DE NAPOLÉON. 5W
« s'élèvera la croix ; le prêtre se tiendra devant l'autel ; mon état-major et moi derrière; les n matelots seront en armes , et le canon tiré à l'arrière annoncera le bateau portant les « dépouilles niortelles de l'Empereur. »
Le 10, on était à Uouen; l'archevêque, accompngné de tout son clergé, vint donner l'absoute. Le 12 , à Poissy, M. le duc d'Auniale vint rejoindre son frère. Le 1-1 décembre, on arriva à Courbevoie. Le duc d'Orléans et le duc de IN'emours vinrent à bord, et Drent avec le duc d'Aumale une religieuse station au pied du cercueil impérial, ainsi que le maréchal Soult et l'amiral Duperré.
Le général Rybiuski (dernier généralissime dans la guerre de 1831 pour l'indépendance de la Pologne), accompagné des généraux Dwernicki , Sierawski, Dembinski, Skarzynski, Casimir Myeielski, Sznayde, Gawronski , Soltyk , et d'un grand nombre d'officiers supérieurs polonais, s'approcha des membres delà mission et leur adressa ces paroles : "Fidèles <i à l'honneur et au devoir, les Polonais , qui partagèrent la gloire et les revers des aigles « françaises, viennent rendre un dernier hommage à l'Empereur. »
Sur la berge de la Seine , immédiatement au-dessous du pont de Courbevoie , s'élevait un temple grec de quatorze mèlres d'élévation , à quatre frontons ornés de guirlandes de chêne , d'écussons , d'aigles , où l'Empereur devait reposer pour la première fois sur la terre de France.
Autour de l'Arc-de-Triomphe de la barrière de l'Étoile , douze mâts pavoises portaient des boucliers , des trophées d'armes et des bannières tricolores. Sur ces bannières on lisait les noms des principales armées de la République et de l'Empire : Armée de Hollande , de Samhre-ef-Meuse , de Rh in et-Moselle, des Cotes de l'Océan , de Catalogne , d'Aragon, d'Andalousie , d'Italie, de Rome, de Naples, Grande Armée, Armée de Réserve. Sur le couronnement de l'arc , on avait représenté l'apothéose de Napoléon. L'Empereur , vêtu du grand costume de son sacre , était debout devant son trône , entouré de figures allégoriques, de génies , de renommées à cheval.
Le long de l'avenue des Champs-Elysées, de la barrière à la place de la Concorde, s'élevaient des colonnes triomphales ornées de drapeaux, d'aigles et d'écussons. De nombreuses statues représentaient des victoires. On avait placé , à chaque angle du pont de la Concorde, une colonne triomphale cannelée, surmontée d'une aigle dorée. Sur le pont, huit statues : la Sagesse, l\ Force, l.4 Justice, la Guerbe, l'Agriculture, l'Éloquence, les Beau,x-.\rts , le Commerce. Au-devant du palais de la Chambre des Députés, l'Immortalité. Sur l'esplanade des Invalides, trente-deux statues des rois et des grands capitaines qui ont honoré la France : Clovis, Charles-Martel, Philippe- Auguste, Charles V, Jeanne d'Abc, Louis XII, Bayaed, Louis XIV, Turenne, Duguay-Trouin , Hoche, La Tour-d'Auveegne, Kellermann, Ney, Joordan, LoBAH, Charlemagne , Hugues Capet, Louis IX, Charles Vil, Du Guesclin , François I''', Henri IV, Condé, Vauban , INIarceau , Desaix, Kléber , Lannes, Masséna , Mortier , Macdonald. Entre les statues de l'esplanade , des trépieds portaient des flammes. Aux deux côtés de l'esplanade , à droite et à gauche ., d'immenses estrades pouvant contenir trente-six mille spectateurs, s'avançaient jusqu'à la grille d'entrée des Invalides.
Le 15 décembre , dès cinq heures du matin , le canon des Invalides annonçait la solennité. Malgré le froid d'une intensité extrêmement rare qui régnait, l'aflluence fut telle, l'enthousiasme se manifesta par de telles émotions, qu'on chercherait peut-être en vain dans l'histoire pour trouver un fait analogue.
A neuf heures , le char impérial arriva au débarcadère de Courbevoie ; il était traîné par seize chevaux noirs, ornés de panaches blancs et recouverts de caparaçons de drap d'or; chaque housse était relevée par les armoiries impériales brodées eu pierreries , et par des
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aigles, des iV et des lauriers émaillés sur les fonds. Seize piqueurs aux livrées impériales conduisaient les quadriges; deux piqueurs h cheval les précédaient.
Le socle, reposant sur quatre roues massives et dorées , était un carré long, avec une plate-forme demi-circulaire sur le devant. Sur cette plate-forme , un groupe de génies supportait la couronne de Cliarlemagne ; aux quatre angles , quatre autres génies en bas-relief soutenaient d'une main des guirlandes, et de l'autre embouchaient la trompette de la Renommée. Au-dessus, des faisceaux; au milieu, des aigles, et le chiffre de I'Empkbei r parmi des couronnes.
Le PiiîDESTAL était tendu d'étoffes or et violet, au chiffre et aux armes de l'F.mpereur, avec quatre faisceaux d'armes aux extrémités. De longues draperies violettes, rehaussées d'abeilles, d'iV, d'aigles et de lauriers, le recouvraient depuis le sommet jusqu'à terre. Une large guirlande régnait sur toute la longueur du piédes'al , que couronnaient une galerie d'ornements et quatre aigles. Quatorze statues dorées représentaient des Victoires qui rapportaient triomphalement le cénotaphe sur un vaste bouclier d'or chargé de javelines. Le cénotaphe, reproduction fidèle du cercueil de ^'apoléon , était voilé d'un long crêpe violet, semé d'abeilles d'or. La couronne impériale, le sceptre et la main de justice en or rehaussé de pierreries , étaient déposés sur le cercueil. A l'arrière du char, un trophée de drapeaux, de palmes et de lauriers , rappelait les victoires du plus grand capitaine des temps modernes. La hauteur totale du char était de 10 mètres; la largeur, de 4 mètres 80 centimètres ; la longueur , de 10 mètres ; son poids s'élevait à 13,000 kilogrammes.
Les marins de la Belle-Poule eurent l'honorable mission de porter le cercueil sur ce char funèbre , qui était bien plutôt un char de triomphe.
Toute la garde nationale de Paris et de la banlieue ; des détachements de tous les corps composant la garnison de Paris; une députation d'anciens militaires de tous grades, ayant appartenu aux armées impériales, en grand uniforme de la vieille garde: des dragons de l'Impératrice, des hussards de la mort, des chamborans, des vélites, des guides, des lanciers rouges, etc. , formaient un cortège dont nulle description ne saurait donner une idée. A une heure et demie , le cortège débouchait sur la place de la Concorde aux cris de vice r Empereur t poussés par un million de spectateurs.
A deux heures , le char s'arrêtait devant la grille principale de l'hôtel des Invalides.
A cette grille, une tenture noire, rehaussée d'ornements d'argent et d'or, était soutenue par deux colonnes triomphales et par de nombreux faisceaux de lances enrubanées ; les colonnes portant de grands trépieds, et servant d'appui, à droite et à gauche, a deux tribunes réservées pour les invalides. Aussitôt, le cercueil a été descendu et porté à bras par trente-six marins jusqu'au porche dressé dans la cour royale , où l'archevêque de Paris l'attendait assisté de tout son clergé.
Voici quels étaient les préparatifs dans l'Hôtel même des Invalides :
Dans la première cour, une série de candélabres et de trépieds soutenant des réchauds endamniés. — Dans la cour d'honneur, deux estrades disposées pour recevoir six mille personnes assises. — Tous les pilastres des galeries couvertes de cette cour convertis en trophées d'armes, et surmontés d'une aigle. Kntre eux, à la hauteur des arcades, des écussons représentant, les uns , le chiffre impérial, les autres , des croix de la Légion-d'Honneur. Entre chaque arcade, un double feston de lauriers. — A la hauteur des combles, tout autour de la frise, les noms, en lettres d'or, des Français qui se sont illustrés sur les cluiinps de bataille, depuis 1793 jusqu'à nos jours. — Au pourtour de cette frise, un triple cordon de guirlandes et de couronnes d'immortelles entrelacées. — Au-dessus, en suivant la ligne des combles, un large ruban de la Légion-d'Honneur.— Enfin, au milieu de la cour, et adossés aux estrades, une suite de m;Us pavoises et surmontés d'une gigantesque étoile d'or — En avant du portail de l'église, et pjur recevoir le corps de l'Empereur à son