PROCLAMATION AUX FRANÇAIS
« Français!
« La défection du. duc de Castiglione livra Lyon ce sans défense à nos ennemis. L'armée dont je lui « avais confié le commandement était , par le nombre ce de ses bataillons , la bravoure et le patriotisme des « troupes qui la composaient, en état de battre le « corps d'armée autrichien qui lui était opposé, et « d'arriver sur les derrières du flanc gauche de l'arec mée ennemie qui menaçait Paris.
« Les victoires de Champ- Aubert, de Montmirail, « de Château-Thierry, de Vaux-Champs, de Cor* « mans , de Montereau , de Craonne, de Reims , d'Ar- « cis-sur-Aube et de Saint-Dizier; l'insurrection des « braves paysans de la Lorraine et de la Champa- « gne, de l'Alsace, de la Franche-Comté et de la « Bourgogne, et la position que j'avais prise sur les <£ derrières de l'armée ennemie, en la séparant de « ses magasins , de ses parcs de réserve , de ses « convois et de tous ses équipages, l'avaient plaie cée dans une situation désespérée. Les Français « ne furent jamais sur le point d'être plus puissans, ce et l'élite de l'armée alliée était perdue sans rescc source : elle eût trouvé son tombeau dans ces « vastes contrées qu'elle, avait si impitoyablement <c saccagées , lorsque la trahison du duc de Raguse (c livra la capitale et désorganisa l'armée. La conduite a inattendue de ces deux généraux, qui trahirent à « la fois leur patrie, leur prince et leur bienfaiteur, K changea le destin de la guerre. La situation de l'en-
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a nemi était telle , qu'à la fin de l'afifaire qui eut lieu a devant Paris y il était sans munitions , par la sépa- <c ration de ses parcs de réserve.
(c Dans ces nouvelles et grandes circonstances, « mon cœur fut déchiré , mais mon âme resta in- « ébranlable, etc.. »
Le 6 y Napoléon partit de Gap pour Grenoble. A Saint«Bonnet , on allait sonner le tocsin afin de £sdre lever les villages en sa faveur : <c Non y dit-il aux haa bitans, vos sentimens me garantissent ceux de mes fc soldats. Plus j'en rencontrerai, plus j'en aurai. Reste tez donc tranquilles chez vous. » A Sisteron , le maire voulut insurger sa commune contre Napoléon; mais le général Cambronne , arrivé seul en avant de ses grenadiers, dont il venait préparer le logement, intimida tellement ce magistrat , qu'il s'excusa sur la crainte que ses administrés ne fussent pas bien payés : a £h bien ! payez-vous , » dit Cambronne en jetant /sa bourse. Les habitans fournirent des vivres en abondance , et offrirent un drapeau tricolore au bataillon de l'ile d'Elbe. £n sortant de la mairie , le général Cambronne se trouva arrêté , avec ses quarante grenadiers, par une colonne envoyée de Grenoble. U chercha à parlementer : on ne l'écouta pas. Napoléon, instruit de ce contre*temps ,! s'avança vers la troupe, et fut bientôt rejoint par sa garde, accourue au danger, malgré la fatigue qui l'accablait: « Avec vous, a mes braves, leur ^dit Napoléonj'e ne craindrais pas « dix mille hommes. >» Cependant le batai'lon de Grenoble, ayant rétrogradé avait pris position. Napoléon alla le reconnaître , et se fit précéder d'un officier , qu'on ne voulut pas entendre : « On m'a trompé, dit
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Napoléon au général Bertrand} n importa ^ en auant !» U iQÎt pied k terre , et découvrant sa poitrine : ce S'il a en est un parmi vous, dit-il aux soldats de Gre^ a noble y s'il en est un seul qui veuille tuer son gêné* c( rai y son empereur , il le peut; le voici! » Les solfdats répondirent par acclamation : vîi^e r Empereur! et demandèrent à marcher sur Grenoble avec hii. Ce moment fut décisif pour Napoléon. Un seul coup de lusil enlevait à la postérité le plus étonnant épisode de l'histoire de France , et la moindre résistaiice de la part de ce bataillon eût produit celle de toute la division qui couvrait Grenoble. Le colonel die Labédoyère n'aurait pas pu amener à Napoléon le 7® de ligne. Ce puissant renfort décida ce prince à entrer le soir à Grenoble , où le général Marchand avait pris des mesures de défense. Les portes de la ville étaient fermées : la garnison se déployait sfîr les remparts ; elle se composait du 3® régiment du génie, du 6® de ligne ^ dont im bataillon était rangé depuis le matin sous le drapeau impérial ; du 4^ de hussards, et du 4^ d'artillerie, où Napoléon avait été capitaine. Du haut des remparts y où s'était portée la population de la ville, la garnison, frappée d'étonnement, voyait s'avancer Napoléon avec sa troupe, l'arme renversée, et marchant, ivre de joie, aux cris de vwe Grenoble! vwe la France! vwe l'Empereur! L'enthousiasme est électrique chez tous les hommes, dans les circonstances qui surprennent tout à coup leur imagination. Les remparts de Grenoble retentirent soudain des mêmes acclamations , et soudain les portes de la ville furent brisées par les habitans. « Tiens, dirent-ils à Napoléon, au défaut des clefs
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« de ta bonne ville , en voici les portes. — Tout est <c décidé maintenant f dit Napoléon à ses officiers; m tout est décidé: nous allons à Paris. » Lie lendemain y 8 mars y il fut reconnu et complimenté solennellement comme Empereur par toutes les autorités civiles, judiciaires y militaires et ecclésiastiques. 11 leur parla ainsi : « J'ai su que la France était malheu- « reuse, j'ai entendu ses gémissemens et ses reproic ches. Mes droits ne sont autres que les droits du « peuple... Je viens les reprendre, non pour régner, t( le trône n'est rien pour moi ; non pour me Venger, tf je veux oublier tout ce qui a été dit, fait et écrit <c depuis la capitulation de Paris. J'ai trop aimé la « guerre; je ne la ferai plus... Nous devons oïd^lier « que nous avons été les maîtres du monde... Je veux « régner pour rendre notre belle France libre , heu- « reuse et indépendante..... Je veux être moins son « souverain que le premier et le meilleur de ses ci* « toyens. » Napoléon redevint subitement l'homme des soldats et du peuple, dont son retour merveilleux avait saisi, exalté toutes les facultés. Aussi, à la revue qu'il passa de la garnison de Grenoble, l'enthousiasme public monta jusqu'au délire , surtout après ces paroles qu'il adressa au 4® d'^^rtillerie : « C'est parmi « vous que j'ai fait mes premières armes; je vous « aime tous comme d'anciens camarades. Je vous ai « suivis sur le champ de bataille, et j'ai toujours été « content de vous : mais j'espère que nous n'aurons « pas besoin de vos canons. Il faut à la France de la « modération et du repos. L'armée jouira , dans le « sein de la paix, du bien que je lui ai déjà fait et que « je lui ferai encore. Les soldats ont retrouvé en moi
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(c leur père ; ils peuvent compter sur les récompenses <c qu'ils ont méritées... »
Après là revue, la garnison se mit en marche sur Lyon / au nombre de six mille hommes. Le soir , Napoléon écrivit à Tlmpératrice et au roi Joseph. Les courriers ne manquèrent pas de dire sur leur passage, et le peuple de répéter, qu'ils portaient l'ordre à l'impératrice de venir avec le roi de Rome rejoindre l'Empereur. Cependant Napoléon ne se contenta pas à Grenoble de prendre possession de l'opinion : il reprit aussi celle du pouvoir impérial , en décrétant qu'à dater du 1 5 mars , les actes publics seraient faits et la justice rendue en son nom. L'organisation des gardes nationales dans les cinq départemens qu'il venait de traverser ne fut point oubliée.
Il y avait sept jours que cette révolution d'une espèce si merveilleuse , et tentée par un seul homme , continuait son cours , lorsque le Moniteur apprit à la France l'arrivée de Napoléon , par une ordonnance royale qui le mettait hors la loi, et par une proclamation qui convoquait sur-le-champ les deux Chambres. Le lendemain, ce même journal publia que Napoléon, abandonné des siens, poursuivi par la population et les garnisons, errait dans les montagnes , et ne pouvait échapper à la haine commune^ Mais on connaissait le Moniteur; ainsi les nouvelles de cette feuille officielle n'obtinrent pas un gmnd crédit. Toutefois il y eut deux opinions : l'une, celle de la masse , qui croyait au succès de Napoléon , l'autre , celle de la cour ; qui méprisait un si faible ennemi, comme vingt-cinq ans auparavant elle avait méprisé la révolution. Cependant on ne put cacher
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}ong^temp& l'entrée à Grenoble, ni la marclus sur Lyon : en conséquence , MoirsiEua, le duc d'Orléans et le maréchal Macdonald, partirent en toute hâte pour cette ville.... M^** le duc d'Angouléme , Le maréchal Masséna, les généraux Marchant et DuYemet. devaient fermer la retraite à Napoléon ; sur ses flancs «e trouvait le générai Lecourbe. Le maréchal Oudinot s'avançait à la tête de ses invincibles grenadiers : tout le Midi était levé. Enfin, le 1 1 mars, on annonça à Paris que Bonaparte avait été complètement battu du côté de Bourgoing. Cependant il avait occupé Bourgoing, le 9, sans coup férir ^ et le 10^ à sept heures du soir , il était entré à Lyon , à la tête de l'armée envoyée pour le combattre. Descendu à l'Archevêché ^ que venait de quitter Monsieur^ il n'avait pas voulu d'autre gardé que la garde nationale à pied; celle à cheval s'étant présentée : « Nos institutions , ce lui dit-il y ne reconnaissent pas de gardes nationale les à cheval ; d'ailleurs , vous vous êtes si mal con- « duits avec le comte d'Artois, que je ne veux point ic de vous. » En effet , de tous les nobles dont cette garde était presque entièrement composée, un seul avait suivi le prince jusqu'à ce que sa personne fôt hors de tout danger. Napoléon le fit appeler : « Je « n'ai jamais laissé, lui dit-il, une belle action sans « récompense : je vous donne la croix de la Légionce d'Honneur. »
Pendant que Napoléon recevait à Lyon , de toutes les divisions militaires de l'Est , les assurances les plus positives de leur retour à son drapeau , le roi recevait chaque jour des autres points de la France une foule d'adresses qui lui portaient , au nom des gêné-
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tmx et des troupes, le vœu de mourir poiir le défendre. Ces adresses , en partie , sans doute , étaient forcées par la position des signataires , telles que celles des ministres.
Daiis le mois de décembre , le maréchal Soult avait proposé d'élever un monument aux victimes de Quiberon ; cette proposition [ayant été acceptée , il fut placé à la tête de l'association qui se forma pour en faire les frais. Deux jours après, il avait remplacé au ministère de la guerre le général Dupont. Le 8 mars , Soult publia un violent ordre du jour contre celui qu'il appelait un aifenturier , et dont bientôt il devint le major-général! Probablement le roi ne vit-il point dans cette injure, au moins inutile, un gage suffisant de la fidélité du maréchal ; car le 1 1 mars , le Moniteur annonça la nomination au ministère de la guerre du duc de Feltre, qui, en i8ï3 et en i8i4> et dans le même poste, avait si bien servi les intérêts de la famille royale contre l'Empereur. Toutefois Napoléon, qui le connaissait à fond, ne dut pas être alarmé du choix d'un homme tout-à-fait incapable de prendre u|ie décision forte dans une grande circonstance. Soult eût été plus redoutable , si quelqu'un pouvait l'être devant Napoléon déjà maître du Midi, et environné d'un enthousiasme qui d'heure en heure devenait contagieux pour la France.
En écrivant de Lyon à son frère Joseph, Napoléon l'avait chargé de faire déclarer à la Russie et à l'Autriche, ainsi qu'aux autres puissances qu'il voulait tenir loyalement le traité de Paris. Les paroles qu'il dit alors aux autorités retentii'ent dans toute la Frauce : «... J'ai éfé entraîné par la force des éçéne-
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meiis dans une fausse route ; mais instruit par V expérience y f ai abjuré cet amour de la gloire, si naturel aux Français , qui a eu pour la Frarœe et pour moi
tant de funestes résultats Je me suis trompé en
crofont que le siçcle était venu de rendre la France le cluiflieu dHun grand empire. Cette abjuration de Tesprit de conquête était sincère de la part de Napoléon prêt à jurer le traité de Paris. Ce fut aussi à Lyon que , naturellement entraîné à ce parti par le triomphe politique et militaire qui l'avait porté du golfe Juan , à travers la ville forte de Grenoble , dans la seconde ville de France , au milieu d'une population dont à chaque moment l'exaltation l'enivrait lui-même, i Napoléon reprit la souveraineté et dicta plusieurs décrets d'une haute importance , mais non pas tous marqués du même caractère d'àpropos. Le premier prononçait la dissolution des deux Chambres , et ordonnait la réunion , cl Paris ^ en assemblée extraordinaire du Champde-Mai y des collèges électoraux de l'empire, soit pour corriger nos institutions^ soit pour assister au couronnement de l'Impératrice et du ix)i de Rome. Le second décret rétablissait contre les émigrés non rayés, rentrés en France depuis le i*^ janvier i8i4> la législation des assemblées nationales, et il frappait leurs biens du séquestre. Le troisième se rattachait, par le premier article, au système de la révolution , en abolissant la noblesse et les droits féodaux. Napoléon aurait dû s'en tenir là , et ne pas se réserver encore les moyens de perpétuer en faveur des héritiers des grandes notabilités de la France, dans tous les genres d'illustration , des privilèges qui blessaient la passion des Français pour
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Tégalité. Le quatrième décret congédiait tous généraux et officiers de terre et de mer introduits dans nos armées depuis le i**" avril i8i4> et qui, émigrés ou non j avaient quitté le service à la première coalition contre la France. Ce décret était éminemment populaire pour l'armée, qui n'obéissait qu'avecune répugnance invincible à des officiers qu'elle n'avait jamais vus. Le cinquième décret rappelait à leurs fonctions tous les magistrats éliminés , parce que tous les mem^ bres de V ordre judiciaire sont iruunovibles par nos con^ stitutions. Un sixième décret ordonnait le séquestre sur les biens des émigrés, pour tous les établissemens publics à qui ils avaient été repris, et annulait ainsi une mesure dont s'était vivement alarmés les acquéreurs de biens nationaux. Ce décret était juste : il rétablissait des propriétés nationales, qui sont aussi sacrées que les propriétés particulières. Enfin, un autre décret licenciait la maison du roi et les Suisses. La première disposition n'a pas besoin de commentaire; la seconde encore moins : elle délivrait la France de cet impôt à la fois inutile, honteux et ruineux, qui s'appelle le service étranger ^ et que la politique française devait rejeter, surtout depuis que la Suisse a ouvert deux fois ses portes à l'Europe pour envahir avec elle le territoire de son ancienne protectrice.
Le général Bertrand et le duc de Bassano refusèrent avec raison d'apposer leurs signatures à ces décrets, m Je ne signerai point y disait Bertrand à Lyon ; ce n est pas ce que V Empereur nous a promis, » Et, en effet. Napoléon venait de dire aux magistrats de Grenoble. « Je veux être moins le souverain de la
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a Ffancê; que fton premier et soti meilleur citoyen, i» On lit dans sed Mémoires, totù. U^ page *i^%\ a ....• Il résolut de rentrer en France , non avec l*amce biticn de conquérir son trône , mais pour se placer « entre les factions. Il avait toujours pensé que la «t France ne voulait que l'égalité , et il la lui avait « donnée tout entière. Les événemens venaient de lui « apprendre quelle voulait aussi la liberté; et iliwail « résolu de rendre le peuple français le plus libre de « tous les peuples de la terre. » C'était à Lyon , à Paris surtout, que Napoléon aurait dû tenir ce langage en l'appuyant d'une nouvelle constitution qui eût été le gage et la preuve de sa sincérité. U est impossible de trouver le germe de ces généreuses intentions dans les actes qui précédèrent et qui suivirent son retour à Paris.
Le gouvernement royal avait envoyé le maréchal Ney se mettre à la tête d'une armée à Lons-le-SauInier. Napoléon chargea le général Bertrand de lui écrire l'état des choses , en le rendant responsable de la guerre civile, s'il ne faisait pas sa soumission. « Flattez^le. disait l'Empereur, mais né le caressez p'ds trop : il croirait que je le crains , et se ferait prier. » Cependant , grâce à la renommée , la révolution était déjà faite dans l'armée du maréchal : elle n'avait qu'un cri , celui de marcher à Lyon , non pour combattre Napoléon , mais pour le suivre. La défection s'était mise dans plusieurs de ses régimens ; et , entraîné par son armée hors du parti du Roi qu'il ne pouvait plus défendre , le malheureux maréchal adressa, le i3 mars, à ses soldats, l'ordre du jour suivant :
a La cause des Bourbom esl k jâHistis j^étduè. Là <c dyntistie que la tiâtion française a adoptée vu « remonter sur le trône.^... Soldats! les temps ne sont a plus oà l'an gouvernait les peuples en étouffant tous ic leurs droits. La liberté triomphé enfin , et Napoléon y
<c notm auguste Empereur , va V affermir à jamms »
Tel était l'esprit de l'année ; le maréchal n'en était que l'organe.
Rassuré par la déclaration de cette armée , Napoléon alla au-devant d'elle à Auxerre, où, le ï8, il embrassa le maréchal. Là , malgré l'ordonnance qui enjoignait de lui courir sus y et les projets sinistre^ qu'on lui annonçait contre sa personne, Napoléon se mêlait au milieu de la foule avec l'abandon de la plus entière confiance. Il comptait sur l'amour du peuple? et des troupes , il ne se trompait pas. L'armée , àk]k forte de quatre divisions , s'embarqua sous les yeux de l'Empereur, avec? l'ordre d'être à une heure du matin dans Fontainebleau. Le 19 au soir, il était arrivé lui-même à Moret, où il s'arrêta pour attendre le retour des grand'gardes qui avaient dû fouiller la forêt , car on supposait que l'armée du duc de Berri occupait les hauteurs d'Essonne. Essonne avait été fatale à Napoléon; il ne pouvait l'oublier en revenant à Fontainebleau : il entra dans cette résidence à quatre heures du matin , et revit sans émotion apparente ce théâtre de soft abdication , qu'il ne regardait plus que comme une aventure rayée de sa vie. En effet , le départ du Roi , qui monta en voiture à minuit , lui ouvrait Paris; et, au lieu d'être gardé à Fontainebleau, ainsi qu'en 1814, au milieu de trente mille Français , par deux cent mille étrangers , il marchait
vers la capitale, accompagné du peuple et de Tartuée. Jamais faveur de la fortune ne dut avoir tant de prix pour Napoléon ; elle pouvait efifacer à ses yeux l'adversité dont elle était sortie ; mais ce grand souvenir rendit nécessairement plus douloureuse la lente agonie de Sainte-Hélène. £n regard de ce britllant retour de prospérité qui faisait saluer encore du nom di Empereur \e captif de Fontainebleau, le fugitif de rUe d'Elbe; pendant cette même nuit une scène à laquelle l'infortune et la puissance donnèrent aussi un imposant caractère, s'était accomplie à Paris. Après vingt-cinq ans d'absence et dix mois de règne , Louis XVIII, vieux et infirme, reprenait la route de l'exil, appuyé sur les anciens compagnons qui Ty avaient déjà suivi; et, avant de quitter, pour la dernière fois peut-être, le palais de ses pères, témoin de tant d'événemens, il n'avait reçu que des adieux timides et privés : il avait pu entendre les acclamations de la France proclamant Napoléon ; il avait vu revenir tout seuls de l'armée qui devait arrêter le conquérant, son propre frère et les princes de son sang, réduits comme lui à aller avec quelques serviteurs chercher encore un asile dans une hospitalité étrangère. Le 20 mars 181 5 est un des grands tableaux de l'histoire.
Cependant le congrès de Vienne publiait, le i3 mars , une déclaration qui renouvelait l'ordonnance royale du 6. Ce manifeste, cet arrêt commun de toutes les puissances, devint pour elles un nouveau lien. La nécessité réunit tont à coup ceux que l'intérêt avait déjà divisés. L'entreprise trop prématurée de Napoléon resserra le faisceau des cabinets , qui allait , dit-
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on y se briser. Ou parlait d'une convention secrète qui unissait l'Angleterre, l'Autriche et la France avec toutes les vastes dépendances de leurs alliés et des trônes de famiUe, contre la Russie et la Prusse. L'apparition subite de l'ennemi commun , la peur de son génie, de sa popularité, l'effrayant succès d'une marche triomphale d'Antibes à Paris , l'espoir attaché à son retour par la France et l'armée, rapprochèrent soudain les politiques de Vienne, effrayés du murmure des âmes que l'on s'était partagées au nom de l'indépendance des nations !
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