CHAPITRE VI
Ciimpa'-'nc d'ilalie. — Combat de Lodi. —Reddition de Milan. — Premlei- siéïc de Manloiie. — Gueri-c a\pi' le Pajie — Oeciipalion de Livonine — Cipiliilalion de la ciladelle de Mantoiie.
;1 A -^ possession do toute l'Italie étiwt dorénavant dans les murs de Mantoue; l'Autriche n'a\ait donc qu'un intérêt, la défense de cette place. De son côté, Bonaparte, qui ne regardait la conquête du Piémont que comme un adieminement îi celle du Milanais , ne s'attacha plus qu'à s'emparer de Mantoue ; car le jour où cette ville aura capitulé, la maison d'Autriche devra se défendre dans les murs de Vienne.
' Trente mille Français avaient suITi pour enlever le Piémont à quatre-vingt mille coalisés. L'aimée ennemie, réduite des deu\ tiers, ne comptait plus que vingt-six mille combattants. Après avoir évacué Alexandrie pour se porter sur Valenza, où il passa le Pô, Reaulieu prit position à Valeggio afin d'observer les mouvements de l'armée française. Pour lui doiuier le change, et mieux cacher son projet, Bonaparte avait fait insérer dans l'armistice avec les Piémontais la clause ([u'il pou\ait faire passer le Pô à son armée à Valenza. Masséna exécute, conformément aux ordres du général en chef, des mouvemtMits calculés pour entretenir l'erreur de Beau-
38 IIISTOIUE DE NAPOLEON.
lieu. In Tort délatlienient feint de vouloir passer le Pô à Caniliio, pendant que le général en chef, parti de Tortone avec dix bataillons de grenadiers, sa cavalerie et vingt-quatre pièces de canon, se dirige sur Plaisance à marches forcées, pour surprendre le passage du Pô. Lannes traverse le fleuve le premier avec l'avantgarde, sur des bateaux, en vue de Monfebello, et Laharpe s'établit a\ec les grenadiers à Emetri, entre le Pô et la ri\e de Fonibio. Aussitôt toute l'armée fran (hit le lleuve, dont la largeur à Plaisance est de deux cent cinquante toises.
J)e son quartier général de Plaisance, Bonaparte écrit au Directoire : « Nous « avons passé le Pô ; la seconde campagne est commencée : Beaulieu est décon- « certé; il donne constamment dans les pièges qu'on lui tend : peut-être voiidra- « t-il donner une bataille. — Encore une victoire, et nous sommes maîtres de « l'Italie. — J'espère que les choses vont bien, car je peux vous envoyer une doute zaine de millions à Paris. Cela ne vous fera pas de ma/ pour l'armce du Ji/ihi. » Une suspension d'armes est signée le môme jour à Plaisance avec le duc de Parme , qui achète ce traité avec les tableaux et les millions que le général envoie à Paris. Trop heureux de conclure à ce prix, les envoyés du duc s'étaient empressés de remplir les conditions de l'armistice; cependant, comme ils offraient un million de plus pour sauver le fameux saint Jérôme, du Dominiquiii, Bonaparte leur répondit: « Ce million, nous l'aurions bientôt dépensé; un chef- (c d'œuvre est éternel, il parera notre patrie. » Le million fut refusé. Cet armistice nous donna seize cents chevaux, des magasins de blé et de fourrages, et défraya le s^"vice des hôpitaux. Quatre cents chevaux d'artillerie furent levés aussi dans la ville de Plaisance. Le duc de Modène s'empressa également d'envoyer un plénipotentiaire au général Bonaparte, et obtint une suspension d'armes moyennant dix millions, dont deux millions cinq cent mille livres en denrées et munitions de guerre.
Aussitôt qu'il eut appris que Bonaparte avait quitté Tortone, Beaulieu s'était mis en marche avec son armée, dans l'intention de couvrir Plaisance et de camper derrière Fombio, petite place déjà occupée par une division autrichienne partie de Pavie sous les ordres du général Liptay. Sans laisser à cette division le temps de s'y établir, ni de servir de point d'appui à Beaulieu, Bonaparte fait enlever brusquement Fombio, et les Autrichiens, après avoir perdu deux mille cinq cents prisonniers, leur artillerie et leurs drapeaux, se jettent dans Pizzighettone, dont ils parviennent à lever les ponts. Le général Laharpe s'était placé en avant de Codogno, à cheval sur les routes de Pavie et de Lodi. l ii régiment ennemi, venant par la première, tomba la nuit dans les avant-postes français; mais, vivement repoussé, il disparut par la route de Lodi. Laharpe, qui était accouru au bruit de la moustiueterie, l'etournait dans sou camp par un autre chemin, quand , par suite d'une funeste méprise , il tomba blessé à mort sous le leu de ses soldats. L'armée entière pleura comme s'il eût été Français ce brave général que la tyramiie de Berne et l'amour tle la liberté avaient amené dans nos rangs.
L'armée française, en mardiant sur Lodi à la reclierclie de Bcaulicu, rencontre à une lieue de Cassai une forte arrière-garde composée de grenadiers auti'ichiens qui défendait la chaussée de cette ville, la culbute malgré une résistance opiniâtre, et y entre péle-nuMe avec elle. Mais ce n'était pas tout, il fallait enlever le pont de l'Adda. Reanlicu occupait la rive ;;auclie. Ayant rallié ses fuyards, que les Français continuent de poursuivre avec ardeur, il démasque vingt-cinq pièces de canon pour la défense du pont; aussitôt Bonaparte lui en oppose autant : il a conçu l'audacieux projet de forcer le passage, dans l'espoir de couper le corps de dix mille hommes qui, sous les ordres de Colli et de Wukassowich, se porte sur Cassano afm d'y passer le fleuve. Pour y parvenir, il jette sa cavalerie sur la rive gauche, à une demi-lieue au-dessus du pont, avec une batterie d'artillerie légère qui engage la canonnade sur le flanc droit des Autrichiens. Cette manœuvre ayant réussi , tout aussitôt les grenadiers , formés par lui en colonne serrée, se précipitent sur le pont, le franchissent au pas de course, et s'emparent du canon de l'ennemi. La ligne autrichienne, enfoncée par cette charge impétueuse, se réfugie à Crema, après avoir laissé sur le champ de bataille près de trois mille prisonniers, plusieurs drapeaux et son artillerie. Profondément consterné par ce beau fait d'armes, Beaulieu laisse la capitale du Milanais sans défense, à plusieurs journées sur les derrières de l'armée victorieuse. En effet, à peu de jours de là, la nouvelle de la reddition de Milan est apportée à Bonaparte par une députation des États et de la municipalité. La victoii-e de Lodi nous rendait maîtres de toute la Lombardie.
On raconte qu'à dater de cette journée, qui avait été si chaude, il s'établit dans l'armée d'Italie un singulier usage : après duujue bataille, les plus vieux soldats se réunissaient en conseil et donnaient à leur général en chef un nouveau grade. Ils le nommèrent caporal à Lodi; plus tard ils le firent sergent à Castigliune, et ainsi de suite. De là vient le surnom de Pelil-Caporat, qui depuis est resté à Napoléon '.
Cependaiil Bonaparte, toujours préoccupé de l'idée d'une invasion en Allemagne par le Tvrol, combinée avec les deux armées du Rhin, écrivait au Directoire : a II est possible (jne bientôl j'atta(pie Mantoue. Si j'enlève cette place, «rien ne m'arrête plus pour pénétrer dans la Bavière; dans deux décades, «je puis être dans le cœur de l'Allemagne. Ne pourriez-vous pas combiner mes « mouvements avec l'opération de vos deux armées? Je m'imagine qu'à l'heure « qu'il est on se bat sur le Rhin. Si l'armistice continuait, l'armée d'Italie serait « écrasée. Si les deux armées du Rhin entrent en campagne, j(î vous prie de me « faire part de leur position et de ce que vous espérez (pi'elles puissent faire.
1. « ViMulOniiaire et inr^me Miinleiiolte ne me poilèreiU pus à me croire un lionnnc snpcrirnr, a (Ml depuis N:ipi)l(''on ; ce n'est i|n'.iprcs Lodi qu'il nio vint d;nis l'idée (|ue je ponmis liicn diviiiir nn ;ict*'nr décisif sur noire scène politique. »
« iiliii (iiic rcla puisse nie servir de règle pour entrer dans le Tyrol, ou me bor- .< nci' à l'Adige. Il serait digne de la Képublique d'aller signer le traité de pai\. Il les trois armées réunies, dans le eœur de la Ba\iére ou de l'Autriclie étonnée. (1 Ouant à moi, s'il entre dans vos projets que les deux arnK'es du Hhin fassent « des mouvements en avant, je franchirai le Tyrol avant cpie l'Kmpereur s'en c( soit sérieusement douté. «
Le Directoire lui répondit par une dépêche dans laquelle, après avoir loue la conquête du Piémont et approuvé les glorieuses conditions de l'armistice qui en fut la suite, il témoignait, avec une affectation très-prononcée, sa satisfaction de ce que le général avait pris conseil du commissaire civil Salicetti avant la conclusion de cet arrangement. La même dépêche lui annonçait aussi lintention de partager l'armée d'Italie en deux corps : Kellermann commanderait celui qui devait garder le Milanais, et Bonaparte celui destiné à agir sur les côtes de la Méditerranée, à Livourne, à Rome et à Naples. C'était porter aux opérations de l'armée d'Italie un couji plus terrible que ne l'aurait pu faire une armée autrichieiuie.
Bonaparte représenta avec son énergie habituelle les \ices d'un tel projet : « Je « crois très- impolitique de diviseï' en deux l'armée d'Italie, écrivit-il au Direc- «toire; il est également contraire aux intéi'èts de la République d'y mettre « deux généraux difïérents. L'expédition de Livourne, Rome et Naples, est très- « peu de ciîose : elle doit être faite par des divisions en échelons, de sorte que ic l'on puisse, par une marche rétrograde, se trouver en force contre les Autri- II chiens, et menacer de les envelopper au moindre mouvement qu'ils feraient. " Il faudra pour cela non-seulement un seul général, mais encore que rien ne le K gène dans sa marche et dans ses opérations. J'ai fait la campagne sans consul- « fer personne; je n'eusse rien fait de bon s'il eût fallu me concilier avec la « manière de voir d'un autre. J'ai remporté quelques avantages sur des forces « supérieures, et dans un dénuement absolu de tout, parce que, persuadé que .( votre conrian<e se reposait sur moi, ma marche a été aussi prompte que ma (( parole. Si vous m'imposez des enli-avcs de toute espèce, s'il fuiit que je réfère CI de tous mes pas aux commissaires du (join-ernemeiil . s'ils ont le di'oit de chann ger mes mouvements, de m'ôter ou de m'envoyer des tioupes, n'attendez plus « rien de bon. Si vous afifaiblissez vos moyens en partageant vos forces, si vous >i rompez en Italie Vunilc de la pensée militaire, je vous le dis avec douleur, « vous aurez perdu la plus belle occasion d'imposer des lois à l'Italie. )> Insistant ensuite sur la nécessité de laisser un seul général à la tète de l'armée, il offrait en quelque sorte sa démission: « Kellermann commandera l'armée aussi bien que c( moi, disait-il, car personne n'est plus convaincu que je ne le suis que les vic- « toires sont dues au courage et à l'audace de l'ai-mée ; mais réunir Kellermann «et moi en Italie, c'est vouloir tout perdre; et, d'ailleurs , je crois qu'il faut «plutôt un mauvais général que deux bons. La guerre est comme le gouverne-
« menl, c'est une affaii-e de tact. » Une telle correspondance n'a pas besoin de commentaire. Honapai'te sent qne toute sa destiné(î est dans sa volonté.
Depuis le 13 mai, le chiUeau de Milan était in\csti; Augereau occupait Pavie; Séi'urier, Lodi et Crémone; la di\ision de Laliarpe, Tomo, Lesagno, Lucco et Pizzighettone. Le jour où le Directoire signait, à Paris, le traité qui, enlevant au Piémont la Savoie, le comté de Nice et le territoire de Tende, livrait toutes ses places fortes à l'armée française, ce même jour, 15 mai, le général Bonaparte fit à Milan son entrée solennelle; et, jaloux d'entretenir cet ascendant moral qu'il a si habilement fait marcher de front avec la puissance militaire, i| adressa à ses compagnons d'armes cette proclamation :
0 Soldats !
« Vous vous êtes précipités comme un torrent du haut de l'Apennin. Vous «avez culbuté, dispersé tout ce qui s'opposait à votre marche. Le Piémont, « délivré de la tyrannie autrichienne , s'est livré à ses sentiments naturels (( d'amitié pour la France. Milan est à vous, et le pavillon républicain flotte dans « toute la Lombardie. Les ducs de Parme et de Modène ne doivent leur exis- « tence politique qu'à votre générosité. L'armée qui vous menaçait avec orgueil « ne trouve plus de barrière qui la rassure contre votre courage; le Pô, le Té- « sin, l'Adda, n'ont pu vous arrêter un seul jour : ces boulevards vantés de l'Italie «ont été insuffisants; vous les avez franchis aussi rapidement que l'Apennin. « Tant de succès ont porté la joie dans le sein de la patrie. Vos représentants ont « ordonné une fête dédiée à vos victoires, pour être célébrée dans toutes les « communes de la République. Là, vos pères, vos mères, vos épouses, vos sœurs, « vos amantes, se réjouissent de vos succès, et se vantent avec orgueil de vous « appartenir. Oui, soldats, vous avez beaucoup fait! Mais ne vous reste-t-il donc « plus rien à faire? Dira-t-on de nous que nous avons su vaincre, mais que nous « n'avons pas su profiter de la victoire? La postéi'ité nous reprochera-t-elle « d'avoir trouvé Capoue dans la Lombardie? Mais je vous vois déjà crier aux « armes! Un lâche repos vous fatigue : les journées perdues pour la gloire le « sont pour votre bonheur. Eh bien ! partons ; nous avons encore des marches « forcées à faire , des ennemis à soumettre , des lauriers à cueillir, des injures à « venger. Que ceux qui ont aiguisé les poignards de la guerre civile en France, « qui ont Irtchement assassiné nos ministres , incendié nos vaisseaux à Toulon , M tremblent! l'heure de la vengeance a sonné. Mais que les peuples soient sans « inquiétude : nous sommes amis de tous les peuples, et plus particulièrement « des descendants des Brulus, des Scipion et des grands hommes ([ue nous avons « pris pour modèles. Rétablir le ('apitoie, y placer avec honneur les statues des « héros qui le rendirent célèbre, réveiller le peuple romain engourdi par plu- « sieurs siècles d'esclavage, tel sera le fruit de nos victoires : elles feront époque « dans la postérité. Vous aurez, la gloire immorlelle de changer la face de la pins
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/,o HISTOIRE DE NAPOLEON.
« hcllc piirlic do l'Europe. Le peuple Français, libre, respecté du monde entier, « (loiiiiciii à l'Europe une paix glorieuse qui l'indemnisera des sacriGces de toute « cspèct' ipi'il a faits depuis six ans. A'ous resterez alors dans vos foyers, et vos « concitoyens diront en vous montrant : // èlait de l'armée d'Ila/ie' »
Les proclamations de Bonaparte étaient écoutées avec enthousiasme, et lues aMM avidité par les soldats et par les officiers. Jamais armée ne reçut une instruction plus conforme aux' destinées qu'elle devait accomplir. A la fois général et législateur, son chef parvint à en faire une famille que nul autre que lui ne pouvait commander avec un égal succès.
Depuis notre entrée en campagne, la guerre alimentait la guerre. L'artillerie et les munitions nécessaires au siège du chAteau de Milan, où Beaulieu avait laissé deux mille cinq cents Autrichiens, furent tirées des places de Tortone, Alexandrie, Coni, Ceva et Cherasco, lesquelles servaient aussi de dépôts aux approvisionnements de toute espèce que le pays nous fournissait. D'un autre cAté, les contributions en argent nous étaient d'un précieux secours : outre les sommes versées dans le trésor de l'armée par les ducs de Parme et de Modène, la Lombardie eut à payer vingt millions.
Du séjour de Bonaparte dans la capitale de cette province date l'autorité presque souveraine qu'il exerça dans ses négociations avec les généraux ennemis. C'est du palais de Milan qu'il correspond avec le Directoire, et en quelque sorte de puissance à puissance. Les besoins de la patrie, ceux des armées du Rhin, la coopération de ces armées pour son invasion projetée en Allemagne, le préoccupent en même temps, et ce qu'il a résolu, il le présente au Directoire comme autant de nécessités dont il le rend responsable. Aussi le gouvernement semble ti'ansiger plutôt qu'ordonner; et pendant toute celte mémorable campagne d'Italie, excepté la paix qui la termina presque subitement et malgré ses ordres, le Directoire consacra par une approbation continuelle toutes les opérations, soit politiques, soit militaires , du jeune général. L'histoire présente peu de rapports pareils entre un gouvernement et un chef d'armée. Peu d'hommes il est \rai, ont evercé, aussi jeunes et aussi promptement que Bonaparte, l'ascendant d'une supériorité personnelle sur leui's contemporains. Il ne commande l'armée d'Italie que depuis deux mois, et déjii il règne à .Milan.
Bientôt Bonaparte quitta la capitale de la l.ouibardie, pour se rendre à Lodi et se diriger sur l'Adige. Il n'y était resté que huit jours, et ces huit jours, nécessaires au repos de ses soldats, il les avait employés h poursuivre l'exécution du traité avec le Piémont , à préparer ceux iiu'il devait imposer au pape et au roi de Naples, à terminer l'arrangement avec le duc de Parme, à conclure l'armistice a\('c Modène, à organiser dans la pro\ince et dans la capitale les gardes nationales, à y foment<'r enfin les principes républicains par l'ouverture de sociétés populaires, lue insurrection qui éclatait sur ses derrières l'y rappela subitement.
Les moines, les nobles, les cioniesti(iues des familles fugitives, en un mot, toutes les créatures de la maison d'Autriche, a\ aient fait répandre sourdement le bruit que Beaulieu arrivait à la tête de soixante mille liomnies; que le prince de Coudé, débouchant par la Suisse, manœuvrait pour prendre à dos l'armée républicaine; de leur ciMé, les prêtres, du haut de la chaire évangélique, excitaient les populations à courir aux armes. Le départ du général en chef donnant à ces bruits une apparence de réalité, la garnison du château, dont nous n'étions pas encore maîtres, fait une sortie, le tocsin sonne dans les campagnes, et des nuées de paysans armés se précipitent sur Milan pour s'en emparer. Mais la division française laissée pour bloquer le cbAleau y refoula les Autrichiens et donna la chasse aux paysans. Cette échaull'ourée n'eut pas d'auties suites. A Pavie, au contraire, dont la garnison française ne se com|iosait que de trois cents hommes, parmi lesquels on comptait beaucoup de malades, nos braves furent conti'aints de se renfermer dans le fort pour se soustraire à un massacre imminent. Ils pouvaient tenir quelque temps encore, lorsque le général français Haquin, étant venu à traverser la ville, la populace s'empara de sa personne et le contraignit, le poignard sur la gorge, à signer un ordre par suite duquel la garnison dut ouvrir ses portes.
Bonaparte était à Lodi cpiand il reçut la nouvelle de ces événements. Aussitôt il prend avec lui trois cents che>aux, un bataillon de grenadiers, six pièces d'artillerie, monte à cheval et se dirige sur Milan. Après s'être assuré que l'ordre y est rétabli, il se porte sur Pavie, précédé de l'archevêque de Milan. Arrivé à Binasco, qu'il trouve occupé par une avant-garde des insurgés , il la fait attaquer par le général Lannes, qui la disperse en un instant, et fait mettre le feu aux mai sons du bourg, alin que les llammes avertissent ceux de Pavie du sort qui li s menace. Mais Pavie est une ville de trente mille habitants , entourée de murailles; toutes les portes en sont fermées, et sept ou luiit mille paysans sont rangés sur les remparts. L'enlever par un coup de main, avec quelques hommes et six pièces de canon, n'était pas chose facile, et d'ailleurs, l'armée, déjà arrivée sur rOglio , réclamait la présence de son chef; Bonaparte résolut donc de brusquer l'afTaire. Arrivé devant la ville h quatre heures du soir, il attendit la miil pour envoyer placai'der aux portes de la ville cette proclamation déjà publiée dans Milan : « Une nuiltitude égarée, sans moyens réels de r(''sistance, « se porte aux derniers excès dans plusieurs communes, méconnaît la Képu- « blique et brave l'armée triomphante des rois Ce délire inconcevable est digne « de pitié. L'on égare ce pauvre peuple pour le conduire à sa perte Le géuf'- « rai en chef, fidèle aux principes qu'a adoptés sa nation de ne i)as faii'e la guerre « aux peuples, \eut bien laisser une porte ouverte au lepenlir. Mais ceux cpii, « sous vingt-quatre heures, n'auront pas posé les armes, seront traités comme « rebelles; leurs villages seront brûlés. Oue l'exemiile terrible de Binasco leur <( fasse ouvrir les jeux. Son sort sera celui de toutes les conmuines qui sdbsli-
« ncioiit à In révolte. » Enfin, le jour venu, pendant que l'ailillei-ie française balaie les remparts a\ec la mitraille et des obus, les grenadiers brisent à coups de hache les portes de la ville, et se logent dans les premières maisons. Aussitôt Lannes, avec sa cavalerie, se précipite sur le pont du Tésin, et culbute les insurgés, qu'il poursuit en les sabrant.
La \ilk' resta livrée pendant quelques heures à l'exécution militaire; mais cédant aux prières des magistrats et du clergé, le général en chef révo()ua l'ordre de l'incendier. Toutefois il fit désarmer les campagnes, et partir pour la France des otages choisis parmi les meilleures familles de la Lombardie.
Il restait encore une justice à faire, et c'est sur les Français qu'elle tomba. Nos trois cents soldats retenus prisonniers dans la citadelle, avaient profité du tumulte pour se réunir aux vainqueurs : « Lrichcs! leur dit le général en chef, « je vous avais confié un poste essentiel au salut de l'armée; vous l'avez aban- « donné à de miséi'ables paysans, sans opposer la moindre résistance! » U menaçait de les faire décimer. Le capitaine qui les commandait paya pour tous : traduit devant un conseil de guerre, il fut condamné à mort et fusillé.
Pendant ce temps le mouvement général de l'armée s'était opéré, sous la conduite de Rerthier; le quartier général occupait Soncino, où l'on attendait Bonaparte. .Masséna était sur la route de Brescia à Soncino, Augereau sur celle qui conduit à Bergaine; Sérurier sur la droite de Masséna, et Kilmaine à Brescia, une des plus riches cités de l'État vénitien. Les habitants de cette dernière ville, au nombre de cinquante mille, souiïraient impatiemment la domination de l'oligarchie et de la noblesse; mais la république française était en paix avec Venise, et Bonaparte leur adressa cette proclamation :
« C'est pour délivrer la plus belle contrée de l'Europe du joug de l'orgueil- « leuse maison d'.\uti'iche que l'armée française a bravé les obstacles les plus «difficiles à surmonter. La victoire, d'accord avec la justice, a couronné ses « efforts Les débris de l'armée ennemie se sont retirés au delà du Mincio. L'ar- « niée française passe, pour les poursuivre, sur le territoire de la république de t< Venise; mais elle n'oubliera pas qu'une longue amitié unit les deux républi- « ques. La religion, le gouvernement, les propriétés, seront respectés. Que les « peuples soient sans inquiétude : la plus sévère discipline sera maintenue. Tout « ce qui sera fourni à l'armée sera exactement payé en argent. Le général en « chef engage les officiers de la république de Venise, les magistrats et les « prêtres, à faire connaître ses sentiments aux peuples, afin que la confiance « cimente l'amitié qui depuis si longtemps unit les deux nations. Fidèle dans le « chemin de riionneur comme dans celui de la victoire, le soldat français n'est « terrible que pour les ennemis de la liberté et de son gmiverneiiicnt. »
Le sénat envoya au général en chef une députalion qui pi'otcsta de sa neutralité. .Malheureusement pour la république de Venise, cette neutralité fut violée par les Autrichiens, qui s'établirent à Peschiera. Dans sa dépèche du
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7 juin au Directoire, Bonaparte disait, en parlant des A'énitiens : « La vérité de « l'afiFaire de Peschiera est que Reauiieu les a Idcliement tronnpés. Il leur a de- « mandé le passage pour tincpiante hommes, et il s'est emparé de la ville. « Quoi qu'il en soit , l'occupation dune place forte comme Peschiera en pays neutre exigeait une compensation, et lîonaparte se vit autorisé à faire aux Vénitiens la même \iolence qu'ils avaient suhie ou tolérée des Autrichiens.
Beaulieu avait obtenu des renforts, et transféré son (juartier général derrière le Mincio , qu'il était résolu de défendre pour empêcher l'investissement de Mantoue, désormais le but principal de son adversaire. Chaque jour cette place recevait des approvisionnements, en même temps que de nouvelles fortifications la mettaient sur un pied de défense formidable. Le général autrichien avait donc appuyé sa droite sur Peschiera , son centre à Velaggio et Borghetto, sa gauche à Pozzuolo, tandis que Mantoue donnait une garnison au Seraglio, et qu'une réserve de quinze mille hommes prenait position à Villa-Franca. C'était donc le Mincio que devait traverser l'armée française, dont la gauche était à Dezenzano, le centre à Monte-Chiaro, et la droite à Castiglione; ses quatre divisions formaient environ trente mille hommes.
Le général Bonaparte manœuvra dans lintention de tromper l'ennemi sur le Mincio comme il l'avait fait sur le Pô et sur l'Adda; et au lieu de tenter le passage du premier de ces neuves à Peschiera , déjà gardé par la réserve des Autrichiens, il déboucha brusquement sur Borghetto, où quatre mille fantassins étaient retranchés et couverts par trois mille hommes de cavalerie établis dans la plaine. Murât attaqua cette cavalerie, prit neuf pièces de canon, deux étendards, et fit deux mille prisonniers Aussitôt le colonel Gardane, à la tête des grenadiers, entre au pas de charge dans Borghetto, dont l'ennemi brûle le pont. Les batteries placées par les Autrichiens sur les hauteurs de Velaggio nous empêchant d'en construire un autre, Gardane se jette dans la rivière avec cinquante grenadiers, aborde audacieusement la position, et l'emporte. Deux heures après, le pont est reconstruit, l'armée franchit le .Mincio, Augereau marche sur Peschiera, Sérurier sur Villa-Franca, tandis que le général en chef établit son quartier général à Velaggio, avant que la division .ALnsséna, destinée à l'occuper, ait passé le pont. Cependant Sebottcndorf, avec une partie de la gauche de lieaulieu, accourait de Pozzuolo au bruit du canon, par la rive gauche du fleuve, et, ne rencontrant personne, pénétra dans Velaggio. Bonaparte était enlevé, si son escorte n'avait pas fermé tout à coup la porte de la maison qu'il occupait : il n'eut que le temps de sauter sur un cheval, et de fuir par les jardins. La division Masséna, a\ertie de ce qui se passait, travei'sa le pont et culbuta les hussards ennemis, .\insi la destinée de Bonaparte, qui se reposait sur sa victoire, était ai'rêtée par des coureurs autrichiens, si la sentinelle de son quartier général avait été endormie : une poignée d'hommes eût ia\i à la république l'Italie à moitié conquise, brisé le traité du Piémont, et le
tiiompliiitcur do Milan serait resté longtemps le prisonnier de la cour de Vienne.
(let incident amena l'inslilulioii de ce fameux corps des guides qui, composé de cavaliers d'élite ayant dix années de service, devait accompagner partout le général en ciief. Le chef d'escadron licssières, chargé de l'organiser, répondit à l'armée de la sûreté de son héros. Il faut cependant faire observer qu'en ceci Iionap;iite n'avait pas en vue de faire garder sa personne, qu'il exposait autant que ses soldats eux-mêmes, mais d'avoir toujoiu's sous la main un corps dévoué et capable des actions les plus hardies.
La victoire de Borghetto donnait à Bonaparte le grand avantage de couvrir le siège de Manloue, et de nous placer sur la ligne de l'Adige; mais pour cela il fallait s'emparer de Vérone, ville forte qui appartenait à la république de Venise et avait trois ponts sur ce fleuve. L'occupation de cette place importante fut la représaille de la possession momentanée de Peschier a par les Autrichiens.
Le but principal de Bonaparte, en mettant le pied sur le territoire vénitien, était de faire vivre son armée ; cependant il sentait aussi la nécessité de no point heurter trop vivement une puissance qui, pour être sur son déclin, n'en était pas moins redoutable dans les circonstances assez compliquées où il se trouvait. Il fut servi à souhait par l'arrivée du provéditeur Foscarelli , qui, ayant reçu mission d'empêcher les Français d'occuper Vérone, s'était mis en route après avoir écrit à son gouvernement : « Dieu veuille me recevoir en holocauste! » Cette ville, qui avait servi d'asile au prélendani (depuis Louis XVIIIj, était dans une cruelle anxiété. Bonaparte savait feindre la colère à propos; il s'appliqua à augmenter l'etîroi du provéditeur, en s'emportant contre le gouvernement vénitien , et, lui reprochant de n'avoir pas su faire respecter sa neutralité , il ajouta (jue le sang de ses compagnons d'armes criait vengeance, et qu'il la fallait éclatante. Le provéditeur, de son côté, s'ell'orça d'excuser la Seigneurie, et aborda le point ciipital, c'est-à-dire l'occupation de \érone. Bonaparte lui répondit qu'il était trop tard, que déjà .Masséua l'occupait, et (pie peut-être au moment où il parlait, l'incendie dévorait la ville. Foscarelli demeurait consterné, quand lîonaparte se radoucissant un peu, lui accorda un délai de vingt-quatre heures, dans le cas où Masséna n'aurait pas encore effectué son mouvement.
De retour à Vérone, le provéditeur déclara (ju'il fallait recevoir les Fiançais. Deux autres envoyés de \'enise, les sénateurs Erizzo et Bataglio, vinrent y trouver Bonaparte, qui se montra moins sévère. Il fut convenu que la république de Venise fournirait aux Français ce dont ils auraient besoin, sauf à en compter ensuite avec le Directoire exécutif, l'jiz/.o et Ballagiia sortirent frappés du géiue du jeune gcncraj, (|ui inan'ait également bien la séduction el la menace; au^^i. dans une lettre du 5 juin I7!H), disaient-ils à leur gouverueiuent : » Cet homme « aura un jo\ir une grande influence dans sa piitrie. »
Maître de l'Adige par l'occupation de \éroue, assuré de l'entretien de son armée, IJouaparle concentre ses idées sur mi seul but : la prise de .Mautoue. Ce
grand boulevard de l'Italie, protégé par trois lacs qu'alimentent les eaux du jMincio, communique par quatre digues à la terre ferme. Le général en diof s'empara de Saint-Georges; Augereau de la porte deCérès; Piétola fut évacuée par l'ennemi ; et Séruricr, maître de Uoverbella et de Pradella, chaussées (pii protègent la ville, en ordoiuia l'investissement. Ainsi les têtes des quatre chaussées étalent au pouvoir de l'armée française. Séruricr, avec huit mille hommes, gardait toutes ces positions, observait la forte citadelle de La Favorite, et arrêtait dans Mantoue quatorze mille Autrichiens. De leur côté, Augereau observait le Bas-Adige et Masséna tenait les défdés du Tyrol.
Cependant, faute d'artillerie de siège, Bonaparte se trouvait réduit à un blocus d'observation devant Mantoue. La citadelle de Milan tenait encore, et toute la grosse artillerie conquise en Piémont était employée à battre ses murailles. Avant de pouvoir assiéger Mantoue, il fallait donc faire tomber le château de Milan, et pendant ce délai Wurmser précipitait sa marche. Il venait remplacer Beaulieu, tombé en disgrâce, et, en l'attendant, Mêlas avait pris le commandement. De tous côtés, la politique autrichienne, soutenue par les oligarchies génoise, vénitienne, et par la cour pontificale, soulevait les esprits, et déjà la rivière de Gènes devenait le théâtre des plus graves hostilités. Les fiefs impériaux étaient en pleine insurrection, et les routes couvertes de partisans armés qui attaquaient les détachements français; l'armée piémontaise murmurait contre la paix de Turin; le pape attendait de la Corse six mille Anglais, qui pouvaient faire une diversion inquiétante s'ils avaient le temps d'arriver à Livourne : il fallait donc les retenir dans cette île. L'attitude de Naples , qui comptait trente mille hommes sous les drapeaux, n'était rien nmins que rassurante. Enfin la nou- >elle armée de Wurmser, forte de vingt mille hommes d'élite, de\ait arriver au mois de juillet, et portait à soixante-dix mille hommes les forces de la maison d'Autriche en Italie, y compris la garnison de Mantoue. Avec quarante mille hommes seulement, le génie de Bonaparte sut pourvoir à tous ces embarras.
Au moment où Bonaparte s'occupait à la fois d'entrer à Livourne, pour s'emparer dans ce port des bAtiments et des propriétés britannicpies, de créer en Corse une insurrection contre les Angtais, d'anéantir par de rigoureuses ex(''cutions mililaires la révolte des fiefs impériaux, enfin d'emporter la citadelle de Milan, qui était la clef du siège de Mantoue, le roi de Naples, que l'envahissement de l'Italie supérieure rendait inquiet pour ses États, envoya auprès de lui le prince Belmonte-Pignatelli solliciter un armistice. Ce fut un coup de fortune pour l'armée française; cet armistice enlevait aux Anglais cinq vaisseaux de guerre et plusieurs frégates; en outre, elle empêchait le roi de Naples de jeter inopinément cinquante mille hommes sur la rive droite du Pô.
Cependant les travaux du siège de la citadelle de Milan étaient poussés avec une grande vigueur, et la tranchée ouverte. Bonaparte, jugeant sa présence peu nécessaire, transféra brusquement son quartier général à Tortone, et envoya
le colonel Laniics a la t(^te de douze cents hommes, clidtier les liefs impériauv. La première exécution tomba sur la ville d'Arquata, dans laquelle un détachement de cent cinquante Français avait été assassiné. lîonaparte éci'ivil aussi au sénat de Gènes une lettre qu'il fit porter par Murât, et dans laquelle il dcuiandait que le gouverneur de Novi, (jui avait protégé les brigands, IVit puni d'une manière exemplaire, et (juc le ministre autrichien fût chassé de Gènes, llréclnmait en ces termes une explication catégorique : u Pouvez- vous ou ne pouvez -vous pas délivrer «votre territoire'des assassins qui l'infestent? Si vous ne pouvez pas prendre a des mesures, j'en prendrai poiir vous ; je ferai brûler les villes et les villages « oii se commettra un assassinat; je ferai brûler les maisons qui donneront asile « aux assassins, et punir exemplairement les magistrats qui les soullriront. Il « faut que le meurtre d'un Français porte malheur aux communes entières qui « ne l'auraient pas empêché. » Cette lettre fut lue par Murât lui-même en plein sénat; le gouverneur de No\i fut destitué, le ministre autrichien congédié, et le sénat promit de faire garder les routes par ses propres troupes. Voyant le calme rétabli dans l'ttat de Gènes et dans le Piémont, Bonaparte quitta Tortone et arriva à Modène , où il trouva Vaubois avec sa brigade.
La guerre contre le pape occupait alors l'armée. Il n'y avait pas d'autre moyen de faire payer au Saint-Père la suspension des hostilités, qu'on lui avait accordée. En conséquence, Augereau ayant passé le Pô à Borgo-Forte, s'était déjà emparé des deux Légations. Les villes de Reggio, Modène et Bologne se distinguèrent bientôt par leur attitude patriotique. Bologne surtout secoua hautement le joug pontifical ; et dès les premières propositions d'armistice que le chevalier Azzara, ministre d'Espagne auprès du saint-siège, vint faire au général en chef, elle demanda à être garantie de tout retour sous la puissance de Rome. Elle arma des gardes nationales , et se constitua en ville libre sous la protection de la France. La trêve fut conclue le 21 juin à Bologne, où Bonaparte était entré le 19. Cette place et Ferrare restaient au pouvoir de l'armée française, qui prenait possession de la citadelle d'Ancône. Le pape payait vingt et un millions en argent et en denrées, et abandonnait cent chefs-d'œuvre des arts et cinq cents maimscrits au choix des commissaires français.
Le moment d'occuper Livourne, d'eu chasser les Anglais et de rejirendre sur eux l'île de Corse, était enfin venu. Dans l'espoir de surprendre leurs luUiments dans ce port, Bonaparte avait couvert cette expédition d'un grand secret, et masqué la mai'che de ses troupes par le mouvement ordonné sur Rome par Florence. En conséquence, il envoja de Reggio la brigade Vaubois sur Pistoia, à travers l'Apennin , dans le but ostensible de contraindre le pape à ratifier l'armistice de Bologne; mais le grand duc de Toscane, inquiet de ce passage par sa capitale, adressa an quartier général de Pistoia, où Bonaparte venait d'arriver, une lettre par laquelle il le priait de diriger ses troupes sur Pise au lieu de Florence, ce qui fut accordé.
HISTOIHE 1H-: NArOLEON. VJ
Vaubois se remit en route; Munit, qui coiiunniiihiit son avant-i;anle , quitta brusquement la route de Pise à Fiorenzuola pour se porter sur Li\ourne, où il entra buit heures après: le général en chef l'y suivit. Les Anglais, ayant été prévenus , avaient envoyé leurs bâtiments se mettre à l'abri dans l'île de Corse ; mais la destruction de leur factorerie , la saisie de toutes leurs marchandises, se firent vivement sentir dans la métropole. Du port de Livouriie, assigné pour point de rassemblement à tous ses compatriotes, Bonaparte, sur la fin de juillet, fit passer dans son ile natale quatre mille fusils, mille paires de pistolets et si\ milliers de poudre. A l'arrivée de ces premiers détachements, les montagnards prirent les armes. C'était le prélude de l'expédition qui, sous les ordi'es du général divisionnaire Gentili et des généraux Cervoni et Casalta, devait, trois mois plus tard, arracher la Corse à la domination anglaise.
De Livourne, le général en chef se rendit à Florence, où il entra sans escorte, l'eu de jours après, étant à table chez le grand-duc, il apprit que la citadelle de Milan avait capitulé le -29 mai. Il s'y trou\ait de grands appro\isioiinemeiits, cinq mille fusils, et cent cinquante pièces de canon, (pii allèrent rejoindre l'artillerie autrichienne que nous avions tournée contre les murs de Jfantoue. Bonaparte quitta Florence, et transporta successivement son quartier général à Bologne, à Roverbella, à Castiglione.
Cependant le sénat génois n'avait tenu aucuiu' de ses promesses; le résident d'Autriche, qui avait fourni des armes aux rebelles d'Arquata, remplissait toujours ses fonctions auprès de lui, malgré les réclamations réitérées de notre ministre Faypoult. Les griefs s'accumulaient contre un gouvernement qui a>ait constamment servi les intérêts de l'Autriche et de l'Angleterre au détriment des nôtres. De son côté , la république de >'enise suivait le même plan de perfidie, et, sous le voile de la neutralité, à l'approche des renforts autrichiens conduits par Wurmser, elle faisait en secret des armements considérables. L'Italie, sauf les villes de liologne, de Ferrare, de Faenza, de Reggio, qui a\aient d'enthousiasme arboré les couleurs de la liberté, était un volcan prêt à dévorer l'armée française. La faction aristocratique et sacerdotale, traitant d'une main et menaçaut de l'autre, faisait circuler dans toute la péninsule des écrits incendiaires, provoquait au meurtre des Français, quadruplait perfidement l'armée de Wurmser, et annonçait ce général comme un vengeur qui allait délivrer Mautouc et toute la Lombardie. Pendant le séjour même de Bonapaite à Bologne, la petite \ille de Lugo, située dans la légation de Ferrare, fut tout à coup envahie par quelques milliers de paysans armés : le général lieyrand y marcha avec sa brigade, et l'enleva de vive force. Malgré sou traité a\ec le Directoire, la régence de Modène entrait dans cette vaste conspiration.
Au milieu de la haine générale, mais toujours cachée, qui animait les gouvernements de l'Italie, la saine politique presciivait de ménageries habitants, afin de ne pas encourager l'opposition des ennemis de la Fi'ance par le (lesjiotisme
et les (lilnpidiilions de ses apents. Dans une (]ép(Vhe datée de Castiglione , le fîénéral en cliel' a\ait signalé aux directeurs les e\rés et le péril qui en était la eonséqucnce. Il était diflieile de déclarer plus franciiemeiit ijue dans cette lettre l'indépendance de sa position et la supériorité de sa politique : cet homme, (|ui prescrivait la modération à son fjouvernement , était victorieux; il avait imposé la paix aux souverains du Piémont, de Parme, de Modène, de Naples et de Rome; et il n'avait pas vingt-huit ans! Quelques jours avant, parlant de la campagne qu'il méditait, avec ses quarante mille hommes, contre les soixante mille de Wurmser, il avait écrit cette double prophétie : Malheur à qui calculera mal!
Cent quarante pièces de canon sont devant Mantoiie depuis le 18 juillet ; la tranchée est ouverte à cinquante toises du chemin couvert. Le 22, Bonaparte se rend à Milan, où il obtient l'entière exécution du traité conclu avec le roi de Sardaigne, et termine l'organisation intérieure de la Lombardie. Toute l'Italie, alliée ou soumise, est occupée militairement ou enchaînée par des traités avec la République, depuis les Alpes jusqu'au détroit de .Messine. Mantoue seule et Wurmser tiennent encore en suspens le triomphe délinitif de nos armes.