Û4 HISTOIRE
s'il avait iafiaire à des forces trop supérieures. C'est avec cinquante mille hommes seulement que l'Empereur a opéré le 22 ; car ce même jour il avait fait rétrograder sur Gorlitz sa garde y le corps de Marmont et la cavalerie de Latour-Maubourg. Le aS, dans sa route, il envoie au maréchal Ney l'ordrede le suivre avec son corps; mais Tordre est mal transmis, et le maréchal i^ejoint seul l^mpereur : cette grave et irréparable erreur compléta à Macdonald quatre-vingt mille cornbattans. Le commandement du 3^ corps, celui de Ney, fut donné au général Souham. Napoléon avançait sur Dresde à toute course ; il venait d'apprendre que les alUés avaient franchi les montagnes de rErzgebirge» Il rallie en passant les corps de Victor et de Vandamme. Le 24 ? ïe maréchal Saint-Cyr , après une légère canonnade , quitte sagement le camp de Pirna devant la grande armée de Bohême , et se retire à Dresde , qui a été mise à l'abri d'un coup de main. Le lendemain , le prince de Schwartzemberg campait devant Dresde , avec deux cent mille hommes; mais il remit l'attaque au 26, pour attendre l'arrivée du corps de Klenau. Moreau , qui connaissait le prix du temps et qui surtout appréciait l'absence de Napoléon , voulait que l'attaque eût lieu au moment même , et alors la ville serait nécessairement emportée. Napoléon savait que le 9 juillet , aux conférences de Trachemberg , les Autrichiens, les Russes et les Prussiens s'étaient donné rendez-vous à Dresde y dans le camp de VennemL 11 avait formé son plan en conséquence. Les instructions tracées au maréchal Berthier le jour du départ de Dresde , et laissées en double au duc de Bassano , en font foi. Napoléon avait
DE NAPOLÉON. a5
conçu deux projets pour deux hypothèses diffé-^ rentes : dans l'une, marcher de Gabel sur Prague, et envahir la Bohême; dans l'autre, franchir l'Elbe k Kœnigstein ou à Lilienstein. La démonstration qu'il venait de faire par la Silésie , sur la Bohême , avait eu aussi pour but d'inspirer aux alliés l'espoir d'arriver avant lui à Dresde , et lorsque ces mêmes alliés s'a* vanceraieht dans la plaine, Napoléon devait, en passant les ponts de l'Elbe à Kœnigstein, revenir se placer sur les derrières de l'armée ennemie, en là coupant des montagnes de la Bohême, et la forcer de recevoir la bataille au moment où elle comptait attaquer Dresde. Mais il fallait , pour l'exécution de cette belle opération , que Dresde pût tenir jusqu'au a8 ; et sur cette question une réponse négative , rapportée la nuit par le général Gourgaud à l'Empereur , le détermine à renoncer à son dessein- Le général y andamme avait été chargé de débloquer Pima : l'Empereur lui expédia le général Haxo, pour lui prescrire de s'emparer des défilés de Peterswalde, sur la Bohême. « C'est à lui y dit Napoléon, à ror masser Vépée des vaincus. » Alors , mettant encore à profit la circonspection autrichienne, il entre à Dresde le a6, vers dix heures du matin. Dans la matinée, tous les corps en route ont rejoint l'Empereur, qui les reçoit à l'entrée du pont et leur donne les oi^ dres de direction. U était temps : en effet , à quatre heures après midi, le prince de Schwartzemberg s'est décidé enfin à ne plus attendre le corps de Klenau , et commande l'assaut. Les alliés, formés en six colonnes précédées chacune de cinquante bouches à J feu, s'avancent sur les ouvrages. En peu de momens
a6 aisToiEs
la canonnade devient terrible. L'artillerie de la re^ doute de la porte de Freyberg est démontée par celle de l'ennemi; il emporte également la redoute du centre. Nos troupes ^ qui occupent le parc ^ se replient sur les faubourgs. Les alliés débouchent entre Strie<sen et l'Elbe , et portent le combat jusqu'au^ pieds des palissades. Les boulets , les obus balaient les rues de la ville. Les réserves de Saint^Cyr sont engagées. Napoléon juge le moment de l'offensive arrivé pour lui. Son centre est couvert par les retranchemens de Dresde. Il ordonne d'assaillir les deux flancs de l'ea^ nemi, il lance tout sur les deux ailes. La jeune garde a l'honneur de la première attaque. Le maréchal Nej débouche par la porte de Plauen , sur la gauche des alliés ; le maréchal Mortier sur la droite ^ par la porte de Pirna. Le roi de Naples, avec la cavalerie de Is garde et celle de Latour-Maubourg , repousse l'en*nemi sur la route de Wilsdruf. Bientôt la victoire , que Schwartzemberg croyait certaine, se change en une défaite sanglante , et les Français ont repris toutes leurs positions. Cinq généraux de la garde ont été blessés. Nous avons perdu trois mille hommes , l'en* nemi six mille , dont deux mille prisonniers. On consacre la nuit , de part et d'autre , aux dispositions de k grande bataille du lendemain. Napoléon est en état de la donner. Les corps de Victor et de Marmont , et trois corps de cavalerie commandés par Kdlermann^ sont arrivés le soir, et ajoutent quarante mille hommes aux soixante mille qui viennent de sauver Dresde. Aussi , dès la pointe du jour , Napoléon , sûr de ses hautes combinaisons, présente la bataille, et Schwartzemberg l'accepte, plein de confiance dans
la supérierité de ses forces. Il a en ligne cent quatre* vingt mille combattans. La pluie, qui toute la nuit est tombée par torrens, dure toujours; elle rendra inutiles les armes à feu de l'infanterie : la baïonnette , le sabre et le canon décideront cette grande lutte. Cependant l'absence du corps de Klenau forme un vide dans la ligne ennemie ; son aile gauche est sans appui. Cette lacune n'échappe pas à Napoléon. Le roi de Naples commande notre aile droite , le maréchal Ney la gauche , l'Empereur le centre. A sept heures la canonnade commence sur tous les fronts. Notre aile droite fait des progrès rapides : le roi de Naples et le maréchal Victor attaquent avec furie le corps de Giulay, le renversent, prennent ou détruisent cinq régimens , et l'avant-garde de Klenau ; la division de cavalerie de Metzko avec son général met bas les armes : ce qui échappe se perd dans le défilé de Terrandt. Le centre des alliés est coupé de leur gauche qui éprouve une défaite totale : dix mille prisonniers sont conduit à Dresde. Sur leur droite , le maréchal Ney avait affaire aux Russes. Wittgens«» tein , malgré la plus opiniâtre résistance , a été rejeté avec une perte considérable jusqu'à Grossdobritz; au centre Napoléon faisait soutenir le fçu avec une vio-lence égale depuis le matin. Marmont et Saint«Cyr, adossés aux retranchemens , repoussent les charges multipliées des Prussiens et des Autrichiens. Saint* Cyr a repris le grand parc, et a chassé Kleist de Strehlen. Les hauteurs de Rocknitz où se tiennent les souverains alliés sont couvertes de masses énormes , qu'il est imposable d'attaquer autrement qu'avec l'artillerie. C'est celle de la gardç qui est chargée de les
a 8 HISTOIRE
disperser ; et bientôt on peut juger qu'elle y a porté de grands ravages. Un désordre étrange agite tout à coup le groupe des souverains. Un boulet de la garde a emporté les deux jambes au général Moreau , qui s'entretenait avec Alexandre. Ainsi furent vengés la France , l'armée et Napoléon. La conspiration de Moreau avait fait proscrire sa vie ; sa mort a fait proscrire jusqu'à sa mémoire. La nuit est venue : Schwartzemberg, voyant que les deux grandes communications sur la Bohême sont occupées l'une à Pirna par Vandamme, l'autre a Freyberg par le roi de Naples, ordonne la retraite en trois colonnes sur Toeplitz. Il laisse sous les murs de Dresde trente mille morts et douze mille prisonniers.
Après cette grande bataille dont le résultat était en Bohême , les trophées ne manquèrent point dans la poursuite comme après les journées de Lutzen et de Wurschen. Plus de deux cents pièces ou caissons, mille fourgons , une foule de traînards furent pris par le maréchal Marmont et par le roi de Naples, sur la route de Dippodisvalde et sur celle de Freyberg. Les directions sont données. Le roi de Naples doit pousser Klenau sur Marienberg ; Marmont , CoUoredo et ChaJsteller sur Altemberg; Saint-Cyr , Kleist et Bar^ clai sur Dohna ; Vandamme , Ostermann et le prince de Wurtemberg sur Toeplitz ; Mortier se porte sur Pirna ; Napoléon le suit, fn Marmont y SainUCyr et Vandamme , dit l'Empereur, dowent recueillir la dernière rançon de V ennemi. » En effet , à Tœplitz est entassé tout le matériel qui n'a pu accompagner les alliés devant Dresde ; Vandamme a marché avec tant de rapidité et de succès, que ce jour même, 28, il était
DE XiiPOLÉON. .29
maître de Ghieshubel, qu'il avait franchi le défilé de Peterswalde, et qu'il était établi le soir à NoUendorf, après avoir enlevé deux mille prisonniers aux Russes. Le bruit de sa marche a chassé de Tœplitz le corps diplomatique et tout un état-major. Les premiers avantages de Yandamme à Pirna contre Ostermann avaient décidé la retraite de Schwartzemberg. C'en est fait de la grande armée de Bohême , pressée qu'elle doit être entre les maréchaux et Yandamme , maître de Tœplitz. Napoléon est arrivé à Pirna avec sa garde; il s'y arrête et y déjeûne. Tout à coup il est saisi par des vomissemens violens, que l'on attribue à une refroidissement causé par la pluie constante de la veille. On le met en voiture, et il est transporté à Dresde.
Cette fatalité n'est pas le seule. De retour à Dresde, Napoléon apprend que le 26 , jour de la délivrance glorieuse de cette ville , Oudinot est en retraite devant Bernadotte, et Macdonald en mouvement pour attaquer Blùcher. Hélas ! il va résulter des opérations d'Oudinot, de Macdonald, de Yandamme et de Ney, que Napoléon ne peut être remplacé pour la victoire par aucun de ses lieutenans.
Cependant rien n'est changé aux ordres donnés aux maréchaux et à Yandamme ; ces ordres sont renouvelés le 29 à Dresde , et le 3o Mortier a pour mission de soutenir Yandamme avec trois divisions de la jeune garde; aussi Yandamme néglige de laisser au moins im détachement sur les hauteurs de Peterswalde, comme le premier ordre le lui prescrivait. Mais le 3o, dans la journée , Napoléon , instruit du désastre de Macdonald sur la Katzbach , a envoyé
3o HISTOIM
contre-ordre aux maréchaux , à Vandammc. Les mar réchaux le reçoivent et arrêtent leur mouvement. Vandamme ne le reçoit point , et il continue le sien. Ce jour même il est descendu sur Kulm avec dix bataillons ; mais entre Kulm et Tœplitz il se trouve arrêté par Ostermann à la tête de douze mille grenadiers russes. Vandamme appelle vainement à lui tout ce qu'il a laissé du i ^^ corps à NoUendorf ; son attaque est repoussée par Ostermann , qui semble résolu à défendre Tœplitz comme le palladium de l'armée de Bohême. La ténacité d'Ostermann, au lieu d'éclairer Vandamme, lui prouve au contraire toute l'importance de Tœplitz : il a d'ailleurs dix-huit mille hommes contre douze mille , et de plus il se croit suivi d'un côté par Mortier avec la jeune garde , de l'autre, appuyé par Saint-Cyr et Marmont, et il prend position à Kulm , où il passe la nuit , malgré l'avis de ses généraux. Pendant cette nuit, l'armée alliée , n'étant plus poursuivie par nos maréchaux, avait afïlué sur Tœplitz par toutes les routes. Au point du jour , le 3 1 , Vandamme a la certitude que ce n'est plus le corps d'Ostermann seul , mais l'armée entière de Schwartzemberg qui est devant lui : il a le temps encore de se retirer sur NoUendorf, et même sur Peterswalde; c'est l'avis des généraux. Mais, le 26, le général Haxo lui a dit de la part de l'Empereur qu'il trouverait dans la vallée de Tœplitz son bâton de maréchal; d'ailleurs il ne peut douter que les maréchaux ne soient à la suite de l'armée alliée , ils vont déboucher sur lui au premier moment , et Napoléon lui-même marche après Mortier avec l'invincible garde. Vandamme se dévoue : il ne compte ni ses sol-
dats^ hï ses ennemis; il est sur ïé terrain. Lky tout à coup débordé à droite par les Russes , à gauche par les Autrichiens 7 assailli par dix mille hommes de ca* Valérie , il voit sa gauche forcée de se reployer sur Arbesau ; toutefois sa droite et son centre , appuyés sur Rulm^ soutiennent le combat avec d'autant plus de vigueur, quune forte colonne débouche de Nollendorf. C'est Saint-Cyr, ou Mortier, peut-être Napoléon lui-même; et pendant plusieui's heures les dix - huit mille braves de Vandamme reçoivent et repoussent le choc de soixante-dix mille Russes et Autrichiens. Mais enfin la colonne se découvre , elle approche, et Vandamme a reconnu le corps de Kleist en retraite devant Saint-Cyr. Il n'est plus possible de se maintenir à Kulm ; il faut s'ouvrir une route Sanglante; les héros de Kulm l'ont juré. Corbinau est à leur tête : formés en colonne serrée , ils se précipitent à l'arme blanche sur les Prussiens, les- culbutent, les enfoncent , les traversent , enlèvent toute leur artillerie et gravissent les hauteurs avec ce trophée qu'ils ramassent en foyant. Dans cette affreuse bagarre , chargés avec foreur par les Russes et les Autrichiens , ils ont dû abandonner les canons de Kleist. Vandamme , Haxo , Guyot , et sept mille hommes , tombent au pouvoir de l'ennemi ; trois mille restent sur le champ de bataille. Corbineau parvient avec les généraux Dumonceau et Philippon à ramener huit mille hommes, qui, à deux lieues de là seulement, atteignent les troupes de Saint-Cyr. Il part pour Dresde, et le sabre prussien dont il est encore armé apprend à Napoléon le désastre de Vandamme.
Ce fut sous ces auspices fonestes pour la France ,
que le 2 septembre les trois souverains se réunirent à Tœplitz , où lord Aberdeen reçut leiu*s sermens. Le 9 j on signa en sa présence le traité qui proclama l'accession de l'Autriche à la ligue du Nord, et révéla à l'Europe les mystères de Reichembach et de Trachemberg, en expliquant ceux de Slonica, de Wilna et de Kalish. Ce traité rendait à l'Autriche le statu quo de i8o3, à la Prusse celui de i8o5! L'empereur d'Autriche donnait lui-même rendez-vous dans le camp de ï ennemi commun!
Napoléon avait écrit le a i «tout de ' Lo wemberg , où il venait venger son armée de Lusace avant de voler au secours de Dresde : « aujourd'hui Oudinot entre à Berlin, » En effet , tandis que le maréchal Davoust occupait Schwerin , menaçant Rostock et Wismar, le duc de Reggio quittait le 17 la position de Dahme, et le 18 il s'établissait à Baruth : malheureusement il demeura dans l'inaction le 19 et le 20, abandonna le jour suivant la route de Torgau à Berlin, et il fit un mouvement sur Wittemberg. Le a 21, se voyant en face de Bernadotte, le duc de Reggio attaqua son armée forte de cent mille hommes , et emporta les défilés de Wittstock et Innsdorf. Mais le lendemain , le maréchal avait donné à ses troupes une direction tellement divergente, qu'il se trouvait inférieur à son adversaire sur tous les points , tandis qu'en portant la masse de ses forces sur l'extrême gauche du prince royal , il devait battre les Prussiens qui la formaient , et contenir le centre et la droite de l'ennemi avec le septième corps commandé parle général Reynier. De cette 'manière seulement il aurait pu arriver à Beriin. Au lieu de suivre
D£ KAPOLiON. 33
la marche si impérieusement tracée par Napoléon, et combinée avec celle du prince d'Eckmûhl, Oudinot avait dirigé le septième corps sur Gross-Beeren , le douzième sur Ahrensdorf , et le quatrième sur Blackenfeld, où le général Bertrand se battit toute la journée contre Tauenzien. Instruit de ces directions, le prince royal avait porté tous ses efforts sur le centre à Gross-Beeren , jugeant bien que le succès de son attaque entraînerait nécessairement la défaite de nos deux ailes. L'événement justifia cette prévision. Long-temps le général Reynier, assailli par Bulow avec la plus grande impétuosité, déploya une vigueur égale à celle des ennemis. L'artillerie ne décidant pas la question , et la pluie ayant rendu les fiisils presque inutiles, on en vint à la baïonnette, l'arme favorite de nos soldats; mais, écrasés sous le nombre, le général français se vit forcé d'abandonner Gross- Beeren, et de se retirer sur Gottow. Le général Guilleminot avait déjà dépassé Ahrensdorf avec le douzième corps , quand la vivacité du feu l'appela à Gross-Beeren ; il reprit le village et arrêta l'ennemi. Après la défaite du septième corps , les deux ailes se reployèrent sur Trebbin. Treize pièces de canon et quinze cents prisonniers , presque tous Saxons , qui le lendemain passèrent à la solde de la Prusse , servirent de trophées au prince royal.
Cependant les pertes essuyées à Gross-Beeren n'étaient pas irréparables, et l'attaque de Berlin se représenta à l'esprit de Napoléon comme un projet que l'on pouvait reprendre d'autant mieux , que le prince d'Eckmûhl se trouvait encore à même de le seconder. En effet, le a8, cinq jours après sa défaite, IV. 3
34 iCISTOIRÇ
le duc de Reggio s'était arrêté à Juterbogt, à dix lieues seulement du champ de bataille. La veille, à Lubnitz , le général Girard, sorti de Magdebourg avec six mille hommes , s'était vu attaqué par le général Hirschfeld , qui retournait au blocus de cette ville , et par la cavalerie de Czernischeff. U avait été blessé dans cette action , avait perdu mille hommes et six pièces de canon , et était parvenu à rentrer à Magdebourg. L'Empereur , à la nouvelle de l'échec de Gross- Beeren, chargea le maréchal Ney de le réparer, et lui donna le commandement du maréchal Oudinot , avec l'brdre de se porter en avant et de replacer, par un mouvement de flanc, larmée sur la route de Dresde à BerUn. Il lui promit de le faire soutenir par la cavalerie du roi de Naples , et peut-être de venir lui-même décider la question de Berlin avec Bemadotte. Mais, d'après les nouvelles qu'il reçut le 3o du maréchal Macdonald, Napoléon jugea sa présence plus nécessaire sur le Bober que sur l'Elbe.
Le 5 septembre , Ney commença son opération , chassa les Prussiens de leurs positions , et se remit en marche le lendemain. U ne songeait pas h s'engager ce jour-là; il voulait seulement doubler l'i^le gauche de l'armée combinée par-devant Juterbogt, gagner Dahme rapidement , et se diriger sur Berlin. Dans sa route , le général Bertrand rencontra au village de Dennewitz, le corps prussien de Tauenzien, et déjà il avait forcé son aile gauche à reculer, quand Bulov^ déboucha tout-à-coup à la tête de quarante mille hommes. Bertrand avec le quatrième corps dut soutenir ce combat inégal : il durait depuis quatre heures, lorsque l'arrivée du septième carps, attendu de-
DM vAJPouÉoir. 35
puis loog*temp6 par le maréchal , ébranla renneinf . Bieotôt une fausse charge de cavalerie ayant mis notre infanterie à découvert, le maréchal^ repoussé à son tour des deux villages qu'il occupait, fit avancer le douzième corps, qui ne parut qu'à midi, tandis qu'ainsi que le septième il devait être en lignée huit heures !
Ney ne fut ni obéi, ni secondé. Cependant de part et d'autre on redoubla d'audace et de constance ; et le maréchal avait fait fléchir le centre de l'ennemi , lorsque Bemadotte vint décider l'action avec soixantedix bataillons, quatorze mille chevaux et cent cinquante pièces de canon. Dans cette situation critique, hors d'état de lutter contre des masses aussi importantes, le maréchal dut ordonner la retraite; elle s'opéra en bon ordre sur Rohrbuk, où il voulait prendre position , se défendre jusqu'à la nuit , et marcher sur Torgau; mais l'armée française malheureuse était blessée à mort. La trahison achevait ce que la supériorité des forces n'avait pu faire ; le septième corps perdit tout-à-coup deux divisions saxonnes qui passèrent à l'ennemi. Cette désertion laissa un vide immense dans la ligne; et, malgré les efforts du duc de Padoue, ce vide fat rempli par les alliés. Sa cavalerie se vit rejetée sur l'infanterie, et le désordre se mit 4fuis nos rangs. £n vain , avec cette intrépidité que rien n'a jamais abattue, Ney voudrait, à la tête des débris de la division Morand , sauver au moins l'honneur de ses troupes : deux divisions de cavalerie sont sourdes . à sa voix , et s'éloignent du combat Alors la déroute est complète : brisée en deux , l'ar* mée se précipite dans deux directions différentes*
36 HISTOIRB
Oudinot s'est jeté sur la route de Sckweidnitz avec le septième et le douzième corps ^ et Ney arrive à Dahme avec le quatrième. Notre perte fiit de dix mille hommes et de vingt-cinq pièces de canon ; cdle de l'ennemi fut de sept mille; mais Bernadotte avait recruté sur le champ de bataille deux divisions saxonnes y celle de Lecoq et celle de Sahrer, et le maréchal Ney se souvint avec son armée que Bernadotte commandait les Saxons à Wagram! Le 8 septembre, l'armée du maréchal avait repassé l'Elbe. Elle s'était réunie sous les murs de Torgau. Ney éta-blit son quartier-général à Tulemberg^ et le prince royal à Juterbogt.
Napoléon ignorait que^ dans un conseil militaire
où furent réunis à Prague les souverains, Bernadotte ^
Moreau et les principaux chefs, il avait été décidé
que Bernadotte et Bliicher enteraient toujours la ba^
taifle contre Napoléon , et deif raient toujours la livrer à
ses lieutenans. S'il avait connu cette étrange disposi^
tion de la peur qu'il inspirait, il eût simplifié l'action
de ses armées ; mais n'imaginant pas qu'une telle dé*
cision pût être proposée à des hommes de guerre , et
acceptée par eux , FEmpereur a promis au maréchal
Ney de le rejoindre , et certainement l'on croira sans
peine qu'il attachait un intérêt bien vif à aller punir
lui-même Bernadotte de toutes ses déloyautés ^omme
le canon de la garde avait fait justice de Moreau.
Tout-à-coup ; le 3o août , le lendemain du déport de
Ney pour l'armée de Berlin, il apprend que Macdo-
nald a essuyé sur la Katzbach une déroute complète.
Cependant ce maréchal avait pour instruction de se
borner rigoureusement à contenir Blûcher; d'ailleurs,
DE ÎTAPOIiÉON. 37-
plusieurs jours d'une pluie continuelle ayant rendu les chemins impraticables , fait déborder les rivières, et mis les armes à peu près hors d'état de servir, un double motif de prudence lui conseillait de suivre les ennemis , plutôt que de les poursuivre , et de les attendre dans une position qu'il aurait choisie. Mais, le 7l6 août , malgré les représentations de ses généraux , il avait ordonné le mouvement d'attaque. Blûcher , débarrassé de Napoléon , de la garde impériale et de quatre autres corps, reprenait aussi, et avec plus de raison , l'offensive. Il se disposait à passer la Katzbach. Les deux armées donnèrent l'une contre Fautre , sans le savoir , au milieu d'un épais brouillard qui masquait leur marche respective. Lauriston attaqua Larigeron, pendant que Macdonald s'avançait avec le centre sur Jauer , et que Souham à l'extrême gauche se dirigeait sur Liegnitz , à deux lieues du maréchal. De son côté Blûcher s'arrêta et plaça ses troupes aussitôt qu'il vit le onzième corps se développer entre Wemberg et Kleintentz. Macdonald avait prescrit au général Souham de déboucher par la route de Liegnitz sur Jauer, au lieu de se porter en ligne avec lui pour appuyer sa gauche ; mais Souham en habile général , au bruit de la canonnade de Lauriston , se rabattit par Kroistch sur la direction tracée pour la cavalerie : ces deux corps se croisèrent dans le défilé long et étroit de ce viUage. Il s'ensuivit un encombrement épouvantable. Livrée à ses propres forces, la gauche de Macdonald se vit tournée par la cavalerie ennemie. Elle fat refoulée dans les ravins des deux rivières, et le centre rejeté dans le défilé du village, et le parc et les bagages du onzième corps
3$ misrom
restèrent au pouvoir des Prussiens. Accolé à )a Katsbach et à la Wuthende-Neiss par les généraux Sacken et Yorck ^^Macdonald s'opiniâtre à soutenir un combat trop inégal ; toutes ses tentatives pour opérer une diversion avantageuse sont inutiles, et causent des pertes considérables à son armée. Dans la nuit, il put enfin se retirer sur Buntzlau; mais Lauriston, réduit à lutter toute la journée contre les cinquante mille hommes de Langeron , attaqué par ^es forces trop supérieures près de Goldberg , n'est parvenu à rentrer dans cette vilie qu'en laissant sur le champ de ba«* taille dix-huit pièces de canon. D'un autre coté , la division Puthod, abandonnée seule dans les montar gnes , à l'extrême droite j a succombé sous le nombre, malgré une résistance héroïque ; et les flots du Bober ont enseveli tout ce qui n'a pu se sauver à la nage. L'audace inopportune de Macdonald coûte à laFrance cent pièces de canon et vingt-cinq mille hommes , dont quinze mille prisonniers. Son opération fut d'autant phis blâmable, que l'armée de Silésie ayant pour missic»! de se borner à isoler entièrement Blûcher de la Bohême 9 et de le rejeter, si cela se pouvait, sur l'Oder , c'était la droite et non la gauche de l'ennemi qu'il fallait assaillir. Mais du moment où Macdonald s'était trouvé surpris en flagrant délit , dans sa feusse marche sur Jauer , il aurait dû se replier et défendi^e son front de bataille avec les rivières, au lieu de les avoir da^rière lui. La Katzbach donna son nom à la bataille ; et la bataille le titre de prince à Blûcher. Bien que ce général eût combattu ces deux journées avec la supériorité de deux contre un , sa perte fut à peu pires égale à celle de Fermée française. Mais celle^
DE iKAPàtàùv. 5§
ti était itréparable. Macdonald continua sa retraite sur Gorlitz et de Gorlitz sur la fameuse position d'Hochkirch.
Il ne pouvait plus être question d'aller soutenir le maréchal Ney : il fallait sauver Macdonald et l'armée de Lusace. Napoléon part de Dresde le 3 septembre , avec sa garde, le corps de Marmont et la cavalerie de Latour-Maubourg , pour arrêter Macdonald dans sa retraite et ressaisir l'offensive contre Blûcher, Celuici, à la première rencontre qui eut lieu près de Bautzen , reconnut à l'attaque du roi de Naples que l'armée de Macdonald venait d'être renforcée. Fidèle à la décision honteuse de Prague , loin de s'exposer à compromettre ses succès, Bliicher se dirigea sur Gorlitz et sur Lobau. Le 6, dans l'espoir de l'attirer à une bataille , Napoléon fit un mouvement sur Reichembach. Mais Bliicher, qui le devina, se] porta derrière la Neîss et la Qiieiss. Napoléon jugea alors que ce général n'avait d'autre intention que de le tenir éloigné de Dresde, afin de favoriser sur le Haut-Elbe les entreprises de la grande armée de Bohême ; il se vit donc réduit à reprendre en toute hât#la route de la capitale de la Saxe , désespéré de n'avoir pu joindre Blûcher, et prescrivant de nouveau à Macdonald d'imiter la conduite des Prussiens , de ne rien hasarder, et de se retirer devant des forces supérieures. Il était temps de revenir à Dresde. Le 5 septembre, Wittgenstein avait remplacé Saint-Cyr à Peterswalde, et le 7 à Pirna; mais après avoir dépassé cette ville , le général russe fut contraint de rétrograder, ainsi que le général Klenau, par un mouvement de Napoléon sur Liebstadt, qui nous
4o HISTOIRE
mit en possession des positions de Geyersberg, de Hollendorf , d'Altemberg et de Boma.^ Le i i , FEm— pereur était de retour à Dresde ; le 1 4 ? le prince de Schwartzemberg délogea les Français de Hollendorf: le i6, il y rentrèrent; le 1 7 , Napoléon ordonna l'attaque sur Kulm , et s'empara pour la seconde fois , des villages qui avaient vu la perte de Vandamme ; cependant l'ennemi parvint de nouveau à s'en rendre maître , et revint occuper encore Peterswalde.
Bliicher ayant jugé bientôt que Napoléon avait quité l'armée de Macdonald , s'était reporté en avant. De son côté , le maréchal français , prenant trop à la lettre les derniers ordres de l'Empereur , avait reculé sans brûler une amorce de Hochkirch jusqu'à Bischoffswerda à une petite journée de Dresde ; il avait facilité ainsi y au lieu de la retarder, comme il le pouvait , en défendant au moins le passage de la Neiss et celui delaSprée, la jonction des trois armées alliées. Bubna débarrassé de l'observation de Gabel , grâce au départ du corps de Poniatowski que Napo* léon a rappelé, touchait par sa droite à Bliicher, et par sa gauche à Schwartzemberg. Mais Bliicher inquiet de la marche du roi de Naples sur Grossenh^n , a porté le corps de Sacken à Kamentz , et Macdonald se vit contraint de quitter Bischoffswerda et de se retirer sur Hartau : le roi de Naples eut affaire à Tauenzien, et prit Miihlberg; le lendemain cette ville retomba au pouvoir de l'ennemi. Le 2 1 , Napoléon voulut tenter encore de livrer bataille à Bliicher ; le 22 , il chassa son avant-garde de Hartau; le ^3, il la poursuivit jusqu'à Goedau, mais il trouva Bliicher placé à Bautzen dans une position tellement avanta-
DE NAPOLÉON. 4l
geuse, qu'il ne crut pas devoir l'attaquer , notre gauche étant débordée par le corps de Sacken , qui de Komentz , rejoignait l'armée de Silésie. Cette fatalité enleva, pour la troisième fois à Napoléon , l'espérance d'attirer Bliicher à une action décisive ; il fit prendre position à Macdonald, à Weissig, à deux lieues de Dresde, où il rentra le 24. Blûcher suivit ce mouvement rétrograde. Bemadotte, plus prudent, conservait toujours son quartier-général de Juterbogt, et se contenta de s'assurer, pour le passage de l'Elbe, de deux points fortifiés, Rosslau et Acken; bientôt il poussait son avant-garde jusqu'à Dessau, et faisait investir Wittemberg par Bulow : en même temps Tauenzien s'étendait sur la gauche pour communiquer avec Blûcher. Le 24, la tranchée fut ouverte devant Wittemberg, qui perdit ses faubourgs. Le bombardement commencé le aS, continua le 26; la ville était en feu. Bulow ouvrit la seconde parallèle ; mais , le même jour , le maréchal Ney reprit l'offensive, obligea les Suédois à quitter Dessau , et, trop faible pour attaquer leur tête de pont à Rosslau , il établit son quartier-général à Oranienbaum. Cette journée du 26 septembre était signalée par un événement bien important : les cinquante mille hommes que Beningsen amenait à marches forcées de la Pologne à travers la Silésie passèrent l'Elbe à Lietmeritz. La présence de Beningsen va faire donner le signal de la destruction de Napoléon sur toute la ligne des coalisés.
Assiégé de toutes pai'ts , Napoléon s'obstinait à garder Dresde comme un immense arsenal , comme la forteresse d'où, suivi de son invincible garde, il
4^ «iSMtÈc
pourrait encore s'élancer au secours de ses armées , et y porter la victoire avec lui : mais les alliés avaient résolu de le forcer dans cette position , ou de Ten arracher. En conséquence, les armées de Schwart- «emberg et de Beningsen se combinèrent pour agir sur notre flanc droit, et celles de Blûcher et de Bernadotte pour agir contre notre gauche. Afin de résister à un orage si redoutable , Napoléon appela à lui les vingt mille hommes organisés par Augereau à Wurtzbourg, et dès lors la Bavière resta abandonnée à elle-même. Dès la rupture de Prague , le roi M aximilien avait loyalement écrit à Napoléon qu'il espérait pouvoir .continuer l'alliance jusqu'à la fin de novembre. Mais, le 8 octobre, le traité de Ried fit passer aussi cet ancien ami de la France sous le joug de la défection autrichienne* Bientôt il ne reste plus à Napoléon que la fidélité du roi Saxe. L'Empereur est l'hôte du roi^ans sa capitale , le roi sera ITiôte de l'Empereur dans son camp, devenu leur seul asile. En effet, le 4 octodre, toute l'armée de Blûcher avait effectué le passage de l'Elbe, à l'exception du corps du général Thûmen , qui continuait le siège de Wittemberg. De son côté , le prince royal de Suède franchissait le fleuve à Rosslau et à Aéken . Le maréchal Ney dut évacuer Dessau et se retirer sur Delitsh , où , le 5 , il fut rejoint par le général Bertrand. Le 6 , Bernadotte entrait à Dessau , et Blûcher à Duben. Le mouvement était général. Le 5 , le prince de Schwartzemberg s'était porté à Mariemberg, et Beningsen l'avait remplacé à Tœplitz.
Cependant , avant de partir de Dresde , Napoléon conçoit encore le projet de surprendre Bliicher et
DE NAPOLIÎON. 4^
d'empêcher sa jonction avec Bernadotte. Le 7 , à six heures du matin , il a quitté Dresde ; il y laisse malheureusement deux de se3 meilleurs généraux, le maréchal Saint-Cyr et le comte de Lobau , ainsi que trente mille hommes qu'il ne reverra plus. Le 9, d'Eilembourg, Napoléon marche en tête de cent vingt-cinq mille hommes sur Duben , où est Blùcher; mais celui-ci , par une manœuvre hardie , lui échappe : il passe la Mulda, et se réunit à Zœrbig avec le prince royal de Suède. Tous deux, malgré leur immense supériorité, se sont repliés sur la Saale; ils craignent d'engager le fer avec le redoutable Napoléon jusqu'à la coopération de la grande armée de Bohême. Le 1 1 , Napoléon poursuit son mouvement. Wittemberg est débloquée par le général Reynier; Dessau est forcée par le maréchal Ney. Taufenzien et Thûmen sont rejetés avec perte de l'autre côté de l'Elbe : ils détruisent le pont de Rosslau, et se retirent parZerbst sur Potsdam et Berlin. Bernadotte défend à Coethen les approches de cette capitale. Désespéré de ne pouvoir atteindre iii Blùcher ni Bernadotte, Napoléon fat saisi de l'idée de transporter la guerre entre l'Elbe et l'Oder. Ses maréchaux en furent effrayés. Cependant il y persistait, quand, le i4 octobre, il reçut la déclaration de guerre de la Bavière. Cet audacieux dessein devenait inexécutable. Dans peu le roi de Wurtemberg, le plus actif et le plus dévoué de ses alliés., va céder aussi , malgré lui , à l'obsession menaçante du cabinet de Vienne. Entraîné par le même tourbillon , le grand-duc de Bade suivra bientôt l'exemple de ses voisins. Napoléon , en pleine marche militaire, voit soudainement les tentes qui couvrent son
terrain stratégique coupées par de grands intervalles : mais le coup le plus funeste vint de lui être porté par l'armée bavaroise, dont la jonction avec le corps de Reuss découvre la frontière française depuis Huningue jusqu'à Mayence. Napoléon n'a plus d'autre ressource , pour ne pas perdre toute communication avec la France , que de gagner rapidement Leipsick , où les armées combinées pourraient le prévenir. D'ailleurs , la grande armée autrichienne avait débouché de la Bohême ; et, le i3 , le roi de Naples , vivement attaqué vers le village de Wachau, n*a écoute que sa valeur , et a payé un imprudent succès par un revers. Napoléon , arrivant le soir à Leipsick , vit dans le lointain les feux du combat inégal que soutenait son beau-frère. Le roi de Saxe a suivi la marche de Napoléon; il arrive dans la dernière ville qui lui reste. Seul de tous les alliés de la France , ce Nestor des rois a rejeté les instances, a dédaigné les menaces de l'Autriche , de la Prusse et de la Russie , qui ont envahi tous ses États. Les alliés n'ont pas cessé d'avancer ; ils sont avec trois cent cinquante mille hommes en présence de Napoléon , qui n'en compte que cent cinquante-cinq mille , et n'a que vingt-deux mille hommes de cavalerie à opposer à un nombre plus que double de cette arme si importante dans des vastes plaines comme celles de Leipsick. C'est avec ces forces que Napoléon va disputer encore , non plus l'empire du monde , mais la victoire d'où dépend le salut de sa patrie.
DE NAPOLJÉON. 4^
'*^*^%%^^*'^»vm/%^v%<»^%»^/%.%/%^.%/wm%/%/w»<^/>^/'m/*i^^/%%^»%'^/%»/v^%'%/%v%^V%/»%<'*'^%'%^>v%'»