CHAPITRE XXXVIII
Armisliee de Pleswilz. — Prise de Hambourg. — Retour de Napoléon à Dresde. — Convention de Dresde avec l'Autriche. — Retraite de l'Espagne. - Rataille de Vitloria. — Congrès de Prague. — Déclaration de guerre de l'Autriche à la France.
3 juin, 1' il (lovait c'était la l'ennemi
Les conférences relativement à l'armistice s'ouvriient, le 30 mai, à l'abbaye de Waldstadt, entre le duc de Vicence pour la France , le comte de SchouwalofT pour la Russie, et M. de Kleist pour la Prusse ; elles continuèrent à Gebersdorf le 31 et le 1" juin , et furent transportées à Pleswitz. Les prétentions des alliés et les résistances de Napoléon , qui voulut, selon son usage, dominer cette négociation , la rendirent tellement orageuse, qu'elle put lui faire pressentir les difficultés que le congrès lui présenterait ; car ce ne fut qu'après une véritable bataille de six jours que, le armistice fut signé. Un avantage bien réel pour Napoléon, et sur lequel établir, en cas de rupture à Prague , une grande combinaison militaire, prise de Hambourg, où entra, le 31 mai, le général Vandamme; mais l'avait prévu , et la neutralisation de Breslau , possession alors bien plus
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importante que celle de Hambourg , avait été la compensation de cette ville. Cette condition, à elle seule, devait faire rejeter la trêve. Cependant , le 29, le Danemark avait renoué son alliance avec la France, et l'armée danoise, commandée par le comte de Scliulembourg , était depuis lors sous les ordres du maréchal prince d'Eckmiilil. Nous n'avons plus d'utres alliés dans le Nord que le Danemark et la Pologne. La Pologne, que l'Autriche a livrée aux Russes, restait représentée auprès de la France par la petite armée que l'illustre Poniatowski vient de soustraire au vasselage de la défection autrichienne. Après avoir dû traverser, désarmés, les provinces de l'empereur d'Autriche, les Polonais ont repris leurs armes en mettant le pied dans la Lusace : ils n'ont plus d'autre patrie que le drapeau français. Aussi Napoléon a décrété le 1" juin, à Neumarck, qu'ils sont tous à la solde de la France.
Le lendemain de la signature de la convention d'armistice, Napoléon a quitté son quartier général de Neumarck ; le 10, il occupe à Dresde le palais Marcolini , situé dans un faubourg; le même jour, arrive le baron de Kaas, ministre de l'intérieur de Danemark, qui fait à l'Empereur d'utiles révélations. A Altona, les alliés n'ont épargné ni promesses ni menaces pour détourner cet ambassadeur d'aller remplir sa mission: ils ont même été jusqu'à lui offrir d'annuler la cession de la Norvège à la Suède; mais, sur son refus, et pour se venger de l'attachement du Danemark envers la France, le lendemain de la prise de Hambourg, l'apparition de la flotte anglaise était venue dans la rade de Copenhague réveiller un affreux souvenir. Un capitaine de vaisseau n'avait pas craint de sommer le roi de souscrire sous quarante-huit heures le traité de la cession spoliatrice qu'on osait lui imposer, de remettre en dépôt la province de Drontheim , et de donner vingt-cinq mille hommes à la ligue du Nord. Le roi avait repoussé cette injurieuse sommation, et le prince royal de Danemark, déguisé en matelot, était parvenu à débarquer en Norvège , où il appelait les habitants à la défense nationale. Par le traité que M. de Kaas était venu stipuler à Dresde, son souverain mettait douze mille hommes à la disposition de Napoléon.
L'EmiKMcur reçut aussi M. de Bubna : au lieu d'apporter les réponses aux demandes qu'avait faites le duc de Bassano à Dresde, et qu'il avait renouvelées à Liegnitz , cet envoyé se contenta de notifier au cabinet de France l'acceptation de la médiation autrichienne par les alliés , et d'annoncer la prochaine arrivée de M. de Metternich pour la même négociation. Cependant il a été autorisé à dire que la mission du baron de Weissemberg à Londres a échoué , et que le cabinet britannique trouve à présent trop favorables encore à la France les bases de Lunéville f Cette confidence faite par h gouvernement autrichien portait avec elle son commentaire.
La ville de Prague avait été adoptée pour le congrès; l'empereur d'Autriche ne tarda pas à se rendre, avec sa chancellerie et ses ministres, nu chiltenu de (îittschin , voisin de la capitale de la Bohême. Alexandre et le roi de Prusse s'étaient
établis non loin de là , à Trachemberg , sur les bords de l'Oder. Cependant le mois de juin s'écoulait sans que le congrès s'ouvrît, et les délais d'un armistice de quarante jours se consommaient sous les lenteurs du cabinet autrichien. D'après le silence de M. de Bubna sur la question de l'alliance qui touchait particulièrement Napoléon, le duc de Bassano avait écrit à M. de Metternich qu'il avait tous les pouvoirs nécessaires pour traiter et de la médiation et de l'alliance. Le 22, JI. de Metternich annonça qu'il était autorisé à signer une convention pour la médiation, et à convenir de certaines réserves pour l'alliance. Ce jour mémo, le duc de Bassano répondit : « L'Ewpenur, qui ne veut pas rendre son alliance onéreuse à ses (mis, ne fait aucune dij'ficullé d'y renoncer. » Aussi, le 27, M. de Metternich , débarrassé du fardeau de l'alliance, accourut à Dresde. Le lendemain , ce ministre fut admis à remettre à l'empereur Napoléon une lettre de son souverain : cette audience devint une longue conférence consacrée à l'exposition des prétentions de l'Autriche: elle demandait la moitié de l'Italie, l'IUyrie, le retour du pape à Home , la Pologne saxonne , l'abandon de la Hollande , celui de l'Espagne , la renonciation au protectorat de la Confédération du Rhin et à la médiation helvétique : « Cest le partage de l'empire français que vous voulez » , dit Napoléon. Impatient alors de tous ses griefs contre l'Autriche, il les récapitula avec chaleur; puis, arrivant successivement aux engagements secrets de cetle puissance avec l'Angleterre, la Russie et la Prusse, et hors d'état de conserver cette réserve que leur supériorité impose aux souverains: n Dites-moi, Metternich, combien l'Angleterre vous a-t-elle promis pour me faire la guerre!' » Cependant cette apostrophe ne termina point la conférence, et en congédiant le ministre autrichien : « La cession de l'IUyrie, lui dit-il , n'est pas mon dernier mot. >>
C'est sous ces fâcheux auspices que fut signée , le 30 juin , la convention relative à la médiation autrichienne. M. de Metternich repartit pour Gittschin avec le ressentiment de son injure. La convention signée ne ressemblait guère à celle que Napoléon avait proposée dans le but d'une paix générale. C'était la paix du monde, sur les bases déjà publiées dans le Moniteur du 24 mai , qu'il voulait soumettre à la médiation de l'Autriche. Jamais, sans doute, arbitrage plus honorable n'avait été confié à aucune couronne; mais le cabinet autrichien s'obstina à retrancher de cette proposition tout ce qu'elle contenait de généreux ; il n'y maintint que ce dont il avait besoin pour assurer le succès de ses projets hostiles contre la France. Aux termes de la convention du 30 juin , les plénipotentiaires devaient se réunir à Prague le 5 juillet : en conséquence, l'armistice devait être prorogé jusqu'au 10 août, et le cabinet de Vienne s'était réservé de faire agréer cet engagement par la Russie et la Prusse. Il ne se IiAta ])oint do remplir sa promesse , et ce fut le 12 juillet seulement que M. de Metternich informa le duc de Bassano de l'assentiment des cours de Pétersbourg et de Berlin. L'acte résultant de cet assentiment ne fut signé que le 26 juillet, à Neumarck, par les commissaires français et alliés. Ainsi Napoléon , en se résignant à la médiation de l'Autriche , venait
(1 T'prouvcr de la part des alliés une opposition de vingt-six jours pour l'cvécution de l'article le plus important du traité.
A Prague, le même système accueillit la négociation française. .M. de Narbonne, nommé plénipotentiaire avec le duc de Vicence, l'y avait précédé et n'avait pu voir les plénipotentiaires des alliés. M. de Vicence y arriva le 2G juillet. M. de Ilumboldt était le représentant de la Prusse, et M. d'.Xnstett, né Français, et par cela seul incapable, aux ternies de l'article 20 du décret du 26 août 18H , de servir comme plénipolenliuire dans un traité où devaient être débattus les intérêts de la France, se trouvait le négociateur de la Russie. Toutes ces circonstances, unies au choix de M. d'Anstett, qui avait quelque chose d'inconvenant et d'hostile, ne pouvaient que beaucoup déplaire à Napoléon; mais il dut regretter bien plus vivement encore de s'être engagé dans la carrière des négociations avec des puissances malveillantes et sans foi, quand il apprit que, non contente de s'être liée par des engagements , à Reichenbach , envers l'Angleterre et les alliés, l'Autriche, le 9 juillet, en avait contracté d'autres à Trachemberg, quartier général de l'empereur Alexandre. Napoléon fut instruit de ce nouveau pacte, qui enchaînait tout à coup au serment de sa destruction la Prusse, la Suède, la Russie , et l'Autriche enfin , dix jours après l'avoir acceptée pour médiatrice. Il sentit alors, plus que jamais, qu'il devait aussi se préparer à la guerre, et que, ne pouvant augmenter son armée, il lui fallait chercher, plutôt dans son génie militaire que dans sa politique, les moyens de lutter contre les deux cent mille hommes de l'Autriche , les réserves russes et prussiennes , et l'armée suédoise , qui allaient doubler les forces dont il venait de triompher. En considérant la défection de Rernadotte , en se rappelant la conduite du roi de Naples pendant la retraite de Russie, peut-être Napoléon aurait-il dû se défier de ce prince, qui , quoique sous le poids d'un accord secret avec l'Autriche , avait offert alors son épée à son beau-frère. Napoléon , qui le savait si brave, ne le croyait peut-être en ce moment pas moins fidèle, et le vit avec plaisir arriver pour prcndie, comme Français, sa part de péril et de gloire dans nos derniers combats.
Pendant l'armistice et les longues délibérations qui en remplirent le cours, l'Empereur ne cessa pas un instant de suivre les relations du dehors , les alTiiires du dedans, et de régler avec une infatigable activité tout ce qui concernait l'armée : à en juger par les détails et l'ensemble de ce qu'il fit sous ce rapport , il semblait que ce fût un grand ministre de la guerre consacrant toutes ses facultés h cette seule partie du gouvernement; convois d'artillerie, troupes en marche, officiers en mission, police des cantonnements, travaux du génie, situation des arsenaux, armement, équipement des soldats, direction des renforts sur les divers corps qui les attendent, arrivée des munitions, transport des approvisionnements, rien n'échappe à ses regards, à sa vigilance, à son action. Par lui, l'ordre règne au milieu de tant d'éléments de confusion; par lui, la Saxe est préservée des fiéaux qui accompagnent ordinairement la présence des armées. En
même temps , les trésors qu'il a tirés de ses caves du pavillon Marsan acquittent toutes les dépenses et alignent la solde. Ce sont les alliés vaincus à Austerlilz , à léna, à Wagram, qui ont fourni eux-mêmes la précieuse réserve que Napoléon emploie aujourd'hui contre eux. Dresde, protégé par les nombreux ouvrages qui s'élèvent, et asile du quartier général, où abondent une foule de militaires de tous rangs, offre tout à la fois l'aspect d'un camp et le mouvement d'inie brillante capitale , où les préparatifs même de la guerre communiquent une nouvelle activité à toute la population. Au milieu d'elle , calme et agité, méditant, ordonnant et faisant exécuter, Napoléon veille en même temps sur l'Allemagne et sur la France, comme sur l'Italie et sur l'Espagne; les nouvelles de ce dernier pays sont d'une nature filclieuse.
Enhardi par nos revers, Wellington avait repris l'offensive le 28 mai, à la fête de soixante-dix mille hommes, et sa marche avait décidé Joseph à évacuer Madrid. L'armée fran^'aisc était parvenue à mettre l'Èbre entre elle et Wellington ; mais, lorsqu'on apprit que l'ennemi avait passé ce fleuve , l'alarme se répandit au quartier général du roi : un conseil de guerre fut tenu; le maréchal Jourdan proposait de descendre l'Èbre et de se retirer sur Sai'agosse pour y rallier l'armée de Clausel et communiquer ainsi avec Saint-Sébastien, Bilbao, Pampelune, et avec le corps du généi'al Foy. C'était sur les hauteurs inexpugnables de Salinas et de Mont-Dragon qu'il voulait arrêter Wellington ; et par les mouvements simultanés de la retraite du maréchal Suchet , qui venait de sauver Tarragone et de forcer lord Murray à se rembarquer après un échec complet , la barrière des Pyrénées pouvait être fermée à l'invasion étrangère. Le conseil se rangea à l'avis du maréchal Jourdan; mais Joseph, saisi mal à propos d'un rêve de gloire, voulut combattre, et l'ordre de la bataille fut donné pour le lendemain, 21 juin. La bravoure française soutint jusqu'au dernier moment sa haute renommée; nos soldais ne cédèrent qu'à l'immense supériorité du nombre des ennemis : la bataille de Vittoria fut glorieuse pour nos armes, et la perte presque égale des deux côtés. Mais l'imprévoyance et l'inhabileté du chef, qui ne savait ni commander ni abdiquer le rommandemenl, l'absence de toute précauliou pour assurer la retraite, l'amoncellement des immenses bagages de cette royaulé fugitive, changèrent un revers, facile à réparer peut-être, en un désastre qui nous enlevait l'Espagne sans retour. Cent cinquante pièces de canon, quatre cents caissons, tout le matériel de l'armée, ainsi que tous les bagages, furent la proie de l'ennemi. L'armée se précipita confusément sur la route de Tolosa, où l'illustre général Foy arrêta les vainqueurs, à la tête de seize mille hommes.
A la nouvelle de ce fatal événement, qui plaçait tout à coup la France eiilre deux invasions. Napoléon ordonna au maréchal Soull de voler défendre les barrières méridionales de la patrie : « Je vous ai nommé, disait l'oidre dicté par « l'Empereiu', mon lieutenanl-général commandant mes armées en Espagne et H sui' les l'>r(''riei's. » Le !•> juillet , le nian'clial élait à lîayonue; il organisa l'ai-
i08 HISTUIKE DE NAPOLEON.
mée et la divisa en trois corps sous les ordres des généraux Reille, Drouet d'Erlon et Clausel; cette armée s'élevait à soixante mille hommes. L'armée anglaise occupait la Basse-Navarre , et couvrait les sièges de Pampelune et de Saint- Séhaslien ; mais, lorsqu'il apprit l'arrivée du duc de Dalmatie, dont il connaissait riiiibik'té, Wellington reprit son système de circonspection accoutumée.
En Italie, la présence du vice-roi, cpii formait trois corps d'armée sur l'Adige, le dévouement des Italiens, profondément convaincus que leur destinée repose tout entière sur le succès de Napoléon , inspirent de la sécurité. A Munich , un allié loyal et fidèle va porter son armée à quarante mille hommes. Ainsi donc, bientôt s'ouvrira une seconde campagne. En attendant l'organisation et la disposition définitive de ses corps d'armée, le vice-roi, plus éloigné, reçoit l'ordre de se tenir prêt. Sa direction est la route de Vienne, il sera secondé par l'armée bavaroise, le 9" corps du duc de Castiglione et la cavalerie du général Milhaud. En Espagne, le maréchal Suchet doit hâter sa retraite vers les Pyrénées, et laisser quelques garnisons sur la route de Barcelone. Quant au maréchal Soult, il est chargé de commencer de vigoureuses opérations pour arrêter Wellington. Elles seront appuyées par trente mille hommes que l'Empereur a demandés aux départements du Midi. Les garnisons assiégées reçoivent l'avis de la reprise des hostilités, on leur fait espérer des secours. Napoléon visite en cinq jours les places de l'Elbe, ensuite il va reconnaître dans la Basse-Lusace les positions importantes de Luckau et de Luben. A peine revenu de Dresde, instruit du départ de l'Impératrice , qu'il a appelée à Mayence, il se met en route pour cette ville. Le 3 août, il doit être de retour à Dresde, afin d'y suivre de plus pi'ès la négociation de Prague, et de donner plus tôt ses derniers ordres pour une campagne que la joie de ses ennemis, à la nouvelle du désastre de Vittoria, lui fait regarder comme inévitable.
L'intention de Napoléon avait été de décliner la fatale médiation de son ennemi caché, et, malgré le peu de succès qu'avait eu sa démarche après la bataille de Lutzen, de chercher de nouveau à conclure, sans intermédiaire, avec Alexandre une paix glorieuse pour ce prince, et conséquemment de faire payer à l'Autriche, par la perte de son influence en Europe, sa mau^aise foi dans la campagne de 1812 et dans le moment présent, où elle jouait un rôle encore plus odieux. Mais ses plénipotentiaires n'étant pas parvenus à échanger une parole avec celui de Bussie ni avec celui de Prusse, pressé d'ailleurs i)ar le terme si prochain de l'armistice. Napoléon fut obligé de tenter du côté du médiateur l'œuvre de la paix. Aussi, pendant ces orageuses discussions, une négociation secrète arrivait au château impérial de Brandeitz. C'est à son beau-père que s'adresse directement Napoléon : une lettre confidentielle, du 9 août, charge seul le duc de Vicence de cette démarche ; elle a pour objet « de savoir de quelle manière V Autriche enle/nl que la paix peut se faire, et si, l'empereur IS'apoléon adhérant à ses propositions. l' Autriche fera cause commune avec la France, ou si elle reslern neutre. »
HISTOIKK 1H-: NAIM)I,i:()N.
'lOi)
Le 7, rAulridie ivpoiidit (lu'ellc ilciniiiiilait ■• la dissolulion du rjunnl-diic/ià de y'ar.'iovie, qui serait paitagr entre la Hussie , l'Autiic/ie et la Priixse ; le rcluliUsscmeiit des villes anscatiqnes dans leur indcpendanee; la reconstruction de la Prusse ni-ec une frontière sur l' Elbe ; la cession à l'Aulriclie de toutes tes provinces illi/riennes , y compris Trieste. >• 11 était question aussi do rindéjicMidaiicc de la Hollande et de l'Espagne, mais comme devant être traitée à la paix générale. Puis, tout à coup on apprend à Dresde que le congrès est dissous ! M. de Mellernich la déclaré aux plénipotentiaires français. Le 15 août, M. de Narbonne arrive à Dresde, porteur de la déclaration de guerre de l'Aulriclie.
Ainsi l'armistice, d'abord refusé par la Russie, et demandé depuis par >i. de Stadion, n'a été conclu que pour donner à l'Autriche le temps de compléter ses armements, et le congrès n'a eu lieu que pour aider cette puissance à dénouer des engagements qu'elle n'avait pas le courage de rompre ouvertement, 'i'elle fut l'issue de ce complot diplomatique, où. la haine la plus déclarée et l'intention la plus é\idente d'une guerre implacable se cachaient sons un \ain semblant d'amour de la paix.
='. /"fî-^--^—-*^-
GHAPIÏUE XXXIX.
FroliriiiiKiiiL'i (le la campayiiR. — NapoUion en BoliiMiio. — Il nviml sur BliKlniv — Balaille de Ortsiic. — Batailles de Kulm, de Uros-Bcurun. — Trailé fie la Iriple allianci' à Tci-plit/..
NAroLKON avait trois pensées doiniiiiinte.s
pour cette seconde campafiiie : l'occupation
(le lîeiliii par les armées concertées des
niaiécliaux l)a\oust et Oiidinol; celle de
1 , Bresliiu par l'arnK'e de Lusace, aux ordics
'^1 'l ' 1 du maréchal iNey ; et entin celle de Pniiiiie
par la grande armée, qu'il commandait.
Le 10 août, l'armistice avait été dénoncé;
le même jour, l'Autriche, disait son mani-
leste, li'unU' de principes iiiix puissam es,
^^^^ uvaiil )ncme que les truites eussent consacré
!' " - leur union, voyait déjà son armée en liijne
'"'."' a\ec ses nouveaux alliés, lîarclay de Tolly
avait, peiidanl les d( rniers jours du congrès, l'ait l'aire plusieurs marches en
nohème ;iii\ (piaire \ini;l niilL' hommes (pi'il amenait de Pologne. Moreau, le
général républicain Moreau, iiriné jadis conlre la li/nnniie cunsi/lcirr, \eiiail de
IIISlOIlll' l)l- NAPOl.KON. 'ill
rompiv le haii tic s tu o\il , t>l , iiMi'iiiir à la piitrie à (iiii il avnit dû tant de gloir.', mais ilocilt' à l'app.-! ili- ncriiadutlc, il était arrivé à toiu;)s au ([uarlior-général-di' l'oinpiTour Alexandre pour s'associer à la liaine des rois contre la Franre et Nai)nléon. Cependant les liosliiités ne devaient commemer que le 17, six jours après la dénonciation de l'armistice ; mais le 12, le maréchal lUiicher, connu, depuis sa retraite diéna sur Lubeck, pour être peu scrupuleux en fait de bonne loi, lil marcher ses troupes sur le tenain de la neutralité. Le maréchal Ney, place a Liegnitz , .•\tteiulant la lin de raiinislice , se trouva surpris par Hliicher, cl , après cinq jours de résistance, lui l'oi'cé d'aliainlonner Goldberg, Liegnil/,, llaynau (t lUnitzIau. Ainsi la campagne s'ou\ril, du côté des alliés, par une violation des droits de la guerre.
Les ennemis avaient cinq cent mille hommes sous le drapeau, divisés en trois armées : celle de Bohème, dite la i;rande armée, sous le prince Schwartzenlerg; l'armée de Silésie, sous le maréchal liliicher, et l'armée du Nord, sous le prince royal de Suède. Napoléon n'avait que trois cent mille hommes, y compris la garde, formant onze corps d'armée, qui obéissaient à Vandamme, Victor, Bertrand , Ney, Lauriston, Marmont, Ueynier, Poniatowski, Macdonald, Oudinot, Saint-C;r. La ca\alerie, sous les ordres du roi de Naples, est commandée par Latour-Maubourg, Sébasliani, Arriglii , Kellermann ; Mortier conduit l'infanterie de la garde, Nansouly la cavalerie. Davoust compte vingt mille lionunes sous Hambourg; Augereau vingt-quatre mille en Bavière; le prince Eugène organise en Italie trois corps d'armée qui seront portés à cinquante mille hommes. L'Autriche a une forte armée sous les ordres du général Hiller, en Italie; elle a mis activement dans la baiance cent trente mille combattants.
L'Empereur, parti de Dresde le 15 août, s'avança avec sa garde sur Bautzcn. Le dessein de Napoléon était de menacer les communications entre l'armée de Bliicher, celle de Bardai et celle de Schwartzenberg. Connaissant la lenteur autrichienne, il pense qu'il a le temps, avant de prévenir l'ennemi à Dresde, de courir en Silésie, et de repousser les cent mille hommes de Bliicher au delà des positions que le maréchal Ney a été contraint de leur abandonner. Arrivé le 21 à Lowendierg avec vingt-cinq mille hommes, il fait jeter des ponts sur le Bober : Maison, à la tète du .j' corps, attaque vivement Yorck en avant de Lowendierg; en même temps Ney et Marmont chassent Sacken de Bunlzlau, tandis (pie Macdonald et Laui'iston menacent le centre de Bliiclier. A la maiiièrc dont s'exéciilcnl CCS niiunemcnts, liliicher a deviné (pie Napoléon est là, et il ne cherche pins à disputer le terrain et se c(iiiceiili-e dcrrièie la petite rivière de llaynau; mais l'armée fran(;aise continue son atta(iue avec vigueur, et le force à se réfugier derrière la Katzhach. A la fin de celle journée a lieu la première défection dans nos rangs : un r(''giment de hussards westphaliens jiasse en entier à l'ennemi. Enfin, le 2:5 août, se termine la ])oursuite de Hliicher par Napoléon. Défait de nouveau à (ioldberg, le g(''ncral ])riissi( ii se relire en toute h.lte sur
412 IIISTOIUK l»E NAPOLÉON.
Jaiier, où le 2'i- il réunit son armée. Pendant les trois jours qui oui \u Napoléon à la tête de son armée en Lusace, le terrain de la neutralité enxaiii iiai' Blùflicr a été reconquis presque en entiei'.
Napoléon avait bien calculé; il a eu le temps de battre et de repousser ISlùclier, il aura celui d'arriver à Dresde avant Sdnvarlzenberg. Il donne pour iiistruclion an maréchal Macdonald , (jui remplace le mar('-clial Ney au commandemenl, de concentrer toutes ses troupes, d'éviter la bataiile, de se reployer sur la Queiss, et même sur le camp de Dresde, s'il a affaire à des forces supérieures. Napoléon avançait sur Dresde à toute course; il venait d'apprendre que les alliés avaient franchi les montagnes de l'Erzgebirge. Il rallie en passant les corps de Victor et de Vandamme. Le âl, le maréchal Saint-Cjr, apiès une faible canonnade, quitte le camp de Pirna devant la grande armée de Bohême, et se retire à Dresde, qui a été mise à l'abri d'un coup de main. Le lendemain, le prince de Schwaitzenberg campait devant Dresde avec deux cent mille hommes ; mais il remit l'attaque au 26, pour attendre l'airrivée du corps de Klenau. Moreau, qui connaissait le pri\ du temps, et qui surtout appréciait l'absence de Napoléon, voulait que l'attaque eût lieu au moment même.
Depuis les conférences de ïraclicmberg. Napoléon savait que les Autrichiens, les Russes et les Pi'ussiens s'étaient donné rendez-vous à Dresde, dans le camp de l'ennemi. Il avait formé son plan en conséquence. La démonstration qu'il venait de faire par la Silésie sur la Bohême avait eu aussi pour but d'inspirer aux alliés l'espoir d'arriver avant lui à Dresde, et lorsque ces mêmes alliés s'avanceraient dans la plaine, Napoléon devait, en passant les ponts de l'Elbe à Kœnigstein, revenir se placer sur les derrières de l'armée ennemie , en la coupant des montagnes de la Bohême , et la forcer de recevoir la bataille au moment où elle comptait attaquer Dresde. Mais il fallait , pour l'exécution de cette opération', que Dresde pût tenir jusqu'au 28; et sur cette question, une réponse négative, rapportée la nuit par le général Gourgaud cà l'Empereur, le détermina à renoncer à son dessein. Le général Vandamme avait été chargé de débloquer Pirna : l'Empereur lui expédia le général Haxo , pour lui prescrire de s'emparer des défilés de Peterswalde, sur la Bohème. « C'est à lui , dit Napoléon, à mmassir l'épée des vaincus, n Alors, mettant encore à profit la cii'conspection autrichienne, il entre 'a Dresde le 26, vers dix heures du matin.
Il était temps : en effet , quelques heures plus taid , le prince Schvvartzenberg s'était décidé à ne plus atteiidre le corps de Klenau , et à commander l'assaut. Les alliés, formés en six colonnes précédées chacune de cinquante bouches à feu, s'avancent sur les ouvrages. En peu de moments la canonnade devient terrible. L'ai'tillerie de la redoute de la pm'te de l'reyberg est démontée par celle de l'ennemi , qui emporte cgaUMnent la redoute du centre. Nos troupc's se replient sur les faubourgs. Les alliés débouchent entre Striescn et l'Elbe, et portent le combat jusipiau pied des palissades. Les réserves de Saint-Cyr sont engagées. Napoléi>n
juge le moment de l'offensive arrivé pour lui. Le maréchal Ney débouche par la porte de Plaucn , sur la gauche des alliés; le maréchal Mortier sur la droite par la porte de Pirna. Le roi de Naples , avec la cavalerie de la garde et celle de Latour- Maubourg, repousse l'ennemi sur la roule de Willsdruff. Bientôt la victoire, que Schwartzenberg ci'oyait certaine , se change en une défaite sanglante , et les Français ont repris toutes leurs positions, (^inq générauv de la garde ont été blessés. Nous avons perdu trois mille hommes, l'ennemi siv mille, dont deux mille prisonniers. On consacre la nuit , de part et d'autre , aux dispositions de la bataille du lendemain. Les corps de Victor et de Marmont, et trois divisions de cavalerie commandées par Kellermann, sont arrivés le soir, et ajoutent quarante mille hommes aux soixante mille qui viennent de sauver Dresde. Aussi, dés la pointe du jour. Napoléon, sûr de son succès, présente la bataille, et Schwartzenberg l'accepte, plein de confiance dans la supériorité de ses forces. La pluie, qui toute la nuit est tombée par torrents, dure toujouis ; elle rend inutiles les armes à feu de l'infanterie : la baïonnette, le sabre et le canon décideront cette grande lutte.
A sept heures , la canonnade commence de toutes parts. Notre aile droite fait des progrès rapides : le roi de Naples et le maréchal Victor attaquent avec furie le corps de (liulay , prennent ou détruisent cinq régiments et l'avant-gardc de Klenau ; la division de cavalerie de Metzko avec son général met bas les armes. Le centre des alliés est coupé de leur gauche, qui éprouve une défaite complète: dix mille prisonniei's sont conduits à Dresde. Sur leur droite, le maréchal Ney avait affaire aux Russes. Wittgenstein, malgré la plus opiniâtre résistance, a été rejeté avec une perte considérable jusqu'à Grossdobiitz ; au centre. Napoléon, faisait soutenir le feu avec une violence égale depuis le matin. Marmont et Saint-Cyr, adossés aux retranchements, repoussent les charges multipliées des Prussiens et des Autrichiens. Sainl-Cyr a repris le grand parc, et a chassé Kleist de Strehien. Les hauteurs de Rocknitz, où se tiennent les souverains alliés, sont couvertes de masses énormes, qu'il est impossible d'attaquer autremi'nt qu'a\e(' l'artillerie. C'est celle de la garde qui est chargée de les disperser, cl bientôt on peut juger qu'elle y a porté de grands ravages. Un désordre étrange agite tout h coup le groupe des souverains. Un boulet de la garde a empoilé les deux jambes au général Moreau, qui s'entretenait a\t'c Alexandre. Ainsi furent vengés la France , l'armée et Napoléon. La conspiration de Moreau avait fait proscrire sa vie; sa mort a fait proscrire jusqu'à sa mémoire. La nuit est venue: Schwartzenberg, voyant que les deux grandes communications sur la Bohême sont orcujjées , l'une à Pirna par Vandamme , l'autre à Freyberg par le roi de Naples , ordonne la retraite en trois colomies sur Tœplitz. Il laisse sous les murs de Di'esde trente mille morts et douze mille prisonniers.
Après <clte grande bataille, dont le résultai était la Holiéme, les trophées ne manquèi'ent |)oint dans la poursuite , comme après les joui'uées de Lulzen el de
k\'4- IllSTOlIll-: DE NAl'OLKON.
Wursclien. l'Ius de deux cents piéies ou {nissons, mille louif,'on.s, une fiiule de (l'iiînai'ds, ruiciit pris par le maréchal Marnionl el par le loi de Xaples, sur la roule de l'reylierg. I.e roi de Naples pouisuiMl KIciiau sur Marienberg ; Marniont , (j)llore(lo et Chastellcr sur Alleidierj; ; ^^ainl-Cyr, Kleist et Harclai sur llolina; Vandaiiime, Osteriuaiui el le prince de Wurtemberg sur IVeplitz; \'andaiiune a marché avec tant de rapidité et de succès , cpie ce jour même , 28 , il était maître de Ghicsbubel, (ju'il a\alt i'ranchi le; dédié de l'eterswalde , et tpi'il était établi le soir à Noilenilorf, après avoii' enlevé deux mille iirisonniers aux dusses. Le biuit de sa marche a chassé de Tceplilz le corps diplomali(iue et tout l'état-major. Les premiers avantages de Vandamme à Pirna contre Ostermann avaient décidé la retraite de Scinvartzenberg. C'en est fait de la grande armée Je Holiôme, pressée qu'elle doit être entre les maréchaux et Vandamme , maître de Tœplitz. Napoléon est arrivé à Pirna avec sa garde ; il s'y arrête et y prend un léger repas. Tout à coup il est saisi par des vomissements violents , que l'on attribue à un refroidissement causé par la pluie constante de la veille. Oti le met en voiture, et il est transporté à Dresde. Cette fatalité n'est pas la seule. A Dresde, Napoléon apprend que le 26, jour de la délivrance glorieuse de cette ville, Oudinot est en retraite devant Bernadotle, et Macdonald en mouvement pour alt;uiuer Bliicher. Hélas 1 il va résulter des opérations d'Oudinot, de .'Macdonald, de \'andamme et de Ney, que Napoléon ne peut être remplacé pour la victoire par aucun de ses lieutenants.
Cependant lien n'est changé aux ordres doimés aux maréchaux et à Vm]damme ; ces ordres sont renouvelés le 29 à Dresde, et le 30, Mortier a pour mission de soutenir Vandamme avec trois divisions de la jeune garde. Le 30, dans la journée, Napoléon, instruit du désasti'e de Macdonald sur la Katzbach , envoie contre-ordre aux maréchaux et à X'andamme. Les maréchaux le reçoivent et arrêtent leur mouvement. Vandamme ne le reçoit point , et il continue le sien. Ce jour même il est descendu sur Kuhn avec dix bataillons ; mais , entre Kulm et Tœplitz , il se trouve arrêté par Ostermann à la tête de douze mille grenadiers russes. Vandanmie appelle >ainement à lui tout ce iprii a laissé du pivmier (;orps à Nollendorf ; son attaque est repoussée par Ostermann , qui semble résolu à défendre Tieplitz comme le palladium de l'armée de Bohême. La ténacité d'Ostermaim, au lieu d'éclairer Vandanuoe , lui prouve au cuntraire toute l'importance de Tœplil/. : il a d'ailleurs dix-huil mille hommes conlre douze mille, et, de plus, il se croit sui\i d'un cùlé par Morlier a\ec la jeune garde, de l'autre, appuyé par Saint-Cyr et Marnnnl, et il prend pusition à Kulm, où il passe la nuit, malgré l'avis de ses généraux. Pendant la nuit, l'armée alliée, n'étant plus poursuivie , avait alllué sur '('(pplilz par toutes les routes. .Vu point du jour, le 31 , ^'andammL' a la ^certitude que ce n'est plus le corps d'Ostermann seul, mais l'armée entière de Schwarizenberg qui est de\aiit lui ; il a le temps encore de se retirer sur Nollendoif, et même sur P<'teis\\alde. D'ail'i urs il w peut
HISTOIUE DE NAPOLÉON. 415
(Imiter (iiie les niari'cliaux ne soient n la suite de l'armée alliée, ils vont débouiliei' sur lui au inemier nionienl , et Napoléon lui même marche après Mortier avee l'invincible garde. Vandamme se dévoue : il ne compte ni ses soldats, ni ses ennemis. Là, tout à coup débordé à droite par les Russes, à gauche par les .Uitrichiens, assailli par dix mille hommes de cavalerie, il voit sa gauche forcée de se reployei" sur .Vrbesau ; toutefois sa droite et son centre , appuyés sur Kulm , soutiennent le combat avec d'autant plus de vigueur, qu'une forte colonne débouche de Noilendorf: c'est Saint-Cyr ou Mortier. Pendant plusieurs heures les dix-huit mille braves de Vandamme reçoivent et repoussent le choc de soixante- dix mille Uusses et Autrichiens. Mais enfin la colonne se découvre, elle approche , et Vandamme a reconnu le corps de Kleist, en retraite de^ant Saint-Cyr. 11 n'est plus possible de se maintenir à Kulm ; il faut s'ouvrir une route sanglante ; tous l'ont juré. Corbineau est à leur tête : formés en colonne serrée, ils se précipitent à l'arme blanche sur les Prussiens, les culbutent, les traversent, enlèvent toute leur artillerie, et gravissent les hauteurs avec ce trophée qu'ils ramassent en fuyant. Dans cette affreuse bagarre, chargés avec fureur par les Russes et les Autrichiens, ils sont forcés d'abandonner les canons de Kleist. Vandamme, llaxo , Guyot et sept mille hommes tombent au pouvoir de l'ennemi ; trois mille restent sur le champ de bataille. Corbineau parvient , avec les généraux Dumonceau et Philippon, à ramener huit mille hommes, qui, à deux lieues de là seulement, rejoignent les troupes de Saint-Cyr. Il arrive à Dresde , et le sabre prussien dont il est encore armé apprend à Napoléon le désastre de Vandamme.
Ce fut sous ces auspices funestes pour la France que, le 2 septembre, les trois souverains alliés se réunirent à Tœplitz. Le 9, on signa en présence de lord Aberdccn le traité qui proclama l'accession de l'Autriche à la ligue du Nord, (x' traité rendait à l'Autriche le statu rjito de 1803, à la Prusse celui de 1805 ! L'empereur d'.Vutriche donnait lui-même rendez-vous dans le camp de Veruiemi commuti .' Napoléon avait dit , le 21 août , eu allant au secours de Dresde : Aiijourdlnii Oudinat riidc à Reiiiii. Ln ellél , tandis (|ue le maréchal Davoust occupait Scinverin, menaçant Kostock et W isniar , le duc de Reggio (luillait , le 17 , la poition de Dahmeet s'établissait à Rarulh : malheureusement il demeura dans l'inaction deux jours, abandonna , le jour suivant , la roule de Torgau à Rcrlin , et lit un mouvement sur NVittemberg. Au lieu de sui\re la marche si impérieusement tracée par Napoléon, et combinée avec celle du prince d'iùkmiihl , Oudinol avait dirigé le septième corps sur Gress-Reeren , le douzième sur Ahr(>nsd(irf , et le (pialrième sur lilackenfeld , où le général Rerirand se battit toute la journée. Instruit de ces directions, le prince royal de Suède avait porté tous ses efl'oris sur le centi-e à (iross-Beeren, jugeant bien que le succès de son attaque entraînerait nécessairement la défaite de nos deux ailes. L'événement justifia celte prévision. La pluie ayant iciidu les fusils itresque inutiles, on en vint à la liaÏMiit:clle;
ninis , écrasé sous le nombre , le général t'ranrais se vil forcé (l'abninlonrier Ciross- Ueeren , et de se retirer sur Gottow.
L'Empereur, à la nouvelle de l'écliec de (iross-l'eeren , cliargea le marédial Ney de le réparer, et lui donna le commandement du marédial Oudinot, a\ec l'ordre de se porter en avant et de replacer, par un mouvement de liane, l'armée sur la route de Dresde à Berlin. Tout à coup, le 30 août, le lendemain du départ de Ncy pour l'armée de Berlin, il apprend que Macdonald a essuyé sur la Katzhach une déroute complète contre l'armée de Bliiclier.
Assiégé de toutes parts. Napoléon s'obstinait à garder Dresde comme un immense arsenal , comme la forteresse d'où , suivi de son in\ incible garde , il pourrait encore s'élancer au secours de ses armées; mais les alliés avaient résolu de le forcer dans cette position ; en conséquence les armées de Schwartzenberg et de Beningsen se combinèrent pour agir sur notre flanc droit , et celles de Bliiclier et de Bernadotte pour agir contre notre gauche. Afin de résister à un orage si redoutable. Napoléon appela à lui les vingt mille hommes organisés par .\ugereau à Wurlzbourg, et dés lors la Bavière resta abandoimée à elle-même. Dès la rupture de Prague, le roi Maximilien avait loyalement écrit à Napoléon qu'il espérait pouvoir continuer l'alliance jusqu'à la fin de novembre; mais, le 8 octobre, le traité de Ried fit passer aussi cet ancien ami de la France sous le joug autrichien.
Cependant , avant de partir de Dresde , Napoléon conçoit encore le projet de surprendre Bliicher et d'empôcher sa jonction avec Bernadotte. Le 7 septembre, à six heures du matin , il a quitté Dresde ; il y laisse deux de ses meilleurs généraux , le maréchal Saiiit-Cyr et le comte de Lobau, ainsi que trente mille hommes qu'il ne reverra plus. Napoléon, marche à la tête de cent vingt-cinq mille hommes, sur Duben , où est Bliiclier ; mais celui-ci , par une manœuvre hardie , lui échappe : il passe la Mulda , et se réunit à Zœrbig avec le prince royal de Suède. Désespéré de ne pouvoir atteindre ni Bliicher ni Bernadotte , Napoléon fut saisi de l'idée de transporter la gucri'e entre l'Elbe et l'Oder, quand, le V* octobre, il reçut la déclaration de guerre de la Bavière. Dans peu, le roi de Wurtemberg, le plus dévoué de ses alliés, va céder aussi, malgré lui , à l'obsession menaçante du cabinet de \ienne. Entraîné par le même tourbillon, le grandduc de Bade sui\ra bieidot l'exemph" de ses \oisins.
Mais le coup le plus funeste vient de lui être porté par l'armée bavaroise, dont In jonction avec le corps de Reuss découvre la frontière française depuis lluningue jusqu'à Mayence. Napoléon n'a plus d'autre ressource, pour ne pas perdre toute communication avec la France , que de gagner rapidement Leipsick, où les armées combinées pourraient le prévenir. D'ailleurs, la grande armée autrichienne avait débouché de la Bohème, et, le 13, le roi de Naples, vivement attaqué vers le village de >\'achau, n'a écouté que sa valeur, et a payé un moment de succès par un revers. Le roi de Saxe a suivi la marche de Napoléon ; il arrive dans la dernière ville qui lui reste. Seul de tons les alliés de la
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Fiaïuc , (0 Nestor des rois a rejeté les iiisliiiiees, a dédaiffiié les meiiaees de l'Autrielie, de la Prusse et de la Russie, qui ont envahi tous ses Étals Les alliés n'ont pas cessé d'avancer; ils sont, avec trois cent cinquante mille hommes, en présence de Napoléon , qui n'en compte que cent cinquante cinci mille, et n'a que vingt-deu\ mille hommes de cavalerie à opposer à un nomhrc plus que double de cette arme , si importante dans de vastes plaines comme celles de Leipsick. C'est avec ces forces que Napoléon va disputer encore, non plus l'em- [lire du monde , mais la vicloii'e d'où dépend le salut de la patrie.