CHAPITRE LXII
Cainpjiuiie (le Fiance — Déleelioii du l'oi de Naples - Bul.iillv de Brieiiiie. — lliilaillr de la KliuUèrc. — Balaille de Cliainp-Aubeil. — Confiés de f.liâtillon. — Combat de SlouliiiMii —Combat de Monlmirail. — Bataille de Craoïine. — Frise, combat et reprise de Reims. — Combat de Fére-
Chaiiipenoise. — Balaille el capilulalioii de Paris.
L'année 1811 coiimiptice pour Napoléon sous de siiiistics atispices:
sui les lioids de la Baltique, les Mti^t mille biaves, irste de la gariiisuti de Daiitziek, sont, au mépi'is (1( 1 1 capiliilaliou, cinoyés dans les (ksnts de Uussie : Genève, qu'un ^ litlit nuigistfal vient d'abaiidonnei', a ouvert ses portes, que l'on pouvait (h l( ndie encore longtemps. Lyon, ( oiilif au maréehal Augereau, Lyon , (pti doit sauver le midi do la France si le duc de Castiylione se souvient de ce cpi'il a fait autrefois et des dernières instructions de Napoléon, nieuice detomlicr aux mains de l'eimemi. Serons-nous plus heureux dans les néjioiiations? La toninure (lu'clies picnneiit laisse peu d'espoir.
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Le duc de Vicenee , muni des pleins pouvoirs de l'Empereur, n'avait pu être admis auprès de M. de Metternich. Le 18 janvier, il attendait encore ses passeports aux avant-postes fran^^ns. Napoléon avait lu clairement dans les propositions des alliés, en disant à ses plénipotentiaires (pi'elles n'étaient plus qu'un masque. En effet , après les démarchrs orticielles (lu'il a\ait fait l'ésidter de la note conlldentielle de M. de Sainl-Aif;nan, il n'était point pei'mis d'accuser l'Enijjei'eur de ne pas vouloir mettre un terme à la guerre, quand, d'ailleurs, il ne comptait plus qu'une petite armée de cinquante mille iionunes pour défendre la France assiégée pai- un nnllion de soldats. La paix n'était pas seulement un devoir pour lui; elle était une nécessité, une loi de la fortune, si toutefois la conduite des alliés s'accordait avec leurs déclarations.
Ce n)éme mois de janvier devait encore nous être fatal In souverain à qui la France donnait depuis vingt ans le titre de son premier soldat, que Napoléon , en reconnaissance de cette valeui- devenue historique, avait uni à sa famille et doté d'une des plus belles couronnes de l'Europe , le roi Joachim, oublie tout à coup qu'il n'est rien sans la France. Il imite Bernadotte , et court se placer à la suite des intérêts et des défections des anciennes dynasties. Le 6 de ce mois, il signe un ai-mistice a\ec l'Angleterre; le 11, un traité d'alliance oETensive et dél'ensi\e avec r.Vulriclie, en vertu duquel trente mille Napolitains doivent entrer en ligne contre nous. Il fei-nie au vice-roi la route de Vienne, qu'une bataille cond)inée a\ec le roi de Naples lui aurait infailliblement ouverte.
La France semble marquée de la môme fatalité au dedans qu'au dehors. Dans le courant de janvier, le Fort-Louis, Montbéliard, Ilaguenau , le Fort-l'Écluse, Saint-Claude, Cologne, Trêves, Vesoul, Épinal, Forbacli, Hourg-en-Bresse, Nanci, le fort de Joux, Langres, Dijon, Toul , Cliambéry, Chalons-sui'-Saône, Bar-sui- Aube, sont occupés par l'ennemi. Cependant Napoléon, oubliant la résistance qu'il vient d'éprouver dans le Coi'ps Législatif, a appelé aux armes toute la population viiile des .Vosges, de la Haute-Saône, de l'Isère, de la Drôme, du Jura, du Doubs, du Mont-Blanc, de la Côte-d'Or, de l'Yonne, de l'Aube, du Haut et du Bas-Khin. On donne aux levées en masse de ces départements des officiers et des généraux qui y sont nés; le général Berkeim a sous ses ordi'es toutes celles de l'Alsace. Dès le 8 janvier, un décret a mis en acti\ité les trente mille hommes de la garde nationale de Paris; l'Empereur les conunande en chef, et prend le maréchal Moncey pour major-général. Cette armée est l'armée de la capitale. Les invalides de Fleurus, de Jemmapes, d'Arcole, d'Austerlitz , d'Iéna, d'Essling, de Wagrâm , de Friedland , et quelques-uns de Moskou, demandent à partager les travaux de la défense nationale ; plusieurs centaines de ces généreux vétéi'ans vont grossir les bataillons de l'armée active : « Le moment est venu , disait le « Moniteur, où, de tous les points de ce vaste empire, les Français cpii veulent « délivrer proinptement le tei'i'iloire de la patrie et conserver l'honneur national « que nous tenons de nos pères, doiM'iit prendre les armes et mairher vers les
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« camps, rendez-vous des braves et des vrais Français.» Kn eiïet , inalf^ré quelques discours peifides, c'était bien poui' la Fiance, et non pour Napoléon , ([ue la nation était appelée aux armes.
La destinée de Napoléon dépend de la guerre et du congrès , qui en suivra toutes les phases. Pour soutenii- la guerre, il invoque son génie, dont il a la confiance d'obtenir de nouveaux prodiges ; mais en même temps la pi-udence lui conseille de ne rien négliger dans les négociations, de même que sa dignité lui piescritde prendre une attitude convenable par une déclaratiou franche de ses résolutions ; il fait donc écrire au duc de Vicence : « La chose sur' laquelle Sa « Majesté est l'evenue le plus souvent, c'est la nécessité que la France consene « ses limites naturelles... Le système de ramener la France à ses anciennes fron- « tières est inséparable du réiablissvment des Bourbotis. Sa Majesté ne voit que « trois partis : ou combattre et vaincre, ou combattre et mourir glorieusement; « ou enOn, si la nation ne la soutient pas , abdiquer... » Napoléon avait tout prévu, et ne pouvait plus être surpris par aucune chance du sort.
Le 2.3 janvier, après avoir confié le roi de Rome à la fidélité de la garde nationale, l'Empereui' signe les lettres-patentes qui confèrent la régence à l'Impératrice; le 2't, par une confiance que rien ne justifie, il abandonne la capitale de la France à son frère Joseph , qui s'était laissé ravir Madrid et l'Espagne ; dans la nuit, il embrasse sa femme et son fils pour la dernière fois, et part, le 25 au matin, en jurant de vaincre et de sauver la patrie, pour le quartier général , qui se trouve à Cbûlons-sur-Marne ; les avant-postes sont à Vitr\ .
En arrivant , Napoléon appiend que la grande armée autrichienne , descendue des Vosges, a dirigé sa plus forte colonne sur Troyes ; un corps de vieille garde, commandé par Mortier, a défendu le terrain pied à pied , et livié de glorieux combats à Colombay-les-Deux-Églises et à Bar-sur-.\ube. Marmont est derrière la Meuse, entre Saint-Mihiel et Vitry; le maréchal Victor a abandonné les défilés des montagnes, et s'est replié, ainsi que le prince de la Moskowa, sur Vitryle-Français. Toute l'armée française , moins le corps de Macdonald , que Kellermann doit attendre à Chtllons, se trouve réunie sous la main de l'Euqiereur. Instruit que le duc de Trévise se retire de Troyes, il lui donne avis de sa marche, et vole, dès le 27, attaquer un corps de Biiicher à Saint -Dizier, le chasse de cette ville avec vigueui', et coupe en deux l'armée de Silésie. La présence de Napoléon jette là terreur parmi les ennemis, elle ranime le courage des habitants et nous amène une foule de nouveaux défenseurs ; on déterre ses armes, on se précipite sui' l'ennemi; on lui fait de nombreux prisonniers; l'enthousiasme est universel ! Napoléon , pour empêcher la jonction de RUicher avec Schwartzenberg, se dirige vers Troyes par Brienne, où la ruitture du pont de Lesmont-sur-Aube avait retenu ce général. Napoléon s'en applaudit : il voudrait qu'une grande bataille, li\rée pour le salul de la France, immorlalisAt ce bourg de Brienne, son second berceau, cette école militaire que, trente
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ans après en Otro sorti, il est iiHluit à dcfcndiT contre les Russes et les Prussiens. Nos attaques sui' les terrasses du pare et à l'entrée de la ville basse sont si vives, que Bliicher pense ^Ire pris. Le bourg, défendu par les Russes, le château par les Prussiens, ont vu le combat le plus acharné, qu'une ])erle égale rend funeste aux deux années. La nuit, après douze heures d'une lutte opiniiKre, ne sépara pas les combattants; elle pensa aussi être fatale à Napoléon , qui, vers dix heures du soir, regagnait son quartier général de Mézières , à une demi-lieue de Brienne : un hurra de Cosaques se jeta au milieu de sa colonne , et l'un d'eux allait le fra|)per de sa lance, quand, d'un coup de pistolet, Gourgaud l'abattit à ses pieds. Celle journée fut malheureuse. L'Empereur n'avait avec lui qu'une partie de sa garde et de son armée ; le gros de ses forces marchait dans une autre direction pour couper la route de Troyes à Rlucher, qui s'était replié silencieusement vers Bar-sur-Aube.
Le 30, à la pointe du jour. Napoléon apprend que Blùcher a fait sa jonction avec Schwartzenberg , et que cent mille hommes nous attendent dans les plaines de l'Aube. Le 1" février, il accepte le coudiat avec ses cinquante mille honmies, presque tous conscrits; il a en télé les vieilles bandes de toutes les nations, l'élite de l'armée de Silésie, celle de l'armée autrichienne, de la garde inqx'riale russe. Napoléon est au centre de son armée , au village de la Bothière , et soutient avec la plus grande vigueur tout l'effort de l'ennemi , qui a dirigé sur ce point son attaque principale. Vainement les généraux Duhesme et Gérard déploient une intrépidité héroïque, l'un à la Bothièi-e, l'autre à Dienville; la supéi'iorilé n\unéri(iue des alliés rend inutiles les mii'acles de la valeur fran(,'aise. Itans la nuit , Napoléon ordonne la retraite sur Troyes, et trompe habilement lilticher, qui espérait nous détruire. Le lendemain , l'armée française se porte sur la rive gauche de l'Aube , après avoir coupé encore une fois le pont de Lesmont, qui a été rétabli le 30 janvier; mais Marmont, chargé de protéger notre marche, est resté sur la rive droite, et n'a plus d'autre l'essource que celle de franchir la Voire il Kosnay. Assailli par les vingt-cinq mille liavarois du général de Wrède , Marmont se souvient de IL\nau : l'épée à la main , il passe sur le corps de ses infidèles alliés , et le même jour il ariive à .Vrcis.
Le 1" février, Bruxelles avait été évacué. Ne pouvant plus sauvei' la Belgitpie, envahie par Bernadotte , Maisofi était réduit à défendre pied à pird la frontière (le la Frandre. Eugène, que l'agi'ession de Murât a forcé, le 4, de se replier de l'Adige sui' le Mincio, y attendait les Autrichiens. Murât avait dit au général Gil'tlenga, aide de camp d'Eugène : « .\ujoin'd'hui , je dois ma coni-oime à «l'.Xutriche, et à l'Autriche seule: elle jiouvait la rendre à la reine Caroline; « elle a mieux aimé me la conserver. En consécpience, je la servirai lidèlement « et chaudement, comme j'ai servi l'Empereur... )- Mural était trompé sur tout , même sur sa nouvelle fidélité.
Cependant Napoléon apprend , le 3 l'éMier, à Piney, entre Brienne et Troyes,
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que le leiiilciiniiii le congrès doit s'ouvrir; toute l'Europe diplomatique et toute l'Europe iiiililaire sont réunies contre lui. Si la position avait changé de Prague à Francfort , elle a bien plus changé de Francfort à (■liAtillon. Comme il n'est déjà plus question à Chiltiiion des bases de Francfoit , le duc de Vicetice demande d'aulres pouvoirs; Napoléon résiste longtemps aux exigences de sa situalion , aux souvenirs et aux instances de ceux qui rentourcnt ; enfin il donne cdiie blanche à son plénipotentiaire « pour conduire la négociation à une heureuse « issue , sauvei' la capitale , et éviter une bataille où sont les dernières espé- « rances de la nation. »
Ainsi le duc de Vicence n'a plus les mains liées , et par cette cai'te blanche, il lui est bien déclaré gue le salut de la France dé]ien(l d'une pair , ou d'un armistice à faire dans quatre jours. Et en effet , les souvei'ains alliés venaient d'ari'éter définitivement , à Brienne, la marche sur Paris par les deux rives sur la Seine, Macdonald, repoussé du pays de Liège, était déjà à Meaux, où il retenait les fuyards; il avait dû ,.le 5, évacuer Châlons devant le général Yorck. Blùcher s'était séparé de ses alliés pour agir isolément sur la Marne. Dans le but de ratteindi'e. Napoléon, après avoir, le .3 et le 4, marqué son mouvement de letraite par de brillantes aflaiiTS d'avant-garde, et avoir forcé l'ennemi de se replier sur Barsur-,\ube, était parti de Troyes. Cependant la tristesse se répandait dans les rangs de nos soldats, qui n'avaient pas l'habitude de reculer devant l'ennemi. «Où nous " arrêterons-nous? disaient-ils au sortir de Troyes : ils ne savaient pas qu'ils marchaient au secours de Paris.
I>e 7, Nogent est mis à l'abri d'un coup de main par la rupture du pont et par de promptes dispositions. Mais les courriers de Paris et les aides de canq) de Afacdonald viennent annoncer la nouvelle de la marche de Bliichcr sur la capitale, par la grande route de Chiliens. Le salut ou la perte de la France dépend maintenant du congrès de Châtillon ; Napoléon a donné à son plénipotentiaire la mesure du péril public, en mettant entre ses mains le sort de l'État : il a été six heures à s'y décider. Après les révoltes d'un cœur généreux et livré aux plus cruelles angoisses, déterminé enfin par le seul intérêt de la patrie. Napoléon s'est décidé à abandonner la Belgique et la rive gauche du Khin, l'Italie, le Piémont, Gênes, etc. Il doit signer cette dépêche le 9, à sept heures du matin ; mais à cinq heures, il a reçu un rapport sur les mouvements des armées russe et prussienne. A la lecture de ce rapport, une illumination soudaine s'est emparée de lui; le duc de Bassano l'en trouve entièrement préoccupé. « Ah! c'est vous... » dit l'Empereur, qui lui voit dans les mains la dépêche pour Chàtillon. « Il s'agit « d'autres choses, ajouta-t-il ; je suis dans ce momiMit à suivre Blùcher de l'œil ; il « marche par Montmirail. Je pars: je le bâtirai demain, je le battrai après- « demain : si je réussis, l'état des affaires va changer, et nous verrons; en atlen- « dant, laissez Caulaincourt avec les pou\oirs (ju'il a. »
Napoléon a donné ses ordres. Bourmont est chargé de défendre à Nogent le pas-
sage de la Seine; Oudiiiot garde le pont de Bray. Le soir, Napoléon arrive à Sézanne par la traverse ; il a l'ait douze grandes lieues avec son armée. Il n'est plus qu'à quatre lieues de Bliicher, (jui court sur Meaux a\ec sécurité après Macdonald. Le 10, au matin, il se met en route. Dans l'apiès-midi, il débouche à Champ-Aubert , engage aussitôt ses trou])cs, bouleverse les colonnes russes du général AIsuTief, qui ont défendu lîrieniie, et brise l'armée de Bliicher. Nansouty en suit une partie sur Montmirail; Marmont poui'suit l'autre sur Chiilons. Napoléon s'arrête à Champ-Aubert , et fait dîner avec lui les généraux prisonniers. En informant le duc de Vicence de ce succès, il se contente de lui rcconmiandei' de prendre une attitude plus Jière au congrès. Marmont tenait Bliicher en échec , <'nlre Chàlons et Champ-Aubert. Le lendemain 11, Napoléon accourt sur les traces de Sacken, qui marche vers La Ferté, et d'York, qui est déjà en vue de Meaux; mais, à la nouvelle de la défaite de Champ-Aubert, ils ont rebroussé chemin et viennent au devant de la bataille que Napoléon leur apporte; une attaque générale la décide bientôt en faveur des Français. Les deux généraux ennemis, en pleine déroute, fuient \ers Clulteau- Thierry dans l'espoir de rejoindre Bliicher. Poursui>is le 1-2 jusqu'à cette ville, les Russes et les Prussiens, qui n'ont pas eu le tenqjs d'en couper le pont, y entrent péle-méle avec la cavalerie française. .Mortiei' refoule sur la route de Soissons tous ces fuyards d'York et de Sacken. Les habitants de CluUeau-Thierry lamassent les fusils des vaincus et se forment en partisans.
Cependant Marmont n'a pu contenir plus longtemps Bliicher, renforcé de deux corps, russe et prussien, arrivés de Mayence: il a même dû évacuer Champ- Aubert; enfin il se voit poussé jusqu'à Montmirail ; tout à coup il fait volte-fiice et prend position dans la plaine de Yaux-Champs; il se retrouve encore à l'avantgarde, ayant derrièie lui Napoléon avec son armée en bataille. Il est huit heures du matin : Bliicher, étonné, voudrait refuser la bataille; mais, attaqué soudain par notre cavalerie, qui se précipite sur les carrés prussiens, les enfonce et les dispei"se, la retraite qu'il oidoime n'est plus qu'une fuite. Lui-même, le soii', enveloppé avec son état-major, il ne peut se dégager que le sabre à la main et à la faveur de l'obscurité. Marmont continue la poursuite toute la iniit. Les huit mille prisonniers russes et prussiens \ont porter h Paris les bulletins de cette glorieuse semaine.
Les deux roules de Chàlons sont balayées par les troupes françaises victorieuses; maintenant Napoléon est appelé sur les routes de la Seine, où s'avance Schwartzenberg, tandis que Mortier et Marmont restent gardiens des a\eiuies de ChAlons. Le 15, l'Empereur marche sur Meaux avec sa garde et le corjjs de Macdonald ; il prévient Victor et Oudinot que le lendemain il débouchera denière eux par Guignes. Le 16, c'est à leur canon que l'Enqiereur se rallie; ils se battaient dans la plaine de (juignes : sa présence arrête l'ennemi. Schwartzenberg , avec ses cent cinquante mille honnnes, avait à la lin for( é les ponts de Nogent ,
WO HfSTOIRE DE NAPOLÉON.
(le MontciTiiii, et s'iivnnniit sur Nangis, dans l'espoir d'arriver à Paris a\ant Bliicher. Le 17, Napoh-on attaque Sclnvartzerdjerg devant Nangis; les di-agoiis venus d'Espagne avec le général 'Ireilhard contribuent au succès de cette journée. Sclnvartzenberg éprouve, comme JJliicIier, la déroule la plus complète. Oudinot et Kellermann poursuivent les Russes jusqu'à xNogent; Maidonald, les .Autrichiens sur Bray; et Gérard, les Ba\arois, qu'il écrase à Donne-.Maiie el à \'illeneuve. A'ictor a l'ordi'c de s'enqjarer le soir même du pont de .Montereau: el Napoléon va coudier au cluUeau de Nangis , dans la coidiance (jue Montereau est occupé par ses troupes ; il espère alors forcer Schwarlzenbei'g à une bataille rangée.
Le 17, dans la soirée, un officier autrichien se présente aux avant-postes; il vient demander une suspension d'hostilités. Napoléon saisit cette occasion d'échappei' aux lenteurs et aux perfidies d'un congrès, et éci'it dii-ectement à son beau-père, en lui envoyant une lettre de Marie-Louise. Il témoigne le plus vif désir d'entrer en arrangement avec l'Autriche ; mais, après ses huit jours de \ktoire, il compte traiter sur de meilleures bases que celles de Ciidtillon , par lesquelles on lui dictait les plus dures conditions. En même temps, et sous l'inspiration du retour de la fortune à ses drapeaux , il s'empresse de mandci- au duc de Vicence : « Je vous ai donné carte blanche pour sauver Paris et é\iter une bataille « qui était la dernière espérance de la nation : la bataille a eu lieu ; la Providence « a béni nos armes; j'ai fait trente à quarante mille prisonniers; j'ai pris deux «cents pièces de canon, un grand nombre de généraux, et détruit plusieurs « armées sans presque coup férir ; j'ai entamé hier l'armée du prince de Scliwarl- « zenberg , que j'espère détruire a\ait qu'elle ait repass(' nos frontières. 'N'otre « attitude doit être la même , vous devez tout faire pour la paix ; mais Mon inleii- « liun eut que vous ne sic/niez rien sans mon ordre, parce que moi seul je connais « ma position... Je veux la paix , mais ce n'en serait pas une (jui imposerait à la « France des conditions plus humiliantes que celles de Francfort... Je suis prêt à « cesser les hostilités, et à laisser les ennemis rentrer Iranquilles chez eux, s'ils « signent les préliminaires basés sur les propositions de Francfort... »
Pendant que ces choses se passaient à Nangis, le congrès s'était ouvert le 17, et les plénipotentiaires alliés présentaient leur projet de traité préliminaire. Napoléon devait renoncer aux acquisitions faites parla Fi'anre depuis 179-i, ainsi qu'aux titres dérivant de son influence sur les pays placés hors des ancieimes limites de la France; l'indépendance ile l'Allemagne, de l'Italie, de la Suisse, était déclaréi'; la Hollande rentrait sous la souveraineté de la maison d'Orange, et l'Espagne sous celle de Ferdinand VII , etc. L'était bien le cas sans doute d'accepter ce traité préliminaire, et de faire usage de la carte blanche ; il portait d'ailleurs que quatre jours étaient donnés pour l'échange des ratifications. On ne sait quel motif engagea .M. de Vicence à irdervenir pour la couroiuie d'Italie, pour le prince Eugène, le prince JérAuie el le roi de Saxe, et à ne pas ri'pondre sur-le-cham[i. Ouatre-
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<»ii cinq jours plus taril , il n'étail plus libre; il recevait les lettres de Nangis , du 17, par lesquelles rEmpercuc révoquait les pouvoirs sans limites.
Le 17 février doit marquer dans nos fastes comme un jour fiital. Le maréchal \'ictor n'a pas exécuté l'ordre si précis et si important de s'emparer de Montcreau : ('ependant le 18, il se présonle devant cette \ille (Kcui)ée par les Wurtembcr- }j;eois, et veut forcer celte position. Le général Château, son gendre, (pn' avait emporté avec tant de \aleur les hauteuis de Brienne, y est mortellement blessé. L'action devient générale, l'Empereur s'empare du commandement, pointe plusieurs fois lui-même une pièce de canon en s'exposant aux coups de l'ennemi, et répond gaiement aux alarmes de ses soldats : « .MIez, mes amis, ne craignez rien; le boulet qui me tuera n'est pas encore fondu. » Gérard, qui a ])uissamment contribué au succès, remplace dans son connnandement le maréchal \ic(or, à qui l'Empereur témoigne un vif mécontentement; mais bientôt, touché des regrets d'un ancien compagnon d'armes , il lui tend la main , et l'envoie commander deux divisions de sa garde.
Le 19, l'armée a l'ordre de pousser l'ennemi sur Troyes et de nettoyer la rive droite de la Seine. Les .\utrichiens, les Russes, les souverains alliés sont en pleine retraite. Paris reçoit les di'apeaux des journées de Nangis et de Montercau. Le 20, l'Empereur se trouve à Bray, où Alexandre a couché la veille; le soir, il enti-e à Nogent , que Bourmont a si vaillamment défendu pendant trois jours , contre toute l'armée de Sch«artzenbcrg, et où il a gagné le gi'ade de lieutenant général. Le 22, Napoléon poursuit sa marche ; la retraite des alliés se change en déroute: leurs équipages refluent jusque sur les Vosges et les bords du Rhin. On arrive le 22 à Méry-sur- Seine ; de l'autre côté, un corps ennemi en force le passage, et l'on apprend avec la plus gi'ande surprise que ce corps est celui de Sacken , appartenant à cette armée de Blùcher cpii toujours semble renaître de ses ruines. Une action meurtrière s'engage a\ec les Russes dans les rues de cette petite ville; ils en sont chassés, et se retirent de l'autre côté de l'Aube. Pendant ce temps, les flammes dévorent Méry , et le quartier général se transporte au hameau de Chdtres , où Napoléon passe la nuit du 22 au 23 dans la boutique d'un charron.
Le lendemain, un aide de camp de Schwarlzenberg, le prince de Lichlenstein, se présente aux a\ant-posl( s, poi'Ieur d'une réponse de l'empereur d'Autriche à la lettre du 17 de l'emperi ur des Français. Une conversation secrète prolonge; l'audience accordée au prince. On assui'c qu'interrogé touchant l'influence que trois membres de la famille des liourbons, arrivés en France, semblaient avoir prise sur les intentions des alliés, le prince de Lichtenstein aurait répondu que « l'Autriche ne se prêterait à rien de sendilable; qu'on n'en voulait ni à l'exis- « tence de Napoléon ni à sa dynastie, et que sa mission était une preuve sans « réplique qu'on ne voulait (pic faire la paix. » Sur cette assurance, Napoléon congédie l'envoyé en lui disant (pi'il sera le soir mCme à Troyes, d'où il envci'ra aux avant-postes pour y trailei' d'un artnislici'.
4V2 iiisroïKK j>K ^.\IM)L^:(J^•.
Après le (Icpiirl ilc l'aide de cainp aulricliieii , le li.irnii de Siiiril-Aigiiaii, beaufrère du duc de Viceuce, arrivait de l'aris, eliarj;é d'iuic mission secrète, et il était aduiis chez l'Em])ei-eur, qu'il ti'ouva enlièreincnt rassuré. Cependant dcu\ ministres que n'a\ait éblouis aucune des victoires (|iii venaient d'illuslrer le mois (le féviier, avaient lait promettre à M. de Sainl-Aignan de presenlei- à l'Kmpereur le tableau véritable de l'opinion, de la situation de la capitale, et des dangers de toute espèce qui le menaçaient. Les avis dont il s'était cliarçié étaient sévères; il les porta à Napoléon avec autant de courage que de lidélilé, et le pressa instamment de répondre auv vœu\ unanimes que l'on formait pour la paix, quelles que fussent les concessions auxquelles il fallût descendre. Malheureusement, confiant dans ses derniers succès et dans les paroles du prince de Lichtenstein , Napoléon repoussa les repi'ésentations de M. de Saint-Aignan; cependant la loyauté de ce plénipotentiaii-e de la pensée piibl!(|ne ne fut point ébranlée : «Sire, dit-il en terminant, la j ai\ sera a^sez bonne si <lleestas.se/. «prompte. — Elle, arrivera assez tôt, répli(]ua vivement Napoléon, si elle est (' honteuse! »
Les conseils (jui arrivaient de l'aris avaient sans doute de la sage.sse : les circonstances leur prêtaient beaucoup de force : toutefois, si les ministres, celui de la gueire surtout, si le généi'al qui commandait la grande ville, si Joseph et les autres membres du gouvernement eussent rempli la moitié de leur devoir, Napoléon n'aurait pas eu besoin d'entendre de pareils avis , par^e qu'il ne se serait jamais vu réduit à une semblable extiémilé. En elfet, mOme dans la position où il se trouvait, son génie, qui venait de lui ramener la fortune par de si incroyables succès sur les forces combinées de l'Europe, pouvait encore le sauver.
Le 23 février, dans l'après-midi , nous paraissons devant Tioyes : les portes en sont fermées et barricadées. L'ennemi semble vouloir défendre cette ville ou plutôt la détruire avant de l'évacuer. Le combat s'est engagé; mais à la nuit, l'ennemi fait demander une trêve pour remettre les portes à la pointe du jour : Napoléon préfère le salut de la ville à un nou\eau triomphe.
Nous rentrons à Troves le 2'». Fatigués de dix- huit jours de domination étrangère, les habitants laissent éclater des accusations de trahison et de coimivence avec l'ancienne djnastie. Deux émigrés sont dénonces pour avoir porte publiquement la croix de Saint-Louis et la cocarde blanche pendant le séjour des alliés; l'un d'eu.x est arrêté et fusillé. Napoléon apprend que les proclamations d'Hartwell circulent dans Paris, et que des lettres émanées de Louis XVIII sont mystérieusement parvenues aux principaux personnages de l'Empire. Il sait que le duc de Rerri est à Jersey, le duc d'.Uigoulême à Saint-Jean-deLuz avec l'armée anglaise, et le comte d'Artois en Fi'anche-Comté. .\ussi, à son entrée à Troves, il rend un décret qui prononce la peine des traîtres contre tous ceux qui auront arboré les insignes de l'ancienne monarchie. Cependant, dans cette même ville de Troyes , l'empereur Alexandre avait déclaré à M. de Vitrolles que les alliés
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n'épousaient pas la cause de la maison de Bourbon, que ce négoriateuc officieux venait plaider auprès de lui ; les autres souverains tenaient le mûme langage. A (lliAtillon, on avait également affirmé au plénipotentiaire français que le comte d'Artois était arrivé à Vesoul sans en piévenir les puissances, sans leur assentiment, et qu'il allait repartir.
Dans l'espoir de tirer un gi-and pnrii de sa nouvell(> situation, Napoléon s'occupe de la suspension d'armes. Les alliés se sont retirés sur Bar-sur-Aube, d'où le prince de Schwartzetiberg fait proposer Lusigny pour la négociation. Le point le plus difficile à décider était la ligne d'armistice, car Napoléon demandait qu'elle s'étendît depuis Anvers jusqu'à Lyon. En attendant leur réponse, il se livrait aux espérances que devait lui donner l'espèce d'empressement que la coalition avait montré pour une trêve, lorsque, dans la nuit du 26 au 27, il découvre l'énigme de cette attaque de Méry, suivie si rapidement d'une retraite de la paît des Russes. Ceux-ci étaient la nouvelle avant-garde d'une autre armée de cent mille hommes, récemment formée par Bliiclier, des différents corps descendus de la Belgique. Cet infatigable général , présent à l'échauEfourée du pont de Méry, où il venait de recevoir une blessure, avait voulu, pour la seconde fois, rallier le prince de Scbwartzenberg; mais la déroute de ce dernier, après Nangis et Montereau, ayant détruit cette combinaison, le général prussien l'avait remplacée en repi'enant un projet plus hardi, celui d'arriver seul à Paris par les deux rives de la Marne. Eu efTet , devant lui Marmont s'était vu forcé d'évacuer Sézanne le 24 ; Mortier se retirait également de Soissons, et ces deux maréchaux se repliaient sur la Ferté-sous Jouarre. Loin de se laisser abattre par un événement aussi inattendu. Napoléon se retrouve au contraire dans son élément naturel, les grandes difficultés. La plus pressante à surmonter était celle de masquer son <iéparl et celui de son armée i)Our courir après Blùclier, sans que Schwarlzenberg pût en avoir le moindre soupçon. Oudinot et Macdonald doivent contenir les .\utriciHens ; l'un se bat déjà à Bar-sur-.\ube ; l'autre, avec Gérard, fait retentir sur toute la ligne ces acclamations qui annoncent la présence de l'Empereur.
Arrivé à Sézanne, il apprend la marche sur Meaux de Mortier et de Marmont, qui n'ont pu tenir à la Ferté-sous-Jouarre. Il faut sauver Meaux; c'est un faubourg de la capitale. De Sézanne. il se porte à la Ferté-Gaucher. Là, il reçoit de fâcheuses nouvelles : Schwarlzenberg, qui a reconnu que Macdonald et Oudinot sont seuls devant lui, a, en conséquence, repris vigoureusement l'offensive, aidé de Wittgenstein, et refoulé sur Troyes les faibles corps français placés devant lui.
Cependant Napoléon ne jjcrd pas de vue son but pi'incipal. Le 2 mars, pendant (|u'on rétablit le pont de la Ferté-sous-.louarre, détruit par Blùcber, il s'arrête dans cette ville ]muv envoyer au duc de Vicence, le con/re-projef (pie ce ministi'c lui a demandé, en réponse au projet du traité prélimiuaiie des alliés. >Fais la veille, le Imité de la (luadruple alliance a\nit été signé à Chauniont. el renfer-
Wi IIISTOIKK l>E NAI'OLKON.
niait deux cliuiscs liieii inciinriintcs pouf In iM'aiicc. V.w rime, cliarune des grandes puissances s'engageait à tenir eonstamineril en lainpagne une armée de cent cinquante mille honimi'S, et la Grande-Uretagne donnait un subside anruiel de 120 millions; jiar l'autre, aucutie négociation sépar(''e ne de\ail a\(tir lieu avec l'ennemi commun.
IMiiciier a pris la rive gauche de la Mai'ne, r.l s'avance sur Soissons. Tout est sauvé si Napoléon arrive à Soissons avant Blûclier, engagé dans des chemins de traverse impraticables. Pas un moment de perdu du côté des Français : des courriers sont expédiés à Paris, à Châtillon , à Menux ; Mortier et Marmnnt ont l'ordre de ressaisir rofl'ensi\c. Le pont de la Fei'té est rétabli dans la nuit du 2 au 3, l'Empereur a passé la Marne ; il se précipite sur (lliAteau-Thierry et sur la roule de Soissons ; Mai'mont et Mortiei' s'y portent par deux routes différentes : ce dernier est tran(iuille sur le sort de Soissons, défendu par une garnison et par des fortifications nouvellement réparées. Cerné de toutes parts , puisque nous occupons Soissons, Blùcher ne saurait éviter sa ruine. Il ne l'ignore pas; aussi se proposc-t-il d'emporter la ville de vive force et de s'y renfermer : il se présente, intimide le commandant de la place, qui manque de résolution, et les ponts s'abaissent devant lui!... Le 4 au matin, Napoléon apprend à Fisnies l'entire des Pinssiens dans Soissons..
Soissons perdu, la Marne franchie pai- les alliés, Il faut surprendre le passage de l'Aisne. Le 5 mars, l'Empereur court à Béry-aUrBac , qu'enlève le général >"ansouty ; ainsi le chemin de Reims à Laon nous appartient. Le 6, il marche à Laon, et trouve sur les hauteurs de Craonne une armée russe en position; il remet la bataille au jour suivant. Le soir, des nouvelles de Strasbourg lui appreiment le mouvement prescjue général de la population des Vosges contre l'ennemi, et le concert d'attaque qui semble lier par des opérations offensives les garnisons du Rhin, celles de la Lorraine et celles de l'Alsace. Mais, le 7, il faut emporter Graonne; Ney et 'Victor à la tête de l'infanterie, Grouchy et Nansouty à la tête de la cavalerie, s'élancent sur le plateau a\ec leur impétuosité ordinaire; les trois derniers sont blessés. Belliard prend le commandement en chef de la cavalerie, soutenu par Drouot et son artillerie. Nous sonmies maîtres de (j-aoïme, après avoir éprouvé la plus vive résistance. Nous suivons les ennemis jusqu'à l'embi'anchement de la route de Laon à Soissons : ils tieiuient (piebpies heures à l'auberge de l'Ange-Gardien, afin de donner à Bliicher le temps d'évacuer Soissons et de se rallier. Du reste, la journée est sanglante, et notre difficile victoire a un caractère de tristesse qui se manifeste dans toute l'armée. Napoléon a\ail encore le front tout chargé de soucis quand il arriva à Bray ; ce succès sans trophée lui inspirait de profondes réflexions. Tout ce qui l'entoure , hommes de guerre , hommes d'État, a les yeux fixés du côté de Châtillon.
M. de Rumigny, attaché au cabinet, en airive; il est porteur des nouvelles du (lue de \'icence; elles sont gra\es; les proi)ositiotis de Lusigny sont (pialiliées
HISTOIRE DE NAPOLÉON. Vir,
à Chdtillon d'infraction aux bases de la négociation; on ne veut point adnicltiv de discussion ; on persiste à exiger que le duc de Vicence souscrive à la condition (les anciennes limifei de la France , ou reinette un contre-projet; sans cela on mcnaio de se séparer. La dépéclie du plénipotentiaire est très-pressante. M. de Kumigny emporte, le 8, une longue réponse à cette dépêche, avec carte blanche, muf ratificiitio^i.
Napoléon a rejoint la tète de ses colonnes ; elles sont en pleine niarclie sur Laon : il fait occuper Soissons , qui n'est |)lus une barrière , et à deux lieues de Laon nous nous voyons arrêtés par l'eniienii , maître d'un défilé au milieu des marais; il est trop tard pour forcer ce passage. Napoléon rétrograde jusqu'à Cliavignon, où Flalinut vient lui révéler la rupture des conférences de Lusigny. Le mou\cment de Bliiclier a rétabli les affaires des alliés, en attirant Najjoléon sur ses traces; ils n'ont plus besoin d'im armistice. Cependant , dans la nui! do 8 au 9, un fait d'armes à la fois heureux et hardi ouvi-e le défilé au maivi liai Ney. Gourgaud , premier officier d'ordonnance de l'Empereur, a surpris les grand'gardes des alliés. L'armée se trouve au pied des hauteurs de Laon. Le 9, Marmont , Ney et Mortier font leurs dispositions pour aborder, le lendemain, à la pointe du jour, cette forte position ; elle est défendue par l'armée de Bliicher, grossie de cette avant-garde qui a pris Soissons sans coup férir : cette armée est deux fois plus nombreuse que la mitre. Laon est le centre presque inexpugnable des opéralions du général prussien. Mais dans la nuit qui précède l'attaque, Mai'moiil se laisse surprendi-e, et son corps est dispersé. Napoléon montait à che\al à quatre heures du matin pour engager l'action , quand il apprit le désastre de sou lieutenant : il dut abus se retirer sur Soissons , dont il confia la garde à Mortier.
Ce fut pendant son séjour dans cette ville «pi'il écri\it au prince Eugène, le 12 mars : « Je reçois votre lettre et le projet de traité {\w le roi de Naples >oiis « a envoyé : vous sentez que celte idée est une folie ; cependant, envoyez un agent « aupès de ce traître extraordinaire, et faites un tiaifé avec lui en mon nom... « Q\xe ce traité reste secret jusqu'il ce qu'on ait chassé les Autrichiens de l'Italie. « Rien ne doit être épargné dons fa siluntion aclvellc pour ajouter à nos efforls « Ifs efforts des Napolitains. »
Le 13, l'Empereur s'empare à foi'ce ouverte de Reims, dcuit Corbineau a\ail été repoussé par un corps russe aux ordres de l'émigré Saint -Pricst. lue scène, (|ui rappelle celle de Victor à Montereau, a lieu le lendemain avec Marmont, qui \ient rendre compte du désastre qu'il a essuyé à Laon. Napoléon lui adresse d'abord des reproches foudroyants, puis lui pardonne, et retient à dîner celui qu'il nomme l'an de ses enfonis! Dans la même journée, il reçoit six mille hommes cpie lui amène le général hollandais .lansens, commandant dans les Ardennes : un renfort de six mille hommes est un corps d'armée pour Napoléon, qui combat avec tienle-ciiKi mille hommes les forces de tout le nord de l'Euvayv. Ney s'avance sur Chillons.
l'endant los trois jours de repos que l'armée prend à Reims, di'uv évéucriiciils de la plus hiuilc gravité se passaient dans le midi de la France : le dui' d'Aufiouléme entrait à Rordeanx avee l'armée anf{lo-espaf,'nole; le 13, Ferdinand VII niiai-aissait en Es]»agne sous la prote<tioii du maréchal Suchet. Augereau, à (|ui Napoléon a donné de Troyes l'ordre de se porter à toute course, avec ses \\u<i[ mille hommes sur \'esoul , afin d'y écraser la retraite de Schwart/.enherg, n'avait |)oint obéi. Ainsi l'armée de Lyon n'est plus cette précieuse réserxc qui doit rémiii- sons son aigle les belliqueux enfants du Jura et des Vosges, de la lîoiiigogiie et de la Champagne. Augereau, le soldat Augereau, n'a pas voulu de cette gloire qui sauvait la France ; son armée et lui vont cesser de compter dans la défense natiimale: la même semaine aura vu tomber Lyon et Boi'deau\ , l'un \n\y la défection d'un maréchal, l'autre par rai'ri\ée d'un pi'inre de la maison de liourbon.
Jamais la guerre ne s'est présentée sous un aspect plus menaçant. Le cri de la coalition est Paris! Napoléon a été deux fois à Vienne, à Herlin ; il a été à Moskou : François, Frédéric-Guillaume, Alexandre, ont juré dallera Paris; ils y sont attendus : M. de Vitrolles Icui' en a porté le \fru. Oudinot et Macdoriald oui évacué Troyes le li mars.
F.e 16 au soii". Napoléon a toujours devant lui Rliichei' et Schwai-tzeidierg : c'e>t au dernier qu'il vent livrer bataille. Le 17, il marche sur l'Aube par Épernav : le 18, il entie à l'ére-Champenoise , où M. de Rumigny le rejoint, venant de (]hatillon. A la séance du 13, les plénipotentiaires abiés ont renfermé le duc d(> Vicence dans un cercle de >ingt-quatre heures i)our donner son conli-e-projet. Le duc de Vicence demande un nouveau délai , en réclamant toujours le grandduché de Varsovie pour le roi de Saxe, et les sou\erainetés dont ils sont titulaires pour la princesse lilisa, pour le grand-duc de Berg , ])our le prince de Ncucbillel . et enfin pour M. de Talleyrand.
La correspondance et le protocole des séances de ChAtilbm prouvent que la paix aurait été faite le 13, le li et le 15, si le duc de Vicence eût accédé aux sacrifices que, dans son intime conviction, on ne pouvait éviter. La gloire d'une résolution généreuse autant qu'habile lui restait tout entière, et sans aucun péril, puisqu'il avait pour appui la voix de la France et le désir secret d'un honuiie depuis trop longtemps victorieux ]ioui' s'a\oner vaincu; il fallait le de- ^iner et agir en conséquence.
F^e 18, les aillés annoncent à nos plénipotentiaires que les négociations sont terminées par le fait de la France. Celte fatale nouvelle arrive au hameau de Clultres au moment où Napoléon écrivait à Caulaincourt : « // ps/ bien Irnips tir u parvenir à savoir quels sont les sacrifices (jue la France ne peut évilei' de faii'e « pour obtenir la paix. » Tout nous devient fun(>sle : chargé des dépêches de l'Empereur, l'auditeur Frochot est retardé dans sa route ; il n'a pu rejoindre le duc de >'icence que le 21, et il le rencontre à quelques lieuesde ChiUillon. Frapjte de la teneur de ces déi)éches du 17, Caulaincourt s'arrête à Joigny,d'où il écrit à
M. (le Mi'lleriiicli , « que le courrier qu'if vient de recexu^ir a iiuijweide ses ref/rets. Ce qu'il m'a ajj/wrlé, dit-il, tie me /aisse pas de doute sur la possibilité qu'on aurait eue à s'entendre , même à Châtillon. »
Cependant Napoléon appi-end à Châtres que la déroute du corps de Saint- Priest à Reims , et sa propre marche sur Épernay , ont changé en retraite vers Troyes le mouvement général des alliés sur Paris. Une terreur panique a saisi le conseil dos rois : cette terreur était si grande , qu'Alexandre disait lui-même (pie la moitié de sa tête en grisonnerait. Macdonaid et Oudinot , (jui avaient dû réti'ograder de Pi'ovins , ont lejoint l'Empereur à Plancy ; ils croyaient poursuivre \Vitlgenstein, et Napoléon croyait manœuvrer sur les flancs de l'ennemi contre un corps isolé. Peu de jours après, une eireur tout à fait contraire devait lui être bien fatale.
Le 20, l'Empereur veut traverser Arcis pour remonter jus(]u'à Kar-sur-Auhe ; mais les reconnaissances qu'il a envoyées sur Troyes ont l'cncontré l'ennemi, lue affaire sérieuse s'engage avec l'avant -garde. Napoléon s'y poi-te à la tête de trente mille hommes, afin de halayer la route, liie armée immense se développe devant lui : c'est colle de Schwartzenberg!... Fatigué' des combats partiels dans lesquels Napoléon multipliait successivement la victoire contre les corps de la grande armée alliée, ce généralissime s'était déterminé, du moment où le prince royal de Suède sera en ligne, à faire un mouvement général sur Paris. Mais, pressé de nouveau, l'enqjcreur Alexandre avait décidé de marcher sans attendre Bernadotte. C'était cette tempête inattendue que Najtoléon voyait fondre sur lui à Arcis, le 20 niai's, jour aniii\ecsaii'e de tant de fortunes divei'ses dans sa ^ie.
Bientôt la bataille l'einironne. Dans cette journée, il ne se regarde que connue le premier soldat de la France : il offre mille fois sa vie au fer, au feu de l'ennemi ; souvent il est obligé de se servir de son épée pour se dégager des masses qui l'entourent. Un obus tombe à ses pieds : il y pousse son cheval: l'obus éclate.. , un nuage de poudre le dérobe tout à coup à ses soldats ; mais ni lui ni son cheval ne sont atteints , et il va , inutilement encore , chercher la mort au milieu de ses batteries, 'l'ant qu'il a l'épée à la main , Arcis est inexpugnable pour l'armée de cent cinquante mille hommes qui l'assiège. La nuit vient: elle ne suspend pas les périls du jour. L'incendie des faubourgs et le feu continuel des deux armées éclairent la défense des Français et les travaux des assiégeants, dont cette terrible clarté dirige les attaques. Un seul pont reste encore à Napoléon pour se soustraire, lui et ses soldats, à une perte inévitable : il ordonne d'en jeter un second, et le 21 au matin nous évacuons Arcis. Cependant le combat ne se ralentit pas, et notre brillante retraite devant des masses si supérieures devient un beau fait d'armes à ajouter à tant d'autres. Napoléon se replie sur N'itry-le-Fi'ançais. Les routes de la capitale appartiennent à l'ennemi !
Napoléon passe à Sommepuis la luiit du 21 au 22 ; le 23, son quartier général est à Sainl-l)izier;le2V, il trouva à Doulovenl un avis secret du comte de Lavalette,
(iirecleui' gi'iicriil des i)()stcs, ([ui portait: Il ti'ijupas an mui/icul n /leidir xi l'on veut sauver lu capitale. Napoléon savait \w\\ que, politiquement, l'ai'is celait la France; mais, entouré |)ar la grande armée alliée, comment pouvait-il se faire jour alin de la prévenir à Paris ? Le 20 , une forte canoimade le rappelle à Saint-Dizier. Attaquée par des forces supérieures, son arrièie garde a évacué cette \ille. IMilliaud et Sébastiani , accourus avec leur cavalerie, repoussent l'ennemi au gué de Valcourt sur la Marne. Chassé de Saint-Dizier , où nous rentrons, l'ennemi fuit dans le plus grand désordre sur les routes de Bar-sur- Ornain et de Vilry. Le 27 au soir, auprès de cette dernière ville. Napoléon apiirend (jue ce n'est point Sclnvartzenberg qu'il poursuit, mais un des lieutenants de BUicher, W'iutzingerode , que l'on a détaché pour masqni'f le mouvement général des alliés sur l'ai-is. Là , il appreuil encore (]ue Bliichcr a opéré enfin sa jonction avec Schwartzenberg, le 23, dans les plaines de CluHons. Le même jour, une pi'oclamation des alliés, dictée par les émissaires du comité de Paris, annoinait à la France la ruptui'e des négociations et la marche de Schwartzenberg et de Bliicher sur la caiiifale 1 >< Les alliés, dit le général « Wilsnn , témoin oculaii'c, se trouvaient dans un cercle vicieux, d'où il leur <( était inqiossible de se tirer, si la défection ne fut \emu' à leur secours... » (cependant Napoléon ne désespère pas du salut de la capitale ; il compte y paraître encore assez tôt pour faire payer cher aux alliés l'erreur qui l'abusait depuis son départ d'Arcis. Il a enjoint à Marmont et à Mortier de se replier à la hAte sur Paris , d'arrêter tous les convois , et de réimir autour d'eux tons les renforts. Ces deux maréchaux présenteront alors à l'ennenù , devant les barricades des faubourgs, une force intacte qui doit enlever et appeler autour d'elle la population de la capitale. Que fera Schwartzenberg quand il trouvera sous les nmrs de Paris la menace d'une bataille d'extermination, dans laquelle un demi-million de Français combattra poni- ses foyers, et quand il sentira peser sur ses derrières Napoléon, arrivant à vol d'aigle à la tête de ses trente mille braves, et soutenu par l'insurrection des habitants des Vosges, du Jura , de l'Aube, de la C(Me-d'Or, etc.? D'ailleurs son frère Joseph a l'ordre de résister jusqu'à l'extrémité, de barricader les rues de Paris, de créneler les maisons, de couper les ponts extérieurs, d'enlever les bateaux. Clarke a fait transporter de Cherbourg et du Havre quatre-vingts pièces de gros calibre. Le comité de défense a entouré Paris de redoutes ; vingt mille hommes d'infanterie, établis dans les dépôts voisins , sont pi'êts à entrer en ligne avec les autres forces de la capitale. Outre la terreur qu'inspire une si grande cité et le dévouement chaque jour renouvelé de sa garde nationale, Paiis i)eut tein'r assez longtenqis pour que l'arrivée de Napoléon le délivi'c à l'instant : mais malheureusement il faut conq)ter sur l'intrépidité de Joseph et sur la fidélité de Clarke !
Le 28, au point du jour. Napoléon part de Saint-Dizier pour marcher au secours de la capitale: il croit d'autant plus devancer l'ennemi, que, d'après
II- rappoit de ses courriers, la route de Ti'oyes se trouve libre. L'Enipeieiir, qui s'apprête à suivre la rive gauche, envoie à franc étrier le général Dejean annoncer son approche aux Parisiens : il fait dans cette journée quinze grandes lieues avec sa garde, et arrive à Troyes. De cette ville il expédie, avec une pareille mission, Girardin, premier aide de camp du major-général; c'était le 29 mais. Dans le même moment, un conseil avait lieu aux Tuileries, et, malgré M. de Tallcyrand, qui s'oppose à ce que Marie-Louise et son fils s'éloignent, cette princesse et le roi de Rome partent pour Blois, escortés par deux mille cinq cents hommes de ligne que réclame la défense de Paris. Les grands dignitaires, les ministres , tous se pressent sur les pas de la régente. Talleyrand retarde assez son départ pour que la barrière lui soit refusée. Il demeure à Paris afin de juger les événements. Le comité se rallie autour de lui : la crainte, l'intérêt, l'audjition, tout , excepté le patriotisme , appelle la foule dans son hôtel , devenu tout à coup le centre d'un gouvernement inconnu, qui aujourd'hui délibère mystérieusement , et demain rendra des oracles !
Le 30, après quelques heures de repos, Napoléon poursuit sa route. A quelques lieues de Troyes, il se jette dans une carriole de poste. A chaque relais, il demande des nouvelles de l'Impératrice et du roi de Rome. On lui dit que la veille ils ont quitté Paris, qu'on se bat aux portes... Il vole... A di\ heures du soir, cinq lieues seulement le séparent de la capitale... Dans une heure, il se verra à la tête des braves qui en disputent l'entrée aux coalisés. Mais il est trop