CHAPITRE IX
Guerre avec le Pape. — Traité dp Tolenliiio.
La reddition de Mtinloue a\ait fait éclater la magnanimité du vainqueur; peu de jours après , Wurmser donna une preuve signalée de sa reconnaissance, en avertissant Bonaparte d'un projet d'empoisonnement ourdi contre ses jours dans la Romagne, où il venait de porter ses armes. Précieux avis, sans lequel le destructeur de quatre armées autrichiennes en bataille rangée pouvait peut - être périr obscurément de la main d'un fiinatique ou d'un assassin. La nouvelle campagne ne fut ni longue ni glorieuse : les rencontres avec les troupes papales ne pouvaient offrir aux soldats français que de simples jeux militaires. Quant au général en chef, il ne réservait au Saint-Siège (jifun clultiment puremcnl politiipie.
L'armistice signé le 23 juin 1796, à Hologne, par le marquis (înudi, plénipotentiaire du pape, et le général en chef Bonaparte, avait été l'atilié par Sa Sainteté. Cependant, l'amliassadcur français Cacauit se plaignit de sa non-exécution.
et bient()t môme un manifeste inspiré par les espérances que vint ranimer le ravitaillement de Màntoue, ne laissa aucun doute sur les véritables intentions de la cour pontilicale. Après avoir annoncé que toute négociation était incomiiatible avec la religion cailiulique et son devoir de sou>erain, Sa Sainteté enj()if;nait « à tous les évéques, auK curés, au\ magistrats et à toute pei'- « sonne en place d'encourager les peuples qui di'-pendent d'eux à prendre les « armes. »
Aux explications demandées par le général en chef, il fut répondu que le pape reconvaissail ce manifeste comme son outrage, et qu'il en arail jugé lu publication nécessaire pour être toujours en état de défense. Bonaparte, qui préférait les voies conciliatrices, écrivit au cardinal Mattel, légat de Ferrare : « A'ous con- « naissez, monsieur le cardinal, la force et la puissance des troupes que je com- « mande. Pour détruire le pou\oir temporel du pape, il ne me manque que de le « vouloir. Allez à Home, voyez le Saint Père ; éclairez-le sur ses véritables inté- « rets ; détachez-le des intrigants qui l'entourent, qui veulent sa perte et celle de « la cour de Rome. Le gouvernement français me permet encore d'écouter des « propositions de paix. Tout peut s'arranger. La guerre, si cruelle pour les peu- « pies, a des résultats terribles pour les vaincus. Évitez de grands malheurs au « pape. A'ous savez combien je désire personnellement de finir par la paix une « lutte que la guerre terminerait pour moi sans gloire , comme sans péril. » — « J'attache bien plus d'importance au titre de conservateur du Saint-Siège , qu'à « celui de son destructeur, écrivait-il aussi à l'ambassadeur Cacault ; si à Rome « on veut faire preuve de jugement, nous en profiterons pour doimer la paix « à cette belle partie du monde. »
Telles étaient, malgré tout, les dispositions bienveillantes de Ronaparte, lorsque i)armi des lettres interceptées on en trouva une adressée par le cardinal Rusca à son collègue Albani, ambassadeur de Rome à Vienne. Ce prélat négociait dans le même moment avec le baron de Thugut, ministre d'Autriche, une alliance offensive et défensive, et le gouvernement impérial s'engageait à envoyer au pape le général Colli pour prendre le commandement des troupes pontificales. '< Quant à moi, disait-il dans cette lettre, tant que je pourrai espérer d'obtenir «des secours de l'Empereur, Je temporiserai relativement aux propositions de « paix que me font les français. » Enfin, il ajoutait que les ordres étaient donnés pour la réception du général Colli à Ancône, que le pape lui accordait un traitement , et désirait qu'un corps d'Autrichiens vînt couvrir la Romagne , en passant par mer de Trieste à Ancône. Sur cette preuve manifeste de la trahison du Saint-Siège, Ronaparte ordonna à l'ambassadeur Cacault de quitter Rome et de se rendre à Florence. Avant de partir, celui-ci vit le cardinal Rusca, (pii. désespérant de pouvoir le retenir et le tromper encore, lui dit : « Nous feroris « une >'endée de la Romagne ; nous en ferons une des montagnes de la Ligurie ; « nous en ferons une de l'Italie entière. »
A\aiil il';i;;ii', lo f;L'iH'Tal en cliervoulul niclli'o sous les yeux du cardiniil Maltoi les lettres interceptées, et lui écri>il : « Voilà donc cctle comédie ridicule H sur le point d'être terminée. Les lettres que je vous envoie vous montreront plus « clairement encore la perfidie, l'aveutilement et la sottise de ceux qui diriiicnl a actuellement la cour de Rome. .Mais, tiuehiue chose (pii arrive, je vous prie de « dire au pape qu'il peut demeurer Iranquilleinont à Home. Premier ministre de (( la religion, il trouvera, à ce titre, protection pour lui-même et pour l'Église. » lionaparte ne connaissait pas encore cette coui', ni l'esprit de cette Église à laiiuelle il garantissait protection. En réponse à ses généreuses démarches, on puldia dans Home une proclamation intitulée : Haraii(/ue adressée aux brare.'i qui cumbattenl sous les (iciidards de l'IùjUsr, pour le sitlut cimiiiuii. En \oici les princi|)au\ passages:
(( Il est enfui venu le moment si désiré de courir aux armes, ô peuples vaille lants, jadis sujets de Ouirinus, aujourd'hui sujets du prince des apôties, mem- » bres fidèles du patrimoine de saint Pierre, et fils bien-aimés de la sainte Église « romaine !
« Aux armes donc, courez tous aux armes ! Héveillez-vous ! levez-vous comme "des géants qui n'avez point dégénéré de vos ancêtres! prévenez un ennemi Il dont vous ne connaissez que trop les impostures, mais qui n'a pas encore " éprouvé les effets de votre courage, et qui, pour cela, vous méprise injuste- " ment! Qu'il sente à son dommage et à sa honte le poids de vos bras! Déjà l'hisc( toire a saisi sa plume d'or pour enregistrer vos glorieux faits dans les fastes « de l'immortalité. L'Europe, d'une extrémité à l'autre, a les yeux fixés sur « vous; elle ne doute ni de votre \aleur, ni de l'heureux succès qui doit la <i couronner.
« Notre excellent einpeiciir Fiainois II, le niagiiaiiime défenseur, l'avocat de " l'Église romaiiK», non coulent d'envoyer à notre secours les intré|)idcs volon- •' taires Hongrois, Transylvains, Croates et Allemands, a encore fait partir, à la » demande de notre saint et affectueux père Pie VI, un de ses généraux, le meil- " leur, le plus expérinienlé cl le plus csliiné, le seul bien (pii nous manquât, et « que vous desiriez oMeiiir. Il s'est hàlé (l'arii\cr, il est parmi nous. Le seul nom " de Colli ne vous émeut-il pas, ne vous donne-l-il pas du courage? .\'aiiinie-t-il 'i pas les esprits de tous les peuples, ce (Jolli qui, pendant deux années entières. Il a rendu impénétrables les gorges du Saorgio, les Thei-mopyles de l'Italie, les n montagnes de Tauy et de Urois, où les cadavres des forcenés Français ont Il comblé les vallées et aplani les rochers les plus escarpés? Ce môme Colli ^ient ■ vous guider, non pas à des combats incertains, mais à une victoire innnan- 'I quable. Il est Italien comme \ous; il vous aime tendrement. Il a en vous une Il entière coiiliance, et a toiiles les raisons de l'avoir plus ([u'oii ne le \(iit com- II munémenl.
Il (Courage donc! ne craignez rien. Aux armes! nous tous (pii restons dans nos
« maisons, nous n'y resterons jj.is indifférents sur voti'c soi't. Nous ne rosserons « pas de fournir à vos liesoins : rien ne vous manciucrn. Nous offrii'ons de fern ventes prières au Très-Haut, afin qu'il dirige vos coups vers un but imnian- » quable : alors vous serez pleins de confiance qu'avec de tels secours humains « et divins vous remporterez le triomphe le plus prompt et le plus signalé ; nous « serons empressés de venir à votre rencontre et de vous l'amener, sains et saufs (( et trlompiiants, aux lieux qui vous ont vus naître, afin de rendre ensemiile à K ce même disirihutcur de tous biens ces actions de gr.lces que saura nous ins- « pirer l'épanchement de noti'c cœur reconnaissant. Dieu est en Israël : les Josué « et les Gédéon ressusciteront parmi nous. Ne craignez rien. Aux armes! aux (( armes! »
Bonaparte répondit en termes modérés à ce coup de tocsin rMna(i(iue. « L'ar- « mée française va entrer sur le territoire du pape; elle sera iidéle au\ maximes u qu'elle professe : elle protégera la religion et le peuple. Le soldat français « porte d'une nwin la baïonnette, sûr garant de la victoire, et de l'autre le rameau « d'olivier, symbole de la paix et gage de sa protection. Malheur à ceux qui, « séduits par des hommes profondément hypocrites, attireront sur leurs maisons « la vengeance d'une armée qui, en six mois, a fait cent mille prisonniers des « meilleures troupes de lEmpereur, pris quatre cents pièces de bataille, cent dix (1 drapeaux, et détruit cinq armées! «
Le lendemain il exposait à son année, par l'ordre du jour suivant, les motifs qui lui faisaient reprendre les armes :
a 1° Le pape a refusé d'observer les conditions de l'armistice qu'il avait conclu. « 2° La cour de Rome n'a pas cessé d'armer et d'exciter les peuples à la croisade « par ses manifestes. 3° Elle a entamé des négociations hostiles contre la France « avec la cour de Vienne. 4° Le pape a confié le commandement de ses troupes « à des officiers-généraux envoyés par la cour de Menne. 5° Il a refusé de ré- II pondre aux demandes officielles qui lui ont été faites par le général (^acault, .. ministre de la republique française. 6° Le traité d'armistice a donc été violé .. et rompu par la cour de Rome, etc. » Le 2 février, lionapartc partit de Bologne et porta son quartier général à Imola, dans le palais de l'é\èque Chiaramontc , qui depuis a ceint la tiare sous le nom de Pie VII.
!>'armée du pape était en campagne. Fidèle à sa ])arole, le cardinal Rusca avait fait une Vendée de la Romagne, en soulevant, en fanatisant les poiuilations par toutes les ressources de ce génie ullramontain si i)uissant encore, à cette époque, sur l'Italie; lui-même, campé fièrement, à la tOte d'une multitude de paysans et (le moines, sur le Senio, défendait le pont de Castel-Rolognese avec huit pièces de canon. Le général Victor occupait l'autre rive. In parlementaire se présenta de la part de S. E., menaçant /'ennemi de fnire J'<u s'il osait s'avancer. Bonaparte eut la politesse de remettre l'afiaire au jour suivant; mais, pendant la miit, il lit passer la rivière, à ime lieue au-dessus de sa position, ]>ai' ra\ant-garde aux ordres
du général Lannes, en sorte que le lendemain l'armée pontificale, en se réveillant, fut tout étonnée de se voir entre deux feux et coupée même de sa retraite sur Faenza. Les Français forcèrent au pas de charge le pont du ï^enio, et en moins d'une heure les troupes romaines, dans une déroute complète, fuyaient de toutes parts, avec une perte de quelcpu's centaines d'hommes. On ramassa sur le champ de bataille plusieurs cadavres de moines, des crucifix et des poignards. Après plusieurs sommations repoussées par les outrages les plus injurieux, Victor fut obligé de briser à coups de canon les portes de Faenza. Le général en chef fit rassembler dans un jardin tous les prisonniers faits dans la journée. Ils se croyaient perdus; mais quel ne fut pas leur étonnement lorsqu'ils apprirent que non-seulement ils a> aient la vie sauve, mais encoi'e que l'on s'apprêtait à les mettre en liberté! lionaparte sauva même la ville du pillage, que réclamaient ses soldats irrités. A des hommes nourris dans des idées de vengeance , ce calcul d'une sage politique parut un acte de générosité extraordinaire envers ceux qui l'avaient voué aux poignards. Quant à lui, peu touché des expressions tumultueuses de leur reconnaissance, il fit ajipeler les officiers, dont un certain nombre appartenaient aux grandes familles de Rome, et, après leur avoir exprimé sa ferme résolution de protéger l'Italie et le Saint Père, il les renvoya en les chargeant de distribuer sa proclamation. Ronaparte a\ait su convertir des ennemis acharnés en d'utiles émissaires, métamorphose d'autant plus facile que, dans les classes élevées, il n'y avait déjà que fort peu de fanatiques. A leur retour, qui étonna beaucoup leurs compatriotes , ces jeunes gens exaltèr'ent la générosité (lu vainqueur, et disposèrent les esprits, d'ailleurs peu belliqueux, à des sentiments pacifiques. Le général des (^amaldules avait été mandé auprès du généi'al en chef, qui, connaissant la confiance que Pie VI lui accordait, l'envoya promptement à Rome. Il y arriva au moment même où le pape montait en voiture pour quitter la ville. De son côté, Bonaparte se rendit à Tolentino pour diriger les négociations entamées et en attendre l'issue. Forli, Cesène, Pesaro, Rimini, Sinigaglia, se hâtèrent d'ouvrir leurs portes aux Français comme à des libérateurs ; si bien que cette Vendée italienne dont nous menaçait le cardinal Rusca fut Aaincue dans une simple promenade militaire.
Cependant Victor s'était dirigé sur Ancône, où il devait rencontrer Colli. Ce général, qui avait éprouvé la valeur française à Cherasco et à Mondovi, ne commandait plus à des soldats piémontais, et il s'en aperçut aisément. Etabli avec trois mille hommes sur les hauteurs qui défendent la ville ( c'était tout ce qu'il avait pu réunir ) , quand il vit s'avancer nos colonnes il s'éloigna suivi de ses officiers. Victor fit entourer les soldats romains, puis les somma de mettre bas les armes. Ceux-ci, n'apercevant plus le chef invincible envoyé par l'Autriche, obéirent sans avoir brûlé une amorce. On trouva dans la citadelle cent vingt bouches à feu, des magasins bien approvisionnés, et cinq mille fusils récemment envoyés par l'Empereur. Le lendemain les Français occupèrent Lorette, si
7i HISTOIUE DE NAPOLÉON.
t'amciisc |)iir lu Ciisii-Siiiila que los anges y ont appoitét-; mais la cour de Rome ovail pruiltMiimcnt fait enlever le trésor de l'église, enrichi depuis tant de siècles par les libéralités du monde chrétien, et n'y avait laissé qu'une pauvre statue de bois, la Vierge des miracles.
Au milieu de ces petits épisodes militaires, Bonaparte poursuivait sa conquête morale sur les peuples de l'Italie et sur l'opinion de l'Europe, en mettant au service de sa politique une générosité pleine de prévenance. Par suite de l'occupation de la Romagne, une foule de prêtres français émigrés se trouvèrent tout à coup sans retraite; car, fatigués sans doute de l'hospitalité qu'ils leur avaient accordée jusqu'alors, le clergé et les moines venaient de les congédier sous le prétexte que leur présence compromettait la sûreté des couvents. Indigné de cette conduite égo'iste et cruelle, dont il était loin de donner l'exemple, Bonaparte invita, par une proclamation, les évoques, les supérieurs ecclésiastiques, à donner asile à ces malheureux exilés, et les plaça même sous la protection de ses troupes. Cette circonstance donna lieu à plusieurs scènes véritablement touchantes, car quelques-uns de nos soldats reconnurent les curés de leurs villages.
Comprimé dans Rome depuis les meurtres de Duphot et de Basseville, le parti de la liberté osait enfin relever la tête, tandis que la prise de Mantoue, suivie de celle d'Ancône, apportait la stupeur dans les conseils du Saint Père. Celui-ci, honteux de sa conduite, et malgré les assurances réitérées du général en chef, voulait se réfugier à Naples; mais le général des Camaldules l'ayant décidée envoyer des plénipotentiaires au quartier général de Tolentino, Pic VI resta au Vatican. Le serpent de la politique ultramontaine se repliait sur lui-même, et le souverain pontife, conseillé par son propre malheur, écrivit à Bonaparte :
« Ciiiîi! Fus,
« Salit et bénédiction ai'ostoliqi k.
« Désirant terminer à l'amiable "nos dillérends actuels avec la république tran- « çaise, par la retraite des troupes que vous commandez, nous envoyons et dépu- « tons vers vous, comme nos plénipotentiaires, deux ecclésiastiques, M. le cardinal « Mattei , parfaitement connu de vous, et monsignor Galeppi , et deux séculiers, « le duc don Louis Braschi, notre neveu, et le marquis iMassimi, lesquels sont « revêtus de nos pleins-pouvoirs pour concerter avec vous, promettre et souscrire, « les conditions justes et raisonnables que nous espérons d'obtenir. Nous nous « engageons sur notre fui et paro/e à les approuver et ratifier en forme spéciale, « afin qu'elles soient valides et inviolables en tout temps. Convaincu des senti- « nients de bienveillance que vous avez manifestés, nous sommes décidé à ne « pas sortir de Rome : vous verrez par là combien est grande notre confiance en
« vous. Nous finissons en vous assurant de notre plus grande estime, et en vous c< donnant notre bénédiction apostolique.
«Donné à Saint-Pierre de Uonie, le 12 février 1T97, l'an 21' de notre pon- « tificat.
« Sifjiir Pie A'I. »
Le style de cette lettre contrastait sinj^ulièrement avec celui de la /uircnu/i/e dont nous avons transcrit queUpies passages; mais aussi il n'y avait plus d'Autriche pour le Vatican, à qui cette puissance n'avait môme promis son appui qu'à des conditions très-dures, c'est-à-dire au prix de Ferrare et de Commachio. La négociation dura peu, car le 19 février, jour de la conclusion du traité de Tolentino, Bonaparte répondit dans les termes suivants à la lettre du pape :
Au quarlicr-giincrai de Tolentino , ic 1er m-dIiIsc an v.
« Très-Saint Père , je dois remercier V. S. des choses obligeantes contenues <i dans la lettre qu'elle s'est donné la peine de m'écrire. La paix entre la Hépu- « blique française et Y. S. vient d'être signée. Je me félicite d'avoir pu contri- « buer à son repos particulier. J'engage V. S. à se métier des personnes qui sont, a à Rome, vendues au\ cours ennemies de la France, ou (jui se laissent guider « par les passions haineuses qui entraînent la perte des Étas. Toute l'Europe « connaît les inclinations pacifiipu^s et les vertus conciliatrices de V. S. La Répu- « blique française sera, j'espère, une des amies les plus vraies de Rome. J'envoie « mon aide de camp chef de brigade (Murât) pour exprimer à V. S. l'estime et « la vénération parfaite que j'ai pour sa personne, et je la prie de croire au désir « que j'ai de lui donner, dans toutes les occasions, les preuves de respect et de « vénération avec lesquels j'ai l'honneur d'être
« Son très-obéissant serviteur,
« Bonaparte. »
Le 23 février, Pie VI donna sa ratification au traité : il abandonnait les droils du saint-siége sur Avignon et le comtat Venaissin, faisait cession des Légations de Bologne, de Ferrare et de la Romagne; de la ville, de la citadelle et du territoir'e d'Ancône ; il accordait la mise en liberté de tous les détenus pour opinion ; il consentait à payer seize millions qui restaient encore à soldei' aux termes de l'armistice de Bologne, plus <piiii/.e autres millions exigés par le nouveau traité. L'article du traité d'aiinistice relatif à la livraison des tableaux, statues, manuscrits, et à di\ers objets d'ait et de science, était rappelé et mainteim a\ec l'evigence d'une rigouivuse et prompte exécution. Enfin, dans un article séparé, le pape s'engageait à faire désavouer le meurtre de Basseville, par un envoyé exfiaoï'di-
IIISTOIRE DE NAPOLEON.
naire iiuprès du directoire, et à payer une somme de 300,000 fr. à la famille de cet infortuné. Bonaparte ne voulut point entrer à Rome, où il aurait pu triompher du pape ; il se rendit à Mantoue, où il n'avait pas voulu jouir de son triomphe sur Wuriuser.
Infatigable tant qu'il s'agit de vaincre, Bonaparte n'a pas quitté le champ de hataille qu'aussitôt il accorde la paix aux vaincus : il se proclame le protecteur des peuples, il doiuie la liberté aux prisonniers et l'indépendance aux provinces. Ne se montrant ambitieux ni pour lui ni pour sa patrie , ce sont des amis et des nations libres qu'il attache à la République. Généreux dans l'âge où la gloire des armes est une passion, il épargne l'humiliation aux cheveux blancs de Wurmser et du souverain pontife ; digne émule de César pour le génie de la guerre, il rivalise avec Scipion pour la modéi'ation dans la victoire. Heureuse et unique époque pour la France et pour son héros! La gloire de Bonaparte fondait la grandeur de la République, en même temps que le génie de la liberté contenait cette gloire dans son austère limite, ne lui permettant rien de personel, rien qui ne fût pour la patrie. Jamais plus noble contrat n'avait lié une armée et sa nation, un grand capitaine et son gouvernement.
mt.4