IV. lîi
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ment sans défense ^ des proclamations qui Invitàint trente millions d'hommes à arborer la bannière d'un bataillon ^ est un fait curieux dans cette période si romanesque de la vie de Bonaparte. Enfin ^ le I®' mars y mois favori de l'Empereur dans ses prospérités, il revit la terre française, et débarqua au golfe Juan. Les habitans ne lui votèrent pas^ comme les Calaisiens à Louis XYIII , une plaque de bronze portant l'empreinte du pied qu'il avait posé sur le sol après vingt-cinq ans d'absence ; mais il reçut un bon accueil des paysans que réveilla le bruit du débarquement. Le bivouac fut établi dans une plantation d'oliviers. « Beau présage, s'écria Napoléon, puisse- t^il se réaliser! » Parmi les habitans qui arrivèrent , l'un d'eux avait servi ; il reconnut Napoléon, et ne voulut plus le quitter. « Ek bien! Bertrand j dit l'Empereur au grand-maréchal, Twilà du renfort!.., » Déjà un capitaine de la garde et vingt-cinq hommes étaient partis pour Antibes, avec ordre de s'y présenter comme déserteurs et de séduire la garnison. Mais Napoléon avait mal choisi ses négociateurs; il entrèrent dans la ville aux cris de vii^e V Empereur! et furent dans l'instant désarmés et arrêtés. N'ayant point de nouvelles de ce détachement, Napoléon envoya à Antibes un officier civil chargé d'instructions pour le commandant : cet officier trouva les portes fermées, et ne put communiquer avec personne. A onze heures du soir, la petite troupe que Napoléon appelait la députation de la garde se mit en mouvement ; les Polonais, à pied, portaient sur le dos lequipement des chevaux qu'ils aUaient avoir, à mesure que l'on en achèterait sur la route. Après vingt
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lieues d'une marche continue , Napoléon arriva au village de Cérénon le 1 au soir; le 3, il coucha â Barème; le 4 ? à Digne ; le 5 , à Gap : il ne conserva dans cette ville, pour se garder, que dix hommes à cheval et quarante grenadiers. Ce fat à Gap qu'il fit impri-' mer les proclamations qu'il avait dictées à bord le 28 février, faute de n'avoir pu déchiffrer lui-même celles qu*il avait écrites à Porto-Ferrajo la veille du départ. Ces proclamations se répandirent en France avec la plus grande profusion , et produisirent sur la masse de la population un effet d'autant plus magique qu'il était inattendu. Elles offraient une disparate singulière avec tout ce qui se faisait alors; aussi obtinrent-elles soudain le triomphe d'une ancienne habitude sur une nouveauté à laquelle on est mal disposé : elles portaient le cachet de cette éloquence de conquérans qui tant de fpis avait remué les âmes des Français en leur prédisant de si prodigieuses choses, ou en les remerciant de les avoir accomplies : tout le monde y fat pris, les uns par l'étonnement, les autres, et c'était la foule , par l'admiration. C'était sans doute une étrange merveille jetée tout à coup au milieu de la monarchie des Bourbons , que Napoléon rentrant en France à la tête de onze cents hommes! Le titre de ses proclamations était le titre impérial de son règne: Napoléon, par la grâce de Dieu et les
CoiVSTITUTIONS DE L'EMPIRE, EMPEREUR DES FRANÇAIS.
Il avait apparemment oublié son abdication , ou plu* tôt il se croyait dégagé d'un traité que les alliés «e proposaient de rompre par la force et contre toute espèce dé droit ; quelle que fut la pensée de Napo-
t$ù nistoiRC
léon y il n^avait pas pei*du son talent de parler aux hommes le langage du génie et de la gloire.
PROCXAMATION A L'ARMÉE.
« Soldats!
« Nous n'avons pas été vaincus. Deux hommes tt sortis de nos rangs ont trahi nos lauriers , leur pays, (c leur prince y leur bienfaiteur. Dans mon exil , j'ai « entendu votre voix. Je suis arrivé à travers tous les « obstacles et tous les périls... Nous devons oua blier que nous avons été les maîtres des nai< tions; mais nous ne devons pas souffrir qu'aucune « se mêle de nos affaires. Qui prétendrait être le maîtf tre chez nous ?... Reprenez ces aigles que vous aviez
(c à Ulm y à Austerlitz , à léna^ à Montmirail ! Les
«c vétérans de l'armée de Sambfe-et-Meuse , du Rhiui « d'Italie , d'Egypte , de l'Ouest , de la grande armée,
«c sont humiliés Venez vous ranger sous les
ce drapeaux de votre chef; la victoire marchera
« au pas de charge. L'aigle, avec les couleui's iiatio- « nales, volera de clocher en clocher jusqu'aux toui^
« de Notre-Dame Dans votre vieillesse , entourés
« et considérés de vos concitoyens , ils vous enten- « dront avec respect raconter vos hauts faits. Vous <c pourrez dire avec orgueil : Et moi aussi, je faisais « partie de cette grande armée qui est entrée deux « fois dans les murs de Vienne , dans ceux de Rome, a de Berlin , de Madrid , de Moskou , qui a délivré « Paris de la souillure que la trahison et la présence « de l'ennemi y ont empreinte... »
DE WAVOhÉOS • 18 t