DE NAPOLÉON. 5V
arrivée, un temple funéraire soutenu par quatre pilastres quadrangulaires, avec une architrave sur toutes les faces, et couronné par des frontons aux armes impériales. Au-dessus de la façade , la figure de Notre-Dame-de-Gràce , ayant h ses côtés deux génies allégoriques. Dans les architraves, les portraits des maréchaux de l'Empire ; au-dessous, les noms des batailles dans lesquelles ils se sont rendus illustres. — Le porche de l'église formé par une voiite de tentures noires, éclairée de lampes sépulcrales — A l'entrée de la nef, et à la même hauteur que les orgues, une vaste tribune tendue de noir,. et destinée à l'orchestre.
— Sur les deux côtés de la nef, des estrades de deuil réservées, à droite, pour les diverses dépiitations convoquées , à gauche , pour les marins de la Belle-Poule et de ta Favorite.
— Derrière les pilastres , dans les deux galeries latérales , d'autres estrades complétant , avec les tribunes supérieures, les places des personnes seulement admises à la cérémonie.
— Sur les pilastres de la nef, des cippes funéraires surmontés de trophées d'armes en or, et ombragés de drapeaux aux deux angles. — Sur les cippes, les noms des plus célèbres maréchaux et généraux de l'Empire, inscrits à côté de leurs victoires.
Dans le dôme, les grandes croisées supérieures fermées par des stores en étoffe violette, ornés au centre d'un aigle d'or. Au-dessus, une large litre violette, aux armes impériales, semée d'abeilles d'or et de chiffres; au-dessous, nn cordon de lumière formé de torches de cire, portées par un couronnement en sculptures dorées. A ce coiu'onnement, vingt-quatre bannières tricolores reproduisant les noms des plus belles victoires de l'Kmpereur. Au centre du dôme, sur l'emplacement qui attend encore le tombeau de IN'apoléon, un magnifique catafalque de seize mètres d'élévation composé de deux socles ornés de bas-reliefs.
La chambre des pairs, la chambre des députés, tous les grands corps de l'Etat furent placés dans l'église même.
A l'entrée du cercueil dans la Cour d'Honneur ( il était alors porté sur les épaules des soldats et des marins), le prince de Joinville, l'épée à la main, marchait en tète.
La solennité à ce moment fut admirable. Les assistants étaient debout, la tête découverte, les yeux fixés et les bras tendus vers ce cercueil dans lequel reposaient tant de gloire et de grandeur. Des invalides, qui faisaient la haie sur le passage du corps, s'étaient agenouillés malgré la consigne; les autres essuyaient des larmes roulant sous lem-s paupières. Ce spectacle était d'une sublimité magique !
En ce moment, le roi quitta la place qu'il occupait dans le dôme, à la droite de l'autel, avec la reine, M. le duc d'Orléans, :\I. le duc et i\l""= la duchesse de Nemours, 1\L le duc d' Aumale, >L le duc de Montpensier, i\I'»'' la princesse .Adélaïde, et s'avança, suivi des princes, jusqu'à l'entrée de la nef, ou le cercueil venait de s'arrêter.
n Sire, a dit le prince de .Foinville en baissant son épée jusqu'à terre, je vous présente le corps de l'empereur Napoléon. »
— » Je le reçois au nom de la France, a répondu le roi d'une voix forte » Puis, s'étant approché du prince de .loinville, il lui a serré la main avec affection.
Le général .Uhalin portait sur un coussin de velours l'éjjée de l'Empereur. Il l'a présentée au maréchal .Soult, qui l'a remise au roi.
« Général Bertrand, a dit le roi, je vous charge de placer l'épée de l'Empereur sur son cercueil »
" Général Gourgaud, placez sur le cercueil le chapeau de l'Empereur. "
Le roi ayant regagné sa place, le cercueil a été mis aussitôt sous le splendide catafalque élevé au milieu du dôme, et autour duquel étaient ^L le maréchal duc de Reggio, grand chancelier de la Légion-d'Honneur, M le maréchal comle Molitor, M. l'amiral Koussiii, cl "SX. le lieutenant-général comte Itertrand.
Lorsque le service funèbre commença, une émotion iimnensc, universelle, magnétique, dominait tous les cœurs.