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CHAPITRE XLI

Airaiivs fl'Esp;iu'iic cl (l'Il.ilii'. jusi|ir.'i l.i lin ili' )S|:1. — Napok'on h Paris, di- Fiaiicforl. — Séances du Sénal il du Curps-Lfeislalif.

Pi'oposilions

Avant et depuis la rupture flu congi-ès de Prague, nos armées, exeitées dans les deux (■ r Péninsules par Napoléon, qui sentait profondément les périls de la France , répondaient avee la même constance , mais avec une fortune diverse, aux appels i?r ' du génie infatigable de ce grand capitiiini'. De glmiruv l.iits d'armes, perdus dans les escai-pements des luotilagncs et étoud'és par les désastres de la grande aimée , signalèrent les derniers efforts de l'armée d'Espagne sous le maréchal Soult. Les généraux Foy, Clausel, Abbé, Reille, Conroux, Drouet. etc. , attachèrent leurs noms à cette campagne malheui'eusc, où la valeur fiançaise soutint le dernier vol de l'aigle impéiiale sur le sommet des Pyrénées. A la fin de 1813, il ne nous restait plus en Ksjiagne que le petit port de Sanlona , qui partageia avec Hambourg, il l'autre extrémité de l'Europe , l'honneur de garder le drapeau tricolore jusqu'au traité de Fonlaiiiclileau.

428 HISTOIRE l)E NAPOLÉON.

Le prince Eugène, arrivé le 18 mai à Milan, après s'èlre illustré par la retraite de Posen, comptait, vers le milieu de juillet, sous ses drapeaux, plus de cinquante mille honunes. Dans le mois d'août il occupait sur la ligne de la Saave, Villacli , Tarvis, Laybach et Trieste; des succès variés lui enlevèrent et lui rendirent ces diverses positions, qu'il aurait fini par conserver, malgré le soulèvement de l'Illyrie et la désertion de tous les soldats des contrées réunies à la France. Mais le traité de Ried entre l'Autriche et la Bavière étant venu donner tout à coup à la guerre en Italie un caractère plus grave, en ouvrant aux troupes autrichiennes les défdés du Tyrol, le vice-roi crut devoir resserrer sa ligne. Ce prince se trouvait, comme son père adoptif, les aimes à la main contre son beau-père; comme Napoléon, il marchait entre la défection du l'oi de Bavière et la perfide amitié du roi de Naples.

La tâche d'Eugène était cruelle : condanmé à redescendre les premiers degrés de la gloire militaire de Napoléon , à fi-anchir les pentes et non plus les sommets des Alpes Juliennes , sa retraite est une lutte perpétuelle. Le 31 octobre, il prend Bassano aux Autric^iiens ; le 5 novembre , après avoir secouru Palma-^ova et organisé la défense de Venise , il se replie sui' l'Adige , et porte son quartiergénéral à Vérone. Le 15, il bat à Caldiei'o le général Bellegarde ; le 27, un revers enlève aux Français Ferrare et Rovigo; les Autrichiens s'opiniàti'ent à occuper ces deux territoires, parce qu'ils, savent que Joachim , qui a fait dresser ses tentes derrière celles du vice-roi , attend des nouvelles du prince Cariati , son négociateur auprès du cabinet de Vienne. Ce prince est resté à Naples avec l'Autrichien Neipperg et un envoyé de l'Anglais Bentinck. Les proclamations couvrent l'Italie. De Ravennes, le général Nugent promet aux Italiens le bonheur dont ils jouissent à présent , sous la maison d'Autriche.

L'attitude équivoque de Murât était l'objet constant de la correspondance de l'Empereur avec le vice-roi. « Faites-lui toutes les prévenances possibles , écrivait Napoléon à Eugène, le 3 décembre, pour en tirer le Meilleur parti, a En attendant , et d'après les ordres de l'Empereur, les villes , les arsenaux , les magasins des provinces françaises et italiennes sont ouverts aux Napolitains. Zara a succombé à un siège et à un bombardement, par la défection des Croates. Venise, que les Autrichiens bloquent étroitement, repousse leurs attaques avec vigueur. Dans les derniers jours de ce mois se consommait la trahison de Joachim : ses troupes arrivaient à Rimini et à Imola ; elles entraient comme amies à Ancône et à Bologne. Ce fut alors que le vice-roi, ayant reçu des renforts, prit de nouvelles dispositions militaires.

Immédiatement après la bataille de Ilanau , Napoléon, revenu à Mayence, consacre six jours dans cette ville à la réorganisation de son armée. Macdonald est chargé de défendre le Rhin à Cologne, Marmont à Mayence, Victor à Strasbourg; le duc de Valmy va à Metz connnander les réserves; le général Bertrand , qui a livré le dernier combat sur la Kintzig, est placé en première ligne à la tèle

du pont (le Cassel, cet inexpugnable boulevarl de Mayence. Tout le reste de l'armée a repassé cette grande limite que la nature et la république avaient donnée à la France. Mais, pour surcroit de malheur, le typhus des hôpitaux moissonne sous leurs abris une foule de braves que le champ de bataille a respectés : cette terre , encore française , semble n'avoir plus que des tombes pour ses défenseurs.

Le 9 novembre, Napoléon était de retour à Saint-Cloud. Le mi^me jour, un événement singulier se passait à Francfort. La campagne venait de se terminer par l'enlèvement de M. de Saint-Aignan , ministre de Napoléon près les cours ducales de Saxe. Dans sa route, ayant réclamé contre cette violation, M. de Saint- Aignan fut appelé par M. de Metternich à Francfoi't, où étaient réunis les ministres des puissances belligérantes. « Il s'agit, lui dit M. de Metternich , de la réponse aux propositions dont le général de Meerweldt a été chargé. Personne n'en veut à la (hjnaslie de l'empereur Napoléon. L' Angleterre , irprend lord Aberdeen, est disposée à rendre à pleines mains. Les choses s'arrangeront bien vite, ajouta le comte de Nesseirode, si le duc de Yicence, votre beau- frère , est chargé de la négociation. » Enfin M. de Saint-Aignan écrit, sous la dictée de M. de Metternich , les propositions qu'il doit transmettre à Napoléon. « Il s'agit d'une paix » générale. La France sera renfermée entre le Rhin , les Alpes et les Pyrénées. « L'Angleterre reconnaîtra à la Finance la liberté du commerce et de la navigation. « Après l'acceptation de ces bases, une ville sera neutralisée sur la rive droite « du Rhin pour la négociation. » M. de Saint-Aiguan arrive à Saint-Cloud et remplit sa mission. Napoléon propose Manheim pour le congrès, et nomme pour plénipotentiaire le duc de Vicence , à qui il donne le portefeuille des affaires étrangères; tout à coup, dans l'intervalle de la correspondance du cabinet de France avec celui d'Autriche , parait , le 1" décembre , la fameuse déclaration de Francfort , qui, par un arrêt européen de la coalition, sépare la cause de Napoléon de celle de la nation française, au moment où l'on négociait avec lui la paix du monde ! Le lendemain , M. de Vicence écrivait à M. de Metternich que l'Emppreur adhérait aux bases proposées.

En effet , l'Autriche avait senti qu'il lui fallait du temps pour armer sa médiation , et elle y employa les deux mois de la négociation de Pleswitz et du pi'étendu congrès de Prague. Il en était de même à l'égard de la coalition ; elle avait décidé la destruction de Napoléon et de l'empire français : toutefois il lui fallait aussi du temps afin de se faire ouvrir toutes les portes de la France, et elle en avait trouvé le moyen dans la fallacieuse négociation de Francfort , pour laquelle Napoléon s'était résigné aux plus giands sacrifices. Déjà , après Leipsick, l'Autriche a\ait chei'ché à séduire cette neutralité Suisse, admirable pi'ivilége (|ne l'Euiope lui reconnaissait depuis plusieurs siècles; le 18 octobre, la Suisse l'avait de nouveau réclamée, et Napoléon s'était empressé d'y adhérer. Mais le cours du lUiin , depuis IWle jusqu'à la mei- , ne suffisait pas à l'invasion euro-

430 mSTOlKK ItK NAI'OLKO.N.

pc'oiinc ; les nlliés détidèreiit secrètciiieiit à Fraiii fort (]iic l;i iicutiiilid'- licivi'tiqiio serait traitée comme une protection du sol Finançais, et l'olisarciiie biiiioise, qui gardait la frontière allemande, convint de prêter la main à la \iolali()n du territoire helvétique par le prince de Scliwaitzenbeig, qui , de Fian( fort , était allé lui-même négocier cette trahison.

Ainsi rien ne pouvait plus ari'cHcr l'envahissement de la Fiance : le lihin est livré aux coalisés à Râle, à Hheiiifelden, à SchalTouse, et la l'oute de (ienè\e est de\ant eux. Schwartzenberg est chargé du premier mouvement, lîuhna du second; Blùcher attend la nouvelle de leur marche pour passer le lUiin à Maiiheim ; Bernadotte attend aussi en Hollande, pour entrer en Belgique, que Blùcher ait mis le pied dans la vieille France. Cependant qu'ont-ils à craindre, ces généraux, à la tête de leurs masses victorieuses'? Ils n'ont laissé derrière eux que des captifs à Hambourg, à Dantzick et dans quelques places du Noi'd. Dès le 11 novembre, le maréchal Saint-Cyr avait capitulé à Dresde, pour ses trentedeux mille hommes, avec les généraux Tolstoï et Klenau. Mais le dernier ambassadeur d'Autriche à Paris, le généralissime Schwartzenberg, a refusé de ratilicr la capitulation; et lorsqu'ils s'avançaient vers la France, Saint-Cyr et son armée ont été investis, désarmés, conduits prisonniers en Autriche ! Le 21 novembre, Stettin , après huit mois de blocus , ouvre ses portes ; le 2'* , Amsterdam reçoit le général Bulow, proclame l'indépendance de la Hollande et le rappel de la maison d'Orange; le 2 décembre, Itrecht se rend; le i, les Suédois sont dans Lubeck ; le 10 , l'ennemi occupe Breda et Wilhemstadt ; enfin , le 15 , pour qu'il ne restait plus en Europe un seul allié à Napoléon, le lidèle roi de Danemark signe malgré lui un armistice avec les Russes. Cependant la forte ville de Torgau , où vingtsept mille hommes ont été entassés dans les maisons d'une population de quatre mille cin(] cents habitants, a subi toutes les hoi'reurs de la guerre : en pi'oie à une contagion qui dévore quatre cents honnnes par vingt-quatre heures, bombardée nuit et jour, livrée à la famine, au désespoir, elle n'a plus d'autre asile pour ses morts que les glaces de l'Elbe. Son cimetière est occupé par reniiemi. Son gouveineur, Xarbonne, le négociateur de Prague, a péri victime du typhus. Le général Dutaillis, qui le remplace , aura jusqu'au dernier moment la foi'ce de tenir fermées à l'ennemi les portes de cette malheureuse place.

Le 11 décembre, au milieu des désastres de .ses troupes d'Outre-Uhin et des trames machiavéliques de la coalition, Napoléon, par le traité de Valençay , donne un gage à la paix , dont il a reconnu les bases posées par les alliés euxmêmes, et rt'tui l'Espagne à Ferdinand. Le duc de Bassano avait encore entamé une autre négociation avec le pape; il la continua , quoiqu'il ne fût plus ministre des l'elations extérieures; l'évêque de Plaisance, qui en était le plénipotentiaire, la fit connaître par des lettres qu'il publia dans les journaux. Ainsi Napoléon, en traitant avec Ferdinand et avec le pape, était allé de lui-même au-devant de ces bases de Francfort , ini'on lui refusait depuis (|u'il les avait acceptées.

HISTOIKI-: DE NAPOLÉON. 431

(Jt'lx'iiiliHit , II' 15 noveiiibi'o , un sénatus-consiillo avait appeli'' trois cciit mille lioinmes sous les armes ; un autre avait fixé au 15 décembre l'ouverture du Corps Législatif. Le 17 de ce mois , un déci'ct impérial mobilisait cent quatre-vingt mille gardes nationaux, pour renforcer les garnisons de l'iiitiMieur. Napoléon a besoin de tontes les ressources de la Finance au moment on il doit faii'e face aux périls sans nombre qui l'envirorment. Pour trouver des secours et du dévouement dans de si gra\es circonstances , il avait convoqué le Sénat , le Corps Législatif cl le Conseil-d'Ltat. 11 ouvrit en ces tei'uies cette séance soleiuielle :

« SÉNATEUnS, CONSEILI.EItS-n'ÉTAT, UÉPUIÉS DES DÉl'AKTE.MENTS

AU Coups Législatii',

« D'éclatantes victoires ont illustré les armes françaises dans cette campagne : « mais des défections satis exemple ont rendu ces victoires inutiles. La France « niônie serait en danger sans l'énergie et l'union de ses enfants... Je n'ai jamais « été séduit pai' la prospérité: l'adversité me trouvera au-dessus de ses atteintes; « j'ai plusieurs fois donné la paix aux nations lorsqu'elles avaient tout perdu. (c D'une part de mes con([uêtes j'ai élevé des trônes pour des rois qui m'ont « abandonné; j'avais conçu de grands desseins pour la prospéiité et le bonbeur « du monde... Cependant, monarque et père, je sens que la paix ajoute à la « sécurité des trônes et à celle des familles. Des négociations ont été entamées « avec les puissances coalisées; j'ai adhéré aux bases préliminaires qu'elles m'ont « présentées; rien ne s'oppose de ma part au rétablissement de la paix... » Les pièces de la négociation fui'ent comnmniquées au Sénat et au Coi'ps Législatif, ([ui nouuuèrent chacun une conunission pour les examiner. Le 30 , la conunission du Sénat présenta son adresse à l'Euqiereur; le Sénat approuvait tous les sacrilices demandés à la France dans le but de la paix... u C'est le vœu de la France , « dit la dépnlation ; c'est le besoin de l'humanité. Si l'ennemi persiste dans ses « refus, eh bienl nous combattrons pour la patrie euti'c les tombeaux de nos « pères et les berceaux de nos eid'aiits. »

Napoléon répondit : « Ma vie n'a qu'un but , le bonheur des Français. Cepen- « dant , le Héarn , l'Alsace, la Fianche-Comié, le Hrabant, sont entamés; les cris «de celte partie de ma famille me déchirent l'Ame: j'appelle des Fiançais au « secours des Français ; j'app<'llc les Français de Paris, de la Bretagne, de la Nor- « niandie , de la Chanqiagne, et des autres départements , au secours de leuis « frèi'es. Les abandonnerons-nous dans leur malheur? Paixel délivrance de notre « terril oiie! doit être le cri de ralliement. A l'aspect de tout ce peuple en armes, « l'étranger fuiivi ou signei'a la paix sur les bases qu'il a lui-nuhne proposées. H « n'est plus (fucsliun de recouvrer les conquêtes que nous avons faites. » C'était parler en grand honune et en grand citoyen. Le rapport de la conunission au Sénat était également digue de la nation , du Sénat et de Na|ioleon. il se termi-

iiiiit ainsi : « Lr moiiicnt est dckisif. Les étrangers tiennent un langage paci- « fiquc ; mais queiciucs-unes tic nos fi'ontières sont envahies et la guerre est à « nos portes. Trente-six millions d'hommes ne peuvent trahir leur {gloire et leur (c destinée... Rallions-nous autour de ce diadème où l'éclat de cinquante victoires « brillent au Iravei's d'un nuage passager. La for lune ne manque [tas loiujtemps « aux nations qui ne se manquent pas à elles-mêmes. »

Le Corps Législatif, au contraire, fut hostile : au lieu d'accourir au secours de la patrie, il instruisit le pioccs de l'empire avec la liberté; sa commission sembla n'être que l'organe du parti de l'étranger. « ... On ne veut pas nous huini- « lier , dit l'orateur de la commission ; un veut seulement nous renfermer dans nos « limites et reprimer l'élan d'une activité ambilieuse, si fatale depuis vingt ans à « tous les peuples de l'Europe. De telles propositions nous paraissent honorables « pour la nation , puisqu'elles prouvent que l'étranger nous craint et nous respecte. a Ce n'est pas lui qui assigne des bornes à notre puissance; c'est le monde effrayé « qui invoque le droit commun des nations. Les Pyrénées , le Rhin et les Alpes K renfei'ment un vaste territoire dont plusieurs provinces ne relevaient pas de « \' empire des lys, et cependant la couronne royale de France était brillante de « gloire et de majesté entre tous les diadèmes. — Orateur, s'écrie le duc de Classa, <f qui présidait , ce que vous dites est inconstilulionnel. — // n'y a ici d'inconstitu- « tionnel que votre présence; » répliqua l'orateur; et il continua pai' le tableau du despotisme sous lequel gémissaient les peuples du Rhin, du Brubant et de la Hollande.

Ainsi l'Europe assiégeante et la France assiégée apprii-ent en même temps que le Corps Législatif se constituait l'opposition. Une adresse à l'Empereur fut votée à la majorité de deux cent vingt-trois voix contre ti'ente et une. Celte adi'esse était, comme le rapport, une véritable émanation de la déclaration de Francfort; elle séparait ainsi la France de Napoléon ; elle exprimait violemment le vœu d'un redressement de griefs imputés au gouvernement impérial ; elle demandait à l'Empereur des garanties contre lui-même, des garanties politiques , pour engager lu 7ialion, pour rendre la guerre nationale.

Napoléon sentit profondément les consé(]ucnces d'une di\ision si (iinlinirc au\ intérêts du pays et à toute saine politique ; ne sachant quel remède apporter au mal , il ordonna de saisir l'épreuve du rapport et celle de l'adresse chez l'imprinienr, et de briser les planches de la composition ; le lendemain, les portes du palais du Corps Législatif furent fermées et la législature ajournée. Peut-être la loi de la nécessité, qui gouverne encore plus les princes et les empires que les particuliers, exigeait-elle celle illégale et violente détermination; mais c'était le cas de la justifier par un appel direct et généreux à la natiiui, et de s'adresser à elle avec la confiance d'un homme sous lequel elle avait acconqili tant de prodiges. Au lieu de cela. Napoléon con(;ut la malheureuse idée de doimer aux (h'putés une audience de congé, et il laissa éclater à peu près en ces mots son mécontentement :

«J'ai suppriiiR- votre adresse: elle était incendiaire. Les onze douzièmes du « Corps Législatif sont composés de bons citoyens ; je les connais, je saurai avoir « des égards pour eux; mais un autre douzième renferme des factieux , des gens « dévoués à l'.Vngleterre : votre commission et son rapporteur, M. Laine, sont de « ce nombre; il correspond a>ec le prince régent par rintermédiaire de Desèze; w je le sais, j'en ai la preuve; les quatre autres sont des factieux... S'il y a quel- « ques abus , est-ce le moment de me venir foire des remontrances quand deux « cent mille Cosaques franchissent nos frontières? Est-ce le moment de venir dis- « puter sur les libertés et les sûretés individuelles quand il s'agit de sauver la « liberté politique et rindépendance nationale? Il faut résister à l'ennemi; il faut « suivre l'exemple de l'Alsace, des Vosges et de la Francbe-Comté , qui veulent « marcher contre lui et s'adressent îi moi pour avoir des armes... Vous cherchez « dans votre adresse à séparer le souverain de la nation... C'est moi qui repré- « sente ici le peuple, car il m'a donné quatre millions de suiïrages. Si je voulais « vous croire, je céderais à l'ennemi plus qu'il ne me demande... Vous auicz la « \y,\l\ dans trois mois, ou je périrai... Votre adresse était indigne de moi et du « Corps Législatif. « Il eût mieux valu se contenter d'avoir dissous la Chambre des Députés que de lui adresser une pareille réprimande. Napoléon, quoique; doué d'une haute élocpu'nce , ne savait pas gouverner ses paroles dans toutes les circonstances.

Après ce funeste entretien avec le Corps Législatif, il soutint sa résolution par des raisons d'État irrésistibles ; dédaignant les voies tortueuses de la diplomatie , il aurait voulu sauvei- la France par les bras de ses enfants. ÎNlais il n'était plus au pouvoir d'un honune et d'une armée d'obtenir ce prix des plus héro'niucs ejl'orls.

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