclamation envoyée ensuite aux armées: « Soldats ! le décret extraordinaire du conseil « des Anciens est conforme aux articles 102 et io3 (X de l'acte constitutionnel. Il m'a remis le commande- <i nient de la ville et de l'armée. Je l'ai accepté pour c< secon^r les mesures qu'il va prendre et qui sont « tx>utes en faveur du peuple. La république est mal « gouvernée depuis deux ans. Vous avez espéré que ce mon retour mettrait un terme à tant de maux : (c vouis Tavesi célébré avec une union qui m'impose ce des obligations que je remplis. Vous remplirez les ft vôtr^ et vous seconderez votre général avec l'éff nergîe , la fermeté et la confiance que j'ai toujours « vues en vous. La liberté , la victoire et la paix , re- « placeront la république française au rai:^ qu'elle « occupait en Europe , et que l'ineptie ou la trahison « a pidâeule lui faire perdre. F'ive la rép^ubliqueî » J^s troupes répondirent avec des cris unanimes

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de vii^e Bonaparte! vwe la république! Alors Augereaii se présenta h Bonaparte et lui dit: « Comment, « général , vous avez voulu faire quelque chose pour a la patrie et vous n'avez pas appelé Augereau ? j» Un mot de Bonaparte dut prouver à ce général qu'on ne craignait ni ne désirait rien de lui. Le héros du Directoire au 1 8 fructidor ne pouvait être Thomme de Bonaparte au i8 brumaire; et d'ailleurs celui-ci n'avait pas oublié qu' Augereau était l'un des chefs les plus ardens de la société du Manège. L'impulsion des conversions avait été imprimée aux militaires par le général Moreau y qui ne partageait pas cependant les principes révolutionnaires d' Augereau.

Dix mille hommes stationnèrent aux Tuileries, sous les ordres du général liefebvre. Le commandement du Luxembourg passa à Moreau, qui s'était offert an général Bonaparte en qualité d'aidede-camp. Bonaparte accepta ses.services, et saisit peut-être l'occasion de le compromettre. Lannes eut le commandement de la garde du Ck)rps-Législatif ; celui de l'artillerie et de l'Ëcole-Militaire fut donné à Marmont; celui des Invalides, au général Berruyer; celui de Paris, au général Morand ; celui de Versailles , au général Macdonald; celui de Saint«Cloud, au général Murât, chargé d'occuper militairement cette commune. Le général Serrurier tenait la réserve du hameau du Point-duJour. I^ général Andréossy fut nommé chef d'ëtat-major; il avait sous lui les adjudans-généraux Caifarelli et Doiicet. Le général Lefebvre conserva la 17* division militaire.

Le Directoire n'apprit ces événemens qu'entre dix et onze heures du matiu, tandis que tout Paris en

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était instruit depuis plus de deux heures. II se vit tout à coup, par une métamorphose étrange, sans pouvoir y sans gardes , sans relations avec les Conseils, avec le général en chef et avec l'armée. Une heure auparavant Sieyes , bien au courant de toute cette affaire, était tranquillement , et comme à l'ordinaire, monté à cheval sous les yeux de Barras, qui se moquait de l'inhabileté du nouvel écuyer , tandis que celui-ci partait au pas pour se rendre , par la rue du Bac , au conseil des Anciens ; Roger-Ducos y vint à pied un peu plus tard. Cependant Bandas, Gohier et Moulins, croyant toujours représenter la république, firent appeler le général Lefebvre : il leur répondit par le décret qui le mettait, lui et la force armée , à la disposition du général Bonaparte. Les directeurs protestèrent d'abord avec violence contre le décret du Con'seil des Anciens; mais Barras, endoctriné par Bruix et par Talley rand , comprit bien que le règne du Directoire était fini, et ôta la majorité à ses collègues en donnant secrètement sa démission. Aussitôt qu'il reconnut la résolution des Anciens, il envoya aux Tuileries son secrétaire Bottot à Bonaparte. Bottot trouva le général dans la salle des inspecteurs du Conseil ; et au moment où il se mettait en devoir de remplir la mission dont il était chargé, Bonaparte lui dit : « Annoncez à votre Barras que je a ne veux plus entendre parler de lui. » Puis, élevant la voix, il prononça ainsi l'arrêt des directeurs, comme s'ils eussent été présens : « Qu'avez-vous fait « de cette France que je vous ai laissée si florissante ? a Je vous ai laissé la paix, j'ai retrouvé la guerre. Je « vous ai laissé des victoires, et j'ai retrouvé des re-

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« vers. Je vous ai laissé les millions de l'Italie, et j'ai « retrouvé partout des lois spoliatrices et la misère. « Qu'avez-vous fait de cent mille Français que je con- « naissais , tous mes compagnons de gloire ? ils sont « morts! Cet état de choses nepeut durer: avant trois ce ans il nous mènerait au despotisme. Mais nous voûte Ions la république , la république assise sur les bases « de l'égalité, de la morale, de la liberté civile et de la ce tolérance politique. Avec une bonne administration^ « tous les individus oublieront lesfactionsdontonles ce fit membres pour leur permettre d'être Français- Il ce est temps enfin que Ton rende aux défenseurs de la ce patrie la confiance à laquelle ils ont tant de droits» ce A entendre quelques factieux, bientôt nous serions ce tous les ennemis de la république, nous qui l'avons ce affermie par nos travaux et notre courage! Nous ne a voulons pas de gens plus patriotes que les braves <t qui ont été mutins au service de la patrie. » Cette dernière phrase annonçait suffisamment sous quel drapeau la liberté devait marcher.

Dubois de Crancé proposa encore aux Directeurs Gohier et Moulins d'arrêter Bonaparte sur ie chemin même de Saint-Cloud ; mais le président Gohier lui répondit : ce Comment voulez-vous qu'il Jasse une réi^olution à Saint-Cloud^ puisque je tiens ici les sceaux de la république? Alors Gohier et son collègue Moulins se firent conduire aux Tuileries , à la salle de la commission des inspecteur-s des deux Conseils; là ils refusèrent leur adhésion. Gohier entama courageusement une explication très- vive avec Bonaparte, qui termina brusquement l'entretien par ces mots ; 'c La république est en péril , il faut

/« soumet y je te i)eux\ » IMiis le irlèitie moment, oli â«iK)hçat|ue Sftfiterre, pât-éht de Moulins, remuait le fauboilrg Saînt-Antoirife. « ^il bougé ^ dit Bonaparte à Mouliiis , je le ferai tuer, » Les deux directeurs , ne sachant plus que devenir , et n'étant plus rien dans l'État, pai\ suite de la démission de Barras, retotafnèretit au Luxembourg, on ne sait pourquoi. Us y foretit bieiitôt ittvestis par le général Moreau , qui exécuta les ordres dbnt il était chargé , avec un zèle que Fort n'aurait pas dûâttendre d'un républicain aussi sincère en apparence. îl pouvait rester témoin comme tant d'autres généraux; mais îl voulut être âeteur j et dês-lors l'opiniott se déclara contre lui. Quoique cohsignés et tenus eh chartre privée par ce gétîéral, Gohîer et Moulins trouvèrent aisément le moy^n de quitter l'ex-palais directorial dd.ns la soirée : c'était ce c[lie l'oh désirait. Qiianl à Barras, il conçut de telles alarmes de sa position , qu'il de- Inânda un passeport pour Gros-Bois, avec une escorte. Il obtint l'un et l'autre, et partit comme un prisonnier. Ainsi fîhit le Directoire, et l'on n'y pensa plus. Les évènemens dil lendemain offraient bien plus d'importance que la chute de ce faible gouvernemeilt, car ils ihtéressaienl: au premier degré la cause delà liberté, que personne dans Paris n'eut rintentlbh de cbnfotidre avec celle dii Directoire. Cette prertiière journée tie fut que la journée des dupes.

Dans la nuit, il se tint à Paris des conciliabules; une partie même des membres des Ahciei>s, qui avaient voté le décret du matin , s'effrayèrent de ses conséquences probables , par le» effets qu'il avait

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déjà produits. Ils commencèrent un peu tard à s'apercevoir qu'ils venaient de créer un dictateur : on essaya même chez le député corse Salicetti, autour duquel s'étaient rassemblés de dangereux ennemis , d'organiser un plan de résistance , et d'opposer au général Bonaparte le général Bernadotte , à qui le commandement de la garde du Conseil des Cinq* Cents serait donné le lendemain ^ en représailles de la conduite du Conseil des Anciens, qui avait confié le commandement de sa garde au général Bonaparte : Bernadotte accepta un si dangereux emploi. Il ne savait pas que Bonaparte, toujours prévoyant, avait déjà placé dans ce poste important un homme dévoué à sa cause. Bernadotte attendait chez lui , le 19, l'avis de sa nomination par le Conseil des Cinq-Cents. Il avait revêtu son uniforme; ses aidesde-camp se trouvaient auprès de lui; ses chevaux étaient sellés et dans sa cour. Après quelques heures d'impatience , Chiappe , autre député corse, arriva et lui dit que, tout étant fini , il n'avait rien de mieux à faire que de se rendre auprès du vainqueur. En effet, tout servit la fortune de Bonaparte; car Salicetti avait été tellement effrayé du projet des mécontens, qu'il s'était hâté d'aller le dénoncer luimême; Bonaparte, par une réponse sévère, avait reçu , comme il convenait, cette lâche confidence.

Dans la même nuit aussi , les fauteurs de la nouvelle révolution s'étaient concertés pour maîtriser le lendemain les deux Conseils.

Parmi les Anciens figuraient Régnier, Cornudet, Fargues et Lemercier; dans les Cinq-Cents paraissaient Lucien Bonaparte , alors président, Boulay de

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la Meurthe , Emile Gandin , Chazal et Cabanis. Cette jogiirnée pouvait être plus qu'orageuse; et si Bonaparte ne triomphait pas d'une manière quelconque des adversaires qui le menaçaient, son parti et sa personne se trouvaient tout à coup entre la fatalité d'une guerre civile et la responsabilité d'un complot contre l'État, Sieyes , trop certain de la violence de l'opposition qui devait particulièrement s'élever dans le Conseil des Cinq-Cents, avait proposé au général Bonaparte une quarantaine d'arrestations dont il donna la liste. Mais Bonaparte répliqua qu'il n'y aurait point de lutte. Nous verrons demain à Saint'Cloud^ lui dit le politique Sieyes. Fouché en savait assez par sa police, pour n'être point rassuré. Les débats lui parurent devoir être d'autant plus acharnés , que la majorité des Cinq -Cents était persuadée que Bonaparte voulait substituer le gouvernement militaire à la Constitution. Dans les Conseils, le gouvernement directorial avait des adversaires très-nombreux ; mais ils ne tendaient qu'à un changement partiel dans les directeurs. Paris était dans l'attente d'un grand événement; dès la matinée du 19, la route de Saint-Cloud fut inondée d'une foule de curieux. Le passage des membres des deux Conseils , des militaires , du général Bonaparte et des troupes qu'il venait de haranguer au Champde-Mars , couvrit bientôt les avenues de cette commune; Murât les occupait déjà depuis la veille. On vit passer aussi l'ex-directeur Sieyes , dont la présence était nécessaire à Saint-Cloud , pour maintenir les dispositions de la majorité des Anciens. Une prudence particulière l'engagea à se faire mettre en

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surveillance par ie général Bonaparte, dès son arrivée sur le nouveau champ de bataille que sa politique avait fait choisir. En cas de défaite, il lui restait lattltude d un otage de sa propre conspiration. Une voiture à quatre chevaux devait lé soustraire aux premiers coups de la vengeance des vainqueurs. Le Conseil des Anciens ne songeait pas sans crainte à aa résolution de la v(^Ue. Les principes , il faut le dire, étaient du côté de l'opposition. Sa majorité se serait ralliée sans auc^m doute au décret qui venait de mettre la fortune publique entre les mains de Bonaparte 9 s'il n'eût été question que d'un nouveau 18 fructidor contre le Directoire. La journée s'annonçait sous les auspices de la peur; mais il y avait ici d'autres desseins qu'on ne voulait pas appuyer.

Les deux Conseils se réunirent j les Cinq-Cents dans l'Orangerie^ les Anciens dans ta galerie du palais : ceux-là sous la présidence de Lucien , ceux-ci sous celle de Cornet. AUx Cinq-Cents, Emile Gaudin ouvrit la séance par un discours très-habile : il demanda la formation d'une commission chargée de présenter sans délai un rapport sur la situation de la république > et qu'aucune décision ne fût prise avant de l'avoir entendu. Boùlay delà Metirthe, cfui devait faire partie de la commission , avait préparé ce rapport pendant la nuit. A peine Gandin eut-il cessé de parler , que la salle retentit des cris de vii^e la Constitution ! à bas le dictateur ! Delbrel , appuyé par Grandmaison , proposa de jurer la Constitution ou lamof'L L'assemblée se leva d'enthousiasme, aux cris de vwe ia république ! et le serment fut prêté

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individueUement. Mais ce serment ne ressembla point à celui du jeu de Paume; toutefois aucun des partisans de Bonaparte n osa se soustraine à la puis* santé impulsion du serment.

Aux Anciens , la séance offrit moins d'agitation ^ sott en raison de Fâge des membres de l'assemfalée ^ soit à cause de Tinfluence bien connue de Bonaparié et de Sieyes^ qui partageait ce Conseil. Cependant^ malgré la fausse déclaration faite par Lagaixîe, secrétaire du Directoire y que tous les directeurs avaient donné leur démission , il y eut majorité pour le remplacement des démissionnaires dans les formes voulues par la Constitution. A cet instant, le général Bonaparte^ averti du péril , jugea que le moti^nt de paraître était arrivé. Il traversa le salon de Mars , suivi de ses tiides-de-camp ^ et se montra tout à coup dans le Conseil des Anciens. On aura sans doute remarqué que la veille ^ quand il alla recevoir ^ dans la séance de ce Conseil , le décret qui le plaçait k la tête des forces de la république) il avait évité de prêter 9 en sa nouvelle qualité, le serment prescrit.

Aussitôt qu'il fut entré, il improvisa un discours sur les dangers actuels et sur ses propres intentions : « On parle d'un César, dit-il, d'un nouveau Crom- « well; on répaod que je veux établir un gouverne-

c< ment militaire Si j'avais voulu usurper l'autorité

« suprême , je n'aurais pas eu besoin de recevoir cette (c autorité du Sénat. Plus d'une fois , et dans des cir- ■< constances extrêmement favorables , j'ai été appelé « par le vœu de la nation , par le vœu de mes cama- « rades , par le vœu de ces soldats qu'on a tant maice traités depuis qu'ils ne sont plus sous mes ordres....

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a Le Conseil des Anciens est investi d'nn grand poua voir, mais il est encore animé d'une plus grande « sagesse : ne consultez qu'elle, prévenez les déchi- « remens ; évitons de perdre ces deux choses pour « lesquelles nous avons fait tant de siacrifices , la //a berté et Y égalité, » Et la Constitution ? s'écria le député Linglet. (( La Constitution ! reprit Bonaparte « avec violence. La Constitution ! osez-vous l'invo- « quer ! vous l'avez violée au i8 fructidor, au *ii flo- « réal , au 3o prairial; vous avez en son nom violé

(c tous les droits du peuple Nous fonderons mal-

« gré vous la liberté et la république : aussitôt que « les dangers qui m'ont fait conférer des pouvoirs « extraordinaires seront passés, j'abdiquerai ces « pouvoirs. » — « Et quels sont ces dangers? lui c< cria-t-on ; que Bonaparte s'explique ! » — « S'il « faut s'expliquer tout-à-fait, répondit-il, s'il faut ff nommer les hommes, je les nommerai. Je dirai que « les directeurs Barras et Moulins m'ont proposé a eux-mêmes de renverser le gouvernement. Je n'ai ce compté que sur le Conseil des Anciens ; je n'ai point « compté sur le Conseil des Cinq-Cents, où se trou- « vent des hommes qui voudraient nous rendre la « Convention , les échafauds, les comités révolution- « naires... Je vais m'y rendre, et si quelque orateur « payé par l'étranger parlait de me mettre hors la a loi, qu'il prenne garde de porter cet arrêt contre « lui-même. S'il parlait de me mettre hors la loi , j'en tt appelle à vous mes braves compagnons d'armes ! « à vous, mes braves soldats que j'ai menés tant de « fois à la victoire ! à vous, braves défenseurs de la « république avec lesquels j'ai partagé tant de périls

« pour afifermir la liberté et réalité : je m'en remet* « traiy mes vrais amis, à voire courage et à ma for* < tune. » Après cette harangue, dont Fimpression ae pouvait être douteuse sur les militaires , le cri de vù^e Bonaparte ! retentit dans toute la salle. Le triomphe de la nouvelle révolution était assuré au Conseil des Anciens : Bonaparte en sortit pour aller essayer la conquête difficile du Conseil des Cinq- Cents.

La plus grande efiferveseence régnait toujours dans ce Conseil , d'ailleurs si éloigné d'être instruit des projets de Bonaparle , qu'on - venait d'y décréter un message au Directoire, qui n'existait [dus. La démission du directeur Barras fut adressée aux Cinq* Cents, par les Anciens, au moment même où un membre faisait la motion de leur demander les moti& de la translation à Saint-Cloud; et comme Ton discutait la légalité de la démission , Bonaparte entra dans le Conseil avec un peloton de grenadiers. A la vue de Bonaparte et de ses soldats , des imprécations rmnplirent la salle. < Ici des sabres! s'écrièrent les députés. Ici des hommes armés ! A bas le dictai ieur! A bas le tyran ! Hors la loi le nouveau Cromwellî — C^esù donc pour cela que tu as Tuûncu! » s'écrie Destrem. Bigonnet s'avance et dit à Bonaparte : « Que /aOes-QMHiSj témérairel Iteiirez'ifous ! Vous 7}iolez le sanctuaire des loisl » Cependant Bonaparte parvient à la tribune malgré la plus ardente opposition ; il veut parier , mais sa voix est étouffée par les cris mille fois répétés : Vive la ConsUiution ! Vive la république ! Hors la loi le dictateur! Plusieurs <léputés, transportés de fureur, vcmt à lui;

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parmi eux on distingue son compatriote Aréoay qui hii dit : tf Tu feras donc la guene à ta patrie ! )*

Bonaparte crut alors qu'on en voulait à sa vie , et se put pi*oférer une parole. Aussitôt les grenadiers s'avancent précipitamment jusqu'à la tribune, en s'éertant : Sauvons notre général ! et ils l'entraînent hors de la salle. On a parlé depuis de poignards , de soldats blessés , mais l'opinion a fait justice de cette accusation infâme.

Au milieu de cette scène tumultueuse, Lucien, qui préside , s'efforce en vain de défendre son frère ert citant ses nombreux services : il demande qu'il soit rappelé et entendu; mais il n'obtient d'autre réponse que le vœu de la proscription. Tous les députés se lèvent et s'écrient à la fois : Hors lu loi ! Aux voix la mise hors la loi contre le général Bonaparte !

Lucien même est sommé d'obéir à l'assemblée, et de mettre aux voix la mise hors la loi contre son frère. Indigné, il refuse, abdique la présidence et quitte son fauteuil. Comme il descendait de la tribune, un piquet de grenadiers, envoyés par Bonaparte , paraît et l'enlève. Cependant le général était monté à cheval. Il avait harangué les soldats , et il attendait Lucien pour dissoudre la législature. Celui'rci arrive , monte à cheval à coté de Bonaparte , requiert le concours de la force pour rompre l'assemblée, et s'adresse ainsi aux troupes : « Vous ne (c reconnaîtrez , leur dit-il , pour législateurs de la « France , que ceux qui vont se rendre auprès de « moi. Quant à ceux qui resteraient dans l'Orangerie, « que la force fes expulse ! Ces brigands ne sont plus

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« les représentans du peuple ; ce sont les représena lans du poignard. ^ Lucien calomniait le Conseil. Il avait protégé les jours de son frère : il avait rem* pli un devoir de la nature ; il ne pouvait aller pki$ loin sans crime.

Cependant y d'après l'ordre de Bonaparte, Murât envahit la salle des Cinq-Cents ^ à la tète des g^reivadiers , et la fait évacuer de force '^ les députés se sauvent en désordre par les fenêtres de l'Orangerie , laissant partout , dans leur fuite précipitée, des pç^r* ties de leur costume. Jamais violation des lois d'un pays ne fut plus manifeste. Mais il s'agissait de la proscription pour Bonaparte et ses partisans; mal* heureuscment la cause que la représentation nationale avait le droit de soutenir, était gâtée par la de* considération du Directoire , auquel personne ne s'intéressait. Toutefois il résulta, de la nécessité de vaincre où le dictateur légalement nommé par les Anciens se vit placé, un événement bien plus grave que toutes les prévisions , la défaite matérielle du parti républicain , dans le sanctuaire de la législature, transformé eu champ de bataille, et l'établie sèment public et forcé de la dictature miHtaire. Ijb 19 brumaiire fut le complément du 9 thermidor; il détruisit «ce qui restait de la Montagne , la société du Manège. Ses membres ne formaient , depuis la mort de Robespierre, qu'une exception redoutée, une secte sans popularité, que les bons citoyens ne con*fondaient pas plus avec les vrais républicains, qu'ils ne confondirent au 1 S Brumaire le Directoire avec la liberté. Mais du moins , jusqu'au dernier moment, les représentans du peuple ne cédèrent qu'à la con-

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train te , et ils ne donnèrent point à la France le honteux exempte d'abjurer leur mandat devant les baïonnettes. Cependant , comme leur retour à Paris pouvait exciter quelque fermentation , le secrétairegénéral de la police et le commissaire du gouvernement près du bureaucentral » qui se trouvait à Saint- Cloud , reçurent l'ordre d'aller défendre aux postes des barrières de laisser rentrer un seul député dans la capitale; le ministre Fouché avait eu la prévoyance de devancer cette mesure.

Après la dispersion des députés, le président Lucien se rend au Conseil des Anciens, où il expose Jes moyens de composer un nouveau conseil des Cinq- Cents , en éliminant les membres les plus ardens. La veille, Sieyes avait émis cet avis , et sa prédiction sur l'opposition des Cinq-Cents s'était accomplie* On adopte la proposition de Lucien ; on se hâte de rassembler les membres du pçirti de Bonaparte , qui sont restés dans le palais; et cette minorité ose décréter que le général Bonaparte , les généraux et les soldats , qui viennent de dissoudre par la violence les mandataires fidèles du peuple , ont bien mérité de la patrie.

De ce jour date le premier contrat entre le pouvoir civil et l'armée pour la destruction de la république. Toute pudeur, toute religion du serment, toute vertu publique, étaient foulées aux pieds par les résolutions qui rendirent solennel le parjure d une partie de la représentation nationale.

Dans la même journée , on promulgue l'acte qui devait servir de base légale à la nouvelle révolution. Par cet acte , le Directoire est aboli : les citoyens

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Sieye^ Roger-Ducos et Bonaparte forment une commission consulaire executive : les deux Conseils sont ajournés, et soixante-deux membres du parti républicain, parmi lesquels on remarque le général Jourdan , sont exclus. Une commission législative de cinquante membres , pris dans les deux Conseils , doit préparer un travail sur la Constitution.

Les Consuls prêtent au Conseil des* Anciens le serment accoutumé , à la soui^eraineté du peuple , à la république une el indwisibley à la liberté , à V égalité et au système représentatifs dernier hommage rendu à la nation française , qui accepta toutes les garanties du serment, et qui elle-même alors les donnait encore.

A. cinq heures du matin , le nouveau gouvernement, ainsi établi , quitta Saint-Cloud et alla recueillir au Luxembourg l'héritage du Directoire. Dans la matinée , les trois Consuls s'assemblèrent, a Qui de a nous présidera ? dit Sieyes à ses deux collègue^. — Fous voyez bien^ répondit Roger-Ducos, que c'est le général qui préside. »

Sieyes avait compté sur un partage du pouvoir entre le général et lui. Il croyait que le pouvoir exécutif lui resterait , et que Bonaparte se contenterait de diriger l'armée. Mais à cette première conférence, il fut tellement frappé de la sagacité singulière avec laquelle son collègue traita les plus hautes questions de la politique et de l'administration , il sentit si profondément l'ascendant inévitable de cet homme extraordinaire , qu'en sortant il dit à MM. de Talleyrand, Cabanis , Rœderer, Chazal et Boulay delà Meurthe, conseillers privés du général pour les desseins qu'il n. 3

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Tenait d'exécuter : <c A présent , messieurs / nous twons unmaitre. Il saie tout , il fait tout et il peut tout. »

Ainsi 9e termina la fisimeuae révolution du 1 8 bruni aire, sans efftiBiOD de sang et sans tamulte public, ^u milieu du peuple alors le plus ardent de TEu* rope, et par rhomrae le phis impétueux peut-être doot rbistoire fasse mention.

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