IV. II
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ait* dlliéây indignèrent Napoléon, et des discussions assez vives eurent lieu chez le prince de Neuchâtel. L'Empereur Infusa la demande incidentelle de l'enrtemi j puisqu'on n'avait pas voulu traiter avec lui pour la France , il était au moins étrange de vouloir lui faire donner l'ordi'e d'en livrer les forteresses. Napoléon passa Une partie de la soirée avec le duc de Vicence , et se retira à onze heures.
On ignora alors, mais on a su depuis, que Napoléon avait constamment porté sur lui, pendant la retraite de Moskou , un poison inventé par Cabanis pour soustraire ses amis aux supplices de la terreur. Devenu prisonnier d'Alexandre, il se souvint de ce poison; la vigueur seule de sa constitution la fit triompher après une longue agonie. « La mort ne veut pa^ de moiyyi dit-il alors. Cependant la crise avait été si violente, qu'il lui fut impossible de se lever avant onze heures pour expédier le maréchal Macdonald. Son visage était renversé, ses yeux enfoncés dans leurs orbites , son teint livide , ses membres brisés. Enfin , son ame reprît tout à coup toute sa supériorité sur ses infortunes. Vainement il a cherché à mourir ; l'événement vient de tromper sa dernière Volonté : n'en ayant plus à remplir vis-à-vis de lui-même ni à opposer à la destinée , il signa les ratifications, et congédia ensuite le maréchal Macdonald, après lui avoir offert un sabre pour reconnaître s? fidélité : «/? regrette y lui dit-il, de n avoir plus à vous donner d'aut/vs témoignages de mon estime^ » En effet , pendant toute la négociation , Napoléon se plaisait à nommer le maréchal un homme d^honneur.
Par le traité signé le ï i à Paris et le 1 3 à Fontai-
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nebleau , l'empereur Napoléon , l'Impératrice et tous les membres de la famille impériale, conservent leurs titres et leurs qualités. L'île d'Elbe lui est accordée en toute souveraineté, avec deux millions de revenus, dont un réversible à l'Impératrice , et à la charge de la France. On donne en toute propriété à l'Impératrice les duchés de Parme, Plaisance et Guastalla; ces duchés passeront à son fils, qui en prendra le titre. Le traité affecte en outre deux millions cinq cent mille francs de revenu, comme propriété et trans-* missibles à leurs héritiers , aux membres de la famille impériale , indépendamment de leur fortune particu* lière ; il assigne un million pour le traitement de l'impératrice Joséphine , et un établissement convenable est assuré hors de la France au prince vice-roi. Sur les fonds que l'Empereur abandonne à la couronne, un capital de deux millions est réservé pour des gratifications aux généraux de sa gardé , à ses aides-decamp , à sa maison. L'article 1 3 porte « que les obli- <c gâtions du Monte - Napoléone de Milan , env<M« « tous les créanciers de Napoléon, soit français, soit « étrangers , seront exactement remplies. » ( C'était la seule condition que Napoléon avait mise à Vabdi^ cation du trône d'Italie; elle napas été remplie.^ Uar^
ticle 1 7 porte : a S. M. l'empereur Napoléon pourra a emmener avec lui et conserver pour sa garde quatre
« cents hommes de bonne volonté y^
La publication de l'armistice et de l'ordre d'adhé* sion au gouvernement provisoire arrêta tout à coup dans le Nord les succès miraculeux du général Mai* son , qui , avec ses douze mille hommes , tenant tête à soixante mille homme de l'armée de son ancien gé-
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néral j le prince royal de Suède , était rappelé en libérateur par les peuples de la Belgique. Le maréchal Soulty tant en son nom qu'au nom du maréchal Suchet dut aussi conclure un armistice avec lord Wellington. Le général Decaen l'avait signé pour son armée de la Gironde avec lord Dalhousie ; et le maréchal Augereau , ayant conclu le sien avec le prince de Hesse- Hombourg, adressa à son armée une allocution dans laquelle il osait dire que Napoléon riiwaitpas su mourir en soldat; lui qui , par sa désobéissance aux ordres du i6 mars, avait livré Lyon le 21 aux Autrichiens! L'abdication et l'armistice passèrent les Alpes, et vinrent avertir le vice-roi qu'il n'y avait plus pour lui ni drapeau français ni drapeau italien. L'évacuation de l'Italie lut convenue entre ce prince et le maréchal de Bellegarde , par des commissaires. Les adieux de l'armée française à la belle Italie durent retentir jusqu'au cœur de Napoléon. Il ne lui restait donc plus que l'écho d'une grandeur déjà tout ensevelie. Napoléon survivant à l'empire français et à lui-même n'est plus qu'un banni à qui ses juges , avec dédain y ont abandonné un vain titre... Le i5, l'empereur d'Autriche revient pour s'entendre féliciter parle Sénat d'avoir détrôné son gendre; le 16, il enlève à Napoléon son* fils et sa femme : l'un et l'autre partirent pour Vienne par les ordres de François H; les mémoires sont* restés silencieux jusqu'à présent sur la résistance que Marie-Louise pouvait opposer aux violences d'un père. Une autre princesse , moins élevée dans la hiérarchie des souverains , la fille du roi de Wurtemberg, qui avait lui-même sollicité pour elle et malgré elle la main de Jérôme sous la toute-
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puissante influence du traité de Tilsitt , sut résister avec courage et respect à une volonté tout aussi impérieuse , tout aussi sacrée , et remplir ses devoirs d'épouse et de mère.
Le 19 avril, veille du jour où Napoléon devait quitter Fontainebleau , le général Montholon arriva de Moulins. Admis dans le cabinet de l'Empereur , ce général lui proposa de se rendre soit à Roanne , soit à Moulins , où il serait reçu par un corps de dix mille hommes. Il assura qu'en prenant la route des montagnes , Napoléon pourrait rallier les corpS d'armée des maréchaux Soult , Augerau , Suchet , et se trouver à la tête de cent mille hommes. «Il n'est plus temps, a lui dit Napoléon, j'ai abdiqué, tout est fini; je ne ce veux point avoir à me reprocher la guerre civile; « mais je n oublierai jamais ce que vous êtes venu ce me proposer : jamais y entendez-vous ^ jamuis \ y^ La réponse était généreuse de la part d'un prince si indignement outragé dans les liens les plus sacrés de la nature, et qui avait jugé d'un coup d'oéil les moyens qu'on lui présentait, et la certitude de la réunion des armées qu'il pouvait aller chercher.
Enfin, le 20 avril, Napoléon va se séparer de sa fidèle armée, desa garde!... Sa garde! elle est rangée dans les cours du palais pour recevoir ses adieux. Ses vieux soldats , noircis par tous les climats , cicatrisés par la guerre, flétris par la douleur, ne lèvent point les yeux vers l'astre qui les guidait à la victoire ; cet astre est à son déclin : ils suivent sa triste fortune ; ils tiennent leurs regards baissés , il les fixent sur la terre que leur général va quitter... En traversant les rangs de ses braves , Napoléon revoit toute sa gloire :
fl reconuait tous ses exploits. Cette phalange immor- Jelle compte toujours quelques grenadiers d'Arcole, ii'Aboukir, de Marengo; les autres datent d'Austerlitz, d'Iéna , de Friedland , de Madrid , de Wagram , de IVIoskou, même de Lutzen, de Bautzen, de Wurschen 9 de Dresde , de Hanau... Tout à l'heure encore ils se sont vu décimer au sein de la France dans vingt combats où ils ont toujours vaincu... En contemplant ces témoins ^ ces auteurs de tant de travaux fameux déjà si loin de lui ^ il était permis à Napoléon de céder à une impression que les plus inébranlables caractères auraient eu peine à surmonter ; mais , puisant des forces nouvelles dans la grandeur même des sacrifices qu'il venait de consommer par la signature du traité ^ après avoir embrassé ses amis , il avait descendu les degrés du palais avec autant d'assurance que «'il eut monté les marches du trône; puis, jetant un regard tout à la fois calme et attendri sur ses vieux guerriers , il leur dit d'une voix ferme comme son ame :
<c Je vous fais mes adieux. Depuis vingt ans que 4c nous sommes ensemble , je suis content de vous, «c Je voiis ai toujours trouvés au chemin de la gloire. « Toutes les puissances de l'Europe se sont armées « contre moi, quelques-uns de mes généraux ont €c trahi leur devoir et la France, elle-même a voulu « d'autres destinées. Avec vous et les braves qui me « sont restés fidèles, j'aurais pu entretenir la guerre tf civile; mais la France eût été malheureuse. Soyefc « fidèle à votre nouveau Roi; soyez soumis à vos « nouveaux chefs , et n'abandonnez point notre
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Bretagne qui rendait la France à JLouU XV itine , qui proscrivait Kapoléon., se plai^il
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fi chère patrie. Ne plaignez pas w^pn sprlt ; jp §ef?ai » heureux lorsque je saurai que vous Vêu^ vous- » mêmes. J'aurais pu mourir; si j'ai conseuti à surit vivre , c'est pour servir encore à votre gloire : a j'écrirai les grandes choses que no^s avons feites. ce Je ne puis vous embrasser tous, m^i? j'embrase a votre général : venez, général Petit, que jp vous tf presse sur mon cœur ! Qu'on m'apporte l'aigle , que a je l'embrasse aussi! Ah! chère aigle, puisse le baisej* 4c que je te donne retentir dans la postérité! Adieu, t< mes enfans; mes yœux vous accompagneroj)}; toute jours; gardez mon souvenir! »
Cette çcène n^émorable «ut quelque chose de dé«- * chirantpar l'émotion qui, ppur la première fois, attendrit devant ses compagnons d'arines le visage de lïapolépn. Il pleurait; ils pleurèrent aussi; c^ftjB douleur commune des premiers soldats et du pr^mier p«ipitaine de l'Europe fot sublime*
Napoléon monta en voiture avec le général Bertrand ; une &ible escorte le suivit, lie mêv^e jour où Napoléon quittait Fontainebleau en exilé, Louis XYIII feisait comme roi de France une entrée solennelle dans la ville de Londres. Félicité à son Arrivée au palais par le prince régent^ le Roi avaiç répond^ à ce prince : « ... C'est giux conseils df V^ A, jR.., ^ ce u glorieux pays et à la cong^uce de ses habitons que a j'attribuerai toujours, après la. divine Providenc^e, « le rétablissement de notre Maison sur le trône de tf ses ancêtres... » Et, en effet, c'était bien la Grande- Bretagne qui rendait la France à Louis X VIII ; la fortune , qui proscrivait Napplépn , se plgi^ait à kmvnir à
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l'histoire cet étrange rapprochement ou cet étrange contraste^ le ao avril i8i4- Rien ne manquait plus à la catastrophe qui précipitait du trône le capitaine du siècle , investi de tous les titres dont peut être décorée une fortune humaine ; celui que l'armée avait appelé son héros ^ la France son libérateur ^ le Sénat Napoléonde^Grand ; celui qui était pour l'Europe l'homme de la destinée, le distributeur des couronnes et le souverain des rois ; en qui le clergé français célébrait Verwoyé du Très^Haut , et que le pape avait nommé tant de fois, Y Oint du Seigneur,
Partout sur son passage, Napoléon fut accueiUi aux cris de vii^e l'Empereur! Nulle part les témoignages d'amour et de regrets n'éclatèrent plus vivement qu'à Lyon; mais le maréchal Augereau eut l'audace et la bassesse d'insulter au malheur d'un grand homme qu'il avait trahi, et de couronner par cette infamie le crime d'une défection qui méritait la mort. Le reste du voyage ne fut pas exempt de dangers ; ils augmentèrent à mesure qu'on avançait vers les provinces méridionales. Napoléon n'entra pas dans Avignon , ou douze mille forcenés manifestaient des intentions féroces. A Orgon, la fureur était encore plus violente contre lui : des misérables, rassemblés pour fêter les généraux autrichiens, voulurent le massacrer. Il courut d'autres risques très graves , et peut-être le vainqueur généreux qui avait rendu des trônes aux rois vaincus, et relevé des empires abattus à ses pieds , fut-il réduit à se mettre sous la protection de l'étranger , pour ne pas tomber victime de brigands apostés par des conspirateurs bien plus coupables et bien plus odieux que leurs barbaiH?s in-
strumens. Le voile à moitié déchiré sur la mission confiée à Maubreuil ; d'autres découvertes que l'histoire a déjà enregistrées pour l'avenir; la même direction donnée aux fanatiques qui depuis ont assassiné le général Ramel ainsi que le maréchal Brune et ensanglanté les départemens de l'Hérault et du Gard, placent sous le poids d'une terrible responsabilité les auteurs du complot contre les jours du prince avec lequel les princes de l'Europe , soit respect ou crainte, venaient encore de traiter de souverain à souverain. Napoléon échappa aux émeutes semées sous ses pas, et s'embarqua enfin au port de Saint-Rapheau : quatorze ans auparavant , cette même contrée l'avait vu arriver d'Egypte pour aller prendre les rênes d'un empire. Une frégate anglaise se chargea de transporter le maître du continent dans l'étroite domination que la fortune lui laissait.
Le 3 mai , à six heures du soir , l'Empereur entra à Porto-Ferrajo ; il y fut reçu par le général Duhesme, commandant français : «Général, lui dit-il, j'ai sacri- « fié mes droits aux intérêts de ma patrie, et je me « suis réservé la propriété et la souveraineté de l'île ^( d'Elbe. Faites connaître aux habitans le chois: que « j'ai fait de leur île pour mon séjour. Dites-leur qu'ils « seront toujours pour moi l'objet de mon intérêt le a plus vif. » Le maire de Porto-Ferrajo remit à Napoléon les clefs de la ville ; la mairie devint le palais ; un Te Deum , où assista l'Empereur fut chanté dans la cathédrale : ainsi se termina l'inauguration de cette souveraineté si restreinte. L'exercice de son gouverjjH nement ne fut pour Napoléon qu'une administration de famille pendant les dix mois qu'il régna sur les
Elbois. U éteQdit le travail des mines y fit des plantations f des constructions , répandit des bienfaits. Sa mère, sa sœur, la princesse Pauline Borghèse, quittèrent leurs palais de Rome, leurs jardins enchantés, pour venir adoucir sur les rochers de File d'Elbe l'exil d'un fils et d'un frère constamment chéri d'elles; tendres soins, dévouement touchant, où l'histoire se repose de son austère devoir.
Toutefois l'île qui renferme Napoléon n'est pour lui qu'un observatoire d'où il voit, d'où il croit entendre la France. Il errait sur ses sommets comme un aigle égaré qui plonge ses regards perçans à travers l'immensité, pour y chercher sa route vers l'aire paternelle.
FIN PU UVM SEIZIÈHE.