‹ Histoire de NiceChapitre 10 sur 15 · Chapitre I · texte numérisé non relu

Chapitre I

Paix de Ratisbonne — Victor-Amëdée i^ient à Nice — Nouvelle guerre — Victoires du Duc de Savoie — Sa mort — Régence de Madame Rojale — Guerre cwile — Le Comté de Nice se déclare en faveur du Cardinal Maurice — Réconciliation des Princes — Mariage du Cardinal avec la Princesse Louise Christine sa nièce — Fêtes à Nice — Fin de la Régence.

Victor- Amédée I." était âgé de quarantecinq ans lorsqu'ils succéda à son père ; ses Etats envahis^ ses finances épuisées, et les ravages de la peste semblaient menacer le trône de Savoie jusques dans ses derniers fondemens. Tout- à-coup la paix de Ratisbonne , signée le 3o octohare i63o, renversa les projets du Cardinal de Richelieu; la politique de l'Europe voulut établir une barrière en Italie, entre la France et l'Espagne. La nature indiquait les alpes ; le Duc de Savoie en était le gardien ; ainsi l'intérêt général rétablit sa puissance inter-

mëdiaire. Ces considérations omenèrei^t le traite de Cherasco , conclu le 6 avril suivant , en vertu duquel J^ictor-Amédée obtint la restitution de tous ses Etats au-delà des monts. Les contestations qui existaient avec le Cabinet Français relativement à la possession de Pignérol et de ses vallées y furent aplanies par le traité de Millefleurs. Le Duc les céda à la France , e^ échange de la ville et du territoire d' Albe , avec la promesse de recevoir aussi en indemnité la peiile Souveraineté de Neufchâtel. Les deux puissances conclurent en même tems unç alliance offensive et défensive.

L'EIspagne en prit ombrage ; intéressé à préfvenir une rupture , Victor- Amédée s'empressa de lui donner les explications les plus rassurantes. Sachant que le Cardinal infant d'Espagne^ Dom Ferdinand y nommé au gouvernement des Paya- Bas , devait partir de Barcelonne pour se rtndre à sa destination ^ il proposa d'avoir une entrevue avec ce Prince, à son passage devant Villefranche. L'offre ayant été acceptée y le Duc traversa les alpes au mois de septendnre de cette même année y et vint à Nice avec une Cour brillante y conduisant en qualité d^ Gouverneur- général Philibert du Carret y Marqiiis de Bagpaaco^

son grand Chambellan , Maréchal de camp-général (Iç ses armées. Peindre ici les transports de joie, et les réjouissances des habitansà Farrivée du Souverain, ce serait répéter les précédens tableaux : il suffit de dire que le Cardinal Infant arriva quelques jours après au porC de Villefranche avec la flotte Espagnole\; qu'il fat reçu avec les plus grands honneurs, et que l'entrevue des deux Princes augmenta Fivresse publique.

Cependant comme il y avait à bord de la flotte quelques troupes de débarqueinent, toute la population prit* les armes dans la crainte d'une surprise : l'entrevue dura plusieurs jours avec des marques réciproques d'amitié et de , confiance ; f^ictor-Amédée n'eut pas de peine à tranquilliser le Cardinal au sujet du traité de Millefleurs ; il accepta même sa médiation poiu* aplanir les difficultés qui s'étaient élevées entre lui et la République de Gènes , et après s'être donné, l'un et l'autre, les témoignages du meilleur accord , ils se séparèrent au milieu des regrets des habitans, témoins de cette heureuse conférence. L'Infant continua son voyage, et le Duc rentra quelques jours après en Piémont *i.

*i Pendant le séjour du Duc de Savoie i Niées

Sur ces entrefaites , des troubles domesliqu^ •^élevèrent à la Cour de Savoie. La Duchessç Christine de France, fille de Henry Vf , vivait depuis long-tems en butte aux tracasseries des Princes cadets de Victor , cjui , secrètement excites par la Cour d'Espagne , n'approuvaient pas l'alliance conclue avec le Cabinet de Paris. Us l'accusaient hautement de vouloir livrer ses états au despotisme du Monarque Français ; la Dur chesse de son cj^té se plaignait de leur indiscrétion , comme pouvant amener une rupture avec la France. Au milieu de cette complication d'intéréts et de passions, le Duc prit tout-à-coup le langage d'un Souverain. H fit sentir à ^e^ frères qu'ils devaient se reposer sur lui des soins du gouvernement. Les esprits s^aigrirent au point, que les PrÎDces se décidèrent de quitter la Cour»^ Thomas s'embarqua pour l'Espagne, et le Cardinal Maurice se retira à Rome.... Indigné de leur conduite, Victor- Amédée fit confisquer tous leurs revenus , et ordonna des poursuites judiciaires contre leurs partisans.

ce Prince publia trois ëdits importans : par le pre* mier il ordonna la tenue d*un registre public pour constater les décès et les naissances; le secopd fixa la taxe des médicinaux ; et le troisième « le salaire tfles ouvriers.

29 VqI. II.

Tandis qu'il éprouvait ce« . chagrins donnes-

tiques^ la naissance d'un Sls^ nommé Charles-

Émanuel y vint verser quelque consolatioa au

fond de son <îœur.... Quoique* le Ciel lui eût

déjà accordé un héritier en la personne de son

aîné Françoisr Hyacinthe , ce Prince , d'une

' Il .

santé délicate , lassait peu d'espoir qu'il pût

recueillir sa succession ; cet événemeni fut re*

gardé çonune un bienfait de la Providence , qui

semblait mettre 1q trô.ne à l'abri de nôuvellesf

secousses.

léOuis Xm, ou plutôt Richelieu avait calculc sur la faible santé du successeur de I4 couronne pour réaliser ses projets anibitieux.,.. Trompé dans son attente « il .cha(is[ea de politique , déclara la guerre à Philippe IV et entraîna le Duc de Savoie dans cette nouvelle lutte.

Victor - Amédée , nommé généralissime en Italie , commença les hostilités contre les Es* pagnols, ayant sous ses ordres le Maréchal Duc de CrequL La milice nationale organisée dans le Comté de Nice *i , voulut prendre

♦i La formation du régiment Provincial de Nice date de l'année 1634.

sa. part de gloire .eu combattant pour FaUiaaors du Souverain. Les campagnes de i635 et i636 n'eurent aucun résultat, décisif ; les généraux Espagnols ei^. Lombaidie* se tinrent consu^m- ;Drienl sur la défensive. Mais d'heureux succès signalèrent celle de lôS^. Le Marquis de. >Lâgaties fut conjpletlemenx battu aux environs de Verccil, et ensuite à l'affaire de Monbatdonc; f^ictor-Enuuiuel songeait à . poursuivre ses avantages, lorsque la mort le surprit à Vei^ceil à Tage de 5o ans. Il fut. emporté d'une mar-

ladie violente, le 7 du mois d'octobre iGS^

La ville de Nice apprit celte funeste nouvelle au milieu àes réjouissances d'une fcte religieuse. Quelques menaces de peste inspirèrent les habitans à se mettre sous la protection de S.te- Rosalie , dont les relicjues se conservaient en grande vénération à Palerme. Le Corps Municipal doi'ida d'envoyer une Députation au Sénat Sicilien pour en obtenir une partie. Jacques Marengo y gentilhomme Piémontais , récemment nommé à l'Évéché de Nice, obtint la permission de la Cour d'armer deux galères ati port de Villefranche pour le voyage de Palerme ; les députés Jean- Gaspard de Cals, Antoine nlu" i^etti et Jean-François Todoh^ s'y einbarquèreat

<5îi

^a mois de mai i636; un ouragan qa'ik et^ fiuyèrent dans la traversée ^ les obligea de chercher un asile à Malthe^ oùleBsrilli Jean-Paul Lascaris les accueillit avec la plus grande ami* lie. Arrivés ensuite à Palerme^ ils obtinrent du Sénat Sicilien les Reliques que la ville de Nice demandait^ et retournèrent Tannée suivante à ViUefranche avec ce précieux dépôt. Le Qergé^ le Corps de Ville ^ toutes les Confréries et mie foule immense de peuple se rendirent processionneUement au lieu du débarquement pour xecevoir ces Reliques; on les transporta à l'église cathédrale avec toute I4 pompe religieuse ^i. •Mais cet enthousiasme pieux se changea en deuil général y lorsqu'on apprit la perte du Sôùveraii!! bien aimé !

La minorité du Prince Frartçois-Hjracinihe avait décidé le Duc mourant à accorder la régence à son épouse Christine de France, plus connue dans les annales de la Maison de Savoie sous le nom de Madame Royale. Par cet -acte de dernière volonté les Princes Thomas et Maurice furent exclus de la tutèle. La mort

*i Les Reliques de S.te-Rosalie se conservent dans Téglise de S.te-Réparate , où la pieuse libéralité des fidèles fit construire une somptueui^e chapelle.

^u jeune heriucr, arrivée neuf mois apràs^ acheva de brouiller les canes. La France fit reconnaître pour son successeur Charles ^-Éma'^ nuel àr peine âgé de 4 ^uis^ et confirma Tacte de tutèle en faveur de Madame Royale. Les Princes^ soutenus par TEspagne^ déclarèrent qu'ils s'y opposaient^ et aussitôt le fléau de la guerre civile se manifesta dans, toutes les Provinces. Us publièrent im manifeste^ dans lequel ils représentaient la Régente comme V esclave du Cardinal Richelieu, vendue aux intérêts de la France, et firent un appel à la fidélité des peuples soumis à la Maison de Savoie. Pourdonner plus de poids à leurs protestations ^ Thomas et Maurice quittèrent les Cours d'Elspagne et de Rome , et vinrent se mettre à la tête de leurs partisans. Le premier s'avança en Piémont à la tête de l'armée. Espagnole commandée par le Marquis de Leganes y s'empara successivement de Chivas, de Créscentin et* de Verrue, et finit par surprendre la place à% Turin, où la Régente eut à-peine le tems de s'enfermer dans la citadelle ; ayant ensuite réussi d'en sortir, elle rejoignit son fils en Savoie, et se mit en sûreté dailv la forteresse de MonI» ^peillao.

Pendant qti(» <îcs événement se passaient en Piémont, le Cardinal Maurice vint dans le Cômtë' de Nice , où la majeure partie des habitans s'fr* tait déjà déclarée* contre: ia' Récente. Le Mar-

miis de Bernex ^ Gouverneur^Général , alfa le

trouver à Sospello pour l'assurer de sa soumission , et les Cohsuls de Nice prirent une délibération, par laquelle ils i^econnurént l'feiulorilé des Princes pendant la minorité an Jhic Chartes Emànuel IL * Le Cardinal se fit précéder par le Comte de MUs^san et par le Chevalier Buschetti y ses favoris , avec un cor^ps dé troupes Espagnoles ; ils entrèrent en négociation avec le Chevalier de Sales , Commandant dti château^ qtii à la* tête de la garnison tenait encore pour là Duchesse; ces deux agens parvinrent \ le décider de rémettre la forteresse. Le' Prince arriva quelques jours ap es , et sur-le-champ il s'occupa à organiseï* les milices dti Comté contre les Français, qui dans rinlervalle avaient réuni une petite armée sur les bords du Var. On était occupé de ces préparatifs guerriers, lorsqu'on vit entrer au port de Villefranche la flotte de Provence commandée par J'Aniiral Comte dHar-court. Le peuple alarmé couiait aux armes , et fit lever les pont* de la ville ^ crainte d'une sur-

j)tisc; les Coysuls de Nice se renàîrcnt en cotps auprès de rAmiral Français, pour le supplier d'éparfirner le pays, d autant, plus que les Es*

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' pa&^hols étaient maîtres du château. Le Comta aHàrcourt les reçut avec beaucoup de hau* teur ; il leur déclara , . que si dans trois joiir4 les habitans n étaient pas rentres dans la soumission, ils seraient traites comme des rebelles^ Cette réponse fit naître quelque hésitation ; mais le Cardinal Maurice , qui .se trouvait alors à Sospello, étant venu en toute hâte avec des forces imposantes, obligea la .flotte Française à sortir du port de Villefranche.

1 andis que ces evenemens se passaient aux environs de Nice> le Duc a An^oulémey Com-, mandant Farmëe organisée en Provence, passa la frontière • et pénétra dans le haut-Comté. L«

Capitaine Boniface de Sauzèy Commandant lie*

milices , s'enferma dans le château de Péone .

où il se défendit jusqu'à la dernière extrémité: forcé enfin de capituler , la place lut horriblement saccagée ; mais sa vigoureuse résistance donna le tems* au Princç Maurice de marcher de ce côté, tes Français ayant appris le dépar^ du Comte d^Êarcourty jugèrent plus prudent «c rentrer en Provence.

Toutes les forces ennemies se réunirent M Piémont au prinlems suivant ; le Cardinal Maù^ rice passa les Alpes, au secours de son frère- Bientôt il fallut lever le siège de Casai, où les Espagnols furent complettement i>attu& Après cet évënement le Prince Thomas s'enferma dans la ville de Turin , et y soutint on siège long et opiniâtre ; réduit à la dernière extrémité, il capitula le 19 septembre 1640, et se retira à Ivrée avec le peu de troupes quUl avait conservées. La circonstance parut &vorable à Madame Royale pour proposer un arrangement à ses beaux-frères. L'oflFre ayant été acceptée , le Comte de S.uMartin et le Patrî* inonial Bonet, se rendirent auprès àes Princes, inunis des pleins-pouvoirs de la Duebesse pouf négocier les conditions de la paix. KÂbbé Sotdati et le Père-Capucin de S.t-Martin d^AgUé vinrent à Nice pour le même objet, et traitèrent avec le Marquis Doria de Cirié , Chambellan du Cardinal , et avec le Comte de GaU leani , son premier Gentilhomme : ils avaient réussi à tabler un arrangement pour le Comté de Nice, lorsque tout-à-coup les négociations iurerit rompues. La guerre recommença avec un nouvel acharnement. Les Français assiégèrent Is

ftrteresse de Goni. Le Comte pailla essaya van nement de s'emparer des passages du Col, dct Tende ; battu au Bourg S.t-Dalmas^ il renooçftv à son projet de franchir les Alpes. Mais le» .avantages que remportèrent les Français en Pié-mont , et leurs offres avantageuses , décidèrent de nouveau les Princes à entrer en négociation» avec Madame Royale. L'Espagne fit son pôs^ sible pour les traverser , sans pouvoir y réusâr ; un arrangement de famille fut signe à Xutin le 1 4 juillet 164 1 9 au grand dépit de Philippe IV. On convint que ^ pendant la minorité du Duc^ . le Prince Thomas aurait la lieutenance-gëné* raie des provinces du Canavesan^ et le Cardinal Maurice celle du Comté de Nice , avec faculté l'un et l'autre d'entretenir quelques troupes ppur la défense de leurs gouvernemens ; que les actes de la Régente seraient soumis à leurs signature^sf et que Maurice y en qualité de premier Prince de sang^ épouserait sa nièce^ la Princesse Louise ^ Christine à-peine nubile. Ce Prélat était alors; igé de 5o ans^ mais la pourpre Romaine ^ dont; la Cour de Rome l'avait revêtu presqu'au sortir du berceau^ ne le ^ liait point aux Ordres Sacrés ; malgré la disproportion de l'âge et les Ksns de parenté, la politique sut aplanir Xom

les obstacle». VrBtim Vllt accôi'da lés âispëtlsèi Aécessaires'. On conviht qiie les noces seraient «ëlcbrées dans le Comi^ de Nice ; le Prince se rendit à cet effet dans son goûVernément pour préparer une brillante réception à la jeune épousé^ et en même tems pour chasser la garnison Ës-^ pagnole du château , oi\ commandait le M'çiréchàl de camp TiUtavilld. Ce Général , informé ^ar le GbùVemeur de Milan de la réconciliation <Jui venait de s'opérer , ne put conserver cette place au Roi d'Espagne. Le Prince Gouverneur- Général parut tout-à-coiip avec six-mille Korames de bonnes troupes soutenues par les milices du (Sortité, et par lés habitans de la ville; comme il tfy aVait point encore de loipture déclarée, XiMa-villa demanda à lui présenter ses hommages. Il vint accompagné de ses premiers Officiers dans Tintentiôn de sonder le terrain ; il fut reçu . avec lès plus grands égards; mais au moment, où l'Espagnol voulut prendre congé, le Prince lui signifia qu'il ne réjoindrait la garnison que lorsq'u'elle aurait évacué le château. Vainement le Général se plaignit de cette violence ; déjà les iroupc& Savoyardes étaient en bataille devant la porte de la forteresse , et les habitans en aifmes poussaient des cris menaçans ! Les Es-

jîàgnoîs, privés de" ïetirs' cïièfs , rie savaient quel parti prendre; irfaHat' livrer la - forteresse Vïf s obtinrent lés' Konrieut^s dé ' là ^lèrrè, et' se rendirent à "VïîlefralicliëV ou dés bâti mens, riolisés auit frais* db trésor^ lés transportèrent; à Gênes(. Quélquc^i jours après la place de Monaco fut' aii^si évacuëe par lès Espagnols ài-peu-près de la* méitlc njâttîêre. Honoré Qrir maldi négocia secrètfeniétlt la protection de la France , et ayant sufprîs la garniéoh pendant là' nuit , la" força* à s'ombarqtief pour la Lonibàr-^ die * I * Ainsi la ville de Nice , débarrassée de ces hôtes inbàiiim'odes , se livra à toute la joie, que lui ihspirarent ces éVérierneris ^2 ; lés bienfaits d'une heul[*eitië* réconciliation et les fêtes du mariage' du PriWce (iouverneur- Général vinrent ajouter à ses transports!!

>i Honoré Grîmaldî obtînt du Roi de France le ]3uchë de Valenlinois avec pairie, le Marquisat de Baux 9 le Comté de Cardelaîs , la seigneurie de S.t- Rémj , avec un revenu annuel de quatre-vingt-didclAillè francs.

"^1 Les événemens, qui eurent lieu dans le Conjttf c(c Nice jusqu'à la fin de la guerre civile , sont rap^ portés par Murât., Annal. d'Italie; par Guîchenon,, Hist. de la Maison.de Savoie; par Aiberti, Hist. de Sbsp^lo; et par le Comte Alex, de Saluces , Hist^' milit. du Piémont.

la première , pcfftant uae couc de maiile dVr ^eut , armes d^ même ^ et Fëcu avec un champ couleur de feu avec la Toison d'pp au mîiieu; Ulysse conduisait la $ecoade^ yétu d'une cotte couleur d'pr, casque couroimë de lauriers, et Técu fond azur, avjsc le palluidium au milieu. ^prô$ plusjeurjs manœuvres, peadaojt le&que)jb| }e^ deux concurrieiis semblaient se provoquer , les ^Qtt^s rivales 9e placèrent en bataille eaipt face du payilloa^ dans une espèce de champ clos , formé par ujae double rangjée de bateaux , PU la foule s'était entassée : le vaisseau de^ Entrepreneur^ du droit de Villefranclie, richêr pient décoré et platcé à Tentréçd/e h lice^ ^gurait la garde d\i camp. Bientôt les troair pettes donnent le signal du combat ; les deux flottes se précipitent Tune contre l'autre dans le même ordre de bataille , qu'on avait suivi au glorieux combat de J-iépanthe. Un bruit terriblç d'artillerie se fait entendre de tous les côtés , de^ feux d'artifices éclairent le contour du rivage , le col de Moniborpn offre l'aspect majestueux d'i^ne éruption volcanique, et les vagues cje la nier rçflt'chissent ^u loiu ces |lan^mes mystérieuses!. Tout-à-coup du sein des ondLes $(' élève le templç jle la P^X;, Ncpiuue parait sw i»i trô:uje c\ç

raults d'armes ^ magnifiquement habilles y pu* blièrent à Nice , à son de trompe ^ un manifeste du Prince des Argonautes^ qui déûait tous les guerriers et navigateurs des mers à venir com-< battre pour la conquête de la Toison merveilleuse. Deux jours après ^ le Roi d'Ilaque fit à, son tour proclamer un cartel^ dans lequel ce héros acceptait le défi , «t promettait de venir disputer la victoire. Dans Fintervalle les Consuls , d'ordre du Gouverneur-Général , firent construire du côté de Linipia^ en face du châ«* teau, un superbe pavillon surmonté de plusieurs drapeaux; on remarquait dans le fond le porterait de la Princesse épouse , placé sous un ciel de brocat d'or , couronné de fleurs , et soutenu par deux Génies. Le 28 juillet, dans l'aprèsmidi y la Cour , les Consuls , le Corps de la noblesse et les dames invitées à la fête, vinrent prendre place sous ce riche pavillon. Le peuple couvrait toutes les élévations environnantes. Au signal convenu , on vit tout-à-coup arrivçr à force de rames du levant et du couchant une quantité de petits navires peints de diflférentesr

couleurs, ornés d'emblèmes allégoriques, formant de part et d'autre deux flottes séparées 'de trente bateaux chaque* Jason coitimandaifr

coDDaissaient pas encore VefTet magiqne : ils es furent tellement éblouis , que lorsque long-tems après il s'agissait de quelque réjouissance publique, le peuple disait encore: Fau faire un Giason ^ i .

La célébration du mariage eut lieu à Sospello le 6 du mois de septembre. Le Prince Meutrice £j rendit en grande cérémonie y accompagne d'une Cour brillante ; c'est-là qu'il reçut son épouse des mains du Marquis de Pianesse commissaire délégué ; le Nonce Apostolique Gaspard Checkinelli , Évéque de Montefiascone y leur donna la bénédiction nuptiale dans la Chapelle du palais appartenant à Jean-François Blan^ cardiy Baron de la Turbie, en présence d'un© £>ule de Prélats , de Seigneurs et de Gentilshommes du pays *2.

■' *i Expression vulgaire qui signifie il faut faire un Jason 9 par allusioa à la fête de 1642 ; nous avons cru que ces détails pouvaient intéresser nos Lecteurs , d'autant plus qu'ils prouvent la' magnificence des Princes dans les circonstances solennelles* *2 Voici les noms de ces Gentilshommes : le Baron de la- Turbie , Dom Wîtihînd de Savoie , le Marquis de Pianesse, le Marquis de Cirié, le Marquis del Maro , le Comte Valperga de Rivara , le Comte de Monasterol , le Comta de Verrue , le

'X' auguste Gouplé vint ensuite à Nice où le* G)nsuls lui avaient préparé une réception magnî-* fique. Les réjouissances se • succédèrent sansinterruption ^ pendant une partie de Pansée/ ïnais de nouveaux nuages s'étant élevés entre Madame Royale et le Prince Thomas , Maurice jugea prudent de se rendre à Turin , avec )iou épouse, pour tacher de conjurer l'orage.' B quitta son gouvernement le 37 juin i643^ laissant en son. absence .le commandement général du Comté de Nice au Comte Bruneo ^

qui jouissait de toute sa confiance.

• La mort de Louis XIII, arrivée le i4 m^ù précédent , livra à • son tour la France à une minorité orageuse. Le Dauphin, qui depuis» sous le nom de Louis XIV fit l'admiration de son .siècle , n'avait que 6 ans lorsqu'il fut appelle à lui succéder ; Jeanne d'Autriche sa mère obtint la régence par arrêt du Parle-: ment ; mais le Cardinal Mazarin dirigea en son nom le timon des affaires. Le Prince Thomas de Savoie nommé généralissime des armées Fran-

Comte de Mussan , le Chevalier de Bartholomeîs , le sieur Jean-Baptiste Vacquieri Seigneur de Cha* teaûneuf , Niccol6 de Gubernatîs, Dominique Lau- ]gieri et plusieurs autres (Alberti|.hist. de Sospello)w

3o Fol. IL

çaises en Piémont inspira de notivea]» quelqae défiance à M^d^^nie Royale. Elle dut lui livrer Aâii, Carmagnole.^ Turin (la cit^doUe réseryëe ) et Demont ^ pour gard^ cçs places au nom du Duc son neveu : quel nerf pouvait avoir le gouvernement séparé en taiit de lambeaux} Le Cabinet Français y trouvailt son compte ^ ear il n'avait pas encore renoncé à hG& pi^o)et& -^mbitieux. D'un autre çoié la RégentQ > pialgré ces concessions forcées^ ne cessait de méditer en secret d'enlever à ses beaux-frères les gouver-> nemens de Nice et d'Ivrée.

Cependant le Prince Maurice était retoarni à Nice , avec son épouse - . . . . L'anniversaire de la naissance de Madame Royale lui fournit^ une occasion de témoigner publiquement la bonne harmonie qui régnait en apparence entre lui et la Duchesse. Conseillé par sa politique, il voulut dissiper les soupçcms et les inquiétudes des habitans. Le 12 du mois de février 1645, jour de dimanche, il se rendit à la Cathédrale accompagné de ses courtisans et de toute la noblesse j pour assister au Te Deum chanté par l'Evcque Désiré de Palletis : il y eut ensuite grand gala au palais et dîner d'étiquette j dans 1 après-midi une nouvelle course sur mer

attira la foule des curieuse ^ le soir la ville fut illuminée et le gouverneur du château y ÇomtQ de f^errue, fit tirer un feu d'artifice à la sommité, du donjon. Dans rintérieur du palais on avait construit un superbe Uiéàtre^ où cette même soirée on représenta YErminiey Pastorale de Massarino y célèbre alors parmi les productions lyriques de la scène Italienne. Les premiers Gentilshommes de la Cour briguèrent Fhonneur de jouer un rôle dans cette pièce *i'.

Dans le ballet^ le Comte Moretta , le Chevalier Scarnati et le Marquis Tana déguisés

*i La relation de cette fête , imprimée à Nice chez Romero et conservé^ à la Bibliothèque Royale, nous a fourni ces détails. Nous avons trouvé les noms des Gentilshommes qui jouère»t un rôle dans la Pastorale de TErminie ; les voici : Le Comte Charles Passcrano, Melibeo; le Comte Charles Valperga, Eurittoi le Comte Flaminius d'Agiîé, Silyain ; le Comte Maurice Moretta, i.*' Satjre \ le Chevalier Louis Provana, Lindor \ le Comte Albert Balbian , Amance ; le Comte Maurice Buneo , Li/cidia ; le Chevalier Scarnati , Zelanio ; le Marquis Crescentin, Corino ; le Seigneur Charles Tana, 2.® Satjrre; Philibert Baratta, Dolida; Dominique Boccamaura , 3.* Satire ; Marcel Grimaldi , Lombino ^ Félix Avogadro , ErminiCy Jules Torrini , Cinthie y et un enfant de 6 ans , nommé Paul "Bencforte 9' tAmour.

en pasieurs , dansèrent d'abord un trio qui excita de vifs applaudissemens ; vinrent ensuite le G^mte de Valperga , le Marquis Crescentin , et le Comte Otaries de Broglia , habillés en guerriers Romains, et exécutèrent une danse héroïque ; le Prince lui-même voulut figurer parmi les acteurs.... Il parut en scène avec le Gomie Charles PusseranOy et le Chevalier de S.t'Poly tous les trois habillés en troubadours , la lire à la main, couronnés de lauriers de perles et de rubis. Us chantèrent les éloges de Madame Royale et de la jeune Princesse , et adressèrent ensuite des conqjlimens aux dames invitées. Toute cette nuit se passa en danses et plaisirs , non-seulement au palais , mais encore dans l'intérieur de

chaque maison; ce fut une fête de famille!

Mais malj^ré ces démonstrations étudiées , les Pjiiices épiaient avec soin toutes les démarches de la Duchesse régente , dont ils se méfiaient avec raison , et se réservaient, lorsque le Duc leur neveu sortirait de la minorité , de s'emparer du timon des affaires. Un coup d'état de Madame Royale renversa leurs projets.

Charles- Emanuel venait d'accomplir sa quatorzième aiînée; le i8 juin 1648 la Régente quitta le château de Rivoli avec une nombreuse cour^

amenant le Duc son fils et une suite nombreuse^

et sous prétexte d'une partie de chasse alla cou* cher au château de Front à peu de distance.de la forteresse d'Ivrée; le lei^demainà l'aube du jour elle so présente tout-à-coup aux portes de cette place et deniande au Comte de Campion^ qui en était le Gouverneur pour le Prince Thomas , à s'y reposer quel<{ues instans. Le Comte n'ose s'y refuser. Tout-à-coup des soldats déguisés s'emparent d'une porte de la ville ; les troupes et les habitans courent aux armes dans l'attente des événemens ! Le lendemain la Régence assemble un conseil extraordinaire ; là 4elle signifie aux ministres et aux grands de la couronne , que la Régence est finie , et que C/iarleS'Emanuel va régner par lui-même ! Le Duc embrasse les genoux de sa mère et la conjure de guider son inexpérience ; la Cour le reconnaît au milieu des acclamations , le peuple et la garnison proclament cet acte spontané^ et. le Comte de Campion intimidé vient baiser les mains de «son maîtrg.

Ainsi finit une régence orageuse I ! Cet événement mit un terme aux prétentions des Princes^ et affranchit les états de la maison d^ Savoie du pa^'onage du Cabwe^ Fvwç^ i le»

principales villes du PiAnont imitèrent bie&tâl l'exemple d'Ivrëe; en peu de jours l'autorité du Duc fut généralement reconnue y malgré les plaintes de Mazarin^ les protestations des Princes et leurs efforts pour susciter la guerre civile: Thomas se retira d'abord dans le Comté de Nice auprès de son frère ; Maurice y accablé par les infirmités et par le poids de l'âge n'osa entreprendre aucune mesure énergique pour <K>ntenir l'élan national ; ils ne tardèrent pas tous les deux à s'apercevoir que la masse des habitans se proncmçait en faveur du Souverain légitime ; le premier passa- en France , où il finit une vie agitée par son ambition , sans jamais devoir ni la Cour , ni sa patrie ; le second renonça à son gouvernement général et se résigna à vivre dans la retraite. Les Consuls de Nice s'empressèrent de faire prêter le seraient de fidélité au Duc Charles 'Ëmanuel y et une députalion alla porter aux pieds du trône l'hommage de soumission de toute la population, du. Comté.

Les historiens Français ont accusé la Régente d'avoir tout hasardé pour régner sous le nom de son fils. La sagesse de sa conduite après cet événement mémorable, répond assez à leurs Accusations. Sa détermination courageuse étouffii

l'esprit de faction qiii semblait devoir entraîner la ruine de l'état ; les premières années du règne de Charles-Émanuel , anûoncèreiit aux peuples combien elle était dighe de partager avec lui l'autorité Souveraine ! !

CHA'^ITRfc ITj

Continuation de la guerre as^eç t Espagne-^ Conférences de Ljron • — Pdia: des Pjrréfiées — Le Duc Charles-Émanuel sdent à Nice — Décrets du Synode Diocésain — Guerre a\^ec la République de Gènes — Événemens militaires sur la frontière de Nice — Paix avec les Génois -^- Mort djjL Duc de Savoie — Pompe funèbre dans la Cathédrale de Nice.

Malgré Tabandoû des Princes , • le Roi d'Espagne avait continue la guerre ,]plus par dépit ^ que dans l'intention de la pousser ayec vigueur* Les généraux Espagnols bornèrent tous leurs efforts à fermer aux Français l'entrée de la Lombardie. Cet état d'hostilité n'offrit aucun résultat important , jusqu'à l'époque où Madame Royale proclama la fin de la Régence ; Philippe IV applaudit en secret à l'humiliation des oncles du Duc de Savoie y et crut alors le moment favorable poiir se livrer à son ressentiment. Au printems de l'année 1649 ^® général Pimiento gouverneur de Final embarqua un corps considérable de troupes sur la flotte ; <jui coaduisait

la Reine* d'Espi^e k -Bârcelonne ^ et ' dans ' la

journée du 3o du mois dUoût^ vingt-six vaisseaux et douze galères s'avancèrent à Fimprâ*» viste devant la place d'Oneille, qu'ils demandèrent à occuper ; la ville se trouvait dépourvue de garnison ; les habitans n'étant pas en mesure 4e résister, consentirent à recevoir les Espagnols. Maître de la place^ le général PinUento y fit construire des nouvelles £>rtifications, et frappa les habitans d'une contribution de guerre ; le peuple irrité par les vexations qu'on lui faisait supporter, au mépris de la capitulation^ ferma !• projet de s'affranchir d'un joug odieux ; il en- Toyia. secrètement des députés au Comte de Mb" nasterol gouverneur du château de Nice , pour lui demander des secours. Le capitaine Zuchetti partit avec quelques troupes de la garnison , aux- -^uelles se joignirent deux-cent miliciens volontaires. Ce petit corps marcha sûr Oneille en suivant la crête des montagnes. Arrivé dans la ^lée du Mafoip elle trouva six-mille paysana déterminés à tenter la délivrance d'Oneille. L'attaque commença le 28 septembre; la gatxiison Elspa^piole ^ protégée par une nombreuse iartUlerie^ opposa d'abord une vigoureuse résis- • iance ; mais les habitans à» la ville s'étaut jpûits

Il leurs liWrateurs y Pùniehtô fut maigre lui forée à capituler. Ainsi le courage d'une populatiou fidèle , seconde par quelques militiens du Godlté^ toleva à Tennemi une conquête qu'il avait oIh tenue à si bon mai'chë ^i.

Maigre ce succès , la fortune se dédlara éncdré en Piémont en Êiveur du Marquis dé Carûena gouverneur du Milanais ; les places de Trin et Grescentin tombèrent à son pouvoir ^ et, la forteresse de Casai ^ dont Facqûisition aVait coAt^ tant de sang et de fatigues^ capitula le 33 octobre i65a. Ces pertes obligèrent Charles^EmanUei à recourir à Famour de ses peuples; la ville de Nice qui ne restait jamais eu arrière ^ lorsqu'il s^agissait de témoigner son attachement m Souverain , offHt un don gratuit de i6om» Bvresr' de Savoie pour les frais de la guerre *2. C'est à cette même époque que le besoin d'argeiit1!e décida de vendre au Duc de MercCeuTy gou^ Vemeur général de la Provence, deux galères nouvellement construites au chantier de Nice ,

à moitié prix de ce qu'elles avaient coûté.

"^i Assarini, Guerre des Espagnols liv. 7.^ >Hîst. mîlit. du Piémont, par le Comte Alex, de Saliice«^ papiers de la Famille Marsucco d'Oneille.

*3 Bihliott. de la Ville de Nice.

' Dxas tôttles les circonstances malheureuseè ^ la piëtë de pos ancêtres mit sa première confiance dans l'assistance du Ciel ; sentiment re^ ligieut qui ne s'est pas éteint , malgré les funestes progrés de l'incrédulité !! Le Sanctuaire àeLagheù attirait alors la vénération de tous les fidèles d% Ik Ligurie , du Comté de Nice et de la Provence..* Au voisinage de la Turbie, au milieu dés f ochers arides^ qui couronnent le vallon de Sem*' boia y existait très-ancienncsment une Chapelle t*ustique^ consacréer à la Vierge Mère de Dieu. Le tems l'avait prescpi' entièrement détruite^ lorsque la dévotion d'une femme pieuse la ré^ tablit^ et lui fît acquérir une grande célébrité. Camille Porta , épouse d'un riche gentilhomme de Monaco^ nommé Casanova^ se trouvant depuis plusieurs années tourmentée d'une maladie jugée incurable y abandonna les secours des Médecins pour en implorer de plus efficaces ; elle se fit transporter au milieu des débris de cette ancienne Chapelle y où la ferveur de ses prières lui obtint une guérison miraculeuse. Témoin de ce prodige , Antoine Figkiera, Jurisconsulte de Nice et parent de la malade^ lui persuada de la reconstruire en reconnaissance du bienfait ^'elle avait obtenu ; cet événement fit beaucoup

de bruit ; les miracles se mult^lièrent^ et bien'-

tôt on accourut de tous les côtés à la. Chapelle

de Laghet pour avoir iine part aux grâces ce*

lestes ; la Cour de Turin qui donna toujours

aux peuples l'exemple de la piété y écrivit , à

l'Évéque de Nice Désiré de Palletis d'imploter

l'assistance de la Vierge en faveur de ses arme^*

A la voix du Prélat ^ toutes les Gorp<N:atiqns

religieuses^ toutes les Confréries s'y rendirent

processionnellement le 1 2 juin 1 65o ; le Corps

de ville décréta ensuite la construction d'ua

vaste Sanctuaire /et d'un Couvent où s'établirent

les Carmélitains déchaux par les soins de l'É-

vêque P^^ovana , qui était de cet ordre *i. Une.

^mme« de cent écus d'or fut aussi consacrée.

à l'étabUssement d'une fontaine et à la répara-

*i Nous avons trouvé dans la Biblîoth. Roy. de Turin une brochure intitulée : le Meraviglie del Santuario di Laghetto , dédiée à la Duchesse de Savoie Christine de France, et imprimée à Nice en 1654 , d'ordre de TEvêque Désiré de Palletis » ouvrage du Père Capucin François de Sestri 5 il fait particulièrement Téloge des Consuls Honoré Isnardi Seigneur de Gorbio , Amédée Palliero , Etienne Gaités , Jean-Baptiste Picco , et de l'Assesseur André de Albertis » qui montrèrent dans cette circonip stance un zèle vraiment pieux.

lion du chemin : c'est alors qu'tin grand nombre de dames , de seigneurs et de riches propriétaires , tant du pays que de l'étranger , y apportèrent leurs pieuses offrandes * i .

Ces constructions commencées en i653 ^ ne

furent entièrement achevées que trois ans après

"* au mois de novembre ; les Consuls firent graver

sur le frontispice de l'église une inscription qui

a consacré son ancienne célébrité *2.

Le Duc de Mercœur , gouverneur-général de la Provence ^ étant de passage à Nice y chargé d'une mission auprès de la Cour de Turin y alla en i656 visiter le Sanctuaire de Laghet avec son épouse et ses deux enfans ; il offrit en cette circonstance un diadème pour la Vierge , orné de perles et de diamans du plus grand prix. Ce seigneur négocia le passage, à travers le Comté de Nice , d'un corps de troupes commandées par le Comte du LuCy fameux en Provence y comme chef du parti dit des Sabreurs.

*ï Parmi les Dames étrangères qui se firent re« marquer par leurs libéralités envers le Sanctuaire de TAghet , François de Sestri cite les Duchesses de Valentinois et de Mercœur , et la Comtesse de S.^-Damian, femme du Gouverneur de Villefranche*

*2 Voyez la Note (A) à la fin ,de ce Chapitre.

tiÇ Roi.de France pour s'en débarraséer AclieU^

ses services et l'envoya en IxHnbardi^ coiitve. les Espagnols. Le récit des cruautés et des dévastations sans nombre cotiimises par les Sabreurs. en Provence ^ inspiraient de justes alarmés aux habitans de Nice ; mais le Comte de Monasterol gouverneur du château prit si bien ses mesures ^e ces soldats indisciplinés n'osèrent à leur pids^ sage commettre le moindre désordre.

Quelcfues jours après leur départ^ un événemeilt fiineste porta le deuil parmi toutes les qlasses des citoyens. L'Evéque Désiré de Pal^ letis s'occupait de faire achever la conKtractioa du Dôme de la Cathédrale de S.te*Réparate ;r 1^ i6 décembre dans l'après-midi ^ • tandis gue ce vénérable Pasteur assistait aux travaux^ une partie de I4 voûte s'écroula à l'improviste en*^ tr£unant les ouvriers et les ponts avec un épou* vantable fracas. Plusieurs assistants attirés par la curiosité , furent écrasés sous les décombres ; l'Evéque lui-même reçut un coup mortel à la tête , dont il succomba quelques heures après- L'entière population exprima par des larmes sin* cères les regrets d'une perte si douloureuse ! Pendant quatorze années d'Episcopat Désiré de Palletis ne vécut pas une seule journée qu'il

ne consacrât à £iire ou à méditer quelque bien-, fait La Cour de Rome lui donna pour successeur Jacinthe Solar de Morette.

Cependant la Duchesse de S^voiç y toujours à la tête des affaires^ semblait d'avance avoir prévu la gloire de son.-aeyeu Louis XIV. Pour mieux cimenter F union qujî existait entre le$ deux familles , elle proposa au Cardinal Mazarii% d'unir en mariage la Pirincesse Marguerite da: Savoie sa fille avec le Roi de France. Dans cet^ espoir elle fit le voyage de Lyon avec une Cour brillante , amenant la Princesse et CharleS'^ JE manuel alors âgé de vingt-deux ans. Elle y. trouva le fastueux Cardinal ^ qui la reçut avec magnificence ; le Duc de Savoie doué des plus brillantes qualités se fit remarquer dans cette^ circonstance par sa pénétration , sa prudence , son anuibilité et ses talens précoces *i. fin décida dans celte entrevue, que Louis XIV épouserait la Princesse un mois après 1^ con- <dusion de la paix avec l'Espagne* Ce n'était pourtant qu'une ruse de l'adroit Mazarfn pour vaincre l'opiniâtreté du Cabinet.de Madrid, car presque en même tems Dpm Antoine PimarUel

*i Mémoires de Mademoiselle de Montpensier. .

48a Irint à Lyon chargé par Philippe IV de prd*--

poser le mariage de rinfante Marie Thérèse d'Autrîcbe avec le Roi de France y et de në<» gocier les conditions préliminaires de • la paix. La Récente s'ap^rfut avec quelque dépit 'qu'on Tavait jouée ; elle y gagna pourjUmt FévaGuation de la citadelle de Turin ; tout-à-coup un cri d'union et de paix retentit dans toute FEurope ; le traité des Pyrénées , signé le 7 no-* vembre lôSg , mit enfin un terme aux débats sanglants qui avaient coûté aux peuples de Tltalie tant de sang et de larmes ! Pendant toute la durée de cette guerre , les Espagnols , réupis aux Génois , régnèrent despotiquement sur la Méditerranée^ et ruinèrent le commerce des autres nations.

La mer étant devenue libre , les principaux négocians de Nice formèrent le projet d'ouvrir avec le port d'Alexandrie d'Egypte leurs anciennes relations commerciales. Un armateur , nommé Antoine Risso , proposa d'y envoyer un gros . vaisseau chargé en marchandises indigènes , dont le bénéfice net au retour était calculé à vingt pour cent de la valeur. La Cour de Turin s'empressa de favoriser l'entreprise, et l'on vit les premiers gentilshommes concourir

4Sï

avec le commerce^ aux frais de cette expédition.. le vaisseau nommé hi Christine partit -du |)bft de Villefranche le 4 mai 1660; il fil la ph^ heureuse traversée y revint six mois après ricKé^ jnent chaîné en marchandises du Levant, et les bénéfices de la vente surpassèrent les* èé|ié* nnces des actionnaires *i.

La mort du Cardinal Màzarin , survelitie le ^ inars suivant, amena un changement remarquable dans la politique de l'Europe. Louis XIV, eut touré de tous les prestiges de la gloire , qu'ins^ pirent l'ardeur de Tàge et la fougue des passions , ftmbiticmna la suprématie de la puissance.... Là Cour de Savme, toujours gouvernée par une i^rincesse Française , chercha de nouveau à cimenter les liens qui rattachaient à ce grand Monarque. C'est dans cette vue- que la Duchesse Christine négocia le mariage du Duc Charles- ÊmaHuel avec Françoise de Bourbon, Princesse de Valois, fille de Gaston d Orléans et cousine de Louis XnL Les noces se célébrèrent à Turin le 6 mai 1663, mais bientôt les réjouissances que cet hymen avait fait ndtre, se changèrem en deuil...» Au milieu des fihes du mariage la

^i MS. de la Bibl. AtâÎMoa.

jeune épouse tomba tout-à-coup dangereusemeait

ipaiade^ e^ malgré les soins de la .tendresse ef de. Tart^éUe termina sa carrière le 37 4u/moî| jd^ décembre suiva);it. CAm/^ôie de. 3^voie ^uivi( S9l bello-rfille au tombeau quelque tcoid .api;èS| 6i^Urçmepe|it regrettée de soi^.fils et d'.nncf Gour{ dont elle fut jusqu'à la fin de 6a c^j;îçi:;e Tam^^ <et. iQipr^mier, wn^oient. . ; ^ ; :. :;!lçtr il . 4ai)t? remarquer , que le sys^èn^e adopta paç M€ldant§:,,RQX4jUe 4.<ei tenir I4 J^aison 49 Savoie étroiteinent. unie, aux intérêts dp I9 France 9 avait: ^aonené un c^bangQm^lit, i^Ç|09^r içpïable dansi : las « inclura ., Jiçs. , gpuu \ et 1^. l^^ tude? de ia ville de JNiicevLa £'éqiieiitation des ^YfO^Ç^^ *ï: }§^. çelafions çontinueUeéj.c^es babit \zmKiWk ja Provence ^ firent insensiblement dis^ paraUrè ces nuances de caractère Espagnol ,. qui était dominant an commencement 4u 17."**" siècle dans toutes les class>es de k sociètén Le langage^ les coutumes Françaises, lei vif enjouement Provençal, la légèreté et Télégancé dànç les habillemens^ remplacèrent la gravité et. la fastueuse pesanteur Elspagnolet Ainsi dans la vie morale les hommes sont entraînés par la fréquentation, par l'habitude et par le penchant à l'imitation! Le veuvage du Puç d«? Savoie ue dura <juç

deux M1S.C Ses Ministres, le ^licitèrent à se choisir une noutelle -compagne: les conseils d« Comte de ^U'-MjSirtin d Jégliè et du Vice-Lé»gat d'Avignon (jr€Lspar4 Lascaris y alors rétiré à rabbaye de* ,S.t-P6^8 * i j décidèrent otaries*j^manu^l V&'/oxàt II Jetinj^e-Baptiste de Sas^oie^ Nemours y Princesse y xf^i à beaucoup de vertus unissait une grande beautfé.^Ce. second* mariage fit naître 4ans. les ^proi^ceS'^; conime dans la capitalç^ des transporll- de *^oië. unanimes: L^i^ presse, des. bàbi tans de Nice acquit ehccire'plas de vivacité ^'l<)rsquUls apprirent que les Auigustes Époux se propQsaièJjit de venir les visiter. Ik obtinrept. çej^bQnhejir: pendit l'hiver de 1666. Trois .mois, ^ passèrent ^rapidement au sein des fètes .les plus brillantes, embellies par ki

*i Gaspard Lascaris de Nîce , un des hommes illustres, auxquels la patrie s'honore d'avoir donné •le jour, avait été nommé en i665 Vî ce- Lép a t d'Avignon par le Pape Alexandre VII. L'imprudence du Duc de Crequi , Ambassadeur de France à la Coi\r de Rome, ayant amené une rupture avec le S.*-Siège , Louis XIV ordonna en 1664 au Duc de MerCœur, jGouverneur de la Provence, de s*eknparer d'Avîgnoh et du Comté Venaissin. Gaspard Lascaris , chassé de sa résidence par les armes Françaises , se retira k r Abbaye dé S/- Pons» d'où il publia une protestation conti^e cet acte de violence ( MS. bibl. Arctiss^),

présence des Souverains chéris. Nous citerons particulièrement une course de chevaux y qui •attira à Nice une foule d'illustres étrangers. On y vit paraître^ parmi les premiers gentilshommei de la Ligurie y du Languedoc et de la Provence^ -un grand nombre de nobles Chevaliers^ vêtus comme les anciens ^ Palladins ^ qui vinrent disputer le prix de la victoire *i.

Pendant le séjour du' Duc de Savoie à Nice^ TEvéque Dom IH^go délia Chiesa s'occupa avec un zèle in&tigable à réorganiser dans son Diocèse l'administration ^ et la discipline ecclésiastique*:!. Une instruction, adressée aux Curés et .Vicaires forains^ leur traça les devoirs- qu'ils avaient à remplir dans l'exercice de leur important ministère. Des ordonnances successives défendirent aux moines et autres religieux de demander publiquement l'aumône , comme cela se pratiquait^ au grand scandale de l'Eglise; réglèrent l'administration des biens et rentes des Communautés^ des Confréries et des Œuvres pieuses ; mirent enfin un terme aux abus qui se commettaient^ en prescrivant que les bap-

♦i MS. de la Bibl. Ardisson.

♦2 Décréta Diocesana Sj^nodi Niciensis en 1666 et 1667, imprimé en i668«

lémes', mariages et décès' seraient célébrés dân»

les paroisses respectives^ sous peine d'une a« mende pécuniaire ^ et même de chàtimens arbitraires^ selon la gravité des cas "^i*

L'xjbservance des fêtes prescrites^ de Tabs^ Itnencé pendant le carême ^ et la surveillance des mœurs fixèrent également Fattention de ce digne Prélat ^ ce qui prouve que le pouvoir Épis-^ copal était alors investi d'une grande autorité j; même cb matière de police séculière ; il faut en conjecturer qu'un grand relâchement s'était introduit dans la conduite du Clergé, car nous lisons dans cette espèce de code : défense aux moines et prêtres de Ëûre usage d'habits sécu^ liérs, de s'absenter des Divins ojffices, d'aller à la chasse les jours fériés y de porter des armes prohibées , de firéquenter les cabarets , de se masquer pendant le carnaval^ de ^ Uvrer à des exhorcisations pubUques, d'habiter avec des femmes , excepté en premier et second degré de parenté, de tenir enfin des servantes d'un âge moindre de quarante ans^ sous peine de

^i n^ Sotto pena di lire died , ed altre a noi ar> » bitrarie , seconde la gravita del caso y ( Décréta Dîocesana ut supra }

suspension a Divinis ipso fiictô^ d'ânïéndep^ cuniaire, et même de prison en Cas 'tie rëcidivci

Une autre ordonnance^ adresi^'anx Cnvè»

et Vicaires, leur défendit de s'abs^enter des curé^ et églises confiées à leurs soins y au-delà du délai de trois jours ^ et les obligea à donner îr la fin de cliacpie année une note defs concubines ^ des adultères y des maris et des femmes qoi vivaient séparés de corjps, ainsi que des paroissiens qui ne rernplissaient pas le -précepte de la Pâque , ou qui négligeaient les autres devoirs de la religion.

L'édit du 3o janvier 1 656 , concernant Tobàprvance du carême , offre des notions intéressantes , qui font connaître combien on s^est de nos jours relâché dans la pratique des préceptes de rÉ^lise.

Nous y trouvons , que pendant quarante jours personne ne pouvait manger de la viande , sauf le cas de maladie légitimement constatée, avec défense d'en vendre à ia boiicherie publique; un seul boucher , choisi par le Vicaire Général , avait la faculté d'en tenir une petite quantité , avec ordre de la distribuer à huis-clos , et de la cacher soigneusement à tons les regards. Les transgresseurs étaient; céadamné* k.

ntié atnéiidé péçimtBite^ # à ' la ' prison - eu cèaar <Je récidivé. ' '. ' ■

L'Inquisition , aldts ëlablie à Nice , avait l'É-: téque' pour sôti premier chef; ce Tribunal y malgré les déclamations modernes ^ était un frein salutaire à la société^ dans ùil téiïi^^'où les trou-^ Wes de la Provence et les erreurs des Vaudoîs' nécessitaient une sévère surveillance poiu: maintenir la pureté de la fei^ et la paix des con-^ sciences. Les enchanteurs, leis hérétiques, les blasphémateurs, les femmes publiques, les débauchés, enfin ceux qui nrcuaient une vie hon-»

teùse, ressortàieiït exclusivement de son autorité... Comment contenir autrement les erreurs et les passions violentes à une époque , où l'ignorance était générale dans presque toutes les classes, où l'éducation se trouvait encore restreinte dana l'intérieur de quelques famillçs privilégiées!!

Le nom de Dom Aeg^o délia Chiesa est donc justement célèbre dans les annales ecclésiastiques du Diocèse de Nice ! ! Ce vénérable Pasteur se rendit recommandable, autant par l'exemple des vertus , que par les soins Apostoliques qu'il donna à la surveillance de son troupeau. It completta ses bienfaits en réprimant les usures publiques, en procurant la considération au

Clergé , car toute iicKsonnc qui vfnilak embrasser l'étal ecclésiastique, devait Êiire conster^ non-seulement de son instruction et de ses bonnes mœur^ , mais encore de ses moyens d'e« xistence, avec obligation à la Êunille du postulant de lui assurer un patrimoine légitime d'une rente au minimum de quinze écus d'or. L'autorité du Prince appuya ces mesures salutaires pour exciter la vénération publique.

Charles ' Émanuel , de retour à Turin au printems de l'année 1666, obtint la naissance d'un fils nommé F^ictor-Amédée , destiné par la Providence à surpasser la gloire de ses ayeux ! L'Infante d'Espagne, de relâche au pori de Yillefranche avec la flotte Catalane, applaudit aux transports d'amour , que l'entière population fil paraître à la suite de cet heureux événement» Cette Princesse , destinée en maris^e à l'Empereur Léopold L*% assura à l'Espagne l'appui dcf la Puissan<ée Autrichienne. ]V(ais cet hymen ayant fait ombrage à Louis XIV, une nouvelle lutte entre les deux Puissances s'engagea en 1667 ; l'Italie n'y prit que peu de part ; la Flandre et la FrancherComté devinrent le théâtre de gloire du célèbre Maréchal de Turenne. Tout-à-coup l'Empereur; Léopold à la tête de

la Confédération Germanique^ <2ônolut avec l^An!% gleterre , la Hollande et la Suisse , nhe aUiancQ offensive et défensive contre le Cabinet de Ver^. sailles. La Goiir de Rome interposa sa mé^aA. tion^ et le traité d'Âix-la-Chapelle ^ signé le. a 'mai 1668 f força les vainqueurs à mettre baè les armes.

Éloignée de ces nuages^ la ville de Nice eul le bonheur , pendant ces débats ^ de jouir des loisirs de la paix ; entièrement occupée de son commerce^ elle trouva dans la protection du Prince les moyens d'accroître sa prospérité.... Cependant Tentétement d'un 'Ministre éveilla Fanimosité de la République de Gènes. Jean^ Baptiste Truchi y Baron de Lavaldis^ ayant alors le département des finances , forma le projet d'ouvrir une roule en Piémont par la Principauté d'Oneille^ non-obstant les plaintes des babitans de Nice^ menacés de l'entière perte d« leur commerce en transit. Vainement les Consuls envoyèrent requêtes sur requêtes^ pour em-\ pécher cette construction ; le Ministre fit tracée la nouvelle route ; mais au moment y où les travaux devaient comitiencer ^ le Sénat de Gènes déclara à la Cour de Turin j que cette commur nication compromettait la si\ret^ du territoire de

h République. '^Cés ))Idînfe» ti qiieiqWè» S^êmlXêi âu sujet de la fixalîbti' des confins entre les àetri Éiate, brouillèrent ïes cartes au point^ que Charles^ Émanuel'y fatigué de8 prëtentidtlii de ces fieré^ Républicains^ leur déclara la guerre: il ensoy» dans lé Comté de Nice Xiom .éntoUte de Sa^^' voie en qualité de sop Lieutenant- Général , avec^ les régimens de ' Nice ^ de Sayoils ei de Valence^ et'mille-crnq-ceht Suisses: ces troupes^ aux-^ celles se réunirent dix compagnies dé milice^ volontaires *i^ formèrent un corps ' d'armée *2,

.,*! Voici les noms des Capitaines, des dix Coni-* pagnies de milices , organisées dans le Comté de Nice par les soins du Colonel André Galléan : Charles^Antoine Gubernatis , Pierre-François Ton-' duti , Augustin Barberis , François Vaquîeri , Louis» Charles Caissotti , Victor S.'^-Marguerite , Charles- Antoine Albert!, Pierre Laurenti , Dominique Adrecchîo et Laurent Portanéri.

♦2 Les troupes réglées dans le Comté de Nîci* étaient commandées de la manière suivante : Domi Antoine de Savoie , général en chef j le Marquis de S.*-Damian , brigadier-général j le Colonel Acchiardi , commandant l'artillerie j le Commandeur Badat, colonel du régiment de Savoie^ le Marquié. d*Entraque , colonel du régiment de Nice , et le Marquis de S.*-Georges , colonel du régiment de Valence. Le nom du commandant des Suisses est inconnu. .

àont le Marquis de S.t-Daniian eut' le dottik tnandetnent en second y sous les ordres de D'êlkt uintoinè. • . n *<î

Le plan de campagne consistait à restet jfiiito* la défensive à la frontière de Niée ^ et d^att^ tendre que l'armée principale sous les ordreaf de Dom Gabriel de Savoie, et du brave Comiç Catalan Alfieri , eAt envahi la rivière par lë pont de Nava. Les hostilités commencèrent fe 58 juin 1672. Les troupes Savoyardes ay^nol franchi le Tanaro , occupèrent le village A^ Pieve et les terres environnantes ; dans le m^ne tems Dom Gabriel s'avança 'isii^ Albenga, éi envoya le Comte Castel-Gentile avec un fort détachement pour tenir garnison dans la place

d'OneilIe.

De son côté la République de Gênes n'avait pas négligé ses moyens de défense ; une armée de i5 mille hommes, dans laquelle on comptait sîx-mille Corses commandés par le colonel /??5tort y soutenue par une flotte de vingt- six gsh 1ères , s'avança rapidement sous les ordres da Sénateur général Durazzo , contre les troupes Savoyardes *i. Tandis que Durazzo contenait

*i Bnisoni , deîla guerra di Genova lib. 4> C** ioni , aoiiai di Genova lib. 7. * ^

49^ Dom Gabriel sous \es nsiir^ à' AXbengSL ^ Ristori

par une manœuvre habile surprit la division da Marquis Parela au village de Zuccarello , la força à se retirer avec perte vers Château- vieux, où bientôt le Comte Aljieri, cerné de tous le^ côtés y se trouva dans la position la plus critique ; £1 ÊJIut se faire jour à travers les ennemis , inais cette retraite forcée occasionna des pertes considérables- Les désastres de Chàteau-vieox obligèrent Dom Gabriel à lever le siège d'Aïbenga^ et à abandonner le Uttoral maritime.

Alors le général Durazzo dirigea toutes ses £)rces contre la place d'Oneille , dont il s'em* para après une faible résistance *i« Maître de cette ville il fit partir le colonel Ristori avec les Corses^ pour aller se joindre au général François^Marie Spinola , qui commandait une autre division sur les frontières du Comté de Nice. Ristori suivit la crête des montagnes , et ayant forcé le Col de Notre-Dame de fortune ^ surprit la Briga^ que le courage à! Antoine Las caris Hé put défendre. Ce seigneur ayant capitulé j

*i Le général Durazzo frappa les habîtans d'Oseille d^une contribution de guerre de cinquantemille écus de Gènes , payables dans huit jour» (MS, de la famille Marsiicco d'Oneille ).

essuya de la part d'un ennemi brutal et fiirôocll^ le plus indigne traitement * i . Par bonheur )69 miliciens commandés par les capitaines AU^rUé et Barberis réussirent à le délivrer^ au momelif où ces pillards gorgés de butin se retiraient soir VintîmiUe. -i; »■

Pendant leur retraite ils surprirent^ dan^ ta nuit du .i5 juillet^ le village de Perinaklo el s'y livrèrent à toutes sorte/s d'excès ; les maisons pillées et incendiées^ l'église profanée^ le$ femmes violées, les habitans cruellement ran« çonnés , voilà comment des soldats baii>«)^i signalèrent un lâche triomphe II

Au premier avis de cet événement déploraMift le Marquis de S.t-^Damian marcha avec toutes «es forces sur Perinaldo; Bistori ne jugea paf à propos de s'y défendre , il abandonna sueicessivement Castelfranco^ Apricale et Isola Bona^ et vint se retrancher derrière le château de Pena^ place qui jouissait d'une bonne réputation. Le 19 juillet le commandeur Badat s'avança à la tête de son régiment y et attaqua les premières

. *i Les Corsas croyant qu'Antoine Lascaris avait caché son argent, le dépouillèrent tout nu et le meurtrirent tellement de coups , qu'ils le laissèrent pour mort dans une grange.

Wilautes ; guidés par ce chef intrépide ses soldait $e précipitèrent sur Tenaeini et franchireat tous JfiOt obstacles ; déjà les Corses songeaient à battre eq neitraite y lorsi|ue le colonel Prato , arrivant ^.Vintimille avec deux-mille hommes^ ranima leur courage abattu. Après plusieurs assaut iilfiructueux , les Savoyards épuisés de Ëitigues fa Forèrent hors la portée du canon ^ décidés 4i9. ^^uyeller ratta(|ue le lendemain. Dans la mémje . nvit ..le capitaine Gozzelino qui côm« nnundait dans le chàtCriu de Pena, essaya, une MCÛe^.; . mais ^ : rçppussé par les milices , il fut £iit prisonnier au moment qu'il cherchait à rfel^trer dans la place., A la pointe du jour Badat fil ^^aquer de nouveau les retranchemens^ ^itmr para; de, deux redoutes et tenta un coup de main pour surprendre le château ; il ignorait que le capitaine Gastaldo avait trouvé le moyeu d'y pénétrer quelques heures auparavant. De nouveaux renforts., arrivés dans l'intervalle obligèrent le commandeur Badat à battre en retraite sur la ville de Sospello. Profitant de cet événement , Prato et Ristori assiégèrent le château de Dolceaqua , où commandait le Marquis dEntraques. La tranchée fut ouverte devant la place le lo août suivant j les Corses péné-

^reixt dans les faubourgs de la ville çi y; nyi^eof le. feu ^ iziais,«i|ae sortie vigoureuse d^ l^igaJlTV pifpn lef ql>|ige^ k rabandooner ^i«: Sijur cè^ euirefaites» le\Mân}uis de S.t-Damian' i\inix,9[^et trois-mille hommes au secours des assiég4^«, A i|o^; ^isypppqcha' . le| ennemis jugèrent pnidQpd de lever le .^ége^fjKHirsiiivis etMOftteims. ^on.lt^ill f^ç Camporossp,^ ils se débandèrent en désordrQ;> {Lband^n^ia^ une^^pairtie ,de leurs bagages* Xé% iviçtoiriÇ; ,de .iC!f^npQi:qsso décida.- :1e iMarquis. d^ i^.t'Pamiat}^ ^..tenter dç^ nouveau , le siège dl9 Pena. Le château vivement presse^ était sur I/9 point .^i^ capituler, lorsque;, l'inGuigable Prato tfpuva le.JP;ioyen de ravitailler Ja placée. Quoiqtl(^ yiyement veppussé à l'attaque de Brecco , cet /ç>^iciçr , emi^éçba la prise du Xoi;t; il fallut un^ secoi^dç .fois, ievet le sicg0 , 4>m^ant plus qu9 ^ JDuc de. Savoie ordonna.au ]V|arquis de S:tf Papfùan Aq se porter avec une partie des troupe^ dans la vallée d'.OneilIe, pour spiAtenir la po? pulation insurgée, contre, les .Génois.. •

:. L'habile général ^ secondé, par : ,les uûlicienÀ volontaires^ arriva le 19 octobre en face del^ retranchemen& ennemis., au , Cùl del Pizza*

*ï Brusoni ) giierra di Genovà contro Savoja; Alberti, istoria di ^pello.

L'âvanli-garde commandée par le Marqoi» df ^mi-Georges força cette position, et le lendemain les troupes réunies aux habitans des vallées, marchèrent sur Oneille dont iU s'emiiapèrent sans coup-férir.

Dans l'intervalle le Roi de France, intéresse 4 maintenir la balance entre les deux Puissances , ae constitua arbitre de la paix; l'Âbbé de Seraient et M/ de Gaumont , chargés d'entamer les ttëgociations , obtinrent d'abord ttnis sùspènmh d'armes pour trois mois , puis un arrangemeul défiaitif signé le i8 janvier 1673.

Pendant cette guerre le Comté de Nice dut tapporter des sacrifices ruineux ; tàeié il en fut amplement dédommagé par Farticlé 3 dà traité qui rétablit la liberté des mers et leâ relations commerciales sur l'ancien pied *i. Charles -Emanuel employa trois ans de paix à réparer par une sage économie le délabrement de ses finances ; protecteur du commerce et des lettres , il renouvella les concessions du Port- franc aux navigateurs, qui fréquentaient les ports de Nice et de Villéfranche , et accueillit à sa Cour tous les talens utiles , sans aucune différence de condition, ni de rang.

*i Casoni , annal, dj Genova.

, Admiaistrateur éclaire, il favorisa la culture

des ierres^ accordant des récompenses et même 4i^s titjfes de noblesse à ceux dés propriétaires' qui . défrichaient le |dus de terrains. Malheu-^ reusement; la mort le surprit au milieu de ses utiles, travaux. Il finit ses jours à Tuï*in le ra juin 1675, âgé de quarante*un ans, aii mo^* ment que ses goûts pacifiques faisaient espéref ' de nouveaux bienfaits. Son successeur P^içtor* Amédée II , avait à-peine atteint sa neuvième apnée ; comme il était d'une santé délicate , la Duchesse de Nemours sa mère^ qui obtint la Régence , ne voulut pas l'assujettir à dés études ' trop sérieuses y crainte qu'il ne pût en supportent ' la fatigue^ sans se douter que, sous une constitution £ûble y ce Prince cachait un carsK^tère * 'mâle j un esprit juste , une force d'ame enfin ^ qui devaient bientôt lui acquérir un rang dis* tingué parmi les Souverains de l'Europe.

Les sujets de la maison de Savoie y pénétrés de la perte d'un Souverain chéri, se livrèrent aux sentimens de leur douleur. La ville de Nice £ur-tout, exprima ses regrets par de superbes funérailles. Les Cionsuls*! firent élever un monu-

^i Le Comte André Galléan , Jean VegUo , An* toine Robiolis , Honoré Cattelli*

Sa Fol U.

49« ment fiinièbre sous le Dénie tle Swte-Réf)iârM)ft ^i ,

dont voici la description :

On pkça sur la édcade de l'église bt tkaMè

d'une femme en deuil , ^ ^Lil?tit k vâle dans

rattîiude du désespm*. Elle dvtit à se» e^rés

le Vir èi le Pagiion^ dont leà urni^ ta^veg sfé

ren^lissaient de Wnves. Quatre Colonnes en»

tourées de crêpes ortiaîeni ia pon» d'entrée ^

surmoiAées d'auii^t de stâlnë^ plus piôlitèsy qui

reprës^itaient les Viedîti^s de Niee> dé SùS'^

pello^ dé BaMi^miett^ è^ là iPi4lM6t)^ué é'O^

neîHe , ovee une iftséripitièh àftàlo^««e *!St.

. Sous le Dôme de l'égli^, s'^etaîl \m mugni-^

fi^e CMa&Iqûë ) %oàtè^ pà^ une ^^ de Jpy^

ramkies ottiéefs de Woplieè^, 'érl^xitê d'aàe Jô^^guè

b^usifâKle àVeb «de pîédès^mi* de dtstànée ^ti

distante ^ ôi\ ¥6i\ avMt placé les ^lat^ies de»

Princes tes plus célèbi^s de la ttTaisoh de Savote j

une majestueuse ^ouj^^d^îé délivrée d'ertblêrtïe» et

d'insorijptiolis àiiafegués courbhnait 'dette cdns-

trMtion, au'des^olid de hiquètte reposait tte

tombeau ecyùVert d'\m ttois 'ète telôur nofr^ :.

. *^ I Ce monument funèbre fnt ^x^cutë sur \^$ dès*

seins de Jean-Baptiste Bartholomeis , ii^génîeiîr de U Ville.

♦a Voyez U note (1^ A la fiil dit €k^ftré. >

parsemé de lârmed d'argent. Tout à Tcntour

on avait* distribue d^ autres statues, représeniàflt

la Renommëe, la Prudence, la Sagesse, la Force,

ta Valeur, la Victoire, là ForiiHie ^ la Gloire,

la Paix et Flmniortaiité , avec cette divise :

CAROLVS EMANVEL H IN MORTE IMMORTALIS. '

L'église était entièrement tendue en crêpe du haut en bas. Une vaste balaustrade garnissait, des deux côtés, la corniche de la nef, avec des vases rempHs de parfums et une suite de flambeaux funéraires.

Le 8 juillet i6'j5 le gouverneur Dom Antoine de Savoie , le Sénat , les Consuls , toutes les autorités judiciaires , civiles et militaires , le corps de la noblesse et des bourgeois, et une foule immense de peuple , se rendirent à l'église , où l'avocat assesseur , Jean- Antoine Auda , prononça une oraison funèbre qui fit verser des larmes sincères : l'Évéque ensuite rendit aux mânes du Prince les derniers devoirs de la religion , avec un pieux recueillement , dont tous les cœurs étaient pénétrés. Pendant plu* sieurs jours les habitans renoncèrent aux affaires

pQkAkfàes;, pour. nÇ's'ocKîcqper qae;de leur douleur *i ! I

. *i' Il existe à* la Biblîoth. Rdy. de Tiirin le rëcît de ce3 funérailles.,, imprimé à Nice chez Romero en 1676, écrit par le Jésuite Camille-Marie Audiberti de Nice ; un volume in-4-^ 9 portant pour titre il Campidoglio ardente , avec l'oraiton funèbre prch noncée'par TAssesseur Auda,

*^fmmimmm

5ot'

(A) Inscription plaâée àur la façadp du SancêutUrêf

de la Vierge du LagheL

BEATISS. yiKGINI Ï>B LAGHETTO VOYYM lïOMEN, IIOVVM GVLTVM , NOYIS PROGODIIS

EMERITAE

POPVLORVM PROVINCIARVM ,

ORA LIGYRIAE OMNIBVS PRAEEYNlTE ,

PIO , ET MYNIFICO CONCVRSY ,

ÏEMPLYM, HOSPITIYM, AREAM , YIAM , F09TEM,

TRANSLATIS , DEPRESSIS MOUTIBYS ,

CONSTRYXIT , APERYIT , DEDVXIT ,

PYBLICO COMMODO , PROPRIO ET PYBLIGO AERE

D. DESIDERIYS DE PALLETI8

EPISCOPYS

AHNO DOMINI MDCLYI

PRODIGIORYM ANNO TERTIO

DIE XXI NOYEMBRIS.

) Inscription pUcée $ur W pQfte principale 4e r Eglise &ie'^épçir€Ue , en 167$ , à V occasion des funérailles pour la mort du Duc Charles Emanuel II de Savoie.

QYO IUGREDI , POPTLE , PVTAS l

EN GAPITOLIVM PRO MONYMENTO !

QVIS TRIVMPHAT l QVI lACBT l

QYO BELI«0 l NYLLO.

f iÇTORl PiGIFIÇO ÇARÇHTAHY^ OVAJÏT1Ç8

TRIYMPBATB LACBYMAE

C1VE9 , HEM O VOS , AMAUDO , YICIT.

OMNES 9 DOLENDO , YINCItS.

Rég^3iîC9 de, ki Puehesse Jeanae de Nemours? ^t— Jrmé^. ^une flotte Portugaise au por^ de f^m^Fan^he t«i Mariage de Yictar-^j Aip^^e as^c Jeaime d'Orléans -«rr- Guerre^ avec 2a France -^ /^e £)icc ddf Sashoie vient è iVic^ -^rr- Siège du çàAteetu par le Ma^^ rechai d^ C»\\n9X *— Explosion des poudres^ *-— Rnine et: capituàMon de la place.

Jeanne de Nemours , plus occupée de la santé du jeune Duc , que àid diriger par elle-même le timon des affaires^ consulta les plus haLilès' médecins de l'Europe pour obtenir la ^érisoA, de son fils» P^ietor-^médée semblait u'aYoîr qu'un souffle de vie ; le» habitans de Nice partagèrent vivement les alarmes de la Cour; des prières publiques implorèi^ept, }'^sist^nce du Gel^ pour la conservation d'une vie précieuse^ à laquelle leurs destinées étaient si étroitement liées. Un événement , q^i de nqs jours n'^^r2^( pas la moindre importance , vint toutràrcoup ranimer leur espoir et fut regardé comme un heureux présage 1 Au milieu des fortes chaleurs^ qui se firent sentir 2^ J^içç peci4aAt l'^t^ -^,

5o4 1676, la source dite de Mourraglia , volgahie^

ment appellée la Fontaine^ Sainte *i , après trois ans de stérilité^ versa à l'improviste ses eaux abondantes^ au grand étonnement des observateurs- Un cabaliste ' nommé Th^isfùice CastelUy se disant astrologue- et mëdeciti^ annonça avec emphase , qu'il n'y avait plus à craindre pour les jours du Sonvermn , et que IcvCiel lui reservait mi règne long e% glorieux; il composa - même un. livre intitulé tHoroscopèy

dans lequel, prenant le ton prophétique > il

*i Nos anciens avaient jadis en grande rënëratlon cette fontaine située dans la propriété d'un particulier appelé Mourraglia , qui lui donna son ttotn. On la désignait aussi sous la dénomination de Fuùhs Santa , à cause du préjugé Vulgaire qui lui attribuait la faculté de prédire l'avenir , par le plus ou moins d'abondance de ses eaux. On a prétendu que celte source tarissait , même dans les années les plus pluvieuses , lorsqu'il devait arriver de grandes calamités , telles que la guerre, la famine, et autres fléaux , et qu'elle reparaissait après 1^ fin de ces désastres. C'est ainsi qu'elle sécha entièrement lors du siège de i545 et de là peste en i58i 1 Notre compatriote Antoine-Louis Audiberti , médecin et poète distingué du 16.^ siècle , composa un poëme élégant en vers latins sur les propriétés merveilleuse^ de cette fontaine , ce qui sans-doute n'a pas moins contribué à la rendre célèbre.

prétendait avoir la dans le livre du destin les évënemens les plus heureux *i. Ge% ou* vrage envoyé à la Régente fit la fortune de son auteur ; Cûstelli appelle à la Cour , y joua

long-tems uii rôle important ^ et ce qu'ail y a de vraiment remarquable dans cette anecdote^ c'est que la prédiction ne int point trompeuse ! ! Dans le 17.® siècle Fart de deviner l'avenir n'é-' lait point encore regardé comme une chimère ; souvent un hasard heureux faisait la célébrité d'un adroit charlatan.

Autant la précédente minorité avait été orageuse y autant celle de Jeanne de Nemours s'écoula heureuse et tranquille au milieu des loisirs de la paix. Le commerce en peu d'années reprit à Nice sa première activité ; protégé par la Régente , favorisé par le nouveau gouverneur le Marquis de Tournon *3 , soutenu par les capitaux des premiers gentilshommes du pays^ on vit le pavillon de Savoie flotter en sûreté dans toute la Méditerranée, au nûUeu des escadres

"^i Cet opuscule , imprimé à Nice chez Jean Ro* mero en 1676 , se trouve, à la Bibliothèque Roy. de Turin.

^2 VictoroAmëdée Maillard ^ Marquis d'Albj y Comta de Tournon.

5o6 Iuspguole& y Françaises et liQllciudaJiseii y arBdéelr pour s'en disputer Tcmpire *^.

yictor-^Améàée é^ût sur le point 4'4¥ei|idrc^ sa i5.^ ans^Q, lorsque la Dudkes^ sa mère forma le projet de le marier; elle lui ckoLsit # rinfante Isabelle de Portugal sa. cousine *:i ^ alors liéritière de oe beau I^ay^uifie ; cet liynieii en resserrant les nœuds de prciclie parenté qui unissaient déjà le$ deux familles ^ pou^yaii un^ jour meure sur là tête du Duc de Savoie Ja couronne de la maison de Braganpe ^ ps^ru^e convention secrète du.moi^ de juii^ ]|6ôa les deux cours décidèrent (jue f^ictpr irc^t habiter quelque tems à Lisbonne y a^n de l'^u^^çoûtumer aux mœurs de la nation , et lu| oaptiver les suffrages des grands du Royaume; k cet eflfet une flotte de douze vaisseaux Po^^ugais , corn-

♦i Jules-Cé«ar Germano et Jean-Antoine ScaVier, négocia ns de beaucoup de crédit, se distinguèrent pendant la régence de la duchesse Jeanpe 4e Nemours , par leurs expéditions au levant , et sur les côtes d'Afrique , qui leur rapportèrent des bénéfices considérables.

♦2 La Princesse Marie-Elisabeth^Françoîse de Ne^ mours , sœur aînée de la Duchesse de Savoie, avait épousé Dom Pedro , frère du Roi de Portugal , qui hérita la couronne, à la mort de Dom Alphonse*

5o7 mandes par le Duc de Cadoi^l , parut s^a port de Villefiranche au printeuis de l'année auivaxite ^ pour venir y chercher le Duc. Des fêtes briUautes célébrèrent cett« arrivée ; les habîtans de Nice y gagnéreut un traité de conunerce qui devait leur procurer de grands avantages. Mais le Duc, peu content qu'on ne Teùt pas consulté dans une affaire de <M$tte nature , montra quelque répugnance ^ conclure le mariage projette ; des ooiutisana, habilèa à profiter de son peu d'inclination, lui inspirèrent une détermination décisive; f^ictor refusa de a^embarquer pour le Portugal, et ce premier pas, auquel la Duchesse était loin dé s'attendre , hâta la fia de la Régence. Dès qu'il eut saisi le sceptre sans aucun partage d'autorité , il développa tout-ii-coup une énergie de caractère , dont personne jusqu'alors ne l'avait jugé capable ; le Cabinet Français négocia son mariage avec Marié iT Orléans j^ nièce de Louis XIV; cet hymen conclu ea 1686, ne put cependant empêcher, quelques années après , une rupture funeste.

Depuis long-tems le Roi de France avait formé le projet de gouverner le Piémont comme une province Française ; le Duc de Savoie , tout en ménageant la puissance de son oncle , connut

5od le rôle qu^on voulait loi Êdre jouer , et cherdia à s'affranchir d'une pénible dépendance eii fai** sant quelques ouvertures aux confédérés d'Àusbourg. Le Cabinet de Versailles qui surveillait toutes ses démarches , résolut de ne pas lui donner le tems de se ménager leur appui. Tandis que déjà il avait décidé de lui dicter des lois par la force des armes, il employa la dissimulation et la ruse , et lui tendit un piège perfide.

Louis XrV invoqua le traité d'alliance existant entre les deux couronnés, et demanda la coopération d'un corps de troupes Savoyardes ^^ pour être employé en Flandres contre les Impériaux. Il £Jlut y consentir; trois régiméns d'in&nterie, parmi lesquels celui de Nice^ par« tirent pour cette destination , et d'autres troupes marchèrent également dans les Cevennes. Cet acte de condescendance suspendit, encore pour quelque tems, Forage prêt à éclater sur la maison de Savoie. Au printems de l'année 1689, P^ictor^ Jmédée se mit en route pour le Comté de Nice , accompagné de la Duchesse son épouse , du Prince Philibert de Carignan , des Princesses Louise et Catherine d'Est , et d'une Cour brillante, où figuraient les premiers personnages 4e l'état; il voulut s'assurer par lui-même des

5o9 inoyens de défense^ en cas d'invasion ^ et ev citer par sa présence Famour des habitans.

La Cour arriva à Sospello le 7 du mois d'aivril^ où elle se reposa toute la journée au milieu des fêtes et des réjouissances ; le len*deinain elle continua sa route pour Nice , et c'est pendant cette marche ^ que Je jeune Souverain fut à même d'i^précier l'enthousiasme de la population. Depuis la sonunité des rochers ^ jusqu'aux rivages maritimes^ par-tout il entendit les acclamations de la foule pressée sur son pas-* sage ^ par-tout il vit le dévouement d'un peuple fidèle ! Dans la soirée du 1 8 avril le canon du château annonça son arrive^ ; les Magistrats de la ville reçurent les Souverains à l'entrée de la porte PairoUère. sous un baldaquin de toile d'or. Le premier Consul Jean^PhUibert Cortine^ Comte d'Eza, eut l'honneur d'haranguer LL, AA. RR. et de leur présenter les clefs de la cité^ sur un coussin de velours cramoisi. Un groupe de jeunes demoiselles^ choisies parmi la première noblesse et richement vêtues y fut ensuite admis auprès de la Duchesse , et lui ofirit des bouquets de fleurs y des fruits et des confitures y dans des pani,ers élégans^ couverts d'étoffes précieuses. )je soir la ville fut complettement illuminée..

5io «t les jours suivans le peuple se livra à ses réjouilisances habituelles ^ dauses | couorses^ sur mer et feux de joie. Ces transports se prolongèrent sans intermptioii jusqu'au i8 mai; le ]>uc fit une promenade à Monaco ; il se rendît iiussi à PugeuThenieits , soit pour inspecter là irontière , soit pour enflammer le courage des braves miliciens , qu'il trouva parfaitement organisés. * Le 1 4 jiiin suivant arriva à Villefiranclie le bailli dt Noailles avec huit galères FratiçaiiïeS) toute la Cour alla visiter cette escadre , qilà \(Â offrit dans la rade \t spectacle d'un combat navaL Avant de quitter k ville de Nice , les Souverains voulurent donner ttû grand exem^^le de dévotion ^ en portant leurs pieuses offrandes ati Sanctuaire de LagJiel, Ce fut une fête religieuse des plus codifiantes ; toutes les Communautés et les Confréries s y rendirent processionnel lement avec une f )uli» immense de peuple ; chacun s'empressa d'alJer joindre ses vœux à ceux de l'augusle Couple.... Enfin le Duc se sépara de son Epouse dans la journée du i8 juin, et s'embarqua sur les galères de France , qui le transportèrent hcureiisement à Oneille, avec le Prince Cavignan. De son côté la Duchesse, avec le fcsiani de la Couiv, leprit la route du Piémont ,

Su en passant par Sospello èl TefrAé *t ; cette séparation causa les plus vifs regrets > en tnb»ment sur*tout où rkorison politicfue s'étsat Cfon* sidéraUement rembruni. Fictor^Âmédée était, à-peîne de retour k Turin ^ que t-oirt^à-coup lé Monarque Français le somma impérieusement de kiî livrer la totalhë de son armée, aiiiin que la citadelle de Turin. Envain le Duc essaya dé combattre celte injuste prétention : Richelieu lui répondit ten envoyant M/ de Catimtt à la te€e d'iiné armée Française qui s'&vança dans le Dudbé de Sareiew Alors F'iotc^ âe constiltant qufè €ôn honnc^ et son courage > se hâta dé conclure une alKance défensive avec la ligUe d^Aus- ^^&> ^ ^ pnblicfr un ilianifeiste dans lequel ^ en exp<^affiat ees igriefe contre le despotisme de lioms XIV ^ il montra ta noble résotlïtiôn de repoii^er ta force par la ferce. Sa <9Hifiance produisit un endiousiafisme général ; par-tout on çùiirat aux armes y par-tout en ^ Montra décidé aiix plus jgpraïMb aacriices^^.^ Le 6lel^ ^ la no^ bkese ^ la koni^oiae ^ enfin I* p^iilaliîon en-*

*i Lès détails Sur lé Vôyàjge et ï^jour à Nice de la Cour de Savoie en 1689 ^^ ^é puisés dans un manuscrit , ou soit protocole de la famille Milon ; dans Alhe^', hist. dé SoSpello ; et dans un atitrc manuscrit de la Bibl. Ardisson.

tièrc , tous rivalisèrent tf ardeur et de zèle pour; la défense du trône.

Dans moins de deux mois , une armée iropo* aante se trouva organisée comme par enchantement ^ et les principales forteresses mises sur. un pied respectable de défense.

Nous ne pouvons ici nous dispenser de civsr un trait de dévouement qui mérite d'être conservé dans nos annales. Au premier avis de ht déclaration de guerre , le régiment de Nice cjuî servait en Flandres y trompa la vigilance des Français , se débatida et vint se réorganiser en Piémont à la voix du Prince et de la patrie *ii ,

La campagne de 1O90 se passa presqn' entièrement en Piémont ; Catinat vainqueur k la bataille de Staflfarde , s'empara successivement de Saluées , de Fossan et de Savillan , et livra leurs fertiles territoires aux dévastations de ses soldais. Dans le Comté de Nice , une division de l'armée de Provence pénétra dans la vallée de Barcelonnette , mais les milices des montagnes réunies aux Vaudois^ plus connus sous la dénomination de Barbets ^ forcèrent bientôt les Français à se retirer,

*i Mémoire MS. sur la guerre de 1Q90; Bibliot.

Ardiâson.

• Cependant' M.' de' Càtinat entreprit l'année "^ suivante de forcer le château de Nice , soit qu'il voulût acquérir une nouvelle gloire par le siéger d'une forteresse, regardée comme imprenable, ^ soit qu'il entrât dans son plan de changer le' théâtre de la guerre , et d'attirer les forces desalliés* dans les alpes maritimes.

Plusieurs corps de troupes Françaises arrivèrent, successivement en Provence, et vinrent grossir l'armée du Var. M/ de Catinat arriva • à Aix au commencement du mois de mars 169 1 , et porta le 11 son quartier-général au village dé* S.t-Laurent Cette armée, forte d'environ douzemille hommes de troupes d'élite, était composécfde la manière suivante : Quatre régimèris d'in-^ fanterie Française, SauU y La-Marche ,^ Forest et Catinat; six régimens d'infanterie étrangère^ Alsace y Sorbex , Facmelion , Tout y TournoneiLiester; quatre régimens de grosse cavalerie,de six- cent chevaux chaque^ Montgomerjr y- BeUeporte , Grignan et f^arennes ; deux régimens de dragons , Brueil et Bretagne ; enfia^ un train considérable d'artillerie de siège, avec deux compagnies de mineurs bombardiers. * Voici les noms des officiers-généraux de l'étatmajor. M/ de Catinat général en chef ^ le 35 Fol. II.

5i4 Marquis de yins marëchal-de-.carap ^ le Duc

;db Ferté y les Chevaliers de la jForre > de \SLt'Laurent de Renac el d» Joig^Jf y brigadiers ; le Marquis de Clareînbau4 et le Vicomte d À renne y majors-généraux; ^JdAuhigni comr mandant l'ailillerie ; le Prince de Bbrkenfeld gé-. néral de l'infanterie étrangère. Une flottie (te cinq., vaisseaux d^ haut-bord et de quailre frégates et vingt galères*^ commandée par le Vice- Amiral Comte dEstpée , ayant sou» se& ordres le Bailli de Noailles , reçut ordre d'appuyer les opérations de Farmée de terre.

* Les forces des Sa*voyards y Féuoies pcnir la défense de la vilte et du château de Nice, consistaient en deux rcgimens d'ordonnance Savoie et Piémont , quatre compagnies* du régiment de Nice , six compagnies de milices Soldées , cent-cinquante canonniers , trois-cent paysans travailleurs , vingt-quatre bombardiers et cent adjùdans ; les habitans à L'approche du danger formèrent un corps de volontaires, fort de six-cent hommes, qui s'armèrent et s'équipèrent à leurs frais. Ces forces réunie& ne dépassaient pas quatre-mille cinq-cent hommes *i.

*i Voîri les noms des chefs qui les commandaient : Le Marquis de Tauraon , Gouverne ur-Gé-

5i5 Outre ces troupes destinées à faire un service actif dans le château ^ le reste de la population > sauf les en&ns et les vjellardis , organisé pouir le service sédentaire, forma vingt-quatre conan pagnies de citadins et dix de paysans ^i^

néral et Commandant de la ville ; le Comte de Frusstisque , Gouverneur du château ; le Chevalier FrussBîique , frère du Gouverneur , Colonel du régiment de Savoie'; lé Marquis De-la-Pie»re , Colo* nel du régiment de Piémont ; les Comtes d'Aspre* mont, de Toodon, de B^lbe, de Castellamont , de S.t-Martiil et de la Roche ; les barons de Bojon ^ de Grimaldi, et les. Chevaliers de Faverges et Uicca^ Majors ou Capitaines d'ordonnance.

Le Colonel Chevalier Raymond Tonduti commandait les milices sokiéi?s , avec grade de Sergent- Major-Général de bataille ; il avait sous ses ordres les Capitaines Gubernatis de Sospello, Guigliolti de Saorgio , Laurenti de Luceram, Buffon de Lantosca, Laugieri de Valdeblora et Peiraui de Scarena. Lç brave Henry de Galléan , Chevalier de Malthe , qui à-peine rétabli d'une blessure reçue à la bataille de Staffarde , voulut se consacrer de nouveau à la défense du Prince et de la patrie , commandait les volontaires Niçardsj le Chevalier de Provana, Tartîllerie; il y- avait en outre dans le château les sieurs La-Marchia et Cisternini , ingénieurs; Antoine Barralîs de Nice , adjoint volontaire ; le Comte de Villafallet , Commandant d'armes j et le Chevalier Rivetti , Major de place.

^x Les premières étaient commandées par les

Lq. jour même de Farriv^e de Monsieur de Catinat au quartier-gënëral de S.t-Laùrènt, Monsieur de Rabenac , Ambassadeur du Rot de France à la Cour de Turin^ fut échangé à la frontière avec le Marcpis de DogUani^ et avec le Président Provana , Ambassadeurs à Paris pour le Duc de Savoie. Juscju' alors ces

Capitaine^ Georges de Berra , Luc de Bartiiolomeî;»^ Augustin Pèîre , Amëdée Caravaschikio , Pierre 4' Ai* glun , Antoine Masîn, Alberti de Strada , Loui» Tonduti , Louis Grimaldi , Horace Mille ^ Goillaume Ruffi, Pierre-François Germano , Honoré Pcllegrini ,^ Jeau-Françoîs Scallier , Christophe Clàretti , Jean Blavetti , Jacques Caravesan , Joseph Castelli, «Louis Gioffredo , Pierre;- Antoine Tottdon , Barthéleinî Rossi, Dominique Chiamossi , Honoré Rato, Etienne Genufno et François D' Alberti. Celles de la campagne, par Jacques Blassy , Pierre Falicon, Barthélemi Levamis, Marcel Durante , Antoine Cuggia , CLaudien Ugo , Augustin Mourraglia , Baptiste Vignon , Honoré Sauvaîgo et Christophe Garibo. On peut voir ainsi les noms des familles qui figurèrent à Nic€ sur la hn du 17.^ siècle , dont plusieurs n'existent plus aujourd'hui. Ces détails sont puisés dans deux documens authentiques qui nous ont servi de guide dans le récit des événemens de Tannée 1691'; le premier est une relation manuscrite du siège , conservée dans les papiers de la famille Passeront , par uo témoin oculaire , et le second un autre manuscrit trouvé dans la Bibliothèque Ardissoa.

Agens diplomatiques y maigre les hostilités , n'avaient pas quitte leur résidence j dans l'espoir d'obtenir un arrangement.

Le lendemain le Marquis de Toiirnon as-^. sembla le G>nseil général de ville pour lui annoncer que la place était déclarée en état da 6iège^ et qu'il fallait s'attendre à voir bientôt paraître l'-ennemi, parce qu'on ne {)ouvait lui? disputer le passage du Var. Aussitôt quelques Conseillers sortent de la salle y et répandent cette nouvelle en criant aux armes. Dans un clin-d'oeil les boutiques sont fermées; chaque citoyen , oubliant ses ,occupations ordinaires ^ . accourt dur les remparts^ comme si les Fran-. çaîs étaient déjà arrivés; les femmes mêmes partagent ce noble enthousiasme y s^ aidant à traîner les canons , et à porter les munitions de guerre.

L'urgence du danger obligea l'Abbé de S.tiPons, Pierre Gioffredo y à se retirer en ville avec ses religieux ; les paysans ayant mis en sûreté leurs meubles et provisions^ détruisirent les moulins y les fours y les foins et les pailles^ afin de ne laisser aucun moyen de subsist^uiçe à l'armée Française; nombre de femmes^ d'enfans et de vieillards^ que l'âge ou les infirmités

5ï8 rendaient emtarrassans, quittèrent leurs fiiyer%

et se refiigièrent dans les États de la Repu*»

blique de Gênes.

Le 1 3 mars , à la pointe du jour, trois-cent cavaliers Français passèrent le Var en face àa vtllai^e de Gattieras, et mirent en fuite quelques miliciens qui occupaient le bord opposé. .6^^ nat suivit ce premier mouvement , et vint sur le soir camper sur les colliijies des Givalcat^ et de Garas, poussant son avant-garde jusqu'au vallon de Magnan.

Le même jour le Comte dEstrées parut devs^it le château de Nice, hors de la portée du canon, avec toute la flotte , menaçant à-la-fois le port de Villefranche et le golfe de Saiiit-* Hospice.

Le i3 au matin le gros de l'armée Frau* çaise s'avança au Magnan dur la route de Nice, et, gravissant le Col de S.t-Pierre, prit position sur la colline de Cimiez. Catinat établit son quartier- général au couvent des Recolets , qui dans cette circonstance offrit un mélange curieux de moines , de soldats et de religieuses , car deux jours auparavant les Bernardines y avaient cherché un asile *i. Il se fixa lui-même avec son

*i Ces religieuses habitèrent le couvent de Cimier

5i9 état-major dans la maison dé campagne du Cdmte MarceUn de GiibernatiSy alors Ambassadeur 'de Savoie à la Cour de Rome *i. Le lendemain Monsiemr :de Renne y à la tête durëgtinent d'Alsace , cKsévpa 9e monastère de S^t-Pons , traversa le Paglion iau quartier de rAriané.^ se dirigea sur les haiàeiirs de Monlîgros^ qu'on .négligea de défendre ^ et de-là vint investir le diâteau de Villefrancfae. Le Chevalier de Rtiffia:, de la maison Cambiana , tenait garnison dans la place avec cinq cDn^agnies d'ordotmantse^ et cin<i{ de miliaiens *a. A aon oirrivée ^ le ôériérhl Fran-

pendant toute la durée du siège de Nice , enfermées dans des appartemens séparés sous la sauve-garde de Mj Ùatinat.

"•i La fathîlle Gabemàtîfe brigittairtî de S'dspëlîo s'est rendlie illustre dans la Tobe et dans Tépée $ le Comte Marcellin de Gubernatis obtint par ses talens le poste d'Ambassadeur auprès du Pape Alexandre VIII y son fils Jérôthe-Mafcfel DtAernrftis , fut enlevé en i7»o à èa prësidetice du Sénat de Nice^ puis eu .1713 à la charge éminente de Chancellier de Savoie. Ses descendans ont possédé une portion de la Seigneurie (ic Gb^biô jusqu'à l'époque de la révoflucîdn Française.

^i heê èompagnltes d'dMofMMMike Ifoffnées dé vb- 4Mita1t*c^ r^'(fc<MMPfnetit etirôli^s jpouf tenir jf^Mrnison à VilielViiMbKè, i^aiebt edminavidifëti j^ar keû Oomtes de Pcglia et de Roccasteron , le Cltt^itM* Bèorra, T^'ctèr

eais le fit sommer de se rendre ^ avec menacée en cas de refus ^ de ne lui accorder aucun quartier. Cette intimation ne produisit aucun effet sur la garnison ; mais les habitans de Villefranche intimidés envoyèrent les cle& de la ville à M/ de Renac y en le priant d'ëpargn^ une population misérable. Celui-ci leur imposa une contribution de: guerre , payable sur-lc)=champ: il fallut s'y soumettre pour éviter' un pillage.

Cependant M.' de Catinat parut en personne devant la forteresse dans la matinée du 17 mars:; les batteries de siège commencèrent à jouer le 18; plusieurs édifices intérieurs*, particulièrement les magasins aux vivres , et la boulangerie^ furent entièrement ruinés. H importait au Comte de Frussasque de venir au secours du château de Villefranche , afin d'empêcher la flotte ennemie de mouiller dans le port, Dans cette vue il fit partir son frère avec un fort détachement de troupes, tirées de la garnison de Nice , pour essayer de surprendre les Français, et de pé-

D'Aiglun et le Vassal De-Masini j celles des milices par Chîanea de Tende , Maccari de Pigna , Gubernatîs de S.t-Martin , ftinaldi de Belvédère et Rostagni de Breglio.

nëtrer. dans la place assiégëé. Le Chevalier «fe Frussasifue, protégé par le canon du fort de Monlalban^ s'avança avec beaucoup de détermination sur les lignes ennemies^ mais il fiït reçu si vigoureusement , qu'il dut bientôt renoncer à son entreprise ; il n'y eut que le Chevalier Cravetta y qui à la tête d'une compagnie du régiment de Piémont parvint à se jetter dans la forteresse.

La canonnade. continua sans interruption daiis *la nuit du 19 au 3o; la brèche étant devenue praticable^ les Français dans l'après-midi s'approchèrent des fossés^ munis de longues échelles^ -et montèrent à l'assaut en criant F^we la France!^ Ils trouvèrent d'abord une bonne résistance ,1 mais la compagnie des milices^ qui défendait le rempart du Nord , ayant commencé à lâcher pied , le désordre se mit bientôt parmi les autres, de qui obligea lé Gouverneur à capituler. La garnison évacua la place le 21 à la pointe du jour ; elle sortit avec le& honneurs de la guerre , tambour battant y mèche allumée et drapeaux déployés; ayant ensuite quitté les armes sur le glacis^ les galères Françaises la transportèrent à Oneille ^ sous pai*ole de ne plus servir jusqu'à la paix. Les milices obtinrent , à la même

condition, la faculté de se retirer dans leurs foyer^. Alors la rade de Vilieiranche n'étant plus défendue , toute la flotte Française vim. y .mouiller le jour même de la capitulation.

Le 33 mars M/ de Catinat fit investir le château de Montalban par les grenadiers de Sorbex et de Liestcr ; M/ de S.t-Amand s'y était renferme avec une compagnie d'ordonnance et deux de milices ^i. Sommé de se rendre, il chassa le Parlementaire à coups de fusils; mais le Duc de la Ferté s'étant avancé sur lés bords des fossés à la tête des grenadiers ^ comme pour monter à Tassant, le commandant Savoyard se laissa tellement intimider, qu'il esttpitula aux mêmes conditions obtenues par la garnison de Villefranche.

Pendant que le General Français forçait ainsi celte forteresse , presque sans coup-Éérir , M/ de Catinat fit cerner le château de S.t-Hospice par une autre division; il y avait dans la place cinq compagnies , une d'ordonnance 6t quati>e

'^i La compagnie d'ordonnance était commandée .par 1': Chevalier de Lunel, et celles des milices p<<!' les capitaines Peirani de Scarena et Gaziglla de Courazza,

de milices *i; sous les ordres du GheTaliér Jaconis de CostigUole y homme de guerre de bonne réputation. La garnison cependant ne ré* pondit pas au courage de cet Officier , car elle était presqu' entièrement composée d^hommes levés à la ' hâte , et peu faits pour braver les périls et les fatigues d'un siège. Le Bailli de Noailles entoura le golfe avec quatorze galères., tandis que M.' de S. t- Laurent *2 occupa tous les passages du côté de terre : quoique muni d'une nombreuse aiiillerie, et p^&itement apr provisionné, le fort ne fit aucune résistance;; au moment qu'un conseil de guerre déhbérait , deux compagnies de milices se mutinèrent, et refusèrent d'obéir à leurs Officiers. H fallut envoyer M.' de Lusinge au couvent des Capucins

*i M ' de Lucinge commandait la compagnie d'ordonnance ; les miliciens avaient pour capitaines Blanchi de Peglia , Murena de Limon , Castelli de Contes et Greco d'Utelle; le Comte Balthasar Siméoa de Quiers , vieillard presque octogénaire , était le gouverneur du fort.

*2 Le Chevalier de S.t-Laurent né à Nice, et par conséquent sujet du Duc de Savoie , était depuis plusieurs années passé au service de la France , et fut pendant toute la durée du siège d'une grande utilité à M.' de Catinat à cause de la parfaite coiltnaissance des localités. .

5a4 'de Villefrariclic , afin de traiter avec le Général Français une capitulation honorable..

Elle fiit signée dans la matinée du :à3 mars.

Maître de ces trois forteresses dans F espace de peu de jours ^ Catinat porta toutes ses forces contre la ville de Nice ; une batterie de douze canons et de six mortiers^ dressée au haut de la colline de S.t-Charles^ menaça les habitans d'un prochain bombardement.

Tout étant prêt pour commencer le feu, uû moine Dominicain parut aux portes de la ville avec une lettre du Che\>J de S. t- Laurent , qui, en sa qualité de compatriote, exhortait les Consuls à ne pas exposer la population à uiïç ruine certaine , leur offrant , au nom du Général en chef, un bon traitement, s^ils voulaient consentir à recevoir les Français. Le Gonseil s'étant assemblé pour délibérer sur la proposition, observa que le Comte de Frussasque avait retiré dans le château toutes les troupes d'ordonnance ; que le corps des volontaires , commandé par le Colonel Galléan , s'y était également renfermé ; qu après la prise des forts de Villefranche , de Montalban et de S.t-Hospice , la moitié àes milices avait quitté les armes; qu'enfin la ville n'était plus en état de s'expO-

ser, aveô espérance de succès, aux périls d'un., assaut contre ies troupes victorieuses et a^er-; ries; il décida en conséquence d'accepter cette ouverture; le Chevalier de Grinialdi et ^fexandre-Alhert de Strada se rendirent au camp Français pour pressentir les intentions de M.' Catinat ; mais dans l'intervalle le Gouverneur de Nice reçut une lettre du Duc de Savoie y dans laquelle ce Prince l'engageait à. tenir ferme contre les Français, lui annonçant qu'il ne tarderait pas à lui envoyer des secours. Cette, nouvelle décida les Consuls à rappeller. les deux Députés , sous prétexte que la proposition de M/ de S.t-Laurent n'avait aucun caractère officiel ; on était occupé à délibérer sur le moyen d'endormir l'ennemi par des négociations y lorsque le 26 mars M/ de Galion se présenta avec un tambour^ et demanda à parler au Gouverneur ; conduit au palais avec les précautions d'usage , il voulut s'expliquer en présence des Consuls. Là, prenant un ton décisif, il leur déclara, au nom de son Général, que si à une heure de l'après-midi la ville n'avait pas ouvert &es portes, le bombardement commencerait siur-le-champ ; qu'alors il n'y aurait plus aucun espoir de capitulation, et que

âa6

tes remparts étant' forcés, les habi tans seraient passés au fil dé Tépée, et leurs 'maisons livrées, an pillage. Dans le cas d'une prompte soumission, ii offrit protection: aux citoyetis, les assurant que leurs priTilèges et leurs fortunés seraient respectées. A cette . brusque sonùmation les Consuls répondirent, que dana une affaire d'une si haute importance ils n'avaient pas h ftcnké de décider d'eux-mêmes sur le parti, ^'ils avaieiit à prendre ; qu'ils élaient obligés de convoquer une assemblée générale de No^ tables par chef de famille , afin de connaître le ▼œn de la majorité ; et que le terme assigné pour faire une réponse étant trop court , ils suppliaient Mons.' de Catinat de le prolonger jusqu'au lendemain à midi. Ils insistèrent sur ce délai , dans l'espoir* que les secours annoncés par le Duc de Savoie pourraient peut-être arriver dans cet intervalle. M.' de Galion consentit de retourner au camp avec lé Chevalier de Grimaldi y afin de prendre les ordres du Général en chef. Celui-ci ne voulut leur accorder-, pour tout délai , qtic jusqœs à cinq heures de l'après-midi du même jour.

Les Consuls , ainsi pressés par la brièveté du tems, convoquèrent à l'instant Iôks les che&

de famille dans Té^lise caihediale de S.te->Rë«*> parate ;le Gouverneur, prié d'y intervenir, s'en excusa ; mais l'Intendant-Génëral Mqrozzo y* vint avec le - Sénat et les antres E)mplojés ci** vils. Cet bonune courageux e^aya dans nn discours éloquent d'engager les citoyens à laire le noble sdacrifiee dé leurs biens et de leurs vies, plutôt que de se livrer aux ennemis , d'autant* plus que le Due tiej»drail sa promesse de venir bientôt les délivrer, et saurait récompenser keiir fidélité. Quand il eut fini de parler^ une grande rumeur s'éleva dans l'assemblée ; tes esprit» étaient agités par des sentimens opposés; le^ uns montraient la bonne VQlonté de se défepdre, les autres opposaient le manque des moyens ,'• et les caLimités sans nombre , que la moindre résistance attirerait inutilement sur la ville : au milieu de cette dissidence d'opinions rÉvéquc ffenrjr de Provana- prit à soa tour la parole^ et tout en louant le zèle qui animait M/ l'Intendant:, il dit qjii'oA ne pouvait raisonnablcmenti s'exposer aux dangers d'un assaut- ;• que le Gou^ verncur connaissait mieux que personne l'impossibilité d'une défense ; que les secours promis étaient éloignés et incertains ; que le Dua avilit entendu parler seulement de la défense dty

château, et non de la ville abandonnëé à elle-/ même ; et qu'une capitulation honorable , né-, cessitée par l'urgence des circonstances , ne diminuerait pas raffection du Souverain envers^ la population. L'avis de ce Prélat entraîna' toute l'assemblée. Par délibération du ^26 mara 169^1, rédigée , séance tenante à 4 heures de l'aprés-. midi, par Honoré Grimaldi ^ JNotaire et Se^. crétaire de la ville, le Conseil des. JVbcabJes/ décida , avec l'autorisation du Gouverneur, d'ac-. cepter les propositions de M/ de Catinat , et; nomma cinq Commissaires députés , .choisis dans son sein pour aller stipuler les conditions de» la capitulation *i , qui fut signée vers les six. heures et demi du soir ^!i.

*i Voici les noms des députés signataires de la "capitulation : Pierre Gioflfredo Abbé de S.t-Pons ; le Chevalier Gaspard de Grimaldi; le Comte Charles- Laurent Tonduti de Falicon , Annibal FeUegrini , et Alexandre Albert de Strada docteur ez-lois.

*2 L'auteur de Thistoire militaire du Piémont liv. 71 pag, 35 tom. cinquième, en parlant de la capitulation de Nice , avance assez légèrement , )> que les habitans traitèrent secrètement avec M/ j^ de Catinat et lui ouvrirent les portes de la ville , j> malgré le gouverneur et la garnison qui voulaient » &^y défendre i> ; nous avons rapporté les circonstances de cet évéoemeat pour purger nos ayeux

5a§ Le 27 ^ à liait heures da matin y le Maré^ chal-de-camp ^ . Marcpiis de Vins ^ se prësenta à la porte du Pont avec mille-cinq-cent hommes des régimens de Toul et de Toumon^ pour prendre possession de la ville ; les Consuls en toge avec le Corps municipal vinrent le recevoir aux barrières; le Général Français s'empressa d'aller £dre sa visite au Gouverneur -, Marquis de Toumon^ et lui donna cent cava-. liers d'escorte pour l'accompagner jusqu'au village de Scarena. Le soir M/ de Catinat arriva: avec tout son État-major^ et donna les ordres les plus sévères pour la sûreté et la tranquillité des habi^ns. : >

Le Comte de Frussasque apprit avec cha-^grin la reddition de la ville ; il eût désiré qu'on eût traîné les négociations en longueur y afin d'avoir le tems d'achever ses moyens défensi&. Quelques troupes y sorties du cKâteau y mirent le feu aux environs des remparts pour mieux découvrir les mouvemens de l'ennemi. Un vent violent^ tel qu'il règne ordinairement dans cette .saison de l'année y propagea l'incendie avep une

d'une accusation hasardée qui leur serait trop inju« rieuse ( Tous ces détails ao«t tirés du manuscrit f aviation du siège par un témoin oci4aire }•

54 F<d. II.

celle aotivité , que TaUrme se Tepandit dans la iriUe inférieure ^ comme «î dQe allait être re* chùie en cendres. Hetipeuiemeixt les Français parrinjrent à Yéttàndxe , aprè» aTotr repoussé cette sortie.

If'(es|^éiwtt pas d'intimider )e Gouverneiir «MT des menaees, Catànat prk isimédiiatemeot ies sxueanres pour fondnsyer le ckàteau avec iMrte Bon artîUerie ; il éleya les luitteries de siège 4 pe«s-prèa dans les méoies sàBs^ où 148 ^u» atnparaTant Barèerousse et le Dlie €F£nghieH ie» traient inutilement étaUieSt Le fëii des can nous et des mortiers comqseaça dians la matinée du 28 mars: les bombes et boulets pleuTâient de toute part sans interruption; le oiei était en feu ; les éclats des projectiles dépassaient i)ien souvent le but , et tombaiesl sur la ville de telle sorte y que presque toute la population en sortit pour se réfugier darii les campagnes. I*e canon du cbâteau riposta avec une égale ^vacité ; plusieurs pièces furent d^uontées de part et d'autre y et des deux côtés on €ssuya des pertes en morts et en blessés. Une nou^ vcUe batterie à mortiers, dressée par les Français au quartier dit VEmpeyraty ajouta à ces premiers ravages,... Un ^yénemeot iisprévu fit

Compiler- le géûë^al Français 'L... Tandis qu'il observait les poiiAs les plus faibles de la place, déguisé en sinqple soldat ^ i a6îi de n'élre pas remarqué^ on lui amena un déserteur Piésnontaifi^ natif de Fossan^ qui ^ étant de garde aux ouvrages avancés, eut la lâcheté d'abandomier son poste, en se laissant glisser dans les fossés : ce transe fuge lui apprit que les poudres et les xomtnitions de guerre se trouvaient entassées dams un vaste magasin, qu'il désigna au hant du donjon : aussitôt Catinat ordonna de diriger toutes les bombes vers cet endroit.

Le vendredi 3o mars un de ces projectile^ perça malheureusement la voûte du^ magasin du donjon, et «nk le feu au salpêtre qui s'y trouvait enfemo^. L'explosion fut terrible. Les jpemparts , les tours environnantes , les pondrières •et l'arsenal sautèrent en l'air , les uns après les autres , avec un fracas, épouvantable ; la secousse ouvrit de larges brèches aux redoutes inférieures. Plus de 5oo hommes de la garnison périrent dans cette déplorable catastro{]lie , les «ns écrasés

*i S*il fallait croire au bruit populaire , M.' de Catinat se serait déguisé en charbonnier : commeolt se persuader que le héros des armées Française)! eût voulut adopter un pareil costume l

53ii SOUS les décombr^ , les autres emportés par les éclats et jetés k de grandes distances^ sans €Oippter trois à quatre-cent blessés^ la plupart horriblement mutilés *i. La commotion fut tellement violente^ qu'à trente lieues dans la rivière de Gènes et en Provence , on crut avoir essuya une secousse de tremblement de terre. Heureusement l'explosion eut lieu du côte opposé à la ville , ce qui la préserva d'une entière rume: Toutefois nombre de maisons furent renversées et les débris écrasèrent une quantité de victimes.

Le feu prit à un autre magasin à poudre dans la joupnée du i/' avril, ce qui acheva d'abattre le courage de la garnison; les Français en profitèrent et vinrent s'établir sur le parapet du côté de la porte Pairolière j la confusion se mit alors dans le château ; nombre de soldais désertèrent les remparts , d'autres quittèrent les armes , en disant qu'on ne pouvait plus se défendre. Dans cette situation critique, la noble intrépidité des colonels GaUéan et Tondiiti qui , quoique blessés et abandonnés par la majeure

^i Nous citerons parmi les blessés les colonels Galiéan et Tondutî , le Comte Gaïs de Gilette , le Baron de Boyon , ainsi que les capitaines Blavetèi €t Buffbn. '

partie des soldats y continuèrent à rester sur les remparts exposés au feu du canon et de la mous* quetterie^ sauva la forteresse d'un. dernier dé-^ sastre ! Ce glorieux exemple fit naître un oioment de confiance : les Français fiu'ent encore repous-* sésk au milieu de ces débris.... Mais que pouvait le courage de quelques braves , lorsqu'on n'avait plus aucune munition!.... Le Comte de Frus-^ sasque y pénétré de sa situation^ assembla un conseil de guerre ^ à la suite duquel il consentit^ les larmes aux yeux^ à céder la place aux Français.

Catinat rendit un juste hommage au cou« rage malheureux ; il accorda une capitulation honorable / signée le 3 avril 1 691 ; la garnison réduite à huit-cent hommes^ compris les mal|ides et les blessés ^ après avoir reçu tous les honneurs de la guerre y fut transportée à Oneille p 3i]r les. galères du Bailli de Nouilles.

Ainsi tomba au pouvoir des Français une forteresse réputée imprenable y qui avait plusieurs fois résisté à des forces bien plus imposantes^ sans pourtant qu'on pût accuser ses nobles défenseurs d'avoir manqué de constance et de courage ! !

CHàPlTliB IV.

Occupation de la vUlédè Nice par les Français

. — Campagne dfe 1692 et 1693 — Paix de Turin — Le ChevaKèr de la Farc st

. retire en Provence — Traité de la Hayt ^^' Mariage de la. Princesse Marie GaBrielSr de S(woiQ'y avec le Roi df Espagne — Guerre pou/r la succession — - Le Duc de Sàuoie se déclare pour t Autriche — . Nouveau'

• siège de- Nice par le Duc de Bcrwick — ' Démoiliùimn du château.

Apràa là prise diF châteatt die Nîce, M." ^ Gûiènat quiKI» son apinée yictoneiise pour aOier reeevoiv W Sslicitafions de la Cour ; if laissa le ChevaKer de la Fare avec quatre -mille hommes de troupes d'élite pour y tenir garnison , et ordonna au Slaréchal-de-camp , Marquis de f^ins y de prendre position dans le bas- Comté. Le 12 juin 1691 une colonne de grenadiers Français attaqua le Gol de Braus avec quelques pièces, de campagne ; mais elle trouva toutes les hauteurs 6ccupé^s par les milices de» vallées de Sospello , de' ^reglio et de Tende , qui la forcèrent à se retirer. Le Général Fran-

çais ne pouvant emporter de Iront ces masses^ où la nature semble avoir entasse les obstacles^ essaya de les tourner en se dirigeant sur la droite par les gorges de S.t- Agnès et de Cas* tillon : ces passages se trouvèrent également ferm^s; il fallut de nouveau battre en retraite* Ayant reçu^ quelques jours après ^ trois-mille hommes de renfort^ venus de la Provence^ il parvint à tromper la vigilance des milices ^ s'avança par la vallée de la Bevera^ et parut h r improviste sous les murs de Sospello dans la nuit du 22 juillet. Quelques coups de fusils^ imprudemment tirés par les mUiciens , povoquèrent une funeste catastrophe. Las Françaia s'avancent au pas de charge^ enfoncent les portes de la ville à coups de hache ^ et se précipitent dans les rues le fer et h flammaii là' mai(i. Tout ce qud^ toiAha soaa kurs maini est impitoyablement massacré , Ibs Biaisons sont U-^ vrées aux horreurs d'mt pilag^^ et la plupart incendiées ; les femmes y les cbéubis , les vieillards n'obtienBent aucuu pàûé} les ^Itse»

mêmes ne sont pas respectées La villa

de Sospello caurut dans cette nuit désastreusa^ le risque d'une entière destruction ^i ! Heurau« ;^i Alberti, lûst. de Sospello^

Oakvniit IV.

Oecupaiion de la viUe de Nice par tes Français

. — Campagne dfe 1692^ et 1693 — Paix

de Turin — Le Ches^aXJèr de la Fare se

. retire en Pf^vence — Traité de la Hajrê

. -^ Mariage de la Prinee^^ Sfarie Galn-ielfe

de SûAfoia^ avec le Roi df Espagne — Guerre

pour kt succession — • Le Duc de Sawoie^

se déclara pour t Autriche — . Nouveau'

. siège de* Nieé par le Due de Berwîck — '

Démalitmm du château.

Apràa là prîae Aw ehateaU' dfe Kîice, M.' efe Cûtinat cjakt» son apinée yictorietisepaur alter recevoir le^ ftlteilaticms de la Cour ; îî laissa le ChevaMer de la Fare avec quatre - mille hommes de loupes d'élite pour y temr garnison, et ordonfia au Maréchal-de-camp, Marquis de f^ins y de prendre position dans le has-* Comté; Le 12 juin i6gr une colonne de grenadiers Français attaqua le Gol de Braus avec quelques pièces, de ipampagne; mais elle trouva toutes les hauteurs occupées par les milices de» vallées de Sospello , tle^^reglio et de Tende , qui la forcèrent à se retirer. Le Général Fran-

çais ne pouvant emporter de Iront ces masses^ où la nature semble avoir entassé les obstacles^ essaya de les tourner en se dirigeant sur la droite par les gorges de S.t- Agnès et de Castillon : ces passages se trouvèrent également fer» jjaés; il fisdlut de nouveau battre en retraite* Ayant reçu^ quelques jours après ^ trois-mille hommes de renfort^ venus de la Provence^ il parvint à tromper la vigilance de$ milices ^ s'ai^ança par k vaUée de la Bevera, et parut h l'improviste sous les murs de Sospello dans la nuit du 22 juillet. Quelques coups de fusils^ imprudemment tirés par les miliciens^ provo*^ quèrent une funeste caiiastrophe. Las Françaia s'avancent au pas de charge^ enfoncent le» portes de la ville à coups de hache ^ et sa précipitent dans les ruas le fer et ki flammaJi lé mai(i. Tout ce qud toiAha soob laiirs maini est impitoyablement massacré , Ibs acudsons sont U-^ vrées aux horreurs d'mi pilag^, et la plupart incendiées ; les femmes y les enfuis , la^ vieil-^ lards n'obtianBent aucuoa pitié f les ^Itse»

mêmes ne sont pas respectées. La villa

de Sospello coorat dans ceue nuit désastreusa^ le risque d'une entière destruction ^i ! Heurau« ^1 Alberti 9. lûst. de Sospello^

sèment le Miarquis de Vins arriva fort k-propôs

pour éteindre le feu , et contenir la fureur des

soldats.

La prise de Sospello porta Tépouvante dans les villages environnans ; les communes du haut- Comté s'empressèrent d'envoyer leur soumission; tn moins de quinze jours tout le pays y jusqu'au Col de Tende, fut -occupé par les troupes Françaises.

Le Cîomte dEstrées trouva plus de résistaiice dans la vallée d'Oneiller au mois dé mai 1692 la flotte Française parut sous les murs de cette ville , . où pour toute garnison il n'y avait que quelques compagnies du régiment de Valence* A cette apparution les habitans des vallées accoururent en armes , et secondés par un rènr fcrt, que leur amena le Comte Lascaris ^ gônûlhomme Niçard , ils repoussèrent courageusement deux assauts consécutifs. Honteux de ne pouvoir pénétrer dans la place, l'Amiral Français se livra à un aveugle ressentiment ; pendant deux jours cette malheureuse cité fut écrasée par les homhes et par les boulets, sans pourtant lasser la constance de ses noble» défén- ^urs ^i : lorsque le Comte dEstrées se relira

* *i Là noble résistance des habitaas d'Oneîlle a ëté Célébrée dans ua poëinelatia iatitulé, déclassât

mi port de Villefranche^ OneHlé h^oSrait phis qu'un monceau de ruines !

Un événement important suivit de près cette noble résistance : M/ de Bullonde y renonçant à l'espoir de forcer la forteresse d^ Coni, lepm le siège de cette place le 29 juin suivant, ^i. C'est alors que le Cabinet de Versailles , regrettant d'avoir détaché J^ictor-Amédée de ses intérêts^ lui offrit im arrangement particulier^ pourvu qu'il voulût abandonner l'alliance de l'Autriche. On connaît la belle réponse que fit le Duc à l'Ambassadeur Français y lorsque celui-ci^ pour le déterminer à rompre ses engagemens ^ lui observait que ses états étaient presqu' entièrement envahis^ et qu'il n'avait plus les moyens de recruter son armée. « Vous vous trom^ » pez , Monsieur ( lui répliqua l'intrépide Souve- » rain ) ; vous ne connaissez pas le dévouement » de mes sujets ; je frapperai du pied le toi )» de mes -provinces ^ et aussitôt j'en ferai s(m:- )> tir de nombreux bataillons; tanti sudditi,

Gallica et yallis Uneliae iriumphis , qu*oa attribue à TAbbé Pellegrini ( Papiers de la famille Marsucco d'DneîUe ).^

^i Mémoires du Marquis de S.t-Simon sur le siige de Coni.

5SS A tanti soldati*! V). £â5&ctî?6ment sois ^étae

sut lui crëer de nouvelles^ ressources; k guerre ecmtinua. pendant tout l'été avec des succès Ta^ nés ; M/ de Catinat vint dans Fintervalle re* joindre l'armée Française en Piémont ; il se posta sur les hauteurs àesi AJpe&^ cpà séparent la Doire du Ghinson y dans xm camp retranché, célèbre dans les Êtstes militaires \ ok il se tint long-tems sur la défensive avexr des forces iné* gales ^ sans qu^il £&t possilde au Âttiés de le dénicher de cette position^

Pendant qw^ l'habile Gpâdérai eccupaic ainsi l'attention de ses ennemis^ le^ Marquis de Pa^ relia y au mois de septesobre^ fi^asvcança^ avee une division de troupes Savoyardes dans. le haut- Comté de Nice^ marcha sur la rSie de Bar^ o^elonnette y dont U; chassa tes Français, et e$« aaya de pénétrer en Provence ; mais ^vigoureusement repoussé à Fattaque dte If Hnbsrjre, 3 ne put y malgré son courage ,. empêcher une déroute ; ses troupes se h^sosk^^x^ eA Pilent à la débandade ; il mourut lui-même à Saluées^ à la suite de ses blesstires *2.

*i Mémoires hist. de la maison de Savoie, parle Marquis Coste de Beauregard.

-*7, Hist. militaire du Piémont par le Comte de Saluces.

lia éasipiugnè de 1693 n'est réntarquakle por aucun événement important; on s'observa à^vat t&té et (faôtre, plus occupés à se tendre des pièges^ ({u'à risquer une bataille.

Le Maréchal de Tessd essaya uMluie des^ xï»* ^^ertnres^ de paix afvec le Duc de Satbie;.il pro* posa d'évacuer le CSomté de Nice , de reraettr^ la for^resse à une Puissanee neutre pour la tenir en dépôt jnS([u'à la ecmcl^ion d'un arrangement définitif^ et de prendre h la solde du Ror de France les troï^s Savc^sordés^ pourvu qu'il se déclsur&t contre la Maison d'Autriche ^i. La négociation trfdna jusqu'à la moitié du mois de juillet^ safis aucun résultat. Piqué de ropiniâtreté dé f^ieior^Amédée y le Cabinet Français envoya de nouveaux rcnfbris à M.' de Catinat^ avec ordre de reprendre l'offensive. Ce redoutable Grénéral qsritte tout-à-coup les positions qu'il occupait depuis long-tems , délivre la place de Pignérol, réduite aux abois ^ et force les Alliés à engager une bataiHe. Les deux armées se reneon(fèrent à Marsarlles le 4 du mois d'octobre; le choc dura pendant plusieurs heuresT avec un horrible acharnement , mais enfin la

*i Mémoires du Maréchal de Tessé.

54o victoire se décida pQur Catittat: elle fiit pOUf rarmëe Française ime des pltjs glorieuses .ei 4es plus complettes ; les Alliés perdirent dans cette fatale journée plus de dix-mille hommes^ morts y ble^i^ , ou prisonniers ; nombre de Généraux périrent victimes de leur courage, parmi lesquels le Maréchal de Schomberg f qui fut emporté par un boulet ; le Prince Eu-gène de jSavoie y courut lui-même -de grands dangers , et ne dut son salut qu'à la vitesse de son cheval ; en récompense de ce triomphe T^J de Cathmt reçut le bâton de Maréchal de France.

. Malgré ces désastres , les Alliés reparurent dans les plaines du Piémont , avec une nouvelle et puissante armée ^ au printems du 1694; il* emportèrent la forteresse de Casai, et forcèrent le vainqueur de Marsailles à reprendre une position défensive , où il resta dans l'inaction pendant toute l'année suivante.

. Pour la troisième fois Louis XIV fit oSrir à son neveu ime réconciliation, avec des conditions avantageuses. Victor- Amédée y qui redoutait également l'ambition de l'Espagne et de l'Autriche, crut devoir ne pas la refuser. Catinat s'étant avancé sous les n^r^sde TuriAj»

54i comme pour en faire le siège ^ le Duc de Savoie ^ en sa qualité de Généralissime des armées alliées^ publia tout- à -coup \me suspension d^armes^ <jue l'Autriche et l'Espagne ne voulurent point approuver ; mais ce Prince ne s'en mit point en peine ; il conclut . sa paix particulière^ signée à Turin le 29 août 1696. Par ce traité la France s'obligea à évacuer immé^ diatement toutes les terres^ villes et places fortes occupées en Savoie^ en Piémont^ et dans le Comté de Nice. Les deux Puissances^ unies par une alliance offensive et défensive^ déclarèrent qu'elles étaient décidées à faire reconnaître ■ la neutralité d'Italie ^ I ; et- pour gage de l^te réconciliation^ la Princesse Adélaide de Savoie épousa le Duc de Bourgogne.

Le Marquis de S.t-Georges , nommé au gouvernement général du Comté de Nice y passa immédiatement les Alpes avec les régir^ens de Chablais ^ des chasseurs Provençaux- et des fusiliers Ricardon ; à son approche le Chevaher de la Fore , qui commandait l'armée Française , cantonnée aux environs de Sospello^ se hâta de rappeler les garnisons de Saorgio et de Dolce*

*i Dehina, vie de Yîctop-Amédéc 11^ Lambçrti, inéinoirea historiques.

aqua^ se replia sur Nice, et repassa le Var gvec la garnison du château , au grand conten-lement de tout un peuple , qui ne pouvait souffrir une domination étrangère. 'Le nouveau Gou« vemeur fit son entrée dans la vUle le 27 septembre au milieu des plus bruyantes accla* mations. Ce fut pendant plusieurs jours une fête de Êunille.

La paix de Turin amena le traité de Vigevano , signé le 7 octobre suivant , par iecpel le Gomle Mansfeld , Plénipotentiaire de TEnypereur y et le Marquis de Léganes , Gouver^ oeur-général du Milanais y consenurem à recoa«naître ^ia neutralité de l'Italie, c(umne première base de la paix , conclue définitivement Vsamée suivante au congrès de Riswick.

Cependant Charles II , Roi d'Espagne , quoiqu'à la fleur de ses ans , était déroré par une maladie de langueur , qui annonçait sa fin comme très-prochaine. N'ayant pas de postérité, son superbe héritage excitait l'ambition des plus puissans Souverains. L'Empereur et le Roi de France invoquaient des droits égaux à sa succession, puisqu'ils descendaient, tous les deux^ de Philippe III par les femmes. L'Angleterre et la Hollande, voulant prévenir une nouvelle

miptore , essayèrent dé balancer h6 iftlâiéts ié €:es àeta. fiers coiicurrens. Par \m traité secr€l cdnelu à la Haye le li octolH'e 1698^ la rao^ narchie Espagnole éint d'avance paxiagée^ en. viva^ du Souverain ^i. .

p^ictor-jimédée ne tarda pas à ju^er les évé* nemeos <]ui se préparaient ; prévoyant qu'une guerre était inévitable à la mort de Charles II, et qu'il lui ^rait impossible de maiofeenir sa neutralité 9 il fît d'avance les prëparati& néees*sités par les circonstances, afin de cendre le parti qui lui serait conseillé par l'intérêt de ses peuples, n envoya à Nice le Marquis de Corail en qualité de Gouverneur-général ^ à la place du Marquis Sd-GeorgeSj avec OKdre de réparer promptement les ruines du château : ce vieux guerrier, qui s'était signalé par sa bravoure pendant iea campagnes 169)^ et 1694^ jouissait d'une baute réputation ; par s«s soins la forteresse de Nice, entourée de funestes débris, reprit son rang

*f Le rojanme d^Espagne fut proitiîs an Prince Ferdinand de Bavière neveu de TEkn|^ereur Lëopold. Ceux de Naples et de Sicile , la Province de Gui'-» puscoa, le Marquisat de Final au Dauphin de France, et le Duché de A^lan à rArchiduc Charles , second f\% de r£mpereitr ( MnraL^ annal. d'Ital. )•

mrmi les places du preiàiêr ordre ; des milHjer» de bras secondèrent F activité du Gouverneur; les habitans s'aidèrent avec joie à relever les , repiparts abattus^ parce qu'ils les regardaient comme la sauve-garde de leur indépendance.

Ce que la politique des diSerens Cabinets de l'Europe avait prévu ^ arriva le i.*' du mois de novembre 1700. Charles 11 fiit entraîné au tombeau à la fleur de son âge; quelques jours avant sa mort^ les intrigues de la Cour de France , soutenues par le Cardinal Archevêque de Tolède^ lui arrachèrent un testament^ par lequel il institua pour son héritier universel Philippe Duc d'Anjou, petit-fils de Louis XIV, lui substituant, en cas de décès sans succession-, son frère le Duc de Berry, l'Archiduc Charles en troisième ligne , et finalement le-Duc de Savoie ; il déclara, que dans aucun cas la Couronne d'Espagne ne pourrait jamais être réunie à celle de France, ou de l'Empire. Ce testament , que plusieurs historiens ont vanté comme im modèle de sagesse et de prévoyance, fiit regardé , par le Cabinet Autrichien , comme une criante injustice ; l'Empereur remplit l'Europe de ses plaintes et de ses protestations ^ mais Philippe d Anjou n'ien tint aucua cçmpte. Sou^,.

Jteàu par'k Knitioeî Êivorablement' 'accueilli k Madrid, ^U.&recoimaître son autorité hon-seut lemeott. mi lEqpaghe ^ m^s encore danales^fRot yauinès .de ' Naples et de Sicile y dans le Duclié de.iFlaïKires et dans le Milwiaia. J^

Pour *mieux. mainteniir le Duc de Savoie dans sës' intéréta, Philippe ^ de Taveu du Roi de France , rechercha en mariage la Princesi^ Marie''Loui$e''Gabrielle y sa fille puinéè; cet bymen consolida le droit éTèntuel de succession^ que Victor-Amédée avait acquis par le testa*^ nient de Charles IL Là'jëune Épouse partit de Turin au commencement du mois de septembre ; elle venait s'embarquer au port de Yillefranche sur la flotte Espagnole^ Napolitaine et Française y récemment arrivée , pour la transporter à Barcelonne. Marie-Louise se reposa à SospeUo toute la journée du 17 dans la maison du Baron de la Turbie y où elle reçut avec la plus grande affabilité un présent que les Syndics lui offrirent au nom des habitans. lie lendemain tout le cor* tàge prit la route de Nice y où elle arriva cette même soii^el^ ^reçue au bruit du canon^ aux sons dé toutes les cloches y jsux acclamations unanimes du peuple. Jamais k^tnlle n'offrit une pompe plus ^lajestuel]lse ••••^Um« Jia Reine , qui 55 Fol IL

àvMt fittt le r^ffÊ^ HM t|^akiiifiii& > Aih pied à uftv« à ftftin^e de la p<m« Pàir^iera ^ efie y troutà le OouvmKeary le Sé&at/ Tbitelidâtit, les Codsids y et to«t m <)iie ïk dtë tenfenmit de personnes ]ïiar<}Uànte«. Une edUipugMe d^faon^ neur y eomposée det fcetlàein ^fmûldiommes , ta/t edniise £itti>ràs de sa pèt^Mûe pocft tàtt le •ervi<^ des Gardes de Oorps; ^mik coiidnisit âu pfllaia sens le liakbqitiiii > écH^ùtùïément k fusftge ; iei rues <\m traversa le ^^ortège , se trôittèrem emièretnem «[nsa^ «t jcmchée^ de fleùtis ; oB renkirc{uajt à sa suite une feule de Oentilsbommes ^ d'Éeuyers et de Pagei, rëutiissant là varidtë des costnmea à la richesse des faabiti. Le Cardinal Archevêque de Mîlstny -Jàsejph jiî'chinto , envoyé par te Pape Cfe- Phent XI pour eomplimenter la jeune Souveraine, arriva au monastère de S^t^Pons le ^6 septembre, d'est là que le Marquis de Sales ^ gentilhomme de la ehaïkihre > alla le chercher arrec un brillant eortége. Le €at*dinal entra dana ta ville dans l'âprès^i^id) du même fuuf , eseorté par Une cîoUipagnie d'tiolldoardiersi; il ^lait aceom» pagnë d'un grafâd nombre de Gentilshommes et de Prélats Italiens magnifiquement habillés; 4'Évé^ne > à la tête dtt Qiapitire ^ ae poirta à là

rencontre du hé^t lao^delà èa potît du^Paglion^ et le re^t* sotis im bàldaqiihi de toilk d'argetit ; cdiiijplmieiité à la porte du palais par le Gdmte Maurice de RoubioUy Introducteur des Ambassadeui^ ^ iU rehcoiîtra à moitié de l^escàlier le Comte dé Balbian, Majordome de la'' Reîiie^' qui le conduisit -dans le salon dès Gardes; tipvès quelques ' instans de repos ^ vint le grand Mâijordotiiej Marquis rfc S.t-George^y lui annoncer que S. M. Taltendait dans la salle du trône. Marie^l/ouise ^' en hAnx de gala^ était assise sous un dais de velours cramoisi à franges d'or; eUe se leva à l'entrée du Cardinal^ et fit quelques pas en avant sur l'estraide^ sans pourtant en deséendre. GelvA^ci exprima à la Reine combien Sa Sainteté était satisfaite d'\m hymen ^ qui devait à- jamais consolider la pait entre la France , l'Espagne et la Maison de Savoie; il lui adressa ensuite des Vœux pour son bonheur particulier y et lui offrit la r(>se d'usage. Le Légat fht reconduit avec les mêmes honneurs au palais du Comte Lascaris y où il reçut la visite du Clergé y de la noblesse et de toutes les personnes distinguées de la ville: il repartit trob jours après pour Milan ^ prenant la route du Col de Tende ^ très-satisfait de l'accueil qu'il avait reçu.

Lq 5o septenabre Marie-Louise fit voile pour

l'Espagne sur la flotte , des Trois Couronnes ^ après avoir fait distribuer beaucoup d'argent aux pauvres^ et laissé aux différentes églises des gages précieux de sa munificqpce *i.

: i Aux réjouissances qu'inspira le séjour, de 1^ ; Heine d'Espagne, dev^iQnt jbient^t succéder des ;4ésasires irréparables. ^ I^' Angleterre y la Hollande et l'Autriche s'armèrem contre PhUippç. d Anjou et contre la Francç,

Le célèbrie Catifiat , à la tête de cinquantemille hoo^mes, parut en Piémont, au printems du 1701, et ne laissa pas au Duc de Savoie la liberté du choix. Poiu* prix d'une coopération, qui devenait importante, on lui donna le titre de Généralissime des armées Françaises; mais le Maréchal de Çatinat et le Prince de fraude rnon£ , Général des Espagnol en Lombardic, reçurent en même tejQls l'instruction secrète de n'agir que d'après les ordres directs des Cours respectives. Dès le commenceraent.de la campagne, les esprits clairvoyans n'eurent pas de peine à prévoir que le conflit d'autorité assurerait ravanlageàraï4née Autrichienne, commandée par

*i MS. de la Bibl. Ardîsson ^ Protocole de la famille Milon -, Alberti , hist, de Sospello.

le fameux 'Princç Eugène. Le combat ide Carbi fit bientôt conhaître . qu'on avait bien jugé Tevénement. Uarmëe des - troiè Colii^onnes , répoussée sur 'le Miiicio, dut encore se replier' en-deçà de FOgKo. €rctte retraite provoqua la disgrâce de Çatinat. Ainsi un' seul échec fit oublier ' les Victoires et les services qu'il avait rendus dâtis la guerre précédente'!! Tels sont ordihairemèiit les résultats dé l'ingratitude humaine ! ! On lui donna pour suûeesseur le Ma-.

râchal de FiUeroi y favori dé Louis XIV, courtisan présomptueux^ inhabile à guider une armée. Ce nouveau Générd voulant se distinguer par une .action d'éclat, livra la bataille de Ghiari, et fût cômplettement battu par le Prince Eugène. f^ictor-Amédée dans cette action combattit vatllainment \ la tête de ses troupes, et eiit un cheval tué sous lui ; cependant le Maréchal de f^illeroi osa ll^ccuser d'être d'intelligence avec 'les Impériaux , et d^avoir occasionné la perte de la bataille; Il n'en fallut pas dWu^ pour «« ».!.« «^ inj™,.. d^&aç., , et provoquer une mesure plus' injuste encore,' qui décida le Duc de Savoie à rompte ses premiers engagement

Les Impériaux ayant surpris Ciémone dans

55o la nuit du 3i }anvier ^ y firent prisonnier le Maréchal de f^Uleroi^ le Duc de P^endomé ^ ijji jouissais d'une grande réputation militaire ^ vint le remplacer ; il était \ dit-on , porteur d^un ordre secret de saisir la première occasion fisivorable pour désarmer les troupes Savoyardes : il exécuta cet attentat le a8 du mois de septembre 1703 ^ «1^ moment où Victor^AmédM était à Turin ^ et que le G>mte de Mussan, se reposaxit sur la foi des traites , occupait la position de S.t-Bérioît de Mentoue. Six-mîUe hommes , enveloppés à Timproviste par les troupes Françaises 9 furent o^l^j;és de mettre bas les armes , et retenus prisonniers *i. Le Duc de' .F^endôme fit partir en même tems on corps de cavalerie , avec ordre de surprendre Turin , et de s'emparer de la personne du Duc de Savoie; mais le coup lui manqua, parce que Victor- A fnédée ^ qui depuis long- tems vivait en méfiance y se teuait sur ses gardes. Le régiment de Nice , qui servait de nouveau à l'armée de Flandres, renouvella son nobl^ dévouement, et déseru les drapeaux Français *a pour accourir à la défense du Sou-

*i Mémoires du Chevalier de Solar.

*a OtUeri, liv. 7 hist. de Yictor-Amédée.

\ierain I îl^a .Fi:a&c§. forma ^ cette époque mi re(>;iment étranger ^ auquel il douna le nom éfi. Nice. Miôs c« Qorps / eotiérrài§9t compoat^ de désertffW? ej de vag^KH^cU^ w e^^oppUiit J)^ 4«l»9

I^e PnQ, mJUgi^é 4e U cmdul^ Ue IfOuis^Y, ne h^kfkç^ pa# sur 1^ p9rtji qui lui restait 4 j|:uren4re ; U (it rfn£;HH2Qr U gaf'ui^o^ de la ci-'

tadelle d^ Tmri9> ^t p«^U^ m mc^qi{e$ti3 49 da^ di| 3 (Membre » psu* l^qvet^ i^a pvpclammt son ^Uimc^ avec l'AufrWiie » U iqppela aui^ armes tous ^« fîdèle^ wjet^» Si'JSuvop^ gpplaudit à la résgluiîoa éuergiqw d'im Pvîqco outrag»; les popuUtfoi^ ^mi^e^ s^ levèrent en whm^i et répondirent avea eotboiws^mé ^ Tappel faiig à leur3 çpttr^gfSt Au premier avi» de c0s évé^ nemeo^ Ae Marquis de ÇaraU^ Gouverneur de Nice', prit toutes les (uçsures de défense pour meftire la ville et le çf^âtçati j^F^ri d'un coup de main ; il fit achever les réparations des rem« parts , ordonna d^abattre phisiëiji*^ ^édifices, qui masquaient Içs battçries du Ç^^^ 4^ 1^ villi^^

parmi le«qufiU le ^couvent 4b» religieuses de S.te-Glaire *!i , fil intima à tous les Français

^1 AimImiI ar^lûvea de U vitte de IWtre,

^2 Ces religieuses se rietiriffït au Raj à'iaoam-

de repqisser immédiaiettient' le «Var", - « pressa

ràrmement des milices.

Sur ces entrefaites arriva ati' port de ViJlefraBche le îannevoi Cas^alier che{ des Gamisards du Languedoc, qui, ayant lève Tétendard de la révolte , venait solliciter quelques secours. Cet intrépide aventurier excita la curiosité des habitans. Le Duc de Savoie lui envoya cinqcent hommes, enrôlés parmi les déserteurs; ils s'embarquèrent à Nice , mais ils-fiirent presque tous massacrés aux environs de Montaùban ^i.

Troif régimens d'ordonnance arrivèrent successivement sous les ordres du Comte de Blagî/îir5£?, pour renforcer la garnison du château de Nice *3 ; alors le Marquis de CarcUl vorûni tenter la reprise du château du Gattiéras, dont ' les Finançais s'étaient emparés. Le Comte de

pagne de la Comtesse Galléan , puis à celle du temple ( Relation MS. d'une religieuse; papiers de la iamilie Passeroni ).

*i Mémoires du Maréchal de ViUars et du Marquis de S.t-Hilaire.

^2 Les troupes de là garnison se composaient des régimen^de Chablais^ de^Sal-uceSj des fusiliers Suisses, de deux, bataillons du régiment de Nice, et de deux divisions de milices de mille hommes chaque, commandées par le Comte Gastellar deVintimille et par le Chevialier Louis Tondtiti.

Élagnûsc avec quatf'e-ceHt ïtomméâ: da réglf méat de Saluées alla, camper • sur les bôrd^ dur Vqr , il {ut re}mnt par neuf-cent hommes du régiment de Nice; sous les ordres du Baron ' du! . ViUars y auxquels se joignirent millé-ciiiq^dent^ Hiiliciens dé la division TondutL LecômiâandâlklC» du ch&teaù d^ Gattiéràs, menacé d'être passe aur fil de l'épëe >Ha-osa faire aucune résistance. Cestroupes occupèrent ensuite les - villages éftvi'ronnâins^ méttaiit les habitans« à c(mtributiôn ^ ruinant touties les pailles et foins ^ afin de. ne laisser aucune ressource à l'armée Française qui s'organisait en Proveace ; maître du château de Vence / le • Comte de Blagnâsc propo$à -d^ marcher sur Grasse ; mais déjà les Provençaux s'étaient levés en masse , ce qui rendait ceSt« expédition trop périlleuse; content de sonlutiiî il repassa le Var ^ laissant une forte garnison dans le château de Gattiéras. : •

Peu de tems après le Duc de la FeuUlade s' avança avec huit-mille hommes d^ii4*anteue et dooif e*cçnt cheyaux , menaçant de yenir. prendrela.'revanche dans, le "Comté ; l'alarme se. mit dans! là ville de Nice ; les principaux citoyens pi'irent' le^ parti d'envoyer .jiêurs femmes et }eurs.eqiaQ& en lieu de sûrçiéj on ne j^vfft ^lu3 4outer

^e renneoii v!^ résolu 4'ei^«preiidr^ U

éège de I^ pince- CeM cUaM h mmi^^ 4n S ffm^ <7ofi[ ^qiie

te xoéimti «dre d» lafticbe .«(ippt4 » q^P^Jqiifsi. ««i4^ Aiipttiwaitf > p^ te .M«r^q}i«l Qi^tiimiî % U0« iQoft# MM d» p9n d^ Toutes > fomdç

jle^ Htivm^i.Usm , pwrut en r^^m»^ tems 4e?s^ ^^ vllte de Iîice;5 mm le» ordre» du Marqw» de fiqr^t 9y^m, à baivi te gérasse lurtiiiterie et Vettîjp^il de siège,

lia. ferrite wlliAe de Qwez/ e^ te généj^ Ffiuftçeis 4taWit d? iMuyeau «on qn^nfû^f-générai, eiPmye eewe foisTci d'horribles dévastations.

Vu eorps de 6000 hemmes sous les ordres du Chevalier de Simiane , fut aussitôt détaché. du gro^ de Farmée pour prendre position sur la route de Sospello , afin de tenir en échec tefi milices des vallées^ et quelques troupes

♦i L'armée Frapçaîse ^taîr forte d'environ iS^milte hommes, doitf t4 d'infanterie et 4 de cavalerie; parmi IfiS officiers supérieurs nous citerons le Marqui* 4'U^90n liisu^çn^mt-^g^néral , le Chevalier de Simianir et te Comte de Noché , Maréchaux- de-tcamp j le Marquis de Gassion , le Chevalier de la Playne et 1« Meor è% \§i P»rlèrîe ¥

d'ordonnance commandées p«r le M amfuis de Sériantes.' Cette coloime ocenpa Iq village àe Sc&rem le 8 mars y franchit le leadetnaia le Co| de Bnniis- et: parut sous les tnmk d^ ^ospello à la miil tombante , sans wck vwoQMté Mcua obstacle pendant sa marcbeé îm ^^iuieol à^ la Reihè ^u garnison dans la vVÙ^ iA les mlicts qui s^y trouvaient TQunies^ se fcdsièrei]^ îqtimtdw^ Elles se l'ettréreot 9ur ks faéulews du CSol de Bruis y livrant' les habitans ;ims d^f<^se ail pillage des soldats Français. Ffnd^nt plusieurs heures une soldatesque y avide de butiû 9 r^niW* vella les mêmes horreurs commisfta en i6c^ir«> Si le MaiNjms de Sinantes aVak UiJt propos^^ une capitulation y avant de battre ^n retraite ^ sans doute que cette ville infi^rtunée ^t i\é ^pargn^e.

^'ayant plus rien à eraindne siir les derrièrea de son arm^^ le Duc de la FemUade ra{^>eU^ au camp devant Nice la colonne CK>inmandé9 par le <%eva|}er de SùmanBj laissant en gar* nison II Sospelio les rëgimens de Cambrésy el Tonmesy avec trois--cent clievaux sous les ordures du Mar^haF-dé-camp Comte de Noché *l^

^1 Alberti , hist. de QospdOku

Tandis que ces évënemens se passsdent âad^ les montagnes y le Marquis (Tusson marcha

avec une forte division sur les hauteurs qui dominent le iFort de Villefranche , et fit dresser, ses batteries de' siège ; deux compagnies Suisses reirainchëes dans la ville / opposèrent pendant, plusieurs heures une vigoureuse- résistance ; forcées enfin par le nombre, elles furent chassées répée dans les reins jusques sur le pontlevis du château.

Cette forteresse , écrasée par les bombés , capitula le 10 mars; les forts de Montalban et de S.t-Hospice imitèrent bientôt son exemple , de sorte que la flotte Française, maîtresse du port de Villefranche , y débarqua librement les vivres et les munitions.

Alors le Duc de la Feidllade fit investir la ville de Nice de tous les côtés ; mais avant que dé commencer le bombardement de -la place, il envoya le Marquis de Gallion^ le même qui avait sommé la ville lors du siège précédent , pour exhorter les habitans à ne paa s'exposer à une entière ruine; le gouverneur- refusa le parlementaire , et fit garnir les * remparts de ses meilleures troupes. Le i6 mars au matin les batteries ennemies étant prêtes^ commen-

d'crent à foudroyer la >villc ; une bombe tombée EUT Téglise de S.te<-Réparate y au moment qu'on y ^célébrait la grande inessQ^ perç^ la voûte, et tua nombre d'assifitans. Cet événement porta la terreur parmi ies «citoyeas ; la population s'enferma dans les caves ^ pour se mettre à l'abri des bombes qui pieu valent de toutes parts f i. Dans cette désolation généraile TÉvéque Hemi de Provana prit sur lui d'envoyer le Chanoine jilziari auprès de M/ de la Feidllade , pour le prier de permettre aux: femmes \ aux ecclésiastiques et aux religieuses des différens monastères y de sortir de la ville moyennant un ^uf-conduit ; mais le général Français qui voulait augmenter la peur et la confusion , refusa d'y consentir. Le bombardement continua les jours suivans sans interruption : les Consuls etTÉvéque

*i Nous lisons dans la relation manuscrite, dont nous avons déià parlé ^ que les Conjuls de la ville V et une fuule de gentilshommes et bol|^eois se refu- ^ gièrent péle^méle dans les caves dû couvent de S.te-Claire ; la confusion fut telle, que la religieuse anonîme, à laquelle nous devons ces détails, appelle cette réunion t Arche de Noè ; il parait que le couvent n'avait pas été entièrement abattu , et que la frayeur avait forcé les religieuses à y rentfer à Tarrivée de Tarmée Française.

«'adUessèrent aa Mar<{ui& de Corail y le sup^ ipUant de prendre piûé de > l'affirbufe sîUiaiioQ des faabitans ; ik ne rëossîrem pas mieut^ opiniâtre à prolotigéf Itt àéitma y le gouvernieur procfesU qu^il n'abandotmerait les refu|i|art8 qu'^ la dernière extrémité. |Lia journée du âi mars offirit im speeiacle déchirant^ On n'entendait / dans tous les ^qpiartier$ que plenrsy désespoir et lamentations ; les boinbes se succédaient d'une manière épouvantable^ et le feu des batteries vomissait en tous lieux la destruction et la mort Pour tâcher de fléchir Fimpertiirbable courage du Gouverneur, les quatre Communaulés des rc^gieuses de S,t-Bemard , de S.te-Claire, des Vîsitandînes et de S.t-François de Sales, se rendirent processionnellement au palais, Ja corde au col , suivies de la foule du peuple , qui criait Miséricorde ! Peu touché de cette scène a-Ia- £tts singulière et attendrissante, le Marquis de Oarail V^i\ul^ parti de se retirer au château pour éviter de les entendre , *et fit dissiper l'at- ' ti'oupement par les soldats; le Sénateur Comte de JPer y vint de son ordre intin^r aux Religieuses de rentrer sur-le-champ dans leui*s monastères , sous peine d'être chassées de la ville et Uvrées à la discrétion des ennenu^. Cependant

duis la nuit du a5 nmrs/ plmieofs diMtolM •! reli^eiises Crontrèrent le moyeir de Véradér ptr Tme porte secrète- da 'ekAïmuyei de se muvi^ Il Manacïh^ :. • *

L'epmiâlcreté du Marquis de i>ûrmU' eict^i le dëpit du Duc àjt la FeûiUmie ; il am^^^iVa fies batteries^ et cotiiiniui le boiiibai^emtiit avec une telle fixreur ^ qu'il falkii enfin se rësoudcii à sdbandonner la ville pour s'occuper de k d^ fense du ehâteau. Avant dé prendre cette déier^ mmàtîoh, le Gènveroebr fit abattre nombre de maisons , qui gênaient le jeu des eaaobs de la dîiadelle, et miner le couvent de ' S.te^Claire ^ afin que Ténnemi ne put s'y letraocber en entrant dans' la placé *i*

Ces précautions étant prises ^ il fit app^er le premier Consul Jean^Baptiste Rajmaldi de FaUcoriy et lui annonçant sa résolution de se retirer dans k eb&teau y il le laissa en liberté de négockr nne capitulation aveô le général Fram çais. Alissiiôc ce Magistrat^ accampagné de ses cëlMguea ^a> «e rendit au camp du Duc de

^ Ici se ttrmine la relatioa mannscrîte qui nous a servi de guide.

*a ^acqucis Mirapel , Ciëment Romagnan , Gabriel Mqretla^etTraDseiaDo«iiiiiqtteLea,avocat assesseur*

la FeuiUade , et obtînt les mêmes conditions pvécëdemment accordées par le Maréchal de Catinat: dans l'après-midi du' lo avril ^ jour du Vendredi- Saint , le Marquis dUJsson prit possessic»! de la ville avec quatre*-mille hommes dlnfanterie^ saiis qu'il s' en. suivit aucun désordre; D'après cette résistance le général Français dut juger celle que faisait le. château^ dé-> fendu par un gouverneur intrépide et par une brave garnison *i. Tandis qu'il s'occupait à préparer se» batteries du côté de Mohtgros et de Montalban pour en commencer .le siège, les ordres du- Duc de Vendôme l'appellèrent en Piémont avec une partie de l'armée pour ^* opposer à la marche des Impériaux , commandés par le Prince Eugène. En conséquence, M/ de la FeuiUade se mit en roule par le Col de Tende,, ne laissant devant la forteresse de Nice qu'un corps d'observation, sous les ordres du lieutenant- général Marquis d Usson. Celui-ci fît sauter les remparts de la ville et se retira sur les haiiteurs de Montalban ,

. où il se retrancha de manière à pouvoir attendre les événemens sans inquiétude/ Un bataillon

^ "^ i Un grand nombre d'habitans s'enfernaa volontairement dans le châtei^u pour renforcer la garnifiiuL

icl'Trlaaclaîs , commandé par M/ De la Plaine y campa au quartier de Roccabigliera pour sur* veiller les mouvemens du Marquis de Caraik La ville se trouvant ainsi ëvàcuée , n^ofTrit plus , qu'un amas de décombres, où l'on trouvait àpeine quelques misérables habitans poursuivis par la faim et par la peur. . ;

C'est alors qu'on convint de part et d'autre d'une suspension d'armes, valable seulement dans le Comté de Nice, dont la durée fut. limitée, }l tout le mois de novembre' suivant. On se flattait que cette convention amènerait la paix , mais le gain de la bataille de Cassano, dans laquelle les Impériaux durent céder à l'impétuosité Française ,' fit* bientôt évanouir ces espérances. Une nouvejle armée', sous les ordres du Duc de Berwick , passa le Var le 3o du mois d'octobre , et vint se joindre au corps' d'observation retranché à Montalban. Déjà le Marquis dUssoftj ayant fait dénoncer la reprise àt% hostilités , était rentré dans la ville de Nice presqu' entièrement abandonnée ; fidèle imitateur de M/ de Catinat , Berwick vint camper sut la colline de Cimiez^ et dressa ses batteries de siège sur les hauteurs de S.t-Charles, au quartier de l'Empeyrat, à Montgros et au revers

56 Fol. IL

de Montalban. M/ de Sauvré y intendant-général de l'artillerie^ lui amena un parc de soixantedix canon$ de gros calibre et seize mortiers.

On doit ici reprocher au Marquis de Ca^ rail *i , de n'avoir pas profite d'une circonstance Êivorable y <{ui pouvât comproniettro l'armée Française ; pendant quinze jours con-» sécutiÊ > il tomba un déluge d'eau : le Yar et le PagUon débordèrent en fureur y au point quo le cawp de Gimiez se trouya privé de ses corn*munications leivec Antibes et avec Villefi-ancbei la mer orageiise empêchait également l'arrivée de Te^çadre Française^ conmiandée par le Che^ yalier de JSeUe/ontçUne y qui avait em)>arqu4 Içs vivres et les^ munitions de guerre; de soH^ qi;e si la garnison du château^ secondée par les miliciens qui rodaient dans les cdontagnes^ avait tenté un coup de main^ il en serait çeut<< être résiilté une retraite , ou du moins l'entière ruine des ouvrages ennemis. Ce coup une foi3 manqué^ hâta la perte d'ui)e forteresse^ dans laquelle le Duc de Savoie mettait sa première eonfîance.

Le feu des batteries reconmiença le 8 du mois

^1 Jij^tt milit. du PiémoiU p^r le Cpn^ç deSaluççi^

/de décembre ^ et pendant tout le inois on se carionna réciproquement ^vec une égale vivacité. Le I.*' janvier uiïe colonne de grenadiers /diri^géè par le Duc de Berwick en personne ^ attaqua l'ouvrage à cornes qui couvrait le front de la place du côté du Paglion , et s'en empara. De-là quelques pièces de canons, tournées à bout portant contre le bastion supérieur, ouvrirent trois larges brèches, que les assiégés essayèrent envain de réparer. Dans la journée du 3, les régimens de Cambrésy et d'Irlande montèrent à l'assaut avec la plus grande détermination ; les grena"^ diers parvinrent jusqu^ao sommet des remparts , mais le Comte de CasteUar et le Chevalier Tohduti se précipitèrent sur Fennemi à la tête de Chablais et de Nice , et les repoussèrent vigoureusement : malgré ce revers le Duc de Berwick ordonna pour le lendemain une attaque générale ; la garnison se trouvait afiaiblie et dé* couragée, la place entièrement ruinée, et d'ailleurs, depuis la catastrophe de 1691 , le donjon n'offrait plus aucun moyen de défense. Dans cette position désespérée le Marquis de Carail assembla un conseil de guerre qui décida d'accepter une capitulation honorable : elle fut signée le 4 j^^Bt- ^«r 1706 par M/ de Sériantes ) la gamisou

obtint les honneurs de la guerre , on la con-*

duisit prisonnière en Provence. Il n'y eut que

les officiers supérieurs tjui obtinrent la faculté

de retoiu'ner en Piémont, sur parole de ne pas

servir pendant six mois.

On fit à Madrid et à Paris dé grandeis ré-r

•jouissances pour la prise du château de Nice.

^Louis XIV, qui cherchait tous les moyens pouf

décourager le Duc de Savoie , ordonna au Duc

de Berwick d'en faire raser toutes les fortifi-^

t^ations, ainsi qu'il l'avait pratiqué pour lés places

de Verceîl, de Casai et de Pignérol. * Nous

verrons à la suite de ce récit, si ces désastres

lassèrent la constance de Victor^Amédée •, et

cômnient son courage à l'épreuve du maiieur

sut triompher de ses. ennemis ! !

^jfu^fe

Cèapitre Yi t.

aperçu statistique ^ sur la ville et te Comté de Nice depuis i388, jusqvùau joommen^

cernent du iSJ^^ . siècle*

Si l'on considère av^c impartialité la sitûatioix politique des '{labitans de la ville et du Comté de Nice , depuis l'époque qu'ils se .doimèrent à la maison de Savoie^ jusqu'à la fin du .17.^ ^ècle. on reconnaîtra un accroissement sensible^ non-seulement dans leur civilisation « mais encore dans leur, prospérité intérieure. Les Comtes de Provence , entraînés dans des guerres ruir ne uses pour conserver une conquête éloignée^ telle que le Royaume de Naples, se montrèirent , pour ainsi dire^ étrangers aux intérêts de leurs ét^ts héréditaires. Ils ne s'en occupaient, que lorsque \es besoins occasionnés par cette hitte ^ les for<^ çaient de recourir à l'amour de leurs sujets : ils les épuisèrent sans cesse d'honmies et d'argent, saus aucun ménagement ni discrétion. La partie la plus pauvre de la Provence , était sans contredit le Comté de Nice ; sa population fut celle pourtant qui montra le plus de dévouement; mais ces efforts continuels, puisés dait»

le souvmr d'une antil^ indépendance ^ fortî* fiés par l'esprit guerrier national, ruinèrent insensiblement le oommeree , anéantirent Tagriculture, diminuerait la population. Les Princes de la maison de Savoie , satis&its au contraire d'avoir étendu leur domination aordelà des alpes^, fiers de pouvoir ajouter à- leur puissance terrîloriale un pa^s qulleur ofrait des ressources muîtimes-, s'étudièrent sans cesse à s'attacher leui^ nouveaux sujets par des concessions et par des bienfaits , à profiter tie la situation des Keux et des avantages d'une forteresse,* fondée par la niaisoii d^Arragon^ au moyen de non* Telles fortifications, qui transformèrent Fantique donjon en un boulevard inexpugnable: ils l'opposèrent tantôt à l'ambition de la France, tantôt à celle de la Cour d'Espagne , selon que Vhoi'ison politique les déterminait en faveur de Tune ou de l'autre puissance , système constant ment suivi jusqu'à la démolition du château , entremêlé de succès et de désastres , mais qui procura aux habitans une importance politique, dont peut*-étre ils n'auraient jamais joui.

Du Commêrôèr

ftous \t fègtie |;Iprietlx XJlmédée VÏII, It trille de Nice prospéra rapidement par la pro« lection de ce graiu^ Prince. Séparée d'intérêts avec la Provence, occupée toute entière à vé* parer leâ sacrifices du siècle précédent, elle se livra , avec activité , à faire fiiictifîer son in« ^ustrie commerciale, malgré la jalousie des Génois, desPisaas et des Catalans, leurs rivaux. A Tombre d'un gouvernement tutélaire, le peuple trouva dans l'administration municipale et dans la jouis» sance des anciens privilèges , les bases de sa prospérité. Quelquefois sa paix intérieure fut troublée par les divisions qui s'élevèrent entré la noblesse et la bourgeoisie , mais l'autorité dû Prince renversa constamment les projets orgueilleux des seigneurs, devenus trop puissàns, qui .voulaient conduire les affaires au gré de leurs passions* On vit même une partie de cette fière noblesse renoncer à d'injustes prétentions , pour se livrer au trafic maritime , imitant l'heureux exemple des Génois et des Pisans , qid met* taient leur gloire à enrichir la patrie I

Ainsi nous citerons les familles Badat, Caïs, MarquesaUf Dalpozzo et GaUéan; elles ver^

fièrent leurs capitaux dau^ le commerce et se piquèrent d'une noble émulation. N' avons-nous pas célébré la gloire et les malheurs de Jean Galléan,' cpî\y possesseur d'une immense fortune, entreprit à 'Nice la construction d'un, vaisseau» dont, la Méditerranée n'avait pas encore vu le pareil.! qui se- distingua sur mer contre les corsaires Barbaresques et contre' les Génois, et leur disputa long-tems la victoire ! l

& au 'commencement du r5.^ siècle la rivalité funeste de l'Emperem- Charles Quint et de François L" changea les destinées de la ville de Nice, et la rendit toute guerrière , de commerçante' qu'elle était , le génie du. Duc Emanuelr Philibert lui créa de nouvelles^ et nous pouvons dire , d'étonnantes ressources. Le» dons de la victoire,, et sa prédilection pour la marina, réveillèrent promptement les inclinations nationales.: Les chantiers de Nice et de Villefranche se couvrirent une seconde fois de constructions , et le pavillon Savoyard flotta avec honneur dans toute la Méditerranée; alors on ne se livra pas seulement aui^ échanges des productions ; Tesprit manufacturier gagnant toutes les classes de la société , amena rétablissement de nombreuses fabriquas; elles ajoutèrent aux

bénéfices du trafic maritime^ au moyen ddl exportations en soies brutes et œuvrées , ea cordages, draps, papeteries, savonneries y et par-? fumeries très-^ estimées. D paraît pourtant que plu-* sieurs fabriques dataient déplus loin, puisque non» lisons dans le manuscrit de Thistoire des alpes maritimes , qu'en 1 536 Charles Quint , ayant débarqué à Villelranche, les Consuls de JN^ce lui ofirirent ' un riche {Mrésent en flambeaux de cire , confitures et papiers manufacturés dans 1^ pays , dcmt ce grand Monarque adnàira la perfection. Nous voyons dans un autre docu^ ment de Tannée i545 *i, que Léonet àHAtbe^ marchand renommé de Lyon, £ûsait à Nice ses approvisionnemens pour la Cour de France, et se livrait à des expéditions considérables en vins,. huiles et oranges- Il faut croire que les produits y étaient abondans , nlalgré les désastres des guerres l Outre ces exportations , Émanuel" PliUiberty intéressé à former une pépinière de bons marins, donna tous les soins à proléger la pèche , et celle-ci offrit également des bénéfices considérables. Nous trouvons, que de i54i à i557 : la vente des salaisons donna une année

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