‹ Histoire de Napoléon (volume 5)Chapitre 14 sur 33 · IV. lO · texte numérisé non relu

IV. lO

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a feivqdd) aussi je n'attends rien de bon de la déce marche des maréchaux, d

Napoléon disait à Fontainebleau ce que le prince de Bénévent disait à Paris , et ce que venait de ré^ pétér fxi d'autres termes Alexandre aux plénipoten* tiaires. Napoléon jugeait mieux que personne toute sa position f et il en était d'autant plus porté à tenter encore le sort des armes , comme la seule ressource qui restât à une condition aussi désespérée. On assure qu'il avait dit au duc de Vicence : tf Pendant que tf vous négocierez à Paris ^ je leur tomberai dessus « avec mes braves. Je pars demain. » Mais avant de prendre la route d'Essonne avec le gros de l'armée, car on a Yu que la garde était déjà en mouvement sur Montlignon , l'Empereur envoya son premier of- Qcier d'ordonnance, Gourgaud, à Essonne , pour xa^ viter à dîner les maréchaux Marmont et Mortier , et le général Souhami le plus ancien divisionnaire de rarmée. Il vpulait s'entretenir avec eux des opérations qu'il projetait. ï^e colonel Gourgaud ne trouva ni le maréchal Marmont , alors parti pour Paris avec les plénipotentiaires, ni le général Souham, qui pourtant était à Essonne; mais il lui laissa l'ordre de se rendre à FoGotainebleau. L'Empereur l'attendit inutilement, et dans la nutt du 4 au 5 il lui expédia un autre officiel?. C^lui-çi ne trouva à Essonne ni Souhami ni le cprp$ d'armée , et revint en toute hâte apporter à N«ipoléq^ cette fatale nouvelle. Ainsi Fontainebleau res* tait à découvert ! L'honneur de l'armée n'était plus inj^t , et tQut espoir était perdu , jusqu'à celui qui n'avait jamais manqué , l'espoir dans les arm^s« Napoléon doute encore à» la déleetion de Marmont II

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r^bse de tsroire que son élève , son ^mf ^^ #fiÊmt, € celui y disai&'ily qui a mangé mon pain sous ma a tente^ » Tait trahi, abandonné au dernier jour, « L^ ingrat f s'écria-t-il y il sera plus malheurei^v que a moi In Cependant il ordonne au général Bdliard de faire couvrir Fontainebleau par quelques escadrons. Mais le maréchal Mortier , voisin d'ËssQnne, avait pourvu à cette pressante nécessité, du moment où il avait appris le départ du corps de Marmont. Ce malheur , tout nouveau pour Napoléon , le touchait de trop près , et son âme se sentait depuis plusietirs jours oppressée sous le poids de trop de chagrins , pour qu'il ne cédât pas enfin à l'impérieux besoin de lui donner un confident digne de sa douleur. Ce confident ne pouvait être que l'armée de Fontainebleau^ Voici comme il lui parle dans l'ordre du jour du S avril :

« L'Empereur remercie l'armée pour l'attache- «c ment qu'elle lui témoigne , et principalement parce « qu'elle reconnaît que la France est en lui, et non « dans le peuple *de sa capitale. Le soldât suit la for* « tune et l'infortune de son général , son honneur « et sa religion. Le duc de ftaguse n'a point inspiré ce ces sentimens à ses compagnons d'armes : il est « passé aux alliés. L'Empereur ne peut approuver la « condition sous laquelle il a fait cette démarche 2 il « ne peut accepter ni la vie ni la liberté de la merci « d'un sujets

ce Le Sénat s'est permis de disposer du gouverne» tf ment français. Il a oublié qu'il doit k l'Empereur tf le pouvoir dont il abuse maintenant ; que c'est lui ^ qui a sauvé une partie da ses inemJbres de l'omgé

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tf de la révolution, tiré de Tobscurité et protégé oc Tautre contre la haine de la nation. Le Sénat se « fonde sur les articles de la constitution pour la « renverser. Il ne rougit pas de faire des reproches « à FEmpereur , sans remarquer que, comme le prête mier corps de l'État , il a pris part à tous les évéce nemens. U a été si loin , qu'il a osé accuser l'Emce pereur d^avoir changé des actes dans la pubhcaoc tion. Le monde entier sait qu'il n'avait pas besoin i< de tels artifices.... Aussi long-temps que la fortune (X s'est montrée fidèle à leur souverain j ces hommes <x sont restés fidèles, et nulle plainte n'a été entendue <c sur les abus du pouvoir. Si l'Empereur avait mé- <c prisé les hommes , comme on lui a reproché , alors « le monde reconnaîtrait aujourd'hui qu'il a eu des « raisons qui motivaient son mépris. Il tenait sa diii gnité de Dieu et de la nation : eux seuls pouvaient « l'en priver. Il l'a toujours considérée comme un « fardeau , et, lorsqu'il l'accepta , c'était dans la con- (c viction que lui seul était à même de la porter di- « gnement. Aujourd'hui que la fortune s'est décidée a contre lui, la volonté de la nation seule pouvait le « persuader de rester plus long-temps sur le trône. il S'il se doit considérer comme le seul obstacle à la <c paix , il fait ce dernier sacrifice à la France. Il a en a conséquence envoyé le prince de la Moskowa , les « ducs de Vicence et de Tarente à Paris pour en- « tamer les négociations. L'armée peut être certaine « que son honneur ne sera jamais en contradiction « avec le bonheur de la France. »

Pendant que Napoléon confiait ainsi à son armée , avec une modération digne des plus grands carac-

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tères j les douloureux secrets de sa fortune actuelle , une portion de cette armée ^ soustraite le matin à son drapeau , sous l'espoir qu'elle allait se battre pour lui , répondait à Versailles aux nobles sentimens qu'il lui témoignait à Fontainebleau. Voici quelle avait été la destinée du corps de Marmont : depuis deux jours , dans l'armée de Napoléon , on ne parlait que d'une attaque sur Paris; le mouvement opéré la veille par la garde avait de nouveau confirmé ce bruit. Placé au premier poste, le corps de Marmont attendait avec impatience le signal de s'ébranler à son tour. Le 5 y à la pointe du jour, le général Souham met le corps en mouvement ; et à peine avait-il franchi le rayon de cantonnement , il se voit entouré par des régimens de cavalerie étrangère qui précèdent , qui flanquent et qui ferment sa marche au travers de toutes les troupes ennemies en armes sur sa route. A l'aspect des cavaliers bavarois , qui l'abordèrent au sortir du territoire d?Essonne , les officiers et les soldats, partis avec joie, parce qu'ils croyaient aller attaquer le flanc droit de l'ennemi, reconnurent qu'on les avait livrés. Alors des murmures sinistres parcoururent les rangs, et de menaçantes clameurs révélèrent aux généraux Souham et Bordesoult l'énergie des sentimens qui soulevaient contre eux tous les esprits. Néanmoins le corps du maréchal Marmont , traîné comme un vil prisonnier, dut défiler ainsi sous les fourches caudines de la trahison , et, quoique plein d'une vigoureuse indignation, promener l'infamie d'un déserteur à la vue des soldats de toutes les nations , qu'il avait cru aller combattre. Enfin , à Versailles, où ses braves furent débarrassés de leurs gar-

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dlenSy l*etpIosioh éclata^ et ih se doulèvèfent spon* tatiémétit contre les che& qui les avaient arrachés à\i comtnandemeht de Napoléon. Ces généraux n'eurent que le temps de se soustraire à la fureur cotn- Riune^ au milieu des coups de fusil. Les soldats se râisseuiblèreht vers l'Orangerie avec le dessein de retourner à Napoléon, et de venger son injure et leur honneur; ils voulaient reprendre le chemin d'Essonne, et passer en plein jour sur le ventre des étrangers , auxquels on les avait lâchement livrés pendant la nuit.

On a vu plus haut toutes les protestations et toutes les ihfidéîités de Marmont ; on a vu qu'il avait juré de ne pas se séparer du reste de l'armée, et promis de ramener lui-même à Essonne le sixième corps qu'il feignait de croire enlevé par les généraux sous ses ordres , qui n'avaient fait que lui obéir ; mais outré l'impossibilité de tenir cette promesse , il pensait si peu à l'exécuter , qu'au lieu d'aller risquer lui-même de revoir ses troupes déjà rendues à Versailles, et Condamnées à ne pouvoir plus rejoindre Napoléon $ il leur adressa au contraire , une proclamation où on lisait : « Vous êtes les soldats de la patrie ; ainsi c'est u l'opinion publique que vous devez suivre ^ et c'est « elle qui m'a ordonné de Vous arracher à des dangers ft désormais inutiles , pour conserver votre sang que « Vous saurez répandre encore lorsque la voix de la « patrie et l'intérêt public réclameront vos efforts. « De bons cantonnement et mes soins paternels Vous û feront oublier bientôt ^ j'espère , jusqu'aux fatigua ce que VOUS avez éprouvées. »

Lé même jdur , à trois heures après midi , te g4-

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néral qui commandait à Corbeil la division de résel've disait dans sa proclamation : ce ... Là nuit deN « nîère de^ corps entiers ont quitté leurs positions, et J^avais Tordre d'occuper Corbeil : aucun ordre cotise traire ne m'a été donné; je suis donc resté fidèle tt avec Vous à mon poste. Les brâres ne désertent « jamais; ils doivent mourir à leur poste... » On irisera cette pièce après celle de Marmont, datls te Moniteur du 7 avril. Le rajîproclietaetlt ii'étâît pâs heureux pour la proclamation du maréchal. A la lecture de celle-ci , ses of&ciers arrachèrent leurs épaulettes , brisèrent leurs épées } les soldats jetèrent leurs armes, et, se trouvant sans chef pour retourner à Essonne , ils durent subir la loi de k nécessité , et se laissèrent conduire à Mantes.

Je ne saurais comprendre pourquoi, au premier aveu de Marmont de sa convention âvee Schwârtzemberg, l'un des plénipotentiaires ne partit pas sur-le-champ , ou comment on n'expédia pas au tnoins Uh secrétaire poUr en instruire l'Empereur à Fontainebleau. On ne pouvait douter cependant que , si cette convention avait lieu, la négociation he fût perdue, comme cela arriva en effet. Je dirai plus t un ancien serment et des devoirs plus sacrés que jamais , obli* geaient chacun de ses plénipotentiaires à la déclara* tion d'une vérité si importante pour l'EmpereUrj tout leur prescrivait de s'arrêter à Essonne et de de* mander de nouveaux ordres.

Ainsi, par le départ du 6® corps, Fontainebleau n'est plus une position militaire et Napoléon se trouve à la discrétion des alliés. Il lui reste à peine quarante mille hommes pour livrer la bataille du dé-

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sespoir, si i*edoutée encore des souverains et du gour vemement provisoire. Le vainqueur d'Austerlitz , d'Iéna, de Tiisitt^ de Wagram, devra subir toute la condition dun triomphe des temps barbares, et prononcer la déchéance de son fils! Tel est le résultat du crime de Marmont, à qui est dû l'ultimatum d'Alexandre dans la soirée du 6 avril! Congédiés d'une manière aussi rigoureuse par l'empereur Alexandre , les plénipotentiaires français arrivèrent le soir à Fontainebleau. Après le compte rendu de leur mission, ils se retirèrent, et l'Empereur, dans le dessein de sonder les dispositions de ses maréchaux sur les projets militaires qu'il pouvait avoir conçus, fit appeler le prince de la Moskowa. Ce qui se passa dans cette entrevue a échappé à l'investigation historique.

Le 6 avril vit sortir du gouvernement provisoire , décréter par le Sénat après quelques changemens, imprimer, proclamer et insérer au Bulletin des Lois, la nouvelle constitution française. Cet acte appelait librement au trône Louis-Stanislas-Xaifier de France, et après lui les membres de sa famille. Mais la constitution des^ait être soumise à Inacceptation du peuple français y et Louis ne datait être proclamé Roi des Français, qu aussitôt qu il aurait accepté la constitution et juré de Vobsen^er et de la faire obsen^er. Cette disposition , à elle seule , établissait le contrat entre la nation et le Roi; c'était précisément ce qui devait faire rejeter par les conseils du Roi l'acte du Sénat. L'abbé de Montesquiou engageait alors le Roi à faire une simple déclaration. On ne parlerait au public ni du Sénat ni de la comtitution , et il ne serait redevable

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quà S. M, de ce que le Sénat prétend lui donner à un prix si dégoûtant. Mais de son côté le Sénat , par sa maladresse à stipuler ses intérêts privés qu'il fallait régler dans un traité secret et particulier, pour ne montrer au public que la constance à soutenir les intérêts généraux , perdit une admirable occasion de mettre à jamais les droits de la France à couvert, et de donner ce qu'il se réduisait à recevoir. A la vérité ce corps était dominé par une minorité dévouée à M. de Talleyrand , alors vice-grand-électeur, et au gouvernement provisoire , où il ne siégeait pas un homme d'un grand caractère et capable de conduire dignement la négociation entamée avec le prince auquel on pouvait rendre la couronne à des conditions également honorables et utiles pour la nation et pour la royauté. Les alliés eux-mêmes , et surtout Alexandre qu'une raison habile rejetait alors du côté des principes littéraux comme le seul moyen de faire prendre le change à l'enthousiasme militaire de la France, auraient vu avec plaisir le prince enchaîné par un traité qui , en le défendant contre les préjugés et l'entrainement de ses anciens amis , tous opposés au besoins de l'époque, aurait encore délivré l'Europe de la crainte d'une révolution nouvelle.

Le 7 avril , Napoléon se leva plus guerrier que de coutume; il en avait fini avec la politique. Déjà familiarisé à l'idée d'être un souverain sans empire , il ne pouvait encore supporter l'idée d'être un général sans armée. Il ordonna la revue du deuxièue et du septième corps. Le maréchal Oudinot reçut cet ordre avec une surprise qui frappa Napoléon : ce n'était pas la première fois qu'il avait remarqué plus que de

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