‹ Histoire de NapoléonChapitre 38 sur 75 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Divorce de Napoléon. — Son mariage avec Marie-Louise, areliiduehesse d'Aiilriche.— Paix de la Suède avec la France. — Réunion de la Hollande à l'Empire. — Le prince de Ponte-Corvo appelé au trùne de Suède. — Naissance du roi de Rome. — Conlinualion de la guerre d'Espagne.

Les années 1810 et 1811 forment l'époque la plus glorieuse du règne de Napoléon. Alors nos frontières s'étendaient des bouches de l'Elbe aux défilés de Terracinc. Rome était devenue la seconde ville de 'empire. Tous les souverains de l'Europe , jadis coalisés, s'honoraient de notre alliance. L'Angleterre seule, cette rivale éternelle de la grandeur de la France, conservait des sentiments d'inimitié; mais le blocus con- F=ir tinental , rigoureusement observé , atteig^ gnait son commerce et rendait pour elle lavenir menaçant.

Ce temps de prospérité inouïe dans les fastes d'une nation fut marqué dans la vie de Napoléon par l'un des plus grands événements qui aient intéressé ses affections domestiques, le divorce avec Joséphine et son second mariage avec une

archiduchesse d'Autriche. La tentuti\e criminelle de Slai)S avait ramené la pensée de l'Empereur sur ce qui arriverait à la France dans le cas où lu mort \iendrait à le frapper avant qu'il eût laissé un héritier de son sang qui pût continuer son ouvrage. Il avait toujours désiré ardemment un fils , vœu bien légitime dans le fondateur d'un si vaste empire; mais depuis longtemps sa première épouse ne lui laissait plus d'espérance à cet égard. La raison d'État parla plus haut que les affections du cœur, et il se résolut à un divorce auquel Joséphine se soumit généreusement. Eugène Beauharnais fut chargé de lui annoncer cette fatale nouvelle en la disposant à consommer un si grand sacrifice. Najjoléon avait bien choisi son inteiprète , et jamais de part et d'autre l'héroïsme de la reconnaissance et du dévouement ne mérita d'être plus admiré.

Le 15 décembre 1809, le prince Cambacérès, archichancelier de l'Empire, et le comte Kegiiauld-Saint-Jeaii-d'Angely , secrétaire de l'état civil de la maison impériale, furent appelés dans le cabinet de l'Empereur; tous les princes et foutes les princesses de la famille de Napoléon , ainsi que le vice-roi d'Italie , faisaient partie de cette réunion. L'Empereur s'adressa à l'assemblée en ces termes :

« L'intérêt de mes peuples, qui a constamment guidé toutes mes actions,

« veut qu'après moi je laisse à des enfants, héritiers de mon amour pour la «France, ce trône où la Providence m'a placé. Cependant, depuis plusieurs « années j'ai perdu l'espérance d'avoir des enfants de mon mariage avec ma bien- « aimée épouse l'impératrice Joséphine ; c'est ce qui me porte à sacrifier les plus « douces affections de mon cœur, à n'écouter que le bien de l'État et à vouloir la « dissolution de notre mariage. Parvenu à l'ôge de quarante ans, je puis conce- « voir l'espérance de vivre assez pour élever dans mon esprit et dans ma pensée « les enfants qu'il plaira à la Providence de me donner... Ma bien-aimée épouse a « embelli quinze ans de ma vie..., elle a été couronnée de ma main... Je veux « qu'elle conserve le rang et le titre d'impératrice... » L'impératrice Joséphine prit ensuite la parole :«.... Je me plais, répondit-elle, à donner à notre auguste « et cher époux la plus grande preuve d'attachement et de dévouement qui ail « jamais été donnée sur la terre : je tiens tout de ses bontés : c'est sa main qui m'a « couronnée, et , du haut de ce trône, je n'ai reçu que des témoignages d'affection « et d'amour du peuple français. Je crois reconnaître tous ces sentiments en con- » sentant à la dissolution d'un mariage qui , désomais, est un obstacle au bien de i( la France, qui la prive du bonheur d'être un jour gouvernée par les descendants « d'un grand homme, évidemment suscité par la Piovidence pour effacer les maux «d'une terrible révolution, et pour rétablir l'ordre social... » Cette dernière phrase, dans cette réponse toute politique, était sans doute la manifestation des principes sur lesquels l'Empereur voulait s'appuyer plus fortement que jamais, en contractant une alliance avec une ancienne maison régnante en Europe. L'obéissance d'une reine répudiée n'avait pas encore été mise à une aussi grande épreuve.

Aussitôt un projet de séuatus-cousulte fut adressé à l'archichanrelier. (jui cou-

Reme de Naples.

Publié par î\irne. à Paris

voqua le Sénat pour le lendemain 16. Si l'épreuve avait été cruelle pour Eugène Bcauliarnais en présence de sa mère, dans le cabinet de l'Empereur, elle ne le fut pas moins au Sénat: car, après que le comte Regnaud eut développé les motifs (lu séiiatus-consulte, le prince \ice-roi eut le courage de prendre la parole : « Loisque ma mère, dit-il, fut couronnée devant toute la nation par les mains de <( son auguste époux, elle contracta l'obligation de sacrifier toutes ses affections « aux intérêts de la France : elle a rempli avec courage et dignité ce premier « des devoirs ; son Ame a été souvent attendrie en voyant en butte à de pénibles " combats le cœur d'un bomme accoutumé à maîtriser la fortune et à marcher " d'un pas ferme à l'accomplissement de ses desseins. Les larmes qu'a coûtées Il cette résolution à l'Empereur suffisent à la gloire de ma mère... »

Le divorce de Napoléon mit en émoi toutes les cours de l'Europe. Après avoir pensé à prendre pour épouse une princesse de Saxe , son cboix s'arrêta sur une princesse russe. Alexandre parut flatté du désir de Napoléon ; mais il demanda du temps à cause de l'extrême jeunesse de la grande-duchesse Anne, sa sœur, à laquelle Napoléon avait pensé. L'Empereur ne crut pas que la politique, qui seule réglait sa conduite dans cette importante question , lui permît d'attendre.

Le ;5 mars, le prince de Neudultel, chargé dr demander la main de l'archiduchesse Marie-Louise, arriva à Vienne; François II agréa avec empressement la proposition qui lui fut fiiite de donner sa fille à l'empereur Napoléon. Le 1 1 , le prince de Neuchâtel épousa solennellement, au nom de son souverain, la fille de l'empereur François. Deux jours après , cette princesse quitta Vienne , accompagnée de plus de trois cents personnes, parmi lesquelles on comptait plusieurs dignitaires de l'empire d'Autriche, douze dames du palais, douze chambellans, etc. Une vaste baraque, divisée en trois salons, l'un regardant l'Autriche , l'autre la France, et celui du milieu déclaré neutre , avait été construite a\ec une promptitude et une magnificence extraordinaires entre Braunau et Altbeim. La reine de Naples, entourée d'une suite nombreuse, avait été envoyée par Napoléon pour recevoir la princesse des mains de sa famille. La remise se fit en présence des deux cours, avec une pompe dont Napoléon lui-même avait pris le soin de dicter le cérémonial. Tout ce (jue renfermait la corbeille était un véritable miiacle de cette industrie parisienne qui, sous le nom de modes, continue l'empire de la domination française dans le monde entier.

Après la cérémonie, Marie-Louise partit pour Braunau, où elle ])rit le titre d'Impératrice des Français, et ne \it plus autour d'elle que la maison que Napoléon lui avait formée. La princesse trouva sur la route, à chaque coucher, une lettre de son époux. Le 20, <>lle se mil en route poui' Compiégne, où résidait l'Empereur, entoni'é des princes de la famille impériale et de la cour la i)lus lirillante. Napoléon s'était aussi occupé d'un cérémonial pour l'entrevue, livée ])ar lui au lendemain. .Mais, cette fois, l'étiquette céda à son impatience, et le législateur passa par-dessus sa propre loi. Au lieu d'alliMidrc le jour suivant et de se rencou-

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tœr avec l'Impératrice dans la tente du milieu, où la princesse devait s'incliner pour se mettre a e/enoux , et l'Empereur la relever, l'embrasser et s'asseoir à côté d'elle, Napoléon sortit furtivement du palais, accomiiagné du roi de Naples, dans une simple calèche sans livrée. Vêtu de la redingote grise de Wagram , il se plaça en embuscade, à cause de la pluie, sous le porche d'une petite église, au delà de Soissons , dans le village de Courcellcs ; l'Impératrice devait y relayer. Aussitôt qu'elle arriva , il monta brusquement dans la voiture, et le lendemain il fit servir le déjeuner près du lit de l'Impératrice. Ce fut ainsi que se passa l'entrevue de Compiègne, que l'on appela la surprise de Courcelles. Le 30, toute la course réunit à Saint-Cloud pour la célébration du mariage civil. Le mariage fut prononcé par l'archichancelier; le soir, on donna sur le théâtre de la cour Iphirjénie en Aitlide, devant celui qui alors était le roi des rois.

Le 31 , l'Empereur et l'Impératrice firent leur entrée solennelle dans la capitale, au milieu d'un concours immense de peuple. Ils reçurent la bénédiction nuptiale du grand-aumônier de France , le cardinal Fesch. On déploya dans cette occasion la plus grande magnificence. On avait disposé en chapelle une salle de la galerie du Loiivre, avec des tribunes pour les rois, les autres souverains et les ambassadeurs. Toute la famille impériale entourait l'Empereur et l'Impératrice dans cette brillante solennité, qui eut aussi pour témoins les membres du sacré collège: quelques cardinaux seulement voulurent soutenir les droits du sacre pontifical , s'abstinrent de paraître , et furent éloignés. Tous les corps de l'État , toutes les dignités civiles et militaires, enfin tout ce que la cour de France et les cours étrangères pouvaient offrir de plus distingué, se trouvaient réunis, au nombre de huit mille personnes, dans la grande galerie. Pendant toute la journée, la cour et la ville furent dans l'ivresse d'une fête générale. Cependant le souvenir fatal du mariage de l'archiducliesse Marie-Antoinette attristait involontairement la pensée; et quelques mois plus tard, l'incendie qui embrasa tout à coup la maison où le prince de Schwartzemberg donnait un b;il à la fille de son souverain, renouvela cruellement ce souvenir. L'Impératrice courut quelque? danger, dont Napoléon la préserva. Une belle-sœur de l'ambassadeur périt, ainsi que quelques autres personnes. Un grand nombre reçurent des blessures graves. Les témoins du mariage de Louis XVI avaient prédit une issue funeste à la nou\elle alliance avec la maison d'Autriche, leur prophétie ne s'accomplit que trop bien.

Le 17 avril, l'Empereur et l'Impératrice paitirent de Compiègne pour aller visiter le canal de Saint-Quenlin, Cambrai, Anvers, Bruxelles. Le roi et la reine de Westphalie et le prince vice-roi accompagnaient Napoléon. A Anvers, l'Empereur vit lancer le plus fort vaisseau que l'on eût construit sur les bords de l'Escaut; il était de quatre-vingts canons. Le roi de Hollande vint rejoindre l'Empereur à Anvers. Napoléon parcourut les principales villes de la Belgique , de la Zélande , et l'île de ^^'alcheren. Ce voyage était une grande reconnaissance des Bouches de l'Escaut, sur lesquelles l'expédition britannique, dans la dernière

j^âiiJi iuajjsi.

campagne, a\iiit fortement attiré l'attenlion do Napoléon, qui voulait en outre aller insperter lui-même les pays cédés par le roi son frère, conformément à la convention du 16 mars, et dont la remise venait d'être faite le 27 avril. Cette cession comprenait le Brabant hollandais, la Zélande, l'île de Schoonen, une partie de la Gueldre, et limitait au cours du \'alial la France et la Hollande. Le voyage de l'Empereur devait produire encore d'autres fruits.

Des fêtes de toute nature célébrèrent dans chaque ville l'union de Napoléon et de Marie-Louise, et partout le cri de la paix se confondit avec les bénédictions des peuples. En visitant les côtes septentrionales de son empire et les derniers départements réunis, Napoléon s'applaudit des nouvelles conquêtes du blocus continental. Le 6 jan\icr précédent, la Suède y avait accédé, en recevant la restitution de la Poméranie pour prix de sa soumission. Désormais les traités n'auront plus d'autre base, les ruptures d'autre motif, les alliances d'autre lien. Toujours occupé de ce dessein. Napoléon continua la tournée des côtes en revenant vers la capitale. Il visita Bruges, Gand, Lille, Calais, Dunkerque; il revit Boulogne et la tour de César, et après avoir traversé Dieppe, le Havre et Rouen, il était le i" de juin à Saint-Cloud. Partout il laissa di'S traces de sa sollicitude pour la prospérité des peuples. Son passage fut marqué, ici par de hautes dispositions administratives , là par des créations maritimes , par d'importantes concessions aux villes du Nord, et par de nobles récompenses à ceux qui avaient bien méiité de l'État dans toutes les carrières. Les fêtes du mariage furent consacrées dans les principales villes par l'union d'une foule de soldats qu'il dota. Déjà l'année 1810 avait été inaugurée par un décret qui ordonnait de placer sur le pont de la Concorde les statues décernées aux généraux Saint-Hilaire, d'Espagne, Lasalle, Lapisse, Cervoni , Colbert, Lacour, morts au champ d'honneur.

Par le traité du 16 mars , le roi de Hollande venait de perdre plusieurs provinces maritimes. Napoléon avait appris sur les lieux à connaître les alliés secrets et nécessaires de l'Angleterre; et par une conséquence naturelle de cette découverte, il tenait son frère pour suspect. Aussi, loin de le rassurer sur l'existence future de son royaume, le voyage de l'Empereur avait pu inspirer des alarmes sérieuses au souverain des Bataves. Dans une position qui poussait les choses à l'extrême entre les deux colosses qui se disputaient le monde sous la condition d'être ou de n'êti-e pas, fout devenait légitime, surtout quand il ne fut plus possible de douter que la Hollande n'avait d'autres intérêts que ceux de l'ennemi mortel du grand empire. Éclairé par cette conviction. Napoléon jugea qu'il était plus avantageux à la Hollande d'être réunie à un pays de quarante millions d'habitanls, que de garder une apparente indépendance, sous le joug inévitable du système continental. Le royaume de Hollande, (|ui se trouvait pour ainsi dire écroué entre les deux pavillons, ne pouvait commercer qu'avec celui qu'il était forcé de rejeter. Son souverain , plus attaché à ses devoirs de roi qu'à son titre de prince français, n'avait pas balancé à préférer le bien-être de ses peuples à la politique de

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la France; il s'était attaché, autant qu'il était en lui, à leur rendre moins onéreuse la servitude de la loi commune. Il avait reçu à cet égard beaucoup d'avis du gouvernement français, et la réunion récente des départements des Bouches-du-Rhin et des BoucIies-de-l'Escaut annonçait assez énergiquement à Louis le sort qui attendait le reste de ses États, s'il ne consentait pas à les enfermer dans le cercle tracé autour du littoral de l'Europe. Aucune considération ne i)ermi'ttait de relAclier ni d'interrompre la chaîne qui environnait l'Angleterre pour lui interdire l'approche du continent , et rejeter à la fois ses marchandises et ses agents : un seul anneau de moins ouvrait la porte à la destruction du sjstème entier. Une armée de vingt mille hommes, sous le commandement du maréchal Oudinot , entra dans le royaume pour y assurer l'exécution du blocus continental. Le roi de Hollande abdiqua le 3 juillet en fa\('ur de son fils. Napoléon rejeta cette abdication , et , le 9 juillet, un décret impérial réunit la Hollande à l'empire.

Pendant que ces choses se passaient en Hollande, un événement qui devait avoir pour l'Europe, et surtout pour la France, les conséquences les plus graves, attira faiblement d'abord, mais fixa bientôt après les regards de l'Europe sur le royaume de Suède. Le roi Charles XHI, vieux et sans enfant, avait adopté le prince Charles-Auguste de Holstein-Augustembourg, d'une branche cadette de sa maison et de celle de Danemark. Quelques mois après, à une manœuvre de cavalerie, le nouveau prince royal tomba de cheval et mourut presque subitement. Cependant la vieillesse du roi et l'intérêt de la Suède exigeaient impérieusement le choix d'un successeur. La reconnaissance de trois officiers suédois envers un général français pourvut à cette nécessité de l'État. Dans la guerre de 1807, ces trois officiers, faits prisonniers à Straisund, reçurent du général en chef Bernadotte le meilleur traitement. Il adoucit par dos services particuliers leur longue captivité: il obtint même pour eux en France la résidence de la \ille qu'ils désiraient habiter jusqu'à leur échange. Son affection les avait suivis dans leur nouveau séjour; et quand il leur fut permis de revoir leur pays, ils allèrent remercier le maréchal de tous les actes de bienveillance dont ils gardaient le profond souvenir. A la mort du prince d'Augustembourg , ils se le rappelèrent plus vivement que jamais, et formèrent ensemble le projet de témoigner leur gratitude à Bernadotte d'une manière éclatante, en le faisant monter sur le trône de Suède. Ces officiers tirèrent habilement parti, auprès des membres des États, de l'influence que pouvait leur donner leur position sociale : ils n'eurent pas de peine à démontrer que , dans ce siècle de guerre et de tumulte politique, le royaume , de toutes parts circonvenu par des alliés ou des voisins jaloux et puissants, avait besoin d'un prince guerrier qui sût commander le respect de sa couronne. Les libertés suédoises trouveraient d'ailleurs leur garantie dans le choix spontané d'un honmie qui , sans droits et sans aïeux , appelé à l'honneur de siéger parmi les souverains, se regarderait comme in\inciblement engagé envers la nation qui lui aurait confié sa destinée. Ces considérations réussirent; elles balancèrent si fortement les opi-

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nions , dcjn imitagi-es enire trois princes de nue royale, ([ue ces olliciers lïiicnl investis des poinoirs iiéeessaires pour ciller à Paris oflVir le sceptre de la Suède au prince de Ponte-Corvo , et demander l'agrément de l'empereur Napoléon, lîernadolte accepta les offres de la Suède. La volonté unanime des États proclama, dans leur séance du 11 août , le maréchal prince de Pollte-Cor^o prince royal de Suède. Le roi Charles XIH l'adopta aussitôt pour fils. Le 1" no\('inhre, Bernadette, qui avait embrassé la religion réformée, prêta serment en ([ualité de piince de la couronne de Suède. Le 15, le gouvernement suédois dèclaia son adhésion au système continental. On veria par la suite que les déclarations des cours du Nord , à l'exception du fidèle Danemark, n'étaient que les manifestes de la graïuie trêve (jui couMait les appièts d'une guerre nouvelle.

L'allaire de la Hollande n'axait pas seule occupé les conseils de Napoléon. Pendant le séjour des rois de la famille impériale à Paris, il fut question aussi, entre l'Empereur et Joachim, d'unt; expédition en Sicile que devait soutenir une forte escadre de Toulon. La Sicile était pour les Anglais une immense place d'armes, un vaste port militaire et commercial. De là ils menaçaient, tenaient en échec le blocus continental de la Méditerranée , et l'attaquaient par une contrebande active, où leur politique consentait à sacrifier la moitié de la valeur de leurs produits industriels. Pour combattre cette fraude, Napoléon rendit, le 17 août, un décret qui ordonnait le brùlement de toutes les marcliandises anglaises dans la France et dans les États confédérés, et attacha à ces douanes des cours prévôlales dont les jugements n'étaient pas susceptibles du recours en cassation. Par ces terribles moyens, l'importation devenait une opération à peu près impraticable. Cependant il était impossible de se passer d'objets de première nécessité, non manufacturés, tels que les productions naturelles aux colonies. Le dangereux système des licences pourxut au.x besoins publics, mais non sans les plus grands abus, et les produits des fabriques françaises furent li\rts aux Anglais en échange des denrées brutes provenant des possessions des Deuv-Indcs.

Confoi'mément aux intentions de l'Empei'eur, une nouvelle campagne en Portugal s'était ouverte au mois de mai 1810, au moment où <()nini('ncèrent l(>s préparatifs de l'expédition de Sicile. Le maréchal Masséna commandait cette expédition; il arriva le 2 à Valladolid, ayant sous ses ordres le maréchal Ney, le duc d'Abrantès et le général Ueynier; la cavalerie obéissait au général Montbrun. Masséna débuta par trois sièges importants: celui d'Astorga, (|ui, le 6 mai, se rendit au duc d'Abrantès; celui de Cindad-Hodiigo , (|ui ca|)ilula le 10 juillet entre les mains du maréchal Ney, cl enfin celui d'Almeida, qui se soumit aussi le 28 août. Les deux clefs du Portugal, sur la fi'onlière de la province de Salamaïupie, étant au pouvoir de l'armée du prince d'KssIing, il s'avança sur liusaco le 15 septembre, marchant sur Lisboinie, dont il avait ordre de s'emparer. Mais l'Empereur lui avait enjoint de ne crmimencer ses opérations tjue quand il aurait réuni soixante mille liommes. Il était naturel à un honuue comme Masséna d(>

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ne pas prendre t-onscil clt- cette lircoiispeftion , et de se précipiter sur la loufe de Lisbonne avec la confiance de ses anciens et de ses nouveaux suciés. On doit legretter qu'il ait cédé si facilement à cet entraînement : au lieu de tourner l'ennemi, qui avait fait de Busaeo une position formidable, il l'attaqua de front et fut battu, laissant sur le champ de bataille trois mille morts, et abandonnant à Coimbre autant de blessés. Cei)en(lant Wellington , pour couvrir Lisbonne , se retirait lentement devant les Français vers les lignes de Torrcs-Vedras. F,a lenteui- de cette retiaite fut moins aftiibuée à l'attitude que la supériorité numérique de son armée devait lui doinier devant celle du maréchal, qu'à une affreuse combinaison résultant des ordres de la régence de Lisbonne. Effrayée de la reddition si prompte des places fortes de Ciudad-Rodrigo et d'Almeida , la régence avait arrêté l'exécution d'un plan de dévastation générale de toute la fei-tile pro\ince de la Devra, c'est-à-dire d'une étendue de pays de plus de huit cents lieues carrées, et d'en refouler toute la population sur Lisbonne. Les milices portugaises, qui figuraient pour quatre-vingt mille hommes dans l'armée de Wellington, pendaient et fusillaient impitoyablement ceux qui se refusaient à incendi(T leurs récoltes, leurs champs, leurs habitations. A Coimbre, ville de vingt-cinq mille habitants, l'armée française ne trouva que quelques vieillards, qui durent à leur faiblesse la permission de mourir au sein de leurs foyers. Elle avait laissé ses blessés dans les hôpitaux de cette \ille, ils furent massacrés par des Portugais. Le drapeau anglais protégeait toutes ces barbaries.

Le prince d'Essling voulut en vain poursuivre sa marche sur Lisbonue ; il trou>a dans les lignes de Torrès-Vedras, tracées par Wellington eu avant de la cajiitale , une triple enceinte de défense, inexpugnable jiour une armée aussi faible que la sienne. Le but de cette troisième campagne une fois manqué, Masséna dut songer à la retraite. Elle fut protégée par le maréchal Ney, qui exécuta à Miranda d'admirables manœuvres. Le général en chef n'avait plus qu'un objet, celui de ravitailler Almeida , qui venait d'être investie par soixante-dix mille Anglo-Portugais ; mais Masséna, qui avait paru avec trente-trois mille hommes de\ant Torrès- Veilras, n'en comptait plus que vingt-trois mille devant Almeida. Aussi, ne pouvant réussir à secourir cette ville, il envoya au général Brennier, qui y commandait, l'ordre d'en faire sauter les fortifications. Cet ordre reçut son accomplissement dans la nuit du 9 au 10 mai 1811. Sur dix-huit cents hommes qui composaient la garnison d'Almeida, la moitié rejoignit l'armée. Les armes de Masséna furent moins heureuses eu Portugal (jue dans toutes les autres contrées de l'Europe, où il avait mérité le nom A' invincible.

En Espagne , la guerre fut heureuse pour la France , si une semblable guerre pouvait l'être. La victoire d'Oama, remportée le 19 novembre précédent, avait ouvert l'Andalousie à nos armes. L'armée du roi Joseph, commandée par le maréchal Soult. prit le nom de sa conquête. Dans une marche rapide et triomjilianle. eili" occupa Baylen , et successivement Jaën , l'antique Cordoue. Carmona.

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Le 7 janvier, le général Sébastian! dispersa l'armée espagnole sous les murs de Grenade, et le lendemain il entra dans cette place. Le 9, il était maiti'c de Malaga. Le 1" février, Séville, résidence de la junte suprême, se rendit au maréchal Soult, La junte se réfugia à l'ile de Léon, et ensuite à Cadix. Le maiéclial Victor eut l'ordre d'assiéger ou plutôt de bloquer avec le premier corps les avenues de ccttfî \ille, défendues par plus de vingt mille hommes du côté de la terre, et sur mer par vingt-cinq vaisseaux de ligne. Le '26, une action brillante illustra le nom français dans la rade de Cadix : six cents prisonniers de la capitulation de Haylen , presque tous officiers , détenus sur les pontons, aperçoivent de loin flotter sur le rivage le drapeau tricolore; soudain ils s'emparent d'un mauvais navire sans agrès , traversent audacieusement les escadres anglaise et espagnole sous le feu des chaloupes canonnières et des batteries, et vont aborder la plage, où l'année du maréchal Victor les reçoit avec transport. Au nord de l'Espagne, la guerre était ralentie par les places fortes qui tenaient dans la Catalogne et dans le royaume de Valence. La prise d'Hostalrich avait entraîné celle de Gironne; mais le château de la première de ces deux villes ne fut évacué que le 12 mai, et sa garnison périt dans la fuite. Le 14 mai, le maréchal Suchet ouvrait la tranchée devant Lérida ; dix-sept jours après, cette place capitula. Le 8 juin, Mequinenza tomba aussi au pouvoir des Français.

En France, cependant, un événement auquel est attaché le sort de la nouvelle dynastie occupe Napoléon tout entier; bientôt il sera père, et l'ambitieuse espérance , qui enflamme et soutient toujours les hommes de sa trempe , lui promet un fils. Le 20 mars 1811, le moment décisif arrive, mais la délivrance de Marie- Louise rencontre des obstacles imprévus. Ses jours ainsi que ceux de son enfant sont également en péril : ils dépendent d'une opération pénible et incertaine. Le chirurgien Dubois vient consulter Napoléon. « A'e pensez qu'à la mère, » répondit-il, et traites l'Impératrice comme une buuryeoise de la rue Saintci Denis. » Alors il se rend au lit de Marie-Louise, l'exhorte, l'encourage. Après vingt-six minutes d'un travail douloureux , l'enfant est mis au monde par le secours des fers; mais pendant sept autres minutes, il ne donne aucun signe de vie. Enfin, à force de soins, l'enfant respire, il vit. Transporté hors de lui-même , l'Empereur se précipite à la porte du salon où la France et l'Europe semblent attendre leurs destinées; il ouvre, il s'écrie : C'est un roi de Home f

Cent un coups de canon annoncèrent à la capitale la naissance de Napoléon 11 ; 1 ivresse fut générale. A l'Uôtel de Ville, M. Bellart et les membres du conseil, qui proclamèrent quatre ans plus tard la déchéance de Napoléon , votèrent dix mille francs de rente au premier page qui vint leur apporter la nouvelle impatiemment attendue. Ce fut la dernière fois qu'un même sentiment de bonheur unit la France et Napoléon, La nature sembla n'avoir produit qu'à regret cet enfant sur lequel se confondaient tous les vœux; il avait fallu le lui arracher: aussi, en contemplant, après une si grande anxiété, le berceau qui venait de

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lecevoir son lils, NupoN'iin iliil s'jiiiiiliiiulii' de et' f|iic sa lortuni' (liomphnit ilc lu nature t-lle-môme.

L'année 1811 continue d'une maiiiéie hiillaiite poui- les armes françaises. Elle présente une série de succès pies(iue sans inlerruptiun entre le maréchal Soult et le général Suchet. Après dix jours de tranciiée ouverte , foudroyée par quarante-trois bouches à feu, ïortose se rendit le i janvier au général. Le -li <lu même mois, Soult , après avoir battu les généraux Mendizabal et Ballcsteros , forçait l'importante ville d'Dlivenza à capituler; le 19 féviier, il cueillait de nouveaux lauriers sur la Gebora , où l'ennemi perdit plus de cinij mille hommes ; cette bataille ouvrit au maréchal, le 11 mars, les portes de Badajoz, capitale de l'Estramadure. Quelques semaines ont suffi à Soult et à ses vingt mille hommes pour détruire deux armées espagnoles, faire \ingt-deux mille prisonniers e( prendre deux places fortes, Olivenza et Badajoz. (^eprndant , deux mois après , cette dernière ville est investie par le général Beresford , à la tète de vingt-cinq mille Anglais soutenus par une armée espagnole. Soult réunit des forces pour secourir Badajoz : Beresford lève le siège et se porte en avant de cette ville, sur les bords de l'Albuera , avec les troupes anglaises , portugaises et espagnoles. La rencontre fut opiniiUre autant que meurtrièie : les alliés la célébrèrent comme un tiiomphe, quoiqu'ils eussent à regretter dix mille hommes et leuis positions. Le maréchal Soult put donner avec plus de raison le nom di; victoire à une bataille qui l'avait conduit au but qu'il s'était proposé, c'est-à-dire de dégager Badajoz, et de faire entrer des secours dans la place. Après avoir assuré la défense de Badajoz , le maréchal Soult revint à Séville. Mais vers les premiers jours de juin, Wellington , ayant opéré sa jonction avec Beresford, reprit le siège de Badajoz, el ouvrit la tranché(\ La ville soutint et lepoussa deux assauts ; elle devait encore être déli- \rée. Ij'S maréchaux Soult et .Marmonl se réunirent à Mérida. L'armée combinée ennemie jugea prudent de ne pas les attendre ; elle repassa la (luadiana. Le maréchal Soult chercha vainement à l'engager ; fidèle à ses habitudes de retraite, Wellington reprit de nouveau ses lignes, et rentra en Portugal. Il en fut de même dn blocus de Ciudad-Bodrigo : dans le mois de septembre , Wellington se \it contraint de l'abandonnei- de\ant le maiéchal Marmont et le général Dorsenne. Après deux affaires où l'avantage fut de notre côté, nous parvînmes à débloquer et à ravitailler Ciudad-Kodrigo. La prise de Murcie tennitia la campagne du maréchal Soult en 1811.

De son côté, le général Sùchet continuait le ciiurs des plus brillants faits d'armes. A la fin d'avril, il marcha sur la forte ville de l'arragone; il l'investit le V mai , rattaipie le 16 juin ; et le 28 , après cinci assauts dont le premier avait eu lieu le ai , son armée se précipite dans la place avec la fureur d'un triomphe chèrement acheté. Cinq nulle hommes sont passés au lil de l'épée, dix mille sont pris: l'arragone est li\réeau pillage. Co fut dans ses remparts sanglants que rintré|iide général Suchet trouva son bill<iu de maréchal. Le -2!» octobre, la batailli- de

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Sagoiite ou do Alurviedro , qu'il gagna complètement sur les généiauv Blake et O'Donnel , lui livra la ville de Sagonte, dont la position , fortifiée par la nature , par les Romains, par les Maures, et par des constructions récentes, le rendit maître des routes de Valence, de Barcelone , de Saragosse, et assura son établissement dans le midi de la Péninsule. Le 20 novembre, attaché aux traces du général Blake, qui voulait lui t'ermer le chemin de Valence, il le força d'abandonner son camp retranché derrière le Guadalaviar, et le rejeta dans la place. In mois après , le 26 décembre, Suchet franchissait le Guadalaviar ; et , au bout de quinze jours , la grande ville de Valence , devenue le dépôt général de toutes les forces et de tous les approvisionnements des insurgés, se rendait au nouveau maréchal, avec une garnison de dix-huit mille hommes, que commandaient dix généraux, neuf cents ofticiers, et que défendaient quatre cents pièces de canon. Le titr(> de duc d'Albuféra conquis sous les murs de Valence, le grade de maréchal gagné à Tarragone , récompensèrent dignement la plus belle année de sa vie militaire. L'armée, qui lui était dévouée, puisqu'il exécuta avec elle de si grandes choses, trouva dans ces hautes distinctions données à un chef aimé et respecté de tous, un nouveau prix de ses nobles tra\ aux .

Tel est le tableau de la guerre de la Péninsule pendant l'année 1811; cette guerre continua la gloire et prouva la supériorité de nos armes. Mais , par une fatalité attachée aux entreprises contre le droit le plus sacré des peuples , les Espagnols se retrempaient au sein de leurs revers, et semblaient sortir victorieux des combats qu'ils avaient perdus. Le temps n'était pas éloigné où, n'ayant plus que Cadix et l'île de Léon , ils s'applaudiraient de ne pouvoir désormais être renfermés dans des murailles, et d'avoir pour forteresses, pour campements, pour champs de bataille , les montagnes , les forêts , les déserts de leur patrie. Toute la terre espagnole conspirait et se levait comme un seul homme, alors que .Napoléon, maître de toutes ses villes, la croyait vaincue, asservie. Jamais le fanatisme de la nationalité n'avait agi plus puissamment sur un peuple. Il se battait pour les rois qui l'avaient livré, pour les moines qui le tenaient abruti. C'est à cette stupide indépendance qu'il s'offrait chaque jour en sacrifice. L'Angleterre s'empara habilement de cet élément barbare. Saisie d'une inspiration gigantesque , elle se mit à la tète de la combinaison qui allait placer le colosse guerrier de la France entre ce peuple superstitieux du Midi et ce peuple serf du Nord, qui, également défendu parla nature, également courbé sous un double fanatisme, lui présentait dans la Russie l'alliée naturelle de l'Espagne. La nécessité suggéra cette audacieuse conception à la (Irande-Bretagne ; en effet, elle voyait chaque jour le blocus continental triompher de .son blocus maritime. Deux ans encore de cette loi inllevible, et la drande-Bretagne est aux pieds de sa rivale : il n'y a plus à balancer. Le Tagc est armé, il faut armer la Ni'-va; il faut que le géant qui tant de fois a vaincu les Russes et les Espagnols périsse sous leurs armes combinées. La politique de Londres va réunir contre

l'ennemi commun deux nations que sépare toute la ti\iiisution de l'Europe.

Cependant Napoléon , entouré de toutes les prospérités humaines, ne se reposait point sur la foi du traité de Tilsitt , ni sur les assurances simulées d'Erfurt. Des avis secrets .signalaient à son attention les rassemblements militaires (jui s'opéraient silencieusement dans le Nord. Tout le portait à ménager la lUissIe et à lui ôter le moindre prétexte d'un mécontentement, au moment où l'Espagne et l'.Vngleterre occupaient ses armées. Le discours pai' lequel il ouvrit le Corps-Législatif, le IG juin, exprima nettement sa pensée sur la situation de l'Europe : « Les Ance glais, dit-il, mettent en jeu toutes les passions : tantôt ils supposent à la France « tous les projets qui peuvent alarmer les autres puissances ; tantôt ils font un « appel à l'amour-propre des nations pour exciter leur jalousie. C'est la guen-e sur « toutes les parties du continent qui peut seule assurer leur prospérité. Je ne veux « rien qui ne soit dans les traités que j'ai conclus. » Puis , parlant de la guerre d'Espagne : « L'Angleterre, dit-il, s'est trouvée contrainte à en changer la nature, « et d'auxiliaire elle est devenue partie principale. Cette lutte contre Carfhage , « qui paraissait devoir se décider sur le champ de bataille de l'Océan ou au delà « des mers, le sera donc désormais dans les plaines des Espagnols ! Lorsque l'An- « gleterre sera épuisée, qu'elle aura enfin ressenti les maux qu'avec tant de «cruauté elle verse depuis vingt ans sur le continent, que la moitié de ses « familles seront couvertes du voile funèbre, un coup de tonnerre mettra fin aux « affaires de la Péninsule, et vengera l'Europe et l'Asie en terminant cette seconde « guerre punique. » Le désordre énergique de ces dernières paroles exprimait la passion dont Napoléon était dominé, et avertissait en même temps l'.Xngletcrre du péril qui la menaçait si elle ne parvenait pas à détruire son ennemi ; elle sentit qu'il n'y avait plus pour elle de salut que dans la guerre.

Trois mois après, le 19 septembre. Napoléon partit pour aller revoir ses nouvelles pro\inces de Hollande et examiner lui-même les immenses travaux qu'il avait ordonnés, à son dernier voyage, dans les places fortes, dans les ports, dans les chantiers. Le k octobre , il est à Anvere, et peut admirer les miracles de ses créations. Sur la rive gauche de l'Escaut , où il n'existait il y a deux ans qu'une redoute, s'élève une ville de deux mille toises de développement; vingt-un vaisseaux de guerre , dont huit à trois ponts , sont en construction ; on a creusé un bassin ayant vingt-six pieds d'eau, capable de contenir quatre-vingt-dix vaisseaux de ligne. L'Escaut , désormais piaticable pour les plus gros bâtiments de toute espèce, depuis son embouchure jusqu'à Anvers, présente une rade continue que défendent Flessingue et cinq autres petits forts ou forteresses La Hollande semble un vaste port inexpugnable. L'Empereur visita Willemstadt , Hclvoefsluys, Dordrechl, Gorcum, l'île de Corée , fit son entrée à Amsterdam, inspecta les forlilications du Helder, la tlottille du Texel, séjourna à Uotlerdam, à Delft , à Levde, et revint le 1 1 novembre à Saint-Cloud, par l)us.seldorf et Cologne. Ce voyage de deux mois fu( consacré à l'amélioration civile, politique, militaire e( maritime de

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la Hollande, (lui se pliait sans grand effort an\ lois et au régime adniinistialif de l'empire.

L'Espagne est conquise ou occupée, tout le continent en paix ou soumis : on se demande avec inquiétude pourquoi le mois de décembre 1811 appelle, comme celui de 1810 , cent mille conscrits sous les drapeaux. Napoléon seul le savait. Au sein de la paix, sous la foi des traités, sous le masque des relations les plus amicales, la Russie a fait descendre du Nord de nombreuses armées; la Lithuanie a vu arriver successivement les divisions les plus éloignées ; la guerre avec les Turcs seule retient encore en Moldavie l'armée de KutusofT.

La France avait atteint la plénitude de la prospérité. Cette prospérité, dont ils recueillaient leur part , sembla a\o\v corrompu les chefs de l'armée. Ils se disaient rassasiés de gloire : ils l'étaient. Mais l'Angleterre ne voulait pas que cette gloire devînt, par son repos, une puissance solide et permanente; elle avait conçu le projet de l'épuiser sur les champs de bataille, au prix de tout le sang européen. L'année 1811 expire dans le malaise de cette haute fortune, qui désormais ne peut que descendre, parce (lu'elle ne peut plus monter.

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