‹ Histoire de NapoléonChapitre 64 sur 75 · TRANSLATION DES RESTES MORTELS, ETC · texte numérisé non relu

TRANSLATION DES RESTES MORTELS, ETC

Auprès du catafalque , on remarquait les membres de la commission de Sainte-Hélène : M. le lieutenant-général Oourgaud , !\I. le baron de Las-Cases et >L le comte de Hoban- Cbabot, commissaire du roi, M. INIarcband, ancien valet de cbambre de l'Empereur. Auprès du général Gourgaud, se trouvait le général Despans-Ctibières , eu uniforme de colonel d'infanterie légère du temps de rKm])ire.

Le service funèbre dura deux heures. A trois heures et demie, le roi et l'archevêque de Paris jetaient de l'eau bénite sur le corps. — La cérémonie religieuse était terminée.

Le 6 février I8il, le cercueil de Napoléon, qui était resté déposé sous le catafalque impérial depuis le 15 décembre, fut transporté dans une chapelle ardente, disposée à droite de l'autel sous l'un des petits dômes de l'église , et désignée sous le nom de Chapelle Saint- Jérôme, où il doit rester jusqu'à l'achèvement du mausolée.

Une lampe de gaz, suspendue à la voûte, brûle jour et nuit. Quatre invalides veillent aux portes de la chapelle.

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'liistoire particulière de la Garde impériale est chose impossible à faire, si ce n'est pour ce qui concerne sa création , ses diverses organisations , ''On c.iractère distinct , ses privilèges et prérogatiMs ( omme partie active de l'armée, son histoire ,sc latt.iche à celle de toutes les campagnes aux- "(juillcs elle a pris une part quelconque, et alors te srtait l'historique de nos guerres qu'il faudrait ti.iccr lel ne saurait être notre but.

I outetois , voulant traiter spécialement ce qui se Mttadie à la Garde impériale, nous résumons ici tout ce qui est de nature à la faire connaître le plus possible, et c'est daus ce but que nous avons divisé notre plan de la manière suivante : 1" Création, organisation; — 2° Campagnes; — 3° Prérogatives, privilèges. Avant de traiter chacune de ces divisions , nous devons entrer dans quelques considérations générales qui n'y trouveraient point de place, et qui, cependant, ne peuvent être passées sous silence dans un travail qui a pour but de faire connaître la Garde impériale sous ses divers aspects.

Ce qui distinguait éminemment la Garde, c'était une discipline d'autant plus exemplaire qu'elle était basée, non sur la crainte de la répression, mais sur le sentiment du devoir; et, par discipline, nous ne voulons pas uniquement parler de l'obéissance passive aux ordres des cbefs, nous voulons aussi parler des actes qui tiennent plus à la moralité qu'aux exigences du service militaire. Napoléon l'avait dit lui-même : ce n'est pas seulement des soldats qui soient braves que je veux pour la garde de ma personne, c'est aussi des hommes dont l'obéissance et la moralité puissent être citées comme modèles.

Bien que l'ordre du jour suivant soit antérieur à la création de la Garde impériale, nous le citons néanmoins pour faire connaître le sentiment de Napoléon sur la moralité du soldat. 11 est daté du 12 mai 1802, et eut pour cause le suicide de deux grenadiers de la Garde consulaire.

« Le grenadier Gaubry s'est suicidé pour des raisons d'amour : c'était, d'ailleurs, un très-bon sujet. C'est le second événement de cette nature qui arrive au corps depuis un mois. Le Premier consul ordonne qu'il soit mis à l'ordre de la garde ; Qu'un soldat doit savoir vaincre la douleur et la mélancolie des passions; qu'il y a autant devrai courage a souffrir avec constance les peines de l'âme, qu'à rester lixe et immobile sous la mitraille d'une batterie. S'abandonner au chagrin sans résister, se tuer pour s'y soustraire , c'est abandonner le champ de bataille avant d'avoir vaincu. >>

Plus tard, en parlant de sa Garde, l'Kmpereur prononçait ces paroles remarquables ; « Si un corps privilégié ne se con-.porte pas avec sagesse et mesure, il faut le dissoudre. Je veux avoir des soldats aguerris dans ma Garde . mais je ne veux pas de soldats indisciplinés ; quel que fut leur uniforme, ces hommes ne seraient à mes yeux que des janissaires ou des prétoriens. »

Cette sévérité de l'Empereur envers la Garde ne se relâchait en aucune circonstance ; il ne pardonnait mcnie pas les infractions à la discipline qui pouvaient avoir leur cause dans l'enivrement de la conquête. Le pillage était à ses yeux sans excuse, et toujours il se montra inexorable pour les faits de cette nature dont la connaissance arrivait jusqu'à lui, encore bien qu'on n'eût à citer qu'un bien petit nombre de cas oii les soldats de sa Garde durent répondre à une accusation de cette sorte. L'armée rendait pleine justice à la moralité de ce corps privilégié; tous ceux, notamment, qui ont fait la campagne de Russie, ont admiré la conduite delà Garde, sous ce rapport, dans plusieurs circonstances.

Ainsi, à Smolensk , le payeur de la Garde confia à de simples grenadiers, les valeurs en or qui composaient le trésor particulier de l'F.mpereur, et qui s'élevaient à deux millions. De l'autre côté de la lîéiésina , la somme fut remiss intacte , moins quatorze cents francs : le soldat qui en était porteur avait perdu la vie dans le dernier engagement.

Ainsi, àAVilna, les uns défendirent jusqu'à la mort les caissons du trésor; les autres s'emparèrent de tout l'or qu'ils purent emporter pour les remettre plus tard entre les mains de celui qui en avait la responsabilité.

A ces traits généraux de probité, nous pourrions en ajouter un grand nombre de particuliers qui attesteraient la haute moralité des soldats de la Garde impériale : quelques-uns même la portèrent jusqu'à refuser ce que des étrangers considéraient comme la récompense d'un service ou d'un bienfait.

Mais après avoir fait une telle part à la discipline, l'Empereur en faisait une non moins grande à sa sollicitude pour sa Garde. Comme les dépenses de ses officiers étaient de beaucoup supérieures à celles que comportait leur solde, c'était par des largesses personnelles, des dotations, des mariages, qu'il assurait l'avenir de ses compagnons d'armes. Dans toutes les circonstances, et notanunent en campagne, il leur donnait des preuves de l'intérêt qu'il leur portait , car alors son premier soin était toujours de sas>urer si sa Garde avait reçu ce qui lui était destiné.

Cette sollicitude de l'Empereur pour sa Garde excitait , il faut bien le dire , quelque jalousie dans les autres corps de l'armée ; et cette jalousie était assez justifiée sur beaucoup de points. Ainsi cette prévoyance de Napoléon pour les besoins matériels de sa Garde diminuait nécessairement les occasions rie pillase qu'il était si difficile de prévenir dans la li^ne, quand le soldat était dans la nécessité de pourvoir par lui-même à sa propre subsistance par des moyens qui échappaient facilement à la surveillance des chefs, et qui étaient tout à fait en dehors des lois de la discipline. La tolérance était justice envers ceux qui manquent de tout.

Ce bien-être entretenait dans la Garde une certaine disposition qui réagissait sur le moral, non, certes , que nous rabaissions la bravoure jusqu'à l'attribuer absolument à la satisfaction des besoins matériels ; mais il est certain cependant qu'une troupe qui n'a pas souffert des privations qu'impose une agglomération de milliers d'individus, on qui ne les a pas éprouvées au même degré, doit être certainement, toutes choses égales du reste, dans de meilleures conditions que celle qui souffre dans ses besoins les plus indispensables.

Cette dernière considération nous amène à une réflexion dont nous ne nous dissinmions point la délicatesse, mais que nous ne saurions taire, en raison de son importance.

En dehors de l'armée, c'est-à-dire pour ceux qui ignorent comment une victoire se décide, on a toujours cru que l'intervention de la Garde impériale assurait le succès. En ne voyant que le fait en lui-même, on a peut-être eu raison de raisonner ainsi; mais le succès provenait de cette circonstance essentielle, c'est qu'alors le moment était décisif; la Garde n'était que le renfort d'une troupe fraîche; en maintes circonstances, un même nombre de soldats de l'armée de ligne eût obtenu le même résultat. Cette espèce de va-tout était terrible à l'ennemi, parce qu'il devait déciiler de la destinée du jour, et comme la Garde le savait, elle trouvait un stimulant inniiense dans cette idée qu'on attendait tout de sa participation exceptionnelle; nous enq)loyons ce mot avec intention, car la Garde impériale était rarement en ligne; elle formait habituellement une réserve sur laquelle l'Enqjereur comptait, et avec raison. 11 est certain que dans les dix années de son existence, la Garde impériale n'a pas été plus de quinze fois en ligne pour intervenir en masse.

Certes, nous ne voulons pas détruire ni même diminuer la haute renonuiiée de la Garde impériale; dans toute l'armée elle était l'objet d'une constante admiration ; sa présence seule suffisait, dans beaucoup de cas, pour ranimer le coarage qui (léchissait ; et cela parce qu'on savait que là où elle se présentait, la victoire allait suivre; nous tenions seulement à établir ijue le succès, quelque honorable qu'il fût pour la Garde, tenait cependant à des circonstances qui n'étaient pas le fait absolu des individus, connue appartenant à ce corps privilégié.

Mais ce n'était pas seulement dans les camps que la discipline de laGarde impériale était admirable. Elle se manifestait fréquennnent dans l'existence paisible de la garnison et même dans la conduite personnelle de chaque soldat , quand il agissait conuue homme faisant partie de la grande famille sociale.

Ainsi le duel était extrêmement rare dans les soldats de la Garde, et s'ils intervenaient parfois dans ces combats singuliers , c'était presque toujours connue témoins entre des individus non militaires et pour chercher à les réconcilier.

Les cas d'ivresse étaient également très-rares.

Dans leurs rapports journaliers et réciproques, les soldats de la Garde conservaient toujours une certaine dignité : il n'existait pas entre eux de camaraderie proprement dite; en donnant à ce mot l'acception d'une familiarité de caserne , le tutoiement n'était pas reçu , excepté entre ceux qui partageaient le même lit.

Enfin , et comme conqilément à ce que nous pourrions dire à l'avantage de la Garde impériale, ses rapports avec la bourgeoisie avaient (|uelipie chose d'intime et de bienveillant; un soldat qui ne serait pas resté dans les termes des plus strictes convenances, aurait

été déconsidéré dans l'esprit de ses camarades. A la vérité, de glorieux témoignages d'estime avaient été donnés à la Garde impériale par la capitale.

Le 25 novemln-e 1807, à son retour des campagnes de Prusse et de Pologne , le conseil miuiitipal de la ville de Paris lui avait voté des couronnes d"or, et la distribution de ces récompenses, qui nous reportent à la Rome antique, fut l'objet d'une tVte dont les dix mille soldats de la Garde étaient les héros.

A une allocution de M. Frocliot, préfet du déparlement de la Seine, le maréchal Bessières, qui commandait la Garde impériale, fit la réponse suivante que nous transcrivons , parce qu'elle corrobore tout ce que nous venons de dire d'un corps qui rehaussa si dignement la valeur de nos ancêtres.

'< IMonsieur le préfet , et vous messieurs les membres du conseil municipal , ces couronnes dont vous décorez nos aigles, cet arc de triomphe, toute cette pompe brillante pour célébrer le retour de la Garde impériale , sont une nouvelle preuve de votre affection pour l'empereur, et un hommage éclatant rendu à son armée.

« Les aînés de cette grande famille militaire vont se retrouver avec ravissement dans le sein d'une cité dont les habitants ont constamment rivalisé avec eux d'amour, de dévouement et de fidélité pour notre glorieux monarque. Animés des mêmes sentiments, la plus parfaite harmonie existera toujours entre les habitants de la bonne ville de Paris et les soldats de la Garde impériale.

'1 Tels sont, messieurs, les sentiments qui animent la Garde impériale; je m'estime heureux de vous les exprimer en son nom. «

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