‹ Histoire de Napoléon (volume 5)Chapitre 2 sur 33 · COHORÈS DE PRAGUE. — DÉCLARATION DE GUERRE DE L* AUTRICHE · texte numérisé non relu

COHORÈS DE PRAGUE. — DÉCLARATION DE GUERRE DE L* AUTRICHE

A LA FRAHCE.

La convention du 3o juin avait prolongé l'armistice au l'o août y et fixé la réunion des plénipoten** tiaires au 5 juillet. Le 3 ^ M. de Mettemieh proposa qu'elle n'eût lieu que le 8 ^ et le 8 il la fit ajourner au 12. Ainsi 9 sur les trente-cinq jours convenus, le ministre du médiateur en avait arbitrairement retranché sept. Le 9 9 M. de Narbonne était allé se met^ tre à la disposition de l'empereur d'Autriche , établi au château de Brandeitz; on lui avait répondu qu'il était bien placé à Prague. Évincé comme ambassa* deur par M. de Mettemieh , il se présenta comme plénipotentiaire ; mais jusqu'au 29 , il ne put parve* nir à voir ceux des alliés : vingt-quatre jours avaient été perdus; il n'en restait plus que douze pour traiter de la paix du monde. Telle fut la première époque du prétendu congrès de Prague qui, ouvert sous les aus^ pices de M. de Stadion et sous la direction de M. de Mettenjîch, s'annonça dès le principe comme une chambre ardente où Napoléon allait être condamné sans appel. La seconde époque de cette détestable machination; couverte d'un nom sacré, commença le ^9 juiflet par l'intervention officielle du médiateur.

Les plénipotentiaires français demandèrent que les pouvoirs fussent échangés en commun. Désespérant alors d'empêcher comme il le souhaitait y l'ouverture du congrès 9 Ai. de Metternich repoussa la forme convenue des conférences 9 et proposa, suivant une fausse application de la marche adoptée au congrès de Teschen , où il y avait deux médiateurs , le mode des transactions par écrit. Cependant la véritable intention de Napoléon était de décliner la fatale médiation de son ennemi caché , et , malgré le peu de succès qu'avait eu la démarche de Dresde après Lutzen , de chercher de nouveau à conclure sans intermédiaire y avec Alexandre, une paix glorieuse pour ce prince, et conséquemment de faire payer à l'Autriche, par la perte de son influence en Europe, sa mauvaise foi dans la campagne de 1 8 1 !2 et dans le moment présent, où elle jouait un rôle encore plus odieux. Mais ses plénipotentiaires n'étant pas parvenus à échanger une parole avec celui de Russie ni avec celui de Prusse, pressé d'ailleurs par le terme si prochain de l'armistice, Napoléon fut obUgé de tentek- du côté du médiateur l'œuvre de la paix. Aussi , pendant ces orageuses discussions, une négociation secrète, sortie de l'arsenal politique de Napoléon, traversait le champ de bataille du congrès , et arrivait au château impérial de Brandeitz , dans le portefeuille de M. de Metternich. C'est à son beau-père que s'adresse directement Napoléon : une lettre confidentielle , du 9 août , charge seul le duc de Vicence de cette démarche; elle a pour objet « de suçoir de quelle meulière V Autriche entend que la paix peut se faire y et y si V empereur Napoléon adhérant à ses propositions, V Autriche ferait cause

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commune wec la France , ou si elle resterait neutre. » Le 7 y l'Autriche avait donné son mot ; elle deman<dait a la dissolution du gra/udrduché de Varsovie ^ qui serait partagé entre la Russie, V Autriche et laP russe; le rétablissement des villes anséatiques dans leur in-^ dépendance ; la reconstruction de la Prusse oi^ec une frontière sur l'Elbe; la cession à V Autriche de toutes les provinces illyriennes j y compris Tries te. » Il était question aussi de l'indépendance de la Hollande et de l'Espagne, mais comme devant être traitée à la .paix générale. Prague est à vingt-cinq lieues de Dresde; cette note parvient à Napoléon le 8 au soir : il ne pense pas que le 10 soit un terme tellement fatal pour la pacification du monde y qu'il ne puisse consacrer la journée du 9 à l'examen des propositions de l'Autriche. Il répond qu'il admet la dissolution du duché de Varsovie , mais que Dantzick sera ville libre , et que son allié le roi de Saxe sera indemnisé. Il cède à V Autriche les provinces illjriennes, 'même le port de Fiumey mais non celui de Trieste. Iju Confédération s* étendra jusqu à VOder; le territoire danois sera ga^ranti. » Les courriers de Napoléon et de M. de Bubna doivent être à Brandeitz dans la nuit du 10 au 11. Tout à coup on apprend à Dresde que le congrès est dissous! Le ii^dans la matinée^M. deMetternich l'a déclaré aux plénipotentiaires français. L'existence politique actuelle de l'Europe n'aura dépendu peut-être que du courrier de Napoléon, quine sera entré àPrague qu'après minuit ; dans la nuit du i o au 1 1 août 1 8 1 3 ! Le 1 5 , M. de Narbonne arriva à Dresde , porteur de la déclaration de guerre de l'Autriche. Elle était faite d'avance, comme d'avance aussi les logemens IV. a

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avai^it élé préparés à Prague pour les trois souirerains alliés. Cependant, au milieu du triomphe de la trahison étrangère , le duc de Vicence continuait sa mission auprès de M. de Metternich. A présent qu'il n'est plus médiateur , pourra-t*ii marcher plus libre* ment ? L'armistice n'est pas rompu ; il y a encore six jours de délai à courir jusqu'à la reprise des hostilités. Le 1 1 , M. de Metternich insiste pour l'abandon de l'illyrie , sans excepter Trieste , et contre toute disposition contraire aux Tues des puissances , qui s'accordent pour recréer la Prusse. L'empereur d'Autriche se charge de communiquer les propositions de la France à l'empereur Alexandre , lequel est attendu à Brandeitz. Le 1 3 , l'empereur Napoléon cède tout ce qui est en contestation. Il accède aux demandes du cabinet dfe Vienne: il charge M. deBubna, qui est toujours près de lui à Dresde, d'en aller porter l'assurance à son maître , et il donne à M. de Vicence tout pouvoir pour conclure et signer la paix à ce prix. Le 1 4 > M. de Metternich rend compte à son souverain du consentement de l'empereur Napoléon aux conditions exigées. Le ï5, il diffère de s'expliquer avec M. de Vicence, parce que Fempereur Alexandre n'est point encore à Brandeitz. Enfin, le i6, arrive ce souverain, qui, dès la première entrevue, rejette les pi'opositions de Napoléon, et décide l* empereur François à courir les chances que lui promet la guerre. Napoléon reçoit cette réponse, et déclare, en montant à cheval , qu'il va se battre pour la paix, a Rien « n'empêche, dit-il , de négocier en se battant. Dites « à M. de Metternich que je propose d'ouvrir dès au- « jourd'hui uti congrès dans une ville frontière

« qu'on neutralisera. » On est au 1 8 ; îe duc de Bassano s'empresse d'adresser une note à M. de Metternich^ en conformité de ce dernier ordre de Napoléon- Le 2 1 , le ministre en accuse réception , et déclare que la proposition de la France va être portée par les cours de Russie ^ de Prusse et d'Autriche^ à la connaissance des autres cours alliées. On verra que cette réponse est devenue une espèce de mot d'ordre diplomatique. Le sang de quatre cent mille hommes va couler en attendant le résultat de cette officieuse communication ! Ainsi, l'armistice, d'abord refusé par la Russie et demandé depuis parM.deStadion, n'a été conclu que pour donner le temps à l'Autriche de compléter ses armemens, et le congrès n'a été admis que pour aider cette puissance à dénouer des engageraens qu'elle n'avait pas le courage de rompre ouvertement. Telle fut l'issue de ce complot diplomatique, où la haine la plus déclarée et l'intention la plus évidente d'une guerre implacable se cachaient sous un vain déguisement d'amour de la paix. Quatre jours avant la fin de ce congrès , on n'avait pas même établi la forme des négociations. Tout ce qui n'était pas Français ne parlait qu'avec une féroce impatience du terme de ce congrès. Ce terme était si fatal, qu'il ne pouvait être retardé d'une heure ! La civilisation du dix-neuvième siècle le voulait ainsi pour le bonheur du monde. Depuis ce temps, le monde politique est blessé à mort. Les rois anciens et les rois nouveaux sont tous rentrés dans leur indépendance ; mais les peuples , qui ne sont ni anciens ni nouveanx , les peuples, qui sont étemels, sont aussi rentrés dans l'empire de leur raison.

aO HISTOIRE

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