II PREFACE
gloire,. je ciai^iiiiis d'Otre ('iiioii' tiup l'i;i|i|ii' ilc iv que j'iuais vu s'rhncr. bi-illei' et disparaître, i)our que mon jugement jiùt être complètement désintéresse sur les merveilles de celte période de vingt-cinq années qui commence à la bataille de Montenotte et finit avec la lente agonie de Sainte-lléli'ne.
Mais j'aurais dû sentir que les scrupides di' la lionne foi, ipii ne m'ahandonneraienl jamais dans le ((iiiis du travail , nie serviraient de [iréservatifs contre les erreurs de la passion; et citie d'ailleuis , diissé-je nie laisser entraîner par elle à mon insu , la qualité de témoin a\ait , au lieu des inconxénients que je redoutais . d'inimenscs avantages. En effet, l'écrivain qui a vu les faits qu'il raconte, ([ui a reçu d'eu\ une vive impression, a dans le cœur des souvenirs profonds, devant les yeux des images fidèles, dans l'esprit des jugements qui ont été faits par tout le monde au moment même de l'évéDement. Comme peintre, il porte en lui la véritable physionomie des hommes et des choses; comme historien, son rôle se borne souvent à celui de rnp]iorteur exact, quand il semble n'émettre que son opinion personnelle. En effet, ce sont là des éléments de vérité bien précieux , et dont aucun talent ne peut entièrement compenser l'absence. Dès ce moment, je rentrai dans la carrière avec la ferme résolution de la parcourir jusqu'au bout, et je me consacrai tout entier a celte même entreiirise devant laquelle' j'avais d'abord reculé avec effroi. C'est le fruit de mes anciennes veilles et de mes nouveaux efforts que j'offre en ce moment au public. J'avais déjà dit dans la préface du Portefeuille de 1813 :
(I Napoléon est plutôt un homme de Plutar(|ue (pi'un héros moderne. Telles sont les phases de la vie de cet homme extraordinaire. La prise de Toulon l'annonce à l'armée; le canon de vendémiaire l'annonce à la France; les trophées de l'Italie l'annoncent à l'Europe; la conquête de l'Egypte l'annonce au monde. Au 18 brumaire, il brise encore les tables de la loi républicaine , et se met debout sur l'autel de la patrie. Là, d règne encore au nom de la liberté, et couvre la France des monuments de son génie ; parmi ces monuments s'élève le Code immortel de nos lois. Mais bientôt en portant ses regards sur l'Europe , Napoléon n'y voit plus qu'un ennemi qui soit implacable : c'est l'Angleterre , qui le condamnera à être toujours armé pour soutenir un duel à outrance. Alors il se croit trop faible s'il ne reste que le mandataire du pouvoir qu'il a créé, et il veut régner eu son propre nom. Il supprime le Consulat comme il a renversé le Directoire. Il se l'ait roi! il touche de son sceptre les jilus fougueux citoyens et les change en courtisans. Ce n'est point assez : il brise son mariage aver une plébéienne, et la fdle des Césare entre dans son lit. C'est alors qu'il conçoit le projet de remplacer les vieilles dyniisties de l'Europe, en faisant des rois nouveaux. Il met sur la tête du faible Joseph la couronne d'Espagne, et les portes de Madrid tombent devant lui.
« Mais c'est là que le destin a marqué sa perte. C'est de là aussi ([u'il s'élance pour aller au cœur de lu Russie, livrer uue dernièiv bataille à cette inévitable Angleterre; et à huit ceiils lieues (!,■ sa cipitale, dans la métropole incLMidiée d'un empire de l'Asie, il ose attendre q;ie les clefs du pôle lui soient apportées! Les hommes n'ont pu s'op-