‹ Histoire de Napoléon (volume 5)Chapitre 6 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ATFAI&IS D*18PAOirK KT D^ ITALIE, JUAQu'a LA FIN DE l8l3. SAPOLÉOXT A

PARIS. P&OPOSITIOXr DE PRAVGFORT. SÉAITCBS DU silTAT ET DU CORPS

AvAiTT çt depuis la rupture du congrès de Prague nos années, excitées dans les deux péninsules par Napoléon qui sentait profondément les périls de; la France, répondaient avec la même constance, mais avec une fortune diverse, aux appels du géi^ie infatigable de ce grand capitaine. De glorieux faits d'armes , perdus dans les escarpemens des montagnes et étouffés par les désastres de la grande armée , signalèrent les derniers efforts de l'armée d'Espagne cous le maréchal Soult. Les généraux Foy , Clausel, Abbé, Reilie, Rey, Conroux, Drouet, etc., attachèrent leurs noms à cette campagne malheureuse , où la valeur française soutint le dernier vol de l'aigle impé* riale sur le sommet des Pyrénées. A la fin de i8ï 3, il pe reste plus à la France en Espagne que le petit port de Santona, qui, presque sans défense, partagera avec Hambourg, à l'autre extrémité de l'Europe, l'honneur de garder le drapeau tricolore jusqu'au traité de Fontainebleau.

I^ prince Eugène , arrivé le 1 8 mai à Milan , après

• $'4tre illustré par la belle retraite de Posen, comptait,

v#rs le milUeu de juillet, sous ses drapeaux, plus d^

cinquante mille homnies. Dans le moi$ d'août il ocqu-

pait sur la ligne de la Save, Wippach, Alpen, Tarvis, Villach, Laybach et Trieste; des succès variés lui enlevèrent et lui rendirent ces diverses positions, qu'il aurait fini par conserver, malgré le soulèvement de rillyrie et la désertion de tous les soldats des contrées réunies à la France. Mais le traité de Ried entre l'Autriche et la Bavière étant venu donner tout à coup à la guerre d'Italie un caractère plus dangereux, en ouvrant aux troupes autrichiennes les défilés du lyrol , le vice-roi a cru devoir resserrer sa ligne. Ce prince se trouvait , comme son père adoptif , les armes à la main contre son beau-père ; comme Napoléon , il fut aussi trahi dans son camp , et marcha entre la défection du roi de Bavière et la perfide amitié du roi de Naples. Si Joachim , que Napoléon et le vice-roi appellent au secours de l'Italie, reste fidèle, la route de Vienne reverra Eugène et Murât, et Napoléon devra son salut à ceux à qiii il a confié les insignes royaux de l'Italie pour les défendre contre les ennemis de la France. Tous deux sont ses élèves, ses compagnons d'armes. Il appelle l'un son fils, et Vautre son frère.

La tâche d'Eugène est cruelle : condamné a redescendre les premiers degrés de la gloire militaire de Napoléon, à franchir les pentes et non plus les sommets des Alpes juliennes , sa retraite est une lutte perpétuelle. Le 3i octobre, il prend Bassano aux Autrichiens; le 5 novembre , après avoir secouru Palma-Nova et organisé la défense de Venise, il se replie sur FAdige, et porte son quartier-général à Vérone. Le 1 5 il bat à Caldiero le général Bellegarde; le 27 , un revers enlève aux Français FerrareetRovigo; les Autrichiens s'opi-

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niâtrent à occuper ces deux terri toires, parce qu'ils savent que Joachim, qui a fait dresser ses tentes derrière celles du vice-roi , attend des nouvelles du prince Cariati^son négociateur auprès du cabinet de Vienne. Ce prince est resté à Naples avec l'Autrichien Neipperg et un envoyé de l'Anglais Bentinck. Les proclan^tions couvrent l'Italie. De Ravennes , le général Nugent promet aux Italiens le bonheur dont ils jouissent à présent sous la maison d'Autriche; Joachim leur annonce hautement leur indépendance. Cependant le vice-roi fait construire un ftont à Borgo-Forte et armer le fort de Plaisance pour défendre le passage du Pô contre nos alUés de Naples. L'attitude équivoque ou plutôt menaçante du roi Joachim était l'objet constant de la correspondance de l'Empereur avec le vice-roi : « Faites-lui toutes les prévenances possibles , écrivait Napoléon à Eugène J'. le 3 àéc^vor hre^pouren tirer le meilleur parti. » En attendant, et d'après les ordres de l'Empereur , les villes , les arsenaux , les magasins des provinces françaises et italiennes sont ouvertes aux Napolitains. Joachim a demandé des armes à l'Empereur; il les reçoit pour les tourner bientôt contre la France. Zara a succombé à un siège et à un bombardement par la défection des Croates. Venise, que les Autrichiens bloquent étroitement, repousse leurs attaques avec vigueur. Le 19 décembre, ils ont été battus à Cartaguaro. Dans les derniers jours de ce mois se consommait la trahison de Joachim : ses troupes arrivaient à Rimini et à Imola ; elles étaient entrées comme amies à Ancône, et le 3o elles entraient de même à Bologne. Ce fut alors que le vice-roi , ayant reçu des renforts

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d'Espagne et d'Alexandrie, prit de nouvelles dispositions militaires.

Immédiatement après la victoire de Hanau , Napoléon , revenu à Mayence, consacre six jours dans cette ville à la réorganisation de son armée. Le duc de Tarente défendra le Rhin à Cologne, Maribont à Mayence , le duc de Bellune à Strasbourg : le duc tle Valmy va à Metz commander les réserves; le général Bertrand, qui a livré le dernier combat sur la Kintzig, est placé en première ligne dans la tête du pont de Cassel , cet inexpugnable boulevart de Mayence. Tout le reste de l'armée a repassé cette grande limite que la nature et la république avaient donnée à la France. Mais, ainsi qu'à Torgau, le typhus des hôpitaux militaires moissonne sous leurs abris les braves que lé champ de bataille a respectés : cette terre, encore française , semble n^avoir plus que des tombes pour ses défenseurs.

Le 9 novembre , Napoléon était de retour à Saint- Cloud. Le même jour un événement singulier se passait à Francfort. La campagne s'était ouverte par l'enlèvement du secrétaire de la légation française à Weymar ; elle venait de se terminer par celui de M. de Saînt-Aignan , ministre de Napoléon près les cours ducales de Saxe. Dans sa route , ayant réclamé contrecette violation, M. de Saint- Aignan fut appelé par M. de Metternich à Francfort , où étaient réunis les ministres des cabinets belligéraiis. « Il s'agit , lui dit M. de Metternich , de la réponse aux propositions dont le général de Meerfeldt a été chargé. Personne n'en veut à ta dynastie de V empereur Napoléon. V Angleterre j rfeprehd lord Abèrdeen, est disposée à rèhdlre

DE NÂl*OLÉON. 71

à pleihBs mdihs. Les choses s'atrangieront bien vite y ajoute le comte de Nesseirode , si le duc de Vicence , votre beaU'-frèrej est chargé de la négociation. » Le Le prince de Schwartzemberg renchérit encore sur le dire des tt'ois ministres. Enfin, M. de Saint-Aignan écrit, sous la dictée de M. de Mettèrnich, les propositiobs qu'il doit transmettre à Napoléon. « Il s'agit a d'une paix générale. La France Sera reilfet^mée entre « le Rhin j les Alpes et les Pyrénées. L'Angletert'e re- « connaîtra la libertédu commerce et delà navigation a à la Fraiice. Après l'acceptation de ces bases , une « ville sera neutralisée sur la rive droite du Rhin « pour la négociation. » M. de Saint-Aignan arrivé à Saint-Cloud et remplit sa mission. Napoléoh propose Maîiheim pour le congrès , et nomme pour plénipotentiaire le duc de Vicence , à qui il donne le portefeuille des affaires étrangères ; mâîs , dans l'intervalle de la correspondance du cabinet de France avec celui d'Autriche, parut, le i®' décembre, la trop fameuse déclaration de Fraticfort , qui , par un arrêt européen de la cdalition, sépara tout à coup la cause de Napoléon de celle de la nation française , au moment où on négociait avec lui la paix du monde ! Le lendemain , M. de Vicence écrivait à M. de Metterliichque l'Empereur adhérait; aux bases proposées. Ce n'était J)oint le manifeste de Francfort qui était une improvisation de la politique des alliés, mais bien les propositions faites à M. de Saiht-Aignan.

Dès le principe , l'Atitriche avait senti qu'il lui fallait du temps pour armer sa médiation , et elle y ènîploya les deux mois de la négociation dé Pleswitz et du prétendu congrès dé Prague. Il en était de

même à l'égard de la coalition ; elle avait décidé la destruction de Napoléon et de l'empire français : toutefois il lui fallait aussi du temps afin de se faire ouvrir toutes les portes de la France, et elle en avait trouvé le moyen dans la fallacieuse négociation de Francfort , pour laquelle Napoléon s'est montré disposé aux plus grands sacrifices. Déjà , après Leipsick, l'Autriche avait cherché à séduire cette neutralité, admirable privilège que l'Europe depuis plusieurs siècles reconnaissait à la Suisse; le i8 octobre, la Suisse l'avait de nouveau réclamé , et Napoléon s'était empressé d'y adhérer. Mais le cours du Rhin, depuis Bâle jusqu'à la mer, ne suffisait pas à l'invasion européenne : les alliés décidèrent secrètement à Francfort que la neutralité helvétique serait traitée comme une protection du sol français , et l'oligarchie bernoise, qui gardait^a frontière allemande, convint de prêter la main à la violation du territoire helvétique par le prince de Schwartzemberg , qui de Francfort était allé lui-même négocier cette trahison. Ainsi rien ne pourra plus arrêter l'envahissement de la France : le Rhin est livré aux coalisés à Bâle , à Rheinfelden , à Schaffouse , et la route de Genève est devant eux. On charge Schwartzemberg du premier mouvement, Bubna du second; Blûcher attend la nouvelle de leur marche pour passer le Rhin à Manheim, ; Bernadotte attend aussi en Hollande , pour entrer en Belgique , que Blûcher ait mis le pied dans la vieille France. Cependant, qu'ont-ils à craindre, ces généraux à la tête de leurs masses victorieuses? Ils n'ont laissé derrière eux que des captifs à Hambourg , à Dantzick et dans quelques places du Nord. Dès le

1 1 novembre , le maréchal de Saint-Cyr avait capitulé à Dresde pour ses trente-deux mille hommes avec les généraux Tolstoï et Klenau. Mais le dernier ambassadeur d'Autriche à Paris , le généralissime Schwartzembergy a refusé de ratifier la capitulation; et lorsqu'ils s'avançaient vers la France , Saint-Cyr et son armée ont été investis , désarmés , conduits prisonniers en Autriche ! Ce fut ainsi que Schwartzemberg préluda à la viplation de la neutralité helvétique. Le a I novembre , Stettin , après huit mois de blocus , ouvre ses portes ; le 24 ^ Amsterdam reçoit le général Bulow , proclame l'indépendance de la Hollande et le rappel de la maison d'Orange ; le a décembre f Utrecht se rend ; le 4 7 1^. Suédois sont dans Lubeck; le 10, Fennemi occupe Breda et Wilhemstadt ; enfin , le 1 5 , pour qu'il ne restât plus en Europe un seul allié à Napoléon y le fidèle roi de Daneinarck signe malgré lui un armistice avec les Russes. Cependant la forte ville de ïorgau, où vingt-sept mille hommes ont été entassés dans les maisons d'une population de quatre mille cinq cents habitans, a subi tous les maux de l'humanité, toutes les horreurs de la guerre : en proie à une contagion qui dévore quatre cents hommes par vingt-quatre heures , bombardée nuit et jour, livrée à la famine, au désespoir, elle n'a plus d'autre asile pour ses morts que les glaces de l'Elbe. Son cimetière est occupé par l'ennemi. Son gouverneur, Narbonne, le négociateur de Prague, a péri victime du typhus. Le général Dutaillis , qui le remplace, aura jusqu'au dernier moment la force de tenir fermées à l'ennemi les portes de cette malheureuse place.

<^4 âfstôiA^

Cepetidaht ^ le 1 1 décembre , au milieu des désastres de ses troupes d'outre-Rhin , et des trames machiavéliques de la coalition, Napoléoti, par le traité de Yâlençay , donne un gage soletinel à la paix dont il a reconnu les bases posées par les alliés eujc-mêmes, et rend l'Espagne à Ferdinand.

Le duc de Bassano avait encore entamé une autre négociation avec le pape ; il la continua , quoiqu'il ne fût plus ministre des relations extérieures : Tévêque de Plaisance, qui en était le plénipotentiaire, la fit connaître par des lettres qu'il publia dans les journaux. Ainsi Napoléon, en traitant avec Ferdinand et avec le pape, était allé de lui-même au-devant de ces bases de Francfort, qu'on lui refusait depuis qu'il les avait acceptées.

Cependant , le 1 5 novembre , un sénatus-consulte avait appelé trois cent mille hommes sous les armes; un autre avait fixé au i5 décembre l'ouverture du Corps-Législatif. Le 17 de ce mois, un décret impérial mobilisait cent quatre-vingt mille gardes natiotiaux, pour renfoncer les garnisons de l'intérieur. Napoléon a besoin de toutes les ressources de la France et de toutes celles de son génie, au moment où il doit faire face aux périls sans nombre qui l'environnent : pour trouver des secours et du dévouement dans de si graves circonstances, il avait convoqué le Sénat, le Corps-Législatif et le Conseil-d'État. Il ouvrit en ces termes cette séance solennelle , dont les suites ftireiit si fatales à lui-même et à la France :

a Sénateurs , Conseîllèrs-d'Etat , Députes

DES DÉPAftTElVIElS? AU CoRPS-LÉGISLATIF ,

« D'éclatantes victoires ont illustré les armes fràn-

DE ITAFOLiÔlt. 7 5

te çaises dans cette campagne : des défections àan!^ <t exemples ont rendu ces victoires inutiles. La France « même serait en danger sans l'énergie et l'union des <c Français... Je n'ai jamais été séduit par la prospé* « rite : l'adversité me trouvera au-dessus de ses at- <c teintes ; j'ai plusieurs fois donné la paix aux natiônis « lorsqu'elles avaient tout perdu. D'une part de mes V conquêtes j'ai élevé des trônes pour des rois qui « m'ont abandonné ; j'avais conçu de grands desseins « pour la prospérité et le bonheur du monde... Mo- «t narque et père, je sens que la paiK ajoute à sécutt rite dés trônes et à celle des familles. Des négocia- « tîons on été entammées avec les puissances coali- « sées : j'ai adhéré aux bases préliminaires qu'elle^ « m'ont présentées; rien ne s'oppose de ma part au a rétablissement de la paix... » Les pièces de la négociation furent communiquées au Sénat et aU Corps- Législatif, qui nommèrent chacun une commission pour leur examen. Le 3o, la commission du Sénat présenta son adresse à l'Empereur ; le Sénat approuvait touâ les sacrifices demandés à la France datis le but de la paix... « C'est le vœu de la France , dit la dé- « putation ; c'est le besoin de l'humanité. Si l'ennemi « persiste danà ses refus , et bien ! nous combattrons « pour la patrie entre les tombeaux de nos pères a et les berceaux de nos enfans. w

Le Sénat de Rome ne s'exprimait pas autrement quand Annibal campait ^ ses portes; mais si le temps était le même , les hommes étaient différens.

Napoléon répondit : « Ma vie n'a qu'un but , le fe bonheur dés Français. Cependant , le Béarn , l'Alto èàce, la Frânchè-Comté, le Brabant, sôHt entamés;

^6 HISTOUŒ

«c les cris de cette partie de ma famille me déchirent a Famé : j'appelle des Français au secours des France çais ; j'appelle les Français de Paris, de la Bretagne , « de la Normandie , de la Champagne , et d'autres dé- « partemens, au secours de leurs frères. Les aban- « donnerons-nous dans leur malheur ? Paix et délir « vrance de notre territoire ! doit être un cri de rallie- « ment. A l'aspect de tout ce peuple en armes, <c l'étranger fuira ou signera la paix sur les basses a qu'il a lui-même proposées. Il n est plus question de tf recoui^rer les conquêtes que nous avons Jaites. » C'était parler en grand homme et en grand citoyen. Le rapport de la commission au Sénat était également digne de la nation j du Sénat et de Napoléon. U se terminait ainsi : ce Le moment et décisif. Les étran- « gers tiennent un langage pacifique ; mais quelquesce unes de nos frontières sont envahies et la guerre t< est à nos portes. Trente-six millions d'hommes ne « peuvent trahir leur gloire et leur destinée... Ballions- <c nous autour de ce diadème , où l'éclat de cinquante a victoires brille au travei^ d'un nuage passager. La u fortune ne manque pas long-temps aux nations qui « ne se manquent pas à elles-mêmes. » Le Sénat de Rome, celui de Sparte, celui de 93, auraient fait triompher cette maxime généreuse , ou ils auraient péri pour elle. Mais, peu de mois après, le grand principe que proclamait le Sénat de 1 8 1 3 fîit perdu pour la France et pour lui, et il y survécut tout entier.

L'attitude du Corps-Législarif eut moins de noblesse : au lieu d'accourir au secours de la patrie et de son souverain , il instruisit le procès de l'empire

avec la liberté ; sa commission ne sembla n'être que Torgane du parti de l'étranger, au lieu de l'être des départemens de la France. « ... On ne veut pas nous a humilier , dit l'orateur de la commission , on veut <c seulement nous renfermer dans nos limites et ré* <c primer l'élan d'une actii^ité ambitieuse^ si fatale « depuis vingt ans à tous les peuples de V Europe. De « telles propositions nous paraissent honorables pour a la nBtion y puisqu'elles pwui^ent que V étranger nous ft craint et nous respecte. Ce n'est pas lui qui assigne « des bornes à notre puissance ; c'est le monde effrayé « qui invoque le droit commun des nations. Les <r Pyrénées , le Rhin et les Alpes renferment un vaste « territoire dont plusieurs provinces ne relevaient « pas de V empire des lis, et cependant la couronne « royale de France était brillante de gloire et de ma^ « jesté entre tous les diadèmes. — Orateur, s'écrie le « duc de Massa , président , ce que vous dites est in- «ç constitutionnel. — Un fa ici d'inconstitutionnel que « votre présence! » réplique l'orateur; et il continua par le tableau du despotisme sous lequel gémissaient les peuples du Rhin , du Brabant et de la Hollande. * Ainsi l'Europe assiégeante et la France assiégée apprirent en même temps que le Corps-Législatif se constituait l'opposition. Une adresse à l'Empereur fut votée à la majorité de deux cent vingt-trois voix contre trente-et-une : cette adresse était , comme le rapport , une véritable émanation de la déclaration de Francfort; elle séparait aussi de Napoléon le peuple français; elle exprimait violemment le vœu d'un redressement des griefs imputés au gouvernement impérial ; elle demandait à l'Empereur des ga-

ranti^ contre lui-même, des garanties politigu^p pour engager la nation ^ pour rendre la guerre na^ tionale.

Il s'agissait bien alors de théories; il s'agissait d'être ou de ne pas être. Le devoir actuel , le devoir pressant y lé devoir vraiment constitutionnel du du Corps-Législatif était de s'unir, séance tenante ^^ à Napoléon pour sauver la patrie. Ce devoir était de prendre l'initiative légale du salut public, et de garder eu réserve ces remontrances comme des droitf qui devaient survivre aux malheurs de la France pour les empêcher de se renouveller jamais* Si le Corps-Législatif, redevenu dès lors un grand pouvoir, adoptait la résolution de proclamer lui* ménpie la guerre nationale, il se constituait, par cett« seule déclaration , le dictateur politique de la nation en danger, dont Napoléon eût été le dictateur armé ; alors toute la France , se levant à la yoix de ses repré* $entans, aurait rejeté au-delà du Rhin les alliés, trop heureux d'accepter les conditions de Francfort , qu'à présent ils refusaient. Des passions honorables , mais peu éclairées , aveuglèrent les uns , des haines parti*» entières entraînèrent les autres. Une trahison t ommencée fit habilement fermenter ces mauvais germes ^ qui se développèrent avec une incroyable activité. Napoléon sentit profondément les conséquences d'une division si contraire aux intérêts du pays et 4 toute saine politique ; ne cachant quel remède ap« porter au mal , il ordonna de saisir l'épreuve du rap* port et celle de l'adresse chez l'imprimeur, et d^ briser les planches de la composition ; en outre ^ kis portes du palais du Corp^-Législatif furent lerméM

et 1^ législature fyournée. Peut-être la loi de la oéces site, qui gouverne encore plus les princes et les epi* pires que les particuliers , exigeait-elle cette inégale et violente détermination; mais c'était le cas de la justifier par un appel direct et généreux à la nation ^ et de s'adresser à elle avec l'audace et la confiance d'un grand homme sous lequel elle avait accompli tant de prodiges. Au lieu de cela. Napoléon conçut la malheureuse idée de donner aux députés une audience de congé , et il laissa éclater à peu près en eea mots son vif mécontentement :

« J'ai supprimé votre adresse; elle était inoen^ tf diaire. Lea onze douzièmes du Corps-Iiégi^atif sont u compofkés de bons citoyens ; je les connais, je saurai v avoir des égards pour eux ; mais un autre douzième « renferme des factieux, des gens dévoués à l'An* « gleterre : votre commision et son rapporteur ^ t( M. Laine , sont de ce nombre ; il correspond avec (c le prince régent par l'intermédiaire de Desèze ; je « le sais, j'en ai la preuve; les quatre autres sont des « factieux... S'il y a quelques abus, est*ce le moment « de me v^air faire des remontrances , quand deux (( cent mille Cosaques franchissent nos frontières? « Est-ce le moment de venir disputer sur les libertés (c et les sûretés individuelles , quand il s'agit de sau* (( ver la liberté politique et l'indépendance natio-> c( nale? U faut résister à l'ennemi; il faut suivre M l'exemple de l'Alsace , des Vosges et de la Franche- « Comté , qui veulent marcher contre lui et s'adres- « sent à moi pour avoir des arm,es... Vous cherchez « dans votre adresse à séparer le souverain de la na- « tion... C'est moi qui représente ici le peuple , car

8o HISTOIRE DE NAPOLJÉON.

a il m'a donné quatre millions de suffrages : si je vou- « lais vous croire , je céderais à l'ennemi plus qu'il ne <c me demande... Vous aurez la paix dans trois mois, « ou je périrai... Votre adresse était indigne de moi a et du Ck>rps-Législatif. » Il aurait bien mieux valu se contenter d'avoir dissous la Chambre des Députés que de hii adresser une pareille réprimande. Sous le rapport de l'attitude à garder vis-à-vis des ennemis , Napoléon parlait comme la vérité elle-même; cependant beaucoup de choses qu'il n'atu^ait pas dû dire lui échappèrent dans l'entrainement de l'improvisation. A la place de l'Empereur, César, habitué à l'art de manier les esprits dans le sénat et devant le peuple comme au camp, aurait conquis et entraîné le Corps - Législatif. Napoléon , quoique doué d'une haute éloquence, ne savait pas gouverner ses paroles dans toutes les circonstances , et pour n'avoir pas possédé ce talent, il a peut-être perdu l'empire. Après ce funeste entretien avec le Corps-Législatif, il soutint sa résolution par des raisons d'État irrésistibles ; mais cette résolution n'en était pas moins une grande faute que tout commandait d'éviter, même au risque d'une révolution. Il fallait enfin sauver la France par la France, dut-on périr soi-même au milieu de la tourmente qui l'aurait arrachée des mains de l'étranger. Il n'était plus au pouvoir d'un homme et d'une armée d'obtenir ce prix des plus héroïques efforts.

FIN DU LIVRE QUINZlilME.

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