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Chapitre IV

Nouveau schisme dans t Église — Amédée VIII est proclamé Pape sous le nom de Félix V — Expédition de Gènes — Armement ma-ritime au port de Vïllefranche —Répression des piratas — Félix V abdique la Papauté •— BrouUleries avec le Roi de France --^ Invasion du Royaume de Naples — Guerre de Cjpre — Sommation de René d'Anjou pour la restitution de la ville et Comté de Nice — Mçrt de Louis Duc de Savoie — Amédée IX lui succède.

Si les hommes pouvaient imposer silence aux passions^ pour n'écouter que la voix de la raison el de la justice , combien ne s'épargneraient-ils pas d'infortunes ! Mais presque toujours les désastres causés par les luttes d'opinions sont des leçons perdues pour l'avenir ; le calme s'est à peine rétabli, qu'aussitôt les prétentions de l'orgueil, ou les faux calculs de l'ambition les poussent de nouveau au milieu des écueils, qui entourent leur fragilité !

Cette paix des consciences, cette union desi ^dèleS; que l'Europa Chrétienne avait acquis

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après tant de sacrifices, furent encore troublées, d'un côte par le funeste entêtement du Pape Eugène IV à vouloir dissoudre le G>ncilé de Bâle^ de T autre par la suprématie d'autorité que cette réunion voulut s'arroger. Un opiniâtre refus d'obéir aux sonmiations du Pontife légi^ time , amena sa déposition illégale , la nomina^ tion d'un autre Pape et par conséquent un nouveau schisme.

Amédée VIII vivait retiré à l'hermitage de Ripaille , lorsqu'il apprit avec surprise, que la majorité des prélats dissidens lui avaient déféré la thiare *i. H opposa d'abord des refus, il versa même des krmes pour faire révoquer sa nomi^ nation ; mais enfin croyant entendre la voix du Ciel, il obéit à cet ordre suprême et se fit proclamer Pape sous le nom de Félix V *2. On

* I Parmi les personnes Influentes qui prirent part aux délibérations du Goilcile de QÀle, nous ne pou* vons omettre de citer pàrticulièrehient Philippe Boyer de Nice, Chanoine de la Cathédrale, homme de lettres distingué , professeur de théologie et de jurisprudence : &tB conseils décidèrent en partie les suffrages en faveur d* Amédée VIII. Ce Prince après «on installation le nomma son secrétaire particulier ( MS. délie cose di Nizza ). ^

*2 Annal. EccL ; JEneas Silvius î Guichenoo ^ hist. de la Maison de Savoie*

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vit alors un Prince séctilier , qui n'aVait enCoi^é aucun ordre du Sacerdoce ^ faire son entrée dâiis la ville de Bàle > couvert dé la triple courotme , marchant processionnellement sous le baldaquin^ assiste de ses deux enfans le Priilce de Piémont et le Comte de Genève^ et donnef la bénédiction aux peuples prosternés *i. Vainement Eugène TV qui présidait un autre Concile à Flo-^ rence, déclara son concurrent Antipape^ héré* tique et rebelle au S.t'-Siègé : cela n'empêcha pas la majeure partie de la Chrétienté de se ranger sous son obéissancCé

L'Évéque de JNTice Ludovic Badat^ qui avait assisté au Concile dé Bàle^ se hâta de se pitH noncer en faveur de Félix V, et les populations du Comté suivirent sans opposition l'exemple donné par leur Pasteur, Amédée y en recevant la thiare^ abdiqua la Couronne Ducale en faveur de son fils aîné Louis Prince de Piémont ^ auquel il remit l'entier exercice de son autorité Souve-* raine j plus heureux s41 avait pu lui donner en même tems une bonne part de sa prudence, .de sa fermeté et de ses talens à bien gouverner ! Dès que le Duc Louis eut pris dahs

^x Murât. , annal, ital*

mtê mains les rênes du pouvoir y il devint l'es'* clave des caprices de sou épouse jirme de Lusignan et des volontës de son &vori Jean de Compe^ Seigneur de Thorens *i. La no* Uesse irritée par les hauteurs de ce GentilhonuQQe ^ passa des murmui*es à la révolte ; secrètement excitée par les intrigues du cabinet Français qui déjà avait des vues sur le Fiéinont^ elle se donna pour chef Jean de Sejsselj Marj^hal de Savoie, Seigneur puissant et vieillard vénérable qui jouissait d'un grand crédit» L'historien de la maison de Savoie donne les détails de ces premières semences de guerre civile ; elles étirent dans la suite des consé^ quences funestes pour la masse de s^^ sujets^ ainsi que . nous le Verrons bientôt ; mais le$ troubles qui agitèrent la Cour après l' avènement au trône du Duc Louis , ne s'étendirent pas dans le Comté de Nice; ils occasionnèrent seulement le rappel du Grouvemeur^ Nicode de Menton y pour mettre à sa place LanceUot de LujrriaCy Seigneur de Beaufort, parent de Compejr ^ auquel on voulut donner

"^i Le Père Monot, annal, de Savoie; Samuel Guicheaop , liiit. de la Maison de Savoie,

cette charge militaire ^ regardée alors coninw la seconde de F Etat.

Les habitans de Nice se réjouirent de- ce changement^ parce que dans les troubles de 1 438 , Nicode de Menton s'était montré inflexible dans Texercice de son autorité. D'ailleurs les Grimaldi et les Marchesan, dont en plvb sieurs circonstances il avait contenu l'orgueil *i, s'étaient déclarés contre lui^ et leurs intrigues^

*i Honore Marchésan , chef de Tillustre faihîllé de oe nom , possesseur de plusieurs seigneuries dans le Comté de Nice , vendit le a5 novembre i44^ > le fief d'Aspremont , qu'il avait prëçëdemr ment acheté de la maison Chiabaudi de Torrettas, à Barthélémy "Borriglion de Sospello , conseîgneur de Contes , Chàteauneuf et Berra , pour le prix de trois-mille florins d'or ( MS. hist. alp. marit. ). Le fief d'Aspremont , célèbre par son antique château , était une seigneurie de premier ordre > le village , du tems des Romains , se trouvait bâti au haut dé la montagne , qui domine l'habitation actuelle , parallèlement à la sommité du Mont-^Calyus. Papon , dans son voyage aux alpes maritimes , rapporte rinscription d'un monument élevé, par les peuples des environs en Uionneur de Mattilius^ prêtre per^ pétuel de TEmpereur Néron , et tribun de la 7.™® cohorte ligurienne. Cette terre avec tous les droits seigneuriaux passa ensuite à une branche cadette 4^e la famille Lascaris qui la posséda jusqu'en 1792^

là la Cour de Savoie , ne contribuèrent pas peu à le perdre dans l'esprit du favori. Tandis cpe les passions et les intérêts particuliers des couiv tisans s'agitaient aux dépens de l'intérêt général^ une révolution imprévue éclata dans la ville de Gènes ^ et vint ajouter à l'agitation ^es esprits* Thomas' de Campo Fregoso^ informé que sort frère Baptiste^ de concert avec Raphaël Adomo Ot François Spinola conspiraient contre lut pour s'emparer du gouvernement de la République^ prit ses mesures pour les iairc arrêter; ceux-ci se sauvèrent au port de Villefranche et sollicitèrent la protection du Duc de Savoie r ce Prince se déclara en leur faveur, espérant de pouvoir faire réussir à son profit les troubles de la Republique et dé disposer d'une partie de »es forces maritimes pour porter des secours à Jean de Zwj^nû^, alors menace dé perdre le royaume de Cypre par la révolte de ses peuples. Par convention signée au château de Nice y 1^ ^3 juillet i44< ^ ^^ gouverneur Lancellot de Lujrriac promit au nom du Duc assistance aux réfugiés Génois^ aux conditions suivantes : i.^ qu'aussitôt après la réussite de l'expédition de Gènes , tous les sujets de la République reconnaîtraient inmiédiatement l'autorité du Pape

iio FéUx V; 3.*^ quW rétablirait entre les deict États les anciennes relations de commerce , et un tarif égal des droits de gabelle; 3.^ que là République armerait à ses frais un nombre- suf-^ fisant de galères y pour apporter du secoiirs au Roi de Cypre *i. Lès conjurés ayant ainsi obtenu les moyens de tenter la fortune > arment \me petite flotte au port de VillefraUch^^ avec laquelle ils se mettent en mer. Un premier succès coiironne leur audace : ils entrent furtivement dans la ville de Gènes , s'emparent du palais pendant l'absence du Doge et déjà ^ej^Uvrent imprudemment ^xèx plaisirs dé la yiotoiré» ^2Às Thomas de Campo Fregoso revient sur -ses pas y attaque brusquement ses- ennemis^ et les £)rce à mettre bas les armes: son frère Baptiste traîné à l'instant dans un horrible' cachot y ne dut la conservation de se% jours qu'aux larmes d'ime mère *2. U obtint mème^ quelque tems après , la liberté d'habiter les appartemens du palais^ sous le serment de ne pas en «ortir; mais à-peine dégagé de ses fers, joignant Fin-

*i L*acte fut reçu par les Notaires Pierre de Lëoa etBarthélemi.Fracçio, secrétaire de Spinola ( MS, hist. alp. marit. ; MS. délie cose di Nizzà ).

.*2 Giustin. , annal, di Genov.

fratitiide au parjure, il trouva le tnoyen de tromper la vigilance de 3es gardes et fut assez heureux pour regagner le port de Villefranche, Cette expédition de Gènes devint ruineuse pour la ville de Nice; les arméniens se firent en partie avec l'argent des principaux capitalistes, pr^té dans l'espoir d'en retirer de gros bénéfices : ces sommes ne fin*ent jamais remboursées; . un grand nombre de marins que l'appât du butin excitait , s'embarquèrent croyant faire fortune y et ne trouvèrent que les souffrances d'une longue captivité ; ceux qui eurent le bonheur de briser leurs fers, ne l'obtinrent qu'en payant d'énormes rançons *i. D'un autre côté le Doge, fiirieux d'avoir vu échapper sa proie , mit sur pied des forces considérables, tant sur terre,' que sur mer, dans l'intention d'exercer sa vengeance sur les terres du Comté de Nice, '

Par lettres missives datées de Genève lé i^ avril 1 44 1 9 1^ ^^^ Louis ordonna à Lancellot de Lujrriac y gouverneur de Nice, de mettre en état de défense le port de Villefranche , de presser la construction des galères qui étaient sur le chantier, et d'approvisionner le château afin

^x MS. hist. alp, mari t. ; MS. délie cose di Nizza.

lia de prévenir toute surprise. Le Souverain invoquait en même iems la fidélité des habitant et demandait des nouveaux sacrifices pour les frais de cette guerre *i..

U était d'autant plus nécessaires d'adopter des mesures défensives^ que les corsaires Barbaresques^ habiles à saisir les circonstances^ ne tardèrent pas à recommencer leurs brigandages. Les négocians accusaient avec raison T avidité des directeurs de l'établissement maritime de Villefranche , d'avoir favorisé ces infâmes pirates, en leur accordant, à prix d'argent, la franchise du port et même le pavillon de Savoie. Leurs justes plaintes long^tems éludées , parvinrent enjGn aux oreilles du Prince ; il défendit sous les peines les plus sévères la continuation d'im abus si préjudiciable, révoquant de leurs emplois les officiers concussionnaires , les condamnant même au payement de fortes amendes au profit du fisc ^^2.

Cet acte de justice réveilla l'énergie des Niçar/ds ; les citoyens électrisés par Guillaume Paoliy premier consul de la ville, rivalisèrent avec lui de zèle et de courage, non-seulement

*i IVIS. hîst. alp. marit ; MS. délie cose di Nizza. *2 Par lettres prohibitives datées de Genève le â4 mars 1442 ( MS. hist. alp, mari t. ).

•ii3 ^our la dëfense du cliÀteau en oas d'attaque^ mais encore pour aller combattre les ennemis. L'administration communale prit à sa solde plusieurs bâtimens étrangers armes en course *i, qui réunis aux galères de Villefranche formèrent une flottille capable d'arrêter les entreprises dei Génois et d'en imposer à l'audace des pirates Africains et Catalans.

Deux renégats Provençaux, Fun nommé Fillot y l'autre Hermand , s'étaient rendus redoutables par leur hardiesse et leurs continuelles déprédations *2. Paôli proposa d'aller les attaquer au-delà de la pointé de S.t-Hospice, où ils se tenaient ordinairement' embusqués. Après un combat opiniâtre, Hermand prit la fuite ; Fillot resté seul, essaya vainement de se faire jour à travers la flottille ; pris avec le brigantin qu'il montait, et conduit au port de ViUefranche, il fut pendu , d'ordre du gouverneur , sm* la sommité du col de Montboron y et son cadavre resta

* I Une galère de Jean de Prats 9 une galëote de Jacques Isnardi d'Avignon , un brigantin appartenant au Duc de Bourgogne , et autres petits arme-» xnens fournis par le Commerce de Marseille ( MS« hist. alp. marit. )•

^2 Ces deux pirates étaient surnommes Louflagei de Dieou ( MS. délie cose di Nizza )•

8 roi. IL

long-tems exposé au gibet pour servir d'épouyantail aux autres corsaires *i. La catastrophe de Fillot excita ses compagnons à d'horrible* vengeances. Jean Lopez , Catalan de nation , redoutable dans toute la Méditerranée, essaya de pénétrer dans le port de ViUefranche pendant la nuit y dans le dessein de surprendre et d'în- Cendier la flottille. Le coup lui manqua par le dévouement d'un marin nommé Sosterra qui veillait à l'entrée du port, et qui entouré de poignards , n'en . donna pas moins le signal d'alarme , au dépens de sa propre vie-

Lopez y trahi par la fortune, et ne ponvant plus regagner ses vaisseaux à cause d'une bourrasque qui s'éleva pendant l'action , se jeta sur le rivage , et se sauva dans les montagnes , ou il* vécut pendant quelque tems de vols et de rapines, mais enfin il fut arrêté et eut la tête tranchée sur la place de Briga, le 3i du mois d'octobre i44^ *2-

Baptiste FregosOy toujoiurs retiré au port de

*i Fillot offrit inutilement une rançon considërable , et le serment de ne plus paraître sur le rivage de Nice. Quelle foi pouvait-on ajouter aux .promesses d'un pirate î ( MS. hîst. alp. marit. )

*2 MS. hist, alp. mar. j MS. délie cose di Nizza

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Villefranchc , après avoir inutilement sollicité l'assistance des Espagnols^ voyant que le Duc de Savoie ne voulait pas se décider à entreprendre une seconde expédition , traita secrètement avec le Roi de France , et lui oflFrit l'hommage de la ville de Gènes , s'il voulait l'aider de ses armes pour s'emparer du gouvernement de la République. Charles VII accepta volontiers la proposition , et par convention signée au port de Villefranche le 28 juin 1 44^ * i > s'obligea à lui fournir deux galères , trois-cent hommes d'élite^ et une somme d'argent nécessaire pour tenter cette entreprise hazardeuse.

Avec ces secours Janus Fregoso y frère de Baptiste y se mit en mer vers la fin de juillet; il parut devant la ville de Gènes à la nuit tombante^ débarqua son monde à la faveur de l'obscurité, marcha hardiment au palais Ducal, d'où ayant chassé le Doge Barnabe Adorno , se fit proclamer à sa place ^:2. Ce succès inespéré amena la paix. Le Duc de Savoie y gagna la tranquillité de ses sujets , et Charles VII obtint, aux termes du traité , le protectorat de la Ré-

"^i MS. hist. alp. marît.

i^a Giustin. , annal, di Gen.

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publique *i. La fin du schisme suivit de prêt cet événement. Félix V , tourmenté par les doutes de sa conscience , convoqua lui-même un Concile général à Lausanne , poiu* prononcer sur la légitimité de son élection; la majorité des Évéques ayant partagé son incertitude, il prit volontairement le parti d'abdiquer la Papauté, et de reconnaître l'autorité suprême du Pontife Romain Nicolas V *2.

La ville de Nice respirait enfin des jours tranquilles , occupée à réparer les pertes essuyées par son commerce , lorsque les mauvais conseik de Jean de Compejy favori du Duc Louis y amenèrent de nouveaux troubles à la Cour de Savoie. Les intrigues de ce ministre ambitieux ayant procuré le mariage de Charlotte de Savoie avec le Dauphin de France, contre la volonté de son

'^'i En i458 le Roi de France nomma pour Gonverneur de G^nes Jean d'Anjou , fils de René Roi de Naples et Comte de Provence, Cet événemeat alluma une guerre funeste avec la maison d* Aragon ( Papon , hist. gën. de Prov. ).

*2 Amêdëe VIII conserva le Chapeau de Cardinal et le titre de Légat perpétuel du S.^-Siège; il mourut trois ans après à Fhermitage de Ripaille , aveo la réputation d'un grand Prince , sage , bienfaisant et religieux ( Guichenon ,' hist, de la Maison do Savoie î Muratt , aniialf ital. ),

père > ce Priiice qui régna ensuite sdus le. nom de Louis XI, se mit en état de révolte contre l'autorité Souveraine : Charles VII particulièrement irrite contre Compejr y en porta dest plaintes vives au Duc de Savoie ; à cette occasion il le somma hautement d'évacuer les terres du Marquisat de Saluées , et de réintégrer dans leurs biens et honneurs les gentilshommes Sa* voyards, que le crédit du favori avait fait bannir» Aux menaces infructueuses > il joignit l'appareil de la force; il s'avança lui-même avec une armée nombreuse vers les jfrontières de la Savoie y en même tems que les troupes du Comte de Provence pénétrèrent dans les vallées de Barcelonnette et du Var^ où elles commirent de cruelles dévastations. Heureusement Antoine et Cosme de Grimaldi levèrent à leurs frais quelques compagnies de milices dans les montagnes de Lantosca et de Belvédère, qui empêchèrent les Provençaux de pénétrer dans l'intérieur du Comté de Nice *i ; sans doute ces ressources eussent été insuffisantes, si pour détourner l'orage, Louis de Savoie n,e s'était décidé d'aller en personne trouver le Roi de France,

*i MS. hist. alp. marit.

ii8 au château de Peurs, pour traiter d'un arrange^' ment. Ses finances étaient entièrement épuisées^ les principaux gentilshommes mécontens , et le peuple peu disposé à supporter les frais d*uné^ guerre ruineuse. H fallut ,consentir au renvoi du favori , à la réintégration des gentilshommes Savoyards, ainsi qu'au payement des frais de cette expédition. Cet acte qu'on pourrait appeller de faiblesse, s'il n'avait été commandé par l'impérieuse nécessité , eut cependant un heureux résultat , car la retraite de Jean de Compej fit cesser les troubles qui agitaient la Cour de Savoie, et procura une administration plus sage et plus économique. Louis de retour de son voyage vint en Piémont pour connadtre par lui-même les besoins de ses peuples; il était au château de Pinérol en x 44^ , lorsque la ville de Nice lui envoya , en qualité de députés , Hugues Flotte et Barthélemi Asservo pour lui demander la confirmation pleiuie et entière des anciens privilèges municipaux, que le ministère précédent avait en partie violés. Ils l'obtinrent par lettres-patentes du i5 août i448> et ils intervinrent comme témoins dans un autre acte du 19 décembre de la même année , par lequel Jean de Grimaldi , Seigneur

^e Monaco , vendit au Duc la Seigneurie de Roccabrune et la moitié des droits féodaux y qu'il possédait en propre sur la ville de Menton, moyennant la rente annuelle de 200 florins d'or sur la gabelle de Nice * i . D'autres Députés lui portèrent des plaintes au sujet des vexations (jue les Directeurs de l'arsenal maritime faisaient essuyer aux constructeurs *2 , et contre Dominique Provana , Lieutenant du Gouverneur, qui voulait s'inmiiscer dans l'exer-.

*i En vertu de la convention du 19 décembre 1448 Jean de Grimaldi se constitua vassal du Duc de Savoie , et lui prêta hommage pour les deux tieîs dont il s'agit , s*obligeant pour lui et ses successeurs d'en recevoir l'investiture de ses mains , de mettre garnison Savoyarde dans les châte,aux de Menton et de Roccabrune, et de le servir en tems de guerre avec cent archers armés à ses frais ( MS. hist. alp. marit. ). Voilà le titre , en vertu duquel la maison de Savoie a acquis des droits incontestables de souveraineté sur la terre de Roccabrune «t sur la moitié du fief de Menton.

*a Par lettres ducales du 24 du mois de février 14499 datées du Château de Pinérol, Louis de Savoie accorda à la ville de Nice le droit de construction dans le chantier maritime sans payement de frais , moyennant la redevance d*une livre de poivre toutes les années , et de six ducats d'or chaque vipgt-cinq ans ( MS. hist. alp. marit. ).

cice de la police municipale *i. Us sollicitèretit en même tems la répression des usures exhor-* Litanies, auxquelles les juifs se livraient impunément *2. La justice du Souverain accueillit ces réclamations. On connut alors que les premières feutes de son administration n'étaient que: l'ouvrage de Fimpéritie du favori ; car dès que le Duc eut assea^ de résolution pour* conduira

♦i Par diplôme du ii avril suivant , il accorda aux Magistrats Consulaires l'entière Regardarîa, ott soit police municipale , moyennant la somme an-^ nuelle de 25 florins d'or et l'obligation d'entretenir aux frais communaux la tour dite de Montboron et le fanal de la même , destiné à faire les signaux convenus pour avertir en mer de la présence de« corsaires.

♦2 Par lettres-patentes datées de S.*-Genis , le 5 du mois de mai i45i ^ les habitans de la vîguerie de Barcelonnette obtinrent de n'être plus justiciables , dans leurs appellations , du Tribunal dé Chambéry , mais du Juge-mage de Nice ; et par ordonnance du ii juillet suivant, donnée au Château de Montvel , il fixa l'intérêt courant dans le commerce à raison de 20 p. o/b , avec défense aux Juifs , sous peine de cent marcs d'argent , de renouveller pendant Tannée les contrats envers leurs ^ débiteurs ( MS. hist. alp. marit. ). Par le taux de l'intérêt on peut se faire une idée de la rareté du. numéraire , et des usures monstrueuses , auxquelles les Juifs se livraient vers le milieu du i5.^ siècle 1

1^ ses propres mains le timon des affaires ^ il •e montra constant dans son système de recon- 'cilier ses sujets^ de les rattacher à l'intérêt commun , et de se tenir éloigtié de tonte ambition particulière , . pour éviter les nombreux ëcueils dont il était entouré.

La mort de Philippe Marie J^isconti y Dua de Milan ^ et l'extinction de cette illustre famille^ ayant allumé une guerre funeste dansi le sein de l'Italie , l'Empereur, le Roi d'Aragon, le Duc d'Orléans et la République de Venise^ se disputèrent avec acharnement la possession de la Lombardie ; mais lés talens guerriers de$ François Sforza , le plus grand capitaine di4 àiècle , l'emportèrent sur ces fiers concurrens» Ces débats appelèrent au-delà des Alpes les; armes de Charles VII, Roi de France, et d& René dH Anjou , Comte de Provence ; celui-ci ambitionnait la conquête du Royaume de Naplesj^ / et se flattait en même-tems de rentrer en possession de la ville et du comté de Nice, non-^ obstant la renonciation formelle de la Reine Yolande y et de son fils Louis III.

Le Duc de Savoie , par une prudente neu* tralité , sauva cette population des nouveauic désastres dont elle était menacée j elle dut ce-» ^

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pendant supporter de grandes charges, sur- tout en 1 4^ 2 9 ^ cause du passage continuel des troupes venant du Languedoc et de la Provence, qui filaient sur la Lombardie par la rivière de Gènes *i. Elles étaient commandées par le sieur Pierre de Trougnon , qui à son passage à Nice , fit paraître les sentimens les plus pacifiques envers les habitans alarmés. Arrivé à Savone , où l'armée de terre s'était réunie, itfii^ obligé de s'embarquer sur les galères de France, parce que le Duc de Milan gardait le passage des Appenins. H survint dans la traversée une horrible tempête qui dispersa la flotte , et là fureur du vent poussa le sieur de Trougnon dans le port de Villefi:*anche avec plusieurs de «es galères. A la nouvelle de cette arrivée imprévue, l'épouvante se mit dans la ville de Nice , les habitans prirent les armes et le Gouverneur du château fit lever les ponts *2.

*i Le Comte de Provence s'embarqua au port d'Antibes le 5 du mois d'août 1482 , sur une floUe de galères Génoises et Françaises, qui portaîeht les bagages et les provisions de l'armée de terre ( MS. Iiist. alp. marit. 5 Papon , hist. géo. de Prov. ).

♦2 Georges de Piossasque , Chevalier de S.*-Jean de Jérusalem , Gouverneur du Cbâteau de Nice en 1452 ^ capitaine expérimenté , homme de résolutiom

Pour calmer l'agitation des esprits, les consuls' Ludovic Gioffredo et Simon Costa , décidèrent' d'aller visiter personnellement le commandant' de la flotte Française à l'effet de connaître ses intentions. Le sieur de Trougnon s'empressa .de les rassurer, il protesta qu'il n'avait aucun but hostile , se bornant à demander les vivres et fournitures nécessaires au ravitaillement de sa flotte, dont il promit le remboursement, ce qu'il obtint sans peine : l'amiral Français se trouvant à Monaco de retour de son expédition,, envoya aux consuls de Nice le capitaine Luc Lauthier , pom* les remercier de leur bonne assistance et pour acquitter le payement des fournitures. Il faut particulièrement attribuer à cet acte d'hospitalité , la continuation des bonnes relations commerciales avec les ports de Provence et du Languedoc, et la protection constante que les galères Françaises accordèrent aux bâtiraens portant le pavillon de Savoie ^ pendant la durée de cette guerre.

Ses résultats trompèrent les espérances de René d Anjou ; deux fois couroimé par la victoire et presque maître du Royaume de Naples ,

et de prudence , envoyé expressément pour veiller à la défense des habitans ( MS. délie cose di Nizza )«

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àe Roccabnine, dont il avait voulu s'affranchir à la faveur des troubles d'Italie *i. En récompense dé ses services, Georges de Piossasque fut appelle au conseil privé du Souverain *2 ; on lui donna pour successeur au gouvernement de Nice Jacob de Montbel y dont la bravoure et la prudence sauvèrent les habitans d'un grand danger. Un aventurier nommé Archimbald d Abzac y venu du fond de la Gascogne à la tête de plusieurs bandes sanguinaires, s'avança des bords du Rhône jusqu'aux rivages du Vai*, incendiant les villages, enlevant les femmes et

♦i Catalan Grimaîdi ^ fils de Jean, vînt à Nice Je 28 juillet 1454 prêter rhommage dont il s'agit , entre les mains de Georges de Piossasque , à ce délégué par le Duc de Savoie. Trois ans après la seigneurie de Monaco passa à Lambert de Grimaldi, , de la famille de Gagnes, par son mariage avec Claudine , fille unique de Catalan ( MS. hist. alp. marit.}* *2 II existe un éloge de Georges de Piossasque, écrit en latin par Honoré Pellegrino de Sospello , célèbre grammaticien, auteur de plusieurs ouvrages estimés ( Bibliot. Roy. de Turin ). Les Consuls de Nice , pour conserver le souvenir de» services rendus par ce Gouverneur , firent placer son porti^ait dans la salle du Conseil , ouvrage de Jacques Dqrando de Nice , peintre renommé de son tems , connu par un grand nombre de tableaux d'église ( MS. délie cose di Nizza ).

les bestiaux, commettant enfin toutes sortes d'excès. Ne pouvant forcer les remparts de Nice, il se jeta à travers les montagnes du haut Comté. Le château de Tende voulut résister , et fat pris d'assaut, la ville horriblement saccagée, et le Comte Honoré Lascaris amené prisonnier: bientôt Ludovic Bolleriy Seigneur de Demont et de Chantai, éprouva le même sort ; dAhzctc crut pouvoir obtenir Fimpimité de ses brigandages en consignant les deux prisonniers au Duc de Savoie , mais ce Prince leur rendit la liberté : ce brigand, pris les armes à la main , dans une embuscade, trouva sur un échauffaud le juste châtiment de %^s crimes *i.

Les inquiétudes qu'avait fait naître cet aventurier s'étaient à-peine dissipées, que l'e^ir d'ime conquête éloignée fit retentir du bruit des armes les ports de Nice et de Villefi^anche. La guerre civile dévorait le royaume de Cypre *2. Les sujets de la maison de Lusignàrty

*i Ludov. délia Chiesa , îst. del Pîemonte ; MS. hist. alp. marit. ; Saluées ^ hist. milit. du Piémont.

*2 Après le mariage d'Anne de Lusignaa avec le Duc Louis de Savoie, Jean, Roi de Cypre , avait ëpousé Hélène Paleologue , fille du Despote de la Morée , dont il eut une fille nommée Charlotte, qu'il déclara son héritière universelle. Jacques sur*

entraînés dans la lutte funeste qui s'était établie entre la Reine Charlotte et son frère Jacques le Bâtard, éprouvaient depuis long-tems toutes les calamités qu'amènent ces dîssentions intestines. La Duchesse de Savoie Anne de Lusignan y voulant assurer à son sang l'antique héritage de ^^^ ayeux , négocia le ipariage de la Reine avec son second fils Louis , Comte de Genève. Il fut célébré à Turin le lo octobre i458 en présence d'une foule de Seigneurs et Prélats , parmi lesquels on distinguait Aimon de Profana y Évêque de Nice. Le jeune époux prit immédiatement le titre de Prince d'Antioche^ et fit paraître un manifeste dans lequel il annonçait l'intention d'aller conquérir le royaume de Cypre , injustement usurpé par Jacques le Bâtard. Aussitôt il traverse les alpes accompagné par son fii'ère Janus de Savoie , nommé lieutenant-général du Comté 4e Nice ; ils arrivent ensemble conduisant quelques troupes le-

nommé le Bâtard , fils naturel de ce Monarque » prit les armes et s'empara du royaume. Charlotte fie maria d'abord avec le Roi de Portugal; mais ce prince étant mort empoisonné , elle sollicita alors Tassistance de sa tante la Duchesse de Savoie pour recouvrer l'héritage de ses pères.

xées à la liâte , et communiquent aux habitant' de Nice l'esprit belliqueux dont ils étaient animés. La présence de ces deux Princes fait naître ixn enthousiasme général ; les députés des vigueries décrètent un don volontaire de dix-mille' florins d'or *i , pour l'armement dos galères; les premiers gentilshommes s'offrent d'aller partager les périls de cette expédition lointaine, et dans peu de jours une flotte nombreuse met à la voile du port de Villefranche , pleine d'espoir , d'ardeur et de confiance.

La beauté de la tteine , le courage du Prince son époux et l'enthousiasme des marins Niçards triomphent d'abord des vents et des rebelles. Louis de Savoie , maître d'une partie de l'De, reçoit la couronne des mains de son épouse ; mais Jacques ressaisit de nouveau la Victoire, et joignant l'impiété li l'usurpation, il ose se déclarer tributaire du Soudan d'Egypte , quoique prêtre et Archevêque de Nicosie ! Tant il

*i Le Duc Louis voulant récompenser le dévouement des habitans de Nice , leur accorda par lettrès-patentes date'es de Turin le 29 janvier 1469 , le droit d'évoquer devant leurs propres Magistrats les appellations des sentences qu'on était en usage de soumettre au conseil souverain de Savoie (MS* his£, alp. marit. ).

«st vrai que l'ambition et la soif de régner peuvent rompre les engagèmens les plus sacrés^ çt étouffer tout respect humain,

Zo^A^t les braves gentilshommes qui parla-' geaient sa fortune^ s'enfbrmèrent dans le château» de Gérine, tandis que la Reine, douée d'une fcrce d'ame au-dessus de son sexe , courut le«' mers pour solliciter les secours du Pape ^' des Chevaliers de S.t-Jean de Jérusalem, et de la inaisoii de Savoie, Elle comptait particulièrement sur le dévouement des habitans de Nice ; Soro de Naves^ capitaine Sicilien, commandant la galère qui avait conduit la Reine à Rome^ vint expressément au pot't de Villefranche porteur d'une lettre autographe de cette Souveraine, datée du 23 d'octobre i46i , pour solliciter de nouveaux armemens *i. Le Duc de Savoie fit de son qôté tous les efforts que les circonstances pouvaient lui permettre. La ville de Nice arma* deux galères à ses frais, et Charles Làscdri^y

*i Dans cette lettre la Reîne de Cypre donnait aux habitans de Nice le titre gracieux de très^hiets ei spéciaux amis , leur confiant là garde de la gl^- )ére , et les priant de fournir à l'équipage les provisions dont il pourrait avoir besoin (MS. hist. alp/ inarit. , liv. i5.* ).

9 Fol. H.

i3a de Vinlimille, Chevalier de S.t-Jean de Jërtisalé m ; amena au port de Villefranche un gros navire , sur lequel François de Laugins , gentil*^ homme' Savoyard, s'embarqua avec hiiit-ceos hommes dWmes, la plupart volontaires "^i. ' Cette petite, flotte, dernier espmr de CAar— lotte de Li((Signany arriva devant le châteair de Cçpine le 8 du mois de mars .i^&a , et délivra les assiégés réduits aux derniers abois; W fortune parut encore pour quelque tems sourire: an coursée ;niais V usurpateur, revenu dé sa pre-. n^r^ surprime , attaqua la place une seconde « f^is et la força à capituler. C'est alors que f»-? gitive et abandonnée, cette Princesse, digne d^unmeilleur sort, fit retentir toutes les Cours de l'Europe de ses justes plaintes sans pouvoir jôn» obtenir des secours; elle vécut pendant quîaze. années à Rome, sans-cesse abreuvée d'amertu-* mes, et conservant jusqu'au trépas le chimérique espoir de ressaisir l'héritage de ses ancêtres.' Son époux ne fut pas plus heureux ^^2. La guerre

• *i MS. délie cose di Nizza.

*2 Gioffredi rapporte une lettre • que Ludovic . de * Savoie , prince d'Antioche , écrivit aux habitans de Nice , sous la date de Turin le 27 janvier 1469»' dans laquelle il sollicitait un emprunt pour pouvoir^

de Cvp^e épuisa lés finances de la maison . dé Savoie , pour ne lui rapporter que de vainâ titres *i, et lui susciter des brouilleriesî avetî la République de Venise ^a ; Nice en pafticu-* lier eut à- souffrir la raine de son coimnerccf ; attendu^ que les pilotes et les corsaires profitant de l'éloignemént des galères destinées à la défense du littoral, ise Irvraient impunément àf leurs brigandages ; elle perdit aussi une borniar

entreprendre une troisième expédition contre Tusur*' pctcur de Cyprej mais TEvêque Barthëlemi Chuetti et TAbbé de S.t-Pons Guillaume Grimaldi dé Bueil ,. éludèrent la demande , en leur conseillant de ré^ pondre .qu'ils se réservaient d'accorder un dott gratuit , lorsque le Pape , ou le Grand-Maitre de fthôdcs, auraient Consenti à armer en sa faveur ( MS.' delte cose di Nizza ).

..^i.Çjha^-lotté de Cjpre et Ludovic sdn épofu^ , morts à Ripaille dans un âge très-avancé , et sansi enfans j léguèrent tous leurs droits sur Théritage des Lusignans à la Maison de Savoie , par» testament du 27 février i/fi^ ( Mémoires ïnstoriq. sur la Maison de Savoie , par Je Marquis Q>sta de Beau regard ).

*2 Le Bâtard de Cypre épousa en 147O Cathé-* rine Gornaro fille d'un Patricietf de Venise , dont il eut un fils qui mourut empoisonné. Gathérine restée veuve , légua tous ses prétendus droits à la République de Venise , qui épousa sa défense et l^L déclara fille de S/-Murc ( Murât. , ann. ilal. },

partie de ses navires sur les rivages de Cj'pre , capturés par les rebelles, ou engloutis par la mer, 3ans compter nombre de braves qui périrent en combattant pour une cause étrangère à leurs intérêts. Le Duc Louis , abreuvé lui-même de chagrins domestiques-, neut ni le loisir, ni les xnoyens de rpparer ces désastres. Philippe Comte de Bresse son troisième fils , dont le caractère inquiet et turbulent troubla si long-tems la paix de sa famille, ne craignit pas de faire intervenir le Roi de France Louis XI dans ces débats, tandis que René d'Anjou Comte dç Provence , profitant de Foccasiori , renouvella ses injustes prétentions sur la ville et le Gcmité de Nice; le 2Q novembre i464? on vit paraître à la Cour de Savoie Jean du Loup , porteur d'une sommation , au nom du Roi René^ dans laquelle ce Monarque, protestant contre les cessions faites par Louis d! Anjou III et par la Reine Yolande ^ sous prétexte de violence, demandait impérieusement de rentrer en possession d'un pays inaliénable des états de Provence * i . JjC Duc indigné de reffronterie de ce message ,

♦i Mém. manusc. du Greffier du Tilleti MS, hîat, plp. marit. , liv. i5%

répondit avec dignité , que ses titi*es de possession étaient solennels et irrécusables , et qu'avec l'aide de Dieu, et l'assistance dtt Roî de France son gendre , il aurait repoussé paf la force toute agression à main-armée. C'est précisément pour l'intéresser à la justice de sa cause qu'il fit le voyage dç Paris; Louis XI ^ touché de ses plaintes , convaincu d'ailleurs que les prétentions de René d'Anjou n.' étaient pas fondées, termina lui-même cette étrange discussion , en faisant entendre au Comte de Provence que s'il commençait les hostilités , il n'aurait pas balancé à se déclarer contre lui '•'i. Le Duc retournait au sein de sa famille, heureux et content d'avoir conservé la paix , lorsque attaqué en roule d'une fièvre violente , il mourut à Lyon le 29 janvier 1 465 , âgé de 63 ans. Sur la fin de sa carrière il s'était occupé de plusieurs rèalcmens utiles touchant l'administration de la

♦i Dupuy , traité des droits du Roi de France , a omis malicieusement de rapporter ce dernier fait €n parlant des négociations qui eurent lieu dans la suite , lorsque les successeurs de Louis XI , héritiers de la Maison d'Anjou, élevèrent de nouvelles prétentions sur la ville et le comté de Nice ; cette remarque est importante pour en prouver la futitit^ jet rinjuslice.

i34 justice^ se livrant avec Anne de t'iisigrUiU à des actes de charité et de munificence envers les couvens et les églises *i. D laissa le trône à son fils aîné y qui lui succéda

^i La ville de Nice doit au Duc L0UÎ3 et à 4^n6 de Lusignan , son épouse , la fondation du célèbre couvertt de S.**-Croix , où s'établirent les Frère» Mineurs de l'observance. Le Pape Pie H, par BuUe datée de Bologne le 19 mai 14^9 , eu autorisa la fondation, et par lettres expédiées du Château de Montcallîer , le 27 avril de Tannée suivante , la Duchesse de Savoie ordonna aux Consuls dé Nice de chercher un ipcal convenable pour cet établissement 9 et de procéder aux constructions de réalise et du monastère à &e& frais. Ces Magistrats achetèrent d'un particulier nommé Jacques André un enclos hors de la ville ^ situé au-delà du Paglion «ur la route de France , non loin du couvent des Carmélitains 9 et c'est-là que François de Ravenne^ envoyé tout-exprès pour organiser l'institution des Frères Mineurs de S. '-François , jetta la première pierre de cet établissement le 17 novembre 1460 j l'église était regardée jadis comme un modèle de bonne architecture , et le monastère , un des plus vastes de la Provence et de la Ligurie j il fut détruit lors du siège de i545, rebâti après cet événement mémorable* et entièrement ruiné dans les guerres suivantes ( Archiv. publ. Civit. Nie; Paul. Brit. in monum. ^ Lujilov. Revelli in veter. monum.; MS. hist. ?ilp. mar. ^ liv. i3.®i Gioffred., de Episc.^ pag. 195 ).

'j35 sons le nom ai Amédêe IX. Ce Souverain stir- Bommé le Béat y à Gauae .de se& vertus chré^ tiennes jet de sa grande dévotion^ livra te timoa des a&ires à la Duchesse Ko/!an^0 sonépotise> fille de Charles VII Roi de France *i. Il s'empressa cependant de signifier aux consuls de Nice son ayëneinent au trône , par lettre» du 24 février Suivant ^ apportées par son écuyer Michel de Rimlta y dans lesquelles il exhortait les habitans à continuer dans leurs séntimens de fidélité^ leur renouvellant tous les anciens privilèges, et confiant à leur bravoure et loyauté la défense de la ville et du château. Il nomma en même tems pour capitaine de mer son conseiller Lambert de Grimaldiy Seigneur de Monaco, avec commission expresse d'activer la construction des galères pour la garde du port de Villefranche et du lilioral *2, d'autant plus que les corsaires ne cessaient de débarquer sur la côte où ils commettaient des brigandages continuels.

♦i A la requête de la Duchesse Yolande de Saroie , le Pape Sixte IV , par bulle expédiée en 1473 , réduisit l'Abbaye de S.'-Pons en Commanderie, dont il investit TEvêque de Nice Barthélemi Chuetti ( Gîoff. , de Episc. Nie. Civit. , pag. 196 ).

^a AÏS. hist. alp. marit. , liv. i^*

des bienfaits qui signalèrent ravënement ââ trône XAmédée IX, prouvent que ce Prince portait dans son cœur le désir de faire le bonheui' de ^>^'& sujets ; mais trop éloigne du bruit des affaires , trop confiant dans ceux qui exerçaient en son nom l'autorité Souveraine , on ne connut la durée de son règne d'environ sept ans , que pai' la renommée de sa piété et des vertus chré-^ tiennes, auxquelles il consacra presque entière fnent sa vie.

i3^ Ghapi-tre V,i

Siège de Monaco — La peste désole la Paille et le Comté de Nice — Convention de Saint - Laurent du Var — Incendie de Saint" Martin-Lantosca — Mort dAxnédée IX — Règne de la Duchesse Yolande — Réunion du Comté de Provence à la France

— Petite guerre des Provençaux — Lé Duc Charles de Savoie vient à Nice — Régence de la Duchesse Blanche — Arméniens: ma-ritimes de Jean Galléan dans les ports de J^ice et de Villefranche — Sa catastrophe

— Paix de Barcelonne — Tremblement de terre — Désastres^ jusqiiau comment cernent du règne du Duc Charles III^ surnommé Le Bon.

La mort de François SforzUy Duc de Milan^ donna le premier signal des troubles qui éclatèrent sur le3 frontières du Comté de Nice. Ce Prince guerrier , d'un caractère inflexible , inspirait la soumission et la crainte dans toute la Ligurie^ dont il se disait le Seigneur Sou« verain; dès qu'il eut payé son tribut à la nature , les Marquis dû Carrât , le« DQrUn 4f

^38 Dolceacqiia et les. Gnmaldi de Monaco y s'affranchirent d'un joug qui pesait à leur orgueil; Gafleas , fils de François , iavoqùa le traité d'alliance avec le Duc de Savoie , et sollicita viyement son appui contre les rebeUes. Quoique entièremeoc pacifique, Amédée U^ était encore plus scrupuleux à remplir les ehgagemens de ^8 prédécesseurs. Il écrivit au Gouverneur de Niccj Jacques de Monthel ^ Comte d'Entre- ]3fiQnt^ d'employer ses bons offices en faveur du Duc de Milan : celui-ci envoya à Monaco son Lieutenant Claude Bonardiy chargé d'entamer une négociation; mais cet Officier, au lieu de wénager un arrangement, s'emporta en rudes menaces ,contre Lambert de Grimaldi, qui de ^on coté lui répondit avec hauteur et lui intima de sortir de la place. Alors l'orgueil offensé de l'un et l'humeur altière de l'autre , rendirent impossible toute conciliation. Honoré Grimaldiy Châtelain de S.te-Agnès , oubliant qu'il était yassal <lu Duc de Savoie , osa , pour venjçer la querelle de son parent Lambert ^ ravager à main ermée. les territoires d'Eza et de la Turbie. Indigné de cette trahison, le Comte d' Entremont le déclara coupable de félonie et déchu ^§ la cWge. de châtelain. Il somma eu, ïï\èvaj&'^

*39 tems Lambert Grimaldi à recevoir gamifion

dans la forteresse de Mouaco , au nom dii Duc de Milan ^ et de veûir - en personne r^nouveUër l'bomingge. pour les fiei& de Roccabmqe et de Mentoa,; Ce Seigneur , comptant sur les secours que les Comtes de Tende et les Marquis da Polce^cqua lui avaient • promis ^ persista dans la révolte ; il fallut employer la force des armesw Le Gouverneur de Nice* mit sur pied les milices du Comté , et secondé par Christophe^ GioffredOy riche armateur de Viltefranche *i, qui sortit du port avec plusieurs bâumeiis nrméJI en guerre^ il alla qn. personne inveacir'l^plftcô de Monaco. Nous ne nous arrêterons pasaule détails d'un siège opiniâtre ; il suffît de dire

♦i Christophe Gioffredo fils de Cosme , nc^tLE da Gênes , vint s'établir à Nice au commencement du i5.* siècle 5 en 1466 , il fit construire à sts frais plusieurs navires , parmi lesquels une grosse ga-* lëace qu il mit à la disposition du gouverneur Comte d'Entremont , à l'occasion du siège de Monaco. C'était un excellent marin accoutumé à 'courir les mers ^ et dont les corsaires AtVicaios avaien^ sou^ yent éprouvé le courage. Par diplôme du 19 février 1468 , donné au châle au de ' Montcallier , Amëdéft IX le nomma capitaine de galère , et lui confia la défense du port de Villefranche (MS. hisior. alp* marit. liv. iSj MS. dell^ ço$ç 4i AUzà), .

que Griinaldi repoussa plusieurs assauts , pen-» dant deux mois ^ m<iis qti'enfia , réduit à ht dernière extrémité , désespérant de recevoir des secours^ il accepta une capitulation *i , qui rapiena la paix ; cette expédition valut au Gouverneur et aux Consuls de Nice une lettre du Duc de Savoie, en date du 3 septembre 1466^ dans laquelle il les remerciait alTectueusement du zèle et des sacrifices qu'ils avaient faits pour le succès de ses armes *2.

Cependant les conséquences de cette guerre? furent bien funestes , car , la peste s'étant manifestée^ on ne sait comment^ parmi les habitans de Vintimille et de Monaco , ceux-ci la communiquèrent aux troupes du siège. La contagion se répandit rapidement non-seulement dans la ville de Nice, mais encore dans toute l'étendue du Comté ; son souffle destructeur infecta les jcivages de la Provence, et du Languedoc, et

*i En vertu de cette capitulation, signée le 5 du mois d*aoùt 1466, Lambert de Grimaldi et son épouse Claudine^ vinrent à Nice renouveller personnellement au Duc de Saroîe Thommage pour les terres de Roccabrune et de Menton ( MS. hist. alp, marit. liv. i5.® ).

"^2 MS. délie cose di Nizza. ^ ■

mcme la barrière des Pyrénées fut insuffisante pour arrêter ses ravages.

Jj'année i^S'j sera à jamais mémorable dans nos annales ^ par les calamités sans nombre qui s'appesantirent sur la patrie à la suite de ce /" terrible fléau ! Toutes les affaires publiques suspendues^ les maisons désertes et abandonnées^ les cadavres entassés dans les rues ^ le reste de Ja population poursuivi par la mort ^ errant dans les campagnes , sans secours et sans alimens , voilà l'horrible tableau qu'offraient la ville et les environs de Nice ! On vécut pendant plusieurs mois en rase campagne, en proie à tous les besoins, se fuyant les uns les autres comme d'objets d'épouvante et d'horreur. Oh ! combien au milieu de ces scènes de désolation la phmie de l'historien aime à recueillir les traits de dévouement et de générosité qui relèvent l'espèce humaine de cette déplorable dégradation! Nous signalerons à la reconnaissance publique Robert^ Abbé de S.t-Pons, et Guillaume Lascaris , moine de ce couvent , qui, au péril de leur propre vie , se consacrèrent à servir les pestiférés *i ; l'Évèque Barthélemi Chuetti y in-

*i Gioffredî , dans son Aicœa civitas par3 II de ]!lpiscop. , ne parie que d'une maladie épidémique :

trépide au milieu des cadavres et des mourans'> leur portant les dernières consolations de la reli» gioo^ et le consul Jlbert Galléarty qui sacrifia toute sa fortune au soulagement de ses concitoyens *i. Le dénombrement des habitans fait, quelques mois après, par les ordres dû .Comte dEntreinont , porta les morts à sept* mille huit^cent trente-trois , parmi lesquels dieux* cent^onze religieux de tous les ordres, ce qui

)» Anne 1467 iulio mense , laborantc Nicîensi Urbe ^ morbo epidemiae i^. Mais il se trompe certainement, car Ludovic Revelli , Tannaliste Giustinian} et les hîstorien.H Provençaux Bouche et Papoa , rm laissent aucun doute sur Texistence et les ravaget de la peste, ils résultent du MS. hist. alp. marit, du MS. délie cose di Nizza , et d'un acte trouvé dan» les archives du monastère de S. '-Pons , passé t in i> territorio Niciie non longe a loco Yîllafrancœ ifii » Carrobiera Ballestini de Ormea, dicti loci, pro- 3> pter crudelissîmum morbum pcstiferum in prœ-

^ dicta Civitate , perte destructa , régna ntem ♦

*i Albert Galléan jouissait d'une grande fortyne «cquise dans lé commerce maritime , car dans le i5,* siècle \c& plus riches gentilshommes du pays se faisaient gloire d'y consacrer leurs fonds \ à lleacenfiple tles patriciens Génois. Son frère Jean Galléan , homme de lettres distingué , et profond: moraliste de son tems , partagea les bienfaits et les nobles travaux de ce vertueux Magistrat ( MS. dttle €Ose di Nizza )•

i43 indique qu'à cette ëpoque on continuait à embrasser de préfèrence la vie monastique , et prouve aussi de quel esprit charitable ils étaient animés *i. ' *

Dans le village de S.t-Laurent du Var y- anciennement appelle Castrum Agrimotitis , il ne resta pas un seul habitant^ ce qui obligea Ra^^ phctel de Morts , Évêque de Grasse et Seigneur de cette terre, dé recourir à FÉvêque d'Al-*. benga , pour obtenir la cession d'un nombre de ses vassaux, afin de le repeupler. Ce préLtt* lui envoya trente familles de la vallée d^Oneillc > auxquelles, par convention signée à Nice, le 16 moi i4^> Raphaël accorda gratuitementl'habitation du village-, et- la distribution des' terreins en firiche, sous la simple obligation' d'entretenir, à titre de redevance, une barque' sur les eaux du Var, pour le passage des pèlerins et des voyageurs, sans exiger d'eux' aucune rétribution *2. Cette convention tombéeen désuétude, deux siècles après, donna lieu* à de longues discussions entre les habitans de' S.t-Laurent et les consuls de Nice, intcîressés'

*i MS. délie cose di Aizza j Ludovic Revellî ; archiv. Monast. S. Pont.

*a MS. hist. alp. marit. -, Bibl. Roy. de Turiù.'

h. favoriser le passage du fleuve pour F avantage du commerce. On commençait à-peiae à s'y livrer avec quelques succès, qu'un nouveau dé-» sastre vint ajouter aux calamités des. habitans, . Le village de S.t-Marlin^Lantosca , situé sur la route construite en i43i par Paganino DalpozzOy était devenu * important à caisse du passage continuel des marchandises , que l'on transportait à dos de mulets, des ports de ViU lefranche et de Nice , en Piémont , en Savoie et dans la Lombardie ; il y avait des magasins vastes et'commodes pour l'entrepôt, et un grand nombre d'habitations bâties en bois à cause de la facilité et de l'économie qu'offrait ce genre de construction , les montagnes environnantes étant couvertes de superbes .forets. Un fimesCe accident réduisit cet établissement en cendrés U La foudrp tomba sur des granges remiplies de paille , et y mit le feu ; le vent propagea rapidement Fincendie d'une maison à l'autre sans qu'il fut possible de l'arrêter , et les flammes n'épargnèrent rien ! Indépendamment de la ruine de toute la population , le commerce perdit les marchandises qui se trouvaient à l'entrepôt, pour la valeur de 1 60,000 florins d'or *i. Amédée IX*

^i MS. hist. alp. marit. $ BibL.Roy. de Turîi^.

entendit dii'fond de sa retraite les cnsde de*" semoir de tant de &milles^ rédmtes à la misère y^ son cœur paternel vifemeiit touche de ce désastre s'épancha tout' entier dans un* reaoript Ducal adressé au Gouyemeur de Nice ^i ^ par . lequel il ordonna la recoiistruction du village de S.t-Martin^Lsmtosca aux frais du trésor ; assigna une somme annuelle sur les revenus des gabelles, pour distribuer des secours aux habitans ; letir accorda enfin Texemption de tout impôt et redeyance pendant l'espace de doùzo* années suoces^ives.... Ce bon Prince seiàblait ne s^éire réservé pour Uii que les actes- de bien- £dsancef

Sous Fadministration faible de la Duchesse Yolande^ les États de Savoie , déchirés par ^eux partis ég^ement ambitieux, éprouvèrent de funestes secousses. D'un côté le Roi de France Louis XI , à la faveur des liens du sang qui l'attachaient à la Duchesse , voulut diriger les aâkires selon les intérêts de sa poHtique ; de l'autre les Princes de Savoie, secondés par les principaux Seigneurs et Barons, formèrent une opposition connue sous le nom de Ligue

*i MS. délie cose di Nina j bibl. Ardiss. lo Vol. H.

iiu bien pubiic, dont PhUippe, Comte de Brc^se> ^ déclarai le chef; ces dissensions de famille^ «en abreuvant de chagrins le sensihle et pieux j^rnédée y hàlèreûi la fiiï d'une vie .présquen* tièiseinent consacrée à Dieu; il mourut^à Verceil^ le i6. du mois d'avril i47^^ laissant le trône à son fiis aîné Philibert I.'^ y à*-pèine'' âgé de six..^Si

Les iutngués du Roi de France firent donner la tégençe à la Duchesse Yolande) mais leé çi^cles du Prince mineur /ne voulant pas la reconnaître^ revendiquèrent leurs droits les armes à la main. Le Duc de Bourgogne , Charles le Té* mer aire , ayant pris part à cette querelle > me-* naça d'envahir les Etats de Savoie. La Duchesse^ environnée d^ ennemis ^ eut recours à la fidéhlé des habitans de JN^ice, dont elle connaissait le dévouement; Antoine dOrlj de S^t-Innocent^ successeur du Comte d Entremont y leva uit corps de quatre-mille miliciens y avec lesquelp il marcha en personne contre* lès. Suisses ei les Bourguignons réunis : mais la fortune trahit son courage ; il perdit la vie en: combattant à la tête des braves Niçards qui avaient généreux sèment abandonné leurs foyers pour accourir à la défense du Souverain : ' Charles le Témé'^

Taire osa souiller sa victoire par uûe làcht trahison ; il fît enlever la Régente aux environs de Genève^ et la retint prisonnière ; le. jeune pue échappa heureusement au; piège y par le dévouement de quelques officiers de sa n^soa qui le délivrèrent des .mains des Bourguignon^ S'étant réfugié à la cour de Louis XI , ce Mo* narque ^ en lui accordant sa protecfûoh y s'empara lui-même de la régence y et par conséquent des États de Savoie ^i. Pour nlieux s'assurer dit Comté de Nice y il en confia . le gouvernement général à Philippe Comte dé Bugey y frère ^Amédée^ et oncle de Philibert y titres qui déterminèrent \^^ habitans à se ranger sous soi^ autorité *2^

Mais dans rintervalfe la Duchesse Yolande ayant recouvré sa liberté , le remplaça par Janus

* I Guichenon ^ hist. de la Maison de Savoie g Mém. hist. du Marquis Costa de fieauregard.

^a Philippe Comte de Bugey ^ en sa qualité de lieutenant-général du Comté. d^ Nice, accorda aux habitans tous leurs anciens privilèges, par acte du a6 novembre ^476 9 passé à Nice dans le palais ducal , en présence de Hugues Grimaldi » Honoré Richieri , Jacques Oalléan , François Gioffredo et Matthieu Marquesan (MS. Jiistor* alp. maritiuip liv. li* ).

l48 de Sasfoie , Comte de Genève et Baron du Fansi

signy ♦!.

Si Philibert eût vëëti/ àfen régné eût égale?

peut-être celui diAmédée VIII , car ce jèiine

Prince annonçait les meilleures qualités pour

bien gouverner; il mourut à Lyon le 22 avril

1482 ^ à la suite d'une maladie lente ^ attribuée

au poison *2é La Puchesse Yolande \e smvit

de près au tombeau^ et Charles L", son second

fils y monta y à l'âge de quatorze ans ^ sur un

trône environné d'écueils , qui semblait idevoir

s'écrouler sous la puissance de Louié XI.

, Ce Monarque avait, dit-on, formé le projet

de gouverner les États de Savoie , comme une

^i II ne parait pafi| que le Comte de Genève ait jamais pyris po^se^sion, ni exercé la charge de lieur tenant-général du Comté de Nice, puisque ses lettrespatentes de nomination furent expédiées sous la date du i3 mars tl^fy^ ^ èX. que* le 21 avril de la même année Ludovic D'Avranchy , conseiller ''et maître d'hôtel de la Duchesse, exerçait à Nice la charge de gouverneur , ainsi que cela résulte d*un acte passé le même jour avec Lambert Grimâldi , seigneur de Monaco , au sujet de quelques contes^ tations qui s^étaieiit élevées , touchant la terré dé Menton , dans lequel il n'est fait aucune- mention «lu Comte de Genève ( MS. d^lle cosediNizza ),'

'*^ Gnichenon, hist. d» la Maison de Savoiet* '-'

i4sf

{MTovince .Française. j^ heûreusemeiit la mon lé Surprit lui-même au milieu de .ses projets am-» bilieux^ et débarrassa le jeune Duc d'un tuteur inconunode. Charles saisit alors les rênes du pouvoir d'une main ferme et vigoureuse ^ au-« delà de ce qu'on pouvait s'attendre de Tinex^ périence de son âge; il. montra autant de cou-^ rage et d'habileté comme bon capitaine ^ que dei génie et de prudence conmie excellent admi-^ nistrateur ; il sut réunir toiis les partis qui divi-' saient le peuple et la cour ^ et en imposer aux ennemis extérieurs, en se créant de nouvellesi ressources puisées dans l'affection de ses sujets. Pendant la durée de ces trotsbies ^ la ville de Nice, éloignée du foyer des intrigues et des révoltes, entièrement occupée de ses intérêt» particuliers^ se conserva fidèle au Souverain légitime.

. Quelques discussions entre l'Évéque et l'Abbé de S.t-Pons, terminées en 1476 par l'arbitrage êi Antoine Fiesque Évéque de Mondovî , délégué du S.t-Siège j Itachevement du couvent de Sainte-Croix en 1474» ^^^ craintes de peste en 1 479 , qui heureusement ne se réalisèrenl point ; des querelles particulières de famille ^

«agemiçiit coQciUées pai: le^ soins du gouyerBCiv

i5o Philibert de Cbmpeyig * * ; enfin (jueTqties arine*^ mens maritimes faits dans le poit de Villefranche par Foulques P^arletti et par Christophe Giofjfredo *2, voilà les ëvénemens importans que nous avons pu recueillir dans nos annales^ jus* qu'à la mort de René Comte de Provence *3 ; l'héritage de la maison d'Ajijou étant alorf

*i Les fiefs du Broc et de Garros^ compris danf la jurisdiction du Comté de Nice , furent troublés en 1479 > par la haine qui existait entre Pierre Gîraud seigneur du premier , et Urbain Roncaglîa qui possédait le second. Barthélemine de Garros , choisie pour gage d'une réconciliation , n'ayant pasr vouln épouser le seigneur de Broc , celui-ci la fit lâchement assassiner ; le père de la victime vengea sa mort en égorgeant de ses mains un frère de l'assassin ; les deux familles se livrèrent ensuite à des cruelles représailles^ qui obligèrent le gouverneur de Nice à faire marcher quelques troupes ; il parvint enfin à les reconcilier par transaction signée le 9 mai 1479 dans l'église de S/-François , avec serment prêté sur les Saints Evangiles ( MS. hîst. alp. marit. ).•

*2 Foulques^ Varletti et Christophe Gioffredo , gentilshommes de Nice , armateurs du port de Villefranche, devinrent la terreur des corsaires Bar-» baresques^ et entreprirent plusieurs expéditions dans les mers de la Syrie , qui leur apportèrent de grandes rîclicsses ( MS. hist. alp. marit. )•

^5 Reii^ d'Anjoli , mort san^ postérité le 11: juillet

tSi

passé à Charles VIII Roi de*: France^ iceité acquisition compromit bientôt la tranquillité dont jouissaient les habitans de Nice. Les Syndics dé S.t-Laùrent du Var voulurent établir un droit de passage sur les eaux de ce fleuve , innovation contraire à la convention de 1 468 ; TÉ véque de Grasse^ investi de la comiaissance de cette affaire^ nomma en qualité d'arbitres , ClémerU dAlberti et Jean Merà ; il intervint une sentence du !2& septembre 1 48o , en faveur des habitans de* Nice; ceux de Saint*Laurent refusèrent de s'y soumettre^ et cette discussion de peu d'intérêt fit naître une animosité réciproque au préjudice des deux populations ; quoique la Cour dé France montrât en apparences les intentions les plus pa* cifiques envers» le Duc de Savoie , elle n'en &vorisait pas moins en secret ces première^ semences de discorde ; aux calculs d'une poli-»

14S0 , institua pour son héritier Charles Comte dw Maine; mais ce prince étant mort le 11 décembre de Tannée suivante , légua tous ses droits sur la Provence à Louis XI et au Dauphin son fils , qui régna Bomè le nom de Charles VIII. L*édit définitif de réunion des Etats de Provence à la couronne-, est en date du 217 octobre i486, donné au Ghâteai| de Compièj^ne (Dopuy, traité des drpits duRoi df» Francf ).' • • < • ■ ".* ^

tique astucieuse se joignirent les; llrfitfes et tes rivalités particulières ^ de . sorte que , pendant plusieurs années^ on continua à. vivre dans un état funeste d'hostilités , sans Fintervention directe des deux Souverains. L^ avantage était phis souvent pour les citoyens de Nice , particulièrement SUT mer ^ où les armateurs de Villefranche s'étaient rendus puissants et redoutables.

En 1 48^' y la flotte àes Chevaliers de Rhodes vint débarquer à Villefranche le Prince Zizim, ifrère du Grand Sultan Bajazet y qrfib avaient fait prisonnier. Ce fut pour la population un spectacle à-la-fois curieux et nouveau^ de voir cet illustre captif, accompagné d'une foule d'esclaves , conserver dans les fers la dignité df son rang , et étaler le faste du luxe Oriental .Quoique enfermé dans le château de Nice, ai lui laissa une s^parence de liberté , dont ii profita pour converser avec les principaux Gentilshommes du Pays , envers lesquels il se montra affable et généreux *i. Le Prince Musulman ^e. rendit à la Cour de Chambéry, poiur assistai aux fétds du mariage du Duc tivec la Princesse Blanche ', fille du Marquis dé Monferrat : cô

^i MS. hist alj^ mar.^ MS. délie co$e 4* .NkM>^

fiit moihsr pour lili proçtorer :\0k^ jstçioucissemeM à son malheur ^ que par un sentiment de eu-* riosité. : le3 Envoyés de la Ville de Nice , Jfer-' trand Hiquieri et, Jean Roccamaura , sai~ sirent cette heureuse circonstance, pour meUre aux pieds da trône . les vives doléances des hahitans contre les vexations ' des Provençaux qui dévast^ent la frontière du Vaï\ Charles de Savoie leur répondit^ que son intention étant de venir visiter lui-na^me ses .sujets au-delà des monts , il s'en occuperait aussitôt qu'il aurait * terminé la guerre avec le Marquîs^ de Saluces.

Sur cette assurance ^ le 0)nseil Municipal

I vota spontanément un don de vingt-mille florins^ .et au moyen de cette somme ^ le Gouverneur

: Hugues de FtSt^est leva un corps de trois-mille honmles sous les onlres S Honoré Grimaldi^ qui se couvrit de gloire au siège de Mulazzano. Cette place résistait depuis long-tems aux efforts de l'armée Savoyarde , et le Marquis de Saluces^

, derrière ^s fortes murailles . semblait défier le courage des assiégeants; Grimaldiy à-peine arrivé avec son corps de volontaires ^propoise de monter à l'assaut ; il s'élance sur les échelles , parvient au haut des murailles l'épé^ à lamain^ ^iforc«

i54 enfin F orgueilleux Marquis à mettre bas les

armes *i»

Tandis que les vainqueurs repassaient lés alpcls^ couverts de nobles lauriers> la Provence retén-^ tissait du bruit des armes. Charles VHI mëditait la Conquête du Royaume de Naples , et le Duc de Savoie, inquiet des préparatifs immenses de guerre qui se faisaient sm* les fison^ tières de ses états, sans en connaître la véritable destination, se hâta de venir à Nice, pouû^ mettre la ville et le château en état de bonne défense. H passa les alpes dans les 'premiers jours du mois de septembre 1 488 , suivi d'une Cour brillante '*.i , cotKluîsant avec lut un bon

"*! En rëcompense de cet exploit le Duc de Sa- Toie accorda à Honoré Grîmaldi le fief de Miriii%r San V par lettres-patentes datées de Carignan le 25 août 1487 ( MS. hist. alp. marit. ).

""a Parmi la foule des seigneurs qui composaient le cortège du Souverain , on remarquait particoliôrement le Baron Anselme de Miolans , maréchal, de Savoie ; Pierre de Piscinis , seigneur de Brandisson; Hugues de la Palucl 9 comte de Varax ; Philibert de Chalans , baron d'Amaville ; Antomè de GingÎQS, seigneur de Divone , et Jacques -de Gallëan , avocat fiscal de la Cour Suprême d^ Chambéry ( Relation manuscrite de Bertrand Ri**. cliîero ). - >: ■ \'- ' V '■■•■* • ''

nerf de troupes destinées à la défense du pays ^r; Son voyage à travers les montagnes du comté fut une fête de famille. Dans la matinée du 3ô oetobre on apprît à Nice y que le Souverain allait arriver. Aussitôt les Consuls s'empressèrent d'aller à sa rencontre jusqu'aux confins du ter* ritoire.

Etant arrivé au quartier de l'Ariane, Charles descendit de cheval au milieu des cris mille fois répétés de vii^ Savoie; là «ut lieu une pre* mière scène animée par les plus dou!C sehtimens de respect et d'amour *2. Le cortège se mî* ensuite en marche vers la ville de Nice, offrant le long de la route le tableau le phis intéres* sant. Le Souverain , en habit de guerre , monté sur un superbe coursier richement caparraçonné'^ marchait au petit pas, précédé et suivi par ses gentilshommes , entouré dp ses gardes , salué par une double haie de peuple , qui faisais éclater son ivresse par des bruyantes acclamations. Les Consuls tenaient les étrîers et la bride de son cheval. Une troupe de jeunes garçonsi,

*^i' Quatre compagnies de fantassins Suisses , les hallebardiers de la garde et 400 hommes de cava*' lerie ( Relation manus. ibidem ).

*2 Relation manws. dt BerIraBâ Richier».

choisis patmi JU prelnière noUesse , portait f e^ armes de Savoie et de la Ville, au bout d'une longue pique entourée de fleurs; d^ autres agi-* taient des rameaux d'olivier en signe, de réjouis* sance, les mères offraient leurs, enfans^ les vieillards lui tendaienl les bras ^ et semblaient oublier le poids des aimées. C'est ainsi que le Princ© arriva aux portes de la Ville, où il trouva l'Evéque , le Gouverneur , le Juge-Mage et tous les Employés civils et militaires, réoms ' pour le recevoir selon le cérénaonial *i. Le Duc ay^nt de nouveau mis pied à terre ^ s'agenouilla •sur un coussin de velours pour baiser les Re* liques apportées expressément par l'Evéque ; il , se plaça ensuite sous un baldaquin à six bâtons^ et, précédé par le clergé, il se rendit directement à la Cathédrale ; en consacrant à Dieu ses premiers hommages, Charles ajouta au vif intérêt qu'inspiraient la dignité de sk>n air, la noblesse de ses traits et le charme de sa jeunesse*

Des fêtes continuelles célébrèrent à Nice le

séjour et les bienfaits du Souverain *2 ; mais

*i L'Evêqqe Barthélemi Chuetti , le Gourcrncur Hugues de Forest , son lieutenant Guillaume de Fo« rax , et François de Portis juge-mage de la ville*

fa Nqus croyons faire , plaisir à nos Lecteur* de

des intérêts pressants le l'appelèrent presqu'aus^ sitôt en Piéinont; il paraît qu'ayant pourvu à tout ce qu'il jugea nécessaire pour là défense du château^ dont il admira les fortifications^ ce bon Prince n'eut pas le tems de réaliser les espérances qu'il avait fait naître. Du moins hourf ne connaissons de lui autre chose , sinon , qu'il assista à un Chapitre pt^ovincial des Dominicains tenu à Nice, le 3 du mois de novembre , qu'il accorda à ces religieux la permission d'introduire en ville des vins étrangers pour l'usage de leur communauté ; qu'il reçut l'hommage de J9arthélemi Doria y Marquis de Dôlceacqua, auquel il concéda le libre transit des marchandises venant du Piémont , sans aucun payement de g^elles; enfin qu'il nomma pour Gouverneur

donner à la fin de ce Chapitre la copie fidèle de la relation manuscrite, en langue vulgaire, de Bertrand Richiero premier Consul de là ville en 1488, sur l'arrivée à Nice du Duc Charles I.**" , telle que nous Tavons trouvée dans le MS. hist. alp. marit. , liv. i5.^ ^ d'autant plus que cette pièce curieuse qui trace tout le cérémonial de la réception du Souverain 9 fait aussi connaître la simplicité des mœurs des habitans au i5.^ siècle, et donne une idée nonseulement de notre langage , mais encore de la singularité des usages qui se pratiquaient en pareilles circonstances. — Voyez (A) à la fin du Chapitin ^

i58 <Je Nice, à la place dé Hugues de For est ^ appelle à d'autres fonctions, Pierre de PiscùûSy Seigneur de Brandisson , un des gentilshommei de la cour, qui jouissait particulièrement de sa {àveur ^^ i . Voulant aussi récompenser la Comtesse de Tende, Marguerite du Carretj veuve dUHo^ noré LascariSy de la magnifique réception qu'elle lui avait faite à son passage dans ses terres, Charles lui accorda , sans aucun payement de droits , le transit de toutes les denrées, marchandises et l>cstiaux, qui passeraient par les vigueries du Comté de Nice pour aller en Provence, et de Provence dans ^^ domaines, tant pour son usage parti* çulier , que pour celui de ses vassaux *i2. Cette concession contraire aux privilèges des vigueries, trouva une forte opposition dans le zèlè de Mathieu Marquesan Conseigneur de Coarraza, Toët et Falicon ; il fit valoir avec fermeté les lettres-patentes et la sentence arbitrale prononcée à ce sujet par le Duc Louis en i453., et obtint une année après la révocation de Tédit. Si le noble dévouement de ce magistrat consulaire

*i MS. hist. alp. mariL liv. i3*.

*2 Par lettres-patentes expédiées de Chambéiy le 24 janvier 1489 ( Capriat., ist. de'Conti di Ten» d^^ Albert! , hist. de Sospello ).

ipiéi^ite des e loges y pour aVoir soutenu les in<^ tdrét^ de ses administrés ^ la justice do Souverain^ qui écouta ses réclamations avec bienveillance^ n'est pas moins digno d'admiration et de gra • titude. Charles , IJ' avait pour guide imique de ses actions une exacte équité^ l'amour du bien public I et le respect des conyentions. Hélas I U fut enlevé à Tamour de ses peuples à l'âge de :3t ans^ victime d'une maladie de langueur»....» Gomme quelques mois auparavant il s'était rendu à la cour de Charles VUE pour traiter un ar* rangement au sujet du Marquisat de Saluées^ on parla de poison j mais ces bruits populaires^ dénués de toute preuve positive ^ doivent être rejetés par l'historien impartial*

Pour faire l'éloge de ce jeune Prince , et justifier les regrets que causa sa perte ^ il suffit de dire que Bayard^ le modèle des preux et loyaux Chevaliers ^ élevé à la cour de Chambéry ^XL qualité de page du Duc , y puisa les nobles .sentimcns qui ont fait sa célébrité "^i. . Charles ne laissa après lui qu'un fils encore au berceau , nommé Charles Jean. Sa veuve

' ..^i M^mpires hîst. de la Maison de Savoie , par le Marquis Oosta de Beaure^ard.

i6a Blanche de Montfévvdt obtint la régence dcf ' États de Savoie , et quoique très-jeune elle^ fiiéxne, sut justifier son chois pour F habileté qu'elle mit à éviter les écueils dont le tr6ne était environné. Les habitans de Nice s'empressèrent de lui envoyer Jean de Grùnaldi Baron de Bueil, pour renouveller Thommage ^e leur fidélité *i , et ils en obtinrent ^ selon Tusage , la confirmation de leurs privilèges.

Cependant la République de Gênes^ jalousa de l'accroissement du commerce maritime de Nice sous le gouvernement pacifique de Charles I.% en conçut quelque ombrage; tout-à-conp^ saDS aucune déclaration de guerre y sans aucun motif légitime , elle ordonna à ses galères de. courir sur le pavillon Savoyard. Cette violation du droit des gens , dont la Régente se plaignit intrtïle* ment , inspira ' aux armateurs de Villefrànche les seiitimens de la vengeance, et fit naître un événement qui mérite de trouver place daùfi <!es annales.

Jean Raphaël et Claude Galléan , de Til-

^i A roccasion de ce message, Jean de Grimaldi obtint le titre de conseiller ducal et la çhâtellenie de Belvédère , château fortifié dans le baillage de Levens ( MS. hist. alp. marit. ).

ï6i lustre ÊuniHe Génoise y établie depuis long-tems \ Nice^ étaient 'à cette époque Faîne du commerce^ et les chefs de toutes les entreprises maritimes* Possesseurs de grandes richesses y entreprenans y habiles à manier les affaires , ils £ûsaient fructifier les ressources d'un pays ^ pauvre par lui-même^ mais actif et industrieux.

Jean y l'aîné des trois frères^ jouissait en outre^ comme marin y d'une haute réputation ; il s'était personnellement signalé dans plusieurs combats contre les corsaires Africains ; lâchement trahi dans les. mers de Messine par deux navires Génois qui le livrèrent tout seul à un brigantin Barbaresque y il fut obligé de se racheter de l'esclavage au moyen d'une forte rançon ; de retour à Nice , i! fît partager son ressentiment à ses frères^ arma h frais communs plusieiu's navires, et répandit bientôt la terreur de son nom sur les côtes de la Ligurie; pour faire tête à ce capitaine intrépide y la République rappclla les galères qui naviguaient dans le levant • force de céder à des forces supérieures^ Jean Galléan rentra dans le port de Nice ; Ih, toujours excité par le désir de la vengeance y il entreprit la construction d'un yaisseau de haut-bord y tel €j^A n'en existait pas çncore de jsemMable

Il Fol. IL

ehez aucune puissance maritime *i* hfis trojé frères j assistes des princijmui oégocians e^capi-*

^l Ce vaisseau était de la portée de 1600' tonneaux , extrémemeiit élevé de bord , fourni d'une nombreuse artilleiûe , ayant cent-cinquante hommes d'équipage , et susceptible d'une cargaison do poids de vîngt*sept-mtlle quintaux marc ( MS. hist. alp, marit. ; Giust., annal, di Xjen.). Cela paraîtra exagéré à ceux qui partagent le préjugé vulgaire , que les anciennes constructions maritimes étaient inférieures aux modernes : qu'on lise les annales de Giustinianr , on verra qu'en 1264 et 1293 » la République de G^nes lit construire des falères qui avaient 160 bancs pour les rameurs, portiiient deiv cent-vingt combattans , un nombreux équipage ^ et étaient en outre chargées en marchandises. Le savant Muratori , dans ses dissertations^ sur les anti-^ quités italiennes ( disserL 26 ) , parle aussi des célèbres galéacas de Venise qui avaient cinquante-* quatre bancs de chaque côté , et des vaisseaux nommés Uscieri , dont on se servait pour le transport de Fartillerie et des machines de guerre. On sait aussi qu'à la bataille de Fon^^a , en i4?5 ^ les Génois attaquèrent courageusement le fameux vaisseau d'Aragon , nommé La Magnana , d*une portée extraordinaire , et y firent prisonnier le iVoi de Ca» Stiile ( Giust, , annal, di Genî. anui 4^ et éfi& ). A faut donc en conclure que-, sauf les vaisseaux à trois ponts , les anciennes constructions surpassaient les modernes , et que l'art était hitvL phis avancé qu'on ne pen^.

listes et du Sénéchal de Provence , Aimard de Poitiers ,. qm leur fournit les hois , les fers et : ^cordages nécessaires^ y consacrèrent la majeure partie de leur fortune ; ce navire nommé le S.t-Jean fut lancé sur la plage de Nice , le 3 du mois d'avril 1 489 , en présence d\in grand iconcours de spectateurs attirés par la nouveauté» Galléan choisit pour sou écpùpage les marins les plus éprouvés , et voulut le monter lui-même en qualité de capitaine ; il fît plusieurs courses heureuses sur les côtes d'Espagne , de F Afrique ^t de la Sicile , poursuivant à outrance tous les navires Génois qu'il rcncontraix ., et mettant en fuite \^ galères de la République qui n'osaient plus l'attaquer; il revint enfin triomphant dans le port de Villefranche pour s'y r?ivitaiiler, con*duisant avec lui bon nombre de prises; mais tandis que ce courageux citoyen, excité par la reconnaissance publique , songeait à se remettre cti mer, les puissances maritimes d'Italie riva* lisèrent d^empressement à négocier l'acquisition du vaisseau le S«t*Jean , devenu l'admiration et la terreur de la Méditerranée. Le commerce de Florence écrivit aux Galléan y pour les engager à lui donner la préférenee; Don Frédéric (TA-^ i*'é'^^^ Vice-Roi de Naples, fit partir pour Nice

i64 Jean Doria de Gaëêe y avec l'offre de quinze

mille ducats d'or ; el la République de Gènes envoya Christophe Sals^ago en qualité d'ambassadeur chargé de proposer aux Consuls de rétablir la liberté du con'iinerce entre les deux. nations , moyennant la cession de ce navire à prix d'estimation.

.Ce li'élaiént pourtant que des propositions astucieuses pour éloigner l'agent du Vice-Roî de Naples , et pour avoir le teins de méditer une nouvelle trahison. Le conseil de ville assemblé plusieurs fois dans l'intention de terihîner cette affaire , éprouva des difRfcultés que l'envoyé Génois faisait naître sous différens prétextes. Tout-à-coup on apprit avec indignation^ que deux bombardiers Français gagnés à force d'argent, partis du port de Gênes sur un bateau rempli d'artifices, s'étaient glissés à la faveur de la nuit dans le bassin de Villefranche , et avaient tenté de mettre le feu au vaisseau. Pris en flagrant délit ^ ils trouvèrent sur l'échauffaud la peine de leur crime. Le peuple irrité contre Salvago\ qu'il accusait d'avoir conduit cette trame , assiégea sa maison, brisa les meublés et se livra aux transports d'une aveugle fureur. L'envoyé Génois, arrêté au moment qu'il cherchait à prendre lit

i65 liûte ^ ne .dut la conservation de ses jours qu'aux exhortations dcj J'Évêque, qui calma l'indignation popubire» Toute négociation étant ainsi rompue^ les GéiUéan firent des emprunts considérables^ Tendirent leurs bijoux pour dcut-mille écus d'or , et. avec leurs propres fonds armèrent en guerre une galère j deux galléotes et un brigantin pour les joindre au vaisseau le S.t- Jean. L'élite des marins de Nice et de Villefratxche s'empressa de partager les périls et la gloire d'une nouvelle course : l'escadre étant sortie du port de Villefcanche dans. les premiers jours du mois de jm'n 1491 > captura sur les côtes de l'île de Corse une carraque de la République .de Gênes richement chargée.

Au retour de la croisière une horrible tempote dispersa les bâtimens et jçta le vaisseau amiral dans le golfe de la Napoule. Julien de Magneri , commandant les galères de là Républi(|ue de Gênes, informé de la position de son ennemi, fil aussitôt force de voile pour venir l'attaquer avec sa flotte composée de trois galères, deux galléons et trois carraques; malgré la supériorité du nombre , et le peu d'espace pour manœuvrer , Jean Galléan engagea le combat avec une telle résoli^tipu^ que le capi-

Éiine Géiioîs, craignant àe voir ccfcapper ^ protÏ!^ préféra d'employer une iroisièrhe trahisoÀ : il envoya à Galléan un officier pour hà proposer «ne entrevue; les protestations amicales ' du Génois trompèrent la bonne-foi du crédule amiral; il accepta sans défiance Finvitation du perfide de Magnerif mais à-peînc arrivé sur son bord, celui-ci le fail charger de chaînes et traîner au fond de cale. Le combat recomfnence aussitôt, mois les marins Niçards, privés de la présence de leur chef et surpris par cette brusque attaque, sont obligés à abandonner le vaisseau; la plupart périssent dans les flots, écrasés par Je feu des traîtres ; d^autres succombent stir le rivage exténués de faim et de fatigue; fe pliis" grand nombre se livre à leur discrétion. /

Dans la nuit qui suivit cet infâme attentat ^ Magneri fit voile vers les cotes de la Ligurie;, Kl il osa faire amener l'infortuné Galléan sur Je pont , et après l'avoir accablé des plus grossiers outrages, \ï Je condamnia h être exposé en pleîiic mer , sur un faible esquif à moitié rempli d^eau; Cette sentence barbare reçut son exécution » mais les vagues furent moins cruelles que ce^ infâmes bourrennx. La main de la Providence ramena la victime au rivage d'Albenga; Galléan j

fMlieifii p0f im kigafMÎH màrcliafrd^ teà conduit ÉH pctt de Gènes , où H subit les tourmexls d'une' Ibugae* captivité.

Sa ûmÈk ignof ait depuis long-^tems la des« il^iëe àt ta brare marin , lorsque Catherine du Gstntti*^ Marquise de Final'^ sa proche parente , aeerèiement infbraiëe de son sort , employa ses kovÈB offices auprès du Sénat de Gènes ^ pour tni obtenir la liberté ; il dut renoncer à toute réclamation au sujet du vaisseau capturé ^ avec Serment de ne pas divulguer le traitement indigne quW lui avait fait essuyer ; en garantie de ses promesses il fallut donqer des dtagesj toais ceux-ci étant parvenus à s'écbapper^ quelque

tems après son retour à Nice, Jean Galléan obtint de Tautorité du Pape d'être dégagé dit serment, et fit paraître une protestation sden* nelle contre les violences des Génois^ dont il Se plaignit au Duc de Savoie, au Roi de France et aux principaux Souverains de TËurope , demandant satisfaction et réparation des dommages souflTerts *i.

^i La construction du vaisseau, les exploits de Jean Galléan et sa catastrophe , sont rapportes en détail dans le MS. hist. alp. marit. )iv. 14. ; Bibl. iU>y. de Turin.

• U parait pourtant que les plaintes des de Nice n'eurent aucun résultat ; do ^moixi;^ rhistoire nous laisse ignorer les suites de cefL événement qui fit un grand bruit en Europe: il faut croire que Blanche de Savoie, occc^iée des affaires de la régence^ ne crut pas prudent de s'engager dans une guerre avec les Génois, au moment où les arme mens du Roi.de France' et d'Aragon faisaient naître des. 'inquiétudes générales ; elle se borna à quelques démarches peu vigoureuses et à réparer les malheurs de la famille Galléan en la comblant d'honneurs et de dignités.

Ce récit d'un événement mémorable. de notre histoire, sert aussi à faire connaître que ver^ la (In du i5.^ siècle le commerce maritime de Nice était devenu très-important , et que les premiers gentilshommes du pays ne dédaignaient pas d'y consacrer leurs veilles et leurs capitaux. C'était le tems des découvertes et des négociations lointaines , époque à-la-fois glprieuse et funeste , où le génie de Christophe Colomb ouvrit une nouvelle route à l'audace du navigateur, et augmenta en proporlion les besoins et les malheurs de l'Europe *i.

^1 La première expédition de Christophe Colomb

i69 • L'eitereice de VsMcxîtê coQguIaire> raffenm? ses antiques bases/ contribua puissamment àifaîre dGructifier l'industrie des citoyens de Nice. C'est idr le cas de donner une esquisse de la manière dont les affaires puUiques y étaiefnt administrées. Lies nobles, les boui^eois, les artisans et les culti- 'vateurs avaient une part égale au gouvernement municipal ; quatre Consuls pris dans chacune de ces classes présidaient à ce gouvernement, et un assesseur, ou spit> orateur dé la ville, avait le soin de veiller particulièrement à la couser-* vation des privilèges. Le corps de ville se com* posait de quar^te-hpit. notables , douze ' dans chaque classe , divisés en grand et petit conseil ; le petit, nommé il Consiglio degli ottOy s'as^ semblait tous les. jours selon les besoins de r administration , et s'occupait des affaires couraites; il Colloquio, ou soit grand conseil, n'était convoqué que pour discuter et décider les affaires importantes, telles que les conventions, les acqui* sitions, les dons au Souverain, la levée des troupes, les travaux. publics et les autres besoins extraordinaires. Les membres les plus anciens du grand conseil passaient aimtiellement de droit

vers le continent de TAmërique eut .lie» dans TaiH 0ée 149^

au petit , et céx» Gompôsant ce dernier exefçaieili à tour de rôle les fonctions du consulat pouv^ une année ; à la fin de cette m^istrature il4 rentraient dans la vie privée san» pouvoir être réélus pour le grand conseil peadEant cinq ans/ Les magistrats consulaires jouissaient de k ^115 grande considération , exerçaient eKcfusiTe" ment la police municipale, «t, en <jualité de juges^ ttés du commerce, prononçaient en dernier res* fort sur tontes les contestations entre négociais* Un, et quelques fois deux membres du grand conseil, résidaient auprès du Souverain, en qua* lité d'ambassadeurs , soit pour la défense de^ privilèges de la ville , soit pour solliciter de la bienfaisance du Prince les mesures et lés concessions d'utilité publique *i. On conçoit- ain^ conmient sous ce gouvernement , qu'on poorrsdt appeller de bonne famille, les négocians tron^ vaient cme protection constante dans toutes leurs entreprises maritimes. Par lettres-patentes

^i L'usage de tenir des Ambassadeurs permanenf è la Cour de Chambéry , pour veiller aux intérêts ûe la ville et du comté , ëtaife déjk tombé en désuétude vers le .milieu du i5.* siècle. Le Conseil de ville se bornait à y envoyer des Députés tem- -poraires toutes les fois* que quelque affaire importante Texîgeait ( MS. déiile cose di Kizzay,

datées de CSbamîb^ry ïe 1 7 décembre 1 493.9 1^ Duchesse • Blanche de Savoie confirma aux habitans leurs prérogatives municipales*^ et ac<corda aux armateurs les représailles contre les corsaires Génois et Catalans qui infestaient W littoral»

Le Pape Innocent VIII eut la sainte inspî* ration de faire ^ cesser entièrement la course , entre Chrétiens , employant avec succès les exhortations et même les censures de l'église. Chaque Prince fit publier dans ses Ét^ats une défense sévère d'armer des corsaires même en tems de guerre , sauf contre les infidèles. Fer^ dinand y Roi de Castilîe et d'Aragon, fît plus; il écrivit à la Réi'ente une lettre jtmicale datée de Barcelonne* le 2 a janvier 149^ , dans laquelle, en louant sou zèle pour le bonheur de ses peuples , il lui laissait entrevoir Tintentioti de traiter avec elle un arrangement définitif de paix et de commerce. Siu* cette ouverture la Duchesse de Savoie nomma, en qualité de son ambassadeur, Raphaël Qalléan Consetgneur de Chflteauneuf, qu'elle avait depuis quelque tems appelle à son conseil, et dont elle appréciait l'habileté dans les négociations: ce seignein' s'embarqua au port de Villofranche sur la ga-

1ère entretenue par sa maison.'^ arëc uhe^ suite brillante de pages et d'écnyers. Arrivé à Barçelonne y il y trouva les plénipotentiaires du Monarque Castillan ^i^ avec lesquels il conclu^ le 20 juin de cette même année uu traité de paix et de commerce , dont la ville de Nice retira les plus grands avantages^ car non-seulement il obtint la restitution des prises , ou l'équivalent pour celles déjà vendues , mais encore rentière liberté du trafic maritime. Galléan, de retour dans, sa patrie avec ces bonnes nouvelles, y reçut les doux témoignages de la reconnais- ^ sance publique. La trêve conclue presque en même tems avec la République de Gênes, combla la joie des habitans *2.' Plus heureux, si .après tant de troubles ils avaient pu goûter sans d'autres

*i Voîcî les noms de» plénipotentiaires Castillans qui traitèrent avec Raphaël Galléan : Dom Rodriguez Driez de Maldonado , docteur ès-lois ; Dom Gabriel Sanchez , trésorier-général de la couronne, et Dom Jacques de Torrente , régent de la chancellerie.

• *2 La paix de Barcelonne fut publiée à Nice le 21 du mois d'août 1495 9 et la trêve avec Gênes le 3o du mois de mars suivant ; on la dut aux soins d'Antoine de Samont' , gouverneur de la ville, assisté de Ludovic de Berra , juge-mage ( MS. délie çosç di Nizza ). .

malheurs les deux bienfaits de la paix ; mais 1e^ Ciel ne toulut point désarmer sa colère ! Le 33" juin 1494?'^^ ville de Nice essuya un affreux tremblement de terre *i. Les habiians déser-' tèrent leurs- foyers pour aller vivre en rase campagne ; . plusieurs jours après il fallut un ordre des magistrats^ pour engager le peuple à reprendre ses occupations ordinaires. Les même» secousses se firent sentir dans le Comté et particulièrement dans les vallées de Roccabigliera et de Lantosca. Les ondulations du terrein offrirent 1^ direction du sud-est au nord-est.

A cette époque une secousse plus ^terrible menaçait l'Italie entière !

L'armée Française conduite par Charles VIII en personne , ayant franchi la barrière des alpes Cottiennes , envahit comme un torrent les plaines fertiles de la Lombardie ; tout céda devant l'impétuosité d'une nation guemère , autant facile }k s'exalter par la victoire , que prompte à se décourager dans les revers. La ville de Gènes forcée de se soumettre, les petits Princes Italiens se livrant d'eux-mêmes au despotisme des vainqueurs^ le Royaume de Naples conquis en moins

^a Ludovic Revelli de memorabil*

Àe deux mois , fiignalèrent lés prefniers résultat» de cette expédition mémorable ;* msds une amiiée ne s'était pas écoulée que défà la fortuue avait changé de bannière ! Des désastres inattendu* obligèrent Charles VIII à abandonner ses coA* quêtes aussi rapidement qu il les avait faites. II ne put rallier les débris de ses troupes' qu'aux environs de la ville d'Asti^ d'où il fit partir pour Nice son maître d'hôtel le sieur Perron de Bacciéy afin d'accélérer le départ de l'escadre française que Messire diArbaud venait de conduire dans le port de Villefi'anche. Cette seconde expédition destinée pour les côtes de la Tosdane ne réussit pas mieux que la première ; la ville de Gènes excitée par le Duc de Milan se mit en insurrection, les Français évacuèrent la Li« gurie, et la garnison du Château de VintimiUe mit bas les armes *i. La Cour de Savoie conserva les bienfaits de la paix^ quoique entourée d'armes et d'ennemis^ et la Régente, toute occupée de l'éducation du jeune Duc son fils, sut ménager avec prudence l'ambition de Charles y III ; mais la mort imprévue du dernier rejetton àHAmédée IX , arrivée dans l'intervalle , fît éva*

^1 Casoni , ana, di Genova y MS. hist. alp. mar*

Boiûr lops belles :c$pàraace/s« Ce jeuue Prince &gé de sept ans termina sa carrière, an ekkeau 4e MoocaUieriy le 16 aviîl 14969 ^ ^ ^uite ç^une cbûie. cfii^U fit en jeoant à la lialle avee ^ pa^^ ^ lia .Gour. Il laissa le tràne à son grand-^nde Philippe^ Savoie, Comte deBresse^ somopsuié le Duc Sansterre. Philippe^ alors âgé 4e cînquante-huît ans, reveaait de Texpédition .de Naples , où il ^vait servi avec distinction sous les drapeaux de la France; son règne de 19 mois n'offre rien de remarquable^ Son fils naturel René de Savoie^ surnomme le grand Bâtard , épousa Anne Lascaris héritière du Comté de Tende; ce mariage en transportant cet. antique liéritage sur le chef' d'un Prince de la maison de Savoie ^ fit cesser les petites guerres dont le ConHc de Nice avait particulièrement soufferU PhUibert II, qui succéda à PhUippCy reçut la eouronnc Ducale à Tâge de dix-sept ans, et par na premier acte d'autorité j annonça une grande fer« mêlé de caractère ; il osa s'affranchir de la tutèle dn Roi de France, La ville de Nice lui envoya^ pour le féliciter sur son avènement au trânfe , Pierre Antoine Marquesan et Ludovic Fre^ goso y il!usu*e patricien Génois , plusieurs fois Doge de la République , qui bamii de sa patrie

•'était établi à IQice/et y avut acquis lé êrmt de cité *i. ' •

, Lfe-mort de Charles VIII ouvrit un nouveau ^amp àtrambirion de son' succés^eu^ Louis XIL* Nous nous écarteriotis tro|> ctie ûoVté sujet ^ si nous voiiliorisi'emi'er dans les détails des projets gigantesques qiie '^cè Monarque iaivait fermés ; il suffit d'indiquer le commencement d'une époque^ où la domination Française, en voulant s'étendre . au-delà des limites naturelles du ptns beau Royaume de TEurope, fit éclorre ime rivalité funeste entre la maison d'Autriche et celle des Bourbons.

La ville de Nice, victime de cette lutte, essuya depuis lors une décadence progressive £itale h son commerce 9 à son industrie , à sa population; l'inclémence du Ciel parut conspirer à sa ruine avec l'ambition des hommes. Le fléau de la peste y recommença ses ravages vers la fin du mois de mars 1499? quoique moins terrible que <^lui du 1467, il enleva pourtant nombre de

♦i Ludovic Fregoso possëdâit une superbe campagne au quartier del Bosco. li mourut à Nice dans un âge très-avancé , laissant aux hospices de charité tout ce qu'il possédait sur la terre de son exîL ( MS. délie cose di Nizza ).

victime»^' et^-chosesingidiéi^/k forée et là

jeunesse rësiitérent moins que Tâge et rinfirmilè: Gin^àfillées consëcutives d'une cruelle sécfaereiaé tarirent ensuite; toutes les ressources du mA; les habitans réduits au désespoir manopèrent souvent des alimens les ^lusindispensables à la vie , et la faim succédant au fléau de la peste y épuî^ ses fureurs sur des nouvelles victimes I Une sombre terreur s'était emparée de tous le^ esprits ; le moindre événement était alors regardé' comme un présage sinistre ; c'est aixlsi qu'un nuage qui cachait momentanément le soleil^ le mugissement des vents et des vagues pendant la nuit^ le disque enflammé de la lune^ bu le passage de quelques oiseaux de proie ^ produisaient une consternation générale ^i ! On était tellement environné de pleurs et de tristesse , qu'à l'occasion du mariage dvi Duc Philibert avec Marguerite d'Autriche, on ne fit à Nice aucune réjouissance y tandis que le Piémont et

^i En Tannée mil-cioq-cent et quatre , le cinquième du mois d*août , Ton vit voltiger huit heures entières en Tair quatre aigles passagères , venant de la part d*Afj*ique , sur la ville de Nice. La clameur et grande épouvante furent en tous lieux comme en fin du monde ( Mém. mao. d'André du Tliévet}«

la Fol. IL

17^ la Savoie ,cëléb>rèrent cet Ulustre . h^éi^^e . pv des tournois ei des fêtes brillantes.. . JB£né de Tende y nommé au gouverneinent .général ^ du Comté , voulant réparer Textréme dépopulation de la ville de Nice^ proposa aux Consuls d'acr corder un asile aux Juifs chassés de )il& dç Rhodes par le grand-maître Pierre (tAuhussK»\. Jules Marquesaiiy Chevalier de St.~J^^ 4^ Je? rusalem^ chargé de cette négociatioa^ obtint, le consentement . du Puc^ PhiUhert ; une ioKule dç familles Israélites portèrent «ur cette terre ho^r talière leurs richesses, leurs habitudesi et \exsf; trafic particulier ^ i • Mai^ ces ressources pouY«4^iltr elles réparer tant de désastres ! On vivaîf daiis un. enchaînemetit de malheurs ; un géni^ xn^r faisant semblait présider aux destinées des {ifo^j^e^ de la Maison de Savoie* y car à-peine avait-on séché une larme , qu'une nouvelle calau^té ei^ faisait répandre des plus amères.

Le système de neutralité que Philibert II avait sagement adopté entre les Cours de France et d'EIspagne, promettait Jles plus heurç^x résultats, lorsqu'une niort prématurée détruisit ce$ espérances. Il termina sa carrière le i o du moi»

'^i MS. hîst. alp« iQarJt,

^79 de septembre iSo^iigé de hJ^mb, CyiarlesUl y^m

frère , hâ succéda au trône dans sa dix-huitièoAe

annëé; ce Prince > surnommé le Bon y à cause

de sa justice et de la douceur de son caractère y

eik porte {dus à propos l'ëpithète die Malheureux y

car son règne d'un deod-sièele n'oâre qu'une

suite d'infortunes.

Hùtxs ne terminerons pas ce chapitré sans parler de trois hommes célèbres danfl nos annales^ qui^ malgré les malheurs du tems^ acquirent mie grande renommée par leurs talens et leurs vertus.

Frère SUwstrey de l'ordre des Dominicains^ vivait à Nice vers ia fin du i5.^ siècle^ oratew distingué , profond théologien ^ auteur de plusieurs ouvrages très-estimés d'histoire et de mathématique ; il obtint les suffrages de ses concitoyens et les faveurs de René de Savoie y Comte de Tende , qui cultivait kn-méme et protégbait les lettres.

Ludovic Breay de Nice^ surpassa les peintres de son siècle par la vivacité de son imagination^ la fr^cheùr du coloris^ la justesse et la {mtoportion des traits *i ; il consacça particulière*

^i Nous avons trouvé dans les MS. delU case di Nizza son éloge conçu en ces ftermes : « Genuk

-ment ses peinceatix à célébrer les grands ëyénemens^ de l'histoire.

Pierre Brandi ^ né en 1468 d'une fiunille distinguée dans la Magistrature^ et alliée des Galléan , obtint le premier rang parmi les Jurisconsultes les plus renonunés de la France et d'Italie. Il avait d'abord embrassé la carrière Ecclésiastique; mais appelle à Aix par un de ses parens qui professait la jurispru^dence ^ il se livra entièrement à cette étude y et surpassa bientôt la réputation de son madtre. Louis XII, informé de la supériorité de ses talens, le nopima son Conseiller au Parlement de Provence, et lui donna la Seigneurie d'Auribeau dans le diocèse d' Apt * i . U eût été plus heureux pour

V hœc Civitas Ludovicum , cognomento Brea , Picto- » rem celeberrimum , . qui Liguriam et Nicœam Cr^ '"» bem totam , suc inaudito et admirando piogendi » modo , illustrare videtur , cui tanta coliata est » gratia pingendi , ut cum quibuscumque antiquis )^ et exquisitis pictoribus sine injuria comparari » possit 'p,

' *\ La famille Brandi était alliée de celle des Galléan par le mariage de Raphaël Galléan avec Guillelmine , sœur de notre Jurisconsulte. On a conjecturé par ses armoiries, dont Técusson représente deux têtes unies , une d'homme et l'autre de femme, couronnées de fleurs , qu'on lui dût à Nice Tusage

«es concitoyens , s'il avait employé ses talens au service de son Prince et de sa Patrie !

des rondes provençale^ , danse particulière au' mois de mai ; du moins c*est ainsi qu'on peut expliquer cette expression de vira hu Brandi j qui s* est consacré jusqu'à nos jours, et qui dans le langage du pays signifie chanter et danëer des rondes autour du mai qu'on élève au printems devant le palais de Ville et celui du Gouverneur ( MS. hist. alp. marit ).

Relation en langue vulgaire par Bertrand Richiêf^i Consul de la faille de Nice en 1488 , sur tar* rivée du Duc Charles Ler de Savoie , à Nice ; la réception qui lui fat faite à ion entrée déua ' la ville , et le cêrérfionial à son retmir ( Gioffh,^ MS. hisf> alp. marit. ).

L*an 1488 et le jort XXX del mes "de octobre^ Monsur lé Duc Charles de Saroyà ,ea lambat aissii a Nida , essent Senteques Bertrand Richiero-^ Loyl Artnano , Lions Barrai , et Giaume Cavallier at Primo lo forrier prenguè los logissos per la gent de la Cort en tos los bons hostals d'aquesta Villa, tant per hommes , come per chivals :rr Item fbzen , far Yl e viii armas de Savoya de miech fuelch de papier l'una , que donen a les enfans que porteron quascun sus una canna et aneron tôt premier dos a dos. Quascuna arma costct un quart , ûve pa<tachs II = Secondament aneron la gent da pë ben abillas , embe'«albarestas , lanssàs , ^targuettas colobrinas , tos dos a dos embe très gentils hommes après de la sobre dicha gent d*armas. L'un, lo plus anssian portava Festendart de Savôyà lo long de son caval devant dels autres dos gentils hommes , que portavan los dos estendars ambè las armas de la Villa , l'un d'una part , l'autre de l'autra , et a quel de Savoya anet un pas davant ::=: Terssament vengheron los 4 Seriteques premiers anbë los Citadins , los quels Sentefques porteron las clauS dels portais de la villa , quascun dous claus , et aneron ànbè los dichs Citadins tant avant , com^

fîhs en ariganà al prat de la Badia , et aquît attenderon ^nâ que lo Selnhor Doc venguè sEt incontinent qiie lo virpn , tôt bel cavàlqueron de vek* el. Puois deaenderon de cavai, It présentant las dichas dauS 4 en li dizent » Moû très redoustè Seinhor , hour vHi» présenta n las claùs de vostra Cieutat \ ^[Ue en fasses- vostre Bob plasser , et ausi que vous pfresentan. las clans de la Cieutat ^ vous présentait làs claus des nostres coràyes, cors etbens». Puefs lAbntftS a caval et vous en venes, la testa de vos* très carids a la coa del sieu , et venes devizânt de la Cieutat et Pays £=: S'ento^nant davant premier Ibs enffaàs eridant Suva^à I pueis h ^nt à pë et los estèndsts aprèsr per 6rdre tsL Item j àilra 4 o TI géntiUUdfriJnes d^ la Villa ben abeiilas, <;fue si metraèf âàt>ë jMotos/ éif luec de sta£Erers ^ et dlrans aïs estaffièré .de Mornè/ en douls^as' jiaraûlas : S'il vous plai , itos servir^if Monsiif par éstaffiers , et sf mettràii ffès dessa et tré^ délia* à pé toiors la mah susr la èropa àt\ chivai deMonstir , et lois' quais tfuran' bènSf aV'vértenssia , che se h> cavai bricava , qtteU sosfen^an MottsUr, o passant ajga, e per una ihontadff 6 vaAada , o per una eùcalladilira de peîras fins à son logis $ et cavai<{ueràn fitis al portai de la ViUà , o verament luengli él portai XL passes , Ont sera TEvesqVe et son Vicari elle recebran Mon* aur lo Duc en pontifical , ambë làs reïiquias de la Gleiza Cathedral , ont mon sobre Seinhor deysendra et baizera las dichas reïiquias , et baizadas remontera à caval , TEyesque davant tôt à pè ; et aqui auran los' senteques lo palli de la villa anbè Tl bastons, ont lo premier à banda senestra portera lo Senteque Laurador , a banda drecha premier

l'autre Senteque che va daVant lo Lauradol* #■ Ip Irèi Senteque a banda senestra portara Fautre; loquaîrt Senteque che es lo gentilhome portara lo quart baston a banda drecka ; lo V baston portara. le juge mage a banda senestra ; lo VI bastèn portara lo Governador à banda drecha , car I04 derniers et; plus près de la persona del Prince, son los plushonorables / et en a quella fasson accompagneran Monsur fins à Fautar , ont sanera aginolhar, pueis it qui sera Tescucier d-escurie , .que porta Fe^paza devant Monsur , que penara se el vol }o passgr et del receberan los Senteques 4 ^ "^I escuft o cqm^L 8*accorderan» Pueis acompagneran Monsur, à son logis et li diran qu'el sia lo bon venghtt ^ et que* els son toiors à son bon plasser etc« Itepi cor Monsur s'en vol anar, los Senteques, et aquels Citadins qiie en chival lo compagnon fins à la torre de Ca* pean o fins à Sant Pons : et aussi c o .ce gentils compagnons, espaza. et lanssa^ et targuetta . fins à Sant Pons , et aqui prenon congiet de ely en li pregan que vuelhe aver escuzada la Cieutat si ella non avia fac son dever enyer de Sa Ill.mà Segno* ria, como li apportent, en li pregant che li plasse aver toiors per . recomandata sa paura. Cieut$Lt 9 et Pays , como aven nostra ferma esperanza , e che Dieu les donne honnor et longa vida Amen. Peis* sendent pè à terra tos prçnon congiet. .

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