‹ Histoire de NapoléonChapitre 50 sur 75 · CHAPITRE XLIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIV

I)i;liari|ii''iiifiil de .Napoléon au ïolfe Juan. — Son ai rivée ;i (ircnoblu, à Lvon, à l-'uiil.iiiulilc — Uéclai-alion de Vienne. — Diqiai t de la faniilic royale.

NAi'oi.i'.oN n'clait Innibé loul l'iilifc pompcisiiiiiic, ciirorc moins pour lui-iiiômc. l.ii l'iiiiice et lui s'occupaient de icuf commun voisinage, mais silencieusement, car aucune communication, aucune intelligence n'a>ait ('taMi entre en.\ la moindi'e relation directe. Il siillisail n Napolc'on de la superiorili- de sou jugemeul pour dciiiricr la \erité dans les récits (]ui lui pai- ' '^^^^'= '^' \euaieut, et pour apprécier la position de

la France \is-à->is de son gouvernement. Elle avait été blessée dans tous ses souvenirs, menacée dans ses droits ; chez elle, c'était elle qui était devenue étran8:ère ; ses généraux, ses administrateurs, éconduits, l'avaient laissée bientôt sans protecteur et sans guide, sous des princes tout nouveaux pour elle, entourés de généraux inconnus, d'une vi^'ille noblesse pleine de jactance, et d'un clcrj^é lanatique. I.'armee, Immiliée par d'insolents mépris, avait vu décimer le corps de ses officiers pai' un ministre, et ce minisire était l'accusé de I?ay|en ! Tiois mille \élérans. mutilés dans les guerres de la Képulili(iue et de l'Kmpire, allaieiil, en

Wt. HISTOIKE DE NArOLEO.N.

iiR'iidiiint, |i(iilcr à leurs villages les nouvelles du changement de syslénie; chassés de l'Hôtel des Invalides, ils a^aient été tous remplacés par des Vendéens et des Chouans !

Dès le dernier mois de 181V, Napoléon se sentit entraîné vers la France par le mécontentement qu'elle éprouvait. L'idée d'y revenir lui vint d'ahord de Paris par la lecture du Moniteur, qui , en lui signalant les aberrations de la politique réactionnaire du gouvernement ro\ al, l'avertit que le moment de son retoui- était arrivé, comme la lecture des gazettes de Francfort, à Alexandrie, lui avait doniKautrefois le signal de son déjiait d'Egypte. Des lettres de Vienne ainsi que de son beau-frère Joachim, à qui il avait pardonné sa défection , et qui avait des agents auprès du congrès, le fortifièrent dans sa pensée, en lui dévoilant le dessein, proposé aux alliés par les ministres français, de l'enlever de l'île d'Elbe et de le transporter à Sainte-Hélène. Deux nobles Anglais, indignés d'un projet de trahison dont la honte allait retomber sur leur nation , quittèrent tienne et vinrent euxmêmes donner à Nfipoléon des détails qui lui confirmèrent limmirience du péril qu'il courait. Il n'ignorait pas , d'ailleurs, que le gouvernement royal ne voulait plus exécuter le traité de Fontainebleau, et ces diverses considérations le confirmèrent dans sa résolution. Toutefois, le secret n'en fut confié qu'au roi Joachim , à qui Napoléon prescrivit d'attendre ses ordres pour agir, et à un auditeur au Conseil-d'État, Fleury de Chaboulon, qui vint de lui-même rendre compte à Napoléon de l'état des choses en France.

Des nmnitions de guerre furent achetées à Naples, des armes à Alger, des transports à Gènes. Tout se trouva bientôt prêt pour le départ; une troupe de onze cents hommes, dont six cents de la garde, deux cents chasseurs corses, deux cents fantassins, et cent chevau-légers polonais, reçut l'ordre de se tenir prête, l/embaïquement eut lieu le 26 février, à Imit heures du soir. Napoléon choisit le jduioù le conmiandant de la station anglaise était parti pour Livourne; et alin d'éloignei' tout soupçon, il avait donné lui-même une fête dont sa mère et sa sœur Pauline faisaient les honneurs. Il s'y déroba. Le .•■oii en est Jeté f dit-il en mettant le pied sur le brick L' Imonslunt. Ce biUiment, armé de \ingt-si\ pièces de canon , et six autres petits bâtiments légers, composaient la llottille impériale. Bientôt on perdit l'île de vue. Excepté les généraux Bertrand et Drouot, personne ne savait où l'on allait. Cependant l'opinion commune sur la flottille était que Napoléon débarquerait en Italie; on s'en inciuiétait peu ; il était là. Grenadiers, dit-il après une heure de route, nous allons en France; nous allons à Paris. Les cris de vive la France.' vire IS'apoléon ! s'élevèrent dans les airs, et une joie patriotique reparut sur le front des vieux guerriers de Fontainebleau.

(Cependant le vent devint contraire après qu'on eut doublé le cap Saint-André. A la i)ointe du joui', on n'avait fait que six lieues , et la mer était gardée par les croisières anglaise et fi'ançaise. Les marins c(inseillaient de retourner à Porfo- Ferrajo ; mais , comme au retour d'Egypte, Napoléon roulait arriver en France,

et l'on suivit la diroction indiquée. Son projet, si lonnenii l'attaquait, était, ou de s'emparer de la croisière, ou d'aller en Corse. Dans le premier cas, il fallait peutcHre se battre, et, pour mieux se préparer à cette nécessité, il conunanda de jeter à la mer tous les effets embarqués, sacrifice que chacun fit avec plaisii'. Le soir, on découvrit deux frégates; et un hiUiment de guerre fran(;ais, qu'on reconnut |)our élre te Zcpinjr, vint droit sur la flottille. Napoléon préféra passer incognito avec sa fortune, et ordonna à sa garde de se coucher sur le pont. Une heure après, les deux bricks étaient bord k bord , et le Zéphyr ayant demandé à l'Inconstant des nouvelles de l'empereur, Napoléon lui-même répondit qu'il se portait bien. Le "28, on reconnut un vaisseau de 7V, qui n'aperçut point le bateau de César. Cette journée fut employée à copier trois proclamations , deux au nom de l'Empereur, l'une aux Français, l'autre à l'armée, et la troisième à l'armée au nom de sa garde. Les ponts se couvrirent de copistes : ce singulier bureau d'étatmajor écrivant sous la dictée de Napoléon, en vue des croisières ennemies, au milieu de la mer, sur un biltiment sans défense, des proclamations qui invitaient trente millions d'hommes à arborer la bannière d'un bataillon, est un fait curieux dans cette période si romanesque de la vie de Bonaparte. Enfin, le 1" mars, mois favori de l'Empereur dans ses prospérités, il revit la terre française, et débarqua au golfe Juan. Les habitants ne lui votèrent pas, comme les Calaisiens à Louis XVIII, une plaque de bronze portant l'empreinte du pied qu'il avait posé sur le sol après vingt-cinq ans d'absence ; mais il reçut un bon accueil des paysans que réveilla le bi'uit du débarquement. Le bivouac fut établi dans une plantation d'oliviers. Beau présage! s'écria Napoléon, pnisse-t-il se réaliser! L'un des premiers habitants qui arrivèrent avait servi sous ses ordi'es ; il reconnut Napoléon , et ne voulut plus le quitter. Eh bien! Bertrand, dit l'empereur au grand-maréchal, voilà du renfort!...

Déjà un capitaine de la garde et vingt-cinq hommes étaient partis pour Antibes, avec ordre de s'y présenter comme déserteurs et de séduire la garnison. Mais Napoléon avait mal choisi ses négociateurs; ils entrèrent dans la ville au cri de rire l' Empereur ! et furent dans l'instant désai'més et arrêtés. N'ayant point de nouvelles de ce détachement, Napoléon envoya à Antibes un oflicier civil chargé d'instructions pour le commandant: cet officier trouva les poiles fermées, et ne put communiquer avec peisonne. A onze heures du soir, la petite troupe que Napoléon appelait la députation de la garde se mit en mouvement. Les Polonais , ù pied, portaient sur le dos l'équipement des chevaux qu'ils allaient avoir, à me«ure qu'on en achèterait sur la route. Après vingt lieues d'une marche continue, Napoléon arriva au village de ("érénoii le 2 au soir; le .'3, il coucha à Harème ; le i à Digne; le 5 à (îap. (À' fut dans cette ville qu'il fit impiimer les proclamations qu'il avait dictées à bord le 28 février. Ces proclamations se répandirent aussitôt en France , et produisirent sur la population un effet d'autant plus magique qu'il était inattendu. Elles portaient le cachi-t de cette éloquence

qui tant de fois avait remué les dmes des Français en leur prédisant de si prodigieuses choses, ou en les remerciant de les avoir accomplies. Tout le monde y fut pris, les uns par l'étonnement, les autres, et c'était la foule, par radiniriilion. C'était sans doute une étrange merveille jetée tout à coup au milieu de la monarchie des Bourbons, que Napoléon rentrant en France à la tête de onze cents hommes! Le titre de ces proclamations était le titre impérial de son régne: Napoléon, pak la grâce de Dieu et les Coxstitltions de l'Emp)ke, Empereur des Français. Il avait apparemment oublié son abdication; ou plutôt il se croyait dégagé d'un traité que les alliés se proposaient de rompre par la force et contre toute espèce de droit ; quelle que fût la pensée de Napoléon , il n'avait pas perdu son talent de parler aux hommes le langage du génie et de la gloire.

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