‹ Histoire de Napoléon (volume 5)Chapitre 26 sur 33 · IV. a · texte numérisé non relu

IV. a

3i§ HtttÔIRE

Je piêééi jékqa'ML Heax ou TaA gird« mén fils ; Puisqu'une foiB le jour vous souffres que je voie Le seul bien qui me reste et d^Uector et de Troie , J^allais, seigneur, pleurer nh moment avec lui : Je ne Vàl point encore embrassé anjoordliui :

Au milieu des plus cruelles souffrances > un de ses {)lai^lrâ les plus doux était d'appeler les eiifand du grand*maréchal , d'assister à leurs jeux et d'âccômftloder leurs différends ; il se prêtait à ce rôle aTec une totnpîaisaiice toute paternelle : mais ces distraie fions, de famille en quelque sorte,- ne le détottrhâient paà des hautes pensées et des gérféreiix âëritimens. L'amour de la patrie occupait surtout cette grande ame ^ à la quelle on a toulu refuser la sensibilité , parce que chei lui la sensibilité ardente , et même pleine de tendresse, était modérée par la puissatice aux prises avec tous les périls j avec tous les embarras et toutes les extrémités des choses humaines. Sur sOh roc de Prométhée, Napdléon ne parlait de la Corse qu'avec une affectioh toute filiale. « Ah ! (c docteur , quels souvenirs la Corse m'a laissés ! Je (c jouis encore de ftes sites , de ses moUtagnes j je la a foule, je la réconnais à l'odeur qu'elle exhale. Je « voulais l'améliorer, la rendre heureuse ^ tout faire a en un mot pour elle : le reste de là France n'eût « pas désaprouvé ma prédilection, a Ensuite, après avoir détaillé tous sfes projets de grarideut» pour le pays qui l'a vu naître , il s'écria : « La patrie ! la pa- « trie! Si Sairite-Hélène était la France, je me plairais sur cet affreux rocher. » Les bon& sdiUà du médecin, la docilité du makde, si habituellement febelleâux prescriptions de l'drt, avaient produit un mieux sensible dans son état. Le î 3 -novembre^ il

DE NAi^dfeiêoK. 55c|

xnarehait dans son jaixlih; faible eii€c$ré${l è'âftàlt^ promena ses regards a droite et à gauche ^ et dit au docteur Antomarchi avec une étpWssiôh pénible : a Ah! où est la France ? où est son riant cliitiat? 81 « je pouvais respirer au moins un peu d'ftif qui eût « touché cet heureux pays ! Quel Spédificjiië cjiie le « sol qui nous a vus naître ! Antée répai*àit ses fot*ces « en touchant la terre : ce prodige se rèrioilvellët*âit ce pour moi } je le sensj je serais feVitiflé si j'apét*ce- « vais nos côtes. Nos côtes ! j'oubliais que là lâcheté « a fait une surprise à la victoire ; on n'appelle pas dé « i^es décisions^ »

L'année 1 8 19 s'écoula dans les alternatives de hialadie et de rétablissettient ^ qui aboutirent à Une rechute gravent dont l'issue ne pouvait qtie donner de fortes inquiétudes. Cependant^ malgré ses fcouffrancesetun dépérisément visible j la méiliolré de Napoléon toujours présente, son imagination tou-* jours la même , lui retraçaient les évènfètheiis àved une fidélité admirable et les coloraient avec Une étonnante richesse. Dans lé récit dé ses campagnes d'Italie et d'Egypte, il lui échappait des éclairs de génie semblables à ceux qui jaillissent d'un horizon

enflammé.

La maladie continua avec les mêniês vicissitudes en iSao. Dans les premiers mois de Tannée, Napoléon semblait avoir repris la santé, gracé à Une vie plus active et aux travaux du jardinage, auxquels 11 avait eu recours sur la foi de soii médecin. Illusion trom* peuse! l'affection était trop grave pour guérir sous un climat aussi propre à développer son énergie. Cette situation du malade, prévue et annoncée pur

34o' HISTOIRE

la correspondance et la relation du docteur Olileara et par les rapports du docteur Stokoê , était connue en Angleterre ; le ao juillet , le fidèle O'Meara, toujours attentif à l'état de son illustre ami y écrivit à lord Bathurst :

. a Votre seigneurie me rendra la justice de se rap- « peler que la crise y actuellement arrivée y a été prête dite par moi y et officiellement annoncée à l'ami- « rauté, à mon retour de Sainte-Hélène , en 1818. ce Un temps bien court a trop malheureusement juscc tifié une opinion que le simple bon sens suffisait a pour faire prononcer , et que la probité la plus « ordinaire obligeait de divulguer. » La déclaration du docteur, aussi remarquable par la précision des faits que par l'énergie de l'expressio^, devait ôter tout prétexte de doute au ministre anglais. Elle portait : « Que la mort prématurée de Napoléon était « aussi certaine y sinon aussi prçchaine ^ si le même <c traitement était continué à son égard j que si on « VoAfait livré au bourreau. » Le digne M. O'Meara sollicitait y par la même lettre, la permission de retourner à Sainte-Hélène pour y donner des soins à Napoléon, dont il avait, pendant trois ans, étudié la constitution. Il demandait à partir gratuitement , et même à résider à ses frais auprès du patieitt. L'expression si énergique de patieitt avait été proposée par le grand-maréchal Bertrand, et acceptée par le gouverneur sir Hudson-Lowe, en remplacement des qualifications d'empereur et de général, dont l'une répugnait aux Anglais, et l'autre aux Français. Lord Baithurst ne voulut point écouter la proposition du coiu*ageux O'Meara, et accepta sans hésiter la respon-

sabilité d'un refus qui équivalait presque à un arrêt de mort. Dans l'île fatale, comme à Londres, on prévoyait la fin de la douloureuse agonie de Sainte- Hélène. Le 20 juillet, le docteur Antormachi adressa au docteur Colonna, pour être communiquée à la famille de Napoléon, une lettre qui annonçait, non pas un danger imminent , mais le désespoir de la guérison. Cependant le 3i du mois, le malade paraissait rétabli; il reprit avec plaisir ses habitudes matinales : mais le feu couvait sous la cendre; le physique se décomposait par degrés, et le moral était affecté. Les bruits alarmans répandus sur Napaléon n avaient porté une vive et profonde atteinte au cœur paternel; heureusement la nouvelle arriva que l'enfant avait été promu au grade de caporal. Assuré ainsi de l'existence de son fils qu'il avait cru mort : «Ah! je respire!» s'écria- 1- il; et suivant sa coutume, il se jeta sur d'autres souvenirs poui* dissimuler son émotion. Vers le i5 septembre, les symptômes fâcheux, ayant reparu avec un caractère de violence , une lettre press^mte sur l'état critique de Napoléon fut adressée , par le comte Bertrand, au lord Liverpool, et ne produisit encore aucun effet. Il fallait autre chose afin de convaincre lord Bathurst, qui avait pour Napoléon la dureté de cœur d'un émule de Castlereagh , et que rassuraient sans cesse les mensonges de sir Hudson-Lowe.

De nobles souvenirs de l'Italie et de la France, de touchantes images de sa famille , remplissent les intervalles des souffrances du malade, et ne l'empêchent pas de prononcer chaque jour son arrêt lui même malgré les déceptions par lesquels la pitié du méde-

34) mvToiRE

mn cbarohe à lui déguiser lit triste yerité. La dmileur de la moft de sa sœur , la princesse Élisa, rappelle Napoléon à ettç idée fixe de sa fia prochaine : « Je u n'ai plus ni forées , ni activité , ni énergie; je ne suis (¥ plus Napoléon 9 ditnl à son médecin. Vous cherchez lEc en vain à me rendre l'espérance, à rappeler la vie ff prête à s'éteindre. Vos soins ne peuvent rien confie tre la destinée) elle est immuable. La première toi personne de notre famille qui doit suivre Élisadans « la tombe est ce grand Xapoléon qui végète y qui Pi plie sous Is faix, et qui pourtant tient encore l'£u- 4c rope en alarmes!» Il ne se trompait pas. En effet, les révolutions d'Espagne et de Naples , qu'il apprit au mois de janvier i8ao, avaient porté au plus haut degré les alarmes cju'inspirait à l'Angleterre celui qu'elle rotenait comme enchaîné dans une prison inaccessible , entouré de tous cotés par des troupes nombreuses, et dominé en outre par deux camps assis ji dnoite et à gauche sur d^ix mamelons les plus élevés de l'île. Cette frayeur était si grande , qu'elle semblait enepre animer sir Walter Scott, lorsqu'il écrivait en 1637 : «tOn ne saurait calcider l'effet qu'aurait pu produire son nom dans ce moment de commotion générale ; mais ce qui est certain , c'est que les conséquences de son évasion auraient été terribles j le ministère sachant quelle action un génie semblable exercerait au mili^ des élémens du dé* «ordre , avait enjoint au gouverneur de Sainte-Hélène de redoubler de vigilance. » îïapoléon se mourait de jour en jour, pendant que lord Bathurst, le voyant déjà l'épée à la main, au palieuMe l'Italie enivrée de ievoir son tibératenir, pMScriviot au doeile Hoésaii-

l^W^ ^ ^ r^mirgl qui cofl[^R|^n4^t la ^t^iqn ^ Sai^fe- IJélèfte ^Ê$ pljjs grao4es précgjitfpns-ppur en?pê)c|xer, l'évasioij di^ prisonnier. Qij'Dn juge de^Qfj ^prt^ l^ui^ qu,e toutes leç rigueurs, eflïplpyées contre lui, (Jcr ya^ppj; encore s'apcroîtrjB pour icalmer la frayeur gu^ ce npuvel Aaijib^l causait 4 1^ nouy.eljp Rpipe,

l/s^njf^é^ 1,82 j a cpmmpncé sous de funpstp^ auspices. Ngpplépp 4éclinj5 (te ïftom^ut pu uipuj^eut; nimpprtp! uu pi^ddéj4 4^^^ la tpuîbe, il s occupe pupP*'? 4§ rpurpp^ et ^ wn avenir ; il parj^ 4^ l'It^Hp en l}ppaujje qui gv^t^ur plie de grau4s et ^e jii*teg desseins ; il regrette an^è^eiUBut de u'gypif pu fair,e d^ la Pe^ijfsu^e un^ puis§aupe unique ef iud^ppnxjjsinfç que §pn fi^ leut gpuv^ruéjg. Dans le uipi^ de fpyrier; u^^e cpiftètp parut ^u-de^u^ 4p Saiuf^rfljéj,ène j Ijf^appjjéou si9Ug«* d'^pr4 à /:^1J^ de Ju^eg-Cé^ar, et sjembla préypir que #^ prppre m9lt éfaif projchaiflje. Tpift pequi r^uvir^ï^sit |^ pr^eçsaij: d'amer vpir ce pljiépomèu^j m^i^ iustau.ciasf inutiles j Up seul de jses officiers gardât Ije si^epce ; ^ Vpus pi'ayjBz cpnapri^ ^ vous ! î?]ui ditil. I)^pui6 lopg-tefnpi^ il avait la ponvictiou de nç poipt échapper au climat de Safpte-Iiéjlèue , pt à tpuf lUpment quelques parole^ prpphétiques annonçaient cette copviptiou. &lp étaji: ég^epiept d^nç le coeur de ses serviteurs; ,^ussi, le 17 fpars? l^ comt,e J^ipntholpu écrivit à la priuc^sçe Borgbèsp: «Que la m^la- « die de foie dont Napoléon spuffrait depuis pJu^i^re if années , et qui est eudép^ique et piprtplle à S^utefic Jlélèpe, ^vaijt fait des progrès pffray^us depuiç m deux lopis ; qu'il ne pouvait marcher daps spu ap^ if p^r^epiept san$ é^re ^Utenju. » Le pomte ajputait ; a 4 I* maladive 4§ foiie ^ joiul; uue autre maladie;

344 HISTOIIUS

c( également endémique dans cette île. Les intestins

<c sont gravement attaqués Le comte Bertrand a

écrit au mois de septembre, à lord Liverpool, pour tt demander que l'Empereur soit changé de climat y « et faire connaître le besoin qu'il a des eaux minéa raies. Le gouverneur , sir Hudson-Lowe , s'est re- « fusé dejaire passer cette lettre à son goiu>emementy a sous le vain prétexte que le titre d'Empereur était « donné à S. M. L'Empereur compte aussi sur V. A. m pour faire connaître à des Anglais influens Fétat «c véritable de sa maladie. Il meurt sans secours sur <c cet affreux rocher; son agonie est effroyable.... »

En effet , ce fut le jour même où écrivait le général Montholon que commença la crise qui , deux mois après, devait emporter Napoléon. «Zà, cest là!» disait-il , le 1 7 mars , en montrant sa poitrine au docteur Antomarchi. Celui-ci lui présenta un flacon d'alcali. aEà non! ce ri est pas faiblesse, s'écria Na- « poléon , cest laforcç qui m'étouffe, c'est la i^ie qui <c me tue.... Puis, s'élaiiçant à une fenêtre et regarde dant le ciel : « 1 7 mars , dit-il ; à pareil jour, il y a a six ans (il était à Auxerre, venant de l'île d'Elbe), « iljr açait des nuages au ciel. Ah !je serais guéri si « je ifojak ces nuages. » Puis il saisit la main du docteur, et l'appuyant sur son estomac : « C^est un « couteau de boucher quils ont mis /«, et ils ont brisé « la lame dans la plaie. »

Les derniers jours de Napoléon furent aussi grands que les plus glorieuses époques de sa vie. Trop certain de sa mort, il souriait de pitié ou plutôt de compassion à ceux qui cherchaient à combattre en lui cette idée. ^Pouvez^vous joindre c<?/a P » [dit-il à

M. Munckhouse, officier anglais, après avoir coupé en deux le cordon de la sonnette de son lit : «..Aucun « remède ne peut me guérir. Mais ma mort sera un « baume salutaire pour nos ennemis. J'aurais désiré de « revoir ma femme, et mon fils ; mais que la volonté « de Dieu soit faite ! » Puis , avec une attitude digne de Socrate, il ajouta : «Il n'y a rien de terrible dans <c la mort. Elle a été la compagne de mon oreiller « pendant ces trois semaines, et à présent elle est sur « le point de s'emparer de moi pour jamais. » Un . autre jour il dit : « Les monstres ! me font ils assez « souffrir? encore s'ils m'avaient fait fusiller, j'aurais

« eu la mort d'un soldat J'ai fait plus d'ingrats

« qu'Auguste ; que ne suis-je comme lui en situation « de leur pardonner ! La nouvelle maison destinée à Napoléon venait d'être terminée. « Elle me servira de c< tombeau y » dit-il; et, en effet, on dut en employer les pierres à bâtir le caveau où il repose.

Le i5 avril. Napoléon s'enferme avec MM. de Montholon et Marchand; il fait ce testament où il n'oublie personne, ni ceux qui l'ont suivi, ni ceux qu'il a laissés en France , ni ceux qui depuis longtemps avaient cessé de vivre, ni aussi les pervers qui l'ont trahi. Ce précieux inventaire des sentimens de Napoléon remonte de la prison de Longwood à sa jeunesse : près du dernier moment, il songe aux enfans du général Dutheil qui a pris soin de lui dès son entrée dans la carrière militaire ; à la famille du représentant Gaspariu qui, au siège de Toulon, a sanctionné les inspirations du génie et défendu leur auteur contre la persécution , au fils de l'intrépide Dugommier, son ami, le premier qui ait deviné le

346 nmoum

maître Aitur de TËupope dans un jeua^ c&mm^i^^ut d'artillerie de la république. Parmi ses légataira$ «ont les soldats de Tîle d'Elbe , Les blessés de Waterloo, les proscrits de l'amnistie de 1 8 1 5 , les victimes die la réaction, les anciens amis, les serviteurs fidèles : sa chère ville de Briehpe, et huit provi^ces de France, ont part aux libéralités de cet autre César , non ippio^ reconnaissant et non moins gépéreux qa^ le premier. De son lit de mort, Napoléon, conservant en quel? que sorte son aurorité jusqu'à la dernière heure, stipide aussi les intérêts qui , après lui , /doivient ppcuper deux empires. Sou VQe^ le plus cher ^st quç ses cendres reposent sur les bprds de la Seine, au milieu de ce peuple français quil a tant aimé... Il fe* commande à son fils de nejaïfiais oublier quil e^tué prince français , de ne jamais cornbattffi la Fraw^ y d'adopter sa devise : 0at pour le peuple françmSf itfc. Antomarchi arrive : ^s^VoUk mes apprêts y docteur l ^ lui dit Napoléon en lui montrant dei^ papjiers qui couvrent le tapis. « Je m'm wis^" plfis dUllusiPH" Jfi tf suis.resi^.yi Le 19 il ^{ n^iiBux. (On s'^P réj^t:. « Fous ne mus tfvmp^z pas , dit-il , y> suis pmiix , mais je r^e sens pas moins rna Jm s'i$pprmker- Qi^(w4 je serai nmrt, chaam de wus aura le bonhew de r§mir l'Eumpe , ses parens , ses iunis : moi j§ pçiierrm mes braaes dans les ChampSrÉlysées, Oiil, %îfmUèrt^ d'une voix forte et «olemii^ie : fUéb^r^ Pejm^^, S§§^ sièresy Duroc, Ney^ MtmUf Massérm, Serthifr^ tous viendront à ma remontre..., S^ rm ^ftyimty ils dm^ien^ dmnt tousjous d' enihpusiasrm et de glQire. ^us mu^^ seims de ms guerres , a^p les St^ipimy le^ Amfdholy Us César y les Ft^dém^à mi>im, ajit«tfa t*iJ^ riptj

DE HAFoi^Beur. 347

jq^ là'bas on ait peur d$ ^oir tant de guerriers ensemr ble. )) Dans le même moment entra le docteur Arr nold; ^chirurgien d'un régiment anglais, ce C'en est flc fait, lui dit Napolépn ; le coup ^t porté. Je touche ^. à ma fin : je vais rendre mon corps à la terre. « Approchez, Bertrand, traduisez à Monsieur ce que a vous allez entendre.... N'omettez pas un mot. — « J'étais venu m'asseoir au foyer du peuple britan^ff niquie. Je deiiiandais une loyale hospitalité^ Contre ii. tout ce qu'il y a iie droits sur la terre , on mis ré « pondit par des fers. J'eusse reçu un autre accuiBil vi d'Alexandre, de l'empereur François, du roi de <c Prusse. Mais il appartenait à l'Angleterre de surr « p^idre, d'entraîner les rois, et de donner au a monde le spectacle inouï de quatre grandes puis €£ sances s^acharaant sur un seul hommQ. C'est yotns tf ministère qui a choisi i^l affeu?: rochei? où s^ eonr a somme, en moin$ d^ troi^ ans, la vie d£S Euroa péens, pour y achever la mienne par un assassinat. a Et comment m'avêz-vous vu traité depuis que je u suis sur c^ écueil ? U n'y pas une indignité dont ce V0I16 ne vous soyez fait une joiie de m'abi^uv/er. Les ce plus simples cofnwinications dis fafiâtte, f^es œétf mes qu'on n'a jamais interdites à personne , vpus ^ H^e les avez refusées... Ma femm^e, mon fils, n'ont $c plus vécu pour moi : vous m'avez tenu six ans ce dans la toiture du secret. Dans cette ile inhospi^ a talière, vous m'avez donné pour dâmeure Tendroit 4K le moins fait pour étr<e habité , celui où le dimat <c meurtrier du tropique se fait le plus sentir; il a <( faUa me renfermer en quatre cloisons , moi qm If f«iVMur£^ à cheval toute l'Eujrope^ Vous m^mm

« assassiné longuement, avec préméditation , et Fin- <c fàme Hudson a été l'exécuteur des hautes œuvres a die vos ministres.... Vous finirez comme la superbe « république de Venise; et moi, mourant sur cet a affreux rocher, privé des miens et manquant de « tout, je lègue V opprobre de ma mort à la maison «c régnante d'Angleterre, » Tel fut le manifeste testamentaire de Napoléon.

Napoléon était trop pénétré du sentiment de sa propre grandeur, pour ne pas croire à Fimmortalité de l'âme. Deux jours après , le ai, il voulut rendre l'hommage du chrétien à ce dogme consolateur; la veille, à l'insu des généraux Bertrand et Montholon, l'autel se trouva dressé dans la pièce voisine de la chambre mortuaire ; il avait tout prescrit lui-même au chapelain qui reçut sa confession. L'état du malade ne permit pas qu'on lui administrât le viatique. Seul , avec l'abbé Vignali qui ne l'avait connu qu'à Sainte-Hélène, il ne donna à aucun témoin de sa puissance passée le spectacle de cette dernière abdi* cation. Présent aux ordres que Napoléon ^vait intimés, le 20, à son chapelain, le docteur Antomarchi parut mlPiifester une sorte d'étonnement. fuJe ne suis lui. dit Napoléon, ni philosophe ni médecin. N* est pas athée qui veut, » C'était sans doute matérialiste que Napoléon avoit voulu dire. Le 2 5, il eut la force d'ajouter quatre codicilles à son testament.

Le 28 , un soin stoïque occupe Napoléon ; il charge Antomarchi de faire l'autopsie de son corps; -de communiquer à son fils ses observations , de mettre son cœur dans de l'esprit-de-vin , et de le porter « à sa chère Marie-Louise ! Fous irez à Rome , docteur;

DE NAPOLEOir. 349

vous direz aux miens que le grand Napoléon a ex-pire sur ce triste rocker y dans Vétat le plus déplorable^ manquant de tout^ abandonné à lui-même et à la gloire, n Le lendemain on lui apporta de Teau de la fontaine voisine de Hutsgate. «c Si la destinée voulait <c que je me rétablisse , dit-il, j'élèverais un monua ment dans le lieu où jaillit cette source ; je cou- « ronnerais sa fontaine 9 en mémoire du soulagement «c qu'elle m'a causé. Si je meurs, et que l'on ne prosa crive pas mon cadavre comme on a proscrit ma <c personne, je souhaite que l'on m'enterre auprès a de mes ancêtres , dans la cathédrale d'Ajaccio. S'il ce ne m'est pas permis de reposer où je naquis, eh « bien ! que l'on m'ensevelisse là où coule cette eau « si douce et si pure ! » Il ne formait ce dernier vœu que parce qu'il savait bien qu'on lui refuserait d'être inhumé sur les bords de la Seine. Le 2 mai , dans un accès de délire, il se croyait à la tête de l'armée dltalie, et s'écriait: mSteingel, Desaix, Masséruiy allez y courez j prenez la charge , ils sont à nous! » Le lendemain , Napoléon a vu s'approcher sa dernière heure ; la veille on avait entendu le guerrier qui décidait du sort d'une bataille : le 3 mai , on écoute le dictateur de l'Europe qui parle aux sujets qui lui sont restés. Sa voix est solennelle , et il va prononcer la dernière volonté de sa toute-puissance ; il s'adresse à ses exécuteurs testamentaires, aux généraux Bertrand et Montholon et leur dit :

« yous allez repasser en Europe. Je vous dois (€ quelques conseils sur la conduite que vous avez à ce tenir. Vous avez partagé mon exil, vous serez fidè» « les à ma mémoire; vous ne Jerez rien qui puisse la

35o tlîSTÔIRR

t( blesffer. J'ai sanctionné tous les principes , je les ai « infîisés dans mes lois, dans mes actes; il n'y en a « pas un seul que je n'aie consacré. Malheureusement a les circonstances étaient graves. J'ai été obligé de a sévir, d'ajourner; les revers sont venus; /g rtai pu d débander l'arc, et la France a été privée des idées à libérales que Je lui destinais. Elle me juge avec în- « dulgence; elle me tient compte de mes intentions; t( elle chérit mon nom, mes victoires. Imitez^la, a soyez fidèles aux opinions que nous aidons défendues j <t h la gloire que nous avons acquise; ilny a hors de « là que honte et confusion. »

Le 4 j une tempête affreuse déracina jusqu'au dernier arbre qui avait prêté son ombrage à Napoléon; elle parut annoncer que le dernier astre, sous lequel la terre avait brillé , allait s'éteindre. A cinq heures et demie du soir , Napoléon n'interrôiiipit le silence léthargique où il était plongé que poUr laisser échapper ces deux mots : rt tAtè d'armée. » Telle fat la suprême parole du vainqueur de l'Europe. Le buste de son fils, qu'il avait fait placer, depuis un mois, en face de son lit, avait eu son dernier regard. Vingt minutes après, ces mains qui avaient tenu et donné tant de sceptres, qui avaient élevé tant de monumens et renversé tant de remparts , se glacèrent sous les baisers et sous les larmes des enfans du général Bertrand.

Le lendemain , à sii heures du soir, le docteur Antomarchi procéda religieusement à l'autopsie , d'après les intentions de Napoléon. Ce triste devoir eut pour témoins les exécuteurs testamentaires , des officiers de la garnison , et huit médecins anglais; ces

DE nhpmâoisf. 35 1

dértiiët'S, d'après l'oi'dre du goùVèrrieur, dressèrent procès-terbal de l'opération. Il y était dit que Napoléon avait succombé à une affection cancéreuse héré-^ ditaire. Le ddcteur Aîitomarchi refusa de signer le pf'ocès-verbal, parce que son opinion était que Napoléon avait succombé à nne gastro-hépatique chronique^ produite par le cliriiat. Ainsi , au lieu de constater la vérité , l'autopsife Consacra la fable absurde du caractèt*è d'héréditaire , que les médecins anglais durent appliquera la maladie de Napoléon, d'après les insinuations ou les ordres de sir Hudson , qui voulait essayer de soustraire son gouvernement et lui-même à la i'esponsabilité éternelle d'un grand crime, que les siècles ii'absoudront jamais. Les instructions ministérielles qui, malgré les déclarations du docteur O'Méara, avaient décidé, de longue main, que le patient mourrait de la maladie de son père , avaient démenti d'avance le témoignage irréfragable de l'autopsie du cadavre de Yennemi commun. Le ministère britannique et la Sainte-Alliance donnaient sans doute encol-e ce nom à Napoléon; mais lui, dans un élan sublime, la veille du jour fatal, avait dit : « Je suis en paix at^êc tout le genre humain^ » AuSsi, après la mort , son visage portait encore l'empreinte du calme de son amé. Le moment était venu où il avait tout pardonné.

Le Congrès d'Aix-la-Chapelle, où la haine avait déi signé également Sainte-Hélène pour servir de tombeau à Napoléon , et prévu sa mort inévitable , avait aussi défendu à ses cendres le retour dans la patrie; ^ elles devaient rester à la terre étrangère et au lieu même du supplice du proscrit. Ni les réclamations

agS msTOiEE

des généraux Bertrand et Montholon , qui invoquèrent le traité de Paris , ni , depuis , les instances de la &mille Bonaparte y qui demanda de faire transporter à Rome le corps de son chef , ne purent rien changer à la décision du Congrès, dont Hudson-Lowe prescrivit impérieusement Texécution. Alors le premier wœvL de Napoléon , renouvelé peu de jours avant de quitter la vie , d'être inhumé au bord de la fontaine, fut réclamé par ses compagnons , heureux de donner du moins à leur souverain le dernier asile qu'il avait choisi lui-même. Le lieu où repose Napoléon est un site très-romantique, au fond d'une petite vallée que Ton appelle vallée du Fermain. Auprès coule un filet d'eau limpide, qui descend du pic de Diane : au-dessus est Hutsgate, la Porte de la Cabane, première habitation du grand-maréchal Bertrand. Au commencement de l'exil, cette vallée était un des repos favoris de Napoléon dans ses promenades : ce lieu lui plaisait , et un sentiment de prédilection l'y attirait : « Si je dois mourir sur ce rocher, dit-il au général ce Bertrand, faites-moi enterrer au-dessous de ces « saules, près de ce ruisseau. »

Cependant, après l'autopsie, sir Hudson-Lowe ayant refusé aux exécuteurs testamentaires le transport en Europe du cœur et de l'estomac de Napoléon , ils firent enfermer ces précieux restes dans des coupes pleines d'esprit-de-vin. Napoléon, revêtu de l'uniforme des chasseurs à cheval de la garde impériale, couvert de tous les ordres qu'il avait ou créés ou reçus pendant son règne, fut exposé sur son lit de parade ; le manteau de Marengo lui servait de drap mortuaire : ces rapprochemens ont de l'éloquence.

DE NAPOUÉON. 353

Le captif des rois allait descendre dans la tombe avec toutes les décorations de la royauté européenne; et la couche de fer où il se reposait après les quaranteneuf batailles rangées où il les avait tous vaincus devenait un monument funèbre autour duquel la religion et la vénération historique rassemblaient au fond de l'Océan Atlantique , les respects d*un étatmajor anglais et les regrets d'une famille française-^ En ce moment, le gouverneur parut se joindre à la douleur dont les am is de Napoléon étaient accablés. Il déplora la perte qu'ils avaient faite , en annon* çant qu'elle était d'autant plus fâcheuse, que son gouvernement revenait à bien. Le ministère l'avait chjargé d'annoncer au général Bonaparte que l'instant approchait où la liberté pouvait lui être rendue, et que Sa Majesté Britannique ne serait pas la dernière à accélérer le terme de sa captivité. Sir Hudson ajouta, d'une manière étrange, et comme un homme qui laisse échapper malgré lui l'expression de sa pensée : ce il est mort : tout est fini ; nous lui rendrons ic demain les derniers devoirs. »

Napoléon resta exposé le 6 et le 7 mai. Sir Hudson, revenu à des sentimens convenables, permit à tout Anglais de venir contempler Vhéte du Belléro-^ phon, le mort de Sainte-Hélène. Le concours fut général et la douleur unanime. Pas un habitant qui ne pleurât sur Napoléon ; pas un soldat qui ne donnât des regrets au grand capitaine. Ses souffrances lui avaient attiré tous les cœurs : sa mort le rendait sacré. Le 8 , lé corps fut embaumé : on le revêtit ensuite de l'uniforme de la veille, et on le renferma dans un quadruple cercueil. Le 9, la pompe funèbre IV. a3

3S$ BtSTOIRE

eol lieu danè l'ordre suivant : Napoléon Bertrand, filleul de TEmpereur, fils du grand-maréch^I ; le cha« pelain Yignali, revêtu de ses haJ)its sacerdotaux; I3S docteurs Antomarchi et Arnold; vingt-quatre grenadiers anglais , destinés à descendre le corps au bas de la colline; ensuite une voiture de deuil, où le corps était placé; derrière elle, le cheval de Napoléon; les exécuteurs testamentaires, comte Bertrand, comte Montholon , et Marchand , premier valet-dechambre; et les serviteurs de Napoléon, escortaient A pied le convoi , que la comtesse de Montholon suivait, en voiture, avec sa fille. Là finissait la famille française. Venait ensuite un groupe d'officiers anglais de mer et de terre ; les membres du conseil de File; le général Coffin, le marquis de Monchenu, commissaires pour la France et l'Autriche; l'amiral; et le héros de cette pompe de mort, le gouverneur; enfin lady Hudson-Lowe et sa fille en grand deuil, dans une voiture. Trois mille hommes escortèrent le corps au sortir de Longwood. Comme la route ne permettait pas au char funéraire d'arriver jusqu'au lieu de la sépulture, des grenadiers anglais de Walter Scott eurent l'honneur de porter sur leurs épaules les dépouilles mortelles du héros. Elles reçurent les prières et la bénédiction du prêtre avant de pénétrer dans le caveau avec les coupes d'argent qui contenaient le cœur et l'estomac, et qui furent placées sur le cercueil descendu dans le funèbre asile. Douze dalves d'artillerie apprirent à l'Océan que l'ame de Napoléon avait quitté la terre. Une garde d'officiers anglais fut chargée de veiller sur la sépulture du grand homme.

t>B îiAPoiÉ&ti. SS5

On trouva dan» là chambre dé Napoléon iijiieiqiiéft jpapîers qtlHl avait déchirés: Ge« fràgmènâ setit ^ré^ cieux; ils renferment les premières étiheélles di% pensées vigoureuses qui, jusqu'au dernier i^iél^lÉil^ fermentèrent dans son esprit et tinrent son ame élevée au-dessus de son infortune :

ce Nouveau Prométhée, je suis cloué à un roc, où tf un vautour me ronge. Oui , j'avais dérobé le feu a du ciel pour en doter la France : le feu est re- « monté à sa source et me voilà ! L'amour de la « gloire ressemble à ce pont que Satan jeta sur le « chaos pour passer de l'enfer au paradis : la gloire « joint le passé à l'avenir, dont il est séparé par un (c abîme immense. Rien à mon fils , qne mon nom ! »

Napoléon n'avait pas cessé de régner à Sainte-Hélène , et ne perdait pas de vue l'Europe qu'il pouvait gouverner encore; mais il vivait surtout avec sa gloire comme avec l'hôte des siècles à venir ; elle assistait à ses derniers momens , lorsqu'il choisit sa tombe près d'une source limpide, abritée par des saules ; et cette sépulture d'un sage était pour lui le monument sépulcral du maître du monde.

Jamais homme, depuis Alexandre-le-Grand et César, n'eut le droit d'être plus avide des regards de la postérité. En regardant des yeux de la pensée son cercueil placé sous la garde des orages, au sein de rOcéan immortalisé par les chants du Camoëns , son ame prophétisait peut-être pour sa cendre le pèlerinage de l'univers. Il a pu se dire : Où sont les restes

ii3«

ame prophétisait peut-être pour sa cendre le f

nage de l'univers. Il a pu se dire : Où sont les i

"V^'^^r^.fl^^ v i f ^^^'

Page 1