‹ Histoire de Napoléon (volume 4)Chapitre 6 sur 30 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

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BÀTAXLLI& OK MARSirGO.

L'AnTBicHE s'était laissé entraîner par l'or et les ifvtrigues de TAngleterre. Cette puissance rassem-

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blait à Minorque sous les ordres du général Âbercrombie^ qu'Augereau avait chassé de la Hollande, des troupes nombreuses qu'elle destinait à soutenir les opérations des Autrichiens sur Gènes et peut-être même sur le Var. L'Empire, la Bavière, la Suède , le Danemarck , la Porte et la Russie , faisaient également partie de la coalition.Mais le premier Consul, grâce à une démarche imprévue et pleine de gêné* rosité, inspira à l'empereur Paul une sorte d'admiration fanatique pour sa personne , le sépara de nos adversaires et le rendit ennemi de l'Angleterre. Il existait en France une grande quantité de prisonniers russes , provenant de la campagne du général Brune en Hollande et de celle de Masséna en Suisse. Instruit du caractère chevaleresque de l'empereur , Bonaparte fit habiller à neuf, chacun avec l'uniforme de son régiment , ces nombreux prisonniers , qu'il renvoya en Russie, en payant tous les frais du voyage, et sans aucune proposition d'échange. Bonaparte avait bien jugé Paul I". Ce prince fut si vivement frappé de cette action, qu'il rappela d'Allemagne toutes ses troupes, rompit le pacte britannique et chassa les Anglais de sa capitale. La défection si subite de la Russie, sans préliminaires, jeta sur la coalition un grs^id discrédit, et lui ôtait aussi un auxiliaire important. Le premier Consul ne perdit point de temps pour enlever encore à ses ennemis d'autres alliés : il envoya Duroc à Berlin , avec la mission de déterminer la cour de Prusse à s'employer pour détacher de la cause anglaise les puissances sur lesquelles son voisinage et sa force pouvaient lui donner de l'influence. Cette négociation réussit; la-

Suède et le Danemarck se décidèrent , par les instigations de la Prusse , à se renfermer dans une rigoureuse neutralité. Bonaparte avait tenté, pour obtenir la paix et pour désarmer la guerre , tout ce qu'exi* geaient la politique et la gloire de la France, sans blesser toutefois la dignité des cabinets auxquels il avait offert Tamitié de la république ; fort de sa cons* cience et de son droit , du témoignage de sa nation et de la foi des gouvernemens neutres , il ne lui restait plus qu'à saisir les armes.

D'après les déclarations parlementaires et les manifestes de l'Angleterre, la nouvelle ligue reprit encore un caractère de croisade contre la révolution. La France , outragée par cette personnalité , accepta la lutte , sous la conduite de Bonaparte , avec la même joie qu'elle avait accepté l'espérance de la paix. Il y a toujours eu chez nous , entre les citoyens et leurs che&, une intelligence , un accord, un sentiment commun d'honneur national , qui éclatent dans tous les âges de notre histoire. On ne cite pas de peuple qui connaisse mieux l'à-propos de combattre ou de traiter. L'armée d'Italie était retombée dans la même pénurie où Bonaparte l'avait trouvée quand il en prit le commandement en 1 796 , et nous ne possédions plus rien dans la Péninsule. Pour en faire le théâtre d'une autre guerre , il fallait également attaquer sur le Rhin ; mais toutes les forces de la république n'excédaient pas cent cinquante mille hommes. La contagion régnait dans les hôpitaux et avait emporté le brave Champion net, qui venait aussi de laisser un beau noiki en Italie. Cependant , a la voix du premier Consul , toute la France s'émeutf elle sait

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6ur les derrières du général Kray, isolent tout à coup ce général du général Mêlas par renvahissement subit des défilés de la Foret-Noire. Lecourbe a passé le Rhin à Schaffouse j et opéré sa jonction à Ëngen avec Moreau. Kray y fut battu par ces deux généraux , et perdit l'importante position de Stokach. Moreau poursuivit ses succès. Pendant que ces opérations s'exécutent , Bonaparte jouit dans son palais des Tuileries du plaisir de tromper par cette habile combinaison l'Autriche j l'Europe et ses capitaifies eux-mêmes. Il envoie le ministre Carnot à l'armée du Rhin , avec l'ordre d'en détacher vingt mille hommes sur le Tésin par le Saint-Gothard. Moreau s'aperçoit avec déplaisir que même à son armée il n'a pas seul la confiance du premier G)nsul. Il est vrai qu'il avait déclaré ne pas vouloir la commander sous ses ordres. Ce général se voit donc tout à coup*réduit à un rôle secondaire , quoique propre à augmenter beaucoup sa renommée ; toutefois , il suit par de savantes et constantes manœuvres le plan de l'inaction qu'il est chargé d'imprimer à l'armée supérieure du général Kray, et prélude ainsi en grand tacticien aux triomphes de Hohenlinden , qui plus tard illustreront sa campagne offensive. Enfin , l'armée de Dijon est en marche sur Genève. Les victoires d'Engen j de Stokach , de Moeskirch, de Biberach et Memmingen, gagnées par Moreau, donnent à Bonaparte le signal du départ.

Tandis que l'Europe croit le premier Consul livré à Paris aux soins du gouvernement , il arrive à Genève et prend le commandement de l'armée; c'est là que, résolu à porter la guerre sur le Pô, entre Mi-

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lan , Gènes et Turin , il choisit la base de ses opéra* tions sur les revers du Simplon et du Saint-Gothard. Libre de toute crainte sérieuse du côté du général Kray , contenu par Moreau , Bonaparte veut surprendre les défilés des Alpes , pour attaquer les derrières de Mêlas, dont les forces disséminées sur Gé* nés y sur le Yar , doivent garder les débouchés des Alpes et de la Lombardie occupée , mais non soumise. Sur-le-champ y rival audacieux d'Annibal et de César , il décide le passage de l'armée et le transport de sa formidable artillerie par la crête des montagnes, à plus de douze cents toises au-dessus du niveau de la mer. Le général Marescot , chargé de la reconnaissance du Saint-Bernard, avait eu beaucoup de peine à le gravir jusqu'à Fhospice où stationnait, depuis deux mois, un petit poste détaché du corps du général Mainoni. <c Peut-on pas* ser? » fut la seule question de Bonaparte. « — Oui, dit Marescot , « cela est possible. — Eh bien ! partons. » L'armée passera , le premier Consul le veut ; mais l'artillerie, comment pourra-t-elle passer? Cette difficulté était prévue. Les cartouches et les munitions renfermées dans de petites caisses , les affûts démontés , seront portés à dos de mulets. On a préparé des troncs d'arbres creusés de manière à pouvoir contenir nos pièces de canon; cent soldats s'attellent à chacune d'elles. Lannes commande l'avant-garde. Le 17 mai, trente-cinq mille Français, conduits par Bonaparte, abordent le Saint-Bernard. Moncey marche vers le Saint-Gothard avec quinze mille hommes, pour descendre à Bellinzona. Béthencourt a sa direction sur le Simplon , tandis que

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Turrcau m la siame 8ur le Moul^^Getiis. Cette der« mère démoiuitratidn doit empêcher Mêlas d^aban* donner la rivière de Gênes. Au sein des rùChetû les pins escarpés, an travers de glaces éternelle»! an miKeu des neiges qui effacent toutes les traces et n'oifrent pkis qn'un immense disert ^ et par de» chemins où le pied de l'homme n'a jamais été empreint , les Français montrent un indicible courage: gravissant pêniblem>ent ^ n'osant prendre le temps de respirer, parce que la colonne en eût été arrêtée y près de succomber sous le poids de lenrs armes*, tb ^esicitent les nns les autres par des chanta guerriers. Sorvient-il un péril presque insurmontable ? sllors ils font battre la charge, et, comme un ennemi, le péri) disparait devant eux. Sous les regardé de Bo^ naparke , tous les obstacles de la nature deviennent des conquêtes. I/infanterie , la caralerie, tes bagages, Les canons , ont atteint le» sommitéi^ des^ Alpes , on noi» différens corps reçoivent tour à tour , des religieux de l'hospice , tous les secours de la plu» gé* néreuse charité; mais aprè» une hahe de quelques heures, chaque division se précipite avec une rtouvelle ardeur , quoique avec bien plus de danger», sur les pentes rapides du Piémont. Bonaparte luimême opère la descente à la ramasse , sur un glacier presque perpendiculaire.

Les Autrichiens avaient toujours regarrlé la formation de l'armée de réserve à Dijon comme une fabfe inventée pour leur donner le change , et les poifsseï^ à abandonner le blocus de Gênes. Bonaparte s'était appliqué à entretenir cette erreur par une lonle de précantioins et de ruses ; elles avaient réussi sent poiwP

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que ni Paris , m Dijon, ni la cour de Vienne, ni se^ généraux d'Italie, ne croyaient à cette armée, qui ^ après aYoir marohé à son bat par direrses routes et «n corps isolés , sans aucun rapport entre eux , s'était réunie au pied du Saint-Bernard , et Tenait de le franchir. Mêlas, profondément convaincu que nous n'avions que sept à huit mille conscrits ou inyaKdes à IMjon , faisait presser le siège de Gène» par quarante mille hommes et combaittaît en personne sur le Yar avec le reste de ses forces contre Suchet , séparé de Masséna, avec huit mille hommes seulement, depuis le 6 avril, quand, d'un côte, les divisions françaises, placées sous le commandement immédiat du premier Goasul , et de l'autre les quinze mille hommes déta* chés de l'armée du Bhin et conduits par le gchiéral Moncey, et deux autres colonnes, descendaienti les revers du Satnt-Bemard, du Saint-Gothard, du Mont- Cenis et du Stmplofi. Une combinaison supérieure présidait au destin de cette mémorable campagne. Bonaparte se dirige sut l'Italie, entre l'année victo^ rieuse de Moreau^ qui retenait devant Uim les tro^iH pes da général Kray , réduites à la défentiive, et entre la petite armée des Alpes-Marilimes , qui, attaquée à la fois par terre eH par mer , défend Gènes , le cours du Yar , les portes de la Provence et les déâlës cfci Piémont. Le grand caractère de Masséna imprime à cette d^nse un héroïsme qm vivra étemellemaa^t dans l'histoire. Il a pour lieutenant Miollis , Gazan , Soult et Sachet. Il sait que Bonaparte compte suv son infatigable résistance, et il trouve dans les généraux sous ses ordres des hommes d&gnes de partager sa gloire et ses dangers* La reprise des forts de

Gènes 9 foudroyés par la flotte anglaise, est un des plus beaux faits d'armes connus. Jamais les forces humaines ne se sont déployées , multipliées avec tant d'énergie et de constance que dans cette immortelle campagne. Épuisés par tous les fléaux de la guerre , les soldats de Masséna ont d'autres ennemis qu'ils ne peuvent combattre , la famine et la contagion. Gènes voit mourir dans ses rues sa généreuse population , confondue avec l'intrépide armée qui ne peut plus la protéger. Le drapeau noir flotte sur les hôpitaux. Mais Masséna sent profondément qu'il occupe à lui tout seul une forte armée autrichienne avec douze mille hommes, et Suchet, qui n'a que huit à neuf mille braves devant Mêlas , a fait aussi son serment aux triomphes de l'armée de réserve; Masséna et Su* chet répondront à la confiance du. premier Consul. Après le succès de notre passage j les armées des deux nations embrassaient par leurs masses principales une demi-circonférence presque régulière, dont le centre était à peu près vers Alexandrie. Là tout devait se décider , et l'avantage appartenait à celui qui aurait franchi le Pô le premier. Une circonstance favorisait l'armée française, c'était le rapprochement d'Alexandrie et du Pô avec les Apennins et la mer. En un mot , Mêlas se trouvait tourné ^ tandis que le premier Consul ne pouvait l'être , soit par la propre nature du terrain qu'il occupait / soit par les mouvemens ordonnés à l'armée du Rhin; car il n'avait point oublié la funeste inaction de cette armée pendant sa première campagne d'Italie. Le jour même du grand passage, la ville d'Aost fut emportée par Favant-garde après une vive résistance ,

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et les Croates , repoussés sur le fort de Bard ^ château inexpugnable qui fermait Tunique chemin ouvert aux Français. Il était de la plus grande importance de surmonter cet obstacle avant que Mêlas eût connaissance de la marche de Bonaparte , et afin de s'em* parer des débouchés des vallées; mais le fort ne pouvait être enlevé , et seul il arrêtait toute l'armée. Berthier et Marescot eurent l'heureuse idée de tailler dans les rochers d'Abaredo un escalier qu'à force de travail on rendit praticable pour les hommes et pour les chevaux. Les divisions françaises défilèrent successivement par ce sentier périlleux , avec bien plus de difficulté qu'on n'en avait rencontré au trajet du Saint-Bernard. Notre artillerie demeurait en arrière, sans qu'aucun moyen humain pût lui faire passer cette barrière fatale. Bonaparte arrive, ordonne l'escalade et l'assaut du fort. L'audace , la valeur , n'obtiennent point de succès ; il faut se contenter de poursuivre le siège avec vigueur. Cependant l'avantgarde de Lannes, parvenue à Yvrée, manque d'artillerie et peut être attaquée avec avantage. Alors une de ces inspirations du génie de la guerre , si fréquentes dans les soldats et les généraux français ^ mit un terme à l'impatience et à l'anxiété de Bonaparte, incapable de consentir à se voir retardé par une conquête inutile : on jonche la route de matelas et de fumier; les roues sont garnies de paille; les pièces enveloppées de feuillages et traînées à la prolonge , chacune par cinquante braves, traversent avec leurs caissons la ville entière , à demi-portée de fusil, sous le feu de l'ennemi , qui ne se doutant de rien , ne cesse toutefois de faire des décharges meurtrières, II. 5

sans él!>i*anler toutefois nos intrépides soldats, tlne batteiîe , ^Ue Ton parvint avec des peines extrétnes à montel' sur VAlbaredo , reste avec un corps de trou^ pes pour réduire le fort de Bard , qui tombe au bout de dix jours.

Nous avons franchi le terrible défilé. Yvrée et ssl citadelle se rehdent après une courte résistance , et dix taille hottinies de l'armée de Mêlas, aux ordres des généraUk Kâim et ttaddig , sont culbutés sur les bords de la Chiusella. Bonaparte s'ouvre ainsi Taccès des plaines du tiémont, pendant que les colonnes de flanc descendent sur Bellinzona et Avigliano. Le a4 mai 9 les soixante mille hommes que Bonaparte a dirigés sur la Lombardie par les différens passages des Alpes , ont simultanément rempli ses intentions. Trompé par la vigoureuse attaque de Turreau au pas de Suze , Mélàs n*a réservé que dii-huit mille hommes pour défeiidï-e les défilés de la Haute-Italie; îl a laissé Ott devant Gênes avec vingt-cinq raille homines , et EllnitZy sur le Var, en a dix-sept mille. Mais, que ce soit Masséna ou Mêlas qui occupe Gênes , le point stratégique de Topération que médite Bonaparte est sur îe Pô , entf'e l'embouchure du Tésin et le double coUflttent du Taharô et de la Bormida. 11 fallait donc jeter un pont sur le gvùàià flelive , et empêcher là johcftion des trotipés de Méla^ avec celles du MilàïiaÂs et du Mantouàn.

ôonàpârte , qui tnarche à Milan , doit traverser cette Ville ^t)tir aller combattre Mêlas. Après avoir poiirsuivi Kaiih et H^ddig , sur Chivasso , il pousse son avant-garde vers Pavie , où elle trouve deti!x rents pièces de canon , ainsi qiite des tnunitions en tous

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geores; il dirige le corps de Murat wv Vercçil et Mil^a; force le 3i U passage de la Sésia et du Té^in, défendu pur Laudon ; et le 2 juin, il entre mi libérateur à Milan, où l'on venait seulement d'apprendre l'invasion d'une armée françai$e en Piémont. Son premier soin est de proclamer et d'orgai^iser de nouveau la république cisalpine , au:^ ai^clawations de toute l'Italie. Cette mesure politique a pour but de procarer aux troupes toutes les ressources d'un jpajs dévoué à nos armes. Toujours habitué k suivre ses succès comme César , il ne donne pas un moipent de relâche à la fortune. Par ses ordres » l'armée ^ répand entre le Pô et l'Adda 1 franchit cette dernière rivière, s'empare de Bergame, de Créma, de Crémooe, et repousse Laudon jusqu'à Brescia. MéW n'a ni deviné ni compris les opérations de Bonaparte , eX c'eU par ses généraux , battus depuis l'attaque de Bard , qu'il apprend que soixante miUe Fraxjiçais ecutrent en Lombardie. Ëllnitz a reçu l'ordre d'abandonner la ligne du Var et 4e se retirer sur la vallée du Tanaro; Ott, devant Gènes, a les mêmes ini&tructions : MéUs a besoin de quarante mille hommes qu'ils commandent pour faine face à cette armée incpiwue, qve Bo naparte conduit ii Milan. Mais la r.^rai«e d'£jlnitz ^t de ses dix-s€f)it mille hommes a été inquiétée par Suchet, qui, renforcé de quatre miUe hoofiimes, Y^taque avec douze mille au col d^ Tende , lui an fait p^idre huit mille , et poursuit sa course victoiieuse fiinr Savone , po(ur venir au secours de Af assépQa , enfermé dans «Gènes. Il ignorait que cette viUle avait àû onfin tCapituLer 9 .a^rès soixante jours de bkH?PS^

assiégée au dedans par la peste et par la £aiinine , et au dehors par le général Ott, à la tête de trente-cinq mille hommes. Ott , s'attachant à un vain trophée , avait commis la faute de ne quitter Gènes qu'après la glorieuse capitulation de Masséna, qui conserve au drapeau les huit mille braves qui lui restaient, et dont six mille allèrent grossir à Savone le corps de Suchet. Bonaparte profite audacieusement , selon son usage , de l'inaction et de l'imprévoyance autrichienne, et vient lui-même montrer aux enn^nis, en l'occupant, le point qu'ils auraient dû couvrir : c'était vers Stradella et le Pô. Il rabat ses colonnes sur ce fleuve , dont il rend la défense impossible. Loison le traverse à Crémone ; Murât enlève de vive force la tète de pont et la ville de Plaisance ; Lannes parvient à passer devant Belgiojoso et San-Cipriano , malgré la résistance du général Ott , dont l'armée s'est affaiblie de la forte garnison qu'il a jetée dans Gênes. Là s'établit le pont de l'armée française: c'était le véritable passage et le point capital, en raison de la proximité du confluent du Tésin et du défilé de la Stradella, et des communications avec Milan. Le même jour, le premier Consul transfère son quartier-général à Pavie. Mêlas, renfermé entre le pied des Apennins et la rive droite du Pô , n'a plus que la ressource des combats. En se portant devant l'ennemi, Bonaparte apprend la reddition de Gênes et la jonction des troupes de blocus à celles de Mêlas. Mais , quoique une partie seulement de son armée ait franchi le Pô, il livre au général Ott la bataille de Montebello , dont le général Lannes

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DE NAPOLlSON.

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Anglais^ soit sur le Haut-Tésin , où il eût rétabli ses

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doit faire à jamais l'illustration. Gnq mille prisonniers autrichiens^ trois mille morts forment les trophées de cette première victoire.

Nous avions battu l'une des deux armées ennemies : il fallait courir à l'autre et défaire aussi Mêlas, qui concentrait toutes ses forces sur Alexandrie , entre le Pô et le Tanaro ; il avait rappelé de San-Giuliano le général Ott, qui n'avait iaisséqu'une arrièregarde à Marengo , petit village qui va devenir si célèbre. Le la juin, l'armée française, composée des corps de Lannes , Desaix et Victor, borde la Scrivia. La division Lapoype avait ordre de rejoindre le général Desaix , qui, après avoir conquis la Haute- Egypte, de retour en France par la capitulation d'£l Arich , entraîné par la fatalité de la gloire, était venu retrouver les drapeaux de son ami , de son général en chef de l'armée d'Egypte. Le reste de nos forces disséminées dans la Lombardie bloquait ou contenait les différens corps autrichiens. Le quartier-général était à Voghéra. Le premier Consul s'attendait à rencontrer l'armée autrichienne dans les plaines de San-Giuliano. Le 1 3 , il les traverse sans résistance, et fait chasser de Marengo cinq mille hommes par le général Gardanne, qui les poursuit jusqu'à la Bormida et ne peut enlever la tête de pont. Nous prîmes position entre cette rivière et Marengo , à la Pedrabona. Il fut naturel de croire que Mêlas ne voulait pas se battre, puisqu'il abandonnait le débouché de Marengo , si facile à défendre , et qu'il allait manoeuvrer par le Qanc, soit sur Gènes où il aurait été si aisément approvisionné par les Anglais , soit sur le Haut-Tésin , où il eut rétabli ses

communications avec rAUemagne, sôit enfin tiiir les deux rives du Pô, où il pouvait facilement sur-» prendre un passage et une marche. Mais ftonaparte, qui a le don de saisir toutes les chances du premier coup d'œil y envoie les deux divisions Desaix à Castel-Novo di Scf ivia et à Rivalta , pour observer les ailes de l'armée ennemie , et concentre les corps de I>annes et de Victor entre San^iulianoetMarengo^ par échelons , la gauche en avant , se pr^^arant ainsi pour tous les mouvemens qu'il aurait à feii^ ^ et chaque division d'aile pouvant devenir tête de co* lonne dâUs la direction. T^ division Boudet, placée à Rivalta , sous les ordres de Desaix , devait commu<hiqUet* avec le corps de Masséna et de Suchet^ qui s^étaient dirigés sur Acqui.

lie lendemain îiijie premier Consul fut étonne de voir 9 à quatre heures du matin, Tarmée autrichienne déboucher au travers du long défilé du pont de la Borktiida , dé sa tête et des marais qui les couvraient. Cinq heures après seulement , elle put se porter en ttVattt sur trois colonnes. Elle avait quarante mille hoftihies au comn>encement de l'action* L'ai*mée française ne comptait que vingt mille hommes , qui étaient des conscrits pour la plupart ; celle de Mêlas se composait toute d'anciens soldats. Le corps de Victor vigoureusement attaqué et poussé , celui de Lannès entra en lig^e à droite , et, après quelques su^ès^ fut entraîné par la retraite de la gauche; mais c^était une chose capitale pour Bonaparte de tenir m droite , et pour Mêlas de la forcer. Le premiet^Consul , qui vit le >noeud de l'affaire dans la comtttilliixîation que sa droite asstirait avec le reate de

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Tarpiée , fit av^i^car tpuf, k QQup au milieu de la pl^iqebuit ceat^grenadî^r^ de c^tt^^vimll^ ganc^ku^ teittps la terreur 4e TEuropp , ipais ^v^^ jeune aiw^ , date si i^eureu^ement sa gloire de la jonirn^e dis Mareogo. La pqslérité lui conservera (C^ beau suri^ppi de redoute de granit qu'elle reçut du vainqueur. Les assauts les plu^ terribles de reaii^m.i §e brisèrept eoi^re son immobilité ; sa résistance béroïque do^na le temps à ladivisjoci Monnier d'arriver : cellenci jeta uoe brjl^ade da^ CastelrCeriolo, et l'armée frau- (Çaîse ^ trouva dans im ordre presque inverse à celui de la matinée , pai* échelons ^ l'aile droite en avaat^ tenant toujoiurs le point essentiel xie La pre.* mière Ugne de bataille , couvr^pt sa communication la plus importante 9 occupant par son aile gauche la n>ute de Ta^loim.

L'action ^se maintînt dans cette position jusqu'à l'arrÎArée «de la division Diesaix. Mêlas ^ ^au contraire , avait ,^&ibli ^ gaucbe pour ao^menler sa droite qu'il étendait inutilement sur Torton^. Ce mouvemeat n'édiappa point au généra} qui sava^ le mmy^s. jiUger son adversaire m^ le temain. U était cinq heiAines : la division Lapoype ne se montimil: pas , mais IXesaix parut sur ie cham|> de bal;aiUe , à ia tête de la âeule division Boudet. Dans les mains de Bonaparte j ce r.€aijbrt va devenir l'ipsir umenit de la victoire^ et l'armée xle^ine la pensée de stoo dbhef^ Fatiguée dWiiieil^sgifte etisangknte retraite ^elle voit^xiyec rinstinctd'Aui^e aittentec^ueson haros n'a jamaistrom p ée, ia troupe de Besaii^ couvrir sa |gaucbe; «et «lie né- ^ète av,esc joie (k cri de {l'attaque générale ordonnée awr ^m^ h ligne. Letgé^éral Zaicb^ <|tti dépa«sse œU$

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des Autrichiens, s'avance sur la grande route avec une colonne de cinq mille grenadiers blanchis dans les combats. Desaix , le brave Desaix , court à sa ren* contre avec quinze pièces de canon, et tombe frappé d'une balle qui l'enlève à l'espoir de la France et à l'amour des soldats. Par un rapport de fatalité bien étrange , au même moment l'illustre Kléber , son ami , périssait au Caire , sous le poignard d'un assassin. Désormais , il ne reste plus de renommées militaires indépendantes de Bonaparte, que celles de Moreau et de Màsséna. Desaix , même après son trépas, est encore redoutable : sa division se jette avec fureur sur le corps ennemi , où chacun cherche le meurtrier de son général. Cependant Zach résiste, bien qu'il soit isolé au milieu de cette vaste plaine ; mais le jeune Rellermann porte tout à coup sa cavalerie sur le flanc gauche de la colonne invincible , la brise , la disperse , et les cinq mille grenadiers qui la composent sont prisonniers. Dès cet instant qui venge Desaix et qui suspend le deuil de sa perte , notre ligne se précipite en avant et a reconquis en moins d'ime heure le terrain disputé depuis l'aurore. L'armée ennemie est prise à revers et recule à la hâte ; Mêlas essaie en vain de tenir à Marengo : son inutile défense contribue à donner le nom de ce village , tout à coup emporté par Bonaparte , à la fameuse bataille qui va changer le sort de l'ItaUe, celui de la France et de l'Europe. Les Français poursuivent les Autrichiens jusqu'à dix heures du soir, et ne s'arrêtent qu'à la Bormida : cinq mille morts , huit mille blessés , sept mille prisonniers , trente canons et douze drapeaux sont les trophées de Ma-

7 à HISTOIRE

douze drapeaux sont les trophées de Ma-

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rengo. Le lendemain , à la pointe du jour, Bonaparte fait attaquer la tête du pont de la Borraida , mais , contre toute probabilité, l'ennemi demande à trai* ter ! Quelques heures plus tard , les généraux Berthier et Mêlas ont conclu la fameuse convention d'Alexandrie , qui remet en notre pouvoir tout ce que nous avions perdu en Italie depuis quinze mois , à l'exception de Mantoue. Mais ce n'était qu'une con* vention militaire. Jaloux d'être encore en Italie, après une victoire décisive , le provocateur de la paix , le général Bonaparte dépécha à Vienne , du champ de bataille de Marengo, le général Saint-Julien, qui était du nombre des prisonniers , et le chargea de porter à sa cour des paroles de paix

Ainsi une seule bataille , gagnée après douze heures d'une retraite offensive , mais périlleuse , a replacé sous l'influence de la France la Lombardie , le Pié^ mont , la Ligurie et les douzes places fortes qui les défendent. On fixa la ligne de neutralité des deux armées entre la Chièse et le Mincio. La victoire et la fortune se disputèrent dans la journée de Marengo le triomphe de Bonaparte ; car Mêlas acceptait les conditions les plus rigoureuses , quoiqu'il eût des forces aussi nombreuses que les nôtres, et que le Piémont lui ouvrît la carrière d'une longue campagne de sièges et de positions. Ce général pouvait reprendre ses communications avec l'Allemagne , avec le pays de Modène, celui de Mantoue, et, maître de Gênes, ayant la mer et les montagnes pour ressource et pour appui, soutenir encore une belle guerre, et peut-être forcer la France à une paix honorable pour l'Autriche ; mais , après s'être vu

€tilever le succès , il perdit ausâ le courage de supporter la défaite.

Bonaparte s'occupa d'abord d'achever l'organisation de la réptiblique cisalpine et du Piémont, et de rendre à la France , non des contrées vaincues , mais des nations amies et auxiliaires. Il sentait alors que l'amitié des peuples était un plus sûr rempart que leur asservissement , contre les ennemis de la patrie. Il venait de l'éprouver au désavantage de Mêlas dans la Ix>mbardie ^ dont tous les vœux étaient pour la république. Bonaparte , pressé de revenir à Paris f où le rappelaient l'ivresse des Français et les intérêts qu'il a conquis à Marengo , donna à Mas^ séna le commandement de l'armée d'Italie, et à Suchet celui de la ville de Géoes : digne récompense des importans services de ces deux généraux. MuraC eut l'armée de la Marche d'Ancône, avec la mission d'aller replacer le pape sur le trône poiitifical. Cette mission frappa les esprits. Bonapsote se rendit ensuite à Milan , où un Te Deum en actions de grâces fut chanté solennellement Le vainqueur y assista; c'é* tait la première fête religieuse à laquelle il présidait depuis oelie de l'anniversaire de la naissance de Mahomet, qu'il avait célébré en Egypte. A Vienne , pour cette fois ^ on s'abstint d'un Te Deum ^ mais «on se prépara de nouveau à la lutte , et la famille iiapériale eut k souffrir publiquement , soit du iinéconteiKiement que la promulgation de la guerre fit éclater dans la capitale , soit aussi de l'enthousiasme presque sédtCicmx que le héros- de Marengo inspirait au*x habitans.

La fnaison d^ Autriche n'était pas plus heureuse

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mr le Dasube que sur le Pô, Moreau , après avoir pendant un mois tenu en ëchec le général Rray dans son camp retranché , devant Ulm , avait forcé le passage du Lech , s'était emparé d'Augsbourg , et trois jours s'étaient à peine écoulés depuis la convention d'Alexandrie I que, le 19 juin, il répondait à la victoire de Marengo par celle d'Hochstedt , qui rétablissait, après un siècle, la gloire de nos armes; le combat de Neubourg achevait d'ouvrir aux enseignes françaises le cœur de l'Allemagne. Dans la terrible m^ée qui rendit cette action si funeste à l'armée du général Kray, ces enseignes triomphantes se baissèrent avec respect et douleur .sur le corps de La Tour-d'Auvergne, de celui que, deux mois auparavant , Bonaparte a^it proclamé le premier grenadier de France; titre aussi neuf, aussi noble que l'apothéose. Jusqu'en 181 4, La Tour-d'Auvergne, fut nommé chaque jour à l'appel de son régiment, et une voix répondait: Mort au champ d'honneur! I^a prise de Feldkirch compléta la belle campagne de Moreau , et , en assurant ses communications avec l'armée d'Italie , contraignit le général Kray à suivre a Parsdorf l'exemple de Mêlas. Les deux armistices préparèrent la fameuse paix de Lnnéville ; mais il fallait encore l'acheter par de brilians. combats en Allemagne, et ptf d'importans avantages en Italie.

Avant d'arriver à Paris^ le premier Consul «'arrête à Lyon , dont il ordonne de réparer les ruines et de relever les mouumens. De retour daos la <apitale, le 'i juillet, il y trouve uoe exaltation qui doit lui donner l'idée d% tout ce qu'un grand géÊàe

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favorisé par la gloire pouvait attendre d'un peuple aussi passionné. A la première nouvelle de la victoire de MarengOy Paris avait été subitement illuminé; un telsuccèsy aussi imprévu qu'immense^ avait confondu dans une espèce de culte toutes les classes de la société et semblait devoir produire la fusion de tous les partis; mais aussi, dès ce jour, tout le gouvernement et malheureusement toute la patrie furent dans un. seul homme.

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