‹ Histoire de NapoléonChapitre 3 sur 75 · PREFACE. III · texte numérisé non relu

PREFACE. III

poser ;\ sa maiclic triompUanip ; il no reste plus que la nature pour tléfendre l'indépendance du \ord; ^apoléou est vaincu par elle, il cède à une loi inexorable; il code, et il ne fuit pas. Dans cette retraite devant les Scythes, c'est lui qui se relire comme un Scythe, en blessant toujours ses ennemis. Polotzk, Malo-Jarosla\vetz, ^^iasma, Krasnoë, ont reconnu les vainqueurs de la Moskowa ! Enlin il revoit Paris; en disant : <i Me voilà seul; (pie la France se lève encore! » Et la France, comme si elle entendait toujours le vainipieur de Friedland . donne sa dernière armée. Cientùt Na[ioléon reprend les armes, et, après trois victoires consécutives, il propose la paix ; [mis il s'éi;are dans un armistice qui donne à l'Angleterre le temps de rassendiler toute l'Europe contre lui. Le congrès de Prague, qu'il a demandé, s'assemble ; mais les souverains alliés n'en font qu'un tribunal militaire, où il est condamné à périr les armes à la main. Une victoire seule ne peui le sauver, quand une seule défaite peut le perdre. 11 l'éprouve à Leipzig. Tout ce qui habite au delà du Rhin le poursuit dans le cœur de la terre française. Avec cinquante mille hommes, il arrête par les discussions d'un coniirès le million d'hommes qui l'assiège. ?,Iais le mot d'ordre de Prague est encore celui de Chàlillon. Il tombe alors , et va régner sur l'île d'Elbe. Un an après, il reparait avsc huit cents soldats, qui ont partagé son exil. Si jamais il y eut une circonstance où le salut public dut faire décerner la dictature, ce fut sans doute celle de mars 1815. Malheureusement, dès sa première séance, la Chambre» des représentants veut refuser le serment à Napoléon I il ne lui reste donc [ilus qu'à combattre l'Europe une dernière fois, et il ti'ouve enûn sa journée fatale à Wateiloo.

« Sans doute une telle vie est plutôt merveilleuse qu'instructive pour l'Iuinianité; car, l'histoire présente peu d'hommes à qui Napoléon puisse être comparé; et ce n'est qu'en remontant les âges qu'on pourrait retrouver ses ancêtres historiques dans Alexandre, César et Charlemagne. Dans cent ans, on ne comprendra ni l'avènement ni la chute de cet homme prodigieux qui, d'une île de la Méditerranée s'élevant tout à coup sur l'Europe, la domine pendant vingt ans, et disparaît de la terre, en laissant ses débris au milieu des Ilots.

« La vie de Napoléon renferme des événements que la su|)erstition eût autrefois appelées du nom de fatalités; mais l'histoire a cela de moral et de salutaire, qu'elle prouve la fausseté du merveilleux, et que, par l'explication des causes qui produisent les événements, elle les attribue justement aux intérêts, aux passions des hommes. C'est ainsi que mon récit montrera sans cesse que l'élévation de Napoléon , comme sa chute , appartient à lui seul. Tout le condamnait à agir comme il l'a fait, soit pour s'élever, soit pour tomber. Il ne lui apjiartenait pas de se modilier, ni de transiger avec son caractère ; c.ir il revint de l'île d'Elbe le même homme qu'à son dé|iait de Fontainebleau. Aussi, en ISIi eten ISI.'i, accepta-t-il son adversité comme une conséquence de sa haute fortune, et ne vit-il que de l'ingratitude dans les trahisons. »

Je ne i)uis terminer cette |)réface sans relever cette as.-^erliun de Sir Walter Scott, (pie Napoléon avait à choisir entre Cromwell et \\ ashington, et (juil préféra être Cnuiiweli.

IV l'KEFACE.

Tous rcii\ (|iii ont ronnii Niipoli'nn . s.nciil (|iii' l;i ii.iliiip ii";i\ail pas plus crvi' en lui un Ctomwcll (pi'uii Wasliiiif,'lon ou un Monk. S'il eût pris le rnledc \\asliinf.'ton , il eût ('té plus lot al)altu. Voici coniinc il en parle lui-même clans le premier volume du Mémorial de Sainte-Hélène :

« Arrivé au pouvoir, on eût \oiilii ([uc j'eusse élé un Washington : les mots ne coûtent rien ; et sûrement ceux ipii lonl dit avec tant de facilité le faisaient sans connaissance des temps, des lieux, des hommes et des choses. Si j'eusse été en Amérifiue, volonliers j'eusse été aussi un \\asl]int;ton , et j'y eusse eu peu de mérite, car je ne vois pas comment il eût été raisonnahlement |iossible de faire autrement. Mais si Washington s'était trouvé en France, sous la dissolution du dedans et sous l'invasion du dehors, je l'eusse défié d'être lui-même; ou s'il eût voulu l'être, il n'eût été qu'un niais, et n'eût fait que continuer de grands malheurs. Pour moi , je ne pouvais être qu'un Washington couronné. Alors seulement, je pouvais montrer avec fruit ma modération , mon désintéressement. Mais je n'y pouvais raisonnablement panenir qu'au travers de hi dictature unirersellr. Je l'ai |iréleudue : m'en ferait -on un crime? Penserait-on qu'il fût au-dessus des forces humaines de s'en démettre? Sylla, gor^é de crimes, a bien osé abdiquer, poursuivi de l'exécration publique! Quel motif eût pu m'arrêter, moi qui n'aurais eu que des bénédictions à recueillir?... 11 me fallait vaincre à Moscou! Combien, avec le temps, regretteront mes désastres et ma chute!... Mais demander de moi , avant le temps , ce qui n'était pas de saison , eût été une bêtise vulgaire; moi, l'annoncer, le proclamer eût été pris pour du charlatanisme... Je le répète, il me fallait vaincre à Moscou I... »

Voilà comment Napoléon exi)li(|ue Napoléon. Je me suis étendu parliculièremenl sur son caractère, parce que j'ai cru ce préliminaire indis|)ensable pour préparer le lecteur à l'histoire d'un homme dont la vie nous présente un être à part sans aucun terme de comparaison dans les fastes du monde, uuant à moi, je déclare que je n'aurais pas entrepris d'écrire ce récit, si je ne m'étais senti également possédé du besoin de rendre hommage à la vérité et du désir d'honorer la France.

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