‹ Histoire de Napoléon (volume 5)Chapitre 17 sur 33 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

viMk^qtJMwar di vapolkoh av golvb juak.-^soh aàmtéi a GRiirofti.1,

A LTOV, A rOHTAXHXBIAAV. •— DÉCLARATION Dl yHjriTK. DKPAAT Dl I.A

FAMILLS ROTALX.

APOLEON n était tombé tout entier poyr personne, encore moins pour lui-même. La France et lui s'occupaient de leur commun voisinage, mais silencieusement, car aucune communication, aucune intelligence n'avait établi entre eux la moindre relation directe. Les voyageurs étrangers faisaient seuls cette contrebande d'un intérêt si naturel, et leurs rapports étaient reçus avec une égale avidité par les Français de la grande patrie et par ceux de l'île d'£lbe. Il suffisait à Napoléon de la supériorité de son jugement pour apprécier la vérité dans les récits qui lui parvenaient, et pour estimer la position de la France vis-à-vis de son gouvernement : elle avait été blessée dans tous ses souvenirs, menacée dans ses droits, troublée dans ses jouissances, châtiée dans ses institutions les plus chères ; chez elle, c'était elle

174 HISTOIILE

qui était devenue étrangère : les généraux, les administrateurs , éconduits , l'avaient laissée bientôt sans protecteurs et sans guides, sous des princes tout nouveaux pour elle, entourés de vieux généraux inconnus, d'une vieille noblesse pleine de jactance, et d^un clergé persécuteur. L'armée, humiliée par d'insolens mépris , avait vu décimer le corps de ses officiers par un ministre et ce ministre était l'accusé de Baylen! Trois mille vétérans , mutilés dans les guerres de la république et de l'empire, allaient, en mendiant, porter à leurs villages les nouvelles du changement de système ; chassés de l'hôtel des Invalides , ils avaient été tous remplacés par des Vendéens et des Chouans! Dès le dernier mois de iSi/iy Napoléon dut se sentir entraîné vers la France par le mécontentement qu'elle éprouvait. Cependant ce ne fut pas de la nation qil^it reçut l'inspiration de rompre son exil et de concevoir l'audacieux projet d'ajouter à l'histoire de la conquête de l'Europe celle de la conquête de la France. Si des officiers, dont plusieurs de l'ancienne garde, avaient formé une conspiration afin de changer l'état des choses, cette conspiration,'dans laquelle trempait Fouché, n'avait pas la restauration de Napoléon pour objet. L'idée de revenir en France, qui tout à coup prit sur Napoléon la force d'une resolution , lui vint d'abord de Paris par la seule lecture du Moniteur y qui l'avertit que le moment de son retour était arrivé, comme la lecture des gazettes de Francfort, à Alexandrie, lui avait donné autrefois le signal de son départ d'Egypte. Des lettres de Vienne, ainsi que de son beau-frère Jfoachim , à qui il avait pardonné , et qui avait des agens auprès du congrès,

DE NAPOLÉON. t'jS

le fortifièrent dans sa pensée, en lui annonçant le dessein proposé aux alliés par les ministres français, de le surprendre à Tîïe d'Elbe et de le transporter à Sainte-Hélène. Il fit alors des dispositions pour mettre Porto-Ferrajô en état de défense. Pendant qu'on s'en occupait, deux nobles anglais, indignés d'un projet de trahison dont la honte retomberait sur leur nation , quittèrent Vienne et vinrent donner à Napoléon des- détails qui lui dévoilèrent Timminence de son péril. Quelques personnes crurent que c'était un piège britannique , pour faire encore de Napoléon l'ennemi commun , en le forçant de se montrer dans une attitude menaçante. D'ailleurs, outre les lumières qu'il avait acquises de l'étranger. Napoléon savait aussi que le gouvernement royal de France ne voulait plus exécuter le traité de Fontainebleau , ce qui remettait en jugement la révolution et l'empire. Quant au complot ourdi contre lui par les membres du congrès, il était absolument ignoré à Paris, où les partisans de Napoléon, tombés pareillement sous le poids de la disgrâce européenne, n'avaient plus aucuns moyens de connaître ce qui se passait au-dehors. Ceux d'entre eux que l'on a proscrits comme les conspirateurs de son retour, en raison de la confiance dont ils avaient été honorés pendant son règne, n'avaient pas fait la moindre tentative pour se rappeler à son souvenir. Cependant rien n'était plus facile; car, Napoléon le dit lui-même (tom. II, page 33): a^Dans V espace de neuf mois, plus dé cent officiers français ou italiens anwèrent successivement à l'île d'Elbe ai>ec leurs uniformes et leurs épées ayant des passeports en règle. » Mais , ainsi

1^6 nisTomE

que je l'ai déjà dit, on conspirait en France pour un autre que Napoléon. Il n'y eut dans le secret de l'île d'Elbe que le roi Joachim , à qui Napoléon prescrivait d'attendre ses ordres pour agir , et un auditeur au conseil d'État , Fleury de Chaboulon , qui vint de lui-même rendre compte à Napoléon de l'état des choses en France.

Des munitions de guerre avaient été achetées à Naples , des armes à Alger ,. des transports à Gènes. Tout se trouva bientôt prêt pour le départ ; une troupe de mille hommes , dont six cents de la garde , deux cents chasseurs corses, deux cents fantassins, et cent chevau-légers polonais, reçut tout-à-coup l'ordre d'embarquement par un coup de canon, le 26 février, à huit heures du soir. Napoléon choisit ce jour où le commandant de la station anglaise était parti pour Livourne ; et afin d'éloigner tout soupçon , il donnait lui-même une fête dont sa mère et sa sœur Pauline faisaient les honneurs. Il s'y déroba. « Le sort en est jeté! » dit-il en mettant le pied sur le brick l'Inconstant. Ce bâtiment, armé de vingt-six pièces de canon , portait quatre cents grenadiers ; six autres petits bàtimens légers composaient la flotille impériale. Bientôt on perdit l'île de vue. Excepté les généraux Bertrand et Drouot, personne ne savait où l'on allait. Cependant l'opinion commune sur la flottille était que Napoléon débarquerait en Italie : on s'en inquiétait peu; il était là, « Grenadiers, dit-il après une heure de route , nous allons en France. Nous allons à Paris. » Le cri de vii^e la France ! vii^e Napoléon ! s'éleva dans les airs ; et une joie patriotique reparut sur le front des vieux guerriers de Fontainebleau.

DE NAPOLI^ONt l'J'J

Ainsi la Méditerranée allait rapporter encore en France ^ pour détrôner la famille royale y celui que vingt ans plus tôt elle avait ramené d'Egypte pour renverser le Directoire. Cependant le vent devint contraire après qu'on eut doublé le cap Saint- André. A la pointe du jour, on n'avait fait que six lieues, et la mer était gardée par les croisières anglaise et française. Les marins conseillaient de retourner à Porto- Ferrajo ; mais comme au retour d'Egypte , Napoléon voulait arriçer en France , et l'on suivit la direction indiquée : son projet, si l'ennemi l'attaquait, était, ou de s'emparer de la croisière , ou d'aller en Coi'se. Dans le premier cas, il fallait peut-être se battre, et, pour mieux se préparer à cette nécessité, il commanda de jeter à la mer tous les effets embarqués , sacrifice que chacun fit avec plaisir. Le soir , on découvrit deux frégates; et un bâtiment de guerre français, qu'on reconnut pour être le Zéphir^ vint droit sur la Flotille. Napoléon préféra passer incognito avec sa fortune , et ordonna à sa garde de se coucher sur le pont. Une heure après, les deux bricks étaient bord à bord , et le Zépliir ayant demandé à V Inconstant des nouvelles de l'Empereur, Napoléon lui-même répondit qu'il se portait bien. Le 28 , on reconnut un vaisseau de 74, qui n'aperçut point le bateau de César. Cette journée fut employée à copier trois proclamations, deux au nom de l'Empereur, l'une aux Français, l'autre à l'armée, et la troisième à l'armée , au nom de sa garde. Les ponts se couvrirent de copistes : ce singulier bureau d'état-major écrivant sous la dictée de Napoléon , en vue des croisières ennemies , au milieu de la mer , sur un bâti-^

Page 1