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CHAPITRE VIII

Batailles de la Brcnla, de Caldiero. — Vii:loire d'Arcole. — Fausses négociations avec l'Aiitriclie. — Intelligence des cours de Rome et de Vienne. — Batailles de Rivoli, de Saint- Georges, de la Favorite. — Capitulation de Mantoue.

La retraite de l'armée de Sambre-et- Meuse, commandée par Jourdan, et signalée par la perte de la bataille de Wurtzbourg, celle de l'armée du Rhin sous Moreau, et illustrée par la victoire de Biberach , venaient d'affranchir l'Allemagne. Il ne restait plus à l'Autriche qu'un ennemi à combattre, c'est-à-dire l'armée d'Italie. Abandonnant donc ses projets de conquêtes sur les provinces de la rive gauche du Rhin, elle résolut de reprendre le Milanais, de débloquer Mantoue et de iaitt' rentrer dans son alliance les princes de la péninsule, qui subissaient le joug de la République. Trois mois auparavant, Wurmser, parti de Manheim avec vingt titille hommes, appelait sous ses drapeaux les débris de Reaulieu, épars dans la Cariiiole et la r.arinthie; aujourd'hui c'est .Vlvinzy. détaché de l'armée \iclorieuse de l'archiduc (Charles avec quarante mille hommes, qui rallie les débris de Davidowitch. Ces débris, recrutés par l'Aultithe, forment dans le Tyrol une armée forte de dix-huit mille combattants.

Maître du Frioul, le feld-maréelial, pendant tout le mois d'octobre, tint la ligne de l'Isonzo, puis se porta à Conegliano, derrière la Piave. Il avait de\ant lui , à Bassano, Masséna. Le général Vaubois, en position avec dix mille iiomnies sur le Lavisio , protégeait la ville de Trente. lîonnparte était à Vérone avec la cavalerie de réser\e et la division Augereau. Le plan d'Ahinzy était d'opérer à Vérone sa jonction a\ec Davidowitcli, de se porter sur .Mantoue, de délivrer Wurmser, et, à la tête de quatre-vingt-dix mille combattants, d'écraser les Français. En conséquence il s'avança en trois colonnes sur la Brenta, après avoir jeté deux ponts sur la Piave. Pour s'assurer de la force de l'ennemi , Masséna lit une démonstration en avant , puis se retira de Bassano sur Vicence , où il fut rejoint par Bonaparte et les troupes (lu'il amenait de Vérone.

Le G octobre, à la pointe du jour, commença la bataille de la Brenta, engagée par Masséna. L'avant-garde ennemie et trois divisions furent d'abord rejetées sur la rive gauche de cette rivière, avec une perte considérable. Mais moins lieu reux sur le Lavisio, le général Vaubois, forcé dans sa position, abandonna Trente; et, pressé par un ennnemi trop supérieur en nombre, il aurait compromis, en se retirant, la sûreté de >'érone, si .Foubert ne fût arrivé de Mantoue avec une demi-brigade qui couvrit la ville. Vaubois passa l'Adige, et vint occuper les positions de la Corona et de Rivoli. Bonaparte n'en fut pas plus tôt instruit qu'il se porta sur Vicence, et, par ce mouvement rétrograde, attira sur lui les forces d'Ahinzy. Parvenu au plateau de Rivoli et justement iri'ité contre la division Vaubois , il lui adressa ces paroles sévères : « Soldats, je ne suis pas content « de vous : vous n'avez montré ni discipline, ni constance; aucune position n'a « pu vous rallier ; vous vous êtes laissé chasser de positions où une poignée de « braves devait arrêter une armée. Soldats de la 39' et de la S'y, vous n'êtes pas « des soldats français. Chef d'état-major, faites écrire sur les drapeaux : Ils ne « sont plus de l'armée d'Italie. « Peu de jours après, ces deux régiments se cou- « vraient de gloire.

Ainsi donc, malgré ses pertes, Alvinzy avait réussi dans son projet; au lieu d'avoir été refoulé au delà de la Piave et des bords de la Brenta, d'être coupé du (•oi-i)s de Davidowitcli, il se trouvait maître du Tyrol et de tout le pays entre la Brenta et l'Adige. Toutefois sa jonction avec Uavidovvitch dépendait de la prise de Vérone. De son côté, Bonaparte assura la défense de Monte-Baldo, et résolut de s'emparer de la forte position de Caldiero. Après de faibles succès d'avantgarde, il campa au pied do cette montagne. Une nouvelle attaque eut lieu le lendemain : mais, à la fin de la journée, les deux armées bivouaquèrent dans leurs positions respectives. Cependant l'avanlage était resté aux Autrichiens, qui portèrent leurs avant-postes à Saint-Michel, tandis que l'arméi; française se trouvait dans l'impossibilité de reprendre l'olfensive; déplus, ils tenaient Caldiero et les gorges du Tyrol, et la garnison de Mantoue faisait de fréquentes sorties. Cette garnison valait une armée, et Sérurier n'avait que huit mille

62 lîISTOIKE DE NAPOLÉON.

Iinmmos à lui opixiscr II y eut un moment de décourajiemcnt dinis l'armée IVaii- (.iiise : dans rctte circonstance < ritiiine Bonaparte s'appliqua à soutenir le moral de ses soldats : il leur parla, et ils reprirent courajjte Cette impulsion électrique alla réveiller dans les hôpitaux de Brescia, Milan, Pavie, Toiosne, les malades et les blessés; ils \inrent en foule se l'auficrsons leurs dnipeauv. Lannes, blessé lui-même à (îovernolo, arcourut.

Kiimaine, détaché du blocus de Manloue a\ec deux mille iiommes, est chargé de },'arder ^'érone ; les \ ingt mille qui occupent celte dernière ville passent silencieusement l'Adige sur trois colonnes, et se forment sur la rive droite. Point d'ordre du jour cette fois ; c'est une retraite qui s'opère Le siège de Mantoue est donc levél l'Italie est donc perdue! Ceux des habitants qui s'étaient attachés à la fortune de la France, suivent, le désespoir au cœur, le mouvement de l'armée ; la nuit ajoute encore à cette scène de tristesse. Tout à coup , au lieu de se diriger sur Peschiera, Bonaparte tourne brusquement à gauche, et avant le jour il arrive à Ronco, où le colonel Andréossy a jeté un pont. Bientôt l'armée se trouve sur l'autre rive de l'Adige. Là, elle se reconnaît, se rappelle la poursuite de \\urmser, et comprend que son général veut tourner Caldiero. Les treize mille hommes qui sont au drapeau n'auraient pu lutter en plaine contre les (piarante mille que commande Alvinzy; mais le terrain choisi par Bonaparte augmente ses forces en diminuant celles de son ennemi , et l'équilibre se trouve rétabli : ce sont trois chaussées, trois digues sur des marais; la victoire ne dépend plus que du courage. Le soldat a pénétré la pensée de son g'^néral. Trois colonnes autrichiennes sont en marche : la première sur Vérone, par Porcil; la seconde sur Villa-Nova, par Arcole; la tioisième sur Albaredo, en descendant l'Adige. Alvinzy, qui ne s'attend point à èlre attaqué de ce côté par ceux qu'il a repoussés de front, n'a pas fait occuper le pays entre Arcole et l'Adige; il ne peut croire •lu'une armée s'aventure dans des marais impraticables dont il occupe toutes les avenues. Cependant cette armée s'avance sur ses derrières. Masséna tient la digue de gjmclie, Augereau celle d'Arcole. Vivement assaillis, ils laissent l'ennemi s'engager, fondent sur lui au pas de charge et lui enlèvent du canon et des prisonniers. Bonaparte est au milieu de la division Augereau ; il veut emporter Arcole ; mais l'ennemi résiste à tous ses efforts. 11 ordonne alors un dernier assaut, et voit sa colonne de grenadiers, prise en flanc , s'arrêter indécise sous la mitraille. A ce moment terrible, le général descend de cheval, saisit un drapeau, et s'élançant sur le pont : «Soldais! s'écrie-t-il , n'éte.s-voiis plus les braves de Lodi? Suivez-moi! » A sa voix (|uelques-uns des plus résolus montent sur la chaussée et marchent en avant ; mais le trouble règne à la queue de la colonne, dont la tète seule suit le mouvement (pii lui est imprimé. Bonaparte, le drapeau à la main, s'avance à travers une grêle de balles et de mitraille, eidouré de ce fameux état-major (|iii dnil dduiier à l'armée ses plus illustres généraux. Lannes le couvre de son corps, et rcniil trois blessures. .Muiron. qui l'a

(léjii sauvé au siège de Toulon, est tué (li'\ant lui. Enfin, la colonne est près de l'iancliir le pont, lorsqu'une dernière déeliai'i^e la icjette en arrière. Les ijrenadiers restés auprès du généi'al s'empai'ent de lui et l'emportent au milieu du jeu et de la fumée. Repoussé jusque sur la digue, Tonapartc, toujours inébranlable, veut ramener les siens au conduit ; une nouvelle décharge à mitraille écrase tous ceux qui l'enviroiinenl , et lui-même, au milieu du désordre, tombe dans un marais, où il enfonce jusqu'à mi-corps. Cependant, ses aides de camp lielliard et Vignolles ont aper^'U le danger; Sauruns notre (jénéral! s'écrienl-ils; et ce cri est répété par les soldats, i(ui se précipitent sur l'ennemi au jias de course et le refoulent an delà du pont malgré un feu épouvantable. Arraché de ce marais, Bonaparte >ieiil se jdacer de nouveau à la tète de la colonne éprouvée par de si grands périls. Rientôt après, le général (!uyeu\, ayant |)assé l'Adige à Albaredo, prend à re\ers le village d'Arcole; mais Alvinzy échajipe au\ Français, (pii, des hauteurs de Honco, peuvent voir s'éloigner la proie que la défense opiniâtre d'Arcole leur a fait perdre. Si le succès de cette terrible journée ne fut pas complet, l'armée n'en a\aif pas moins le droit d'appeler une victoire la défaite des deux divisions autrichiennes, l'abandon de l'inevpugnalije posilion de Caldiero, et la délivrance de Ncrone.

Ce jour même, par une résolution liaidie, lîonaparte se décide à é\aciiei Arcole, et à se reporter sur Ronco. Afin de cacher ce mouvement à Ahinzy, il fait allumer des feux sur la ibgue, et opère sa retraite pendant la nuit. Le lendemain, il est en mesui'e de maicher confie chacun ties trois corps ennemis, et <hi)isit le plus fort, c'est celui (pie commande le feld-maréchnl, lequel a réocciipé Konco el commenre iui-inèn:e l'attaipie a\ec deux (li\isions. Les Français reliassent le pont de (C village, fondent sur l'ennemi, l'enfoncent au jias de charge, et le refoulent dans les marais, après lui avoir enlevé du lanon, des drapeaux cl un grand nombre de prisonniers. Le lendemain, la bataille recommença à moitié lies digues. Elle fut encoi'e indécise; ce|)endant une colonne de trois mille Ci'oates fut (jelruite.

Ronaparte sait (|iic I l'Miienii a perdu \iiigl-ciiiq mille homines, el , (pioicprij soit encore inférieur en iKunbre, il se résout à l'allronler en plaine [lour la lr((isième fois. L'armée française se présente en bataille à deux heures aprèsmidi, la gauche sur Arcole, la droite appuyée à Porto - Legnago. L'ennemi est à cheval sur la route de Viceiice. .\ trois iieures , le combat s'engage sur toute la ligne. Toujours fertile en expédients, le général en chef, afin de jeter le désordre dans les rangs autrichiens , charge un (ilfii ier noir, nommé Hercule, de se porter sur leur gaucic a\ec vingt -ciiK] guides et quatre trompettes, aussitôt que la garnison de Le;;nago aura commencé de les canoiuier par derrière. Cette ruse obtient un plein succès: l'ennemi, se cro\anl loiirné, bat en retraite surVirence, et poursuivi chaudement toute la soiiée, il ]icrd beaucoup de monde. Arrivé à \illa-Nova. Honaparle > passa (ouïe la nui!

64 IIISTOIHE I»E NAPOLÉON.

avec son infanterie liarassée, laissant à la cavalerie le soin d'achever la déronte de l'ennemi, qui avait déjà dépassé Montebello quand lui-môme se rabattit sur Vérone avec l'intention d'aller attaquer dans le Tyrol le général Davidowitch. Cefjénéral if^norait depuis trois jours ce qu'était devenu Alvinzy.

Ces trois immortelles journées prirent le nom du village d'ArcoIe, (jui en était le nœud stratégique, et coûtèrent à l'armée autrichienne douze mille morts, six mille prisonniers, dix-huit pièces de canon, (piatre drapeaux. L'armée rentra triomphante dans Vérone par la porte de Venise, au milieu des témoignages d'admiration des habitants, qui l'avaient \ue partir presque découragée. Augereau attaqua Doice sur la rive gauche de l'Adige, enleva deux mille cinq cents prisonniers, deux équipages de pont, de l'artillerie et des bagages; Masséna fit jonction avec Vaubois à Castel-Novo, où ce général venait d'être repoussé par Davidowitch le troisième jour du combat d'ArcoIe. EuGn, pendant que ses soldats pi-ennent un peu de repos, lionapai'te retourne à Milan, leur préparer de nouveaux triomphes.

Durant son séjour dans cette ville, Bonapai'te apprit comment Venise avait méconnu en faveur d'Alvinzy les devoirs que lui imposait la neutralité. Déjà peu satisfait de la conduite du gouvernement vénitien pendant la campagne, il avait dit, à son retour, aux autorités de Milan : « Si vous ne m'aviez pas laissé manquer «d'argent, et ([ue mes soldats ne se fussent pas trouvés sans souliers, j'aurais a détruit l'armée autrichienne, pris Mantoue et fait quatorze mille prisonniers. « C'est de la chute de cette place que dépend la possession de Vérone, de Bres- « cia, de Bergame. Comme j'avais abattit les ailes de faig/c , j'aurais fait perdie c( ten)> au lion. « En effet, le lion de Saint-Marc couvrait la terre ferme de la républicpie de levées extraoï'diiiaires : armés par le provéditeur Ottolini, les montagnards du Bergamas(iue descendaient dans la plaine; de nouveaux régiments esclavons et dalmates débarquaient joui'iiellement sur les lagunes. Cette gi'andc fermentation était à peine contenue par la présence de l'armée victorieuse.

Bonaparte faisait la guerre sur un Aolian : \enis(^ s'abstenait de pro\ocalions ouvertes, parce que nos troupes étaient là; lîonaparte différait la > engeance, parce que Mantoue n'était pas prise. Ce n'était encore qu'une lutte de politique armée, dont une tialiison exécrable devait bientôt changer la forme. Dans l'espoir d'attirer les Français au fond de l'Italie, le pape, soutenu par les préparalils de l'.Vutrichc et les assurances de son ambassadeur, avait jeté le masque el rompu le traité de Bologne. Il armait dans la Uoniagne. comptant donner la main à W'urmser sitôt (jne ce généial aurait été débloiiuc.

Le nouveau plan des .\utrichiens consistait à faiic marcher sur Mantoue deux armées indépendantes l'une de l'autre, alin de dégager celle qui y était en «juelque soi1e prisoiniière. Ils avaient en campagne soixante-cinq mille hommes; Alvinzy en prend (|uarante-iiiiq mille el se porte de Hassano sur llo\eredo; Pro\ei'a, le même g(''iieral (|ui lui iirisomiier à Cossaria, coiinnaiide le reste, et

s'établit à Padoue pour agir sur le bas Adige. Bonaparte, avec trente-cinq mille hommes disponibles et huit à dix mille qui sont retenus sous Mantoue, doit fout à la fois lutter contre Alvinzy et Provera, empocher Wurmser de joindre ses forces au\ leurs; enfin, contenir le pape, dont l'armée compte cinq à six mille hommes, indépendamment d'une immense population fanatisée et prête , au premiei' succès des Autrichiens, à renouveler les vêpres siciliennes. Au milieu de tant d'ennemis, il n'a (pie trois semaines pour vaincre ou pour succomber.

Dans les premiers jours de jaii\ier 1797, Masséna se voit attaqué à Saint- Michel par une division de Provera; il la repousse, la poursuit jusqu'à Caldiero, et lui prend neuf cents hommes. A cette nouvelle, Bonaparte qui est à Vérone entre en li^ine et rappelle à lui son lieutenant. En ce moment il n'a qu'un but , celui de connaître le point d'altaipie choisi par les Autrichiens, afin d'y porter ses forces. Augereau lui apprend de Legnai;o que Pro\era est en nunnement sur le bas Adige ; Joubert lui écrit : « J'ai parfaitement suivi vos dispositions pour « l'attaque de la Corona. Le succès a été au delà des espérances : trois pièces de «canon, quatre à cinq mille prisonniers, Alvinzy lui-même précipité dans les « rochers, et se sauvant comme un éclaireur sur l'Adige et sans soldats. » C'était là une lettre de champ de bataille ; car, malgré ses avantages, débordé par sa gauche et pai' sa droite, menacé de perdre ses commmunications avec Doice et Peschiera, Joubert a dû marcher la nuit pour occuper, avec une brigade, le plateau de Rivoli , à une lieue de Dolce. Bonaparte lui ordonne de s'y maintenir à tout prix contre Alvinzy, qui compte enlever aisément la faible division qui lui est opposée. Mais le présomptueux général ignore qu'il va se trou\cr en fiice de son redoutable advei'saire.

La présence d'Alvinzy devant Joubert, la marche des coloimes autrichieimes, les rapports qu'il re(,'oit de toutes parts, ont ré\élé à Bonaparte que ratla([uc principale se dirige sur Rivoli. Aussitôt il prend trois demi-brigades de la division Masséna, se précipite à marche forcée vers le point menacé, et y ai-rive de sa personne à deux heures du malin. Jouberl, à qui son infériorité numérique ne permettait pas d'étendre ses ailes, s'était concentré sur le plateau. Il était temps qu'un secours lui arrivât. A la faveur d'un magnifi(|ue clair de lune, le général en chef observe les forces de l'ennemi, et d'après les feux de ses bi\ouacs il l'évalue à plus de quarante mille hommes. Il a devant lui trois colonnes, dont la plus éloignée, celle de Lusignan, paraît destinée à tourner le plateau de Rivoli ; la seconde, qu'il importo surtout d'empêcher de faire jonction, se compose de la cavalerie, de l'artillerie, de quatorze bataillons et de tous les bagages; elle marche sous les ordres de Kasdanowitch. Sur la ri\e gauche de l'Adige, AVulkassovvitch dirige la troisième colonne, mais, séparé par le fieuve, jl n'est nullement redoutable.

Le plan du général Bonaparte est arrêté en un instant. A (piatre heures du inatin, Joubert dirige une atla(pu' subite sur la chapelle Saint-.Marc ([u'il a dû

évacuer la veill»;, et refoule les postes avancés de l'ennemi, dont le troisième corps s'avance alors par les sommités de {,'auche du plateau ; il est repoussé par l'artillerie française. Malheureusement, à notre gauche, une de nos brigades est débordée et rompue. Bonaparte aperçoit le danger et court au village de Rivoli, où la division Masséna se reposait de sa marche nocturne, l'enlève, et en une demiheure le combat est rétabli sur ce point. Kasdanowitch, voyant Joubert contraint de se replier vers sa première position , ordonne à trois bataillons d'escalader la hauteur sur laquelle est assise la chapelle Saint-Marc, et les fait soutenir par deux autres ; de son côté, Joubert lance trois bataillons, qui arrêtent l'ennemi. Bientôt une batterie de quinze pièces, les charges audacieuses des colonels Leclerc et Lasalle balaient le plateau , et les troupes de Kasdanowitch sont précipitées pèle môle dans les ra\ins. L'éruption d'un caisson, causée par un de nos obus y accroît encore le désordre, iiassuré de ce côté, Bonaparte se rabat sur l'infanterie autrichienne, qui formait un demi-cercle devant lui : Joubert avec ses demi-brigades légères, Lasalle avec deux cents hussards, le mettent en fuite. Dès ce moment, l'armée d'.Alvinzy, en grande partie détruite ou dispersée, est poursuivie à outrance dans les montagnes; il ne reste d'intact que le corps de Lusignan, placé sur les derrières de l'armée victorieuse. .Vu commencement de l'action, le général en chef avait dit : Ceux-là sont à nous!m(À prophétique compris de nos braves soldats, et qui va se réaliser. En effet , la dixhuitième et la soixante-quinzième demi-brigades s'élancent sur les .\uti'ichiens, qui, en se retirant par la route de Vérone, rencontrent les deux mille hommes que Bonaparte y avait laissés sous les ordres du général Rey, et n'ont d'autre parti à prendre que de mettre bas les armes. Telle fut la célèbre bataille de Rivoli : elle dura douze heures. Constamment au plus for! du danger, Bona|)arte eut plusieurs chevaux blessés sous lui.

Cependant l'rovera, avec ses vingt mille hommes, continuait sa marche sur Mantoue. Le li janvier, à deux heures, Bonaparte reçoit sur le champ de bataille de Rivoli une dépêche d'Augereau par laquelle il apprend que Provera a jeté un pont à Anghiari. Sitôt qu'il \oit le succès assuré, il charge Rey, Murât, Joubert, de sui^re Alvinzy, et, ralliant la di\ision Masséna, il paît avec elle. De Rivoli à Mantoue, on compte treize lieues, et Provera a vingt-quatre heures d'avance. Bonaparte force sa marche et jjarvient à Ro^erbella, au moment même où son adversaire paraît devant Saint-tieorges ([u'il croit surprendre et eidevei' facilement. Provera voudrait faire perdre à Bonaparte le fruit de la victoire de Rivoli : sachant que Saint-Georges, ce faubourg de Manloue, n'a qu'une faible garnison de (juinze cents hommes, qu'il n'est défendu (juc par un fossé, et que le brave .Miollis, (pii y commande, ne craignant point d'être attaqué du côté de l'Adige, où se trou\e Augereau, ne se garde (joe du côté de Mantoue, il se fait éclairer par des hussards qui ont des manteaux tout à fait pareils à ceux de notre réyinieni de llcrcliini ; déjà ces hussards louchent à la barrière, lors-

(jne le servent de s'U'Il', laisant en lui-même la remarque que leui's manteaux sont neufs, tandis que eeuv de Herehini ont fait la guerre et sont usés, pousse la barrière et donne l'alarme. Le 15 à midi , le faubourg Saint -Georges est attaqué, et Miollis s'y défend avec la plus grande vigueui'. Au moyen d'une liar(iue, Provera avait fait comiaitre à Wuimser son arrivée, l'engageant à déboucher de la place le lendemain au matin ; mais Bonaparte, qui arrive dans la soirée, place les brigades de Ui>oli sous les ordres du général Victor, entre Saint - Georges et la Favorite , sur les flancs et sur les derrières de Provera, c'est-à-dire entre le corps autrichien et la citadelle, où Sérurier doit refouler Wurmser lorsqu'il tentera de déboucher. Eniln, le 1(5 janvier, au point du jour, Wurmser attaque Sérurier a\ec le courage du désespoii', mais il est rejeté dans Mantoue ; de son côté, le corps entier de Provera dépose les armes ; lui-même , fait prisonnier pour la seconde l'ois depuis l'ouverture de la campagne, remet son épée au général Miollis, dont la bravoure a préparé la victoire. A la Molinella, Augereau enlève l'arrière-garde de cette armée, qui n'a laissé (jue deux mille hommes au delà de l'Adige. Le combat de la Favorite coûte à l'ennemi six mille prisonniers, des canons, une nombreuse artillerie et plusieurs drapeaux. C'est dans celte journée que la cinquante-septième demibrigade reçut le nom de i.a Teuuibi.e.

Quant à Alvinzy, poursuivi jusqu'à Trente, faisant des pertes journalières, il abandonnait successivement ses positions. Maître de celle du Lavisio, .Toubert s'établit à Trente et dans le Tyrol italien; Augereau occupa Trévise, et Masséna, maître de Uassano, plaça ses avant-postes sur la Piave, que l'emiemi fut contraint de repasser. En vingt jours, l'Autriche avait perdu trente -cIik] mille liommes, dont vingt-cinq mille prisonniers, soixante pièces de canon, et vingl- ([ualre drapeaux ciue le commandant des guides, Uessières, porta à Pai'is.

La destruction de l'armée d'Alvinzy laissait Mantoue abandonnée à elle-même. Depuis quelques mois, Sérurier avait tellement resserré le blocus que la place n'était plus ravitaillée. La garnison avait mangé tous ses chevaux, et les hôpitaux renfermaient dix mille malades. Bonaparte fit sommer \\urmser de se rendre. Le vieux maréchal répondit qu'il avait des vivres ])our un an; mais, peu de jours après, il envoya son premier aide de camp Klenau au général Sérurier. Prévenu par son lieutenant, Bonaparte se rendit à la conférence. Sans se décou- Mir, ni prendre aucune parla la discussion, il se mit à tracer quelques lignes suites marges du papier qui contenait les propositions de Wui^mser ; puis se levant tout à couj) il dit à l'aide de camp : « Si Wurmser avait seulement pour dix-huit ou « vingt jours de vivres, et qu'il parhU de se rendre, il ne mériterait aucune cai)i- (c tulation honorable. Mais je respecte l'âge, la bravoure et les malheurs du ma- « réchal. Voici 1(!S conditions que je lui accorde : (piil ouvre ses portes demain; «qu'il larde quinze jours, un mois, il aura encore les mêmes conditions : il « peut même atti'udre jusqu'à son dernier morceau do pain. .le pars à l'inslant

« pour passer le Pô, et je marche sur Rome. Vous connaissez mes intentions; «allez les dire à votre général. « Frappe de cette générosité, pénétré de reconnaissance, l'aide de camp avoua qu'il n'y avait plus de vivres que pour trois jours, et prit congé. Wurinsci-, appréciant les procédés de Ronaparte, lui lit offrir de passer le Pô à Mantoue; mais le jeune général ne voulut pas proliter si promptement de la position malheureuse de son respcctahlc adversaire.

Le 2 février 1797, Wurmser remit au général Sérurier la ville de Manloue et sa garnison forte encore de treize mille hommes, sans compter les malades. Outre l'artillerie de siège que nous avions abandonnée avant la victoire de Castiglione, on y trouva trois cent cinquante pièces de canon. Ronaparte, voulant épargner au vieux maréchal la douleur de remettre son épée à un aussi jeune capitaine , s'était éloigné : cette magnanimité frappa d'étonnement l'Europe entière, et releva encore dans l'estime générale celui qui, sachant vaincre, n'acceptait de la guerre que ses périls.

Le profond politique , le grand homme de guerre , avait tourné ses pas et ses regards vers la patrie des Scipions.

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