‹ Histoire de Napoléon (volume 5)Chapitre 25 sur 33 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ÉTABLXMEMXNT DE HAPOLÉOlf A SAIlfTK-BÉLiirX. SA VIE. LK «OUTK&NEVR

HVDSOir-LOWE. SA TTRAH ITIE EirVERS LE PRISOiririXR.

E généreux équipage du Belléwphon avait vu avec douleur Napoléon passer au milieu des hommages du peuple britannique sous les verroux du Northùmberland. L'équipage de ce dernier vaisseau , non moins sensible à une infortune si auguste, ne le vit pas, sans frémir, toucher le sol qui devait le dévorer. Le silence , les larmes des officiers , des matelots , des troupes du bord , adieux muets et prophétiques , honorèrent les Anglais et la victime de leur affreux gouvernement. Sur le Northumberland, Napoléon venait de passer ses trois derniers mois d'Europe ; un canot le jeta tout à coup en Afrique; il descendit

dans une auberge. Le lendemain , accompagné de Tamiral Cokburn et du général Bertrand , il alla voir à trois lieues de la ville , la maison de Longwood^ qui lui était destinée. Au retour , il s'arrêta à une maison de campagne , nommée les Briars (les ronces) j et il désira ^'établir, le jour même daos un petit pavillon , dépendant de la maison de M. Balcombe , plutôt que de rester une autre nuit à Tauberge où ^ gardé à vue, il avait pu regretter la liberté du Northumberland. Le pavillon de Briars ne formait qu'une pièce au rezde-chaussée, surmonté d'un grenier; il n'était nullement préparé pour recevoir \m tel hôte ; mais Fair au moins y était libre, et quelques arbres l'ombrageaient.

Ce lieu , où Napoléon fit placer son lit de camp , devint tout à la fois la chambre à coucher ^ le salon, la salle à manger et le cabinet de travail. Las Cases et son fils Emmanuel s'établirent dans le comble , au dessus de Napoléon. Aux environs, et jusqu'à deux milles de distance , furent dispersés M. et M™* Bertrand; M. etM"^^ de Montholoi), avec leurs enSsms; le général Gourgaud , et les serviteurs de Napolécm. A l'entour et au plus près » soQt le& sentinelle» y les corps-de-garde, les postes ; il faut avoir affaire à chacun d'eux pour aborder Napoléon » pour lui porter ses vétemen&i sou linge, ses aliniens. Le ministère anglais a fait du pic de Sainte^^Hélène un ponton commandé par sir George Cokburn. Cependant le captif ne parait pas encore condamné ^ une mort lente , et inévitable;; il e&t seulement écroué à Sainte-Hélèiie^ comme coupable du crime de haute confiance envefis le prince régent d'Angleterre ; on qe le trai|e ju^-

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qu'ici que comme un grand prisonnier d'État. Il a d'ailleurs , pour compensation , les soins de la famille de l'honnête et sensible M. Balcomhe , qui lui prodigue tous les égards compatibles avec la surveillance sévère» quoique mesurée, de l'amiral. Mais quand les commissaire» des princes chrétiens seront arrivés et réunis autour du geôlier de la Sainte-Alliance , alors l'affreuse nature, qui a élevé les rocs arides de Sainte- Hélène au milieu des abîmes de la mer et des précipices^ au sein d'une atmosphère pestilentielle, ne sera plus qu'un faible auxiliaire de l'exécrable tyrannie qui doit attacher l'immortalité du crime au nom de sir Hudson Lowe. En attendant un supplice que n'a retracé aucun des historiens qui ont transmis de grandes infortunes, Napoléon, qu'on n'a jamais abordé, même sur le Bellérop/ion, que par l'intermédiaire de ses compagnons , voit tout à coup entrer brusquement dans sa chambre le capitaine du R0dp€iy qui retourne en Europe , et il lui remet la note suivante} que Las-Cases écrit sous sa dictée rapide : iVi3/e. « Li'|;mpereur désire, par le retour du prochain vî^ii^eau, avoir des nouvelles de sa femme et de son fiU , et savoir si celui*ci vit encore. Il profite de cette occasion pour réitérer et faire parvenir au gouverment britannique les protestations qu'il a déjà faites contre les étranges mesures adoptées contre lui :

« i** Le gouvernement l'a déclaré prisonnier de guerre. L'Empereur n'est pas prisonnier de guerre : sa lettre écrite ^u prince régent, et communiquée au capitaine M^itland avant de se rendre à bord du Bel- UrophoHy^ prouve asçea; au m^n'de entier les diapo"

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sitions et la confiance qui Font conduit librement sous le pavillon anglais.

« L'Empereur eût pu ne sortir de France que par des stipulations qui eussent prononcé sur ce qui était relatif à sa personne; mais il a dédaigné de mêler des intérêts personnels dont il avait constamment Fesprit occupé. 11 eût pu se mettre à la disposition de Fempereur Alexandre , qui avait été son ami, ou de l'Empereur François , qui était son beau-père ; mais y plein de confiance dans la nation anglaise , il n'a voulu d'autre protection que les lois; et, renonçant aux affaires publiques, il n'a cherché d'autre pays que les lieux qui étaient gouvernés par des lois fixes, indépendantes des volontés particulières.

« a° Si FEmpereur eût été prisonnier de guerre , les droits des nations civilisées sur un prisonnier de guerre sont bornés par le droit des gens , et finissent d'ailleurs avec la guerre même.

3^ Le gouvernement anglais considérant l'Empereur, même arbitrairement, comme prisonnier de guerre, son droit se trouvait alors borné par le droit public; ou bien il pouvait, comme il n'y avait point de cartel entre les deux nations dans la guerre actuelle, adopter vis-à-vis de lui les principes des sauvages, qui donnent la mort à leurs prisonniers. Ce droit eût été plus humain , plus conforme à la justice que celui de le porter sur cet affreux rocher: la mort qui lui eût été donnée à bord du Bellérop/ion eût été un bienfait en comparaison.

« Nous avons parcouru les contrées les plus infortunées de l'Europe; aucune ne saurait être comparée à cet aride rocher. Privé de tout ce qui peut rendre

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la vie supportable y il est propre à renouveler à chaque instant les angoisses de la mort. Les premiers principes de la morale chrétienne, et ce grand devoir imposé à l'homme de suivre sa destinée , quelle qu'elle soit, peuvent l'empêcher de mettre lui-même un terme aune si horrible existence : l'Empereur met de la gloire à demeurer au-dessus d'elle ; mais si le gouvernement britannique devait persister dans ses violences envers lui, il regarde comme un bienfait qu'il lui fasse donner la lûort. »

lie capitaine Desmont part avec cette note, qui aura le sort de la sublime protestation du Belléro^ phon. Napoléon n'en doute pas, et, n'espérant plus rien de la générosité du gouvernement anglais , il continue à se réfugier avec calme dans le souvenir de sa vie passée. En effet, le jour même de l'arrivée à Briars , le lendemain de son débarquement , il s'était occupé à dicter à Las-Cases la campagne d'Italie , à Bertrand celle d'Egypte. Fidèle à ses engagemens , il aura le courage d'accomplir à Sainte-Hélène, autant que le lui permettront ses forces , la promesse de l'île d'Elbe : y écrirai les grandes choses que nous avons faites. Les généraux Montholon et Gourgaud furent appelés aussi alternativement pour écrire sous sa dictée. Ne pouvant plus tenir l'épée, chacun d'eux se voyait réduit , commjB le héros, à tenir la plume , mais c'était servir encore la France et Napoléon , que de retracer la gloire des campagnes d'Italie et d'Egypte , la grandeur du consulat et celle de l'empire.

Quinze jours s'étaient à peine écoulés depuis le débarquement à Sainte-Hélène, que le climat avait déjà

3 1 8 kfstôtRk

attaqué la santé de Napoléon. L'exerélee du ehêVal lui était nécessaire : mais comme il ne put obtenir de l'amiral, qui faisait les fonctions de gouverneur par intérim , de n'être pas surveiUé dans ses courtes promenades par un officier anglais, il renvoya ses chevaux. Malgré ses premières douleurs physiques et morales , que renouvelait chaque incident de ses longues journées, Napoléon , disait à ses compagnons : «Notre situation peut même avoir des attraits. « L'univers nous contemple; nous demeurons les « martyrs d'une cause immortelle. Des millions (( d'hommes nous pleurent. La patrie soupire et la ic gloire est en deuil. Nous luttons ici contre l'oppres- V sion des dieux, et les vœux des nations Sont pour

« nous Mes vérit|d)les souffrances ne sont point

« ici. Si je ne considérais que moi, peut-être aurais*je « à me réjouir. Les malheurs ont aussi leur héroïsme « et leur gloire. V adversité manquait à fna cafetière. (c Si je fusse mort sur le trône, dans les nuages de ma a toute-puissance , je serais demeuré un problème « pour bien des gens. Aujourd'hui, grâce au malce heur, on pourra me juger à nu.... »

Un autre jour il leur disait ; « A qtlel infâme trai- « tement ils nous ont réservés! Ce sont les angoissés « de la mort! A l'injustice, à la violence, ils joignent « l'outrage et les supplices prolongés. Si je leur étais te si nuisible, que ne se défaisaientJls de moi? Quelle ques balles dans le cœur ou dans la tête auraient « suffi. Il y eût eu au moins quelque énergie dans de « crime. Si ce n'était vous autres , vos femmes sur- « tout, je ne voudrais recevoir ici que la ration d'un « simple soldat. Comment les souverains de l'Europe

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« peuvent'ils Uûsset* polluer en moi ce caractère sacré a de la souveraineté? Ne voient-ils pas qu'ils se tuent <c de leurs propres mains à Sainte-Hélène ? Je suis « entré vainqueur datis leurs capitales; si j'y eusse ce apporté les mêmes sentimens y que seraient-ils de^ « venus? Ils m'ont tous appelé leur frère; je l'étais « devenu par le choix des peuples ^ la sanction de la « victoire 9 le caractère de la religion, les alliances de

« leur politique et de leur sang Faites vos plain-*

« tes , Messieurs , que l'Europe les connaisse et s'en « indigne! Les miennes sont au-dessous de nia di-* « gnité et de mon caractère, ^ordonne ou je me (c tais» n

Le 10 décembre ) après un séjour d'environ deux mois dans le pavillon de Briars , Napoléon alla pren-* dre possession de son dernier asile. Il existe dans l'île d'heureuses positions offrant de grands arbres j des jardins , et d'autres belles habitations ^ entre autres ^ Plantation^House. Des ordres barbares^ venus de Londres , ne permirent pas à Napoléon de s'y établir; on lui assigna Longwood ^ maison de campagne du sous-gouverneur, jadis construite pour servir de grange à la Compagnie des Indes , et assise sur un plateau élevé de deux mille pieds au-dessus du niveau de la mer , sans cesse battu par des vents impétueux, par des pluies violentes , qui durent plus de la moitié de l'année, et presque toujours couvert de nuages épais , d'où s'échappent parfois les rayons d'un soleil dévorant. Des rochers à pic, séparés par de profonds abîmes , des montagnes escarpées et arides , terminent l'horizon de oe théâtre d'une ancienne convulsion de la nature. On éprouve à Longwood les plus

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étonnantes variations atmosphériques; en moins d'une heure de temps on passe de la zone glaciale à la zone torride ; là régnent toute l'année des d jssenteriesy des hépatites aiguës et chroniques , affections presque toujours mortelles, et souvent si promptes, si terribles, qu'un instant suffît pour porterie désordre dans l'économie animale , et détruire la puissance des remèdes les plus efficaces. La population n'offre point d'exemple de longévité; même pour un indigène, le terme de quarante-cinq ans est le dernier période de la vie commune, vérité attestée par les registres de l'état civil. Voilà désormais la retraite du dominateur de l'Europe , et le cimetière où il doit laisser sa cendre; aussi Napoléon disait : ce Ce pays est mortel. Partout où les fleurs sont étiolées j V homme m peut pas çwre. Ce calcul n^a point échappé aux élèves de PitL Transformer l'air en mstrument de meurtre ^ disait encore Napoléon, cette idée n était pas venue au plus fatvuche de nos proconsuls; elle ne pouvait germer que sur les bords de la Tamise. »

La maison de Longwood se compose de vingt petites pièces, presque toutes construites en bois. Pendant neuf mois , l'humidité en moisit les cloisons et pefidant les trois autres , où le soleil des tropiques frappe d'aplomb cette demeure , on y respire l'odeur infecte du goudron dont elle est enduite. Napoléon habite une seule pièce tendue en nankin brun , encadré dans du papier vert ; deux fenêtres de cette pièce s'ouvrent sur le camp du 54® régimient , qui le garde ; elle a pour décoration ; quelques portraits du roi de Rome, des deux impératrices, le réveil-matin du grand Frédéric , et le lit de fer d'Austerlitz. Un

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canapé chargé de livres , quelques chaises , un guéridon sur lequel Napoléon mange seul quelquefois , une commode qui supporte un grand nécessaire et une aiguière d'argent^ complètent l'ameublement de la chambre à coucher. Un cabinet de bain est auprès; plus loin un billard et une salle à manger obscure ; les officiers de Napoléon sont logés , partie sous le même toit que lui , partie dans les demeures voisines. Ses serviteurs , au nombre de onze , composent sa maison domestique; un homme excellent^ un habile médecin 9 le docteur O'Meara, descendu avec lui du Northumberland j attaché d'office à l'illustre captif, s'est dévoué à lui comme un vieux Français, et s'applique à adoucir par ses soins et par son affection, les mesures tyranniques du gouvernement anglais.

. Outre le travail important de ses Mémoires, à la rédaction desquels Napoléon associait ses compagnons d'infortune, des conversations du plus haut intérêt avec eux étaient également un des plaisirs favoris de son esprit. C'était un penchant bien naturel dans un homme qui avait occupé le monde pendant vingt années , que d'aimer à planer sur le passé , pour y resaisir la source, les moyens, les jouissances de sa grandeur, et la justifier, comme s'il parlait à la postérité. Mais loin de se concentrer tout entier en lui-même, par suite de cet égoîsme si exclusif dont on accuse les rois. Napoléon aimait aussi quelquefois à jeter encore* des regards d'aigle sur l'avenir de l'Europe et surtout de la France.

Il parlait un jour de sa chute avec une grande impartialité : « C'est sans raison surtout qu'on m'a reic proche d'avoir employé des nobles et des émigrés... IV. ai

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(( Ce ne sont point les nobles et les émigrés qui ont « amené la restauration ^ mais bien plutôt la restau* a ration qui a ressuscité les nobles et les émigrés....^ « Les vrais coupables sont les iptrigans de toutes les « couleurs et de toutes les doctrines. Fouché n'est <c point un noble ; Talleyrand n'est pas un émigré ; « Augereau et Marmont n'étaient ni l'un nil'autre.... <( Le bon M. de Ségur , malgré son âge j m'a fait ofce frir de me suivre*... Ce n'est rien de tout cela qui a m'a renversé: mais seulement des catastrophes ce imprévues , inouïes , des circonstances forcées , cinq (c cent mille hommes aux portes de la capitale , « une révolution encore toute fraîche, une crise « trop forte pour les têtes françaises, et surtout « une dynastie pas assez ancienne. Je me serais relevé a du pied des Pyrénées même, si seulement j'eusse ce été mon petit-fils; et, ce que c'est pourtant que la ce magie du passé, bien certainement j'étais l'élu des ce Françaisi Leur nouveau culte était leur ouVrage ; ce eh bien ! dès que les anciens ont reparu , voye2 ce avec quelle facilité ils sont retournés aux idoles? (c Et comment une autre politique^ après tout, ràtee elle pu empêcher ce qui m'a perdu ? J'ai été trahi oc par Marmont, que je pouvais dire mon fils, moti te enfant, mon ouvrage; lui auquel je confiais mes xe destinées en l'envoyant à Paris , au moment même

4 où il consommait sa trahison et ma perte ! J'ai été ce trahi par Murât , que de soldat j'avais fait roi^ qui ce était l'époux de ma sœur. J'ai été trahi par Ber-»» c^ thier, véritable oison que j'avais fait Une espèce ce d'aigle. J'ai été trahi dans le sénat précisément par ce ceux du parti national qui me doivent tout Si

DE ïfàPOhiON. 3a 3

« un Macdonâld> uii Vakncè^ un Montesqiiiou <€ hi'eussent trahi !;*<. mais ils m'ont été fidèlest Que « si l'on m'objectait la bêtise de Miii^at^ je répon* «c drais par l'esprit de Marmont.<.i î>

« Saint- Jean-d'Acre enlevé ^ disait«>il un autre jour, « l'armée française volait à Damas et à Alep. Elle eût « été en un clin d'œil sûr [l'Euphrate : les chrétiens « de la Syrie , les Druses ^ les chrétiens de l'Arménie « se fussent joints à elle : les populations allaient « être ébranlées»... J'aurais atteint Constatitinople (( et les Indes : j'eusse changé la face du monde* ii

Une seule circonstance^ peti importante au premiiâr aspect ^ a interrompu ces grandes destinées ; en effet ^ une connivence coupablcf^ et achetée au poids de l'or^ ayant fait sortir du Tettiplesir Sidney Smith qui passait pour avoir voulu inceildier la flotte de Brest y et Phélipaiix ^ ancieh catnarade de Napoléon à l'École militaire ^ ces deux homiûes parvinrent à enlever notre aîrtillerié de siège , et à i*avitalller Saint- Jean^d'Acre au moment où cette ville , battue en brèche par l'armée française^ allait succomber» Qu'un homme vénal fiit de moins au pouvoir j qu'un chef de bureau inaccessible à la corruption conservât son emploi j Napoléon donnait à l'Europe et à l'Asie le spectacle d'un Mahomet politique i et renouvelait l'empire de Sésostris ou d'Alexandre*

En avril 1816, aptes la lecture des papiers publics, où était vivement retracé l'état déplorable de plu-* sieurs de nos provinces^ Napoléoti toujours occupé du sort de la France et du monde, s'écria : « La conte tPô*révolution, même en la laissant aller, doit iné- « vitabteiaent se noyer d'^e-même dans la révoluaï.

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<c tion. Il sufBt^à présent de l'atmosphère des jeunes « idées pour étouffer les vieux féodalistes; car rien cr ne saurait désormais détruire ou efFacer les grands « principes de notre révolution. Ces grandes et belles a vérités doivent demeurer à jamais , tant nous les <c avons entrelacées de lustre , de monumens, de pro- « diges : nous en avons lavé les premières souillures (( dans des flots de gloire; elles seront désormais c< immortelles. Sorties de la tribune française, cite mentées du sang des batailles , décorées des lauriers « de la victoire , saluées des acclamations des peuples, c< sanctionnées par les traités, les alliances des t< souverains , devenues familières aux oreilles <c comme à la bouche des rois, elles ne sauraient « plus rétrograder. Elles vivent dans la Grande-Bre- « tagne; elles éclairent l'Amérique; elles sont natio- « nalisées en France. Voilà le trépied d'où jaillira la a lumière du monde. Elles le régiront, elles seront a la foi, la religion, la morale de tous les peuce pies; et cette ère mémorable se rattachera, a cjuoi qu'on en ait voulu dire , h ma personne ^ parce <c que, après tout, j'ai fait briller le flambeau, con- « sacré les principes , et qu'aujourd'hui la persécution « achève de m'en rendre le Messie. Ainsi , amis et <c ennemis, tous m'en diront le premier soldat, le a grand représentant... »

La lecture des journaux lui inspirait toujours de brillantes et terribles improvisations , qui étaient autant de traits de lumière avec lesquels il semblait éclairer les ténèbres de l'avenir : <c Que résultera-t-il te de tout cela? (en parlant de la France quelques « jours après) deux peuples sur un même sol, achar*

DE NAI»OLiON. SaS

ce nés, irréconciliables, qui se chamailleront sans a relâche et s'extermineront peut-être! Bientôt la « même fureur gagnera toute l'Europe. L'Europe ne « formera bientôt plus que deux partis ennemis : on ne <c se divisera plus par peuples et par territoires , mais « par couleur et par opinion ; et qui peut dire les « crises, la durée, les détails de tant d'orages? Car a l'issue n'en saurait être douteuse : les lumières et « le siècle ne rétrograderont pas ! Quel malheur que « ma chute ! j'avais refermé l'outre des vents : les c( baïonnettes l'ont déchirée. Je pouvais marcher paî- « siblement à la régénération universelle! Elle ne « s'exécutera désormais qu'à travers des tempêtes ! »

Les prophéties contenues dans ces deux morceaux sont empreintes d'une sorte de repentir; il avait raison quand il disait : Vadifersité manquait à ma carrière. De si nobles , de si sublimes aveux ne seraient pas sortis des nuages de sa toute puissance ; il les aurait gardés pour lui.

Ces idées sont celles qui l'ont le plus constamment dominé sur la terre de l'exil ; elles le poursuivaient comme des vérités qu'il semblait forcé de révéler. Le pic de Sainte-Hélène était devenu pour lui le trépied du destin ; il y rendait des oracles sur le monde dont on l'avait banni. Napoléon prédisant, dans les fers de la Sainte- Alliance , le triomphe des doctrines libérales, n'est pas le moins grand phénomène de sa vie.

<c Les moeurs publiques sont en hausse , et l'on

« peut prédire qu'elles s'améKoreront graduellement i< pour tout le globe. La raison humaine , son dévête loppement , celui de nos facultés , voilà toute la clef « sociale , tout le secret du législateur. Il n'y a que

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tf eeux qui veulent trompar les peuples et les goutf verner à leur profit, qni peuvent vouloir les rete-

tf nir dans l'ignorance Le preniier devoir d un

« prince est de vouloir oe que veut le peuple. li « faudra tôt ou tard que Ia régénération moderne « s'accomplisse : c'est en vain que les vieilles aristo- <i craties multiplieraient leurs efforts pour s'y oppoa ser. C'est la roche de Sisyphe qu'elles tiennent éle- « vée aU'dessus ^e leuf s têtes ; quelques bras se las* « seront , et au premier défaut tout crqulera. Le vieux « système est à bouf. Le premier souverain qui au « milieu de la première grand^is mêlée, embrassera « de bpnne foi la eause des peuples, se trouvera à la u tête de toute l'Europe et pourra tenter ce qu'il « voudra.»

Ce qui suit p'est pas moins remarquable, parc^ que la raison du grand politique de Sainte-Hélène prévoit et annonce le ministère de M.Canntng, san^ le nommer.

tf Le ministère ^e Castlerepgh passera , et celui qui tf lui succédera f héritier de tant dejautes, det^tendru <c grand /il <oeui seulement ne pas les continuer. Tout ic son génie peut se borner à laisser faire, à obéir «c aux vents qui soufflent. Au rebours de Castlereagh, « il n^a quà se mettre à la tête des idées libérales , « au lieu de se liguer aç^ec le powpir absolu , et il rm^ a cueillera les bénédiçtionf unwersellesy et tous les « torts de l'Angleterre seront oubliés. »

Cet oracle extraordinaire était rendu à Sainte^^ Hélène!.... Peut-être a-4:41 donné k mort à Castje* reagh, et produit Canning.

fin parlant ainsi siir les autres , Napoléon sentait

J)E NAPOLÉOfiî. 3lin

aussi que son propre règne était fini, et que, pour le eonlinuer , il eût dû se njettre à la tête àé Témancipation des peuples. Une teUe autorité est imposante sur une pareille question. « Il fallait vaincra à Moscou! » disait-il. Il fallait surtout vaincre à WaT tei^loo. L'esprit de ces deux campagnes ne se ressem-? blait pas : à Moskou , c'était encore pour l'empire du inonde qu'il avait les arn^es à la main ( à Waterloo , c'était pour l'indépendance de la patrie. Cette victoire changeait à elle seule tout son système i il exécutait luirméme le 1 8 brumaire de TEmpire.

Le 17 avril 18 16, le- nouveau gouverneur, sir HudsouTLowe, fit sa première visite à Longwood. « Il est hideux , dit Napoléon ; c'est une face patibutf laire; mais le moral, après tout, peut raccommode der ce que cette figure a de sinistre. »

C'était une barbarie de la part des ministres anglais d'avoir relégué Napoléon sous le fatal climat de Sainte-Hélène ; ce fut un crime d'assigper à Tillustr^ captif sir HudsonrLowe pour gardien. L'amiral Cockburn, auquel on donnait un si indigne 'Successeur, avait paru rigide, tracassier, jaloux de son autorité, violent niéme; mais il possédait un cœur d'hqmme et son caractère ne manquait pas de générosité. Sir Hudson-Lowe, accoutumé à martyriser les soldats français sur ces fameux pontons , la honte éternelle de nos voisins, avait un singulier titre d'honneur comme officier : avec deux mille hommes et une bonne artillerie , il s'était laissé forcer dans l'île inexpugnable de Caprée , par le général Lamarque à la tête de douze cents baïonnettes françaises. Il avait rapporté des souvenirs de Tibère df^ cette tje qu'il

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n'avait pu défendre ; et dans celle de Sainte-Hélène il s'annonça comme le Séjan de Bathurst et de Castlereagh. U débuta par un mot affreux. Les officiers de liapoléon lui disaient qu'à Longwood il n'y avait point d'arbres pour se mettre à l'ombre. Nous en planterons , répondit-il. Tel était le ministre subalterne dont les commissaires des rois de l'Europe vinrent sanctionner par leur présence la basse tyrannie, le 17 juin j en apportant à Sainte-Hélène le bill relatif à la détention de Napoléon ; car le ministère britannique avait osé faire convertir en loi l'acte le plus indigne de porter ce nom sacré.

Rien ne fut oublié par le nouveau gouverneur pour torturer sa victime. Le cbeval était absolument nécessaire à Napoléon; la surveillance indécente et prochaine qui l'arrêtait à chaque pas le força de se priver d'un exercice indispensable avec sa constitution et ses habitudes; bientôt même l'espace qu'il parcourait à pied fut tellement circonscrit par les sentinelles multipliées sur son passage , qu'il se vit obligé de renoncer à ses promenades. La transition subite d'une vie laborieuse et agitée à une inaction complète des facultés physiques , suffisait pour porter une atteinte funeste à la constitution du prisonnier. La mauvaise qualité des alimens , la nature de l'eau qui n'était supportable qu'après avoir subi l'épreuve du feu, des privations de toute espèce, ie strict nécessaire à peine assuré, et près de manquer quelquefois , la petitesse et l'incommodité d'ime maison malsaine, devaient accroître incessamment le danger. Mais un tempérament robuste et éprouvé, l'énergie d'un grand caractère, pouvaient triompher

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de tout , même de l'influence meurtrière du climat ; Hudson-Lowe eut recours à tous les moyens propres à miner et à décomposer les forces morales du captif. La maison de Longwood fat par le fait mise au secret : on interdit à Napoléon et aux siens toute correspondance avec les habitans de l'île ; on entrava les communications avec les officiers et les soldats de la garnison, et particulièrement avec ceux du brave 63^, qui, lui rendant cette espèce de culte qu'un grand capitaine obtiendra toujours dans le cœur même des guerriers ses ennemis , admiraient et plaignaient Napoléon sans négliger toutefois aucun de leurs devoirs. Indépendamment de ces vexations journalières , les agens de sir Hudson pénétraient à toute heure dans les appartemens de Longwood ; les occupations, l'état de maladie, le sommeil même si nécessaire au prisonnier , ne suspendaient point ces visites réitérées. Ce n'est pas tout ; la haine du cabinet britannique avait enlevé d'avance à Napoléon la possibilité de recevoir des nouvelles de sa mère , de sa femme, de ses frères et de son fils ! Leurs lettres, si on en laissait passer quelques-unes, ne lui arrivaient qu'après avoir été décachetées et lues par des officiers subalternes. Nul moyen d'écrire, même au prince régent , sans soumettre la correspondance au gouverneur : apparemment lord Bathurst craignait que la libre et noble expression des douleurs du grand homme, parvenant directement au prince, ne lui inspirât une résolution généreuse. Vainement Napoléon avait fait demander les journaux anglais et français , et les livres relatifs aux années qui s'écoulaient pendant son exil ; cette requête si simple avait

33o msToiAE

été rej^tée : non fiontmt dono de re»fei«mer vivaHt dans une affreuse prison qu'on s'appliqua à lui mentrer comme son tombeau, on voulait çncore lui interdire pour jamais tout rapport, même inteUeetuel, ayec la France , l'Europe et le monde« Quelquefois on paraissait se relâcher de la sévérité de pette consigne, mais était pour mettre sous ses yeux desfragmens des gazettes , et les libella^ les plus remplis d'iqjures débitées contre lui par des misérables qui avaient rampé à ses pieds, et fatigué sa patience de leur servilité intéressée. La mort venait-elle à frapper quelques-uns des objets de son affection, le gouverneur par un raffinement de barbarie, s empressait de lui communiquer la fatale nouvelle; en même temps on lui enviait toutes les consolations du cœur. Ainsi , ayant appris qu'un voyageur venu d'Europe avait vu Marie«Louise, et touché de ses mains bur enfant , Napoléon , ému jusqu'au fond des entrailles, demanda la permission d'entretenir un instant cet étranger sur des personnes si chères ; un refus cruel fut la réponse de sir Hudson. Napoléon, qui n'avait point abdiqué la première des souverainetés àe l'homme, celle de son propre cœur, restait supérieur à ces injures et à ces outrages ; mais à la lecture du discours prqnoncé dans la Chambre des Pairs , par 1 ord Bathurst , qui , sourd aux instances privées , et opposant de lâches mensonges aux plaintes publiquesde lord HoUand et des membres les plus distipgués de l'opposition , au sujet de la détresse de l'illustre prisonnier sur le rocher de Sainte-^Hélène , avait osé affirmer qu'il avait des trésors immenses à s£( disposition , il dicta de v(grve cette éloquente i«futation j bien moins pour confondre le ministre, que pour

DE NABOLBON. 33 1

être entendu de rAngleteire et de la Franoe , de l'Eu» rope et de la postérité :

a Vous voulez connaître les trésors de Napoléon. tf Ils sont immenses^ il est vrai y mais ils sont exposés « au grand jour. Les voici : Le beau bassin d'Anvers, c( celui de Flessingue , capables de contenir les plus «c nombreuses escadres , et de les préserver des glaces a de la mer; les ouvrages hydrauliques de Dunker- « que, du Havre, de Nice; le gigantesque bassin de « Cherbourg ; les ouvrages maritimes de Venise ; les tf belles routes d'Anvers à Apisterdam , de M ayeqce tf à Metz ; de Bordeaux à Bayonne ; les passages du tf Simplon, du Mont-Cénis, du MontTGenèvre , de la a Corniche^ qui ouvrent les Alpes dans quatre direct tf t;ons ( dans cela seul vous trouveriez plus de 800 tf millions ) ; ces passages qui surpassent en hardiesse, tf en grandeur et en efCdrts de l'art , tous les travaux tf des Romain^! Les routes des Pyrénées aux Alp^s, tf de Parme à la Spezzia, de Savone en Piémont (les tf ponts d'Iéna, d'Austerlit?;, des Arts, de Sèvres, de tf Tours: de Rouanne, de Lyon, de Turin, de l'Isère tf de la Durance, de Bordeaux, de Rouen, etc., etc. tf Le canal qui Joint le Rhin au Rhéne p^r le Doubs, tf unissant les mers de Hollande avec la Méditerranée^ tf celui qui unit l'Escaut à la Somme, joignant Am-* tf sterdam à Paris ; celui qui joint la Rance à la Vi* tf laine; le canal d'Arles, celui de Pavie, celui du tf Rhin. Le dessèchement des marais de Bourgoing, tf du Gotentin , de Rochefdrt. Le rétablissement de tf la plupart des églises démolies pendant la révolu* tf tien X Télévatien de nouvelles ; la construction d'un ff gran^ nombre d'établis^mens d'industrie, pour

83a HISTOIRE

« l'extirpation de la mendicité. La constructiou du (( Louvre , des greniers publics , de la Banque y du oc canal de l'Ourcq : la distribution de ses eaux dans (c la ville de Paris; les nombreux égouts, les quais 9 « les embellissemens et les monumens de cette grande « capitale. Les travaux pour l'embellissement de Rotf me ; le rétablissement des manufactures de Lyon ; a la création de plusieurs centaines de manufactures (( de coton , de filature et de tissage , qui emploient (( plusieurs millions d'ouvriers. Des fonds accumulés « pour créer plus de quatre cents manufactures de a sucre de betteraves pour la consommation d'une « partie de la ÏFrance , qui auraient fourni du sucre « au même prix que celui des Indes , si eUes eussent a continué d'être encouragées seulement encore qua- <c tre ans. La substitution du pastel à l'indigo, qu'on <c fut venu à bout de se procurer en France à la même <c perfection et à aussi bon ùiarché que cette pro- « duction des colonies. Le nombre des manufactures

« pour toute espèce d'objets d'art , etc., etc. Cin-

« quante millions employés à réparer et à embellir « les palais de la couronne. Soixante millions d'ameu- (c blemens placés dans les palais de la couronne « en France , en Hollande , à Turin , à Rome. Soixante (c millions de diamans de la couronne , tous achetés « avec l'argent de Napoléon. Le Régent même , le a seul qui restât dés anciens diamans de la couronne « de France, ayant été retiré par lui des mains des « juifs de Berlin , auxquels il avait été engagé pour « trois millions. Le musée Napoléon , estimé à plus <c de quatre cents millions , et ne contenant que des « objets légitimement acquis, ou par de l'argent, ou

(c par des conditions de traités de paix connus de a tout le monde , en vertu desquels ces chefs-d'œua vre furent donnés en commutation de cession de a territoire ou de contributions. Plusieurs millions « amassés pour Tencoùragement de l'agriculture, <c qui est l'intérêt premier de la France. L'institution a des courses de chevaux, l'introduction des mé- « rinos , etc., etc., etc.

« Voilà ce qui forme un trésor de plusieurs mil- « liards , qui durera des siècles.

a Voilà les monumens qui confondront la calom- « nie!!!... L'histoire dira que tout cela fut accompli « au milieu de guerres continuelles , sans aucun em- « prunt , et même lorsque la dette publique dimicc nuait tous les jours , et qu'on avait allégé les taxes « de cinquante millions. Des sommes trés-considé- « râbles demeuraient encore dans son trésor parti- « culier. Elles lui étaient conservées par le traité de (c Fontainebleau , comme résultant des épargnes de « sa liste civile et de ses autres revenus privés. Elles « furent partagées et n'allèrent pas entièrement dans « le trésor public; ni entièrement dans celui de la « France ! ! !...

Cependant les persécutions continuèrent avec le même caractère à Sainte-Hélène ; le gouverneur crut devoir venir se justifier en rejetant sur le ministère anglais tout l'odieux d'une conduite infâme ; il prétendait accomplir un devoir. « Le bourreau en fait « autant , lui répondit l'Empereur ; il exécute aussi <c les ordres qu'il a reçus. Je ne crois pas qu'un goûte vernement soit assez vil pour donner des ordres sem- « blables à ceux que vous faites exécuter... Vous avez

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cr plein pouvoir sur mdn torps ^ mâid aucun sur mon ce ame. Cette ame est aussi fière , aussi courageuse) tt que cpiand elle commandait à l'Europe. Yotis êtes (f un sbire sicilien et non pas un Anglais. Je vous prie « de ne plus revenir, jusqu'à ce que vous apportiei « l'ordre de me dépécher : alors vous trouverez toutes « les portes ouvertes. » Malgré cette défense , les sicaires de sir Hudson-Lowe voulureiit pénétrer dans l'asile de Napoléon ; la menace d'une défense désespérée , et la protestation réitérée qu'on ne violerait le droit de sa porte qu'en passant sur son cadavre, le débarrassèrent enfin d'un indigne assujétissement. Mais la haine et la méchanceté n'en parvinrent pas moins à leur but , celui de l'assassiner lentement et d'une manière infaillible. En effet, pour se dérober à des persécutions sans relâche et sans fin , Napoléon résolut de se confiner dans son étroite et fatale demeure , et avança ainsi , par le défaut d'exercice et surtout par le travail immense que nécessitait la ré« dâction de ses Mémoires , l'époque à laquelle, suivant son énergique expression > le ciel de Sàinte-^Hélène, chargé du forfait de sa mort, devait le consommer.

DE JXkPOhÉ&ff. 335

CHAI^ItRÈ il.

MALilDIB, MORT, T&STAMFNT DE VkVOhàoV,

Le èomtfe de Lds-Cafeêà , chaitlbfellâti dé Nàpoléoh) à qui l'on doit de précieux et de touchans souvenirs des quinze premier» mbis de Sainte^Hélèue > avait été arraché à la confiance, à l'amitié du captif, par soh impitoyable gardien. Une lettre insignifiante, confiée à Un voyageur, sans avoir été remise ouverte au gouverneur, suivant là règle imposée par Ce geôlier ombrageux, fut la cause innocente de l'enlèvement de M. de Las*Cases et de ce jeune Emmanuel, Son fils, alors enfant, qui depuis est allé venger publiquement à Londres, sur la personne de sir Hudson- Lowe , lés outrages faits à son père et à Napoléon. Ce prince les vit de sa fenêtre , entraîner par des soi dats. Un autre calcul de la barbarie envenimée par la peUr, qui tourmentait jour et nuit le geôlier dfe Longwood, ravit de même au malade le médecin du Notikamberiand ^ O'Meara, qui avait obtenu et mérité sa confiance. Le docteur O'Meara s'était rendu bien coupable aux yeux de Hudson-Lowe : il était aimé de Napoléon, il l'aimait; et, crime irrémissible! il avait Voulu épargner Un criUie à sa patrie, en écrivant au ministère que Tair de Sainte-Hélène suffisait pour tuer le prisonnier. Pour surcroît de malheur, le général Gourgaud, qui| de retour en Europe, n'a

cessé de défendre Napoléon pendant sa vie et après sa mort) fnt condamné ^ par le délabrement total d'une santé depuis long-temps chancelante à rompre le ban d'une fidélité qui lui était bien chère. Ainsi Napoléon se trouva tout-à-coup privé de quatre compagnons qui f par la variété de leurs services et par celle de leurs connaissances , contribuaient chaque jour à lui alléger le fardeau de l'existence. Il n'avait plus auprès de lui que les généraux Bertrand et Montholon.

Malgré la défense du gouverneur, O'Meara était allé rendre compte à Napoléon de la nécessité de son départ. « Le crime s'en consommera plus vite, lui

a dit Napoléon Quand vous serez arrivé en Eu-

« rope , vous irez trouver mon frère Joseph ; vous lui « direi que je désire qu'il vous donne le paquet conte tenant les lettres particulières et confidentielles « qui m'ont été écrites par les empereurs Alexandre « et François , par le roi de Prusse et les autres soute verains de l'Furope, que je lui ai confiées à Rote chefort (i).

te Vous les publierez pour couvrir de honte ces te souverains, et découvrir au monde l'hommage vil te que ces orgueilleux vassaux me rendaient, quand te ils sollicitaient des faveurs ou me suppliaient pour te leurs trônes. Lorsque j'étais fort, et que j'avais le te pouvoir en main , ils briguèrent ma protection et te l'honneur de mon alliance , et ils léchèrent la pouste sière de mes pieds : maintenant que je suis vaincu a ils m'oppriment lâchement , et me séparent de ma et femme et de mon enfant. )>

(i) Voy«2 k pote ^, à la fin du livre.

Napoléon recommanda ensuite au docteur de tâcher de lui envoyer des renseignemens authentiques sur la manière dont son fils était élevé. « Qu'il n'oublie ce jamais, dit-il , qu'il est né prince français ! Adieu , « OlVIeara , nous ne nous reverrons plus ! »

Le docteur Stokoë, chirurgien du vaisseau le Conquérant y remplaça le docteur O'Meara, et fut aussi congédié par le gouverneur. Napoléon resta sans médecin pendant près d'une année. Ce fiit après cette période^ et lorsque la maladie avait eu le temps de prendre un caractère incurable , qu'il vit arriver le docteur Antomarchi , professeur de Flo* rence , et les chapelains Buonavita et Vignali , envoyés de Rome par le cardinal Fesch , tous les trois compatriotes de Napoléon. Ils lui apportaie/it les vœux de la terre natale ; ils devaient bientôt y porter ses derniers adieux. La première entrevue avec Antomarchi, qui eut lieu le 2 3 septembre 18 19, brisa son ame émue par les souvenirs les plus tendres. Il reçut alors avec transport le portrait de son fils, qu'il contempla long-temps , les yeux pleins de larmes, a Cher ce enfant, s'il n'est pas victime de quelque infamie <c politique, il ne sera pas indigne de celui dont il « tient le jour.» Quelque temps après cette scène , suivie de plusieurs autres où l'amour paternel avait éclaté avec toute la tendresse possible, l'Empereur, rentrant accablé de fatigue , et ne sachant que faire pour combattre une mauvaise disposition , se saisit d'un Racine, et ouvrit le livre à Andromaque. ^An- « dromaquey dit-il, cest la pièce des pères malheu" a reux.ïi Puis il se mit à lire quelques vers ; mais l'ouvrage lui tomba des mains â ce passage fameux :

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