CHAPITRE III
tUnuaS AVZC la. RVTSSII. LBTTAS DS I.'s1IPSRKUE au EOI D*AirOI.ZTK&&S.
— VAPOLioir ROI d'italis ; couROirirBMEirT a milah. — Esuirioir ds la
LXOURIS A LA FRANCE. L^ANOLBTEERZ , LA RUSSIE, l'aUTRICHE, DRCIiA-
BSVT LA GUERRE A LA VEAZfCE. BATAILLE DES TROIS EMPEREURS A AU*
. rriRLXTZ. — PAIX DE PRRSBOURO. BATAILLE VAVALE DE TRAVALGAR«
A la fin de 1 8o3 , l'empereur Alexandre s'était offert à Napoléon pour intermédiaire entre la France et l'Angleterre ; mais en lui demandant d'évacuer la Hollande , l'Italie et la Suisse j comme un gage de l'acceptation de cette médiation ^ ce prince ne pouvait être écouté. Napoléon avait consenti à ce qui lui était possible , à évacuer l'Helvétie ; et , dans le but de la paix , il avait proposé un armistice et un congrès. Le cabinet de Londres était allé plus loin encore que la Russie ; il avait exigé l'évacuation du Hanovre . avant d'admettre la médiation russe. On n'aurait point traité plus durement un ennemi vaincu. I^ Russie persévérant dans son système , l'ambassadeur Markoff avait quitté Paris, où M. d'Oubril était resté en qualité de chargé d'affaires. Cette résolution avait encore eu pour motif l'inutilité des dé-
Ct'jè HISTOIEE
marches du cabinet russe afin d'obtenir de la France l'indemnité pvemîse au roi deSardaigne pour le Piémont, en vertu du traite du ii octobre 1801. La Russie 9 d'un autre côté , persistait à occuper la république des Sept Iles , malgré les stipulations de cette époque. Enfin la violation du territoire de Bade et le meurtre du duc d'Enghien avaient totalement altéré le reste d'intelligence qui subsistait encore entre Paris etPétersbourg; ou plutôt les évènemens servirent de signal au changement total de système de l'empereur Alexandre , livré à la politique britannique. L'avènement de Napoléon à l'empire devint aussi un nouveau grief pour le descendant des Romanoff. Un échange de notes hostiles , une véritable guerre de récrimination avait eu lieu entre les cabinets de Pétersbourg et des Tuileries. Le chaîné d'affaires , d'Oubril , était parti de Paris le ^9 août de l'année précédente, après la remise d'une note très-hostile , et la diète de Batisbonne avait accueilli les déclara* tions de l'empereur Alexandre. La Russie était donc publiquement engagée à ne pas reconnaître l'empereur des Français. Le cabinet de Londres avait habi» lement profité de ces circonstances pour décider celui de Pétersbourg à rompre avec la France, et à si» gneravec lui un traité le 8 avril i8o5. De son coté, la Russie avait déterminé le Divan à refuser de reconnaître l'Empereur Napoléon ; en sorte que le maréchal Brune s'était vu dans la nécessité de quitter Constantinc^le, comme le général Hédouviile Pétersbourg. Des flottes russes avaient franchi les Dardanelles et la Suod : elles menaçaient l'Italie , débarquaient dts troupes am îWs {oai^npes , ^t sembbiei^l; marisber
DE rr APOLLON. 279
de ccmcert avec les flottes britanniques. J'ai parlé déjà de Taugmentalion des forces de l'Autriche sur la fFOutière italienne. Dans cette conjuration de tant d'élémens hostiles , Napoléon se trouvait forcé de conquérir , sur la plus redoutable partie de TEurope , le trône où la France venait de l'appeler. Mais , dans Fc^oir sans doute que l'opinion de la nation anglaise, qu'il sait contraire à cette guerre toute de passion , pourra entraîner le ministère , Napoléon donne encore un gage de ses intentions pacifiques en renouvelant auprès du roi de fa Grande-Bretagne la démarche généreuse et franche qui marqua les premiers pa$ de Bonaparte dans la carrière consulaire. En conséquence , il écrit directement à ce prince, le % janvier 1 yo5.
•t Monsieur mon frère , appelé au trône de France «par la Providence et par les suffrages du Sénat, du « peuple et de l'armée , mon premier sentiment est « un vœu de paix. La France et l'Angleterre usent « leur prospérité. Elles peuvent lutter des siècles. « Mai^ leurs gouvernemens rempliront-ils bien le plus « sacré de leurs devoirs? Et tant de sang versé inu- « tilement et sans la perspective d'un but , ne les ac- « cuse-t-il pas dans leur propre conscience? Je n'at- « tache point le déshonneur à faire le premier pas. « J'ai asse^ , je pense , prouvé au monde que je ne « redoute aucune des chances de la guerre ; elle ne « m'offire d'ailleurs rien que je puisse redouter. La « paix est le voeu de mon cœur; mais la guerre n'a « jamais été contraire à ma gloire. Je conjure V. M. « de ne pas se refuser au bonheur de donner elle- « même la paix au monde : qu'elle ne laisse pas cette
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a douce satisfaction à ses enfans ! Car enfin , il n y « eut jamais de plus belle circonstance, ni de moa ment plus favorable pour faire taire toutes les pas- «( siotis et écouter uniquement le sentiment de Thua manité et de la raison. Ce moment une fois perdu » <r quel terme marquer à une guerre que tous mesefa forts n'auraient pu terminer ? Y. M. a plus gagné « depuis dix ans en territoire et en richesses, que <c TEurope n a d'étendue ; sa nation est au plus haut « point de prospérité. Que veut-elle espérer de la a guerre ? coaliser quelques puissances du continent? ce le continent restera tranquille. Une coalition ne « ferait qu'accroître la prépondérance et la grandeur ce continentale de la France. Renouveler des troubles a intérieurs? les temps ne sont plus les mêmes. Déa truire nos finances? des finances fondées sur une «c bonne agriculture ne se détruisent jamais. Enlever « à la France ses colonies? les colonies sont pour la a France un objet secondaire, et V. M. n'en possèded t-elle déjà pas plus qu'elle n'en peut garder? Si ce V. M. veut elle-même y songer, elle verra que la <i guerre est sans but , sans aucun résultat présumait ble pour elle. Eh ! quelle triste perspective de faire c( battre les peuples pour qu'ils se battent ! Le monde (c est assez grand pour que nos deux nations puissent a y vivre , et la raison a assez de puissance pour qu'on a trouve les moyens de tout concilier, si de part et a d'autre on en a la volonté. J'ai toutefois rempli un <c devoir saint et précieux à mon cœur. Que V. M. >e croie à la sincérité des sentimens que je viens de « lui exprimer, et à mon désir de lui en donner des « preuves. »
DE NAPOLÉON. 2l8f
Mais c'était encore à l'implacable haine du ca- Inaet (le Saint James que Napoléon s'adressait; et sous la date du i4 janvier, lord Mulgrave écrivit à M. de Talleyrand :
a S. M. a reçu la lettre qui lui a été adressée par « le chef du gouvernement français , datée du a« jour a de ce mois. Il n'y a aucun objet que S. M. ait plus à « cœur que de saisir la première occasion de prou- « ver de nouveau à ses sujets les avantages d'une « paix fondée sur des bases qui ne soient pas incom* « patibles avec la sûreté permanente et les intérêts « essentiels de ses États. S. M. est persuadée que ce « but ne peut être atteint que par des arrangemens « qui puissent en même temps pourvoir à la sûreté « et à la tranquillité à venir de l'Europe , et prévenir «le renouvellement des dangers et des malheurs « dans lesquels elle s'est trouvée enveloppée. Con- « fermement à ce sentiment , S. M. sent qu'il lui est « impossible de répondre plus particulièrement à « l'ouverture qui lui a été faite, jusqu'à ce qu'elle « ait eu le temps de communiquer avec les puis- « sances du continent avec lesquelles elle se trouve ^ ^^gagée par des liaisons et des rapports confiden- « tiels, et particulièrement avec l'empereur de Rus- « sie , qui a donné les preuves les plus fortes de la « sagesse et de l'élévation des sentimens dont il est « animé, et du vif intérêt qu'il prend à la sûreté et « à l'indépendance de l'Europe. »
Voilà la lettre qui décida du sort du monde européen. C'était une froide et vague paraphrase de Tarrét de mort prononcé par l'oligarchie anglaise
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contre la France et Napoléon , à la ruptnre en traité d'Amiena. Cinq jours après cette réponse au cabinet de France, le cabinet de Saint-James remettait à l'ambassadeur de Russie , à Londres , une note où il était proposé à son gouvernement de coopérer à en* lever à la France toutes ses ccmquétes et à la réduire aux limites de 1792; à dépouiller également ses alliés I et entre autres la maison d'Espagne, de ses intérêts en Italie, au pro6t de la Toscane ; k agrandir le Piémont de l'État de Gènes, k replacer l'Autriche en Lombardie ^ et à réunir les Pays-Bas à la Prusse. Tel était le nouveau droit public que Pitt improvisait le 19 janvier, d'après l'assurance que l'ambassadeur russe avait donnée de Taccord secret ëe la cour de Vienne.
Jamais cm ne vit la politique respective de l'An* gleterre et de la France réduite à une plus simple expression. Ces deux pnissanoes étaient également eoQvaittcues que la paix générale assurait la domination de Napoléon ; donc l'une des parties avait, pour demander sans cesse cette paix, les mêmes raisons que l'autre pour n'y pas consentir. Cependant les propositions de Napoléon trouvèrent snr les bancs de l'opposition anglaise un énergique protecteur dans son chef, l'orateur Fox. De son coté , l'Empereur ordonna de communiquer ces proposa tiens, ainsi que la r^onse de lord Mulgrave, aux trois corps de la législature, le 4 février. La franchise de cette communication porta au plus haut degré l'enthoQsiaame public déjà exalté par la générosité de la démarche £|ite auprès de Georges IIL La guerrf que ftSSMîiMmnait ainsi l'opinion, 1|l gntxre deviat,
DE ITÂPOLÀJH. a83
p. parce nouveau refusdu cabinet de Londres, leseul, ,j. le véiitable , le légitime refuge de ta France et de ^Napoléon. Toutes les guerres continentales qui vont ^^ ensanglanter l'Europe n'auront donc d'autre but, de .^k part de la France , que d'obtenir à force de triom- ,^eslapaix générale. Mais cette paix sera refusée
oonstamment, sous le rprétexte de l'illégitimité de ^l'Empereur des Français , par l'invincible raacbi«Té-
Jjsme d'un gouvernement dont la splendeur ne ^ ^\e que de l'époque où la maison de Hanovre
1 occupé le trône d'Angleterre au détriment des
ituarts.
Ainsi l'Europe est condamnée par le cabinet de
; Jtint Jane6 , ou plutôt par un seul homme, par
Htt, à s'immoler k la haine qu'il porte, non-twule-
lent aux prospérités de la France, mais ausù à la
f^wtune personnelle, à la gloire, au génie de Napo*
jon. Dix années après, afin que la postérité ne *^ lisse jamais se méprendre sur l'auteur de' ces ''^•ospérités , ce même cabinet, digne exécuteur les- ** - nentaire du fils de Ghatam , proclamera dans ^' ,ute l'Europe soulevée et soldée par ses subsides, '"^e c'est contre Napoléon seul qu'il arme la ven- I '^'jaace du monde ; et la France , deux fois veuve *^: héros qu'elle vient de couronner, sera enfin, ^ loa la proie, du moins la victime de la jalousie [9*' itaonique.
y^La i4 janvier, Napoléon reçut de la nation le plus I* ui de loiis les trophées : sa statue fut in:»ugurée ii^jCorps-Légisiatit' pour éterniser la création da l* ?Tecivil, la miTOoire de son fondateur et la recon- * ' WBCe^s Franrais. Une pompeuse solennité
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consacra ce grand hommage national ; elle eut lien en présence de llmpératrice, de la famille impériale, de toute la cour et des premiers pouvoirs de l'État M. de Vaublanc avait la parole et dit :
a Messieurs , vous avez signalé l'achèvement da « Code civil des Français par un acte d'admiration et < de reconnaissance. Vous avez décerné une statne « au prince illustre dont la volonté ferme et cons- « tante a fait achever ce grand ouvrage , en même « temps que sa vaste intelligence a répandu la plas « vive lumière sur cette noble partie des institutions « humaines. Premier Ck)nsul alors, Empereur des « Français aujourd'hui , il paraît dans le temple des « lois, la tête ornée de cette couronne triomphale a dont la Victoire l'a ceint si souvent, en lui présage géant le bandeau des rois, etc.... j» Un banquet et un bal, offerts à l'Impératrice, suivirent cette séance. L'Empereur parut le soir au bal; les arts , dans cette belle fête, qui célébrait si justement le premier bienfait de toute civilisation , étalèrent à l'envi tout ce qu'ils peuvent produire de plus brillant , de plus ingénieux.
Cependant Napoléon avait habilement profité de la juste exaspération du cabinet de Madrid contre les violations britanniques , et , le 1 2 janvier , une convention fiit signée à Aranjuez entre la France et l'Espagne. Cette convention , par laquelle l'Espagne s'engageait à tenir à la disposition de son allié trente vaisseaux et cinq mille hommes de débarquement, renfermait aussi le détail des forces de terre et de mer rassemblées dans les divers ports de l'Empire : au Texel , trente raille hommes sous le général Ma^
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mont, avec les bàtimens de transport nécessaires; à Ostende, Dunkerque, Calais, Boulogne, auHâyre, des flottilles propres à porter cent mille hommes et vingt-cinq mille chevaux; à Brest, vingt et un vaisseaux de ligne et des transports pour un camp de vingt-cinq mille hommes; àRochefort, six vaisseaux, quatre frégates, avec quatre mille hommes de troupes ; enfin , à Toulon , onze vaisseaux , huit frégates et des transports pour neuf mille hommes. Ainsi, au moment où Napoléon se proposait de demander directement la paix à l'Angleterre , il comptait cent quatre-vingt-treize mille hommes prêts à être embarqués sur soixante-neuf vaisseaux de ligne, et plus de deux cents bàtimens de guerre et de transport , tous armés, n'attendant que son signal ou l'espérance de six heures de calme pour voguer vers la Tamise. Pendant son séjour à Mayence , Napoléon avait arrêté les dispositions de ses forces navales, et les avait divisées en trois expéditions : la première aux Antilles , sous les ordres du contre-amiral Missiessy et du général Lagrange; la seconde, sous les ordres du général Lauriston , dirigée contre Surinam , alors au pouvoir des Anglais; la troisième se trouvait confiée au général Reille, qui devait s'emparer de S41NTE-HELÈNE ! Ce fut peu de jours après son sacre, que Napoléon régla définitivement tout ce qui concernait Toccupation de cette île. La réunion de Vtle et Elbe à la république avait également suivi de près la proclamation du consulat à vie. Il semblait qu'une destinée mystérieuse eût voulu désigner aux deux élévations de Napoléon les apanages de ses deux infortunes.
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Au milieu des imneosee préparatifs que Napoléon multipliait dans tous les ports de la France , de l'Espagne , de la Hollande et de la Belgique, pour triompher de TAnglet^rre à Londres, ou pour la contraindre à la paix, une nouvelle couronne, la couronne de fer des rois d'Italie , vient se placer sm* son front : c'est celle de la gloire républicaine. Na* poléon l'avait proposée à son frère Joseph; mais l'abolition du traité par lequel l'Italie s'engageait i nous payer une contribution annuelle de 5o millions pour l'entretien d'une armée française de 3o,ooo hommes destinés à la défendre , étant la condition de l'acceptation de Joseph , Napoléon accepte pour lui le vœu de la nation italienne» £n même temps, dans le but de rassurer l'Europe et surtout la maison d'Autriche , il promet de donner ce trône à un fiils adoptif , et de le séparer à jamais de celui de France, aussitôt que Malte aura été rendue par l'Angleterre , et la république des Sept-Ues évacuée par la Russie. Il devait alors évacuer aussi l'État napolitain et ménager ainsi l'indépendance de l*£tat lombard. La députation solennelle de Milan, qm apporte à Napoléon le vœu du peuple italien, tirée des grands corps du nouveau royaume , la même qui, conduite par M. de Melzi , président de la Cxmsuite, a assisté à Paris au couronnement, e$t présentée au Sénat. Napoléon s'y est rendu le 38 mars, mois si historique dans sa vie. « Le génie du ce mal , dit-il alors , cherchera en vain des prétextes ^ pour mettre en guerre le continent. Ce qui a ét« c( réuni à notre em{\[re par les loi3 constitutionnelles a de l'Etat, y restera réuni. Aucune nouvelle puis*
OB ITAPOliON. S 87
^fiance n'y sera i$ieorporé€....9 Le a «vril» TEoipei^ur et l'Impératrice quittent leur capitale de France et se dirigent vers leur capitale dltalie.
Trois jours après 9 le pape , moins heureux que son iUustre allié , repart pour la métropole dn monde chrétien. Pie VU avait espéré, en reconnaissance du sacre ^ recouvrer les légations cédées à la France par le traité de Tolentino, et cette espérance avait, diton y porté son conseil à le prier d'accéder k la demande de Napolé(m. Mais si le Saint-Père a'est éloigné de Rome avec les projets d*un souverain temporel, il n'a été appelé et re^u à Paris que comme souverain spirituel. Napoléon, devenu rot dltalîe, tient par cela seul le Saint-Siège sous une dépendance plus directe.
Avant d'aller prendre à Milan la couronne d« fer, l'Empereur s'arrêta à Troyes, où il laissa un nuMwent rin^ratrice , sa cour, sa maison. Accompagné de «on grand -écuyer et de deux officûers,ilse rendit en toute hâte a Brienne on l'attiraient, entre deux cou*ronnemeas, les souvenirs de son enfance. Il ne revit pas sans uoe vive émotion le berceau de son éduoa«* tien française ; il y retrouva toute la mémoire die (ses premièi^s années, reconnut jusqu'aux serviteurs de l'école militaire, dont les ruinés l'attristèrent visiblement. Il demanda avec empressement un eodësias* tique qui avait été sous-pi^let d'une classe de l'école; ce prêtre, alors vicaire dans un village voisin, arriva précipitamment 9 vêtu d'une redingote brune:
<K Pourquoi néêei^'vous pas en souiane! lui dit sévèrement Napoléon. « Un prêtre ne doù Jamais quitter son habit II nefaut pas qu il puisse cacher ses meeurs
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un seul moment; allez vous habiller. » L'ecclésîafttique revint en soutane , et l'Empereur trouva le moyen d'effacer l'impression de sa réprimande. Napoléon oublia réellement à Brienne, pendant vingtquatre heures , et l'empire de France et le royaume d'Italie.
Le lendemain matin , de très-bonne heure, il était à cheval; ceux qui le suivaient le perdirent bientôt de vue. Après d'inutiles recherches de leur part , Napoléon reparut au bruit des coups de pistolets, que l'inquiétude faisait tirer à ses officiers: il avait été, non loin du village de la Kothière , visiter , dans une des promenades favorites de Técole , le champ de bataille où 9 neuf années plus tard , trahi par la fortune, il devait combattre pour sauver l'indépendance de la France et sa propre vie. Napoléon quitta Brienne, non sans y laisser des traces généreuses de sa présence. De retour à Troyes, l'Empereur se dirigea sur Lyon, où il séjourna quelque temps. Tout ce que le génie de cette ville si célèbre dans l'histoire des arts utiles put créer de plus éclatant , de plus triomphal, fut mis en œuvre pour célébrer le passage de l'Empereur. La reconnaissance était pour ainsi dire gravée sur les murs de cette grande cité, dont Napoléon avait relevé les ruines. Jamais population ne se montra transportée d'un enthousiasme plus vrai,plus légitime. Elle devait à Napoléon la renaissance et la protection du commerce ; elle saluait avec d'autant plus d'ivresse les nouvelles grandeurs qui se réunissaient sur la tête de ce prince , que ces grandeurs ouvraient une immense carrière aux principales fabriques de Lyon; aussi déploya-t-elle avec profusion , dans cette
circonstance, les merveilles de cette industrie toute royale dont s'embellirent à Paris les majestueuses solennités du sacre. Lyon , que la nature seule de son commerce rendait odieuse à la république , avait été ravagée par la terreur comme par une vengeance. Aucune guerre civile, aucune proscription depuis celles de Rome n'offrit un tableau plus terrible et plus déplorable des fureurs et des infortunes humaines :1e souvenir était loin d'en être effacé; ce même souvenir, au retour d'Egypte , avait accueilli le libérateur avec une acclamation toute séditieuse ; ce même souvenir, fortifié des avantages recueillis depuis la pourpre consulaire , exaltait au plus haut degré les esprits et les âmes de cette ville ardente , à laquelle Napoléon témoigna constamment une prédilection dont alors elle était si heureuse , et dont elle peut encore s'honorer à présent.
Pendant qu'il était à Lyon , Napoléon conçut un plan dont le succès eût incontestablement fait réussir le projet de descente en Angleterre. Cette conception porte avec elle le cachet de son auteur , qui en transmit de sa main toute l'instruction au ministre de la marine. L'amiral Gantheaume devait sortir de Brest ainsi que sa flotte, et l'amiral Villeneuve mettre à la voile pour les Antilles avec les flottes combinées de Toulon et d'Espagne. Ces mouvemens avaient pour objet d'entraîner loin de la Manche les forces navales de l'Angleterre , de faciliter la réunion et d'opérer le départ des flottilles extraordinaires. Pour atteindre ce but important , à leur retour des Antilles , les flottes de Villeneuve et de Gravina devaient se joindre à celles de l'Océan , à Rochefort et à Rresl. II. 19
ago HflSTOlRE
Cette jonction présenterait une masse de cinquante* six vaisseaux de haut-bord , avec iesquds Vanirad Villenettve entrerait dans le canal. Ces ordres faTent ponctuellement exécutés ; mais en revenant de T^Nsest Villeneuve, à la tête de vingt et un vaisseauic fran^is et espagnols , rencontra , au cap Finistère ^ 1 aaairal Calder ; qui n'en avait que treîue. Le combat s'en^ gea ; et Villeneuve , malgré l'avantage du nombre , fut battu. Il fit même perdre deux vaisseaux à la «uh rine espagnole. Ainsi échoua par Tévènement qw devait en assurer complètement l'exécution, paria témérité de l'amiral anglais, ce beau projet que 4a fortune semblait avoir reçu avec complaisance da génie qui ie conçut ! Villeneuve , qui comptait six vaisseaux de plus que son ennemi , dut aller ise réfiigier à Cadix , jusqu'au désastre de Trafalgar. &i Angleterre , on lui eut d'abord justemei^t retiré son commandement ; bien pkis , il aurait peut-être payé de sa vie l'affront fait à son pavillon. Mais Napoléoii De savait que juger : il ne savait pas punir. La démence dont il usa envers Villeneuve co^a à ia France sa marine.
L'Empereur continua sa route par C3iambéry et Turin; il s'arrêta quelques jours au châtea^i nojaide Stupinitz , où il attetidit le pape. Il se rendit ens«ite à Alexandrie, où il affecta une somme de vingt millions pour faire de cette vitt« la première plac^ d^armes de l'Europe. Cette immense fondation tntti^ taire dev^t étreauasi un grand monument politique fde l'alliance indissoluble de la France et de la pé* ninsule italique. Elle consacrait à jamais le soui^enir de cette journée que le destin de la guerre marcpin
DE NA.POLÉON. 2gi
d'une dé&Ue qui eût exilé Napoléon de l'Italie , et d'unQ victoire qui lui donna l'empire. Aussi reparut* il avec Tuniforme républicain de Marengo sur ce champ de bataille qui le vit conquérir la Péninsule pour ia seconde fois. Là » au milieu de trente mille hommes, dont il récompensa les plus braves par la décoration de la Légion-d'Honneur, il posa solennellement la pierre du monument que sa reconnais*' fiance élevait aux héros moissonnés à Marengo. C'é^ tait rentrer à Milan par un arc de triomphe. Parmi €es victimes de la gloire que le vainqueur se plaisait À honorer dans leur tombeau , le nom de l'iUu/Ure Besaix na pouvait être oublié. D'Alexandrie» Napoléon partit potir Pavie ^ où le reçut M. de MeLû. £nfin ) le 8 mai , Napoléon fit <\ Milan une entrée ma^ gnifique; le 26, eut lieu le second couronnement. Napoléon fut sacré par l'archevêque cardinal CafH^ara. Cette cérémonie effaça celle de Paris par sa splendeur histoiique. Au bout de dix siècles, la couronne de 1er des Lombards , placée sur la tête d'un empereur ies Français 9 apprenait au monde que Gharlemagn^ avait un successeur. Ainsi qu'à Paris , Napoléon se couronna lui^iaaiéme, et en preuant la com*onne $w l'aujtel : « J?ieu me la donne' ^ <dit-il à haut^ voix , ^re à qui la touche! » L'ordre delà Cour^Mine de fer fut créé avec ces mots pour devise. Le 8juip , Napo* léon nomma le prince Eugène vice-roi d'Italie. Il ne pouvait donner à ses nouveaux sujets un gag« pJMs oertain de son affection, qu'en choisissant pour le nepréseoter comme souverain ^Je fils de son adoption et rélève de sa gloire militaire.
Le 4 juin, le doge Durazzo, l'archeA^éque de Gênes
^gO, HISTOIRE
et une députalion du séuat de cette république ^ étaient venus à Milan demander la réunion de l'État de Gènes à l'empire français. Le 9, M. deCharopagny^ ministre de l'intérieur , proclamait à Gênes cette incorporation , ainsi que la division du territoire en trois départemens : Gènes, Montenotte et les Apennins. Le même jour , l'Empereur présida à Milan Touverturesolennelledu Corps-Législatif duroyaume d'Italie 9 et reçut le serment du vice-roi. Il termina son discours par ces paroles , qui devaient épouvanter la maison d^ Au triche : « J'espère qu'à leur tour « tous mes peuples dltaiie voudront occuper la place « que je leur destine dans ma pensée ; ils n*y parce viendront qu'en se persuadant bien que la force « des armes est le principal soutien des États. Il est « temps enfin que cette jeunesse qui vit dans l'oisi- « veté des grandes villes cesse de craindre les fatigues tf et les dangers de la guerre. »
L'Italie releva noblement, sous son vice-roi, le gant que venait de jeter Napoléon. La gloire militaire du nouveau peuple débuta par étendre celle de la France, vécut son égale , et mourut avec elle du même supplice , l'invasion étrangère et la trahison.
Deux ambassades spéciales arrivèrent aussi à Milan ; l'une apportait à Napoléon la décoration du Portugal , l'autre unç lettre de félicitations du Saint- Père. Sa Sainteté finissait sa lettre par une sorte de madrigal : « I^ réciprocité de notre amour , disait- « elle, et cette tendresse paternelle que nous éprou- « vous pour vous , nous rendent très-cher ce qui « vous est glorieux. »
I^e 10 juin, l'Empereur partit de Milan pour con-
DE ITAPOLlSON. SqS
tinuer la revue de ses trophées d'Italie : quarante mille hommes commandés par les maréchaux Jourdan et Bessières l'attendaient au camp de Castiglione; il y fit , comme à Marengo, une distribution solennelle de la croix d'honneur. Ensuite il visita Peschiera , Vérone , l'imprenable Mantoue et la ville de Bologne y où il séjourna jusqu'au 21. C'est là qu'il donna audience au marquis de Gallo , envoyé par le roi de Naples pour solliciter et garantir la neutralité de ce prince , ainsi qu'à une députation du sénat de Lacques 9 qui demandait à la France un souverain. Peu de temps après, cette petite république , érigée eu principauté , devint l'apanage de la princesse £lisa, depuis grande-duchesse de Toscane. Le 21 juillet suivant y l'État de Parme obtenait aussi l'honneur de l'incorporation au grand empire.
Enfin , le 3o juin , Napoléon entra à Gènes , suivi des ambassadeurs de Naples et de Portugal. Le plus imposant éclat accompagna la cérémonie de prise de possession de l'ancienne rivale de Venise. La cathé* drale vit l'Empereur, dans toute la pompe d'un troisième couronnement , recevoir les sermens et distribuer les décorations. Ce fut à Gênes que le cardinal Maury, si célèbre par son opposition à la révolution française , et admis en 1792 dans le conseil des princes émigrés , parut en présence de Napoléon , qui lui accorda volontiers la permission de revenir à Paris.
Le 8 juillet, l'Empereur arriva à Turin , et en partit au milieu d'une manoeuvre de la garnison. Il allait au devant des nouvelles de la flotte de Villeneuve. T^ 1 1 , il était à Fontainebleau. Napoléon y apprit le
second combat de la flottille batave , qai, soasles ordres de Taniral Verhuell, triompha, les ¥7 et 18 juillet, des efforts de la croisière anglaise, réunie le premier jour au nombre de quinze vaisseaux, et le second forte de quarante-cinq. I^a flottille parvînt à sa destination, au port d'Àmbleteuse. Cette action audacieuse , qui plaça l'amiral Yerhudl au ranç des premiers hommes de guerre de l'Europe , frappa encore l'attention par une particularité vraiment che« ▼aleresque , bien conforme au génie belliqueux des grands militaires de cette époque. Le maréchal Da* voast, commandant le camp de Dunkerque , an moment où appareilla la flottille batave , voulut être volontaire sous le pavillon de l'amiral, monta à son bord , qui prit la tête de la ligne de bataille , et fut à la fois un illustre témoin et un historien fidèle de ce beau fait d'armes, dont il partagea les périls, et dont la gloire devait lui rester étrangère.
Mais pendant que Napoléon se couronnait à Milan, l'Angleterre, pressée par le sentiment profond du danger que lui faisait courir l'imminence de la descente des Français, signait à Pétersbourg un traibé dans lequel la Russie s'engageait à lever, moyennant un subside de cinquante millions , une armée de cent quatre-vingt mille hommes , pour reprendre le Hanoirre, affranchir la Hollande et la Suisse, rétablir sur son trône le iw de Sardaigne, obtenir l'évacuation du royaume de Naples par l'armée française, et enfin pour donner en Italie une frontière à l'Autriche: en un mot, l'Angleterre, qui avait rompu le traité d'Anienë, armait l'Europe contre celui de Lu-^ DéviHe.
DE KAJ>OLioV. !^5
Il est à remaFquer que la puissaace qui allait aecéder publiquement au nouveau traité de coalitioi^en renMvdft toute» k» conditiosus j faïuit années aprèe , ' deois les n^oeiations qui précédèrent le congrès dei Prague, tant fut itiébranlable, dès Torigine^ le système de la politique autrichienne pour rabaissement: de la Fraaee! La cour de Vienne ^ égale»)ent fidèle aux principes de cette temporisation frauduleuse qui masque constamittent la marche de son gouverne* méat , parut d'abord voulmr se contenter du rôle de conciliatrice en se proposant à la France pour in ter* médiaire entre elle et la coalition des cabinets de Loodres, de Pëter^>ourg et de Stockholm. Bientôt eUe cria hautement à la violation du traité de Lunéville , parce que la république italienne se donnait à Ilapoléon comme royaume^ et la république de Gènes à la France comme provinc4\ Cependant l' Au* triche avait son représentant à Lunéville, quand L'article e i stipulait , en faveur des Italiens et des Liguriens, la Kberté de disposer d'eux et d'adopter telle forme de gouvernement qu'il leur conviendrait de choisir. Comment à cette époque, où elle discuta, oii on l'appela spécialement à discuter cette clause , sa pénétration ordinaire s'est^-elle trouvée en défaut, au point de ne pas prévoir ce que l'Italie et la Ligurie ne prenaient pas trop la peine de dissimuler? Pourquoi ne demanda*t*elle pas franchement une explica* tdoB sur la nature de l'indépendance réclamée paar ces deux États ? La raison en est simple : les ressentimens de l'Autriche signataire à Lunéville, de FAntriche immobile dans sa passion comme dans sa politique y se cachaient alors ; mais, au moment où
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se renoua la coalition ^ ils s'enveloppèrent tout à coup y pour mieux éclater ensuite , du voile d'une 'officieuse intervention. Cette générosité était calculée; car Vienne avait également pris parti avec Tjondres , avec Pétersbourg j avec Stockholm. L'ambassade du comte de Cobentzel à Âix-la-Chapelle devait couvrir cette intelligence. A présent la cour d'Autriche ne se présentait comme intermédiaire que pour gagner du temps et terminer ses armemens. Enfin elle accéda le 9 août au traité de la coalition du 1 1 avril , pour lequel elle s'entendait avec la cour de Pétersbourg et par elle avec celle de Londresdès les premiers jours de janvier, et elle accepta une part dans la distribution des subsides anglais. Cettepuissance essayait, en j8o5, le rôle qu'elle joua depuis en 1 8 1 3 ; ce fut en arguant de l'iufiraction du traité de Lunéville qu'elle parut tout à coup en armes dans la Bavière, sans déclaration de guerre, comme depuis elle s'élança sur le champ de bataille deDresde, en accusant la rupture du congrès de Prague.
Le 16 août , au moment où l'Autriche croit Napoléon occupé d effectuer la descente en Angleterre, ses armées se mettent en marche; quatre-vingt-dix mille hommes s'ébranlent sous les ordres de Farchiduc Ferdinand , dont la tutelle militaire est confiée à l'impuissante présomption du général Mack. Le 7 septembre , ce prince envahit subitement la Bavière, dont François II voulait incorporer l'armée dans la sienne. L'Angleterre a fourni à l'Autriche l'exemple d'une pareille violation, en attaquant pendant h paix les navires et les ports de l'Espagne. La cour
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électorale de Munich dut aller se réfugier à Wurtzbourg.
Quarante mille hommes, commandés par Tarchiduc Jean y prennent position dans le Tyrol, et cent mille combattans se dirigent vers l'Âdige , sous les drapeaux de l'archiduc Charles , qui part , malgré lui, pour venger les souvenirs d'Italie.
Napoléon avait pénétré le dédale de la ténébreuse politique de l'Autriche. Il connaissait lés engagemens secrets de cette puissance avec l'Angleterre et la Russie , et il apprit ses mouvemens militaires au camp de Boulogne , où il était venu faire une répétition de la descente, pour tromper les Autrichiens et occuper les Anglais. En effet, sous ses yeux, ses équipages furent embarqués; le corps entier du maréchal Soultlefut pendant quarante-huit heures; une partie de l'avaht-garde du maréchal Ney avait appareillé de Montreuil, et était entrée à Boulogne. L'empereur Napoléon savait aussi qu'au mépris de ses ordres formels , et au préjudice de la haute euf treprise qui eût abattu l'orgueil et le despotisme de l'Angleterre, l'amiral Villeneuve avait conduit la flotte combinée dans les ports de l'Espagne ; cependant il espérait encore que cet amiral, après avoir réuni l'escadre de Carthagèneà la grande flotte espagnole et française, reprendrait la mer avec quarantetrois vaisseaux de ligne, et que, secondé par l'escadre du contre-amiral Lallemand , il se présenterait devant Brest, y débloquerait Gantheaume, arrive*rait dans le canal avec soixante-huit vaisseaux, et couvrirait le trajet de la flottille qui devait porter
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rarméc et k fortune du nouTem César. Dans YèM de dispersion où étaient les flottes anglaises , Cc^nwftllis n'avait pas plua de quarante vaisseaux à opposera cet iflfimanae rassemblement de forces. Ainsi, iBal^rétaatde cbanoes contraires, ma^ré des&ti^ grave» qui venaient de déran^^er les profondes conceptions du génie, Texpédîtion réussÊssaîl , si l'amiral Yilleneruve se hâtait de réparer, comme il le pouvait encoffff le» conséquences funestes de son inconcevable désobéissance aux ordres de TEmperetir.
Napoléon attendit pendant quelques jours l'arrivée de l'amiral ; il les consacra avec son ardeur accoutumée à préparer tous les moyens àe repousser une injuste agression^ et d'en aller punir les auteurs- jusque dans la capitale de f Autricbe. Vu décret 9 rendu air camp impérial le 96 août , niîA m activité s<Mxante mille coftscrits, dont trence ntilb db la réserve destinée à établir rarmée sur te pied de guerre^ survanf la loi de recnUement. La France et l'itaKe répondirent de l^out^s parts à Kappel de l^Eiopereiir. En s'asfsurant une a^mée formiddbte, qu'il s's^préfait à qfmtter pour voler en Allemagne, en v^Uamt sur kt conservation de nos flottes répandi!ies au-dehorSy et de nos immenses préparatife d'invasion contre TAngteterre, Napoléon improvisait dans sd pensée le vaste ensemble des* mémorah blés opérations militaires de la campagne d'Auster- Ktar. B est inip>(M9BÎbte d^omettre dans la vie àe ce grand capitame le hit rapporté à ce sujet par m hommie dont personne ne récusera le témoignage. « M. Daru était à Boulogne , remplissant les fonc-
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que , SUS une ligne de départ de deim <^i^ts henm
il ^
Il 1^
DE ISAPOLÉON. ^99
ttons d'intendant-général de Fartnée. Uo matm, l'Empereur le fait appeler dans son cabinet; Dam le trouve transporté de colère , parcourant à grands pas son appartement, et ne rompant tin moime silence que par des exclamations brusques et cour» tes.... tf Quelle marine!.... Quel arnivall... Quel» sa*
<r crifices perdus! Mon espoir es* déçui. Cç
«Villeneuve! au Ueu d'être dans la Manelbe^ il •f vient d'entrer au Ferrc^ ! Gen es.t fait 1 II y sera « bloqué.... Daru^ mettez-vous là, écoutes et écri- « vez. » L'Empereur avait reçu de grand matin la nouvelle de farrivée die Villeneuve dans, un port d'Espagne; il avait vu sur-)e*-champ l'expédilion d'Angleterre avortée; les immenses dépenses de la flotte et de ta flottille perdues pour long-temps^ pour toujours peut-être! Alors y dans l'emportement d'ui»» lureur qui ne peymet pas même aux autres hommes de conaerver leur jugement, il avait pris Tune de» résolutions les plus hardies, et tracé l'un des plans de campagne les plus admirables qu'aucui^ conquérant ait pu concevoir à loisir et de san^ froid. iSans hésiter,^ sans s'arrêter, il dicta en estier le plan de la campagne d'Austerlitz, le dépai^t de tous les^ ccdrps d'armée , dépuis le Hanovre et la Hollairie jusqu'aux confina de l'ouest et du sud de la France : Tordre des marches , leur durée,, les lieujE de convergence et de réunion dea colanAesi^ ht^ surprises et les attaques de vive force,» les mooive*^ viens divers de l'enuemi, tout fut prévu, la Yk> toire assurée dans toutes les bypolthèses. Telles^ étaient la juistesse et la vaste prévoyance de qepbn, que , sus une ligne de déport de deim <?mits Ueuaa»,
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des lignes d'opération de trois cents lieues de longueur furent suivies, d'après les indications primitives, jour par jour, et lieu par lieu, jusqu'à Munich. Au-delà de cette capitale , les époques seules éprouvèrent quelque altération, mais les lieux furent atteints , et Tensemble du plan fut couronné d'un plein succès. »
Dans le même moment où il allait mettre ses troupes en mouvement, sous le nom de Grande Armée ^ substitué à celui d! Armée d Angleterre^ Napoléon chargeait son maréchal du palais , le général Duroc , de se rendre à Berlin pour s'assurer de la neutralité de la Prusse. Cette négociation fit triompher la diplomatie française , malgré les efforts des généraux russes , du prince de Metternich et d'autres personnages non moins éminens, réunis à Berlin pour entraîner la cour de Prusse dans la coalition. Une armée de cent mille hommes, aux ordres du vieux maréchal de Mœllendorff, sage conseiller du trône dans cette circonstance, et une réserve de cinquante mille, commandés par le roi lui-même, devaient garantir sa neutralité armée.
Avant de quitter Boulogne, l'Empereur érigea le prytanée de Saint-Cyr en prytanée militaire français , à l'instar de l'École spéciale de Fontainebleau, 1 où seraient reçus les élèves de Saint-Cyr. Le 4 septembre, l'Empereur est de retour à Paris; le roi de Naples y avait envoyé un négociateur qui régla, le 21 , par un traité, sa neutralité désarmée.
Quant au traité qui liait la nouvelle coalition pour la coopération commune des forces de l'An*
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gleterre, de la Russie, de T Autriche et de la Suède contre la France , il portait à plus de trois cent mille hommes les armées autrichiennes. Mais FAu-^ triche avait mal calculé l'emploi de ses troupes; elle ne rêvait que la conquête de l'Italie, tandis que Napoléon voulait arriver à Vienne par le Danube. La Russie s'était engagée à envoyer cent mille hommes en Allemagne pour la fin d'octobre. Elle croyait être en mesure assez tôt pour arrêter la marche du camp de Boulogne. Un autre corps devait de Corfou débarquer à Naples, s'y réunir aux Anglais et aux Napolitains , et s'avancer sur le Pô, tandis que l'archiduc Charles passerait l'Adige avec sa grosse armée. Un troisième corps anglo-russe se réunirait à l'armée suédoise commandée par le roi Gustave , et s'emparerait du Hanovre. Enfin , une quatrième armée russe , placée sur le Bug , non loin de Varsovie , était destinée à observer au moins la Prusse 9 et à contenir ou entraîner sa neutralité. En regard de ces masses immenses qui s'ébranlent de toutes les extrémités de l'Europe, la France ne compte quedeux cent trente-trente-cinqmillecombattans, mais dont cent soixante mille, divisés en sept corps sous Bernadette, Davoust, Ney, Soult, Lannes, Augereau, Marmont, et la cavalerie sous Murât, recevront en Allemagne les ordres de Napoléon; ainsi la guerre n'est point douteuse pour lui audelà du Rhin. L'invincible Masséna est son lieute^ nant en Italie. Le maréchal n'a , pour lutter contre l'archiduc Charles, que cinquante mille hommes, et les vingt*cinq mille de l'occupation napolitaine du général Gouvion Saint-Cyr. L'Empereur a
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dbméé de Pam au maréchal, le 17 s^tembre, tm plan de campagne par lequel il lui prescrit de ochomencer les hostilités le 27. Toute rEurope est en armes« La tâche de Masséna devisait difficile à remplir 9 car Tarchiduc avait: pour lui rimmeuse avantage du nombre et la force de la position. £n outre y une flottille armée à Trieste et à Venise, ap* puyée par des frégates russes , se tenait prête à seconder, auK bouches du P6 et sur les côtes d« l'Adriatique, les opérations de l'aile gauche du prince. Mais les Français allaient déployer de nour veau ieur valeur sur le théâtre de leurs ancîeaais exploits, et si Bonaparte l'Italique ne Jes conduisait plus I ils avaient pour eux l'audace , l'intrépidité , k caractère de Tentant chéri de la Victoire , du béroe de Rivoli « du vainqueur des Autrichiens dans vingt batailles couronnées par celle de Zurich.
Cependant Napoléon ne négligeait aucune occasion de donner des gages à l'Europe contre les sonvenirs de la république. Le sënatus-consulte du it septembre avait rétabli l'usage du calendri^ gr^orien. Toutefois ai l'Europe a cru triompher de h république au 1 8 brumaire , elle regrette sans doute à présent k «Consulat et surtout le Directoire, quand elle voit deux grandes couronnes sur la tête du premier capitaine des temps modernes. Le gouvei*ne- Biient consulaire, sous Bonaparte, convenait mieux ^certainement à l'Europe et peut-être à la France. I»e «ceau de la république n'avait pas été brisé, la majesté de vo» frontières était une loi qui ne pouvait «être transgressée que pour les diéfendre , et les FrsDÇBSft présentaient un peuple compacte que h
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pruémce otdonnaU de ne pw attaquer dans «efe Imrriènes natuiieik&.
Mais -plus isi haine se tsEiOiitre violeirte JMi-dfihors -conÊre l'iEnfiereur, pbi^ arxlente, plus passionnée est l'exaltatioa de Ja France pour Kapoléou* Le aS BepÉe»bre, il ^se rendit soieimelleiiienA au Sévat, '^k son mimstredes relations extérieuves lut r«eqqMisé4e ses griefs contre la maison d'Autriche. Àpnès cette lecture, deux sénat us * coxisultes furent proposés: ^ Vun relatif à une levée de quatn&-vingt mille bom» mes sur la classe de l'&oô^ et le second à la réorga^ nisation des gardes nationales ; car dans les monoens de dangers , les gouvemeraens, avertis par Ja nécessité , éclairés par le sentiment de leur salut, ont toujours eu recours depuis Tiagt ans à cette belle institution qui £ait la force des exDtpims , et ^que les étrangers put imitée dans leurs démîmes conjunntions contre la France yictorieuse. Le Sénat décréta les deux pro^sitions et déféra à FËmperettr la nomination des of&eîers de la garde nationale. Des déicrets iaoipiériaux devaient arrêter «on oi^amsation d^nitive ; lis parurent et appelères^t atix armes tous les Français depuis l'âge de vingt et un ans jusqu^è soixante^ Les bataillons prirent le nom de cohortes; eette immense conscription s'étendait sur toips les départemens limitrophes^ depuis le Pas<dMZiakis jusqu'au lac de Genève; elle formait quatre arroa*dîssemelis dont les commandeaKins dirent donnés à quatre sénateurs, les généraux Bampon , d'Aboville, les maréchaux Lefebvre et Kjeliermann ; «ces deuK tnaréchaux reçurent de plus le commanden^nt de deux corps d'armée de réserve^ l'un à Mayience,
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Tautre à Strasbourg. Un troisième corps gardait Boulogne sous les ordres du maréchal Brune ; trois camps volans de grenadiers devaient éti*e établis à Rennes y dans la Vendée et au camp d'honneur de Marengo. Le général CoUaud gardait Anvers et Flessingue. Le prince Louis prit le commandement en Belgique et en Hollande. Un enthousiasme extraordinaire exaltait l'esprit de l'armée : c'est pour elle aussi qu'elle aime la guerre; en se pressant autour de son Empereur, elle sait qu'elle soutient son propre ouvrage. Les gardes nationales se montrèrent fières d'être arrachées à leurs habitudes paisibles, et de prendre rang dans l'armée pour la défense du territoire.
Napoléon , parti de Paris le a 4 septembre , était à Strasbourg le 27 ; le surlendemain il reçut de tous ses corps d'armée les renseignemens les plus positifs et les plus satisfaisans. Déjà le prince Murât et le maréchal Lannes avaient passé le Rhin, et opéré le mouvement à l'aide duquel l'Empereur cherchait à faire croire au général Mack que nous voulions pénétrer en Souabe par les défilés de la Foret-Noire, et gagner la tète des eaux du Danube , pour agir sur la rive droite. En même temps et d*un autre côté, les maréchaux Ney , Soult et Davoust , avaient marché f le premier sur Stuttgard , le second sur Heilborn y le troisième sur les hauteurs d'Ingelfingen et ensuite sur OEttingen au-delà du Necker. Lés autres corps avaient suivi le mouvement général sur chaque point qui leur était indiqué.
L'Empereur lui-même se trouvait le i*"* octobre sur la rive droite du Rhin , après avoir adressé à sou ar*
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mée une.de ces proclamations qui ont prophétisé pendant quinze ans la victoire , sans démentir les paroles de l'oracle inspiré par son génie. L'élçcteur et les princes de Bade vinrent à Etlingen au-devant de Napoléon , qui allait combattre pour la première fois sur le théâtre de nos triomphes républicains. I/électeur de Bavière mettait toutes ses espérances dans Fappui de ISapoléon : la cour de Bade , malgré son penchant pour la Russie , ne pouvait que s'en remettre à la même protection. Cette cour s'était vue obligée de transiger par un contingent de quatre mille hommes 9 qui obéit au drapeau français. La même opération avait eu lieu avec le duc de Hesse- Darmstadt. Mais il fallut imposer par les démonstrations de la force à l'électeur de Wurtemberg, et conquérir son alliance , peut-être en secret volontaire et du moins aussi conforme aux intérêts du prince que nécessitée par sa situation; pressé entre deux armées , il était contraint de prendre un parti prompt et décisif. Ney avait dû ouvrira coups de canon les portes de Stuttgard, Napoléon employa quelque séduction auprès de l'électeur, conclut avec lui un traité qui nous donna un corps auxiliaire de huit mille hommes , et gagna un allié dont la fidélité lui fut toujours utile et jamais onéreuse.
Cependant, Napoléon, pour assurer le succès du grand mouvement de son aile gauche qu'il dérobait aux ennemis, et séparer le général Mack des renforts autrichiens et russes qui accouraient vers lui, dirigeait toutes ses divisions sur iNordlingen. Il fallait surtout que Bernadotte , avec un corps grossi des troupes gallo-bataves amenées par Marmout^ II. 20
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■uirchàt sur Wurtzbotn'Ç où la cour de Mimioh s^é^ 4iait réfugiée, y prit le commandement de l'amiéelNir Yaroise, forte de vingt-cinq mille hommes , et' m»nceuTrât dans la même direction que le# autfes divisions. Le temps matériel mancpiait au maréchal pour se porter sur le Danube, àingolstadt, à moins qu'il ne violât les possessions prussiennes en-Fra»conie* Napoléon n'igiiomit pas les mauvaises A^kmtîons de la Prusse , alors déclarée tout entiève contve kii, le roi excepté; il sentait les dan^^ers de Facce»sîon de cette puissance à la coalition-^ msÀs il swwt aussi qu'elle nourrissait rarrière^pensée d-obtenir le Hanovre pour prix de sa neuti^lilé.; l'Empereur a^ait fait préposer au roi d'occuper cet^élec^roiipei»dant la guerre. Malgré cette démarche , dont l'inte»tion était favorable aux vues de la Prasse, il se pouvait se fier au caractère tempotiseur du cabinet de Berlin ; il prévoyait que l'audace et ]p suoocs d'une résolution quifrappemit uu' coup terrible sur les alliés», suspendraient au moins les graves: effets des'resseiitimens^les plus exaltés; en cousëqueuMi 1-ordre de fiianohir le tenritoii» d'Anspach et de Bareuth fat^ donné à BernaKftotte ei^ ces^ terme» : «. Tvatf v^fcsec ces» territoires^, éviten d^y séjounMP , Êûie « beaucoup de* protestations en> feiveciv dn^ lajPrussss e^ témoigner beaucoi^p' d'attachement powreiieyle 4 plusid'égarda^qu'oiiipKmrra , puis^ tpa^dcerser» se&pcs- <o sessions aiweo rapidité ,. en^ alléguant l'impoMbilîlé <c' de Ôiipeiautrement^ pavée que* cette d«ip<»ssîbîlî«éest a réelle» » Ces précautions , dictées par une raismi prévoyante, les explications de Mi Laforét^ à BtoHn etidft M. Otto, à Wurt»bouf^ , niempjâchéireRt» pas^ la
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Prusaede faiceéclfatôr son mécomlen'teti^eYit et ^m menaoes; ella auvrii la Sifésie e^ ses autres ptfoviiice^ 9H:b t4roiip«s russies poar se rendre à leur desAina^
Pendant ce temps, le* #oi de Suéde mettait à la solde des Anglais* douze mille hommes qui devaiéilt agk en' Poméranie avec vingt'-qu^ltre mille Russes' , aiUx ordres du général Tolstoy, que seconderait utie légion de Hanovre , formée en Angleterre : la^ re* furiae die l'Électorat était le but de l'expédition. Ni oes oraig6» élevés contre lui, ni le déploiement de toutes le» forcesrde lamonarchiie de Frédéric ^ n'é* branlèrent Napoléon; de son côté , la Prasse ne se diéterdiiiMi pas à en venir aux/ dernières extrémités; elle pdralysa même par sa contenance les efforts des alliés; la Prusse, enfin», temporisa par crainte, par intérêt et par une prudence dont elle n'aurait pas dû »'écarter. Mais pour les gouvernemens , comme pour les particuliers , ce qu'il y a de plus rare au monde y c'e&t la persévérance dans^ les résolutions prises avec maturité ; et' de la mobilité comme de la faiblesse , où elle prend souvent la naissance , découlonl; une foule de malheurs que la constance aurait presque toujours détournés.
Maùk , doublement trompé, soit par les dëmons'tralions<de Napoléon à l'entrée des gorge^^desr montagnes de la Forêt-Noire , soit par la marche rapide et le tassemblement vers Stuttgard des trois corps d'armée de la garde impériale, avait également ignoré ' k( mouvement circulaire de notre aile gaudie,; composée des; autres corps, aux ordres de^ marékluRixNey etlkavoust, aiaiîsi que eelui dti gra4idi>
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parc d'artillerie sur Nordlingen. Il apprit enfin que le gros de l'armée française se portait sur le Danube: à cette nouvelle , il concentra ses forces autour de la ville d'Ulm , comme autrefois le vieux feld-maréchai Kray l'avait fait devant le général Moreau. Mais les positions raspectiveset surtout l'adversaire étaient changés ; le génie de Napoléon planait sur une vaste étendue, dirigeait avec autorité les g^érauxy enflammait les soldats, rivaux d'ardeur et de fidélité pour accomplir ses projets avec la plus étonnante précision. C'est ainsi que cent mille hommes se trouvèrent le même jour sur la rive gauche du Danube, et le passèrent au même instant, du 6 au 7 octobre , à Donawert , Neubourg et Ingolsladt. Cette manoeuvre, dont les proportions croîtront encore dans la campagne de Russie, coupait la ligne d'opérations des Autrichiens, leur enlevait toute possibilité de retraite par la Bavière , et les renfermait dans cette partie de la Souabe , entre les montagnes du Tyrol et le Danube. Pendant l'exécution d'une si grande combinaison stratégique, le reste de l'armée , d'abord réunie à Stuttgard dans le dessein que l'on a vu, et chargée ensuite de franchir le Danube à vingt ou trente lieues au-dessous d'Ulm, allait prendre à revers la ligne du I^ch , et s'établir sur les derrières de l'ennemi. L'Empereur porta son quartier-général à Donawert , et fit repasser le Lech au général Murât, pour interrompre la communication entre Ulm et Augsbourg.
Le passage du Danube , l'occupation d'une partie de la Bavière, et la présence d'une armée française qui fermait derrière lui le cercle tracé par Napoléon,
DE NAPOLléON. S09
frappent, à la fin, de stupeur le général autrichien; au milieu d'une telle surprise , il rassemble ses troupes sur riller, dans le fol espoir de nous rejeter audelà dû Danube , et de se défendre au moins jusqu'à l'arrivée de la première armée russe. Pour atteindre ce but, il veut s'emparer du pont de Donawert avec un corps composé de douze bataillons de grenadiers arrivés du Tyrol, et soutenu par quatre escadrons de cuirassiers d'Albert. Murât, en marche avec sept mille hommes de cavalerie pour Zusmershaussen , rencontre à Wertingen , à quatre lieues de Donawert , ce corps d'élite :. il manœuvre aussitôt pour l'entourer et lui couper la retraite. Un combat opiniâtre s'engage entre les Français et les ennemis; enfin, renforcé par le général Oudinot, venu de Donawert à son secours, Murât disperse la division aulrichienne et lui fait trois mille prisonniers. Nos soldats 9 d'abord impatiens d'essayer les armes impériales que tiennent encore les mêmes mains qui avaient assuré le triomphe de la cause républicaine , ensuite électrisés déjà par les premiers exploits dans la campagne , et pleins du sentiment de l'admirable position où leur général les a placés, se persuadent plus fortement encore, après cette brillante affaire, que la victoire est montée sur le trône en même temps que Napoléon. L'Empereur récompense noblement ses braves sur le champ de bataille. D'un côté, nous tenons en échec le gros de l'armée autrichienne renfermée dans Ulm , de l'autre nous faisons des progrès en Bavière. Au combat de Wertingen succède le combat de Gunzbourg : en vain les Autrichiens résistent avec acharnement , en vain le
5to histoire
prince Ferdinand est accouru pour soutenir de sa présence le courage des siens à défendre cette -position , le ^maréchal Nej, secondé par l'héroïsme des troupes , s'empare du pont et de la ville après avoir Êfit douEfî cents prisonniers, enlevé six pièces de canon et tué deux mille hommes aux ennemis. A Ja suiie de cette action , te général Dupont , à qai Baraguay d'Hilliers devait se réunir prèsd'A^beck, po«r se porter ensemble sur Ulm , arrive sewl au hameau d*nasslach; il trouve les escarpement) de 'ta piace couronnés par une grande partie de l'armée antrichienne : vingt-cinq mille iiomipes «ont devant lui; il n'en commande que sept mille. S'il >recule un inoment, il est perdu peu4<ètre, lui et sa division : d n'hésite pas à abordera la baïonnette les ennemi» en marche pour l'envelopper, et renverse leur .première ligne. Ce succès anime les troupes, en partie composées de conscrits : mais ces conscrits ont on beau nom à soutenir, celui de Vincorr^arahde-Q'^ gère, celui de la brave Sa', toutes deux immortehsées .en Italie. Aussi les attaques successives -des Autrichiens sont repoussées avec ;uae JÉtcHinante vigueur. Le village de lungingen fut repris six f<HB par cette poigi>ée de héros. Resté maître du chai^ de bataille, Oupont se relire avec plus de quatre mille prisonniers, nombre ipresqite égal à oe qu'il avait encore de soldais après un combat «i terrible;, et reprend avant le jour la roule de .son camp d'AIbeck.
Napoléon ne laisse aucun rolàchr à ses ennemis, TésOlu qu'il est de les acculer sur la place d'Ulm , et de cerner leur aSe droite pour lui interdire t<mte
OQeiHmBitfftâonavecle Xypol. 4jie grour métilie )ée 4a prise vde HSriftnzsboor^ ^ il se vend à î^Hgsbaxrrg , >d'ioH tlf^nroie Bodlt flur Memisaîikgeli. j^e ma^néchal (eut une ^i»rftUa»he retM^fPCilCfne Avec im corps ennemi ^^ isirveâtit celte ville*, défendue par le général Spangeti^ à lia i:éte tie oeuf bataillons , t|m caipittilent Soxrk pourstrit <S6S (siftccès, nepaase l'IiUer et vient se t^dacer devmtt (Jim. iDuiooté'de IWeErt^k^nraréckaiiiLannéi achève le blôcus die treilte place ^ et donne la maixii^aii général Mj^nneat , arrivé d'ikugsbaurg aivec le deaiBième corps, ainsi qu'à la garde impériale , com^ maadéerpar le général Besstères , et à la division >de groflse cavalerie ^du ^néral d'Haulpouk, tous en pofiitioB devant Ja ^ille menacée. -Les annales miU^ taires «cnnsm^veront "éternellement le souvenir de rattocution que Napoléon >, sm ^milieu de la »etge et dufpoid le plus vif ^ adressa «sur le pont du Jjeoh auK Françatis et auK Ho^laiidais formant le corps d(^ SlainBiDiiit. il leur expliqua de ila «manière la plus précise la «ituabion désespérée die Tennemi , feuit ^de ses combinaisons et de la constance de raitmée^à farasfer les plius graoïdes fetigues , leur annonça fome bstaiUe 4iié\nEtable , et ieur promit «in tnompbe oetS'^ taiii. Jamais harangue pnMKWcée dmis des cir. Gonstanoes aus^ défavorables à Tëloquence, ne pràâuiâit fiA pareil ef£et sur des troupes; jamais les aoûlamations des soldats de César ne donné*^ rent -de plus assurés ^présages de la victoire à leur général.
Mack peut Téanir encore soixante mille hommes^ mais non pas affi^onter avec eux les Français , dans W/pteition redoutable où ^tls sont ^vis à v% de l«ii. fl
3ia UISTOIHE
songe donc au moyen de sauver une partie de son armée avant l'entier investissement de la place. On délibère sur le parti à prendre : Farchiduc adopte celui d'essayer de gagner Nordlingen et de passer en Franconie, afin d'arriver à la frontière de Bohême avec un corps considérable. Pour exécuter ce mouvement , il faut forcer la position de Dupont. Les deux adversaires sont en présence et combattent avec fureur. Le prince s établit devant Âlbeck.
Le î3 octobre au soir, l'armée se trouve auprès d'Ulm et partout en face de l'ennemi. L'Empereur ordonne lattaque générale pour le lendemain. Le i4 au matin, il va lui-même faire une reconnaissance: d'un côté, nos tirailleurs repoussent tous les avantpostes autrichiens, de l'autre, le maréchal Ney attaque les redoutables positions d'Elchingen que défendent quinze mille hommes et quarante pièces de canon ; le pont est enlevé , malgré la vive résistance des Autrichiens, et traversé au pas de course par nos troupes. Bientôt Laudon , qui occupe £lchingen , voit ses soldats culbutés et poursuivis jusqu'au pied de ses retranchemens; il perd trois mille prisonniers, des drapeaux, plusieurs pièces d'artillerie. Deux régimens ont péri presque en entier; deux bataillons, enfoncés par le 3^ régiment de hussards, mettent bas les armes. Ces nouveaux lauriers, qui viennent de ceindre le front du brave des braves, sont chèrement achetés , et le nom d'Elchingen rappellera au maréchal Ney Tun de ses plus grands périls dans l'un de ses plus beaux faits d'armes. Pendant cette brillante et rude action, l'archiduç se préparait à effectuer sa retraite avec deux
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divisions sous la conduite des généraux de Werneck et de Hohenzoliern, et une réserve de cavalerie sous son commandement, qui devaieni; se réunir à Nor« dlingen.
Cependant Napoléon prescrit à Dupont de rejeter dans Ulm tout ce. qu'il rencontrera; roais les rapports de ce général , fortement menacé entre Albeck et Languénau par les 25,ooo hommes du général Werneck, qui n'a pu regagner Ulm après le combat d'£lchingeny décident l'Empereur à envoyer sur les lieux le général Mouton , l'un de ses aides-de-camp. Mouton arrive au moment où le combat va commencer, et essaie d'arrêter le général Dupont. Celuici, malgré l'énorme disproportion de ses forces, persiste à exécuter les ordres positifs qu'il a reçus. Après une heure d'une lutte inégale et meurtrière, Napoléon, instruit du véritable état des choses, détache deux divisions d*infanterie et la cavalerie de Murât au secours de la division engagée dans un si grand danger ; l'ennemi est écrasé , et l'archiduc , séparé du corps de Werneck , qu'il veut rejoindre^ est réduit à sortir d'Ulm et à fuir sur Âalen, pendant la nuit, avec cinq mille chevaux. Murât s'attache à la poursuite de Werneck et de l'archiduc. Toutes les opérations marchent simultanément : sur la rive droite du Danube, le maréchal Lannes emporte la tête de pont de la ville d'Ulm avec tant de vivacité, que la cavalerie autrichienne peut à peine rentrer dans la place; le même jour, le générai Marmont complète le blocus sur la rive droite.
Napoléon voit tout de son quartier-général, établi à Tabbaye d'Elchingen. Dans la nuit du 1 4 au 1 5
octobre, il fait passer -le Danube , sm-le pont 4e «tte ^lle, au maréchal Lannes, «qui vase réunir au maréohal Ney pour assaillir, sur la rive gaticbc , des hauteurs garnies de redoutes et de retranchemen» par le générai :Mack afi« de«oemvr^r'Ulm Ae tre côté. Le «nettvement commence 'à deux ^heures du tnalm. L'Empereur, au mîiîeu tAe ses 'soldats, pai^tage leurs &tijgUQ6 et dirigfe les (manoeuvres ; à l'a pointe dâ jour, tl ae rend au hameaud'Ha>s$lach'a'^€«a garde. Par tsea ordres, le général Sertrand atta^e 6t*force le M^ebds-fierg, tandis que 4e «arédbal Ifejr rejette dans les faubourgs 'les troupes qui S'appuyatent k cette powtion. Napoléon s'avance vers €fUes suivi et $0n «scorte , et «'obstine à ne pas s'éloigner d*ufie bat-tevie de cinq pièpes 4e canon , tout à coup Seinaaipiées, lettjisi icinentà denfi-poitée. 'Landes "saisit laJbvide du cheval de t'Etnpereur, pour l't^lJKger % s'élotgiMT. I^oiléon nreut arrêter f^y , "exposé & txn feu tembIe,«;td^ coiftraindreàa^end^T^rfivéedu HNttfédial LannQs4>iatnéme^hauteu^, sin* don Hxtit ^EHDsfae. fi'intrépliâe Ney «e refuse )i paHiagei^ fa gifaoÉie; «d'ûfîHeure ri a préiTHi 4'attaqn« ennemie, ^oms la 4x>iiduite detSiacfaet , te çéf^al Claparède , le <?e>looel Vedel, )font des prodiges, et »i i-eur mouvement ^est «ecoondé par de plus grandes f fardes, peu^ éttre ia 'viHe sena ptise d'assaut; «mats une doublé aorDie de i'onneini arrête ces braves, «et teur coûte beamcoup d'pffiicierB cft de soldats.
fl^apoléon .arrive sur 4e penchant de l'escarpement du Mi^cbds-fierg , contemple à ses pieds la viHe d'Ulm dominée de toutes parts , à demi-poiUée de canon,. par nos po^tidûs, et fsvtnée auttiéâïiefinê
DE VkVOtéOTK, 3f6
enfermée dans^fes murs ^de cette plaœ , /et ne pou* vant désormais la quitter qu'arec la permiseioa .du vainqueur. Ses^desseins sont accomplis, il ^itreti» rer ses l^roupes engagées 'trop avant, rétablit d'evdoe dans toutes les communications, et attend j'événement avec une patience vigilante, sans (vouloircéd^ aux <:ris de ses soldats qui demandent T^assaut. rll désire épargna du sang :il préfère le parti d'user «de 6on ascendant pour déterminer ies l^utviofaiensià'W rendre, à la cruelle résolution de détruire àla foil vme grande ville *et une valeureuse armée trafaèepaf la fcrtune, ou plutôt par l'imprudence et A'iocapar cité de son dief. Cest avec l'affreuse iperâpeotivtt d'un meilleur pareil àoelui ^de ffaffa, »qu'il tente de -persuader, d'a4)ord le général Mack , et ensuite <le prince '^ Lic^ht'enst0m,*de la ciécessité de capituler. L'ennemi hésite: on canonne la place pendant Vin^«> quatre henresj-les fascines, des écheHes, les «troupes, tout est prét'pour4'assaut: Maok essaie de dissiniuler ^a position par un ordre du }our menaçant poiir neniL qui panleraient de reddition ; mais le l^idei' main 17,1! se présenfte au quartier^énéral français et accepte >la capitulation, motivée ^urjla sitoation désespérée de.so4i armée.
Cependant Murât n'a point abandonné 3a ponrr «uite de f'ardhiduc ; le 16 ootolDre^ il (rencontre -aa village de 'Languenau l'arrîère-^arde du (Corps (d|c Werneck et 'lui enlevé trois mille hommes , Éandift que l'£«ipereur ordonne au «maréchal dLannes /de tsf porter sur Aalen et Nordlingen pour «couper à I'cbinemi la route du Oa^ube. Une ^uitrè rencontre ik Murât avec Wemedk , «ir le pont de Keresbèim^
3r6 HISTOIRE
nou5 donne encore douze cents prisonniers. L'archiduc, qui venait d'arriver au moment même , n'a que le temps de monter à cheval et d'abandonner son corps d'armée. Enfin, le 1 8 octobre, les huit mille hommes qui restent au général Werneck déposent les armes. Pour mettre le comble à tant de revers, un convoi de cinq cents voitures , attaché à cette armée, tombe entre les mains des dragons du général Fauconnet. Deux mille cavaliers environ, voilà tout ce qui reste à l'archiduc des vingt-cinq mille hommes qu'il avait fait sortir d'Ulm pour la défense d'Elchingen. Le 17, il s'était encore séparé de Werneck, et avait pris la route de Nuremberg. Ce fut ainâ que ce prince eut le bonheur d'échapper aux mesures de Napoléon pour le rejeter dans la direction de Murât, et l'ajouter aux immenses trophées de la victoire.
Ces succès, presque incroyables, ayant été communiqués par Napoléon lui-même au feld-maréchal Mack , qu'il appela à son quartier-général , le 1 8 octobre, il se détermina à rendre la ville, sous la condition qu'elle serait occupée par le corps du maréchal Ney, qui pouvait plus facilement la défendre que l'investir. Mack avait tellement perdu la tête, qu'au lieu de retenir encore pendant six jours devant Ulm les corps de Soult , de Marmont , et la garde impériale, il se décida à remettre cette place le lendemain. Le 19, trente mille hommes conduits par seize généraux , soixante pièces de canon , quarante drapeaux et trois mille chevaux, défilèrent devant Varmée française, en bataille sur les hauteurs de Michels-Berg et du Frauenberg. Napoléoa, en-
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touré de son état-major et de sa garde, s'enivra en sçcret d'un triomphe encore inconnu pour lui parmi ses plus éclatantes victoires d'Italie et d'Egypte. Il traita les vaincus avec une noble bienveillance, non pas toutefois sans laisser tomber, en s'entretenant avec les généraux ennemis, quelques-unes de ces paroles menaçantes qui ressemblaient à des oracles dans la bouche d'un homme accoutumé à réaliser les promesses de son génie, et à déconcerter par des merveilles inattendues tous les calculs de la prudence humaine.
Au moment même de ces succès inouis , Napoléon, qui, dans de plus grands intérêts que ceux d'une vaine ambition de suffrages , avait toujours , au milieu de ses plus lointaines expéditions, les yeux fixés sur Paris, donnait aux magistrats de la capitale des drapeaux et deux pièces de canon prises au combat de Wertingen : il faisait aussi hommage au Sénat de quarante drapeaux enlevés à l'ennemi dans les affaires qui suivaient ce combat. Le message parlait encore plus à la nation qu'aux sénateurs ; c'était un appel adressé par la gloire au courage de la jeunesse fran* Çaise. Avant notre départ du quartier-général d'Ulm, des décrets utiles et une proclamation qui n'a peutêtre point sa pareille dans la vie d'aucun illustre car pitainc, parce qu'elle retrace les suites admirables
une conception déclarée infaillible par des résultats prévus et annoncés d'avance , acquittèrent la recon- Missance de Napoléon envers l'armée.
Cependant la violation du territoire prussien avait beaucoup accru la prépondérance du parti russe à Berlin. Alexandre était venu en personne aigrir lea
s 1 8 ttlSl'OiIAf
nicoalanl!emeû«duroi : pour ajouter à ce&mauvai6es ëbpesitians , l'ai'chiduG Antoine,, aussitôt apFès la déiaile d*Uiiiii , acoour ut avec la mission de r^véseoter aux» deux souverains l'urgence des secoure réda* nés pas la maison d'Autriche. Deux joui*s après sob arrivée eut lieu /le tkb octoln^, entre Alexandre e^ Frédéric«G>uillaume y un traité mystérieux qui fut ea i|U€k|ue sorte renoaveié et juré sur la tombe du gvand Frédéric y à PotsKiam. Ce traité y ce serment ^ avaient des racines- plusi profondes qu'on- me le crui alors : ils étaient inspirés par ce jésuitisme politique qui attacha constammeut une restriction mentale à toutes les- conventions* que l'Europe conclut aTeo Napoléon V depuis celles de Lunévilie et d'Amiensi L'alliance de la mysticité russe et prussienne , cfoi eut une influence si forte sur le sort de la France et de l'Europe , date de la scène de Potzdam^ Alexandre fa/t le grandrprétre de cette religiosité qui devait mourir avec lui , et dont le caractère , purement* peiv sonnai à ce prince , n'a obtenu de place dans l'hîe* tmre que parce quesonfondateur était , après Napo- MxMi^ le monarque le plus puissant de la chrétienté; Le nom dé Sainte-Alliance est une des plus singu^ Uères audaces du pouvoir dans ce siècle tout philo*sophique, et il. a fallu la tension continue de toutes lesforoes physiques: des gouvernemens pour soutes Air pendant quelques années le crédit de cette étrange parodie des droits de l'homme. Cette bizarre fictiim du despotisme a expiré sans convulsion devant lanécessité du temps ; elle reste moquée à présent par ses propres déserteurs, comme le sont toujours les idMsrrationS'de la politiquepar la raison universette.
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V^sc ne s'est p0int hrisé ;. il> s'est détêndtyb de liti^ même y. quand la; mort a eu glacé le braâ qui le tenak encore.
Tandis que L'Autriche^y la RiAs^e^^ la Pmsee et l'Angleterre intecv^oue par ses envoyés pour régler lesr subsides destinés/ à solder la< coopération de œttt (ilernière puissance ^ préparaient noiire vuaiie,. Nla]^ léoa y à l'exemple de César, ne s'arrête qu'un itiomeni; à Munich^» qui le reçoit ^i Ubérateup.,.et poursuii le cours de sa fortune ; déj^ toul^s sesi diyiakMi&9 ^ï^ rivées simultanément aux différens points désignés , ont franchi l'Ion, malgré toutes les^ démonstrations ^l même les efforts d'une vive résistance. Sou£t, Laanea et Murât sont allés au devant des Russes» Le ^ octobre^ Lani^eii.occupaBpaunau, place impnf» tante poui; nous , où» il s'empare de magasinai consiidérables» Le 3o y, Muj[^t ^ qui n'ai pas laissé un moment de repos i au prince^ B^dioand:, après Pavoir ehoove battu entre Fui^lb et Nuremberg , atteint de nouveau son arrière^^ide à Mehi>ûnbacb% L'arohiduc lui a éohappé et a^pti; se oelirer en* Bohérate. Il ne reste plus de l'armée de« ce prince que la^divisieAJelkitc^ch , qui s'est j^lée dans le. Tyroli et quiibientat capitulerai entre lesmaine^ d'Augereau* Bei»iadotte> est entré d,ans Salzboui^; Le'4 noveny^re, Murat et Lannest dispersent une arrièm^^garde rusée k Amstat^ ten : le même jour,. Davoust occupe Stey;er dans^la Basse* Autniche ,. eft: YiceiiGe ouvne^ ses portes^ àt l'anmée d'Italie. Masséna^ a déjài fait capiUiler un corps autrichien. fj^'archiducGharlea aussiaioommenoé sa retraite. Le 7 , Ney délivre le Tyrol de rarméejde L'arcijiduc Jean,. et se vend maâfere des villes^dte Hall
3aO HISTOIRE
et d'Inspruck. Trois jours après, Davoust renverse, au combat de Marienzell , le corps de Meerveldt, tandis que Marmont arrive à Léoben. Cette petite ville rappelle à Napoléon le plus beau souvenir de Firamortellc campagne d'Italie, le traité de Campo-Formio , la paix donnée à l'empereur d'Autriche par le général Bonaparte. Mais cette fois l'empereur des Français veut aller à Vienne, car à présent il lui reste à faire sa fortune de souverain ; et c'est dans les capitales des empires quil forcera l'Europe à respecter son titre impérial.
Le II , au terrible combat de Diernstein , le maréchal Mortier cueille une des plus belles palmes de cette guerre mémorable : il n'a que cinq mille soldats, et rencontre dans un défilé Tarrière-garde russe forte de vingt-cinq mille hommes. L'action dure depuis 6 heures du matin jusqu'à quatre heures du soir. Le maréchal tue à l'ennemi deux mille hommes, Élit neuf cents prisonniers , prend six drapeaux et six pièces de canon , se fraie un passage au travers des colonnes russes , et rejoint l'armée avec sa troupe héroïque sur la rive droite du Danube.
Le i5 , les bourgeois de Vienne reçoivent le vainqueur dans leurs murs. La capitale est occupée, mais elle n'est pas la monarchie : l'Autriche a transporté ailleurs le champ de bataille. Napoléon négligea depuis le grand avis que lui donnait alors un ancien monarque : il oublia au jourdu malheur qu'un empire a ses pénates partout où il possède encore une armée, et qu'un camp est la véritable capitale d un État envahi.
Cependant Tarchiduc Charles a dû abandonner
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toutes ses positions de la première guerre d'ItaKe. Le i3 novembre , Masséna avait passé le Tagliamen^ -to; le i4,Ney était à Trepte : le Haut-Adige , Flsonzo, Gradisca, Udiue, Palma-INova , Goritz^ ont revu les troupes françaises. De son côté, le marédial Saint- Cyr. obtient à Castel-Franco un brillant avantage, à la suite duquel un corps de sept mille hommes, commandé par le priâce de Rohan, est contraint de se rendre. Dans la Forét-Noire , Augereau s'empare de lindau, de Bergen, de Feldkirch. Lannes et Murât chassent l'armée russe d'Hollabrûnn. Là commence la diplomatie militaire des deux alUés. A Rollabninn, un parlementaire, autrichien demande qu'il soit permis aux troupes autrichiennes de se séparer des Russes : Murât l'accorde. Peu après , un aide-de^camp de l'empereur de Russie vient solliciter une capitulation pour l'armée russe : Murât y consent. Mais Napoléon, déclare qu'il veut la ratification d'Alexandre. IjC ^7 novembre, l'empereur François, qui s'est retiré à Olmùtz , dépêche MM. de Stadion et de Giulay, munis de pleins pouvoirs pour négocier avec Napoléon, qui offre préalablement un armistice B&n d'arrêter l'effusion du sang. 11 reconnaît bieutôt que toutes ces démarches de ses ennemis ne sont que des ruses de gueree dont le but est de laisser à une troisième armée russe le temps d'arriver. Le ii9 novembre , la seconde armée russe fait sa jonction à Wischau avec le maréchal Kutusoff. Napoléon envoie complimenter Alexandre à Wischau, et proposer une entrevue à ce prince , qui lui adresse son aide-decamp Dolgorouki. Napoléon venait de faire à dessein un mouvement rétrograde de trois lieues. Dolgorouki n. ai
ifàa HISTOIRE
le trouve occupé à fortifier sa nouveUe positicm , et il retourne projibétiser à son.maitre la ruine de Tar^ mée frainçaise. Les Russes saisissent ardemment celte ridicule espérance : ils voient Napoléon égaré par la victoire à deux cents lieues de sa frontière, au centre de la Moravie, opérant sur un e^ace de quatrevingt-dix lieues en pays ennemi; menacé à sa gaudie par la Bohême, à sa droite par la Hongrie, inqmélé de plus par raccession secrète de la Prusse et par lu fermentation du peuple de Vienne. Napc^éonjuge auikrement sa situation ; il n a pas commis Timprudance de rester à Vienne , où il pourrait être attaqué en même temps d*un côté par l'archiduc , qui revi^it d'Italie presqu'à marches foix^ées, et de l'autre par l'armée russe, qtii accourt de la Moravie. Le grand homme de guerre s'est bien défendu de s'endormir dans une capitale que son adversaire a résohi de hà abandonner. Il calcule les mardfies de Farchidiic et court se porter sur Brûnn , où il arrivera ava»t kes Riisses« « De là ^ dit*il , je choisirai mon moment H mon.ennemi. » En effet , sa ligne de communieatHKi était aussi sûre et aussi courte par la gauche du Su- Bu)>e, sur LinlK, qu'il avait fait fortifier) (pie sur Vienne par la droite du fleuve : il pouvait donc la changer, à volonté. Vainqueur, il la «conservQit sut Vienne; vaincu, il ef£eclu{ât $a retraite, sa dkmiia afipùyée aounnoiitagnesde la Bohême, ^ sa gauolM à. la i!ive|giuiiG;liie''du Ddnuiie. Mais^ aveuglés parieur pnéfiomption j, les alliés croient prendre Napoléooa ea flagrant detit ; ils voient toute l'armée françsnse com-* promise, s'ils parviennent à couper la coâirôuiiiGft^ tinn. sur Nicolsbourg. If apotéon le savait savant euk:
t*était cette tiiaxioeuvre de flatic qu'il parut avoir préméditée, quand , parvenu soiis Brûnn ^ dans là plaine d'Austerlitz , il avait dît'à ses généraux:» Étu- « diez <;e champ de bataille ; dans huit jours nous y a terrons Pennemi. »
Soit confiance dans les ressources de son génie , soit prévision de la double faute que les ailliés allaient commettre en venant l'attaquer ^rétiiaturé* ment «ur le champ de bataille qu'il avait cfaoSsi lui-même, et en manœuvrant par leur gauche, comme il le désirait avec tant d'ardeur , ÎNapoWfon attend la victoire; elle ne trompera pas son espérance. Le 28 novettibre , les coalisés sont en-deçà de Wiscbau, eteommencent le fatal mouvement que Napoléon leur a, pour ainsi dire, inspiré pat* ttue feinte Tetraite. Les jours suivans, ce mouvem^t continue. Le i" décembre , les ennemis se trmtvent stras les armes en face de nous. A la nouvelle de leur marche , iNapoléon réunit sous sa main toutes les troupes tlont ri a besoin, et établit sa fKgne de bataille , la droite au lac de M enitz , la gauche au pied des montagnes, entre les deux bassins de ta Schwartza et de la March. Cette Kgne a devant elle le Santon , position élevée d'où Napoléon peut em* brasser à la fois toutes les opérations. Le 5o novembre , en parcourant les hauteurs de Pratzen , il avait dit à ses généraux , au sujet de cette belle position comparée à celle du Santon :« Si je voulais eflipè- <r cherFennemi de passer, c'est ici que je me place- « rais ; mais je n'aurais qu'une fcataille ordinaire : .si j « au contraire, je resserre ma droite en la retirant
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c( vers Brûnn , et que les Russes abandoiment ces « hauteurs , ils sont perdus sans ressource. »
Nous devions combattre sous les plus heureux auspices : Trieste s'était rendue à Masséna, et^ par la plus glorieuse comme la plus savante combinaison, les armées françaises d'Allemagne et d'Italie avaient y le 29 novembre, uni leurs lauriers à KJagenfurth. ^ so^t de la monarchie autrichienne allait être décidé dans les plaines de la Moravie, autour d'une petite ville à deux lieues de Briinn.
Le I '' décembre , Napoléon voit avec une indicible joie les Russes, animés de la plus funeste confiance, exécuter en plein jour leur mouvement de flanc pour tourner notre droite. II s'écrie à plusieurs reprises : <k jdvant demain au soir^ cette armée est à moi : » et dans ce moment même , il dicte une proclamation qui met les troupes dans la confidence des projets de l'ennemi et du succès assuré de nos efforts. Le soir, il veut visiter incognito les bivacs de son armée; mais, reconnu dès les premiers pas, soudain toute la ligne est éclairée par des fanaux de paille, et nos soldats, transportés d'allégresse , célèbrent ainsi le premier anniversaire du couronnement.
De retour à son bivac, Napoléon fait sur-le-champ des dispositions. Davoust se dirige vers Raygern pour coDltenir l'aile gauche des alliés : Murât est à la tête de toute notre cavalerie; Bernadette commande le centre; Soult la droite , où l'effort doit être décisif; Lannes défend la gauche , et appuie l'une de ses ailes au Santon , que l'Empereur a fait fortifier et
DE NAPOLEON. * 3a5
armer de dix-huit pièces de canon , sous la garde du 17® régiment d'infanterie légère. Celte position est la clef de toutes les opérations offensives. Napoléon se trouve en réserve avec les dix bataillons de sa garde et 1er dix bataillons des grenadiers du général Oudinot. Enfin 9 le a décembre, le soleil se lève: entouré de ses maréchaux , l'Emperetir attend, pour donner ses derniers ordres , que l'horizon soit toutà-fait éclairci. Chacun se rend à son poste : (c Sol- « dats ! dit Napoléon en passant sur le front de ban- « dière de plusieurs régimens , il faut finir cette a campagne par un coup dé tonnerre; » et le combat commence aux cris de vii^e F Empereur] A sept heures du matin , l'armée combinée quitte les hauteurs de Pratzen : le mouvement des alliés est décidé ; l'Empereur le voit, et veut d'abord que le maréchal Soult , qu'il avait placé la veille en avant des défilés avec ses troupes toutes prêtes , aille s'emparer de la position ; mais il croit devoir suspendre encore cette manœuvre. Cependant une violente canonnade s'entend vers la droite , que les Russes débordent déjà et qu'ils pensent avoir tournée : Davoust , accouru sur l'avis du général Margaron , fait tête à Buxhowden , vers Telnitz et Soconiltz , avec une admirable constance; de brillans succès récompensèrent ses efforts. De son côté , Soult reçoit l'ordre d'attaquer les hauteurs en arrière et à gauche du plateau de Pratzen. En vain Kutusoff , qui reconnaît l'énormité de sa faute et qui sent l'importance de cette position , veut la reprendre et la garder au prix des plus grands sacrifices. : il est forcé , après deux heures de la lutte la plus opiniâtre , de nous abandonner les
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hauteurs avec toute l'artillerie qui les courooDe/Dès oe moment nous occupons le centre et la gauche de Fennemi, qui se trouvent coupés du corps de ha* taille; et tout espoir de rétaUir les affaires est perdu
pour les coalisés.
Toutes nos opératioi» marchaient de front; SMk el Lannes s'avançaient^ l'un vers les hauteurs d» Edbsowitz , l'autre eu avant sur sa gauchç dans 1^ direction de Bosenitz, pour démasquer la cavalerie de Murât ^ qu'il devait soutenir ensuite de coneert avec des divisions de Bernadotte, à l'attaque siraultanée de Blasov^iU par les deux maréchaux. Grâce à cette union des deux armes, les Français a'empa* Tèrent suecessiv^aaent des hauteurs de Blasowilz^ de$ positions de Krnh et HoUubit. A la droite , ait eentre^ à la gauche, partout le succès répondit au courage de nos troupes , et les lieutenans de l'Ei»' paveur se montrèrent également digues de suivre le$ inspirations d'iaa si grand capitaine.
Les^ débris de l'aile droite des ennemis, enfoiieée, prisonnière <Hi détruite , nous oiit laissés maitres da champ de bataille; mais ils tentent de pessaîsir l'avantage au centre , à l'aide de leur réserve et de la eavalsrie de la garde impériale russe. Dé^ n^éina cette cavalerie avait renversé et dispersé deux batailkxid des plus kraves de l'armée française , empor^ trop loîa par leur ardeur. Napoléon l'apprend^ en^ yicie une portion de la cavalerie de sa garde, sous te commandemjQnt du général Rapp : un combat terril hJ<e s'engage, et, malgré tous leurs efforts, les Russes sont obligés de céder à la constance et à Vintréjpidité d^ vétérans de Varmée : en un clid
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4'aHl r ça^iOQS , {^t*iUerie , étwd^i^ , tqwt tombe «ai 00 tire pouvoir. Uo ii>;it2|5pt fi^iUs ljii\4^ k pjçi^ce Coi^st^ptiQ éi^it au »o^fleJ>ifa^^ . do^ pmofii^ers. Los deux empereurs de Russie et d'Autriche toyaie at ce désastre des hauteurs d'Austerlitz. C'est dans ia plaiue de ce pooi , qu'après la défaite dç$ le^tr droite qt de lew; ce^itife > les restes de leur aile gauche se trouvept; enveloppés p?ir suite des manœuvres. de Hïapolépn et de la rapide exécution de ses ordres; c'est là que s'achève la ruine de l'ennemi. Écrasées par l'artillerie qui plonge sur elles, pressée^ de tpus côté^pai* des attaques différentes 9 fu:culéesà un lac dans UD b^s fond y enfermées. dans i^in c^^Q^e de feu, ses divisions péris^nt ) déposant les ^tm^^, ^\k %f iftOi^t^çB voulant fuir sur la^g^ee^ qi|.i rompt sous l^u^ poids. Quinze mille ho^n^es tués^ un nombt^ éxiçjriAe de blessés y eRYirpi> ^iMt,^iUe pri^niiieifs\, ij^r^x^te drapeau:;^ , près dp xjeuaç: çeut^ pièeea^ (^ caAçn, quatre cepts voîtHrqs.d'avfiUerie, ^çqîj Ij^ gçqs .équipag^^ , uiie quantité 4^ qbjç^vaux, yQi)|à..l^ fruits de. cette impiartellejpurnée. . . : ..
L'intrépide Rapp se dis^tÀ^gnia. à AustiQrlit:^^ eutr/^ toufij.ses rivaux ,. par ^ep- p^odige»^ dç valeur ^jVi'esf «e général qui vint tout sanglaiat^ spn sab^TB brisé , son cheval couvert de blessures j annoncer à l'Ëmp^re^ l<ç sqccès de ki charge. décisive contre lagar^f io^ri^, russe. Le peintr^. Gérard a choisi çp brilr laut épisode^ pour immQrtalj&er^avs^ &ur la.^il« l^ plus, belle victoire pe|it-étre,,ct .san^ doutç la plu^ içsportante par ses résultats,. q,^e Nap,<;^eiCWQ ^i^çQ^^i . pftrtée sur. ses ennemis. . , v: .
1^ 4;décetnbre9.rei»pieipei\r Fiançais vip^t s^lue^
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le Taiiiqueur à son bivac : « Je n'habite point daur tfe palais depuis deux moiSj lui dit Napoléon. ^ Fous siwez si bien tirer parti de cette habittUion , reprend François II , quelle doit vous plaire ; » et lui demanda la paix. 1a veille de la bataille y le comte de Haugwitz était arrivé à Brûnn , presqu'an moment où les Russes attaquaient l'avant - garde française. 11 était chargé d'obtenir satisfaction de Napoléon pour la violation du territoire d'Anspach par Bernadotte. La Prusse s'était mise sous les armes depuis le traité de Potzdam du 3 novembre. Napoléon , apprenant le mouvement offensif des Russes , engagea Haugwitz à aller à Vienne attendre sa ré* ponse. L.e surlendemain , Haugwitz , de retour , se vit forcé de changer de langage , et , en e£fet , comme il félicitait Napoléon sur la victoire d'Austerlitz : Voilà , répliqua ce prince , un compliment dont la fortune a changé F adresse. C'était répondre d'une ' manière piquante au traité sentimental juré sur la tombe du grand Frédéric, entre Alexandre et Frédéric-Guillaume. Le général Savary alla instruire l'empereur de Russie de la capitulation convenue entre François et Napoléon. L'armée russe était cernée : Alexandre souscrivit aux conditions qui l'obligeaient à se retirer par journées d'étape , et à évacuer l'Autriche et la Pologne. On assure que ce grand saufconduit comprenait ce prince personnellement. Il résulte d'une autre version, que, Murât s'étant trompé dans la direction que Napoléon lui avait donnée pour fermer le chemin à l'armée russe, cette armée était entièrement libre ou d'effectuer sa retraite, ou même de continuer la guerre. Napoléon avait alors d'autant
plus intérêt à se défaire promptement , et à tout prix , d'Alexandre et de son armée y que i'archiduc Charles sç trouvait déjà fort près du Danube , qu'il pouvait soulever la Hongrie, que les réserves de l'ennemi n'étaient pas loin. d'Olmûtz j que l'archiduc Ferdinand guerroyait avec succès contre les Bava* rois du général Wrède , et enfin que cent mille Prussiens y rassemblés en Saxe , n'attendaient qu'un signal pour entrer en Franconie. Quoi qu'il en soit , l'empereur Alexandre reprit , dans la nuit du 4 ^u 5 décembre , la route de ses États.
Lei 6 , on publia solennellement l'armistice d'Austerlitz , et la ville de Presbourg fût choisie pour la réunion des plénipotentiaires français et autrichiens. Le même jour , deux beaux décrets honorèrent le vainqueur. Il voyait avec douleur les rangs de sa grande armée éclaircis par la perte d'une foule de braves : il accorda 6,ooo fr. de pension aux veuves des généraux tués à Austerlitz ; q^^^ f^- ^ celles des colonels et des majors ; à celles dés capitaines , i^aoo fr. ; à celles des lieutenans et sous-lieutepans, 8oo fr. ; et 200 fr. aux veuves des soldats. Par un autre décret, l'Empereur adopta leurs en&ns ; ils devaient être élevés et établis à ses frais ; il leur permit de joindre à leurs noms celui de'Napoléon. '
Le 1 3 , le vainqueur est complimenté solennelletnent à Schœnbrunn , par les maires de Paris^etleur remet quarante«cinq drapeaux pris à Austerlitz , qui orneront les voûtes de l'église métropolitaine. Le 1 5^ f^r une convention provisoire signée à Vienne , la Prusse abandonne à la France les pays d' Anspach, de Clèves , le duchéde Berg, dont Napoléon dote le prince
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Murat , ^ et la pFindfiauté de Neuchatel , qai doit r4coniyeDAcr If» services de scm chef d'étato«ti«jor d'Italie, d'£gypte et d'Allemagne, La Priiâse reçoU ei indemnité Vélectorat de Hanorre. Le 26, par le traité de Presbourg enire la Fraisée et l'Autrichiç^ Napoléon, reconnu roi d'Italie, fait céder à sanoavelie couronna l^ États de Venise ^ la Dahnatie y. ainsi q/ae ^Albanie. L eiecteur de Bavière ajoute à ses États le Tyrol et Tlnn Viertel , apparteion^ k TAiitriche f et te pays d'Apspach , appartenant à ki Prusse. La Souabe autrichienne est partagée entre le duc de Wurtieinberg et le margrave de Bade. Le pays de Wurt^ourg est donné au grand-duc de Tosesne, qui renonce à celui de SaUzbourg en &veur de VAii- Iricbe»
Pour récompeviser la courageiuse fidélité des deux preimens sout^eraios , Napoléon les ùà% roîa. Ca$ Foyau^s dateront à jamais de la ififcofide année da règne de Napoléon. Il fait plu9: Ulbreer Autriche ds rendre aux Bavaroi» les eainons^ et les dtapeaux. prb par elle en 17^0. Le margrave de Bad» reçoit le titn de gf and«-duc« .
Le 27 déeembra^ une proclamation rdativ>e à «es dtosseins Sfur le trône de Naples , apprend à l'Burope qu'il le destim^ji son frère Josepb. Naples^ iualgré le traité du a f septemfadre , n'a pas ceasé d ouvfip ses portsauK Anglais. Vers le milieu de Q€rveinbi^,tdofue mille RUssMet wt mille Aiigldis élaieal en^trésdaiis la rade de cdtte capitale , où les attendait isne ar^ oaée de vi«gk-einq mille Napolitains. Naples avait an phnsitum fois son aalut ^rinterventiou daT^pagne^ du Saiot-Siège, et àcdlfvdt lenii^er^ur F^uK Cette
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puissance s'était jouée constamment des traitécr ini-4 plorés par sa faiblesse y et notamment de celui que le roi avait ratifié le 8 octobre précédent. Tant de perfidie doit recevoir un châtiment qui Femjj^chê de se reproduire. Enfin l'Empereur donne de samaixi victorieuse et libératrice^ à son fils adoptif , reconnu prioce el vice-roi d'Italie, la belle princesse royale de Bavière^ çt le déclare son successeur à la coU"^ renne de Milan , s'il meurt sans postérité.
Telle fut l'issue de la neuvième campagne de Na** poléon; ainsi se dénoua la troisième coalition. £n vain les piiissaDçes qui l'ont formée , l'Angleterre , l^ Suède et la Russie 9 persisteront à ne point traiter comme empereur des Français, rod d'Italie , ce Na^ poléon c|ui vient de peindre le diadème à deux princes alleoiands ^ et qui prend trois souverains» dans sa famille. Jamais on ne mit le fait à la place di^ droit d'une manière plus énergique: il parais$ai( dope singulier aux publicistesde voir les monarque^ d'Angleterre , de Suède et de Russie ^ s'opiniàtrer ^ ne pas sanctionner la double élection de Napoléoa par le peuple français et par le p,eupl<ç italiei^. Ce^ monarques ne pouvaient cependant pas avoir oublié leur origine royale , ni montrer des titres aussi in* <;oiitestables et aussi puissans que ceux de Napoléon à ladmiratîon et à la confiance des nations. La dé^ faite die deujj: empereurs , maîtres de la nfioitié du coQtinent^ établissait suffisamment au, moins U lé^ gitimité du champ de bataille. Toutefois le descen^ dant de Romanoff s'était refusé à ratifiier l'armistice d'Austerlit;^. Trop éloigné du centre de l'Europe poupj être forcé de consentir à partager ThumUiation d/ç
la cour de Vienne , il avait repris rapidement la route de sa capitale; heureux d'avoir profité de la générosité, de Napoléon , il laissait indécise entre ce prince et lui , non la question de la guerre , mais celle de sa prolongation.
Le cabinet russe n'en reconnaîtra pas moins un jour, dans le traité que M. de Talleyrand vient de signer à Presbourg avec le prince Jean de Lichtenstein et le comte de Giulay , Tidée-mère de cette confédération germanique qui , sous le nom de confédération du Rhin, est destinée à' étendre la frontière armée de la France jusqu'aux bords de l'Elbe, contre la puissance russe , et à jouer un rôle si actif et si important dans les affaires de l'empire français.
I^ neuvième campagne de Napoléon , la plus mémorable par ses résultats de toutes celles qui illustrèrent jusqu'à la fin le règne du grand capitaine, avait en soixante jours transporté cent soixante mille Français d'un petit port de la Manche et de la Péninsule italique aux sources du Danube, aux défilés des montagnes Noires, de là aux monts Krapachs et aux glaciers d'où sort la Vistule ; elle avait vu Napoléon , vainqueur des deux empereurs , rendre à lun ses États , à l'autre son armée ; distribuer des couronnes à ses alliés, des souverainetés à ses généraux.
Mais si un nouvel empire d'Occident semble renaître à la voix du héros d' Austerlitz , le sceptre des mers reste sans partage à son implacable ennemi. La politique de l'Angleterre, à qui Napoléon doit tant de trophées et de grandeur, peut se consoler aussi par d'éclatans triomphes de la haute fortune de
rhomme qu'elle a dévoué à la gloire et à la vengeance. Sans la campagne du vice-amiral Missiessy, qui , parti de Rochefort le 1 1 janvier , avait débarqué des munitions à la Martinique , fait à la Dominique une descente heureuse, ravitaillé la Guadeloupe, ravagé quelques îles anglaises , et enfin débloqué Santo-Domingo , la marine française en i8o5 ne compterait que des revers* Après le déplorable échec qu'essuyèrent y le aa juillet, au cap Finistère, les flottes combinées française et espagnole contre la flotte anglaise, le ai octobre, l'Angleterre avait gagné sa bataille d'Austerlitz au cap Trafdgar contre les deux alliés. Nelson commandait vingt-huit vaisseaux, Villeneuve, dix-huit, Gravina, quinze. JuSi flotte franco-espagnole l'emportait de cinq vaisseaux. En moins de six heures , les alliés ont perdu quatre vaisseaux pris ^ trois brûlés , trois coulés bas, dix autres échoués et naufragés : neuf seulement rentrent à Cadix, et quatre, qui parviennent à s'échapper sous les ordres du contre-amiral Dumanoir, sont capturés, le 4 novembre, en vue des côtes de Galice , par des forces supérieures. Du côté des Anglais, seize bàtimens sont mis hors d'état de tenir la mer. Cette terrible bataille coûte la vie aux trois amiraux : Nelson est frappé d'un coup de feu en défendant Fabordage àe son vaisseau , et Gravina atteint mortellement. Villeneuve, revenu des prisons d'Angleterre, se tuera bientôt à Rennes pour se soustraire au jugement qui l'attend : on doit à son impéritie et à son indécision les malheurs de notre marine , à Aboukir, au cap Finistère , à Trafalgar. Deux fois battu cette année par un ennemi infé-
rieur, il voudra échapper par un obscur suicide à Findignation -àt la France. EUe eut à regretter un de ses plus braves officiers, le contre-amiral Magon; 9ur la flotte espagnole, le vice-amiral Alava (ut grièvement blessé ; le contre-amiral Cisneros tomba «1 pouvoir de l'-ennemi.
L'Angleterre et la France ont eu le droit de chanter le Te Deum de la victoire pour i8o5 : leur rivalité se justifie par des exploits égaux ; mais après le eombat du 6 février 1 806 , où dans la baie de Santo- Domingo sept vaisseaux anglais battent cinq vaisseaux français, qui sont pris ou s'échouent, la France ne reparafit plus sur les mers , et ne doit plus opposer à l'Angleterre que la domination et le blocus du continent. La France a raison : elle a une armée de cinq cent mille hommes , et l'Angleterre une flotte de trois cents bâtimens de guerre.
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