‹ Histoire de Napoléon (volume 5)Chapitre 5 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

BAT4XLLB X>S WACHAU, DE LKIF8CK ET DB HAITAU l'aRMJU REVIEITT

A MAYEirCS.

La journée du i5 octobre fut consacrée par les deux armées aux préparatifs pour la bataille du lendemain : elle était inévitable ; les vedettes ne se trouvaient plus qu'à Une portée de fiisil. Napoléon et Schwartzemberg ne changent rien le jour suivant aux dispositions de la veille; ils ont la même ardeur d'en venir aux mains , quoiqu'il manque aux Français le 7® corps, qui est en marche d'Eilembourg sur Taucha; et aux alliés, l'armée de Bernadotte, celle de Beningsen et celle de CoUoredo, qui n'étaient pas encore arrivées sur le champ de bataille. A neuf heures précises , au signal de trois coups de canon tirés à intervalles, trois fortes colonnes des armées de Wittgenstein et de Kleist , débouchent couvertes par deux cents pièces d'artillerie. La bataille de Wachau commence; une canonnade effroyable l'annonce sur les deux lignes. Tous les efforts des alliés se dirigent sur Wachau et Liebertwolkwitz ; ces deux villages , six fois attaqués , résistent six fois , défendus qu'ils sont par Victor et par Lauriston , et par la cavalerie de Latour-Maubourg , de Sébastiani, deMilhaud. A onze heures, Macdonald a enlevé une batterie; à midi, le deuxiè me corps repoussait la sixième attaque. Napo-

Ifi UISTOIRE

léon juge le moment favorable de forcer le centre ennemi par un mouvement d&îsîf pour la journée ; il fait avancer sa réserve en ligne. Oudinot, Mortier, Victor, combinent leurs manœuvres, et rivalisent de bravoure et de succès. Drouot protège avec soixante bouches à feu de la garde la marche de Victor. Le prince de Wurtemberg ne peut résister; ses troupes sont culbutées et vivement poursuivies. Le centre ennemi allait être enfoncé , quand les grenadiers de Rajewski opposent à l'impétuosité française une bar* rière impénétrable, et permettent au prince de Wurtemberg de se rallier derrière leurs rangs. liC combat est aussi acharné sur les deux ailes : Macdonald et Lauriston ont repoussé Klenau ; Schwartzemberg envoie aussi sa réserve appuyer son centre. Mais Napoléon, qup fatigue une canonnade meurtrière sans résultat , lance la cavalerie par grandes masses , afin de déterminer notre triomphe. Kellermann a débouché par la droite de Wachau avec les Polonais et les dragons de la garde ; par la gauche s'élance le roi de Naples, avec la cavalerie de Latour-Maubourg j le duc de Bellune revint à la charge sur les grenadiers de Rejewski et les colonnes du prince de Wurtemberg. Kellermann , après avoir culbuté les cuirassiers russes , se voit ramené sur les hauteurs de Wachau par la réserve autrichienne de Nostitz. De son côté , ie roi de Naples a dispersé la cavalerie qui couvrait Gossa, entamé les grenadiers russes , ren* versé le corps du prince de Wurtemberg, emporté une batterie de vingt-six pièces; le duc de Bellune s'est rendu mai tre de la bergerie d'Auenheim ; mais , au moment d'acihever la victoire , les généraux Mai-

DE fHABPuiov. 47

sço^ et L^^mr faubourg sont tombés blessés, et sur* prise tout à coup y dans le désordre qui suit une charge à fond , par les Cosaques de la garde russe , que l'empereur Alexai)dre a le temps de lui opposer ^ notre cavalerie recule à son tour , en perdant vingt* quatre des bouches à feu dont elle venait de s'empa^ rer avec une rare audace. Cependant Troubeskoi parvient à rallier les grenadiers de Rajewski ^ et les réserves delà cavalerie autrichienne entrent en ligne : leur apparition sur le champ de bataiUe fait rétro* grader vers leur première position les colonnes d'at- ' taque du deuxième corps. Alors Napoléon met en mouvement les deuxième et cinquième corps de cavalerie; une artillerie formidable les soutient : ils enfoncent le corps de Gorzakof , et enlèvent le village central de Gossa. Mais la division prussienne de Pirsch les arrête et rentre dans le village; elle est appuyée sur deux régimens de la garde russe et par quatre-vingts bouches à feu. Telle fut la dernière attaque que Napoléon dirigea à lajournéede Wachau sur le centre des ennemis. A la droite, le prince Poniatowski venait de mériter le bâton de maréchal, en défendant avec succès le passage de la Pleiss copies Autrichiens, malgré la supériorité de leur nombre et la fiireur de leur efforts; cependant sur le soir, le général Meerweldt était parvenu à la traverser à un gué près de Dolitz. Notre droite se trouvait forcée; la grande combinaison de Schwartzemberg pour percer la ligne qui couvrait notre camp et nos parcs, et prendre toutes nos positions à dos, allait réussir, quand l'Empereur que l'on croyait occupé tout entier du mouvement sur Gossa, envoya le général Curial

48 msTOfRE

avec une division de la vielle garde. Dolitz fîit repris, le corps de Meerweldt fut culbuté dans la rivière , et lui-même tomba entre nos mains. Ainsi Napolécn remporta la victoire au lieu même où le feld-marchal autrichien espérait que les Français rencontreraient leur défaite assurée.

. Sur la rive gauche de l'Ekter ; le général Bertrand, chargé de la défense de Lindenau , a été vivement ass^^Ui par le général Giulay , et contraint , après sept heures de combat , à se retirer derrière la Luppe Tout était perdu si le général autrichien eût fait sauter le pont de Lindenau , qu'il occupait depuis notre retraite ; mais Giulay n'a point eu cette prudence , et Bertrand, ayant repris l'offensive avec audace, est parvenu à rejeter l'ennemi dans ses positions, et à nous rouvrir la route d'Erfurt , qui est celle de France.

Au nord de Leipsick, nos armes ont autant de gloire peut-être et moins de bonheur. Privé des deux divisions Souham qu'il a envoyées du côte de Wachau et qui n'ont pu le rejoindre quand il les rappelait, séparé du corps de Reynier vainement attendu, ayant encore en arrière la division Delmas, le prince de la Moskowa a dû soutenir avec le duc de Raguse les efforts des corps de Langeron , d'Yorck et de Sacken , c'est-à-dire avec dix-huit mille hommes le choc des soixante-cinq mille que commande Blûcher. Ney a déployé pendant toute la journée une telle vigueur , qu'il a lassé la constance des ennemis, contre lesquels nous luttions dans la proportion d'un contre quatre. Mais enfin nous avons à regretter la position de Mœckern, douze pièces de canon et surtout

DE NÀPOLEOJir. 49

deux mille hommes, perte irréparable , que ne compensent point les dix niille qui manquent à Blûcher. A six heures le maréchal Ney fit passer la Partha à Schœnfeld au sixième corps et à la division Delmas. Le duc de Padoue et le général Lombrowski se replièrent sur le faubourg de Halle, àPfaffendorf.

La nuit approche ; il n'est plus temps de songer à combattre en ce moment : après une action si longue et si terrible, qui a vu trois batailles en un jour,' chacun se retire, et les feux du bivouac remplacent les clartés meurtrières de l'artillerie. L'armée française a sa droite à Markléeberg , tout son centré à Wachau , sa gauche à la redoute suédoise. Les tentes de Napoléon ont été dressées en avant deProbstheyda,près de la route de Rochlitz ; c'est là qu'on lui amène le général Meerweldt, auquel il fait rendre son épée; et, après une longue conférence, ce général est conduit aux avant-postes alliés. L'ancien négociateur dû traité de Campo-Formio pour l'Autriche, avec le vainqueur de l'Italie dont la brillante étoile remplissait l'horizon , est devenu le négociateur de l'empereur Napoléon dont la fortune touche au déctin. Napoléon envoie le comte de Meerweldt porter des offres conciliatrices à François IL «Ce n'est pas trop^, « lui dit-il , de l'Autriche , de la France et même de « la Prusse , pour arrêter sur la Vistule le débordetc ment d'un peuple à demi nomade , essentiellement « conquérant, et dont l'immense empire s'étend a depuis nous jusqu'à la Chine. » Mais Napoléon s'aveugle s'il croit que son beau-père se souviendra d'avoir recouvré deux fois sa couronne; Alexandre d'avoir obtenu le sauf-conduit d'AusterUtz et la paix IV. 4

dt Til^iH ) Frédéric GaUlauiae d'être remonlé sur son trôna ; le républicain Beraadotte d'avoir peut-être été gracié comme général , pardoimé phiaieurs fois comme maréchal , enfin > autorisé et aidé puissamment à prendre place parmi les rois. La quadruple alliance n'admet m ie pardon des injures ^ ni le pardon des bienfaits.

La journée du 17, pendant laquelle on attendit vainen^nt une r^onse de M. de Meerweldt, ne fut pas une journée de repos pour nos soldats ; ils la pass^^^t sous les armes^ occupés à se pr^^arer, et battus par wie pluie continuelle. L'Empereur, comme Codant à une espèce de pressentiment, se bâte d'mn voyer les insignes de marécbal de l'empire au prince Poniatowsiki, et reste dans sa tente à dressa le plan delà bataille du lendeipain. Le 17 au soir , le blocus deJ'armée française est consommé : le corps de Col* loredo est entré en ligne, ainsi que c^ui de Bening^ sen ; l'un s'établit à Grodbern , l'autre à Naunbof ; le prince royal de Suède remplit le dernier vide en occupant Sretenfeld. Instruit de ces cireonstances, ÏJ^apolépn seat la nécessité de rétrécir encore son ordre de bataille , et , en se ra^rocbant de Leipsîck , d^e lier phis fortement avec sa gauchei A une beure du matin , il quitte son bivouac ; et fait exécuter un changement de freot , la gauche en arrière , le village QiManewitz servant de pivot. Pendant ce mouvemeobt, 1) va donner ses instructions, à Reodnitz, au maréchal Ney; de là il se porte à Lindenau , où il ordonne au général Bertrand de marcher ^r Lutzen et de se rendife oftaître des défilés de la Saale à Weissenfek. A. mJidî, ce général avait remplk ce^te mission sahH

tsnire. En irevmiMiit N^poléopi visite ld$ ppfit^4e IM^ denau, oraaflla^de qu'on pratique dans les marais Toisins quelques nouveaux pasi^ag^ qui puissent ^î^ liter la traversée de ce long défilé , envoie le maréchal Mortier, avec deux divisions de la garde, relever \^ coTfR de Bertrand, et à huit heures du matin on 1$ revoit sur la hauteur du Thomberg , où «ist la gard^ en réserve.

k la méiné heure s'ébranlent sur trois points dif-^ férens les trois armées ennemies. La grande wmk^ de Bohême, sous Schwartzeknberg , s'avançait sur tms Caisses colonnes : celle de droite , commandée par Beningsea, eelie du centre pv Bardai de ToUjr, celle de gauche par le prince de HesserHombourg; U preraiène se dirigea sur Holzhausen , la seconde sur Wadïau , la troisième sur Dolitz et Dœsen. Le prince royal de Suède avait quitté Bretenfeld, manœuvrait pour tourner la droite du maréchal N^, et nous aborda par la route de Taueha à Leipsick. JHûcher^ sur la rive droite de la I^rtha, se disposait à frant cfair cette rivière. Le prince de Hesse-Homboui^ eommença l'action :iq>rès une attaque vive et opini4* tre , il emporta les villages de Dolitz et Doesen , neçut une blessure , et fiit ren^acé par le général Bian«> chi. Le centre ennemi s'empara aussi de la berger^ de Meysdorf , et de la tuilerie ^i avant de Wadiau. La droite traversa sur trois colonnes le ruisseau dd Lieb^wolkwitz. A dix heures , les deux armées étaient en présence, et la canonnade s'engagea sur tous les points. Les détachemens français , postés en «rant pour arrêter la mardbe des alliés , étaient reje^ tés^ur te gros de f^imiéie. Macdonald , menacé d'être

Sa BiSTOUti

pris à revers sur sa gauche par Beningsen, déjà maître de Baalsdorf, se retira sur Stœtteritz, et s'étendit jusqu'à Probstheyda, qui devint l'angle saillant de la ligne de défense. Là aussi se porta l'effort de l'ennemi. A la droite le maréchal Poniatowski était vivement pressé à Connewitz. Cependant Oudinot , avec deux divisions de la garde ^ repoussait sur Dolitz le général Bianchi j qui fut secouru à temps par CoUoredo. Oudinot dut ralentir son mouvement o£fensif. Poniatowski j ayant en tête des forces trop supérieures, se replia sur sa première position de Connewitz ; il la conserva toute la journée , malgré l'acharnement des Autrichiens , qu'il empêcha de déboucher de Loessnig. Au centre , la grande attaque eut lieu à deux heures. Probstheyda , où se défendaient le duc de Bellune et Lauriston , fut assailli si vigoureusement par le prince Auguste de Prusse , qu'ils perdirent deux fois le village ; mais l'occupation de ce poste était si importante j que !Napoléon lui-même ordonna une dernière tentative, et en chassa définitivement les Prussiens. Stœtteritz , où s'était reployé Macdonald, résista aux troupes de Ziethen et de Beningsen , et fut incendié par leur artillerie. A cinq heures, Napoléon, pressé de finir cette terrible attaque du centre, fit établir ses réserves d'artillerie , sur le plateau de Probstheyda, et refoula l'ennemi ^^ns le vallon. Schwartzemberg , repoussé sans cesse , garnit d'une artillerie également formidable le plateau opposé. Deux fois Victor et Lauriston ont tenté de sortir de Probstheyda. Yial et Rochambeau sont tués à la tête de leur division. De part et d'autre, les armées immobiles tombaient foudroyées par une mort inévi-

table à la peur comme au courage. Ce stupide dévouement à la discipline militaire, contre laquelle l'honneur défend au dernier soldat le moindre murmure, doit paraître, sans contredit, la preuve la plus complète du degré d'asservissement que la tyrannie des institutions peut imposer aux facultés physiques et morales de la multitude. Cette grande destruction sur place, sans gloire et sans passion, moissonna les deux camps jusqu'à la nuit , qui enfin lui enleva la clarté nécessaire à la continuation du carnage.

La bataille n'était pas moins meurtrière sur les rives de la Partha , où le prince de la Moskowa avait à combattre le prince royal de Suède et le maréchal Blûcher. Menacé d'être tourné par le premier .à Mockau, où Langeron a forcé le passage de la rivière, et à Taucha, le maréchal Ney, par un changement de front rapidement conçu et habilement exécuté, a fermé la ligne circulaire que l'armée française formait au tour de Leipsick. Alors une troupe de cavalerie et d'infanterie saxonne, avant-garde du corps du général Reynier, aux approches de la cavalerie russe, qui débouchait de Taucha, au lieu de la combattre, courut à sa rencontre, et occupa à sa tête le poste d'avant-garde qu'elle venait d'abandonner dans nos rangs. Ce n'était là que le prélude d'une trahison en masse; car au moment où l'ennemi parut devant Paunsdorf, le reste des troupes saxonnes, composant deux brigades , avec quarante pièces d'artillerie, l'une sous les ordres du général de Ryssel, l'autre sous ceux du colonel de Brause , et la cava* lerie wurtembergeoise commandée par le général

$4 nsTôifkB

Itormann , passèrent à l'ennemi , malgré ks efifisnrtt de leur digne chef, le général Zesdiau, qui, fiddk à sôh prince et à l'honneur , demeura parmi nous, n'ayant plus que cinq cents hommes de sa natkm. Four comble d'horreur , à peine ces infâmes déser« teurs furent-ils arrivés à distance ^ qu'ils dirigèrent le feu de leur artillerie sur la division Ûurutte^ dont ils faisaient partie! Cet attentat militaire, le plus odieux qu'offrent les annales de la guerre, avait ton asile naturel sous les drapeaux de l'ex^maréchal fnuH çâis, qui venait, comme prince royal de Suède, pop* ter les dernien» coup^ sa patrie. L'ennemi lui-m^e tie cacha point l'indignation que lui inspirait une telle perfidie. La conduite de l'armée saxonne a pu flétrir, mais non souiller la vieillesse de son vénéra* ble monarque. La défection de ces indignes scddate avait laissé un grand vide dans la ligne française] i*éduit à quatre mille hommes , le général Reynier était hors d'état de conserver Paunsdorf.

Dans le même moment, un autre Français, le comte de Langeron, attaquait avec les Russes le village de Schœnfeld, un des faubourgs de Leipsick; deux fois il s'en empara , deux fois il en fut chassé parle sixième corps, qui, faute de munitions, dut enfin céder. Mais le maréchal Ney ayant fait relever le sixième corps par le troisième, Schœnfeld tomba de nouveau en notre pouvoir. Langeron engagea alori tout son corps d'armée, et, après des prodiges de valeur, le troisième corps, éfcrasé par cette masse d'assaiilans , se vit aussi obligé d'abandonner ce village. Dix mille hommes de part et d'autre payèrent de leur sdti^ l'affaire de SehœtiféM. Le matftehal Ney

et f e^a sur ReudnitE ^ où Langerôâ le isiii¥it de près.

La division Dunitte, restée sâiïe contre Tardée suédoise et le corps de Wintzingerède^ renfoiiôé^ bientôt de k division DelmaS j était pan^nue à déposter les Suédois du village de Kohlgarten; mais, assaillie par trente mille hommes , elfe ne put résîs*ter plus long-temps , et l'ennemi poursuivait sa marche sur Leipsick. Les Suédois touchaient déjà aux pre* mières maisons de Wolmansdorf. Le vieux Delmas, qui, après quinze jours de disgrâce, a repris ses armes, se précipite sur eux avec sa division et la cavalerie badoise de Beurman, et parvient à les . repousser : mais , entouré tout à coup par les Russe* de Wintzingerode, ses troupes doivent céder, et lui, il marque de son sang républicain cette généreuse défense contre son ancien frère d*armes Bernadotte. Averti de ce péril si pressant , Napoléon s'y porte dé sa personne , avec une division de sa garde à pied et ses grenadiers à cheval, et rejette l'ennemi jusque sur la position de Schœnfeld. Encouragé par ce sucôèé important , FEmpereur ordonne à Nansouty de prendre Bernadotte en flanc, pour Tempécher de se réunir à Beningsen. Mais à peine la cavalerie légère eut-elle débouché par Mœelchau , que Bubna , BuloW et le prince de Hesse-Hombourg , l'assaillirent, tan* dis qu'elle était arrêtée en face par deux divisions suédoises que soutenaient l*artiîlerie saxonne et une batterie à la congrève au service du pirince de Suède- Ce furent encore les masses qui firent fléchir lèJ* Français. Le général Friederich et le chef d'état-majW* du sixième corps fttrent tués. Bulow resta. mai-

56 ttlSTOIAB

tre des viDages de Stuntz et de Sellerhaussen. Ney , avec quarante mille hommes j avait résisté toute la journée à cent cinquante mille alliés ; et il fut trahi par les Saxons !

Blûcher , de son toté y avait £ait attaquer le faubourg de Rosenthaly que les Polonais de Dombrowshi et la cavalerie du duc de Padoue défendirent vigoureusement. Le soir, il détacha vers Hall le corps d'Yorck , il voulait prévenir sur la rive gauche de la Sade la retraite des Français y que parut lui indiquer la marche d'un train considérable d'équipages dans la direction de Weissenfels.

La nuit seule sépara les combattans et mit fin au carnage. Ainsi se termina la fameuse bataille du 1 8 octobre. Les alliés ont opposé trois cent mille soldats aux cent trente mille hommes de Napoléon. L'élite de notre armée a été moissonnée dans les champs de Leipsick; soixante mille hommes manquent aussi à l'ennemi j et il balancerait à venir nous attaquer dans les remparts de Leipsick, si nous avions des munitions pour nous y défendre. Mais, depuis cinq jours, l'armée avait consommé deux cent cinquante mille coups de canon; il ne restait plus que dix mille cartouches dans les caissons , c'est-àdire à peine pour soutenir le feu pendant deux heures. Les réserves les plus voisines se trouvaient à Erfart et à Magdebourg : il fallait donc nécessairement quitter Leipsick , et la retraite fat décidée. Dès le soir, les parcs et les équipages filèrent par Linde* nau sur Lutzen , qui avait vu la première victoire de Napoléon dans cette campagne ; la cavalerie, la garde, une partie de l'infanterie, suivirent dans la nuit. La

marche était difficile par le défilé de deux lieues qui sépare Leipsick de Lindenau, et que coupent plusieurs rivières sur lesquelles aucun pont n*avait été jeté, malgré les ordres réitérés de Napoléon.

A la nouvelle inespérée de notre retraite , les alliés tressaillent de joie et lancent toutes leurs masses contre Leipsick. L'Empereur veut épargner à cette malheureuse ville les horreurs qui la menacent ; il apprend, le 19 au matin , qu'Alexandre et Frédéric- Guillaume viennent de paraître à leur armée. Par son ordre, une députation de la ville, des officiers du roi de Saxe, des parlementaires français, sont allés intercéder pour Leipsick. Ces demandes de l'humanité sont rejetées avec un froid orgueil par des vainqueurs qui n'ont pas contribué à la victoire. Que Leipsick périsse , même sans nécessité ! Telle est la réponse des souverains alliés. Blûcher y joint un outrage à notre armée ; il ose la sommer de mettre bas les armes! Napoléon, Français par le cœur, et aussi généreux dans les revers que dans la prospérité , sera plus humain envers une ville allemande que les sauveurs de l'Allemagne. On lui donne le conseil rigoureux, mais utile et décisif, de brûler les faubourgs de Leipsick, et de tenir jusqu'au dernier moment dans cette ville. On lui démontre tous les avantages d'une résistance prolongée qui assurera au moins la retraite de notre armée. Mais Napoléon préfère le péril de succomber, s'il le faut, dans cette ville fidèle, au crime d'imiter la conduite de Rostopchin à Moskou. Il veut à tout prix conserver Leipsick au vieux monarque , qui aussi a préféré l'honneur au salut de ses États, et il ordonne la dé-

fense des faubourgs. Bientôt TEmperaur mdnteà dieval ) et va porter des consolations [au roi de Saxe. Dans une longue entrevue ^ il le délie de ses engagemens ^ et le presse de la manière la plus vive, au nom de ses plus chers intérêts ^ de traiter avec les alliés , qui respecteront sans doute en lui la vieillesse ^ la vertu et le rang suprême. Le roi ne lui répond que par le chagrin profond qu'il ressent encore de la trahison de ses troupes à Paunsdorf. On ne peut relire sans émotion cette scène des derniers adieux entre Napoléon et son vieil ami , comme il l'appelait. Rien de plus beau, de plus touchant , que les paroles du vénérable monarque qui ne s'occupe que des périk de l'hôte illustre dont il a reçu sa couronne; rien de plus grand que Napoléon j qui , à l'approche de Ber^ nadotte, de Beoingsen et de Schwartsembei^, entrés par trois côtés dans Leipsick, ne cède, pour se reti* rer j qu'aux prières et aux larmes de toute la famille royale. Elle tremble de le voir égorger sous ses yeux, au milieu du palais même : telle était l'idée que la cour de Dresde se formait de l'humanité des alliés I

Napoléon veut sortir de la vieille ville par la porte de Rendstadt, mais elle est déjà encombrée : obligé de revenir sur ses pas, il va chercher la porte oppo* sée (celle de Saint-Pierre) , et longe le boulevart de l'ouest pour gagner le faubourg par lequel l'armée s'écoule. Dans le trajet, il a pu connaître lui«-méme le véritable état des choses, et il pousse encore l'attention jusqu'à envoyer le duc de Bassano rassurer le roi de Saxe. L'arrière-garde du duc de Raguse tient toujours en avant du faubourg de Halle , que Btii-» cher à vainement tenté de forcer. Reynler ôceupe le

ftuboUrg de Rôsoithâl ; dam ceux de Taadbâ et de Giimma, le maréchal N^ lutte avec une constance MB» égale contre les corps russes de Woronsow j les Prussiens de Bulow , et l'armée suédoise ; Poniatowski et Lauriston défendent de même les faubourgs du midi. Derrière nous ^ les boulevards circulaires de la vieille Ville sont intacts y et peuvent se soutenir long-temps. Deux heures encore d'une pareille résistance , l'ar* rière-garde est sauvée et se réunit avec tout notre matériel à l'armée y que ^Napoléon a déjà mise hors d'atteinte; car l'Empereur, sous les yeux duquel a été miné le premier pont, a donné l'ordre au com«> mandant du génie de le faire sauter à la première appioche de l'ennemi.

Parvenu enfin à travers tous les obstacles au dernier pont 9 celui du moulin de Lindenau,^ l'Empereur descend de cheval y place lui-même sur la route des officiers d'état<^major, pour indiquer aux hommes isolés le lieu de la réunion de chaque corps , et s'oc*cupe ensuite de dicter des instructions au duc de Ta<*> rente qu'il charge du commandement en chef dé toute Tarri^^e^arde. Accablé par les fatigues de la veille et par les émotions de la journée , Napoléon s'est endormi profondément au bruit du canon qui tonnait de toutes parts , quand tout à coup une explo*sion plus forte se fait entendre; aussitôt le roi de Naples , le duc de Castiglione , entrent chez l'Empereur et lui annoncent que le grand pont de l'Elster a sauté. Ainsi 9 près de vingt mille hommes , séparés à jamais peut'^être de lui , sont livrés au .plus affreux déses* poir; ceus>ci jurent de mourir plutôt qute de se rendre ; ceu^^Ià posent les armes ; d'autres , jugeant

6o HISTOIRE

aussi toute résistance inutile , se précipitent âans la Pleiss et TElster; mais pour la plupart les eaux bourbeuses de ces rivières deviennent un gouffre où ils restent engloutis. Le maréchal Macdonald passe à la nage y le général Dumontier se noie. Depuis le matin , Poniatowski arrêtait les efForts des alliés par des prodiges de courage ; en apprenant que tout espoir lui était ravi , il dit à ses officiers : « C'est ici qu'il faut succomber avec honneur. » Â ces mots il s'élance suivi de quelques cavaliers au milieu des ennemis : atteint de plusieurs blessures, entouré de tous côtés , ne pouvant plus se faire jour, il traverse la Pleiss ^ s'avance vers les bords de l'Elster déjà garnis de tirailleurs russes , pousse son cheval dans les flots ^ et y rencontre la mort.

Racontons la cause de cet horrible désastre. Les alliés s'étaient enfin rendus maîtres des faubourgs; l'arrière-garde française se trouvait refoulée sur les bouîevarts, lorsque la défection d'un bataillon badois , en abandonnant la porte Saint-Pierre , ouvrit à l'ennemi l'entrée de la ville , où il se précipita. Alors nos trois corps d'armée qui la défendent s'efforcent de gagner la grande route en combattant toujours. Leur valeur héroïque eût assuré leur retraite, si l'officier du génie 9 chargé de la destruction du pont après le passage , n'eût pas confié cette importante commission à un simple caporal de sapeurs. Cependant j le feu des Badois et des Saxons du haut des murs de la vieille ville , d'où ces infâmes déserteurs tiraient sur nos soldats , et surtout les tirailleurs de Langeron répandus sur la rive de la Pleiss , ont produit un grand désordre autour du pont. Le sapeur ,

DE NAPOUtoir. 6.1 J

armé de la mèche fatale , croit que Tennemi arrive en masse ; il exécute sa consigne et détruit Tunique voie de salut pour nos braves soldats , dont la valeur contient encore le gros des alliés. Dès lors cette héroïque arrière-garde , deuxxents pièces de canon et un matériel immense sont enlevés à Napoléon. L'étatmajor-général et l'arme du génie ne se laveront jamais du reproche d'un aussi coupable oubli de leurs devoirs; le commandant de cette arme avoue luimême que 7 du 5 au 1 9 y on aurait eu le temps de jeter cinquante ponts sur les deux rivières : à Wagram, il n'avait fallu que douze heures de nuit pour en jeter six en face des Autrichiens. Après cet aveu et ces précédens ^ que le commandant du génie détourne comme il le pourra la terrible responsabiUté d'un désastre qui pèse presque tout entier sur sa tête ! A la vérité les ennemis perdirent plus de quatrevingt mille hommes mais cette perte énorme ne compensait pas la désorganisation de notre armée y l'abaissement de notre fortune et la ruine de notre influence en Europe. Les journées de Leipsick nous coûtèrent une trentaine de mille hommes dont vingt iQille morts. Vingt-deux mille blessés restèrent dans les hôpitaux de Leipsick ; dix-sept de nos généraux dirent pris. Le roi de Saxe aussi fut fait prisonnier. On le déclara traître aux alliés pour n'avoir pas trahi son allié; il fut emmené en Prusse.

Napoléon était en arrière du dernier pont de Lindenau, au moment de la destruction du pont de l'Ëlster ; il devait à sa position de renfermer dans son ame le chagrin profond qui la dévorait : il fit former sa garde en bataille et placer ses batteries ; il se trouva

ainsi chaîné de protéger jusqu'à la Saale Its débris de l'armée , qui j supérieure à la funeste impressicm d'un si cruel revers et aux défections successives des troupes de la Confédération, ne cessa de combattre de Leipsick jusqu'à EHurt, c'est-à-dire , du ao au a3^ et contre des forces quadruples des siennes. L'ennemi la vit toujours la même, toujours digne de sa renommée , à Markranstadt , à Freybourg , à Nsnimbourg, et surtout à Kosen. Le aa, l'Empereur est à Ollendorf , où , débarrassé par la désertion de toos les étrangers qui servaient encore dans ses rangs , il se livrait à la sécurité d'un repos de famille. Mais vm générai autrichien, le comte de Mier, s'est glissé la nuit dans son camp , et encore tout couvert de la poussière des trois journées de Leipsick , le preua Murât , ou ^utôt le roi de Naples , a reçu cet émis* saire à son bivouac. Cette circonstance explique Far' deur de la poursuite du corps de Giuiay, auqud appartient le comte de Mier. Ce général a garanti son royaume à Murât de la part del'Angieterre et de l'Autriche. Deux jours après , Napoléon et Murât se sont fait des adieux étemels.

Napoléon ne donne à Erfiirt que deux jours de repos à ses généreux soldats. Menacé par Blûcher du côté d'Eisenach, on dut quitter Erfurt le a 5 et se porter à Gotha ; le a6 on s'engage avec assez de sécurité dans la forêt de Thuringe; le aS, nous sommes à Schhichtem , et nous avons passé Fulde. Là semblait s'arrêter l'archarnement de l'ennemi ; il n'a m» à notre poursuite que des hordes de Cosaques qui massacraient avec barbarie nos traînards et nos malades. Nous espérions gagner désormais «ans coup

DE hamhjSok. 65

t»rir \êè MOipaits de Msfence ; mais un obstacle aussi grand qu'imprévu nous attendait aux bords de la Kintzig^ et contraignit la valeur française à marquer p^r ime victoire ses derniers pas sur la terre germa* nique.

La nouveUe armée austro-bavaroise, qui avait fait sa jonction à Braunau le 19 octobre, s'était mise en mouvement sous les ordres du général de Wrède , et portée à marches forcées sur les derrières de nos troupes, afin de leur fermer même la route de la France. Le a4, au brait de la victoire de Leipsick, die se présenta devant Wurtzbourg : là , elle se vît sffrMée par douze cents français; le général Thar^ reau , leur commandant , rejeta fièrement en leur nom tontes les sommations d'une armée de cinquante mille hommes. De Wrède eut la barbarie de faire jouer cent pièces de canon contre une ville amie, et la honte de laisser une brigade devant la citadelle où s'étaient rastfermés Tharreau et ses douze cents braves.

Le 29, de Wrède occupait Hanau avec le gros de son armée. Napoléon instruit de cette circonstance , partit de Schluchtem et renversa les brigades autricbiennes et bavaroises qui inquiétaient son passage. Certain qu*une bataille devait encore ouvrir à son armée les portes de la vieiMe France, il fit diriger sur CoWent» tous les bagages , sous la protectîcm de la caivalerie des généraux Milhaud et Lefebvre-Desmmettes. En effet, le 3o, quarante-cinq mille hommes l'attendaient sur la Rintzig, en avant de Hanau , couverts par ime artîBerie formidable. Au débouché de la Ibrét cpri sépare les deux armées , Napoléon, faute

64 HISTOIBE

d'artillerie , est obligé de suspendre l'attaque et de se borner à la fusillade de ses tirailleurs. A trois heures , le général Drouot paraît avec cinquante pièces de la garde , et fait taire le feu de Tennemi. Mais une charge générale de la cavalerie austro-bavaroise j profitant du moment où le général Nansouty étend la sienne sur la droite 9 entoure de si près l'artillerie française, que les canonniers doivent défendre leurs pièces à l'arme blanche. Alors la cavalerie de la garde et les cuirassiers dégagèrent l'artillerie, et culbutant par une charge à fond l'infanterie ainsi que la cavalerie des ennemis, dispersèrent entièrement leur gauche. Cependant le généra Ide Wrède, pour favoriser sa retraite, engagea sa droite dans une attaque vigoureuse j qui , bientôt arrêtée par une autre partie de la garde, n'eut pas plus de succès que la première; et l'armée austrobavaroise , repoussée en désordre au-delà de la Kintzig, ne put se rallier que la nuit sous le canon de Hanau, après avoir eu six à sept mille homme tués, blessés et prisonniers. Ainsi se termina cette bataille que la trahison avait préparée à Ried et à Braunau. Le lendemain, le maréchal Marmont entra dans Hanau : il poursuivit l'ennemi , tomba sur son aile droite, l'enfonça et l'accula sur le Mein. Cette entreprise réussit comme Napoléon l'avait ordonné. Le maréchal Mortier , resté le 3o à Gelnhausen , put faire sa jonction avec le gros de l'armée. Marmont se reploya au-delà de la Kintzig. Le quatrième corps, commandé par le général Bertrand, demeura devant Hanau et occupa le débouché de Lamboi. Le général de Wrède revint sur le maréchal Marmont, et voulut reprendre Hanau ; mais , après avoir forcé la porte de

DE IVAPOLÉON. 65

Nuremberg , une blessure le mit hore de combat , et il ne put empêcher ses colonnes d'être rejetées de l'autre côté de la ville. L'attaque qu'il avait dirigée sur le pont de Lamboi , défendu par le général Guilleminot, n'eut pas non plus une heureuse issue; malgré l'infériorité de ses troupes et celle de son artillerie qui n'étaiÉk{ue de douze pièces contre trente , ce général garda sa position. Débarrassé de toute inquiétude, le quatrième corps évacua Hanau pour prendre la route de Francfort. La division bavaroise , qui sç trouvait dans cette ville, l'abandonna devant Napoléon. Le 3i octobre, toute l'armée y arriva successivement; et, le a novembre, Mayence reçut pour la dernière fois dans ses murs l'empereur Napoléon et sonarmé e.

Le général Bertrand resta seul en dehors de la barrière du Rhin , et se fortifia à Hocheim. Le 9 il dut céder cette place à des forces trop supérieures , et se renferma dans la fameuse tête de pont de Cassel.

Ce fat le dernier combat de la campagne. Les armées combinées prirent des cantonnemens sur la rive droite du Rhin; Blûcher s'établit entre Coblentz et le Mein , Schwartzemberg entre le Mein et le Necker, de Wrède sur la rive gauche de ce fleuve ; Beningsen bloquait Magdebourg; Rlenau retenait le maréchal Saint-Cyr dans Dresde; le a8 octobre, Saint-Priest et ses Russes occupèrent Cassel , capitale du royaume de Westphalie, rayé du nombre des États par les alliés , qui avaient sanctionné son érection et traité de puissance à puissance avec Jérôme ; leurs troupes envahirent également le duché de Berg tout entier^ ainsi que le Hanovre ; Wintzingerode s'étendit dans

lY. 5

66 msToiRi

roldenburg et l'Ost-Frise , tandis que Bulow marchait pour soulever la Hollande. Les princes coalisés, réduits désormais à adopter les principes, à parler le langage , à employer les moyens de la révolution, sié* geaient avec leur état-major militaire et politique à Francfort; et c'est de là que, pour consommer la la ruine de Napoléon, ils allaient, presque daqs les mêmes termes que la Convention nationale de Francet, prêcher aux peuples de l'Ëuroperinsurrection, comme le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

DE NAPOt|éO]?r. §7

Page 1