CHAPITRE XXVIII
Lii Suède seule conlre la France. — Bombardement de Copenliajiue par les Anglais. — Traité de Fontainebleau entre la France et l'Espagne. — Conquête du Portugal. — Départ de la famille de Bragance pour le Brésil. — Grave accident survenu dans la famille royale d'Espagne.
La paix de Tilsitt venait dïHre signée, et la France ne comptait plus en Europe d'autre ennemi que l'Angleterre, lorsque la Suède , qui, au commencement de l'année 1807, avait signt* un armistice en Poméranie, saisie par un esprit de vertige indéfinissable, rompit subitement cet armistice, alouxsans doute de renouvelerCharlesXII, (îustavc seul reprit ses faibles armes contre le maître de l'Europe. Brune fut chargé de chtitier ce prince téméraire, enfermé dans Stralsund. Gustave abandonna cette forte place, qui se rendit au maréchal, ainsi que l'île de Rugen. Tout le littoral de la IJaltique France. T.a Suède perdit la Poméranie, et (jusfave l'affection
de ses sujets. Il avait compté sur les armements de IWngleterre, dont il était le plus fidèle allié; mais il se ti'ompait dans ses calculs. On vit cette puissance, au lieu de secourir Gustave , risquer une flotte contre les batteries improvisées aux Dardanelles par l'ambassadeur Sébastiani, exposer une partie de son armée, qu'elle avait laissée à Rosette, sur le sol de l'Egypte , et frapper à l'improviste un prince voisin plutôt que de secourir celui qui s'était dévoué si imprudemment à sa cause.
Le gouvernement anglais ne procédait plus que par voie d'extermination. Le 12 août, à l'exemple de lord Arbuthnot à Constanlinople, l'ambassadeur Jackson vint signiGer au prince royal, à Copenhague, que la Grande-Bretagne exigeait du Danemark une alliance offensive et défensive, et pour garantie, la remise de la flotte, de la forteresse de Cronenbourg, ainsi que la capitale. 11 ajoutait que l'Angleterre compenserait avec de l'ai'gent les pertes que le Danemark pourrait éprouver : «Et avec quoi compenserez- vous l'honneur?» répondit le prince royal. Les hostilités éclatèrent aussitôt. Le même jour, le gouvernement danois mit le séquestre sur le commerce et les propriétés de l'Angleterre dans ses États, et les Anglais jetèrent douze mille hommes dans la forteresse de Frederichsberg, aux portes de Copenhague. La proclamation anglaise déclarait aux Danois que la Grande-Bretagne se présentait comme amie et ne demandait leur flotte qu'à titre de dépôt; c'était ajouter la dérision à la \iolencc. Lord Cathcart, commandant les forces britanniques, écrivit au général Peymann, gouverneur de Copenhague , que si les propositions de l'Angleterre n'étaient pas acceptées, la ville subirait les horreurs d'un siège par terre et par mer. Le -2 septembre , à sept heures du soir, les Anglais commencèrent un bombardement qui dura soixante-douze heures et réduisit en cendres trois cents maisons. Le général Peymann, dangereusement blessé , se vit forcé de capituler. Les Anglais s'emparèrent de la flotte danoise, qui consistait en vingt-huit vaisseaux de ligne, seize frégates, neuf bricks, et une quarantaine de petits bâtiments. Le prince royal , dont le caractère ne se démentit pas uti seul instant, refusa de reconnaître la capitulation. Il avait donné au général Peymann l'ordre de faire sauter la flotte, s'il ne pouvait la sauver; mais l'officier porteur de cet ordre avait été pris.
Victime d'une agression aussi barbare, le roi de Danemark, y trouva la justification du blocus continental que la France imposait à ses alliés : il s'empressa d' j adhérer, ordonna la saisie de toutes les propriétés britanniques dans ses États, l'arrestation de tous les Anglais, et interdit tout commerce avec l'Angleterre; le 16 octobre, il signa avec la France un traité otrensif et défensif, et, seul des alliés de Napoléon , il respecta ses engagements jusqu'au dernier moment. Indigné de la violence que l'Angleterre venait d'exercer envers le Danemark , l'empereur Alexandre proclama hautement, par un ukase, les principes de neutralité arméi^ ((ue lui avait légués Catherine II ; il proscrivit , en outre, toute communiiiition entre les deux l-^tats, jiis(pi'à ce ([ue le Danemark fût satisfait et jusqu'à
la paix de la Fiance avec la Grande-Bretagne. Ce prince, dont aucnne iniluence étrangère n'altérait alors la politique, accéda entièrement à toutes les conditions du système continental , et fit exécuter dans la Russie entière les mesures rigoureuses de ce pacte contre les sujets, les propriétés et le commerce de l'Angleterre. Le traité de Tilsitt semblait avoir jeté de profondes racines dans l'esprit d'Alexandre ; il s'en montrait l'observateur dévoué. Jamais alliance entre les deux plus puissants piinces de l'Europe n'avait été cimentée par de plus grands engagements. Ainsi l'exclusion des Anglais du nord de l'Europe étant complète, Napoléon tourna ses regards vers le Midi, qui allait devenir le théâtre déplus graves événements.
Depuis le traité de Bàle, l'Espagne avait toujours vécu en bonne intelligence avec la France; l'avènement de Napoléon au pouvoir n'avait fait que resserrer les liens qui unissaient les deux États. Cependant, en 1800, au moment où les hostilités soudaines de la Prusse semblaient annoncer une nouvelle coalition contre l'empire français , païut une proclamation du prince de la Paix , proclamation singulière, et qui appelait tous les Espagnols aux armes contre un ennemi qu'elle ne désignait pas. Napoléon reconnut de suite l'influence anglaise; toutefois comme la Prusse n'était pas encore vaincue, et que la Russie se montrait menaçante, il ne témoigna rien de ses soupçons. Mais quand la victoire d'Iéna eut décidé du sort de la monarchie prussienne, il demanda des explications; le ministre espagnol, effrayé de son imprudente levée de boucliers, répondit qu'il avait craint une tentative armée de l'empereur de Maroc et quelques mouvements militaires du Portugal. Napoléon temporisa. Cependant la glorieuse paix de Tilsitt laissait l'Empereur libre de s'occuper des soins de sa vengeance, et contre l'Espagne, d'oii était partie la proclamation , et contre l'Angleterre, qui l'avait poussé à cette dangereuse manifestation. Il compiit que l'alliance avec le Midi ne lui offrait plus la même stabilité que par le passé : l'Espagne, ruinée dans son commerce, et privée, par le système continental, des ressources de ses colonies, désirait la rupture du traité qui la liait à la France. Napoléon voulut prévenir cette rupture, et recommencer, comme il disait, l'ouvrage de Louis XIV, en renouant avec solidité la ligue des États du Midi, et en plaçant des princes de sa famille à la tête de tous ces États. Se considérant comme héritier, par le choix populaire, de la couronne de Louis XIV, il voulait être le maître de tous les royaumes qui avaient formé l'héritage des descendants de ce monarque.
La guerre avec le Portugal , seul endroit du continent où il pouvait attaquer l'Angleterre, lui fournit l'occasion de faire entrer des troupes en Espagne. Un traité conclu avec le ministre tout-puissant Godoy, prince de la Paix, mettait même à sa disposition l'armée espagnole, en stipulant l'envoi, sur les côtes de la Baltique , de >ingt-deux mille hommes de leurs meilleures troupes, sous les ordres du marquis de la Romana , et l'introduction en Esjjagne de trente mille hommes de troupes françaises, destinées en apparence à agir contre le Por-
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tugal, mais en réalité à assurer l'invasion de la Péninsule. Ce fut là le traité de Fontainebleau.
Le Portugal seul, en Europe, était resté accessible à l'inlluencc directe de la Crande-Bretagne. Dans les premiers jours de septembre , la cour de Lisbonne avait reçu de celle des Tuileries la proposition formelle d'adbérer au bloius continental, ou, en cas de refus, de s'attendre à être traitée conmie ennemie de la France. Depuis le mois d'août , une armée de vingt-cinq mille hommes commandée par Junot était réunie à Rayonne, sous le nom de corps d'observation de la Gironde. Le 18 octobre 1807, cette armée passa la Bidassoa, et, quinze jours après , prit ses cantonnements à Salamanque.
Cependant la cour de Lisbonne, malgré les notes menaçantes de l'ambassadeur français, attendait sans s'émouvoir le coup mortel. Pour l'arracber à ce sommeil léthargique , le cabinet de Londres se hâta d'armer une escadre dont le Commodore Sydney-Smith eut le commandement. Aussitôt Napoléon donna à Junot l'ordre d'entrer en Portugal, de marcher, sans s'arrêter un seul jour, droit à la capitale, et de la saisir avant l'arrivée des Anglais. Junot remplit exactement cette mission. 11 ébranla son armée en répandant le bruit qu'elle faisait partie d'une expédition préparée contre Gibraltar, et il la transporta en cinq jours à Alcantara. Là , toujours avec la même rapidité, il franchit l'Herjas , ruisseau qui sépare les deux royaumes, et il s'avança sur Abrantès. Pendant cinq jours, l'armée parcourut un pays désolé et stérile. La pluie ne cessa d'embarrasser sa marche, et le débordement des aflluents du Tage arrêta les convois de l'artillerie. Les vivres manquèrent, et l'on ne put subsister qu'en arrachant aux rares habitants de cette malheureuse contrée leurs chétives provisions. Enfin on atteignit Abrantès sans rencontrer un seul soldat portugais. Junot réorganisa sur-le-champ, dans cette ville, un corps de sept à huit mille hommes, et prit position à Punhète. Là, il somma de livrer Lisbonne le ministère portugais, qui savait à peine si le territoire était envahi.
Le même jour, la flotte britannique parut à l'embouchure du Tage. L'entrée lui en fut refusée. La cour, espérant enfin satisfaiie aux exigences de l'Empereur, s'était décidée à rompre avec l'Angleterre. Sydney-Smith répondit par des hostilités immédiates. Une incroyable confusion régnait à Lisbonne. Aucune mesure n'avait été prise ; cependant dix mille hommes de garnison , secondés par l'élan d'une ville de deux cent mille Ames et par le débarquement des troupes anglaises qu'on attendait d'un instant à l'autre, offraient de puissants moyens de résistance. Mais telle était alors la terreur inspirée par les armes françaises, qu'à l'injonction de Junot ces ressources s'évanouirent, et que la famille royale ne trouva pas d'autre parti à prendre que celui de s'embarquer à bord des vaisseaux anglais. On sut qu'elle abandonnait l'Europe pour le Brésil, et tout un peuple, ému de tant de détresse, ne trouva rien à lui offrir que de stériles vœux.
Aussitôt après son départ , Junot poussa en avant, sans canons, sans bagages , sans munitions. Les pluies continuaient ; les fleuves , sortis de leur lit, couvraient toutes les routes. Il était impossible de marcher en ordre, et quinze cents soldats, au plus, avaient gardé leurs rangs, lorsqu'à la nuit on par\iiit aux portes de Lisboime. Il fallut payer d'audace : le lendemain, cette poignée d'hommes, harassée par la pénible course qu'elle venait de faire, entra dans cette ville au milieu d'une immense population stupéfaite de tant de hardiesse. La flotte anglaise s'éloigna ; les divisions espagnoles , se portant dans les Algarves et sur le Duero, complétèrent l'occupation du littoral de tout le royaume. Mais ce n'était là que le prélude des grandes scènes qui allaient se passer dans le reste de la Péninsule, et amener une série d'événements impossibles à prévoir.
Le 3 octobre de cette même année, l'héritier de la couronne d'Espagne, le prince des Asturies, avait été arrêté comme chef d'un complot tendant à détrôner le roi son père. Charles IV faisait en môme temps présenter à ses conseils une communication où il était dit : «.... Ma vie, qui a été si souvent en danger, était « à charge à mon successeur, qui, préoccupé, aveuglé, et abjurant tous les prin- « cipes de la religion qui lui étaient imposés avec le soin et l'amour paternels, Il avait adopté un plan pour me détrôner. J'ai voulu m'en imposer sur la vérité Il de ce fait. L'ayant fait venir dans mon appartement , j'ai mis sous ses yeux les « chiffres d'intelligence qu'il recevait des malveillants. J'ai appelé à l'examen le « gouverneur lui-même du conseil ; je l'ai associé aux autres ministres , pour <i qu'ils prissent avec la plus grande diligence leurs informations. Il en est " résulté la comiaissance de différents coupables , dont l'arrestation a eu lieu : M la prison de mon fils est son habitation... »
Un mois après cette étrange communication , le roi adressait le décret suivant au gouverneur par intérim du conseil de Castille : « La voix de la nature désarme K le bras de la vengeance, et lorsque l'inadvertance réclame la pitié, un père « tendre ne peut s'y refuser. Mon fils a déjà déclaré les auteurs du plan horrible « que lui avaient fait concevoir les malveillants. Son repentir et son étonnement Il lui ont dicté les remontrances qu'il m'a adressées, et dont \oici le texte :
« SlKE ET MO> PÈRE,
« Je me suis rendu coupable en manquant à Votre Majesté. J'ai manqué à mon « père et à mon roi ; mais je m'en repens, et je promets à Votre Majesté la plus « humble obéissance. Je ne devais rien faire sans le consentement de Votre « Majesté; mais j'ai été surpris : j'ai dénoncé les coupables, et je prie Votre « Majesté de me pardonner, et de permettre de baiser vos pieds à votre fils u reconnaissant.
« Saint-Laurtnit, 5 novembre 1807. «FERDINAND.»
« Madame et Mèhe,
i( Je me repcns bien de la faute que j'ai commise contre le roi et la reine, mes « père et mère; aussi , avec la plus grande soumission , je vous en demande par- " don, ainsi que de mon opiniâtreté à vous nier la vérité l'autre soir. C'est pour- « quoi je supplie ma mère, du plus profond de mon cœur, de daigner interposer « sa médiation envers mon père, afin qu'il veuille bien permettre d'aller baiser les « pieds de Sa Majesté à un Gis reconnaissant.
<i Sainl-Laurenl , le 5 novembre 1807. « FERDI.VAND. ..
Charles IV ajoutait : « En conséquence de ces lettres, et à la prière de la reine, « mon épouse bien-aimée, je pardonne à mon fils, et il rentrera dans ma grâce dès « que sa conduite me donnera des preuves d'un véritable amendement dans ses « procédés.... » Ces documents n'ont pas besoin de commentaires. Il est facile de deviner le personnage qui a dicté les résolutions du roi, ainsi que les deux lettres pai' lesquelles Ferdinand a demandé gr;Ue. Ces pièces suffiraient pour faire connaître et la famille royale et le gouvernement d'Espagne à cette époque.
Voici ce qui avait précédé et amené cette triste situation. La haute faveur dont jouissait Manuel Godoy d'une part, et de l'autre les intérêts prévoyants qui s'attachent à la fortune de tout prince destiné au trône, avaient créé deux partis à la cour d'Espagne : celui du prince des Asturies, et celui de Charles IV et de son favori, qu'on aurait pu appeler le parti de la reine; car Charles IV était gouverné par son épouse. M. de Beauliarnais, ambassadeur de France à Madrid , partageait hautement avec Ferdinand et la cour l'animadversion que Godoy s'était attirée en usurpant et en avilissant l'autorité royale. Son caractère d'ambassadeur accrédita , pour ainsi dire, une sorte de proscription publique contre le favori , et d'étranges conjectures résultèrent de ses discours. On parlait même assez ouvertement du mariage du prince des Asturies avec une nièce de l'ambassadeur, projet qui tenait à un plan plus étendu, dont il ne formait que le principe, l'ne fois ce mariage approuvé par Napoléon, vers lequel demeuraient constamment fixées les espérances des deux partis et celles de la nation , on nommait déjà le ministère nouveau qui devait être installé après l'exil de Godoy ; on allait même jusqu'à penseï' que le roi abdiquerait en faveur de son fils.
Le prince de la Paix, qui savait tout, ne s'alarmait point et recevait de son négociateur à Paris, Isquierdo, des renseignements qui le tranquillisaient. Le traité de Fontainebleau ne contribuait pas peu à le rassurer contre ses ennemis; mais il comprit que, pour la sûreté de son pouvoir, il fallait que le prince des Asturies succombât. Se croyant certain de l'amitié de Napoléon , il résolut de tout oser. En même temps, les conseillers de Ferdinand , pressés d'accomplir leur dessein , et s'appuyant sur l'assentiment que l'ambassadeur de France semblait leur donner, firent écrire par le prince des .Vsturies, le 1 1 octobre, une
lettre dans laquelle // dcniandait ù IS'apolron l'honnntr de s'allier à une personne de sa famille. «...J'implore avec la plus grande confiance la protection de « V^otre Majesté, disait-il . afin que non-seulement elle daigne m'accorder l'hon- « neur de m'allier à sa fnlnille, mais qu'elle aplanisse toutes les difficultés et fasse « disparaître tous les obstacles qui peuvent s'opposer à cet objet de mes vœux. « Cet effort de bonté de la part de Votre .Majesté Impériale m'est d'autant plus « nécessaire, que je ne puis pas, de mon côté, en faire le moindre, puisqu'on le « ferait passer peut-être pour une insulte faite à l'autorité paternelle, et que je n suis réduit à un seul moyen , à celui de me refuser, comme je le ferai avec une (< invincible constance, à m'allier à toute personne que ce soit sans le consentei< ment et l'approbation positive de Votre Majesté Impériale, de qui j'attends uni- « quement le i hoi\ d'une épouse. » I,e prince de la Paix , muni de ces preuve^, les dénonça au roi en lui faisant entendre que son abdication et peut-être sa mort avaient été résolues par les conspirateurs. La reine soutint de tout son crédit sur le roi la dénonciation du favori. Déjà prévenu contre Ferdinand, Cbarles IV lit comparaître son fils, en présence de ses ministres, dans son appartement, l'y constitua prisonnier et lui donna des gardes. On procéda , sous les yeux du monarque, à l'examen des papiers du prince : on y trouva la copie de sa lettre i\ Napoléon , quelques listes des partisans de Ferdinand , ainsi que deux mémoires écrits de sa main , dans l'un desquels il priait le roi d'ordonner une enquête devant lui sur les actions et la fortune de Godoy. Prenant Napoléon pour juge de ces déplorables débats, Charles IV lui écrivit le 29 octobre :
(t Monsieur .mon Fbèiie,
« Dans le moment où je ne m'occupais que des moyens de coopérer à la des- 1 truclion de notre ennemi commun (de l'Angleterre), quand je croyais que tous » les complots de la ci-devant reine de Naples avaient été ensevelis avec sa fille » (première femme de Ferdinand), je vois, avec une horreur qui me fait frémir, « que l'esprit d'intiigue le plus horrible a pénétré jusque dans le sein de mou H palais. Hélas! mon cœur saigne en faisant le récit d'un altental si affreux. Mon « fils aîné, l'héritier présomptif di' mon trône, avait formé le complot de me « détrôner ; il s'était porté jusqu'à l'excès d'attenter contre la \ ie de sa mère. In <i attentat pareil doit être puni avec toute la rigueur des lois. La loi qui l'appelait « à la succession doit être révoquée : un de ses frères sera plus digne de le rem- « placer et dans mon cœur et sur le trône. Je suis en ce moment à la recherche « de ses complices pour approfoiulir ce plan d<' la plus noire scélératesse, et je « ne veux pas perdie un seul moment poui' en instruire \olre .Majesté Impériale « et Royale, en la priant de m'aider de ses lumières et de ses conseils. »
L'attitude di' M. de Reauhai nais lassuiait les conseillers et les amis du prince. Ils étiiient fondés à croiic (pie Napoléon autorisait la conduite de son ambassa-
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deur ; mais , comme on l'a vu, Ferdinand se pressa de tout avouer, et par conséquent il s'était mis à la discrétion de son ennemi. Peut-être que ce prince eut peur de l'échalaud , et qu'il se trouva réduit à choisir entre la honte de devoir sa grâce à (lodoy et le danger d'être jugé pour crime de trahison envers son loi el son père. Quant à ceux qu'il avait dénoncés, ils furent tous reconnus innocents par le conseil de Castille, dont Godoy dirigea l'opinion. L'Empereur engagea le roi à assoupir cette affaire, et ne répondit point à la lettre de Ferdinand.
Cependant le favori triomphait : il s'imagina avoir perdu Ferdinand dans l'esprit de la nation; mais il ne (it que s'assurer de nouveaux droits à la haine des Espagnols , et ne parvint qu'à avilir la majesté royale. Fier du succès de la négociation de Fontainebleau par son affidé Isquierdo , il avait cru pouvoir attaquer ouvertement l'héritier du trône, et, pour satisfaire sa vengeance, il compromit l'existence de la monarchie et la sienne. Enfin , Godoy s'aveugla au point de penser que l'intérêt de Napoléon demandait son élévation , tandis qu'il n'était pour ce prince que l'instrument momentané du système qui fermait l'Europe aux Anglais.
Tandis que tous ces événements se passaient dans la Péninsule , Napoléon suivait à Fontainebleau les intérêts du gouvernement de l'Empire et ceux du système continental. Le cabinet de Londres venait de soumettre tous les navires neutres ou alliés de la France à la visite , à une station obligée dans un des ports de l'Angleterre et à une imposition sur leva' chargement, et de s'emparer de l'île de Madère, une des plus belles possessions de son allié le roi de Portugal. Dans un décret daté de Milan , où il était allé pour visiter le royaume d'Italie et les nouvelles provinces réunies à la France par le traité de Presbourg, Napoléon déclarait, par représailles, dénationalisé et de bonne prise ioui bAtiment qui se soumettrait à la tyrannie du pavillon anglais. Ainsi , la déprédation , la fiscalité armée . régnaient sur les mers, tandis que la violence de la politique remplaçait, sur le continent , la puissance des armes.