HIST5IM
la lasâitude de la part des ohe& de l'armée. La revue eut lieu y et les vives acclamations des soldats prouvèrent à l'Empereur la fidélité de leurs sentimens qui recevaient alors de son infortune une expression plus énergique. Les chefs de l'armée étaient devenus des hommes de palais; les soldats étaient demeurés les hommes de la tente : ceuxrci restaient toujours dévoués au grand capitaine qui venait de les illustrer dans la postérité la plus reculée , par la plus belle campagne de sa vie ; ceuxJà savaient que l'Empereur avait abdiqué. On prétend que Napoléon , vivement ému de l'enthousiasme des troupes^ qui effectivement n'étaient plus les siennes , dit au duc de Reggio : « Maréchal, puis-je compter sur votre corps alarmée? — Non, Sire; Votre Majesté a abdiqué* — Oui , mais sous condition, — // est vrai. Sire, mais le soldat ne connaît pas les restrictions. — Eh bien! mar'échal, attendons les nouvelles de Paris. » •
Après la revue , l'Empereur fut reconduit dans ses appartemens par les maréchaux Berthier , Ney , Lefebvre , Oudinot , Macdonald , par les ducs de Bassano et de Vicence, et le général Bertrand, grand-maréchal du palais. Napoléon engagea tout à coup avec une entière liberté d'esprit la conversation sur Içs affaires , faiblement sur sa position personnelle , mais fortement sur celle de la France et de l'armée, et traita la haute question de ces grands intérêts, comme s'il n'eût été qu'un citoyen et un militaire. Le développement qu'il donna à ses idées le ramena naturellement à celles d'une juste défense, et il se complut à mettre en balance les chances de la guerre avec l'ignominie d'une paix qu'il disait mortelle pour la
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France. Il savait bien que quatre armées resserraient chaque jour davantage le camp de Fontainebleau ; qu'une armée russe se trouvait entre Essonne et Paris ^ une autre entre Montereau et Melun ; que des corps nombreux étaient en marche par les routes de Chartres et d'Orléans , tandis que d'autres troupes accouraient par celles de la Bourgogne et de la Champagne , et tenaient le pays entre lYonne et la Loire. « Mais d'un autre côté, disait-il, les alliés seront forcés c( de se battre, ayant Paris à dos. L'immense populace tion de la capitale entendra notre canon. La garde « nationale, le peuple des faubourgs, en partie com- « posés de vétérans de la vieille gloire républicaine a et de celle de l'empire , voudront partager les pé* a rils de l'armée et feront trembler l'ennemi. » Aucun des avantages d'une telle position n'échappe à Napoléon ; il compte aussi sur l'armée du maréchal Soult sous Toulouse ^ sur celle du maréchal Suchet qui est à Narbonne et qui doit se réunir à celle de Soult ; sur celle du maréchal Augereau dans les Cévennes , sur celle encore du prince Eugène, et sur celle du général Maison dans la Flandre ; enfin sur les nombreuses garnisons de nos places frontières. Pourquoi, forçant les lignes ennemies , comme il l'a fait tant de fois avec les braves éprouvés qui lui restent^ n'iraitil pas chercher les armées du Midi quand il reste
à combattre derrière la Loire? Napoléon est d'avii qu'il faut y marcher sans délai.
On oppose à ce projet de l'Empereur les forces immenses qui occupent toutes les avenues de Fontainebleau, les distances qui séparent de l'armée les armées du Midi, le blocus qui interrompt toutes les
communications et jusqu'au passage des courriers. <c Une route fermée pour des courriers, répond ce Napoléon , s'ouvre bientôt devant cinquante a mille hommes.» Alors on lui parle des maux .de la France menacée tout à coup des horreurs d'une guerre civile dont il serait et l'auteur et l'objet. Ce mot de guerre civile a sur lui la puissance d'iln talisman y et sa résolution , qu'il a nourrie sans doute pendant la veillée d'une longue nuit, s'évanouit à l'instant. Le citoyen l'emporte : mais le guerrier devait reparaître. « Et bien ! dit-il avec force, puisqu'il « me faut renoncer à défendre plus long-temps la « France , l'Italie n'est-elle pas une retraite digne de tf moi? Veut-on m'y suivre encore une fois? Marte chons vers les Alpes ! » Ce cri aurait entraîné l'armée , encore toute bouillante de courage et pleine d'enthousiasme ; il frappa vainement stir les cœurs émoussés des grands dignitaires affamés de repos. Napoléon termina ce qu'on appela alors la conférence des maréchaux y par leur déclarer qu'il se décidait à signer l'abdication absolue. Toutefois, il ajouta que cette détermination ne devait nullement contrarier les opérations militaires qu'il pouvait avoir projetées, ce qui n'est pas probable. Les conférences avec ses plénipotentiaires furent reprises trois fois pendant cette journée; Napoléon y discuta vivement la forme de l'abdication absolue , et enfin l'acte en fut ainsi rédigé :
« Les puissances alliées ayant proclamé que l'em- « pereur Napoléon était le seul obstacle au rétablis- « sèment de la paix en Europe , l'empereur Napo-
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a léon, fidèle à son serment, déclare qu'il renonce, « pour lui et ses héritiers , aux couronnes de France a et d'Italie, et qu'il n'est aucun sacrifice personnel, a même celui de la vie , qu'il ne soit prêt à faire à a Fintérêt de la France.
<c Fontainebleau , le ii avril 1814. »
Les plénipotentiaires , partis pour Paris , arrivèrent chez l'empereur Alexandre à deux heures du matin, ce jàpportez-'ifous V abdication ? » leur dit le prince en les voyant entrer. Le duc de Vicence lui fit la lecture de l'acte; l'empereur en exigea à l'instant une copie , afin de rassurer dans la même nuit le gouvernement provisoire, dont le fantôme de Napoléon armé troublait encore le sommeil.
Indépendamment de la négociation relative à l'abdication absolue, au choix d'une principauté pour Napoléon, et aux arrangemens relatifs à la famille impériale , les plénipotentiaires français devaient en outre traiter d'un armistice , afin de mettre lui terme aux agitations de l'armée et aux inquiétudes de la France envahie.
La publicité que l'on s'empressa de donner à cet armistice manqua son effet par rapport au soldat , qui persista noblement jusqu'à la fin à ne pas se croire étranger au sort de son général. Le soldat n'avait rien entendu à la déchéance , ni à l'abolition de son serment de fidélité ; il ne comprenait pas davantage l'intérêt d'un armistice , quand il n'attendait encore qu'un signe de Napoléon pour recommencer la guerre : mais on pensait autrement dans les rangs les plus élevés de l'armée. Les principaux Heutenans de
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rEmpereur désertaient son drapeau comme son palais ; et Fontainebleau ^ jadis peuplé d'une cour de princes et de rois heureux de trouver place au milieu de la foule des compagnons d'armes de rEmpereur, devenait d'heure en heure un désert. Berthier luimême avait offert l'un des premiers l'exemple d un si lâche abandon; la veille il avait pris la route de Paris, où il s'était fait précéder par l'acte de son adhésion au gouvernement provisoire. ^11 ne /^eçiendra point ^r^ dit froidement Napoléon en le voyant partir. Cependant il y avait des héros à côté des ingrats qui se montraient si impatiens de s'éloigner d'un grand homme aux prises avec l'adversité.
J'ai dit que 9 dans une conversation entre le duc de Vicence et l'empereur Alexandre, ce souverain , en parlant du séjour futur de Napoléon , avait insisté pour l'île d'Elbe. Les plénipotentiaires se prévalurent adroitement de cette première ouverture comme d'un engagement, pour obtenir que l'ile d'Elbe fut accordée à Napoléon comme souveraineté indépendante. Heureusement cet engagement avait précédé la défection de Marmont; car déjà les alliés, éveillés par les agens de la restauration sur les dangers d'un tel voisinage pour la France, ne voulaient plus donner l'ile d'Elbe : en effet cet île était un port sur la France.
Cependant , tandis que Napoléon trahi , mais non pas vaincu, traitait encore en souverain, le marédial Soult, a{)rès la bataille d'Orthez, livrée ie a 7 février , et suivie de la glorieuse retraite de sa petite armée, en présence des forces considérables des Anglais , était arrivé le 24 i«ars dans la ville de Tou-
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louse^ et^ en quinze jours 9 avait fait un vaste camp retranché de la capitale du Languedoc. Quinze jours aussi avaient paru nécessaires à Wellington pour oser attaquer les trente mille Français de Soult avec ses quatre»vingt mille vieux soldats. Le i o avril y à six heures du matin 9 l'action s'était engagée autour de l'immense enceinte fortifiée par le maréchal sous les yeux de son ennemi. Wellington fut d'abord repoussé sur tous les points. De leur côté^ les Espagnols et les Portugais 9 culbutés et forcés à prendre la fuite , ne parvinrent qu'avec peine à se rallier sous la protection de la cavalerie anglaise. Beresford^ que Wellington avait rappelé de Bordeaux, ayant reçu Tordre de s'emparer des retranchemens du Calvinet , jugea, après la déroute des Espagnols , plus prudent de tourner la position que de l'assaillir de front. Le duc de Dalmatie avait fait les plus habiles dispositions pour empêcher le général Beresford d'accomplir son projet, et même pour le séparer du reste de l'armée anglo-espagnole. Malheureusement les manœuvres que le maréchal ordonna furent mal exécutées : le trouble et la confusion se mirent dans nos rangs, et laissèrent à l'ennemi le loisir d'attaquer le premier. Les Français se virent obligés de plier. Bientôt le combat se ranima avec une nouvelle fureur 5 nos soldats s'efforcèrent de reprendre Tavantage ; mais que pouvaient l'audace et le eourage le plus intrépide contre cette masse d'assaillans? Il fallut céder au nombre ^ et les Anglais se rendirent maîtres du Calvinet. La nuit seule avait terminé la bataille, où une seule redoute, un seul canon, tombèrent au pouvoir de& Anglais, où un seul moment d'hésitation causée
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par la mort d'un général qui s égara avec sa colonne , empêcha les Français d'être victorieux. Le maréchal perdit trois mille six cents hommes tués ou blessés y Wellington dix-huit mille. Le lendemain^ trompant encore la vigilance de Wellington , à qui la nécessité le force d'abandonner Toulouse, Soult s'est remis en marche par le département de l'Aude , pour conduire à Napoléon une de ses plus braves armées. Il ne sait pas que la bataille de Toulouse a été dérobée à un armistice ; le 1 2 , il l'apprend dans sa route par Wellington , qui lui envoie la copie de la convention conclue à Paris pour la suspension d'armes. Ainsi l'héroïque résistance de notre armée n'a été qu'un sacrifice inutile à la France?
Pendant la négociation de Paris, Napoléon, toujours poursuivi par le chagrin d'avoir donné sa dernière abdication , fit écrire et écrivit lui-même au duc de Vicence pour la lui demander. Ce ministre répondit que l'acte d'abdication étant la base de la négociation, il ne pouvait se rendre responsable des graves inconvéniens qui résulteraient, pour les intérêts de Sa Majesté, du parti de manquer aux engagemens qu'elle avait pris. « A quoi bon ce traité , disait a l^Empereur, puisqu'on ne veut pas régler avec moi ce a qui concerne les intérêts de la France? Du moment (( qu'il ne s'agit plus que de ma personne , il n'y a plus a de traité à faire. Je suis vaincu : je cède au sort des a armes. Seulement je demande à n'être pas prison- (c nier de guerre, et pour me l'accorder un simple « cartel doit suffire; d'ailleurs il ne faut pas une ic grande place pour enterrer un soldat. »
Dans le moment où l'on publiait à Paris l'acte
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d'abdication absolue et l'adhésion de Tannée à la restauration , on annonçait aussi l'arrivée de Monsieur , frère du Roi. Le lendemain , ce prince devait faire son entrée solennelle. Napoléon n'ignorait aucune de ces circonstances , ni aucun de ses nouveaux périls : mais, inflexible dans sa volonté comme au temps de ses prospérités, n'ayant plus qu'elle pour appui, ne reconnaissant plus qu'elle pour destinée, il persista toute la journée du la avril à ne point ratifier le traité signé la veille à Paris avec toutes les puissances. L'abdication avait été remise au gouvernement provisoire en échange de son acceptation du traité. Rien ne semblait presser Napoléon de se décider; intérieurement dominé par un autre sentiment, il paraissait également indifférent au refus et à l'acceptation des ratifications. Dans cette même journée il avait discuté froidement , et pendant plusieurs heures , avec le duc de Rassano , la question du suicide , et quoiqu'il eût fini parla résoudre négativement, l'impression avait parut tellement forte , qu'on s'étudia à écarter tous les moyens qui auraient pu favoriser une tentative funeste.
Napoléon se trouvait dans cette disposition mo-. raie , quand les ducs de Tarente et de Vicence arrivèrent à Fontainebleau et lui remirent le traité. Un plénipotentiaire russe y vint aussi pour l'échange des ratifications. La secrétairerie d'État travaillait aux expéditions; elle y employa toute la nuit. Le plénipotentiaire russe se présenta avec de nouvelles difficultés qui blessaient l'honneur de Napoléon. Les prétentions qu'il mit en avant pour avoir un ordre de l'Empereur relatif à la remise des places fortes