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latioii (lu r<niK'Ux onilorio de Haydn, la Crcution du monde, devait réiinii' lipremier niiisul, sa famille et IVIite de la société de la eapilale. In nommé Sainl- Uégent, ancien oITicier de maiiiie, Carbon, Limoëlun , .lovant, dit d'Assas, et Laliaie Saint-Hilaire, étaient les auteurs de ce plan exécrable. Veis se|)t heures du soir, une charrette chargée d'un baril de poudre et de balles fut placée dans la rue Saint-Nicaise, alors une des ])lus jjopuleuses de Paris; Saint-Uégent et Carbon étaient chargés de l'exécution. Itonaparte reçut (pielques avis: à l'exemple de César, il les méprisa, et ne dut la vie cpi'à son cocher, qui , s'étant enivré, partit à toute bride, et trompa de deux secondes seulement l'espérance des conspirateurs. Il avaient froidement calculé le moment de l'explosion, sur le train oïdinaire de la voiture du premier consul. <Mn{|uante-six personnes furent blessées, et vingt-deux tuées. La foule immense ([ui remplis.sait l'Opéra était si tumultueusement occupée de l'arrivée; du premiei- consul , que le biuit de cette elTroyabh' détonation n'y avait point pénétré. Tout à coup quelques groupes se forméient dans les coriidors , et quelques loges devinrent silencieuses : déjà la nouvelle de l'événement circulait. Bonaparte parut, et au même instant la salle retentit des plus vifs applaudissements ; mais quand le péril qu'il venait de courir fut nirum dans le parterre et dans toutes les loges, l'exaltation publique fut à son comble. Une sorte d'ivresse enleva l'assemblée. Tous les regards , tous les gestes, toutes les voix , se portèrent simultanément sur sa loge. Ce jour vit éclater sans doute son plus beau triomphe; il sut quel prix l'élite de la capitale attachait à sa conser- \ation. S(m salut, disait-on, avait quelque chose de merveilleux. Il était bien l'homme des miracles. Aussi l'attentat du 3 nivôse affermit son pouvoir plus qu'aucune de ses victoires, parce que son (existence fut proclamée soudainement un bienfait public. Échappé à ce dangei' i)res(pi(' inévitable, Bonaparte redevint . pour beaucoup d'esprits religieux, l'élu de la Providence, et une soite de supei'stition légitima sa fortune.
Après avoir montré la plus grande sécurité au moment du péril et pendant toute la représentation de l'Opéra , le premier consul regarda l'événement avec des yeux plus sévères. Fouché , ministre de la police , voulut se justifier de l'ignorance où il était de ce forfait, qui ne pouvait être que le résultat d'une cons|)iration et non un crime isolé. En consécpience, pour satisfaire à la passion du moment , (|ui faisait lejeter sur les républicains toutes les entreprises contre Bonaparte, il dressa une liste de cent trente individus, que les consuls firent déporter par un sénatus-consulte rédigé nuitamment. EnGn Bonaparte, trop bien servi par les hommes de la révolution qui composaient ses conseils, osa entièrement franchir les limites de la législation , et demander une loi qui nonseulement établît des tribunaux criminels spéciaux partout où cela serait jugé nécessaire, mais aussi cpii donni\t aux consuls la faculté d'éloigner les personnes suspectes; cette proposition fut portée au Ti'ibunat. Ce coi'ps mérita noblement sa disgrjlce prochaine (lar une discussion orageuse, dicussion dans laquelle le
si'iiatiis-cdiisultc (rolliccqui frappait sans jugomi'iit cent trente in(li\i(lus, loiirnil aii\ a(l\ei'saires du projet des armes bien puissantes, .lamais iiataiile législative ne fut plus longtemps indéeise : Daunou, Chénier, lîenjamin Constant, s'illustrèrent en défendant les libertés publiques et en rejetant ii-s innovations présentées par le Conseil d'État. La lutte dura sept séances, et la loi ne fut adoptée qu'à une faible majorité de huit voix. Ou s'occupa de prononcer sur toutes les conspirations qui avaient menacé si directement les jours du premier consul ; celle d'Aréna fut seule jugée par le tribunal criminel et par le jury; les autres coupables parurent devant des commissions militaires et furent passés par les aimes.
Le soir de la bataille de llohenlinden , Moreau avait dit à ses généraux : « C'esi la pair que nous venons de conquérir. » En elTet, le comte de Cobenl/.el , (jui était resté à Lunéville malgré la reprise des hostilités, avait changé subitement d'atti Inde après la AJcloiie de Moreau; il avait déclaré qu'il était autorisé par son souverain à donner à ses pouvoirs l'interprétation que leur avait donnée le plénipotentiaire français, et à traiter sans le secours des Aiujlnis. Le traité de Lunéville, en rappelant toutes les clauses de celui de Campo-Formio, renouvelait à la France la (•ession de la Belgique, lui conférait toutes les souverainetés de la rive gauche du lUiin ; enlevait à l'empereur d'Autriche le protectorat du Corps Germanique , en brisait le lien fédéral , et préparait ainsi le grand œuvre de la confédération du Ithin ; fixait à l'Adige les limites des possessions autrichiennes en Italie; forçait la cour devienne à reconnaître l'indépendance des républiques cisalpine, ligurienne, batave et helvétique; dépouillait de la Toscane le frère de François II, et, sous la dénomination de royaume d'I'trurie, faisait de ce grand-duché une récompense temporaire de la fldélité de la maison des Bourbons d'Espagne à sa haine contre l'Angleterre.
\n moment de la publication de ce traité, les esprits fui'cnt frappes de l'apparition du nouvel ordre politique qui surgissait tout à coup des champs de bataille de l'Allemagne et de l'Italie, et du spectacle inconnu que la victoire et la foitune donnaient à l'univers. Les hommes clair\oyants jugèrent que l'autorité despotique des camps, source de In première royauté, allait se prés(>nter à la Fiance sou-une autre forme, et (pu' fî(uiaparle, éle\é trois fois déjà sur le pavois triomphal par la défaite de la maison d'Autriche, ne se conlenlerait plus d'être le premier magistrat de sa patrie pendant la paix, ou son dictateur dans ses périls. Les hommes de 89, qui avaient donné tout leur appui , tous leurs vœux à la révolution du 18 brumaire , renflèrent encore une fois dans l'asile de leurs souvenirs : ils n'avaient prévu ni tant de gloire, ni tant de [)uissance après la gloire. Le traité de Lunéville offrit une perspedive également redoulable jiour tous les partis de la France et pour tous les intérêts extérieurs; ou n'osait toutefois soulever le voile de l'avenir : on attendait en silence.
Ce fut le 1-i février que la nouvelle de la paix de Luiié\ilic vint .surprendre la \ille (le Paris, li\rer loni entière aii\ divertissements du carnaval. I.a iiopulation
mSTOlKE DE NAPOLÉON.
se i)oita (l'enthousiasmo aux Tuileries, au cri mille lois lépété de vivn Bonaparte.' elle l'oima des danses sous ses feniHres; la nuisi(|ue militaire de la garde des consuls servit d'orchestre au bal parisien ; jusqu'à la luiit , le canon accompagna les plaisirs de ses belliqueuses détonations. I.a hausse des fonds signala dès ce jour la marche ou plutôt l'entraînement de l'opinion ; on spécula sur le traité de Lunéville comme on a^ait spéculé sur le 18 brumaire, et cet agiotage, créé par la gloire qui couvrait la France, parut un gage donné à la fortune publique. La fête la plus brillante fut celle de M. de Talleyrand, ministre des relations extérieures : h- premier consul y reçut l'hommage de tout ce que Paris renfermait d'hommes distingués dans toutes les classes, soit nationaux, soit étrangers; les illustrations de l'ancienne monarchie et de la révolution, guerriers, savants, poètes, magistiats, législateurs, artistes, tout s'y tiouAa réuni pour honorer, dans sa personne, le passé, le présent et l'aveiiii'.
Le souvenir de cet enthousiasme est déjà loin de nous; mais le tiibut payé à l'industrie par l'homme des champs de bataille devait revivre à jamais dans l'institution du i mars 1801. A dater de ce jour, l'exposition des produits manufacturiers et industriels de la France fut décrétée pour la clôture de l'année républicaine. Cette création , qui révéla encore une autre supériorité de cette époque si digne de mémoire, éleva la gloire des arts utiles à la hauteur de celle des armes, à laquelle elle a survécu tout entière ; et la science, modeste, laborieuse, féconde, eut aussi ses conquêtes et ses trophées. Le génie de la guerre, en repos, vota cet hommage à la paix et le légua à la patrie.