CHAPITRE'IIL
EUPTORI DI LA NBGOCIATIOH DB LVHiTU.LB. WUCBm mKmMkUL. —
RBPRISE DES HOSTILITES SUE LE EBIIT ET EH ITÂLIB. — TB4ITB DB LH- H£ VILLE.
Depuis Marengo , les royalistes et les révolutionnaires, à qui la joie publique parut un outrage, prirent le caractère et le rôle de deux sectes proscrites, à jamais irréconciliables , mais ayant le même ennemi, et conspirant séparément pour sa destruction. L'assassinat menaçait dans l'ombre celui qu'environnait tant d'éclat , et la vengeance l'offrait en sacrifice aux mânes irrités de la monarchie et de la république. IjSl haine des partis accueillit avec une sorte d'enthousiasme les mauvaises nouvelles , arrivées à Paris
DE JXAPOhÉOlXé 'jj
le ao juiu , de la première bataille de Marengo , qui avait été perdue jusqu'à cinq heures du soir. On ameuta aussitôt les vieilles inimitiés et les griefs récens, Chénierj Courtois, Sieyes, étaient subitement redevenus des acteurs ou plutôt des conseillers politiques. Dans certaines réunions ^ il fiit question de remplacer par Carnot Bonaparte que Ton crut anéanti , et de sacrifier tout à coup à la république la royauté consulaire. Moins nombreux et sans aucune influence , le parti royaliste ne prit part au mouvement de l'opinion que dans l'espoir de voir disparaître celui qui avait renversé, disait-il , et même trahi ses espérances ; car la pacification de la Vendée avait été due en grande partie à l'assurance donnée secrètement aux chefs des rebelles , que Bonaparte ne voulait qu'imiter la conduite de Monck. Ainsi les royalistes, sans confondre leur but avec celui des républicains, s'étaient réunis à eux de tous leurs vœux , pour faire passer le pouvoir en des mains moins redoutables. Mais les dépêches du ai juin, expédiées, le soir, du champ de bataille, avaient soudainement détruit les projets de^ deux partis. La convention d'Alexandrie , provoquée par le général Mêlas malgré les imposantes ressources dont il disposait encore, frappa d'abord de stupeur les hostilités de la capitale , comme les alliés belligérans de la maison d'Autriche.
Cependant ces hostilités , ces haines civiles de Paris, furent loin d'être désarmées par les transports de la France et l'étonnement de l'Europe; elles continuèrent dans le silence à tramer la perte du vainqueur. Plus ardens, plus intéressés, parce qu'ils
étaieot plus iiouvdileiiient dépossédés et qu'ils avaient le droit de crier à la perfidie , les révolutionnaires ne virent que l'assassinat pour atteindre cdiui que la guerre s'obstinait à respecter.
Au milieu de ces complots républicains , le premier Consul reçut les deux lettres suivantes du comte de Lille, par l'entremise du troisième consul , Lebtxin , à qui l'abbé de Montesquiou les avait remises.
AU GÉKÉELL BOHAPARTC.
« QveUe que soit leur conduite apparente , des « hommes tels que vous, Monsieur, n'inspirent ja- « mais d'inquiétudes. Vous avez accepté une place « éminente^ et je vous en sais gré. Mieux i\vte per- « sonne vous avez ce qu'il faut de force et de puisce sance pour faire le bonheur d'une grande nation. « Sauvez la France de ses propres fureurs , et vous (c aurez rempii le vœu de mon cœur. Rendez^ui son « roi , et les géiiérations futures béniront votre mé- « moire. Vous serez trop nécessaire à l'État , pour « que je songe à acquitter par des places impor- « tantes la dette de mon agent et la mienne.
(c Louis. »
« Depuis long-temps J général , vous tlevez «avoir « que mo9\ estiine vous est acquise. Si vous doutiez m que je fusse susceptible de reconnaissance, marie quez votre place , fixez le sort de vos amis. Quant H à mes principes , je suis Français : élément par^ca- « TQdève , je le serais encore par raison.
DE KâPOiLéorr. 79
« Non y le Yainqueur de Lodi , de Castiglton^ et c d'Arcole, le conquérant de lltalie ne peut pas pré» « férer à la gloire une vaine célébrité. Cependant vmi* « perdeB un temps précieuK. Nous pouvons assurer la « gloire de la France^ je dis nous ^ parce que j'aurais « besoin de Bonaparte pour cela , et qu'il ne le pour- < rait pas sans moi.
« Général , l'Europe vous observe , la gloire at* « tend, et je sui^ impatient de rendre k paix à mon « pays. « Liouis. »
U parait qnte Bonaparte n'avait pas répondu à la première lettre, qui semble plus ancienne; il ré^ pondit en ces terfiaes à la seconde , le 7 septembre :
« ï*am , )e ao fructidor an vni.
«i'âi t^çtt, Monsieur, votre lettre. Je voits re* « mercie des choses honnêtes que vous m'y dites. «Vous «e deveî plus souhaiter votre retouf en * France : il vous faudrait marcher sur cent mille « cadav*»es. Sacrifiée votre intérêt au repos -et au bon* « heur de la France ; i'histoire vous en tiendra compte. « Je ne suis pas insensible au malheur de votre la* « mille. Je contribueiiai avec plaisir à l'adoucir , et à « la tranquillité de votre retraite. « Bonaparte. »
Les méC(Hitens qui d'abord se chargèrent tle la ôombinàison et de l'exécution d'une attaque contre la personne de Bonaparte , étaient des démagogues désespérés , de ceux qui appelaient la journée du 9 thermidor un crime national. L'un d'eux voulut se
«t le négociateur Sainl-Julien fut conduit d^As ime forteresse eu Transylvanie ^ pour avoir obéi aux instructions de sa cour en signant des préliminaires avec la France. En conséquence , le premier Consul ordonna à Moreau et à Brune de rompre l'armistice, l'un en Allemagne , Tautre en Italie.
Immédiatement après la déclaration du comte de Saint-Julien , le premier Consul avait chargé Otto de négocier à Londœs uti armistice naval. L'Egypte était encore occupée par les Français , el Malte n'avait point succombé aux deux années du blocus britannique. Informée de cette négociation ^ l'Aur triche consentit , dans le cas où l'Angleterre accepterait l'armistice naval , à remettre à Moreau Ulm , Ingolstadt et Philipsbourg. Cette nouveUe convention fut conclue le 20 septembre , k Hdietiliudeci , pour l'armée d'Allemagne , et à CastigUone pour celle d'Italie. Mais le ravitaillement de M;alte et de TËgypte , qui était le but de la proposition du premier Consul, fut le motif du refus du cabinet de Londres. Et en effet la chute de Malte j qui tombai le 5 septembre au pouvoir du général Pigot ^ et qui ^vait faii^ présager l'évacuation de l'Egypte, raidit tout rapprochement impossible entre Looidres et Paris. Le premier Consul avait mis à pro&t l'inler* valle occupé par la discussion britanftkique; le 3o septembre , Joseph Bonaparte avait sigaié^ à Morte* fontaioae , un excellent traité avec les États-Unis ; et, soutenu par les griefs des puissances neutres contre les violatiosfi tyranniques que le pavillon anglais exerçait sur elles, Bonaparte dédara qu'il ne traita rait que séparément avec l'Autriche et l'Angleterre.
DE NAPOLÉOir. 8S
Cette déclaration suivit celle de l'Angleterre , qui rompit la négociation le 9 octobre, £)le arriva à Lu* ilévilley ou Joseph Bonaparte s'était rendu le 1 1 pour tfaiter avec le comte de Cobentzel, plénipotentiaire^ aqtrich^en ; le jour même où ce message fatal annon-v çnit la reprise des hostilités, le général Clarine donnait une fête aux membres du congrès , ou phnntaif l'hymne de lapaix^ et les plénipotentiaires français et autrichiens s'embrassaient. La convention du 20 septembre allait expirer- Mais c'était la victoire , et non l'armistice de Hobenlinden, qui devait nous eon* duire au terme des combats. L'or de l'Angleterre a produit cette soudaine révolution.
Forcée p(^r son dernier traité avec cette puia^fince
4ê reprendre les armes 1 l'Autriche appelle au dira->
peau toute sa population, Elle proclame nationale
eette guerre où toutes ses forces , en moins de trois
mois , ont été mises en mouvement j divisées en cinq
BfBiées. $ur la rive gauche du Danube » le général
)Uen<^n , avec vingt n^ille bomntes , a devant lui le
général ^^inte-^^nzanne. Au corps de Klenau se hâmiy
ep Franconie , les levées mayençaises , soldées p»t
l'Angleterre y sous les ordres du baron d' Albini , et
S(e|>t à huit mille Autrichiens sous ceux du gèuitB^
$ai«ibBehon. Ils ont via-à-vis d'eux le général Auge-
reau et l'armée gallo-batave. La grande armée autri*
chienne , opposée à celle du général Moreau »»? le
Bhin ) esit conduite par l'archiduc Jean > âgé de dix-
kuîK ans , qui remplace le général Kray , scmis la tu-
tftlk du général I^uer. Dans le Tyrol ^ le marquis
dt Chaateler comn^ande vingt mille hommes et
les mi&ces guerrières de ce pays contre le gén
néral Macdonald, qui marche sur la Valteline. Dans le Mantouan et le Ferrarais , à la tête de quatrevingt mille hommes, le comte de Bellegarde est placé en face du général Brune. Un corps de dix mille hommes d'élite y destiné à former une seconde armée de réserve pour des desseins ultérieurs , se rassemble à Amiens sous les ordres de Murât.
Si la cour de Vienne a profité de l'armistice de Hohenlinden et du congrès pour se mettre tout entière en armes à la disposition des vengeances britanniques, le premier Consul a profité aussi de ce repos pour méditer la ruine de son ennemi. Moreau , cette fois y poussera jusqu'à Vienne. Macdonald sera l'instrument d'une haute combinaison stratégique qui doit lier les cinq armées françaises et leur imprimer à la fois un terrible concert contre les adversaires de la France. Bonaparte regarde à la fois Vienne et Mantoue.
L'armée gallo-batave , commandée par Augereau, dont le quartier-général était à Offenbach , dénonça l'armistice , le 9 novembre , au corps du baron d'Albini; les hostilités éclatèrent le a4- Le général mayençais, au lieu d'abandonner AschafFenbourg , qu'ils ne pouvaient garder , attaqua avec impétuosité. Il fut repoussé par les Hollandais ; le lendemain le général Augereau entra dans Aschaffenbourg, et porta ses forces sur Wiirtzbourg et Schweinfurt. On ne revit plus Albini ni ses levées électorales. Une affaire importante^le 1 3 novembre, à Bourg-Eberach, rendit l'armée gallobatave maîtresse du cours de la Rednitz. Au moment où Moreau gagnait , à Hohenlinden , la grande bataille de la campagne, la forte
DE HXPOLÈOTX. 85
position de Bourg-Eberach fut évacuée par le général Simbschon , qui se retira sur le Haut-Palatinat, où il alla fermer sur le Pegnitz le débouché des gorges de Hersbruck. Le général Duhesme occupa Bamberg. Nos partis couraient sur Nuremberg. Wùrtzbourg était bloqué. Augereau, marchant aussi victorieusement sur la frontière de la Bohême et du Danube , couvrait l'aile gauche de Moreau , et lui promettait de se concentrer dans la Bavière.
Les opérations du général Moreau commencèrent le a5 novembre; les avant-postes des deux armées se trouvaient entre Flnn et User. C'était donc l'Inn qu'il fallait franchir pour atteindre l'archiduc. Ce prince , à la tête de cent vingt mille hommes j pressé par les ordres de Vienne , forma le projet d'envelopper l'armée française , bien inférieure en forces à la sienne , et marcha sur Hohenlinden ^ avec l'intention de livrer bataille dans la vaste plaine d'Anzing. Ce dessein fut bientôt pénétré par sou habile adversaire , dont les manoeuvres , véritable chef-d'œuvre de stratégie , brisèrent tout à coup le plan du conseil aulique^ et obligèrent l'archiduc à combattre sur un terrain moins vaste , intermédiaire entre les deux rivières, et en l'isolant de toute coopération avec l'armée duTyrol. Plusieurs jours furent donnés à cette merveilleuse combinaison , dont le succès eut pour théâtre le village et la forêt de Hohenlinden et les défilés. Le général' Moreau confia au général Richepanse le soin glorieux de décider sa victoire. Ce général , encore à près de deux lieues du centre ^ reçut l'ordre de se mettre en route le 3 décembre , avec sa division j et d'assaillir les derrières de l'ar-
chiduc quand on le verrait engagé dans les défilés. L'exécution de cette mission périlleuse rencontra un puissant auxiliaire dans Tintrépidité du général Drouet , qu'une première attaque sépara , avec sa brigade, de la colonne de Richepanse, et qui tint J'ennemi en échec ; Richepanse s'élança dans la forêt avec la 48' demi-brigade , porta le désordre sur le^ derrières des Autrichiens, tandis que le général Walther contenait leur cavalerie. Trois bataillons de grenadiers hongrois s'avancèrent en colohne serrée contre la troupe de Richepanse : « Grenadiers de a la 48', s'écria-t-il , que dites-vous de ces gens -là? « — Ils sont morts ! » répondirent les grenadiers , et ils remplirent leur parole dans le même moment* Cependant le brave Ney enfonçait Tennenii dans Hohenlinden. A deux heures après midi, trois champs de bataille proclamèrent le triomphe des Français. Onze mille prisonniers, cent pièces de canon, tombèrent en leur pouvoir. Au début d'une campagne à laquelle la maison d'Autriche attachait l'honneur et peut-être la sûreté de sa couronne, les Français avaient détruit le centre et une partie de l'aile gauche de sa grande armée , sous les ordres 'd'un archiduc. Moreau , dont le génie avait assuré cet éclatant succès , voulut aussi se montrer juste , en partageant ses lauriers avec ses illustres gêné* raux. Quelle époque que celle où les divisions d*une armée étaient commandées par Lecourbe, Grenier , Ney , Grouchy , Bonnet , Granjean , Bastoul , Decaen , Richepanse, Legrand , CoUaud, Laborde, d'HautpouI, Gudin , Montrichard , etc. !
Le vainqueur de Hohenlinden continua sa iHar**
ciM. Il restait à franchir Ilnn pour dominer le théâ-^ tre de la guerre et pénétrer dans la Haute Autriche par Saltzbourg. La triple ligne de FInn , de l'Alza et de la Salza , derrière laquelle vinrent se retrancher les cent mille hommes que comptait encore l'archiduc ^ était impossible à aborder de front. Moreau surmonta toutes les difficultés que lui présentaient la nature du pays et les positions inexpugnables de l'ennenii , en le trompant par ses démonstrations qui attirèrent son attention vers Tlnn-Inférieur j car, tandis qu'à quinze lieues au-dessus , à Neupeuren , le général Lecourbe, à la tête de l'aile droite , forçait le passage , le 8 décembre, et tournait la position de Stephans-Rirch , par le même mouvement, l'aile gauche passait l'Inn à Miihldorf et Wasserbourg , sous les ordres du général Grenier. Le la, le général en chef se trouvait avec toute son armée sur la rive droite de l'Inn.
lie premier Consul était loin de s'attendre à un pareil résultat, en raison de la disproportion des deux armées et des obstacles de toute espèce que le terrain choisi par l'archiduc opposait au général Moreau. Il pensait seulement que Moreau contiendrait les Autrichiens sur le Danube , et il avait eu l'idée^ à la faveur d'une opération qu'il avait confiée au général Macdonald , d'aller prendre la place de Brune , et de combattre leur grande armée d'Italie. Mais il reconnut bientôt que l'armée de Brune n'était destinée qu'à un rôle secondaire. Tout le secret de sa campagne reposait sur le corps d'armée de Macdonald, auquel il avait refusé d'envoyerlaréserve réunie à Amiens par le général Murât ; c'était donc
un corps de neuf mille combattans, presque inaperçu au milieu des forces imposantes d'Allemagne et d'Italie , qui , resserré dans les défilés impraticables des Hautes-Alpes , devait porter le coup fatal à la maison d'Autriche. Macdonald allait répéter le rôle que Bonaparte avait rempli lui-même huit mois auparavant lorsqu'il surprit Mêlas en Italie par le passage miraculeux des Alpes. Le premier Consul connaît les Autrichiens ; il sait par une ancienne expérience qu'il peut avec succès reprendre contre eux les mêmes moyens y et il s'attendait aux conséquences qui amenèrent la victoire de Marengo. Macdonald avait obéi; mais quand il cherchait , pendant l'armistice, à découvrir un accès vers l'Italie , il rencontrait partout des retranchemens ennemis , défendus par ceux de la nature , et l'hiver y avait ajouté chaque jour de nouveaux périls. Tant d'obstacles , qui hérissaient la chaîne des Alpes des Gri> sons, ayant paru insurmontables au général Macdonald, il chargea son chef d'état-major d'aller rendre compte au premier Consul de la situation déplorable où il se trouverait à la dénonciation de l'armistice, lui et ses quelques mille soldats renfermés au fond d'une vallée, bloqués par les glaces, privés de toutes communicatiens avec les armées du Rhin et de l'Italie , et observés par de nombreux ennemis , qui domineraient et arrêteraient tous ses mouvemens dans les escarpemens inexpugnables des montagnes , dont ils occupaient toutes les sommités et tous les sentiers. Mais le premier Consul , après avoir entendu et interrogé le chef d'état-major, lui dit : ce Nous enlèverons sans combattre cette im-
a mense forteresse du Tyrol. Il faut manœuvrer sur a les flancs des Autrichiens, menacer leur dernier « point de retraite : ils évacueront sur-le-champ a toutes les hautes vallées. Je ne changerai rien k « mes dispositions. Retournez promptement. Je vais « rompre Tarmistice. Dites à MaLcdonald qu'une armée a passe toujours et en toute saison partout où deux o hommes peuvent poser le pied. Il faut que , quinze ft jours après la reprise des hostilités, l'armée des « Grisons se trouve aux sources de T Adda , de TOgiio a et de l'Adige ; qu'elle ait tiré des coups de fusils « sur le mont Tonal , qui les sépare , et qu'arrivant « sur Trente, elle forme ]a gauche de l'armée d'Italie a et manoeuvre de concert avec elle sur les derrières « de celle de M. de Bellegarde. Je saurai porter à « temps des renforts où ils seront nécessaires : ce « n'est pas sur la force numérique d'une armée, a mais bien sur le but , sur l'importance de l'opéra- « tion, que je mesure celle du commandement. » Telle fut la réponse du premier Consul. Elle ne pouvait avoir d'autres commentaires que lexécution de ses desseins , et lui-même il en avait donné le signal en faisant dénoncer, le 8 novembre, l'armistice aux avant-postes autrichiens.
Dans le moment où Macdonald recevait cet ulti'nmtum de Bonaparte , la seconde armée de réserve y sous les ordres de Murât , avançait sur les Alpes du Piémont, et^ par son mouvement intermédiaire, elle tenait en suspens les espérances de l'armée des Grisons et de celle d'Italie , qui désiraient également sa réunion à leurs drapeaux. Mais le mystère de sa destination n'était connu que du premier Consul; et
^ instoiRE
cette armée, après avoir traversé lentement le Piémont , qui venait de voir le général Soult , par sa prudence et par sa fermeté , comprimer l'insurrection y s'était dirigée vers le Milanais , où elle prit ses cantonnemens.
Cependant Macdonald s'était mis en marche, et après avoir habilement trompé l'ennemi par une fausse démonstration sur le Tyrol allemand , il engagea son armée dans les défilés impraticables du Splûgen. La neige avait déjà recouvert et fermé toutes communications entre les lieux habités: il fallut faire sonder et ouvrir les routes. L'armée eut à lutter encore contre ces tourmentes terribles qui transportent violemment des montagnes de neige dans les vallées, et qui précipitent des avalanches de glace'du sommet des Alpes. IjSl io4* demi-brigade, après le passage des Alpes , dispersée par une de ces tempêtes dans une plaine qui présentait un chemin facile, ne put se rallier qu'au bout de deux jours. On entrait dans le mois de décembre , et toutes les rigueurs de l'hiver se déployaient avec la violence des convulsions qu'agite sans cesse , dans cette borrible saison, le chaos effrayant des Hautes-Alpes. Bonaparte était représenté à cette guerre de fritnas par la 3* demi-brigade d'Orient. Les vainqueurs d'Aboukir et d'Héliopolis , anciens compagnons d'armes de Bonaparte en Italie , allaient bientôt se reconnaître sur le théâtre de leurs premiers exploits.
Le 6 décembre, le quartier-général de Macdonald atteignit Chiavennà. I^ commença la guerre contre les hommes ; elle continua toujours contre les élé* teens. Mais le 3 , Moreau avait gagné la bataille de
Hohenlindin, et la nouvelle de cette grande victolbé) annoncée à F Angleterre par les batteries de Calais et de Boulogne , retentit aussi dans les glaciers de la Valteline et de l'Engaddin. Dix mille Autrichiens occupaient la vallée de Nos , qu'il fallait franchir pout communiquer entre celles de l'Oglio et de l'AdigCi L'attaque du mont Tonal ^ qui dominait cette vaU Iée,fut décidée par Macdonald. Il venait d'être placé sous les ordres du général en chef Brune , et ne pouvait plus agir d'une manière indépendante : toute^ fois , ayant formé le hardi projet de tourner entièrement la droite de l'armée autrichienne et de la re* jeter au-delà de l'Adige, il fit demander à Brune deux divisions de son aile gauche, afin de marcher ^ avec ce renfort, à la tête de vingt- trois mille hommes par Vicence, sur les derrières des Autrichiens. Brune refusa, et Macdonald persista dans sa résolution ^ malgré la faiblesse de son armée , réduite à sept mille hommes par la perte de huit compagnies que surprit à Scampf et à Zutz le général Bachmann , dans la nuit du 8 au 9 décembre, et par la mort d'un certain nombre de soldats ensevelis sous les neiges. Le général Brune se décida à lui envoyer deux mille hommes de la légion italique. A la tête de ces troupes réunies, Macdonald parvint à franchir toutes les sommités. Mais tant qu'il n'aura pas opéré sa Jonc* tien avec l'armée d'Italie , l'opération dont le premier Ck>nsul a conçu la pensée et semble conduire tous les mouvemens de son cabinet des Tuileries, ne sera qu'une entreprise audacieuse , sans résultat comme sans motif. Il n'en arrivera pas ainsi. Les précipices, les glaciers , les escarpemens des Alpes , sont dever
nus des routes militaires pour les bataillous firançais.
Cependant Moreau avait reçu l'ordre d'aller die* ter la paix à Vienne. Il doit vaincre les cent mille hommes de l'archiduc Jean. Ce piince a concentré ses troupes sur Saltzbourg , dont il couvre les approches avec des masses imposantes. Mais le lAy 1^ g^ néral Decaen a surpris à I^aufen le passage de la Saltza , qui est rapidement traversée par le centre et la gauche de l'armée. Le 1 5 , après le combat de Yaal, qui coûta la vie à près de deux mille Français, le général Decaen entra à Saltzbourg par la rive droite, et le général Lecourbe par la rive gauche. La prise de cette ville, ou plutôt son évacuation parles Autrichiens, ouvre aux Français la route des États héréditaires que n'a pu défendre une armée nationale de cent mille soldats , commandée par un prince impérial, dans les fortes positions et dans les places de guerre qui bordent les rives de l'Inn et de la Saltza. Moreau veut encore illustrer sa campagne par une grande bataille , et prescrit à ses lieutenans de poursuivre les Autrichiens avec autant de vigueur que de célérité. Le général Richepanse , qui conduit l'avantgarde, part de Saltzbourg, franchit avec promptitude les douze lieues qui le séparent de l'arrière-garde autrichienne , l'attaque le lendemain de grand matin, la culbute: et, après deux autres journées de combat, il atteint encore l'ennemi, qui s'est retranché à Schwanstadt. La déroute des Autrichiens est complète ; elle marque leur dernière résistance. Les affaires de Lambach,de la Traiin, continuent la marche brillante du général Richepanse. Cette ri-
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yière est passée du 10 au ao sur quatre points dif*férens par l'armée française. Cette campagne de vingt jours a enlevé à Tarmée de Tarchiduc vingtcinq mille hommes et cent vingt pièces de canon. Enfin Lintz , la porte de Vienne , tombe en notre pouvoir.
Mais pendant que Moreau volait de succès en succès y Tarmée vaincue , sur la demande même de Tarchiduc Jean, a changé de général. L'Empereur, occupé à passer, à Odenbourg, la revue de Finsurrection hongroise , Ta fait avancer sur Vienne, et a déclaré qu'il se chargeait lui-même de défendre sa capitale. L'archiduc Charles, disgracié depuis la paix de Campo-Formio , appelé tout à coup par l'inquiétude et la confiance publiques , séjournait alors à Prague, où il formait les milices de la Bohême. C'était toujours à ce prince que la cour de Vienne recourait dans ses grandes calamités. Aussi bon citoyen qu'habile capitaine , il eut ia générosité d'ac*cepter le titre de généralissime. Il dut à la peur et à la nécessité le retour de toutes les distinctions dont l'orgueil et la haine de l'Impératrice l'avaient fait dépouiller. Moins sensible toutefois à cette faveur politique qu'à l'amour et à l'estime de sa nation, il se rendit, pendant le mois de mars, à l'armée; mais il arriva à Wels , où se trouvait le quartier-général , la veille de la déroute de Schwanstadt , quand nous avions forcé la ligne de la Traiin. Il prévit dès-lors le sort de la campagne; cependant il chercha à rallier ses forces , et à leur faire prendre position sur la ligne de l'Ens , la dernière qui restât à défendre. Moreau pénétra le dessein de l'archiduc , et ne vou-