CHAPITRE XXII
Rupture avec l'Angleleire. — Invasion du Hanovre. — Occupallou du royaume de Naples. — Armements el coiistruclion des lloltilles. — Organisation et réunion des armées françaises sur les eûtes du Nord. — Préparatifs de l'Angleterre.
A l'ivresse des fêtes de la paix, la France et l'Angleterre avaient fait succéder une attitude d'observation inquiète qui modifia bientôt la joie générale. Les accroissements considérables de la France, provenant soit de l'incorporation du Piémont et de la réunion de la république italienne sous le même pouvoir, soit de la médiation helvétique et des changements opérés en Hollande, soit aussi de ces immenses travaux qui ouvraient à nos armées les routes du Simplon, soit enfin de ce Concordat qui consommait la dépendance de l'Italie, et donnait au premier consul l'ascendant d'une nouvelle puissance morale sur les États catholiques du continent: toutes ces prospérités inattendues, sorties du traité de Lunéville, devinrent, aux yeux du gouvernement anglais, de véritables usurpations sur le terrain où le traité d'Amiens venait d'être assis. Le cabinet de
Londres, dont Pitt dirigeait toujours l'esprit sous le successeur qu'il s'était choisi, ne pouvait ignorer que le premier consul, empressé de satisfaire pour lui et ses alliés à toutes les clauses du traité, s'alarmait justement de la lenteur plus qu'équivoque que l'on mettait à rendre l'île de Corée à la France, à la république batave le Cap de Bonne-Espérance, enfin lile de Malte à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. L'Angleterre disait : « La France s'est agnindie depuis notre traité ». La France disait : «L'Angleterre n'exécute pas notre traité». Un tel procès, dont les parties étaient les seuls arbitres, ne devait se juger que par la guerre.
Cependant les cabinets de Paris et de Londres avaient recommencé leurs hostilités périodiques dans les journaux , et malgré l'animosité de ces débats publics, ils reprirent des négociations pour l'exécution du traité. L'arène des journaux , où le premier consul ne dédaignait pas de descendre lui-même, oflrit un échange perpétuel d'offensantes personnalités, poussées à un tel point de violence de la part des écrivains anglais, que l'ambassadeur Otto présenta une note officielle dans laquelle il était demandé que l'Angleterre défendit tout ce qui serait défendu en France par rapport aux intérêts réciproqiies des deux nations. Cette note réclamait aussi C éloiynement des émigrés de Vile de Jersey, l'expulsion de l'Angleterre des évégues de Metz et de Saint-Pol, la déportation au Canada de Georges et de ses adhérents, et le renvoi de tous les Français qui porteraient en Angleterre les décorations de l'ancienne monarchie. Enfin , le premier consul exigeait encore que tous les princes de la maison de Bourbon fussent requis de se rendre à Varsovie près du chef de leur famille. C'était, à peu de chose près, proposer à la Grande-Bretagne le sacrifice de sa constitution, que de lui demander la violation des deux garanties fondamentales les plus chères à toute nation libre , celle de la presse et celle de Vhabeas corpus. Il n'en fallait pas davantage pour déclarer des deux côtés ce traité rompu par le fait. Aussi les journaux des deux nations se livrèrent-ils aux plus violentes hostilités. Dans ceux de la Grande-Bretagne, les passions ministérielles s'exprimèrent sans ménagement ; un procès public j fut instruit contre l'ambition du premier consul. On n'oublia aucune récrimination ancienne, aucun grief récent; on invoqua le traité de Lunéville en condamnation des envahissements politiques et territoriaux de la France,
Le célèbre Fox, qui arrivait de Paris, où il avait reçu le plus brillant accueil du premier consul , prit hautement , dans la Chambre , la défense de la France, On ne pouvait rendre un plus bel hommage à cette liberté politique dont l'Angleterre s'enorgueillit à si juste titre. La franchise de Fox avait un noble caractère, par la fermeté qu'il osa opposer à l'irritation de la grande majorité de l'assemblée. Cette animosité y fut si peu déguisée, que cet illustre orateur subit ce jour-Wi une sorte d'enquête sur le motif de son voyage en France, Son discours ajouta un nouvel éclat à la tribune britannique; mais le parli Grenville dominait, et la guerre était presque proclamée par le parlement.
Bonaparte mit tout en œuvre pourr effrayer l'Angleterre, Il chercha à renouer
lette ligue maritime du Nord, rompue par la mort de Paul I". Il envoya à Berlin le général Duroc, à Saiiit-Pétcisbourg le colonel Auguste Colbert. Mais l'empereur Alevandre et le roi de Prusse avaient contracté ensemble des engagements qui firent avorter cette démarche. En même temps, des troupes nombreuses hâtaient leur marche vers les rivages des deu\ mers ; l'Italie, comme la Hollande, vojait arriver de nouveaux bataillons; les constructions se pressaient dans tous les ports; Flessingue s'élevait sur d'imposantes fortifications, comme le grand arsenal du plus formidable des armements. Cependant les conférences se succédaient à Paris, entre le ministre Tallejrand et lord >Yil\vortli, avec une extrême sérénité de part et d'autre , mais sans rien résoudri". Mallioureusemcnt , le premier consul s'impatienta des délais britanniques et crut pouvoir les terminer en appelant lui-même à une entrevue particulière l'ambassadeur anglais. « La « paix , dit-il , n'a produit qu'une jalousie et une méfiance continuelles ; cette « méfiance est telle aujourd'hui , qu'elle a amené les choses à un point où il « faut nécessairement en finir... Aucune considération sur la terre ne pour- « rait me faire acquiescer à ce que vous gardiez Alexandrie et Malte; et s'il « fallait opter entre ces deux alternatives, j'aimerais inieu.r vous voir en pos-
« session du faubourg Saint-Antoine que de Malte Chaque vent qui souffle
« d'Angleterre n'apporte que haine et inimitié contre moi... l'ne descente est le « seul moyen offensif que j'aie contre elle, et je suis déterminé à me mettre moi- « même à la tête de l'expédition. Il y a mille à parier contre un que je ne réus- « sirai pas , mais je n'en suis pas moins décidé à tenter cette descente , si la " guerre doit être la conséquence de la discussion actuelle. Mes troupes y sont il tellement disposées, iiu'on n'aurait pas de peine à trouver une armée pour en » remplacer une autre. . .l'aurais pu m'emparer de l'Egypte depuis plus d'un " mois, en envoyant vingt-cinq mille hommes à Aboukir...; mais je ne le ferai Il point , parce que l'Egypte ne vaut pas la peine d'une guerre... Deux puissances " telles que la France et l'Angleterre, en s'entendant bien, pourraient gouverner " le monde, mais elles pourraient aussi te boulever.'<er dans leur lutte... Pour « conserver la paix, il fallait remplir le traite' d'Amiens... \ oulait-on la guerre, ■< il ne fallait que le dire on refuser de remplir le traite... Je n'ai pas chfUié les » Algériens, dans la crainte d'exciter la jalousie... ; j'espère que r Angleterre, la i< Russie et la France sentiront un jour qu'elles ont intérêt à détruire un pareil
« nid de brigands Mais vouloir parler aujourd'hui du Piémont et de la Suisse,
« ce sont des bagatelles. D'ailleurs , vous auriez dû le prévoir lorsque la négo- « ciation était encore pendante; vous n'avez pas le droit d'en parler à cette <i heure... » Cette conférence, dont le premier consul lit à peu près tous les frais, fut transmise |)ar lord Withworth à son gouvernement.
Bonaparte reçut sui' ces entrefaites la réponse à une démarche tentée auprès de Louis XVill à Varsovie. Il avait offert, dit-on, à ce prince une indemnité considérable, soit en propriétés, soit en argent, s'il voulait renoncer à ses droits à la
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couronne de France. Quoi qu'il en soit, on publia cet extrait de la réponse de Louis XVin : » Je ne confonds point M. Bonaparte avec ceux qui l'ont précédé : « j'estime sa valeur, ses talents militaires ; je lui sais {,'ré de quelques actes d'ad- " ministration... Mais il se trompe, s'il croit m'engager à renoncer à mes droits : « loin de là, il les établirait lui-même, s'ils pouvaient être litigieux, par les " démarches qu'il fait en ce moment... "
En même temps le roi d'Angleterre annonçait, par un message, à la Chambre des communes, « qu'en raison des préparatifs considérables qui se faisaient dans « les ports de France et de Hollande , il jugeait convenable d'adopter de nou- (I velles mesures de précaution pour la sûreté de l'État; et que, comme il existait « actuellement avec le gouvernement français des discussions d'une grande .' importance dont le résultat demeurait incertain , S. M. faisait cette communica- « tion à ses fidèles communes..., et comptait qu'elles la mettraient en état d'em- « ployer toutes les mesures que les circonstances paraîtraient <'xiger pour l'hon- « iieur de sa couronne et les intérêts essentiels de son peuple. » Tel fut le résultat de la conférence du premier consul avec lord Withworth. Les paroles royales eurent une influence magique sur l'Angleterre : le lendemain la presse des matelots commença à Londres ; Nelson prit le commandement général des forces de la Méditerranée : trois escadres mirent en mer sous les ordres des amiraux Sidney Smith , Saumarez et Pcllew. In autre message succéda rapidement au premier, et ordonna une augmentation dans les troupes de terre et de mer.
Ces fâcheuses nouvelles n'étaient pas de nature à calmer le premier consul. Aussi dans une audience diplomatique qui eut lieu peu de temps après, il interpella vivement l'ambassadeur d'Angleterre : « Vous êtes décidé à la guerre..., ■I lui dit-il d'un ton irrité! Nous l'avons faite pendant quinze ans; vous voulez la " faire encore quinze années, eh bien vous m'y forcez! » Puis se tournant vers le comte de Markoff, ambassadeur de Russie : « Les Anglais veulent la guerre; mais a s'ils sont les premiers à tirer l'épée.^'f serai le dernier à la remettre dans ie/our- « reav. Malheur à ceux qui ne respectent pas les traités! ils en seront respon- << sables devant toute l'Europe. »
Foutefois la rupture n'était pas officiellement déclarée; mais l'agression eut lieu de la part de l'Angleterre : deux bâtiments français furent capturés dans la baie d'Audierne. Aussitôt les représailles de la France éclatèrent , et le premier consul déclara prisonniers de guerre tous les Anglais âgés de dix-huit à soixante ans alors en France, pour répondre des Français qui auraient été pris avant la déclaration de guerre. Le sénat reçut en même temps un message consulaire qui se terminait ainsi : «.... Le gouvernement s'est arrêté à la ligne que lui ont tracée ses principes « et ses devoirs : les négociations sont interrompues, et nous sommes attaqués. Du « moins nous combattrons pour maintenir la foi des traités , et poui- l'honneur du Il nom français... »
La France répondil aux hostilités maritimes de l'Angleterre par des attaques
lll>T()Iin. 1)1". NAPOI KON. 201
Icrritoiiiiles. Le fii'iiriiil Mdrlicr. (|iii coiiimiiiKliiil en IIoIImihIc iiiu' iirini'c dr {[uiiizo niilli- liiininifs, (.'iilra dans lï-ItTloial do HaïuiMc. l ne prochiniation du roi d'Ant;lt'torn' ordonnait la lorc en masse de ses sujets allemands, .«ow.v peine de perdr/' /eiirs Inciis el Inns druils d'Inritier, et aun(iii(,'ait le duc de Cambridge qui venait se mettic à leur lèle. Le général français répondit par une autre proclamation, où il déclara aux llauovriens que les Français s'emparaient de leur pays parce que l'Angleterre gardait AJalle contre la foi des liaités. La régence de Hanovre envoya solliciter une suspension d'armes. Mortier répondit qu'il n'accepterait que l'occupation immédiate de l'électorat , et la remise des places fortes. Aussitôt on livra tout le pays aux Finançais, ainsi que les magasins militaires et les revenus de l'État. Cinq cents bouches à feu, quarante mille fusils et les fonds |ionr la solde de l'armée , fin-ent les fi iiits de cette campagne de dix jours.
Le Hanovre était un gage insuffisant pour balancer la possession de Malte; l'Italie a des rivages (pii regardent ce nouveau (jibraltar, et Bonaparte songeait à lui en opposer un autre; c'est le port de Tarente qu'il a choisi pour recevoir, sous deux mois, toute la flotte de Toulon. En vertu du traité d'Amiens, l'armée française, après avoir- évacué le royaume de Naples, s'i'-tait cantonnée dans la partie centrale de, la péninsule; mais la condition de celle é\acuMtion n'a\ant pas été remplie, le premii'r consul crut avoir le droit de reprendre le slalu qiiu antérieur au traité. La proclamation suivante précéda l'invasioir du royaume de Naples : « Le " l'oi d'Arrgleterr'e a larrssé sa signature et r'efusé d'exéculei' le trvùté d'Amierrs en " ce qui concerne l'évacuation de Malte. L'armée française se voit dorrc obligée 'I d'occuper les positions qu'elle avait quittées en ver'tu de ce traité. L'ambition •I démesurée de l'Anirli'teiTe se trouve déu^asciirée par- cette conduite inouïe : maî- K tresse de l'Inde .r ilr rAiiii'ii.inr. .'Ile vnii encore r<''iiv ijrr levant: le besoin de '< maintenir notre coninierci- >A de .on^erver I eqirililire ein-opéen nous oblige •> d'occuper ces position;, dans les États du i-oi de Naples. positions que noirs gar- I derons tant que l'Angleterre per'sistera à garder- .Malte. <
Tarente ne lar'da pas à devenir, comme Flessingue. uir arseiral militair-e. irtr grand port foriilii'. I.c |ireniicr- consul ti-aça err même temps des iirstiuctions pour la défense combinée d(' la Corse, de l'r'le d'Elbe et de la Toscatre. Dix mille ouvriers concoururent à élever ces fameux travaux ([iri tirent d'Alexandrie la grande place d'armes de l'Italie. «Je considère cette place, disait lioiraparte . " comme la possession de toute l'Italie; le r-este est alfaiie de guen-e : Alexandrie « est affaii-e de politique. » Les mêmes ordr-es couvrirent également de hatteiies et d'ouvrages les nMes de Hollande, dei)rris Flessiirgue jusqu'à Texel. L'île de Walclrer-en devint une position de la plus haute importance. Ainsi, depuis l'embouchure de l'Elbe jusqu'au port de Tarente, tous les rivages étaient fermés aux Anglais. Les départements répondirent aux appels du pi-emier- corrsul i)oiu- donner des vaisseaux , des bAtiments de ti'airspor-t el de l'ai-lillerie. On établit un chantierde construction à Paris et dans tous les ports de l'Oci'air. IJonlogne l'ut désigné
comme le port militaire de la descente projetée; mais il en fallait encore un plus vaste pour recevoir les divisions de flottille qui devaient s'y rassembler. On exécuta les mômes travaux dans les ports d'Étaples, de Vimereux et d'Ambleteuse; l'armée les creusa. Ostende, Dunkertiue, Calais, se hérissaient aussi d'artillerie; toute la côte qui regarde l'Angleterre put être nommée la côte de fer.
Les immenses préparatifs dont le mouvement remplissait la Belgique reçurent un nouvel encouragement de la présence du premier consul , qui partit de Paris pour aller les inspecter lui-même, dans un vo\age qu'on peut appeler une course triomphale. Il visita toute la côte , s'arrêta à Flessingue pour ses fortifications . à Gand pour son commerce. En passant à Anvers, il décida que son port marchand serait le plus grand chantier de construction du continent. D'Anvers, le premier consul vint recueillir à Bruxelles les hommages de la reconnaissance du commerce, qui gagnait tout à sa réunion à la France.
En revenant à Paris, il apprit que les agitateurs, depuis longtemps signalés, des îles de Jersey et de Guernesey, avaient tenté de rallumer dans la Vendée la guerre civile, mais que, fidèles à leurs serments, les Vendéens continuaient de partager avec tous les riverains de l'Océan l'armement des côtes , la construction et la conduite des flottilles. Une noble idée se présenta alors à son esprit pour, répondre à ce nouveau complot de la politique anglaise : ce fut de former une légion de Vendéens, commandée par M. d'Autichamp; il donna des ordres en conséquence au ministre de la guerre : « Cette légion , écrivit-il de sa main , doit être composée , « officiers et soldats, des hommes qui ont fait la guerre de la Vendée contre nous. »
Bonaparte venait d'arrêter la première base de l'organisation de la grande armée d'Angleterre. Elle était divisée en six corps, dans les camps de Hollande, de Bruges, de Saint-Omer, de Compiégne, de Saint-Malo et de Bayonne. Le général Soult vint à Boulogne se mettre à la tète du camp de Saint-Omer ; le général Davoust se rendit à Ostende, pour commander celui de Bniges. Ney prit le commandement du camp de Compiégne à Montreuil, après avoir capitulé pour seize mille Suisses que le premier consul mit sous les ordres du général Baraguay d'Hilliers, comme corps de réserve. Augereau rassembla , aux environs de Bayoïme , l'armée des Pyrénées, destinée à agir contre le Portugal, si le général Lannes, envoyé à Lisbonne, n'obtenait pas de ce gouvernement sa renonciation à l'influence anglaise. Le Portugal, qui n'osait rompre ni avec la France, ni avec l'Angleterre, acheta sa neutralité par un tribut annuel de seize millions. L'Espagne , dont la position avait alors une grande affinité avec celle du Portugal , lui avait donné l'exemple de celte transaction entre sa politique et ses intérêts. Par une autre négociation, le premier consul avait également soustrait une proie assurée à la marine britannique, en cédant à ses fidèles alliés des États-Unis d'Amérique la belle colonie de la Louisiane, pour une somme de soixante-dix millions. Ces opérations d'une admirable prévoyance marchaient parallèlement avec les préparatifs d'une guerre dont tous les éléments étaient implacables.
En regard des formidables apprOts dont tous les rivages de France étaient le théâtre , l'Angleterre déployait une énergie égale au danger qui la menaçait. Son parlement ressuscitait les lois des Anglo-Saxons et le statut de Henri HI, pour voter d'acclamation la levée en masse du peuple anglais. « N'en doutez pas , « s'écriait un orateur, l'objet de l'ennemi est certainement de marcher sur Lon- « dres, et de subjuguer ainsi la métropole et l'empiic. » On traça des camps sur la côte ; on proclama la levée générale dans les trois royaumes. Le patriotisme des associations de commerce s'empressa d'assigner des fonds considérables pour encourager et récompenser le zèle des défenseurs de l'État. Sept cent trentequatre voiles de guerre faisaient flotter le pavillon de la Grande-Bretagne sur toutes les mers du Nord, et sept flottes bloquaient tous les ports et toutes les embouchures des fleuves, depuis le Sund jusqu'aux Dardanelles. La Tamise ellemême était prisonnière; une chaîne de frégates amarrées par d'énormes barres de fer en fermait l'entrée. Indépendamment de ces précautions, les ennemis vinrent successivement bombarder, mais sans résultat, les ports de Granville, Dieppe, Fécamp, Saint- Valéry, Boulogne, Calais. La poursuite rigoureuse journellement exercée contre les convois de flottilles qui marchaient sur Boulogne, donna lieu à une foule de petits engagements où les Français eurent toujours l'avantage, notamment sous le Cap-Blanc et sous le Cap-Grinès. Le premier consul assista, à bord d'une faible embarcation, à l'un de ces combats, dans un voyage à Boulogne. Après avoir inspecté les troupes de terre et de mer, et fait exécuter sous ses yeux les essais d'embarquement et de débarquement; après avoir visité les travaux des difl'érents ports, et suffisamment accru, par sa présence , l'inquiétude de ses ennemis, il repartit brusquement pour Saint-Cloud , où il vint reprendre la conduite des alTaires du gouvernement.