‹ Histoire de NapoléonChapitre 4 sur 75 · CHAPITRE PHEMIRR · texte numérisé non relu

CHAPITRE PHEMIRR

I.a r.oi'sc ancienne ri moderne. — Origine de la famille Diinaparle. — Naissanee île Naprdéiin — Sni nifanoe. — Son admission à l'école militaire do Brienne. - Son earaelère. — Sa nominalion de lienle nant en second au régiment de La Fère aitillerie.

<l llilll»

<i raclii

Les PluMiiciens, qui trafiquaient dans tout le

monde connu ; les Pliocécns , fondateurs de

Marseille, et les Étrusques, qui eivilisèrent

l'Ausonie, furent les premiers habitants de l'île

de (]orse. Ainsi les nations les plus illustres

sont les ancêtres de ce peuple que les Romains

appelaient barbare. Tite-Live parle ainsi de la

(>orse et de ses habitants : « La Corse est une

« terre Apre et montagneuse, presque partout

« impraticable; elle nourrit un peuple qui lui

(I r-essemble. Les Corses ne sont pas moins

« indomptés que les btHes sauvages. Emmenés

« en captivité, c'est à peine s'ils s'adoucissent

lu» fais. Au Contran c , ?..il horreur du travail ou de l'esclavage, ils s'ar-

nt la vie; soit opiniillreté on stupiditc'-, ils sont insupportables à leurs

■i IIISKtlIU", l>K NAI'OI.KON.

.■ miiîlrcs ! " On s'('\|)li(iiic aisc-nu'iil cclli; lini ivur des Corses pour la (lominalion (■'traiiyèro, siMidim-iil qui n'est pas encore eiïacé en eux. Séi)arc (1(; toules lenations par la mer, et sans cesse obligé de se iléfendre contre leurs adressions, ce peuple (lut se réfugier dans cette sauvage Indépendance qui faisait sa sûreté. Ce fu( pour elle qu'il combattit pendant tant de siècles, et prcscjuc depuis son origine, contre les nations les plus belliciueuses, les Carthaginois, les lîoniains, les (iolhs, les Sarrasins, les Lombards, les (iénois, et enlin les Fi-aiiçais.

1,'élat politique de la Corse indépendante mérite quelque attention ; il était (b'terminé par la nature elle-même. L'île n'est (pi'une longue chaîne de montagnes sillonnée par des vallées plus ou moins profondes, mais toutes fertiles et peuplées, ([ui divisent hï pays par cantons nommés pièves. Chacpie canton renfermait des familles itdluentes, toujours rivales, souvent en gneri'e, et (pii a\ aient iteaucoup de ressendiinnce a\ec les clans de l'Kcosse; à la menace d'un danger ijuIiIIi', elles suspendaient leurs (pierelles et se réuinssaieid pour lu défense conuuuue. In |)areîl ordre de choses dixisait la (^-(U'se en aristocraties patrimoniales, combinées t(uitefois avec l'indépendance du pays; cai' dans la guerre étrangère ou dans la guerre civile, chacun s'armait à ses frais, et venait combattre sous la bannière de l'une des familles les plus considérables de sa piève. Les villes maritimes devaient à leur position une destinée toute différente. F.n effet, depuis longtemps occupées par des garnisons génoises, et habitées pai' des familles italiennes déportées par leurs gouvernements ou chassées par des factions victorieuses, elles se trouvaient en quelque .sorte hors de l'association nationale. Leurs habitants ne pouvaient y entrer et exercer de l'inlluence dans l'intérieur du pays que par des établissemeids et des acquisitions dans les piè\es.

En 1767, Pascal Paoli leva l'étendard de l'indépendance contre les Génois : ceux-ci implorèrent l'appui de la France. Le duc de Choiseul, ([ui était alors premier ministre, saisit l'occasion de donner au royaume une possession aussi im|)ortante, et envoya dans la ISIéditerrauée des troupes commandées par le marquis de Cliauvelin et le comte de Marbeuf, cpii remportèrent dinërcnts avaulages sur les troupes de l'aoli. Enfin, le 9 avril 1709, arriva le comte de Vaux, chargé d'achever la soumission de l'île avec quarante-deux bataillons, deux légions de troupes légères et une bonne artillerie. En moins de deux mois, la nouvelle conquête fut entièrement consommée , et Paoli s'embarqua pour Livourne sur un bAtiment anglais, nous laissant maîtres de la Coi-se. ^L de Marbeuf y resta en (jualité de commandant militaire; et , ce qui arrive toujours (juand les petits Fatals ai)pellent les grands à leur secours, les Génois, repoussés de tout temps pai' le pays, furent la dupe de leur confiance : le duc de Choiseul ne daigna pas même les admettre à un traité de cession. La France garda la Corse, parce qu'elle l'avait couipiise , et la prise de possession de ce pays par un voisin puissant n'étonna personne, les Génois elles Corses se trouvant hors

IIISIOIU1-: hK NAl'ttl.KdN 3

(Tcliil lie ciiiix'rMM, les uns leur soiiNcriiiiicU', les :iiitii> leur iiKlciiniihunc. Aîaisd" lut si'uliMiu'iit le ;iO iMiM'inbrc 178'J (lu't'ii \cilii il'iiii ticiicl de I'Asmmu lilfc coiistiluanli', la (loisc ik'\iiil paiiie ialégraiile du roxaumc

La lamilli' IUoxai'aimk, iuscritc sur le I.jmc d'Or à R(d()i;iu', |iatii(it'nm' à (•'lori'uci', alliée aux fjraïuk's maisons de laToseanc, était depuis longtemps une des plus illustres de l'Italie. Elle a^ait domié à 'l'ié\ise des sou\erains. rendant les ijuerres ri\iles, les Bonaparte ((imliattiieril dans les l'angs des Gibelins pour l'indépendanee de leur patrie ; ce ne tut ([u'au quinzième siècle, après le Iriomphe des (luelfes, ipie leur lamille, exilée de Florence, \iiit chercher un asile en Corse el lixer sa résidence à Ajaccio. Les alliances (pi'elle conti'acta dans sa nou>elle pairie ne la lirent point déchoir de son ancienne illustration; elle mêla son saiiii aux Coloima, aux Durazzo, de (iènes, comme aux premièi'es maisons de la Corse ; elle y actjuit des propriétés, et obtint la plus grande iullueiice dans la picvc de Tala\o.

(Charles lionaparto, père de Napoléon, avait étudié à Rome el à I*ise; c'étail un homme d'un extérieur imposant, d'une éloquence >i\e et naturelle, et d'une intelligence remarquable, l'iein de patriotisme et de dé\ouemenl, on ru\ait \u, à la lèle de sa piève, combattre a\ec courage dans la guerre (piil a\ait contribui'' à allumer contre les Cénois, oppresseurs de son pays, rendant le couis de cette guérie, Letizia Uamolini, son épouse, non moins remarquable par sa beauté (pie par sa foire d'Ame, le suivait souvent à che^al, et partageait ses raligucs et ses dangers. Enceinte à l'époque de la bataille de Ponte-Nuovo, que gagnèrent les Français en juin 1769, elle se trouvait à Corte, siège du gouvernement île Paoli, chez les .Vrrighi, parents de Charles Honajjarte. A la suite de celte allaire, (pii décida du sort du peuple corse, elle l'ut forcée de chercher un asile dans les montagnes de la Honda. Après la pacification du pays, elle rexint à Ajaccio touchant au dernier terme de sa grossesse. Jalouse, comme les mères italiennes, de sanctilier l'enfant qu'elle portait, elle voulut assister à la fête de l'.Vssomiilion; mais à peine entrée dans le lieu saint elle ressentit les premières douleurs de renfantement, et n'eut ipie le temps de regagner sa maison pour mmiIi' ) déposer sur un tapis un (ils qu'on appela Napoléon : c'était le nom qu'on donna toujours à l'un des memlires de la famille, en mémoire d'un Napoléon des l rsins. célèbre en Italie. Napoléon luuiuit le t.") août 1TG9, deux mois après la bataille de l'onte-Nuo\o.

Son premier ûge ne fut point marqué par ces prodiges dont on se plaît à entourer le berceau des grands hommes. Lui-même a dit : « .le n'étais qu'un enfant obstiné et curieux. » Il laul ajouter à <-es deux traits caractérisliipies beaucoup de \i\acilc dans l'esprit, une sensibilité précoce, mais en même lemps rimpaticiice du joug, une acti\ité sans mesure, et cette humeur querelleuse <|ui ullli;;eait tant la mère de Uuguesclin ipiand il elait jeune encore. .Mois,

4 IIISKtIltK l>K NAI'OI.KON.

comme ilc|)uis, soit que Niipoléoii lïit altiiqué par les niilres, soil i\\{'\\ les pi-o voquAl lui-môme, il s'élauçail sur eux sans jamais compter leur nombre; auriin obstacle ne pouvait l'arrêter. Personne ne lui imposait, excepté sa mère, femme d'un esprit viril, qui savait se faire aimer, craindre et respecter, ^■apoléorl, tout indomptable qu'il paraissait ùlve , apprit d'elle la \ertu de l'obéissance, l'une (les causes de ses succès dans les écoles ; il dut aussi probablement aux (•\enq)les maternels cet amour de l'ordre qui l'a tant aidé dans ses \astes entreprises. Sous ce rapport, son oncU; Lucien lui donna aussi de précieuses leçons, en administrant avec sagesse les biens de la famille , dont il était le second père. Le bon archidiacre avait observé avec un vif intérêt cette rare intellijîcnce et cette constance de volonté qui se développaient chaque jour : il parut même avoir deviné l'avenir de son neveu , comme on en peut juger par ses dernières paroles aux jeunes Bonaparte qui entouraient son lit de mort : « Il est «inutile de songer à la fortune de Napoléon, il la fera lui-mOme. Joseph est « l'aîné de la famille ; mais Napoléon en sera le chef. »

11 venait d'atteindre sa dixième année, quand son père, député de la noblesse des États de Corse, vint à Versailles, amenant avec lui Napoléon et Èlisa. La politique de la France appelait aux écoles royales les enfants des familles nobles de la nouvelle conquête : Élisa fut placée à Saint-Cyr, et Napoléon à Brienne. Dévoré du désir d'apprendre, et déjà pressé du besoin de parvenir, il se fiiit remarquer de ses maîtres par une application soutenue. Dans la discipline commune de l'école, quoiqu'il paraisse obéira part, il montre un penchant réfléchi à respecter la règle et à remplir ses devoirs. Ses égaux sont sou\ent forcés de se ployer à son caractère, dont l'inflexibilité exerce sur eux un empire inconnu; et si quelques préférences ne l'avaient trouvé fidèle dans sa plus haute foi'tune, sa jeunesse semblerait placée sous l'influence d'une exception morale (jui lui aurait refusé le don de l'amitié. Rêveur, silencieux, fuyant les amusements, on croirait qu'il s'attache à dompter un caractère fougueux et une susceptibilité d'Ame égale à la pénétration de son esprit; mais en même temps que des rixes fréquentes font éclater la violence de son humeur, d'autres faits trahissent des inclinations militaires. Vient- il à s'associer aux exercices de ses compagnons, les jeux qu'il leur propose sont des actions dans lesquelles on se bat avec acharnement sous ses ordres. Passionné pour l'étude des sciences, il ne rêve qu'aux moyens d'appliquer les théories de l'art des fortifications. Pendant un hiver, on ne voit dans la cour de l'école que des retranchements, des forts, des bastions, des redoutes de neige. Tous les élèves concourent a>ec ardeur à ces ouvrages, et Bonaparte conduit les travaux. Sont-ils achevés, l'ingénieur devient général, prescrit l'ordre de l'attaque et de la défense, et règle les mouvements des deux partis.

Bonaparte était devenu le liéios de l'école. Cependant on raconte ([u'un léger mancpie de subordination le lit condanuu'i' à revêtir un babil île bure et a

lllSKUKi: DE NAlMH.Kd.N. 5

iliiK'r à i;('ii(tii\ sui' le seuil du irliHloire ; mais au monieut de suliir telle peine, il lut saisi d'une attaque de uerl's si \iolente, que le supérieur crut de>oir lui épargner une humiliation peu d'aceerd avec son caractère. A cette époque, I'icliej,'ru était le répétiteur de lionaparte, sous le père l'atrau, qui distinguait, dans cet élève de prédilection, le premier de ses mathématiciens. Ainsi la robe d'un professeur cachait le coiuiuérant de la llollaude, et l'habit d'un élè^e le dominateur de l'Europe.

La lecture des historiens de l'antiquité devient pour lui une passion qui ressemble à de la fureur; les beaux-arts n'ont point d'attrait pour cet esprit sévère, et de la littérature il ne cultive que l'histoire ; il la dévore, et range avec ordre dans sa mémoire sure et fidèle toutes les phases remai'quables de l'existence des nations, et de la vie des grands hommes qui les ont conquises et gouvernées, l'iutai'tiue, qu'il ne peut plus quitter, Plutarque, dont les héroïques récits n'ont pas été peut-être sans danger pour une {"mie de cette trempe, développe chaque jour les germes d'enthousiasme et d'amour de la gloire que la nature a déposés en lui. En même temps qu'il se passionne pour l'étude de l'histoire, celle de la géographie devient souvent, pendant les heures de récréation, un de ses passe-temps favoris.

Bonaparte resta à Brienne jusqu'à l'ilge de quatorze ans. En 1783, le chevalier de Kéralio, inspecteur des écoles militaires, qui avait conçu une afl'ection toute particulière pour cet élève, lui accorda une dispense d'i\ge et même une faveur d'examen pour être admis à l'école de Paris ; car Napoléon n'avait fait des progrès que dans l'étude de l'histoire et des mathématiques, et les moines de Brienne voulaient le garder encore une année pour le perfectionner dans la langue latine. « Non, dit M. de Kéralio, j'aperçois dans ce jeune homme une étincelle qu'on ne saurait trop cultiver. « In recueil manuscrit (jui a appartenu au maréchal de Ségur, alors ministre de la guerre, renferme la note suivante : Lcole des élèves de Brienne. Etal des élèves du roi susceptibles par leur âge d'entrer au service ou dépassera t École de Paris, savoir : M. de Bonaparte (Napoléon), né le 15 août 1709, taille de quatre pieds dix pouces dix lignes ; a fait sa quatrième; de bonne constitution, santé excellente; caractère soumis, honnête et reconnaissant ; conduite très-régulière; s'est toujours distingue par so7i application aux tnal/iématiqucs ; il suit Irès-passabkment son histoire et sa géographie ; il est assez faible dans les exercices d'agrément et pour le latin : ce sera un excellent marin; mérite de passer /i l'École de Paris. Cette note de M. de Kéralio décida l'admission de son protégé à l'École militaire de Paris.

Bonaparte y montra bientôt la même supériorité qui l'avait fait distinguer à Brienne, et fut aussi le premier mathématicien parmi ses nouveaux condisciples. Son professeur d'histoire, M. de l'Éguille, dans ses rapports sur les élèves , avait ainsi noté le jeune Napoléon : Corse de nation et de caractère, il ira loin si les circonstances le favorisent. C'était \oii' plus loin (pie les autres. Domairon , (pii liu

(i iiisioiiti: m; nai'oi.kon

(■iisL'i"iiiiil !<•> Iiclli's-Iclircs , ii|i|t('liiil i'ii('r;;i(iiK'im'iit ses iimplilii-.iliDiis du ijaind r/iaiijjc au lukan, iina^e un peu pirU-nlieuse, mais qui Laraclérise bien If lalciil (le l'auteur des proclamations aux armées d'Italie et d'Egypte.

La carrière militaire de Honapartc commença à seize ans, îlgc où le succès de son examen à l'École militaire de Paris lui valut, le 1" septembre ITS.'», uiir lieutciiance en second au régiment de La Fère, qu'il quitta bientôt pour entrer lieutenant en premier dans un auti'c réi^iment en j;ariiison à Valence. Là, ses pi-emiers amis furent Lariboissière et Sui'bier, devenus depuis inspeileui-s généraux d'arlilleric. lue femme qui gouxernait alors la >ille par l'ascendant de son esprit, M^^ du Colombier, frappée tout à coup de ce qu'il y axait d'extraordinaire dans Bonaparte, le présenta dans les meilleures sociétés, et contribua lieaucoup au changement qui parut s'opérer dans son caractère. Devenu aimable et enjoué, l'officier d'artillerie parvint sans peine à plaire, et se vit recherché à cause des brillantes facultés que révélait sa conversation. M'"" du Colombier avait devine le génie de lionaparte; elle lui prédisait souvent un grand avenii-. l'eut-étre aussi cet heureux changement fut-il dû à l'amour que lui inspira, dit-on, la fdle de M"^ du Colombier ; mais, n'étant pas alors un assez bon parti, le lieutenant d'artillerie dut se résigner au silence ; cependant il conserva toujours à ce premier sentiment de sa vie un souvenir fidèle.

Dans un voyage qu'il fit à Paris deux ans après, il fut accueilli a\ec bien\eillance par le fameux abbé Raynal, auquel il avait adressé le commencement d'une histoire de la Corse. Le philosophe encouragea le jeune auteur à continuer ce Iraxail, premier essai de sa plume, et qui n'a jamais été retrouvé. En 178G, sui la demande de ce môme abbé Raynal, l'Académie de Lyon proposa la question suivante à l'émulation des écrivains : Quels sont les principes el les institutions à inculquer aux hommes pour les rendre le plus heureux possible .-' Bonaparte concourut sous le voile de l'anonyme, et remporta le prix. Son discours, retrouvé dans les archives de l'Académie par les soins de M. de Talleyrand , ministre des relations extérieures sous le coiisulat, fut remis par lui à Napoléon, qui le jeta au feu. Mais son frère Louis avait pris une copie de ce mémoire '. Le st\le en est original, quelquefois brillant; l'auteur passe avec une singulière facilite de la discussion austère du moraliste à l'entrainement de l'Ame la plus tendre. Ce petit ouvrage est un monument précieux de sa jeunesse, et semblait annoncer une tout autre carrière que celle des armes.

Bonaparte avait vingt ans et était en garnison à \alence, lorsipie le cri de liberté se fit entendre en 178!) ; le Dauphiné donna l'impulsion. Bientôt le fatal projet de (juitter leur poste et leur pays s'empara d'un grand nombre d'olliciers français; cette contagion se répandit dans la garnison de (irenoble. Bonaparte resta fidèle à la révolution. Les armes savantes, le génie et l'artillerie, sui\ircnt

.1 11 ;i l'Ic |)iililii' cil 1820 iKU- le ^ciicr.il (imiivaiid

IIISTOIUI': l>E N AI'OLKON. 7

moins iiiu' les doux aulivs tv momoiiKMil tic (li-feclimi, et acruoillin'iit iiéiicra- IciiiL'iil k's iiomoiiux principes, lioiiaparlc ne resta point étranger à cette l'ciiciiération politique, avec laquelle synq)athisa proniptenient sou àuie ardente. En 1790, il tenait garnison à Auxonuc. Entraîné par le mouvenienl général, il donna un gage public de si<s sentiments en publiant une lettre adressée ;i .M. liuttafuoco, député de la noblesse corse à l'Assemlilée constituaîite. Celte lelti'c où s'allie à l'expression d'une ii'onie améie la déclamation la plus énergique contre les trahisons que lîonaparte re])roclie à ce député, fait niei'veilleusement connaître (pielle impression la révolution avait produite en lui , et retrace avec une rapidité et une éloquence remarquables les événements ipii amenèrent la soumission de sa patrie à la France. Elle fut tirée à cent exemplaires, que lîonaparte envoya en ("oi'se. l'eu de temps après, le président de la société |ialri(iti(pie d'.Ajaccio écrivit à l'auteur que la société en avait voté l'impression, et a^ail arrêté (pie le nom d'/«/rtwe.serait donné à M. liuttafuoco.

Telles étaient les opinions de Honaparte à \ingt et un ans : nous le verrons bientiM en faire l'application dans sa première patrie.

CHAPITUR II.

Itonapai'lc commande un lialaillon en Corse. — Son séjour à Paris. — Révollc de Paoli. — Bonaparte banni de la Corse avce sa famille. — Son arrivée à Marseille. — Insnrreelion de Toulon. — Sié^'e de celle ville. — Bonaparte chef de lialaillon d'artillerie. - Son plan d'allariue adojilé. — Nommé chef de brigade. — Prise du fort Mulgrave. — Évacuation de Toulon. — Bonaparte commande l'artillerie de l'armée d'Italie

\inst-si Vers trouva |)iiiit' I' lidi-lil.'

La l'évolution venait d'éclatei' lorsi]ue Paoli, l'éfugié en Angieteri'e depuis la conquête de la Cofsc, quitta Londres pour se rendre à Paris ; présenté à l'Assemblée constituante par le général ^ Lafayctte, il reçut dans la capitale les ? honneurs qu'à cette époque on décernait au,\ défenseurs de riridépcndiince des nations. L'année suivante, de retour dans ses foyers, il reçut le brevet de lieutenant-général au service de France, et le

<"omniandement de la Corse, qui formait alors la \ième division tuilKaifc.

cette époque, Honaparle, présent par congé dans cette division, y deux partis, dont l'un tenait pour l'union avec les Français, et l'autre iiidcp(Midance de la Corse. Son choix ne fut pas douteux : il devait à la France. Ajaccio, sa ville natale, était le foyer du parti contraire:

111SIOI1U-: 1)1-: NAIMU.KON. <)

nipitiiiiie d'artillerie depuis le G février 1792, Bonaparle l'ut in\esli du (oiniiiiindemciit de l'un des bataillons soldés (ju'ou avait knés en Corse ])our le maintien de l'ordre public, et marcha contre la garde nationale d'Ajaccio ; tel lut son premier pas dans la carrière des armes. In chef du parti contraire, Pcraldi, ancien ennemi de sa fiimille, osa accuser lionaparte d'avoir proNoqué le désordre qu'il était chargé de ivprim(>r. Celui-ci, appelé dans la capitale pour rendre comple de sa conduite, n'eut pas de peine à se justilier de cette calouuiieuse imputation.

i;e fut pendant son séjour à l'acis (lu'cul ii(Mi la fatale joui'uee du 20 juin, où Louis XVF, entouré dans sou palais par les ouvriers des faubourgs, fut contraint de se coiffer du bonnet rouge, l'eu de jours après, le 10 août éclate. Foné dans les Tuileries par une multitude furieuse et armée, ce malheureux prince n'a d'autre refuge qu'une tribune dans l'Assemblée nationale, dont il se constitue ainsi le prisonnier. Ces scènes, dont il est témoin, jettent dans l'espril de Bonaparte une lumière inattendue. Après cette journée, il écrit à son oncle Paravicini : « ^'c soyez pas inquiet de vos neveux, ils sauront se faire place. »

Au mois de septembre, il revient visiter son pays natal. Le souvenir des services de sou père dans la guerre de l'indépendance, les événements de cette guei're racontés par Paoli, avec lequel, depuis longtemps, il avait entretenu une correspondance en Angleterre , la présence de l'illustre banni qui augmentait encore l'admiration de son partisan ; tout entraînait Bonaparte vers celui qui était alors le héros de la Corse, et que la France avait proclamé grand citoyen. Paoli accueillit le jeune officier, et le traita avec une affection pai'ticulière. Il rendait justice à ses grandes qualités. Mais bientôt Bonaparle fut obligé, à son tour, d'observer Paoli. 11 ne tarda pas à découvrir que ce général était l'âme du parti qui s'était constanuuent opposé à la réunion de la Corse à la France, et contre hniuel il avait déjà combattu à Ajaccio. Ouelle alïliclion pour lui de reconnaître dans son prolecteur, dans l'iuui de sa famille, le chef du parli anli-lranyais ! La méfiance divisa dès lors l'homme ([ui , investi du pouvoir par la France, s'en servait contre elle, et celui (pii voidait tenir son serment envers sa nouvelle patrie.

Ouel(|ue temps après, au mois de janvier IT!);}, une escadic parlie de Toulon sous les ordres du vice-amiral Truguet, et chargée d'une expédilion contre la Sardaigne, arriva à Ajaccio. Les forces stationnées en Corse lurent mises en mouvement, et Bonaparte fut spécialement chargé, avec son bataillon, d'opérer une diversion contre les petites lies de la Madelaine, situées entre la Corse et la Sardaigne. L'expédition, contrariée par les vents, échoua, et Bonapaite l'cvinl à Ajaccio. Paoli, dénoncé à la Convention, se Irouvait alors placé sur une liste de vingt généraux proscrits, et menacé d'être arrêté conune traître: sa tè(e même avait été mise à prix. Pour échapper à ce danger, il pousse à la révolte, rallie à lui tous les mécontents, se fait nommer gi'iK'ralissime, et lUM'sidcnt d'une

consulla qui s'assemble n Corte. La guerre s'allume enlre les i)artisans de la France et ceux de l'Anglelene. Celle dixisioii est sigualéc par de grands excès; on crul mémo que Paoli protégeait les entreprises tentées pour enlever son jeune adversaire. Bonaparte a le bonheur de se dérober aux embûches dressées contre lui, et de rejoindre à Calvi les représentants du peuple Salicelti et Lacombe-Saint- ^licliel, débarqués a^ec des troupes. Ces troupes marchent contre Ajaccio; mais l'enlreprise échoue encore. Bonaparte, qui en faisait jjartie, trou\e le moyen de soustraire les siens à la vengeance de Paoli. lUiiiié par le pillage el l'incendie des propriétés de sa famille, frappé avec elle d'un décret de bannissement, il lutte vainement, au nom de la France, contre l'ascendant de l'Angleterre, el se \oit enfin obligé de prendre la fuile. .\ peine débarqué à Marseille avec sa famille, qu'il établit dans une bastide aux environs de 'loulon, il se rend à Paris, laissant son régiment en garnison à Nice.

Si son âme eùl été accessible au découragement, ce de\ait être au moment où la ruine des siens venait d'être consommée ; mais il avait déjà assez de foi dans son génie pour répondre à un ami qui venait lui offrir des consolations : c< En temps de révolution, avec de la persévérance et du courage, un soldat ne » doit désespérer de rien. «

Ici commence la formidable époque de la terreur, pendant laipielle la Convention s'élève, sur les ruines de la royauté, à un despotisme inouï. Une lutte gigantesque entre la France et l'Europe entraine tout à coup la révolution hors de ses limites, et fait sortir quatorze armées du sol de la patrie. La Convention renverse par la force et défie par l'audace tout ce qui se déclare contre elle. La guerre civile, la trahison, le parti de l'étranger, appellent toutes ses vengeances; la Vendée, Marseille, Lyon, Toulon, ont armé son bras exterminateur. Comme tous les pouvoirs extraordinaires, elle sent cpic pour contenir et subjuguer les hommes il ne sullit pas de les vaincre, mais qu'il faut encore les étonner.

Tout ployait sous son joug de fer, excepic la \"endée, toujours en feu, e( plusieurs départements du .Midi, ou I nn axait aii>>i .nborc je di-appan blanc. Ljon, assiégé par une armée ré\olnli<uiiiiiirr, avait \u niillf li'déralisles de Nîmes, de Marseille, de Toulon, marcliei' à son secours. Itejà ils étaient dans les murs d'Orange, lorsqu'ds en furent chassés par une colonne de (|ualre mille hommes sous les oi'drcs du peintre Carlaux, chef de brigade, détaché de l'armée des Alpes par les représentants Uicord el Itobespii'cre le jeune. Cartaux poursuivit les insurgés, s'empara du Ponl-Saint-Esprit, d'Aix, d'A\ignon, et entra enfin dans Marseille. Bonaparte dit lui-même (pi'il lit partie de l'expédition de Cartaux, au moins jusqu'à la prise d'Avignon. Ce fut un peu après celle époque que, dans nn souper à lîeaucaire, il eut, avec quelques citoyens, nn entretien dont il a conservé les détails dans une brochure imprinu-e à .V>ignon; on y trou\e des («assages du ]Aw^ liani intt'rrl et de la plus grande énergie, sur

le gouvernement républicain, sur l'tirt mililaire, et sur l'impuissance des soulèvements aristocratiques qui agitaient le Midi.

Cependant Cartaux victorieux, comme Bonaparte l'avait annoncé à ses convives de Beaucaire, avait vu les fédéralistes de Marseille s'enfuir devant lui et se réfugiei' dans les murs de Toulon, insurgé contre la Convention. Les représentants du peuple Beaux ais et Bayle axaient été arrêtés, et enfermés au fort La Malgue ; mais Barras et Fréron , également en mission dans cette ville, étaient parvenus à s'échapper avec le général Lapoype, et à gagner Nice, quartier général de l'armée d'Italie. Toutes les autorités, le commandant de la flotte, et la plus grande partie de la population toulonnaise, se trouvant compromis par cet acte d'anarchie contre -révolutionnaire, redoutant également la colère du comité de salut public et celle de l'armée, ne virent de ressource que dans le plus grand de tous les crimes politiques, la trahison; -ils livrèrent aux amiraux anglais et espagnol, dont les gouvernements venaient de déclarer la guerre à la république, la ville, le port, l'arsenal, les forts et l'escadre de Toulon. Le port contenait alors trente-deux Kltimenls, parmi lesquels dix-huit vaisseaux et quelques frégates.

Bientôt Louis XMI est proclamé roi de France dans cette ville, en présence de notre marine détruite; la garde nationale se voit désarmer par les bandes étrangères appelées à son secours , en même temps que l'amiral anglais Hood , qui redoute encore la présence de cinq mille matelots, les renvoie à Brest, à Nantes et à Rochefort. Hood, devenu conmiandant en chef, étend son système de défense depuis les hauteurs qui dominent ses batteries, jusques au delà des gorges d'Ollioules.

Occupée par les Anglais et les Espagnols , cette place leur assurait un piedà-terre dans le Midi, et une base pour tenter une invasion. Il importait donc à la Convention de la recouvrer au plus tôt. Elle le désirait si ardemment que, dans l'espace de trois mois, Cartaux, pour son occupation de Marseille, avait été successivement nommé général de brigade, général de division, et enfin général en chef. Il se trouvait à la tête de douze mille hommes quand Toulon fut livré. Il en laissa quatre mille à Marseille , et avec les huit mille autres il vint observer les gorges d'Ollioules. Réfugiés à Nice, après leur fuite de Toulon , les représentants Bari'as et Fréron ordonnèrent à Brunet , général en chef de l'armée d'Italie, d'envoyer six mille hommes contre cette ville : Lapoype les commandait. Ainsi Toulon se trouva menacé par une force égale à celle qui la défendait, avec cette différence, à l'avantage des assiégés, que ceux-ci étaient réunis , au lieu que l'occupation des montagnes du Faron par les soldats de la répubUipie isolait l'un de l'autre les corps de Cartaux et de Lapoype; cependant ces deux corps se S(uitenaient en al (aipianl chacun de son (ôté. (Cartaux marcha le 8 septembre sur les gorges d'Ollioules, et s'en empara, tandis que Lajjoype remettait en é(at les batteries de la rade d'ilxères.

12 IIISTOIKI': DK NAl'OI.KON.

Diins CCS coiiJDiicluics le c()iiiil('' de snliit i)ul)lic envoya le chef de liatiiilloii lionaparlc à Toulon, pour dirifier l'ailillerie en qualilé de commandant en second. liotia|)arle arriva le 12 sej)(emi)re au quartier général de Cartaux. Il trouva l'armée (olalement dépoui'vue du matéi'iel indispensalile pour un siège aussi important. En moins de six semaines, sa prodigieuse activité créa toutes les i-essoui'ces ipii mninpiaient ; cent pièces de gros calibre lurent réunies. .Mais bientôt il eut à combattre l'incapacité du général en chef, qui voulait faire exécuter à la lettre l'ordre arrivé de l'aris, de brûler la flotte ennemie et de prendie Toulon eu trois jours. En el'fel, Cartaux ordonne au commandant de rarliilei'ie de commencer le feu. Honaparle lui répond que les batteries sont îi deux ou liy)is poi'tées d(î la rade et des ouvrages; Cartaux insiste : le coup d'épreuve est tiré, et le boulet tombe à cent cinquante toises de la place.

La Convention avait en ce moment auprès de l'armée qui assiégeait Toulon (rois (l(! ses commissaires : Salicetti, Albitte et Gasparin ; ce dernier avait été (apitaine de dragons : n'étant ])oint étranger à l'art de la guerre, il comprit bientôt la supériorité du commandant de l'artillerie. Cette heureuse sagacité de Gasparin fut la cause première de la prise de Toulon ; elle amena l'accord qui régna constamment entre lui et Bonaparte.

Deux batteries furent bientôt établies sui' le bord de la mer. Le li octobre, des colonnes ennemies débouchèrent ])our s'en emparer. Bonaparte accourt, accompagné d'un aide de camp de Cartaux, enlève les troupes et sauve les battel'ies. Le 13, un plan d'attaque dressé par le général Darçon, homme d'une grande réputation, arriva de Paris, et fut l'objet d'un conseil de guerre extraordinaire. Ce i)lan supposait l'investissement de Toulon par soixante mille hommes, tandis (in'a\cc les renforts venus depuis peu, les troupes de siège ne se montaietd loni au plus qu'à trente mille. Le comité prescrivait des opérations inexécutables d'atlacpies sur tous les points occupés par l'ennemi du côté de la terre. Bonaparte ouvrit au conseil un avis fout opposé, soutenant (pie si l'on pouvait bloquer Toulon i)ar mei- comme par terre, la place tomberait. Il proposait d'établir sur les promontoires de Balaguier et de l'Eguillette deux batteries destinées à foudroyer la grande et la petite rade. Les Anglais, qui regardaient cette position comme très-importante, avaient exécuté des travaux prodigieux au fort Mulgrave. Trois mille hommes de leurs meilleures troupes et quarante-quatre pièces de gros calibre défendaient le fort, aucpu'l ils axaient donné le nom do Pitil- Gibrallar, et ils le jugeaient tellement inqtrenable, (pi'un de leurs officiers axait dit : « Si les Français emportent cette batterie, je me fais jacobin. » Pendant un mois entier, les Anglais avaient travaillé à fortilier cette grande redoute sur le promontoire du Cairo ; et c'était cette même position que, le surlendemain de son arrivée à l'armée , Bonaparte avait proposé au général Cartaux de faire occuper par une force sul'lisanle, lui assurant que huit jours après il serait niailre de Toulon. Cart;nix, dont l'ignorance (''galait la i)résoniption. tenta de

IIISTOIKE l>K NAlMtl.KON. 13

l'cxôniter avec ((uatrc cenis honinics. Les Anglais, \wi\ iIc jours après, en ayant chassé les (iiiatrc cenls Français a\ec quatre mille des leurs, construisirent le Pclit-Cibniliar. Bonaparte avait dit avec raison (jne Toulon était là, et ((ue le tort Muliirave était le point d'atla(iue 11 ajouta que soixante-douze heures après la prise de ce foi't, l'armée de siège aurait recou\ré Toulon. Toul le monde fui lie son avis.

Malgré l'autorité du conseil cl le succès des nouvelles liatteries, lionapartc eut de nouveau à lutter contre l'impéritie du général en chef. Fatigué de ces contrariétés, il pria Cartaux de lui transmetti'e ses or'dres par écrit, afin que l'artillerie put se préparer à concourir à la léussite de l'entreprise. (Cartaux eut la suffisance de répondre (pie son plan était de faire chauffer Toulon pendant trois jours, et de l'attaquer ensuite en trois colonnes. Bonaparte joignit ses ohservations à cette lettre, et les remit au représentant Gasparin, qui les envoya à Paris par im courrier extraordinaire. A son retour, le coiu'rier ajjporta la nouvelle de la destitution de Cartaux, remplacé à l'aiinée de Toidou pai- le médecin Doppet, qui commandait les troupes employées à la prise de [.yon. Doppet arriva à l'armée de siège, et fit presque i-egi-etter Cartaux.

Peu de jours après, un incident faillit nous rendre maîtres du fort Mulgrave. Des soldats espagnols maltraitaient tellement des volontaires français cpi'ils venaient de faire prisonniers, qtie le bataillon de la Cète-d'Or, qui était de tranchée, courut aux armes; son exemple entraîna aussitôt toute la division. Cette affaire, improvisée par l'indignation du soldat, devint si chaude, que Bonaparte courut dire au général en chef que l'attaque serait moins dangereuse que la retraite. Déjà le promontoire du Cairo était couvert de nos troupes ; elles allaient pénétrer par la gorge du fort, lorsipu' le général Do])|)et, cpioiciue loin du feu, voyant lomlier près de lui im de ses aides de canq), eut la làcheti- de faire sonner la retraite. Bonaparte, blessé à la tète, revint furieux, et ne put s'empêcher de

dire : « Le j... f qui a fait sonner la retraite nous a fait man(piei' foulmi. »

J.,es soldats demandaient hautemeid (pu\nd on se lasserait de leur envoyer des peintres et des médecins pour les commander. Doppet reç\it bientôt ordi'e de se rendre à l'armées des Pyrénées. Enlin le bra\e Dugouuuier, l'un des véti'i'ans de la gloire française , fut appeb- au (dnunandeinent gt'tieral.

Dugommier jugea promptemenl, ainsi cpie l'avait fait (iasparin, toute la ixirlee du génie militaire du jeune commandant de l'artillerie, et dès ce nioment commencèrent les véritables travaux du siège.

On commença par élever sur la hauteur des Arènes, contre le fort Malbousquet qu'occupait l'ennemi, une batterie masquée dont Bonaparte s'était promis un grand avantage le lendemain du jour où le fort du Pu/il-dilim/lar serait jiris. Les l'eprésenlanls, ('-tant allés voii- cette batterie, ordonnèrent le feu en l'absence du commandanl. (!etle im|)rudence, (pii ('venta sa combinaison, j^iuvail devenir bien fatale. Ko efi'i'l , le l{(( novembre , à la pointe du jour, le gi'rH'ial anglais

iï IMSTOIHE IH; NAI'OLKON.

O'Haia fit une sortie à la tôte de sept mille hommes, culbula les postes français, s'empara de la nouvelle battei'ie et l'encloua. La gém-rale battit à Ollioules. Dugommier mit en nmuM'mcnt ses réserves, et on se porta sur rciiiicmi , (|iii menaeait le grand pai'c. Après a\()ir liabilement disposé l'artillerie |)(iur arrêter le mouvement des Anglais, Honaparle prit un Imiaiilon, se glissa dans le >all()n, arri\a au pied de l'épaulemeut de la batterie du fort Malbousipiet , devant laciuelle était rangée l'armée alliée, et ordonna une décharge sur ses deux ailes. In officier anglais monta alors sur l'épaulement pour voir d'où partait cette attaque imprévue: renversé par une balle, il fut pris, et remit son épée au couMuandant de l'ai'tillerie. Cet officier était le général O'Hara , gouverneur de 'foulon. Dugommier, de son côté, a\ait déboi-dé l'ennemi et reçu deux coups de feu. Les Anglais, ayant perdu leur général, ne purent se rallier; on les poui'sui\it juscpi'à Toulon. Les bonnes dispositions adoptées par I}()na])ar(e dans cette journée lui \alureid le grade de chef de brigade.

Kn cet état de choses, il fallait à tout prix s'emparer du fort Mulgrave. l'ne batterie parallèle à la redoute anglaise fut élevée à la distance de cent vingt toises seulement, et à la laveur d'un rideau d'oliviers qui en déroba les travaux à l'eimemi; mais à peine démasquée , elle fut foudroyée. Les canonniers refusaient d'y restei' : alors IJonaparte, convaincu plus que jamais (pie la prise de Toulon dépendait de celle du Pelit-Gibrallar, pressé d'ailleurs, ainsi que le général en chef, par de nouveaux ordres arrivés de Paris de prendre Toulon à tout prix, s'avisa d'une de ces ressources que le génie et la coruiaissance (ju'il avait déjà du caractère de ses soldats pouvaient seuls inspii'er.

Un jeune sergent du bataillon de la Côte-d'Or, nommé .lunot , était d'ordonnance auj^i'ès de lui; Bonaparte lui ordoiux' d'écrire en gros caractères, sur un écrileau (pi'il fait placer en a>ant de la batterie : Iîaïteiue dks hojimes sans PF.iiB. Il avait bien jugé nos soldats : dès ce moment tous les canonniers de l'ai'mée voulurent y servir. Lui-même, debout sur le parapet, commanda le feu, qui, commencé le 14 décembre, dura jusque dans la nuit du i7, et fut terrible. Dugommier n'avait résolu l'attaqiie que pour le lendemain; mais Bonaparte juge le moment favorable pour répandre plus de désordre parmi les assiégés. L'armée, réunie dans le >illage de la Seyne, s'avance sur quatre colonnes, dont deux sont destinées à observer les forts de Malbousquet, de Balaguier et de l'Kguillette ; une autre reste en réserve ; et la quatrième, composée d'hommes d'élite, Dugommier en tète, marche droit sur le Petit-dibrallur, tandis que le commandant de l'artillerie fait jeter sept à huit mille bombes dans le fort. La colonne est repou^sée, et le général en chef allait chercher sa réserve, quand il la \oil venir à lui avec Bonaparte, ayant i)our avant-garde un bataillon sous les ordi'es du capitaine d'artillerie Muiron, (pii connaissait les localités. .V trois heures du matin, Muii'on pénètre dans le fort par une embrasure, avec le généimI en clief et Bonaparte, à (pii il saine la >ie (Iniis la mêlée, ])endant (pie le

HISTOIRE U\i NAPOLÉON. 15

colonel Lal)or(I(> eiitro liai- un autre cùtc'. Halliés à leur resei\e, les Anglais se iursentent trois fois pour reprendre le Pciit- Gibraltar. Enlin, à elmi heures, le eonibat était près de recommencer (juand nos canouniers parvinrent à tourner contre eux si\ pièces du fort, et les contraif>nirent à la retraite. Cette all'aire nous coûta mille honunes, et deux mille cin(| cents aux ennemis. 11 restait à s'emparer d'un point très-impoi'tant, le fort >Iall)ous(iuet ; mais sa prompte ê\acuafion épargna aux nôtres les /langers d'une nouvelle attatpie. Sans perdre de temps, Bonaparte lit poinlei" sur la rade les batteries du Velit-Culirallar; disposition qui décida les alliés à se rembanpier. « Demain ou après-demain au plus lard, avait-il dit aux représentants, vous souperez dans Toulon. »

Les malheureux habitants de cette ville, qui ignoraient la prise du l'elit- (Jibralldr, furent plongés dans la consternation quand ils virent leurs alliés abandonner tous les forts extérieurs. Ceux de Saint-Antoine, d'Artigues, de Karon, de .Malbousquet , furent occupés dès le 18 par les Français; le fort La .Alalgue, nécessaire pour protéger lévacualion, restait seul au pouvoir des Anglais, qui signalèrent leur retraite par la destruction du magasin général et du magasin de la grande nulture. L'incendie de l'arsenal, de neuf vaisseaux de haut bord et de (piatre frégates , tels furent les adieux de la vengeance britannique. L'amiral llood n'eut pas le temps de faire sauteries bassins de construction ni le fort La Malgue, dont il lui fallut sortir précipitamment. Les Espagnols seuls refusèrent de brûler les vaisseaux qui leur avaient été désignés, et le régiment de la marine de Toulon se vit obligé de les défendre contre Sidney Smith , qui accourait pour réparer le tort que la loyauté espagnole venait de faire à la haine de l'.Vngleterre. Le même jour, à dix heures du soir, le colonel Cervoni brisa une porte de la ville, et y enti'a avec deux cents hommes. Vingt mille Toulonnais environ trouvèrent asile sur les escadres combinées.

Au milieu du désordre aflVeux ([ui régnait dans le port et sur la rade, les galériens, au lumibre de neuf cents, au lieu de reprendre leur liberté et de se livrer au pillage, doniiaicnl un singidierexemple d'héroïsme, l'arvenus à éteindre le feu de (pialie frégates et de l'arsenal de la marine, à préserver la corderie, les magasins à blé et à poudre, à sauver leur prison, leur bagne, ils reprirent leurs fers, glorieux d'avoir conservé à la rép\d)lique ces grands établissements. Lne action si neuve dans l'histoire caractérise celle époque extraordinaire, (jui enivrait aussi de gloire et de liberté les criminels que la justice avait retranches du nombre des citoyens !

L'Angleterre avait détruit le port el la Hotte de Toulon; l'armée française rendit Toulon à la républicpie ; malheureusement les représentants en mission souillèrent par d'horribles exécutions l'homieur de nos armes.

Le général Diigommier, appel" au conunandement en chef de l'armée des Pyrénées, où il trouva bienlAt une mori gloiieus<', voulait emmener avec lui le jeune cominaiKhiiil de larlillerie ; mais le coniile de la suerre s'v refusa. Il

l(i IIISKlIKi; l)K NAroi.Kd.N.

chargea lloiiaiiailc de réarmer la côle de la .Mi'ililerraiiée, et lui (loniia le {(niimaiidcini'iil de sdii amie à I armi'c d'Italie, dont Diimerhioii \enail d'être nommé f;(''neral en ( liel'. |tiii;iimnner demanda pour I!onai>ai1e le aviuU' de {général de lirij;ade ; il écrixail au comité de snlul puitiic : « Récompensez et « avancez ce jeune lionime : car si on était ingrat envers lui, il s'a\ancerait tout « seul.» (le ^rade, si bien mérité, lui l'ut donné six semaines apiès. L'atladiemenl et l'estime de l)u;ionimier sui>ireid lionaparte à l'armée d'Italie, où il ne tai'da pas à exercer le même ascendant sur le ii(''néral en cliel' DumiMliion '.

1. CcUi! cpoiiuo, ipii vil iDiniiieiRL'i' la yliiiiu iiiilil;iir<' i\L- Buna|)iiile , lui laissa de prot'uiitb souvenirs; el à Saiulc-llilcui', ilaus un loiliiillc ûc suii Icslauii'iil, il les c(jnsatra par «lesilispo^ilioiis eu faveur des licrilicrs de Dugouiniii'r cl de (Jaspariu, aux(|uels il se plaisait à aUrilmer le brillant début do sa carrière niililaire : depuis liui^teiups ees deux liduinies avaient cessé de vivre.

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