Chapitre L
Conspiration de Georges Grimaldi Baron de Bùeil — Sa 'fin tragique. --r René Comte de Tende passe au service, du RU 4e. ^
. France — Brouilleries entre JPrduçois L". et le Duc ChaaAes de Saisie — ' Passage, 4es troupes Françaises .-. — Saccage de la, ville de Sospetlo — Nouvelles fortifications , ajoutées ^au château ide Nice. — Réjouis ^..^ sahces pour le '■ mariage de ' la Princesse Béatrix de Portugal taçec le Duc -de ^avoie — Armemens à J^ill^anche -^ Renonciation de François I.*' sur la saille et le Comté de Nice — Expédition de Pros>ence par le Connétable de Bourbon — r- Les . Chevaliers de Rhodes obtiennent un asile à^ f^ille/i'anche.
La guerre continuait en Italie entre la France et r£spagne sans aucun résultat décisif; Louis ^ XII y maître d'une partie du Royaume de Naples^ fit jouer tous les ressorts de sa politique pour entraîner llans ses intérêts Charles de Savoie^
td6
mais le crédit de la Duohe^e Marguerite d'Ail* triche Temporta sur les vives instances du €abinet de Versailles. Pique d'une préférence qui augmentait les forces des Espagnols^ le Monarque Fràni^s éusdîta de nouveauic troubles dans le'^ CioMfë*de Nice; Georges dé Grimaldi Baron de BtfMl , l^u attirait d'occuper le preoûer rang ^âfint le» ^f^tilshoàimes du pays , prêta Toreillë auie pf offtHwtîoiiA des a§ëhh de là Fraïice d'agrandir liëè éomSàties^ «i osa irafair^ ses sèrmeii^ *ii ït foffil» lé prd^ de si^préfidre la ville dé Nice , de chjtssèr les troupes Sa- Vôyafdeâ et de pro^SMdf sa i^éunion à k ProtCifiCêr^ à eo^ilidii ({ct^il dbtieildfait pour sa parc la sùvt^étiàa^ éë |»Itl8Îétu^ titlafg^^s du iuiui* tiomtë^ potEr être aânéids àvk ûeîê dé sa ÊËnille. La coûspitsÛéii M âéiiéUVérte au nloïnent où elle detAi^ éclatée. Ohtiklê de là Paliud, gouverneui^ du Cotisé de Nice , A)mrtia te Bfehcm
♦i Toute cette intrigue fut menée par Augustin Grimaldi , évêque de Grasse^ cousin du Baron de Bueil. ïl parait que son frère , Honoré Grimàtdi , seigneur du Cros, résista à toutes les séductîons> car » ayant obéi- à la sommation du Gouverneur àfi Nice , il se rendit quelque tems après à la Cour de Savoie y où il donna des preuves de son iitaio* éè^cé•
de Bueil y et Jean de GrimalM^ Seigiieur d<i LevenS| d^aller personnellemânt: à la oour de Sayôie itodre <)ompte dé leur. Conduite. Ceux-i ci répoadil'eiit avte hauieqf <|ii'âs tt'avaiem aucuïi ordre à receTotr de lui ^ e« levèrent au$sit6$ r^tendard de la r^volte^Xe Baron Venfi^ma dans le château de Bueil avec ses plu» dévoués partisans ^ et le Seigoijeir da Lèvent passa en P£oyence pour soltieiler les seeeura ^W lelir avait promis : mais dans rintervrile le Roi de France avait change tout le plan de sa politique, parca qu'il s'était flatte de fiiire entrer CAar/e^ de Savoie dans la ligue de GambiiÉi; le Sénéchal de Provence déclara am Grinmidi $ qri'il ne pouvait leur accorder audua se4our6..«4 Taadisque le Baron de Bueit déplorait soil imprudence y jinûôîne de Sabnatorii > Séusiteui* de Turin et conseiller Ducal ^ arrivât à Nice, avec commission d'instruii^e le procàa contre losr rebelles *i. Il ne resta plus aut Grimaldi d'autre espoir que dans leur Couragb. Le château de Bueil situé dans une position eécarpée, et entouré de bonnes fortifications. ^ pouvait o^oser tme longue résistance ; mais une catastrophe im-
*i MS. délie cose di Nizza^ i4 novembre i^J*,
prévue devança la veûgeance des lois ; Georges mourut assassiné dans son propre château le 5 du mois de janvier i5o8. Son valet de chambre Esprit Testons du village de Bonson lui coupa la gorge en le rasant *i. Les notions que nous avons recueillies sur cet événement^ sont oppo- - ' sées les unes aux autres* *-
Selon le manuscrit (Hist. Alp. Marit) Testcris aurait égorgé son maître uniquement pour se venger des mauvais traitemens qu'il avait essuyés ; cependant quelques historiens de Provence '*a prétendent^ je ne sais sur quel fondement ^ que ce domestique fut gagné à force d'argent -par les émissaires du gouverneur de Nice,* i£n " d'épargner les frais d'un siège. Cette suj^osition parait une calomnie ^ car comment croire^ que le Duc Charles ^ surnommé le Bon , exil voulu permettre une semblable cruauté , lorsque ' le Baron de Bueil abandonné par la France ne pouvait échapper au glaive dé la justice ? '
La mort de ce Seigneur fit tomber toute procédure à son égard, et comme il né laissait pas d'en&ns, son frère Honoré Grimaldi y
*i Gioffredi, MS. hîst, alp. marit.
^2 Bouche, D'Anville, Ruffi, et Archives de Pro-' vcnce.
demeue^ ûàjâe, recueillit toute sa succession* Jean Sei^peur de Levens^ convaincu du crime de feloqie^ fut condamne au bannissement perpétuel^ avec confiscation de tous ses biens au profit du domaine Duçal ; il vécut sept années dans l'exil^ tantôt à Aix^ tantôt à Paris ^ fati-^ gant inutilement de ses plaintes les ministres du Ro^ de France.
Des événemens plus importants déchiraient à la même époque la malheureuse It^ie. La fortune d'abord favorable aux Français leur retira
Jtout-à-coup ses faveurs.... Chassés du royaume de Naples et des plaines de la Lombardîë, il^ ne purent pas même conserver la ville de Gènes ! Les agens secrets de l'Espagne excitèrent le^ peuple à la révolte ^ et la garnison française tomba sous les poignards des séditieux *i ; des hommes .obscurs et avides proclamèrent, au nom de la liberté , un gouvernement déinagogique qui chassa les familles Patriciennes et livra leurs palais au pillage. Le plus grand nombre s'etant retiré à Monaco, les tribuns du peuple résolurent de fiûre le siège de cette forteresse, pour leur enlever ce dernier asile. Une flotte
^i Giustîniani et Casooi, annal, di Genova.
nombreuse de galères , partie au cojximeitiéemêlMj du mois de septembre du port de Gènes , vint semer l'alarme sur les rivages de Nice et de Villefranohe ; on fut oblige de &ire garnir de troupes les hauteurs delà Turbie^ et Barthé^ lefni Grimaldiy Seigneur du Castellard^ capitaine au service de France *i , fit entrer des secours dans la place de Monaco. Cependant cette for* teresse n'aurait pu soutenir un long siège ^ si le Chevalier li^es dAUegre ne fût accouru d'Antibes, avec un corps de trois-mille Français* Les tribuns ,' désespérant alors de la victoire^ en levèrent le siège en toute hâte.... Déjà la République y menacée de la vengeance de Louis XII j commençait à connaître les dangers qm Fenvironnaient.
Le Monarque Françsàs , à la tête d'une année formidable^ se montra aux portes de Gènes dani tout l'appareil de la puissance ; il fallut implorer son pardon; les têtes des factieux tombèrent sur réchaffaud, et la construction d'une nouvelle forteresse contint dans le devoir une poptdace turbulente.
'^^i II était citoyen de Nice , marié à Françoise de Gallëao.
. Le nouveau Sâiat traita imm<^{a[tenfi^iit ||i paix avec le Duc de Savoie > et «'ohUgei^ à rçfair^ au commerce de Nice tpmi le$ domoeiilgeft *4 qu'il avait esauyé pendaut I^ durée d^^ hc^iilités^
Tandis que cex heureux évén^inent rameuait la tranquillité dan^ le Comté de Nice i des intrigues de coiù détachaient de3 intérêts du Duc Charles un Seigneur puissant ^ qu'jl eut été prudent de ménager. Depuis q^e^ues années René de Savoie > Comte de Tende ^ brouillé ouvertement avec la Duchesse Marguerite j &vorisait de tout. son crédit le parti Français; les courtisans qui ne partageaient pas sa politique, Faccusèrent dç trahison, et eurent assez d'iur fluence pour obtenir sa. disgrâce. Vainement le Comte protesta de son innocence ; les biens qu'il possédait en Piémont fiirent confisqués et il courut même le danger d'être livré à la discrétion de ses ennemis.
Indigné du traitement qu'on osait lui &ir^ essuyer , René n'écouta plus que son resseur ûment , et abandonnant les intérêts de sa famille^ offrit ses services au Roi de France, qui le
"^i La paix fut signée le ^5 mai iSo^ » et les Comoiissaires Génois réglèrent avec les Consuls [^ payement de i8m. livres pour dommages et iatéréts./
eombla d^hônneurs et de dignités ^i ! H eut en i5ia le commandement des troupes envoyées à Gènes au secours de la garnison Française , assiégée dans la forteresse de Ghâtelety à la suite d'une nouvelle révolution , suscitée par les partisans de FEspagne. Il se couvrit de gloire dans cette expédition périlleuse ^ mais la valeur française dut encore céder au génie du céL^are Andrée Doria.
Pendant cette alternative de succès et de revers, le port de Villefranche acquit, une grande importance par sa situation intenuédi^re; au mois de septembre i5i2 Guy de Mka^ chefbrt , nommé Grand-Maître de l'Ordre* de S.t-Jéan de Jérusalem , à la place de Bjùsf*t^ itAubusson y dont le courage avait Ii^ si
'^i On voit par son testament fait au ch&teau del Maro le II juin i5ii , que, outre les Cofhtés dé Tende , de Yillars et de Sommariva , 'Riené 4^ Savoie possédait en Provence les seigneuries de Cipir ras , de Villeneuve , de Gagnes et d'Antibes ; dans la Ligurie , Maro , Prelà , Lezenasco, Borna et Anrigo ; dans la Savoie , Arvieres avec le chftteaa d'Apremont. Il institua . pour son héritier Claude ^ son fils aine , issu de son mariage avec Anne LaS' caris ^ Comtesse de Tende, qui fut comme lui gouverne ur-général de là Provence (Papon, hist. géa. de Prov. )*
lông-tems contré la puissance des Turcs , vint s'y embarquer sur les galères de la Religion; ce vaillant défenseur de la Foi touchait au port de Rhodes ^ lorsqu'il mourut à bord à la suite d'une fièvre violente; On lui donna pour suc* cesseur frère Fabrice du Carrety des Marquis de Final , Grand- Amiral ûe l'Ordre et Capitaine de la Sainte Eglise. Le Pape Jtdes II ét^t alors en lutte ouverte avec le Roi de France... A sa mort, arrivée cette même année, Jean de MediciSy élevé au Pontificat sous le nom de Léon X, hérita ses ressentimens envers Louis XJP, dont il redoutait Fambition. Une circonstance peu importante par elle-même acheva de broiitlleir les cartes.
C'était une prérogative des Comtes de Provence , sanctionnée par plusieurs concordats?', que les Brefs de la Cour de Rome, portant nomination aux évêchés et aux bénéfices, h'é taicnt exécutoires qu'après l'approbation Souveraine et l'enregistrement au Conseil Royal. Léon X. nomma à la légation d'Avignon, vacante par la mort du Cardinal dAmbroisey ei le Roi de France défendit au Parlement d'Aix d'enregistrer le Bref. Envain la Cour dp iionie fulmina un mohitoire contre ce Magistrat^
i5 VoU IL
t94 le Pai*lement àe montra décidé h soutenir la
prérogative Royale. Alors le Pape ordonna à
rÉvéque de Nice Jérôme iTArsagis , religietu
bénédictin ^ natif de Milan ^ de faire publier et
afficher le monitoire dans toute l'étendue da
diocèse y afin que les fidèles de la Plx)veiiC6
en fussent informés? Cette publication eut lieu
en même tems à Vintimille et à -Avignon^
.sans produire aucun effet sur l'esprit des Pro^
vençaux ; elle né servit qu'à tourmenter les
consciences timorées ^ car déjà quelques pria«
cipes de fausse doctrine s'étaient répaiidus dans
la société. Ces novateurs hasardèrent dans h
viUe de' Nice des propos peu réfléchis y ce qui
obligea François Brea , de l'ordre des RecoIeCs^
Vicaire-général de l'inquisition^ à prendre des
mesures sévères, qpbtre. ceux qui propageraient
ces dangereuses niaxîmes. Son zèle était sans
doute louable , mais il se montra trop prévenu*^
contre ceux qui cultivaient les lettres , partica-
lièrement contre Pierre Chvel et Ludovic Be-
velli, tous les deux Professeurs de .Rhétoriqiie^
supérieurs au siècle par leurs talens ^ et pap
leurs ouvrages *i,
^1 MS/de Tancienne biU. dacouv, des I>oiiiuu9,'
r De» pr6^ges éélestes qu*on remarqua à-pen^ près à la même époque y interprétés comme le présage des calamités qui devaient s'appesantir sur la ville de Nice^ vinrent ajouter à cet en-^ ihousiasme religieux. Ces phénomènes^ qui de nos jours occupent à-peine l'attention des obser* vateurs ^ grossis alors par une imagination alar-* inée^ portèrent l'épouvante dans toutes les classes des habitans * i . C'est ainsi qu'on regarda la mort de JjOiUs^Hy arrivée au commencement de l'année i5i5^ comme le premier accomplissement des
menaces du. Ciel! François I^ «on neveu ^
fils de Charles d Orléans et de Louise de Savoie y lui succéda à la fleur de son âge. Il porta sur le trône une ambition démesurée^ une inquiétude de cai*actère y et une ardeur excessive de cpuquétes \ Malgré les liens du sang qui l'unissaient au Roi
.*i Jean-Pierre Astesan de Montcaîller nous e laissé dans ses notes manuscrites la relation sui* vante d'un de ces phénomènes : » i5i49 10 januar. t hora 19 apparuerunt in cœlo très soles, qui usq. » ad horam 24 fecerunt cursum suum, et unus post w alium fuerunt in dccasum ; in nocte immédiate ^ sequentl apparuerunt très lunœ, in quarum alte-^ » ra , videlicet in illa quo! erat in medio , erat cmx 1» magna, coloris fere rubei , cum ma[^no terror« w populationis r X MS« his.t. alp. marit. ).
de France f Charles Duc de Savoie conçut de bonne heure des craintes pour la tranquillité de ses états. Pour mieux se ménager ane al* liance puissante en cas de rupture avec la France y il traita le mariage de sa sœur y la Princesse PhUiberte de SasK)ie , avec Juk& de MediciSy frère du Pape Léon X. La jeune Épouse y accompagnée d'une Cour brillante ^ vint s'embarquer au port de Villefranche sur lès galères de Florence y qui la transportèrent heu-* reusement à Rome. Louis de Forbin y Seigneur de Souliers y Ambassadeur du Roi de France auprès du Saint Siège ^ profita de la circonstance pour solliciter la grâce de son beau-^firère Jean de^ Grùnaldiy Seigneur de Levens, banni pour crime de félonie. Léon X en écrivit loi-même au Duc de Savoie pour obtenir son pardon et sa réintégration. Ce Prince lui accorda des lettres de grâce ^ sous la date du nS avril i5i5^ ayec la restitution de ses fiefs *i.
Jusqu'ici le Pue Charles savait réussi à force
^i Jean de Grimaldi obtint la restitution des fiefs de Levens , de Rimplas et de Tourrette-Revest , moyennant une aniende de fyai. ëeus à Fimpressioa du soleil 9 et la perte de la haute juriâdiction fUV e^s terres ( MS. hist. alp. marie }^
èlb ménagèiùens et dé j^olitique 2t Se mainteiti# en bonne relation avec François l.*': mais ce jeune Monarque ayant décidé la conquête dd Milanais^ lui intima d'im ton d'autorité de lui livrer le passage des alpeSi La cour de Gham-^ béry ; intéressée à maintenir une sage neutralité ^ fit son possible pour éluder cette demande. . . • Impatient des entraves qu'on opposait à son» courage^ François I.*'^ sans aucune déclaration, de guerre ^ força par une manœuvre hardie la barrière qui s'opposait à sa marche. Il pénétra en Piémont par la vallée de la Stura à la tête d'une armée formidable^ où brillait l'élite de sa noblesse^ conduisant une nombreuse àrtilleria à travers des rochers et des précipices jusqu'alors jugés impraticables ^i»
Dans le même tems Ajmard de Priez ayant réuni quatre-cent lances et cinq-mille fantassins^ passa le Var à l'improviste y se jeta sur les cam**
*i L'armée française* , forte de 6otn. hommes ^ •^avança par Embrun , Barcelonnette et le Col àt rArgentière. Parmi les généraux qui la commandaient , il y avait les plus célèbres capitaines du iiècle , tels que le Connétable Charles de Bourbon , le sieur De la Palisse , Jean-Jacques Trivulze et René Comte de Tende.
»98 pagnes de Nice , et pénëtra en Piémont p«r Tu
Tallée d'Oneille. Le passage de ces troupes porta la terreur parmi les habitans. Le gouverneur Alexandre dHauteviUe s'enferma précipitam* Bfient dans le château, résolu de s^ défendre jusqu'à la dernière extrémité. Les Français .ne s'arrêtèrent qu'un seul jour deyarit la place , se bornant à ravager les propriétés environnantes *i. La victoire en Italie couronna par des succès rapides l'ardeur belliqueuse du Monarque Fran-^ fais ; vainqueur à la bataille de Marignane^ la conquête du Milanais devint le prix de ce triomphe. A son retour en France au mois de septembre i5i6, le Duc de Savoie le reçut à Turin avec une grande magnificence ! H faut croire qu'à cette époque François L*' n'avait pas encore fiwmé le projet de rompre ouvertement avec le Duc Charles , puisque , par lettres du ^4 mars suivant , il ordonna à tous les navigateurs sous pavillon Français, de payer le droit de passage de Villefranche , et accepta ses bons offices pour un accommodement avec le Pape Léon X *2, La ville de Nice continuait à jouir des bienfaits de la paix, lorsque le i5 septembre i5i5
♦i MS. délie cose di Nizza^ *a MS. hist. alp. marit» *
tlle fut' Lerrlblélnént ravagée pài* tm otiragail tel ^ que de mémoire d'homme on n'en avait jamais essuyé de semblable. Le vent appelle communément Mistral , soufflant avec fureur, renversa presque toutes les toitures des maisons, les murailles^ les arbres^ enfin tout ce qui s* opposa à ses tourbillons impétueux ; une foule de victimes périt misérablement sous ces funestes ruines ! . « « Les eaux de la mer s'élevèrent à une hauteui^ prodigieuse , abattirent une partie des remparts du côté de la porte Marine, et inondèrent. la partie infériemre de la ville ; vingt-quatre vaisseaux naufràgèrent sur le rivage et couvrirent le littoral d^immenses débris« A Villefranche , une quantité de navires de guerre et de corn-» merce appartenant à différentes nations, furent engloutis dans le port par la violence des vagues , sans qu'aucun secours humain pût les secourir j le peuple accouru dans les églises pour implorer la clémence du Ciel , dut abandonner cet asile sacré à cause des décombres que le vent précipitait du haut des clochers sur les voûteS ébranlées. On n'entendait par-tout que plaintes et gémissemens * i ... Lorsque la tempête eut épuisé
*i Ludovic Revelli , tëmoîn oculaire de ce terrible ouragan , en a fait le tableau suivant dans ses
ses fureurs^ les tabîtam^ \ l'aspect de leuM désastres, furent encore long-tems poursuivis par la frayeur!
Au mois de novembre suivant un corps de trois-mille Gascons^ commandé par le Banm d'Àgremont y vint achever de détruire ce que les élémens conjurés avaient épargné ! Cette troupe indisciplinée , de retour de la Lond>ardie > traversa les alpes maritimes pour se rendre en Provence. Au récit des dévastations commises par ces farouches soldats , les montagnards prirent les armes pour leur barrer le chemin ; mais \eê Gascons pénétrèrent par la vallée 4© la Roya, et tombèrent à l'improviste sur les villes de Breglio et de Sospello, où ils conunirent toutes sortes d'horreurs *i. L'alarme se répandit
mémoires manuscrits , intitulés de MemorabiUbus r ï> MDXVI die lunde ci.rciter meridiem, XV septembris, » postridie Sanctœ Crucis , luna augusti XIX , hor* i> renda tempestas fuit , et maxîma arborum depo- » pulatio, naufragia iu portu Herculis ( Villafranca) » multa fuere ; tecta , domos , turres et templa in >> ruina trahebat , portas et tegula asportando, om-^ ^ nia in agro Nicœno arborum gênera radicitus aval- » lehdoy et alla dicta mirabib'a faciendo , quœ tantum % per dimidiatae horde spatium perdui avit , etc. y ( MS. bist. aJp. marit. j MS. délie cose di Nizza ). <^i MS. hist. alp. mar. ^ Alberti, hist* de Sospello^
30 r dans la vallfe de Nice. Le gouverneur LouU de BeUegarde , secondé par les consuls , fît toutes les dispositions nécessaires pour bien les recevoir , s'ils osaient attaquer la place. A l'arrivée du Baron dAgremont^ qui demanda des logemens pour sa troupe / le tocsin sonna , les jiortes de là ville se fermèrent et les hsH bitans accoururent en armes sur les remparts. Pierre CaïSy envoyé en parlementaire , lui déclara que la place étant fortifiée^ il espérait vainement d'en obtenir l'entrée , que ses soldats pouvaient loger dans les faubourgs^ mais que s'ils se permettaient le moindre désordre , le courage des habitans^ secondé par le canon du château et par les galères de Villefranche, aurait sur-le-champ puni la violation d'un territoire neutre. Il protesta également contre les brigandages qu'ils avaient commis en route , et intima au Baron de repasser le Var dans la matinée du lendemain^ sous peine d'être traite militairement en cas d'un plus long séjour* Ce ton de fermeté en imposa tellement au chef de cette soldatesque ^ que craignant à chaque instant de voir arriver sur lui toute la population armée, il donna l'ordre du départ^ et ne se crut en sûreté, €pe lorsqu'il eut regagné les terres de Provence^'
Ces brigandages n'etaîeiit: que ' rayant^-cétufetlft d'une déclaration de guerre- '
. François I envoya au mois de mars i5i8 mi Hérault d'armes à la Couv de Savoie pouf demander au Duc la restitution de Verceil et du Comté de Nice, menaçant , en cas de refus, d'employer la force des armes. Charles ne se. laissa pas intimider; il répondit comme un Sou« verain confiant dans l'amour de ses peuples et dans la justice de sa cause; à sa voix ses sojeti se levèrent en masse pour repousser une injuste agression, et les Suisses lui offrirent leur alliance* Craignant que le Roi de France n'eût diécidé de commencer les hostilités par le siège de JSice, Charles ordonna de suite de mettre la place en état de bonne défense* D'après les progrès rapides qu'avait fait Fart de la guerre, à la Suite de l'emploi du canon, les fortifications de i44^ ne furent plus jugées suffisantes pour conserver ce premier boulevard de l'Italie ; on décida d'eu ajouter de nouvelles tant du côté de terré , «que du côté de la mer , et d'agrandir le château au moyen d'une double enceinte de remparts de construction moderne , sur le plan tracé par jindré Berganti , habile Ingénieur Piémontais; mais peut exéciuer ces travaux, il fallut détruira
âo3 tontes l'es anciennes habitations situées au point le plus élevé de la ville vieille , et transporter l'é vêch^ «t d'église Cathédrale dans la ville inférieure ^i«
♦i Les Consuls, d'accord ayec PEvêque , traî-^ tèrent avec les Religieux de TAbbaye de S/-Ponâ l'échange de la petite église de Sainte-Réparate « si* tuée dans la ville inférieure et dépendante de leur jurisdiction , avec Téglise paroissiale de S.*-Jacques , . afin de construire dans cet emplacement les dewt établissemens dont il s^agit. La première de ces églises n'était jadis qu'une chapelle , fondée ver^ l'année 1078 par les libéralités de Raimbaud Ros^ tning y noble citoyen de Nice , desservie par le» Frères Mineurs du couvent de S.^*-Croix;' mais eni 1406 le Pape Benoit XIII interposa son autorité pour en obtenir la cession en faveur de l'Abbaye de S.*-Pons , gouvernée par Paul Laugiéri de Nice ( Pierre Gioffredi , Nie. Civit. pars I de Sanctis et pietate illustribus ). L'acquisition du local de S.*®- Réparate n'eut définitivement lieu qu'en i55i , ainsi qu'il résulte de l'acte rapporté ad ecctensum par Gioffredi ( Nie. Civit. pars II de Episc. pag. 199 a ^oi ), sous la date du 19 octobre, où l'on voit parfaitement désignée l'étendue des deux jurisdictions, et l'obligation au Chapitre de payer annuellement oux Moines de S.*-Pons quinze écus d'or à l'effigie du Roi de France pour le surplus de rente provenant de la cession du susdit local. La convention stipulée entre l'Evêque Jérôme dArsogis^ et l'Abbé de Saint-Pons Honoré Martelli de Lantosça , fut reçue par le notaire Isoard Baiidojrn , en pré«
âo4
Bergantiy sous la direction du GouVertietttP- Louis de Bellegarde, fit construire, du côté àal couchant, trois vastes et solides remparts en pierres de taille carrées , défendus par des fossés et àe»' fortins avancés.- Il ordonna la démolitiou de Fancienne tour dite de Mahficino , qui défendait la partie occidentale de la ville , et Id remplaça au moyen d'un nouveau bastion en forme moderne, avec éperons et fossés; plusieurs basses redoutes avec contre scarpes et casemattes jgarnirent la partie inférieure de la place du côté du midi, et tous ces ouvrages, achevés en trèspeu de tems, furent justement regardés .comihe
sence du Gouverneur de la ville Antoine de Bel^ letruche , Chevalier et Chambellan Ducal , des Consuls Ludovic Caïs , Léonce Larde , Hugues Capean et Ginet Barrase^ du Docteur ès-loîs Pierre Larde, Barthëicmi de Grimaldi et Gaspard Flotte , le premier Assesseur, les deux autres Co-défenseurs des privilèges de la ville , etc. y
Par délibération successive du même jour , le Conseil de ville décréta la construction à ses frai»
. de la nouvelle Cathédrale et de TEvêché sur le plan tracé par l'architecte Amédée Besten , et l'Evêqui' s'obligea en propre au payement d'une somme annuelle de 3oo écus d'or , jusqu'à ce que cet édifice
, fût achevé ( MS. hist. alp. mar. ; ex archiv. AbhaU S. Pontii; ex archiv. Eccl. Cathed. Nie.)- *
htoS le chef-d^œuvre de l'art Lorsque Louis de' Bellegarde posa la premièi-e pierre au rempart' du couchant y les Consuls firent graver sur une table de marbre^ placée au centre de la muraille^ une inscription en son honneur^ composée par Ludovic Rewlli professeur d'éloquence *ï. D'autres inscriptions rendirent hommage à l'ha* bileté de l'ingénieur qui avait dirigé les travaux ''^a et célébrèrent la munificence du Prince *3.
Malheureusement Louis de Bellegarde ne* survécut pas long-tems à la reconnaissance des habitans de ]Nice ^4 J ^ ^^ remplacé par Lu*
*i » Arcis enîm primuin lapidem projecit in imum
» Qui Ludovîcum erat bellaque garda regeris. ^ Labens Miienus hune quîntegentenus et annus ï> Septimus, ac denus virginis a puero ». ♦2 Sur la porte principale du rempart du midi : ^ Andrœae Bergantis opus laudabile semper * i520.
Et sur la place d'armes :
» Andrœas Bergans Verruœ clarus alumnus
i> IstiuA est mblis Conditor eximius »^ i520,
*5 Sur la porte d'entrée du château :
y Carolus AUobrogum, quem clara Sabaudia tanquam
. )> Numen habet , solidum Dux dédit istud opus ^
j^ Cujus inextinctum decus , immortalc per omne
1^ Tempus erit , Phœbus dum çolet alta nîtens )^.
( MS. hist. alp. marit. ; Bibl. Roy. de Turin. ) ^4 Louis de Bellegarde mourut à Nice le i3 oc-*
ao6 dovic de Malingre , gentilhomme Savoyard ,' qui jouissait d^une brillante réputation^ comme habile diplomate et comme guerrrer ; on lui dut le premier projet de procurer à la garnison du château Veau nécessaire^ dans le cas où . elle dût soutenir un long blocus : mais cônunent s'en procurer sur une élévation presque entiè* rement formée de roche vive ? 11 consulta un ingénieur Allemand, doiit le nom ne s'est pài conservé., qui , étant de passage à Nice y indiqua une source souterraine et proposa de creuser un vaste puits à la partie méridionale du rocher en face de la mer» Cet ouvrage coûta des sommes iénormes, pc'U'ce qu'il fallut percer le roc à force de mines jusqu'au niveau de la mer , où j'oa trouva efiectivement la source indiquée *i.
tobre ïSig ; la Ville lui fit de superbes fu^éraîlleil et lui éleva un tombeau dans l'ancienne église des Dominicains.
*i Plusieurs historiens et particulièrement le Poète Muzîo Giustiniani de Nap]es,ont célébré ce superbe travail; celui-ci fit tout-exprès le voyage de Nice,' et cite le puits du ch&teau comme la huitième merveille du monde. On ne sait comprendre comment TAuteur de l'histoire militaire du Piémont, en faisant la description de toutes les forteresses qui défendaient à cette époque les Etats de la Maison de Savoie , ait oublié de parler du château de Nice.
iio7 T^ons les travaux étant ^he^és , le Duc CJiarles voulut venir \^s visiter ; il arriva à Nice le aJ^ du mois d'avril iS^o ^ en compagnie de son frère Philippe Comte du Genevois^ amenanjL trois compagnies d'élite commandée!! par Jean dOrliac et deux-cent cavaliers d'es-« corte. Les Consuls avaient tout préparé pour le cérémonial de réception^ mais il s^i^ï devancer par son maître-d'hôtel qui défendit toute dét pense ; le Prince^ dit- il, ne veut être reçu que comme un père qui vient trouver ses enfans« Jl le fut en effet avec cette tendresse et cet élan du cOeur, qui vaut bien mieux que les réjouissances étudiées^ dont le luxe fait tous Jes frais. Pendant le peu de tems qu'il séjourna dans la ville , le peuple célébra son ivresse par des danses , des chansons * i et des fêtes continuelles.
Le retour di Honoré > Grimaldi Baron de Bueil de son ambassade à la cour de France ^ hâta le départ du Duc Charles pour le Pié**
'^i Parmi les chansons que chantait le peuple | une sur-tout était remarquable par le refraiu suivant :
t Se guerro faras ,
» Lu nuostre cuors , lu nuostre bras auras ». XMS, iielle cose di Nizza.)
5o8 mont , parce que ce ministre lui annonça roragd comme immiilfnt. Il avait à-peine repassé les alpes , que la flotte des Chevaliers de Rhodes aborda au port de Villefranche , pour venir embarquer le grand Prieur, PJiiUppe ViXUérs de file Adam y nommé grand-maître en remplacement de Fabrice du Carret , décédé eu Janvier iSai. Philippe ne ^ tarda pas d'arriver à Nice', avec une cour brillante de Chevaliers Fftinçais qui voulaient aller signaler leur valeur contre les Turcs.; il était parti de Marseille, servi par les galères de Christophe Chanon, armateur Normand, établi depuis plusieurs années au port de Villefranche ; celui-ci, dans ses courses contre les corsaires Barbaresques,. s'était acquis une grande réputation de bravoure et d'habileté *i. La flotte de la Religion mit à la voile pour l'île de Rhodes le 3 a du mois de mai. Elle essuya dans la traversé© une horrible tempête qui ravagea tout le' littoral de la Provence et de la Ligurie *2. Ces fléaux
*i MS. hist. alp. marit.
^2 Ludovic Revelli , dans ses notes mahoscrites de memorabUibus , nous a fait connaître en ces termes les ravages occasiorinës dans les campagnes de Nice à la suite de cette tempête :
» MDXXi die IVlercurii Quatuar Temporum pos(
pa^agers préludaient aux calamités sans nombre y que la rivalité des deux premiers potentats de l'Europe préparait à l'Italie!.... Charles d'Autriche, célèbre sous le nom' de Charles Quint y eut François L*' pour rival à l'Empire.... A la haine qui existait déjà entre les familles de Bourgogne et d'Orléans y dont ils descendaient tous les deux, se joignit une animosité parti <p culière que fit naître la préférence du choix ; ils avaient l'un et l'autre des inclinations guer<* rières, beaucoup de puissance, encore plus d'ambition ! Avec de tels élémens , ils allumèrent un incendie qui embrasa l'Europe entière. Le Ducde Savoie, menacé par le Roi de France, s'çmpréssa de mettre l'Empereur dans ses intérêts ; et pour mieux parvenir à son but, il rechercha le mariage de l'in&nte Béatrix^ fille à' É manuel Roi du Portugal et sœm- de la femme de Charles Quint. Parmi les ambassadeurs de Savoie qui traitèrent cet hyménée à la Cour de Lisbonne sous les auspices de l'Empereur , nous
1^ Pentecostem , quœ fuit ±2 maîi luna 17 circiter sr horam tertiam diei , per dimidiatœ horœ interval^ » lum , calaïuitosa tempesta maximam agri Nicœni t partem , omnium fructuum depopulata etc. etc. » ( MS. liist. alp. marit. )«
14 Fol. II.
devons citer Honoré Caïs de Nice, habile négociateur et jurisconsulte disiin^é. La dot de rinfanle fut fixée à i5om. ducats d'or, non compris les bijoux et le trousseau, et la ville de Nice obtint l'honneur d'éire désignée pour la célébration du mariage, L'Infante arriva an port de Villefranche le 29 septembre i5ai. .
Jamais le bassin de l'ancien port d'IIercule n'avait offert un tableau plus magnifique et plus animé ! Vingt-cinq galères richemeat décorées et pavoisées aux armes d'!^spagne, de Portugal et de Savoie , s'avancèrent à force de rames par un teois superbe, au bruit coatinuel de l'artillerie de terre et de mer, et aux acclamations des habitons qui couvraient tous les rochers environnans ; la galère surtout qui portait la jeune Princesse , paraissait toute éiincelante d'or et de pourpre. L'Arche* vêque de Lisbonne Martin Costa et le Comte Vdlanova de SollUnan y commissaires du Roi de Portugal, accompagnaient l'épouse avec une Cour brillante , où figuraient les dames et les seigneurs les plus illustres des deux Royaumes,
Le Duc de Savoie, arrivé la veille à l'abbaye de St. -Pons avec la fleur de sa noblesse, ne vpu* lut entrer dans la ville qu'après le débarquement
" âll
de la Princesse. Par ses ordres Louis de Mklingre , Jean (TOrUac , l'Évêque Jérôme tfArsagiSy l'ambassadeur Honoré Caïs et les Consuls à la tête des premier; gentilshommes du. pays , allèrent la recevoir cft la complimenter sur le quai de Villefranofce. Maigre l'heure avancée et l'approche de la nuit, l'Infante se mit en route pour Nice : elle fi-anchit Je col de Montalban, à la lueur des flambeaux, sur une chaise fourrée de velours et d'hermine que portaient quatre gentilshommes Portugais 5 arrivée au moulin de Riquieri , les acclamations ^ redoublées de la multitude annoncèrent la ren^* contre du Duc de Savoie qui venait la recevoir : toute lavcampagne environnante parut à l'instaiit illuminée ; des milliers de flambeaux répandaient une clarté qui le disputait à l'éclat du plus beau jour. Le bruit du canon , les sons belliqueux àes instrumens guerriers , les applaudissemens prolongés de la foule respectueuse , tout cela ajoutait à l'ivresse générale. Le Duc accompagna l'Infante jusqu'à la porte Pairoliera ; là il prit congé d'elle et retourna à l'abbaye de St-Pous *i ;
^i Les détails sur la réception de Tlqfante de Portugal sont tirés du Manuscrit hîst. alp. marit. liv. i5.* ; du MS,. délie cose^ di IVizza^ et des note* de Ludovic Revelli , intitulées de memorabillbus*
Béatrix ailà ^renâre soa logemeiiit au psJais DuoaL Le peuple impatient de jouir de, sa présence , se tint constamment pressé sous ses fenêtres , répétant les cris de vis^ Charles , yi^ Béatrix*
La cérémonie du mariage se fit le premier du mois d'octobre dans, l'église des.Donûtjâcaiiis. L'illustre couple reçut la bénédiction nuptial^ des mains de Bonifice Ferrero , Évéque de Verceil^ décoré ensuite de la pourpre <RomaiB^ par le Pape Léon X ^ i . Les fêtes et les réjouissances se succédèrent sans interruption ; illuminations^ danses^ chœurs de musique, course sur mer, rien ne fut épargné; mais ce qui sur-tout excita l'admiration des habitanscefiitun vaste tournois ^^ construit près la porte marine , dans lequel plu* sieurs Chevaliers Espagnols , Portugûs et. Sa-
'*! i> Anno i52i , die festo S. Hieronymi ^ Niciae î> îo Templo Divî Dominici Sacre solemniter pcr- >> acte , Serénissîmo Carolo Sabaudiœ Duci , Bea- » tricem , Emanuelis Lusîtani Régis fUiam , in ma- » trimonium conjugavit Bonifacius Ferrerius , Epi- » scopus Vercellensis , multarum in Pedemonte » Abbatiarum Commendatarius etc. » (Ludovic Revelli de memorabilibus ).
*2 Ludovic RevelU de memorabilibus i MS, hîst alp. marit. ^ M3* délie co^ç di Njzsfa^
:2i3 voyàrds rompirent leurs lances en honneur de la Princesse* Le Irois octçbre suivant^ vers les cinq heures du soir ^ le Duc de Savoie fit sou entrée solennelle dans la ville avec rinfante , parée du diadème Ducal ^ d'après le cérémonial de Cour adopté en pareilles circonstances. À l'occasion de cette solennité la noblesse Portugaise étala un lute éblouissant : a Ils étaient , » dit le manuscrit déjà cité ^i^ couverts d'or )) et de pierreries, parés de magnifiques colliers , )) dont un seul aurait Êiit la fortune de plusieurs » familles^ montés sur des- superbes chevaux )) ornés de pourpre , de rubis et de panaches » éblouissans.; les scUes, les btides, les étriers, » les éperons, tout était presque entièrement d'or >> massif; à la somptueuse élégance du costume » Espagnol se réunissait tout ce que le faste » Orienul peut produire de plus recherché » . Ludovic RevelU , témoin oculaire de ces fêtes, affirme que le nombre des étrangers dépassait les cinq-mille ,. que la pompe du cortège était digne d'admiration, à cause de la profusion des omemens , de la quantité de chevaux , d'oiseaux rares , d'animaux inconnus , et autres
*i MS. hist. alp. mar. ; MS. délie cose di Nizza*
choses curieuses de l'Afrique , de Flnde et àûé deux Amériques *i. Il ne faut pas s'en étonner^ puisque à cette époque les établissemens formés par les Portugais et les Espagnols dans le nouveaa monde , avaient fait refluer stu* la péninsule les J trésors des deux hémisphères.
La saison avancée y et les projets hostiles de . François !.*% obligèrent bientôt le Duc <jk ^ Savoie à repasser les alpes^ Il quitta la ville de Nice le 8 du mois d'octobre avec son auguste compagne ^ suivi des bénédictions et des regrets de tous les habitans^ La flotte Portugaise mil presque immédiatement à la voile , de sorte qu'au bruit et au mouvement d'une vilJe ani*méè par la présence de la Cour et . de . tant d'illustres étrangers , succédèrent le calme , le silence et l'abattement des esprits. Toutefois Içs profits considérables qui en résultèrent pour la classe industrieuse, auraient pu la dédommager de ce changement rapide , si l'activité des com* munications et les fréquents arrivages de mer, pendant les fêles du mariage, n'avaient malheu-^ reusement introduit la peste dans la ville ! -
*i Notes manuscrites de Ludovic Revelli , intitulées de memorabilibuSé
iibriMBiAie»4^]b 3ANliteiTAtiée> mbiàsontm ^ de nombrcltMes tictimes dans la Ligurié y le Oômté ^ de-JNteNBf ei la "Provence ^ tantèt raUentilssant ses iorenrs^ tantAt redoublant dé yiolence... Pendant * sept amiëes cfBs^ciitives le Ciel épuisa sa rigueur sur. eèè cmitrëes désoléeà..». C'est sans dcmtela' cranté <de la e^tagion qui empêcha le Pape ' Adrien V de s'arrêter à Villefranche à son retour 'd?Espagne '^i ^ ainsi qu'il en avait le projet. Ce -fléan n -empêcha ' pas les Chevaliers de Rhodes d'envoyer un message à Nice y pouif solliciter ^Aes secours contre le terrible ^SoUmaHy qo^ ■ avec tentes les forces du croissant réunies^ aariëgeait ce- boulevard de la foi ^2. Ils en obikiraBt l'armement de quelques navires ; mais au moment qu'ils allaient se mettre en mer ^
*i Barthélemi Bensa et Alberti , hîstor. de Sos* pello , assurent que le Pape Adrien V , forcé par les vents contraires d*aborder au port de Villefranche , s'^ arrêta- plusieurs jours » nous croyons qu'ils se trompent tous les deux, et que le Souverain Pontife passa seulement en vue du château de Nice ( MS, hist. alp. marit. ).
*2 L'Ordre de S/-Jean de Jérusalem possédait '■ & Nice une riche commanderie , et faisait constam-* ment travailler à des constructions maritimes dans le port de Yillefranche ( MS. hist. alp. marit. )%
\m apprit que Tintrépide courage de l-ilKiaU'è grand-msdtre P^illers de tîle Adam y avait dd céder à la puissance formidable des Ottomane La capitulaiioù de l'île de Rhodes fot justenient regardée comme un grand désastre.
. A cette époque le Connétablje de Bourbon ', déserteur des drapeaux de la France , s'offrît dé servir la haine de l'Empereur Charles Quint. On vit un Prince Français, oubliant la voix du sang et de la patrie , se brouiller avec François 1." pour quelques préférences accordées à* ses favoris, et, dans son aveugle ressentiment, $oK liçiter la Cour d'Espagne à entreprendre la conquête de la Provence: le cabinet de Madrid forma le projet de rétablir l'ancien ftôyamnè d'Arles. Il en promit l'investiture au Gonûé*table , espérant qu'un Bourbon , célèbre par ses talens guerriers, aurait facilement entraîné la défection des Provençaux, déjà divisés par les troubles intérieurs et mécontens de la domination Française. La circonstance était d'autant plus favorable, que la fortune venait d'abandonner François P'. Ce Monarque , chassé du Milanais , forcé d'évacuer la ville de Gènes , sa dernière place d'armes en Italie, se trouva tout-à-coi^ dans une position critique : paàt
Rassurer de la neutralité du Duc de Savoie , 21 Renonça par acte signé à Lyon le i o septembre iSaS *i aux prétentions récemment élevées, sur la vîHe et le Gointé de Nice* Cette négo^ eiation était à-peine terminée , que le Conné- -table ^ ayant tout préparé pour Texpédition de Provence , se mit en campagne avec une a:rmée formidable. Il quitte ia ville de Gènes , traverse rapidement la route de la Comiché^'et secondé par ia flotte du grand Prieur de Gapoue y Hugues de Moticeda ^ cbargé du transport des équipages et de rai*tillerie ^ il pousse devant lui tm ennemi trop faible pour pouvoir lui résister. A son 'approche l'amiral Français M.** de la Ftcyette , et André Doria qui était alors au service dé la France , prirent le parti de se réfugier au port de Villefranche ; là , sous prétexte d'eulever aux Impériaux les ressources qu'auraient pu leur fournir les navires des Ghevaliers de St. -Jean de Jérusalem , ils désarmèrent deux -caraques de la Religion, et s'eniparèrent de l'artillerie qu'ils firent transporter à Antibes , non
*i On trouve cet acte ad extensum dans le traité dçfi droits du Roi de France .par Dupuy ^ et dans le MS. hist. aJp. marit. liv. iSf.
obstant les protestations des Consuls de Nice *î* De son côté- le Maréchal de Montmorency . reculant à mesure que les Impériaux avançaient^ évacua les positions de Vintimille^ dans la crainte d'être enveloppé. Son petit corps d'armée , presque entièrement composé de Gascons , tou- . jours indisciplinés et pillards ^ ravagea les faubourgs et les campagnes de Nice , sans écouter la voix de leurs chefs ; le Gouverneur François de Belletruche s'était enfermé dans le château^. crainte d'une surprise, avec le peu de troupes qu'il avait à sa disposition ; les paisibles habitans de la ville ^ trop confiant dans la foi du traité de neutralité, ne prirent aucune précaution pour en défendre l'entrée ; quelques compagnies j
*i Le grand-maitre Yilliers, de Tlsle Adam, alors réfugie à Rome , envoya à Nice le Frère Gonzalez Pimenta^ Prieur du Portugal, et François de Tatis ^ Commandeur de la Vera-Cruz, pour demander, sous " les auspices du Duc de Savoie , la restitution des objets enlevés par les Français dans le port de Villefranche , et la mise en liberté de Pierre de Cardenas , Chevalier Espagnol , commandant une de ~ ces caraques, que M/ Delafayette avait fait prisonnier. Le Pape appuya cette demande par un Bref fulminant ,' mais François !.*■' ne tint aucun compte de ces justes réclamations ( MS. hist. alp. marit. livre i5.® ).
ai9 ben^trèrent pendant la nuit^ et y donnèrent une espèce de pillage; alors les Consuls firent^ mais trop tard, sonner le tocsin/ et dans la confusion de cette nuit désastreuse, il y eut de part et d'autre des morts et des blessés. Heureusement les Gascons ayant appris que l'avant-garde ennemie était arrivée à Monaco, te hâtèrent de sortir de la ville, et se mirent en sûreté au-delà du Var *i.
Dans la matinée du 3o juin i524> le Connétable de Bourbon campa aux environs de Nice avec toute son armée, composée de vingt-cinqmille fantassins et deux-mille chevaux, Espa-* *gnob, Allemands, Italiens et Français, qui avaient suivi sa fortune ^2; les Officiers supérieurs obtinrent des logemens dans la ville , mais ils en sortirent presqu' aussitôt, à cause de la peste qui s'y déclara quelques. jours après d'une manière effrayante *3. Les troupes réparties le long.
*i Relation manuscrite de Jean Badat , gentilhumme de Nice.
*2 Les historiens de Provence portent l'armée du Connétable de Bourbon à 55m. hommes, infanterie et cavalerie; nous avons eu plus de confiance dans les mémoires de Jean Badat, témoin oculaire de cet événement , qui parle seulement de 25m. fantassins et am. chevaux.
^3 Deux jours après Farrivée des Impériaux à.
du rivage de la mer^ depuis le Paglion jusqu^ail Var y couronnèrent toutes les collines qui do^ minent le fleuve^ et^ maigre la sévérité du C!oanétable^ achevèrent la ruine des campagnes.
Cependant la flotte française continuait à défendre aux Espagnols Fentrée du port de Villefranche ^i ; elle s'empara d'un brigantin venant de Barcelonne^ où était embarqué Philibert de Chalons , Prince d'Orange , .porteur des dépêches de l'Einpereur Charles Quint au Duc de Bourbon *3- Les Français connurent par-là tout le plan de la campagne qui allait s'ouvrir en Provence^ et prirent en conséquence leurs mesures défensives. Le Connétable ne pouvait
Nice 9 Don Diègue de Salamanque , capitaine distingué , commandant le régiment ^e Cordoue , y mourut subitement de la peste et fut enterré avec beaucoup de pompe dans Téglise des Dominicains. Sa mort porta Tëpouvante parmi les autres chefs qui abandonnèrent leurs logemens dans la ville ( Relation manus. de Jean Badat ).
"^c La flotte Française consistait en douze vaisseaux , dix galères , quatre grandes caraques» avec plusieurs galions et galiotes ( MS. délie cose di Nizza ).
*2 Le prince d'Orange fut envoyé prisonnier en JFraiice ; François I.®'' le fit enfermer dans une tour du château de Bourges , d'où il ne . sortit qu'à la. paix ( MS* hist alp. marit. ).
entreprendre le passaige du Var qu^aprés Farrivée des bagages et des provisions^ d'aur tant plus <jue le pays de Nice n'ofirait aucune ressource pour les subsistances d'une armëe aussi considérable. Dans cette position il écrivit à Monaco à FAmiral Espagnol de tenter le sort d'un combat contre la flotte française pour la déloger de Villefranche. Le 7 du mois de juillet^ Hugues de Monceda parut sur les parages de Nice avec une division de galères escortant les bâtimens de transport. Aussitôt André Doria , favorisé par le vent ^ s^avança contre les les E^agnols, tandis que l'Amiral Français mdr nœuvra de manière à leur couper laf retraite sur Monaco. Cependant\Monceda engagea un combat opiniâtre en présence de l'armée Impériale rangée en bataille le long du littoral; mais à l'approche de la nuit , désespérant de pouvoir forcer les ennemis à lâcher prise , il prit le parti de revirer de bord. Le vent ayant renforcé dans l'intervalle ^ trois de ses galères ne pui*ent doubler le Gap de S.t-Hospice^ et repoussées par les vagues^ investirent la terre à la pointe dite de Caras. Les Français s'approchèrent du rivage pour s'en emparer ; la perte de ces navires était inévitable , si le Duc de Bourbon
Bt le Marquis de Pescara n*ëtaîent adcoûrus h. la tête de plusieurs compagnies. Les grenadiers Espagnols s'avancèrent dans les flots de la mer^ ayant de l'eau jusqu'à la ceinture , et firent une si vive fusillade y que les ennemis prirent le large après avoir essuyé quelques pertes. Mais les trois galères n'étant plus eii état de tenir la mer, on se décida a y mettre le feu après eh avoir retiré tout ce qui pouvait encore servir *i.'La nuit suivante ^ tandis que les Français , fiers de letu* victoire , se flattaient que l'Amiral EIspagnoI n'oserait plus paraître , celui-ci profita de leur peu de prévoyance , et entra avec toute sa flotte dans le port de Villefranche. Cet heureux événement mit le Connétable de Bourbon en mesure d'entreprendre le passage du Var deux jours après ; Barthélemi Doria , Marquis de Dolceacqua^ demanda de marcher à Favant-garde avec deux compagnies levées à ses frais *2*
*i Bouche, hist. de Provence; Ludovic RevcUî, Cal end. ; Relation manuscrite de Jean Badat.
*2 Le Marquis nourrissait un vif ressentiment contre les Français , parce qu'ils avaient protégé Lucien Grimaldi seigneur de Monaco , avec lequel il était mortellement brouillé, quoiqu'il fût son proche parent. Possédé du désir de la vengeance, il eut recours à la trahison , et violant les lois de rhos^
2a3 Claude de Tende j Gouverneur Général de la Provence, avait confié la défense de la frontière à son Lieutenant , Ludovic de Grasse , Seigneur du Mas : les troupes sous ses ordres , presqu'entièrement composées de paysans levés à la hâte , se débandèrent aux premiers coups de fusil , et les Impériaux ne trouvant aucune résistance eurent bientôt franchi cette faible barrière. L'infanterie s'aVança rapidement par Grasse et Draguignan , la cavalerie et rartillerie par Antibes , Garnies et Fréjus ; en peu de jours toute la Basse -Provence devint leur conquête *i.
Nous n'entreprendrons pas de suivre le Duc de Bourbon dans sa marche triomphante, et de rapporter en détail les succès qui couronnèrent
pîtalîtë il le poignarda de sa propre main, mais il no put s'emparer de Monaco , parce que les habitans prirent les armes et Tobligèrent à sortir de la place. Craignant la vengeance d'Augustin Grimaldi, ëvéque de Grasse , frère du défunt , et le ressentiment de TEmpereur et du Duc de Savoie , auxquels celui-ci en porta des plaintes , il conjura Torage en prenant part à Texpëdition de Provence , et en cédant au Duc de Savoie le haut domaine sur les fiefs de Dolceacqua, Apricale et Isola-Bona, par acte passé à Chambérjr le i,^' juillet j524 ( MS. hist. alp, marit. ). ^i MS. hist. alp. marit.
d'abord cette expédition; il suffit d'iiidîqper qm la ville d'Aix lui ouvrit ses portes , et que ne trouvant aucun obstacle à l'accomplissement de ses vœux, dëjà il croyait avoir saisi Fancien diadème des Rois d' Ariens. Cependant , malgré la terreur de ses armes, la ville de Marseille refusa de se soumettre ; quoique livrée au seul courage des habitans, elle répondit aux sommations du Connétable, que, fidèle au Roi de France, elle était décidée à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. U Êdlut en ùàre le siège, ce qui fit perdre un tems précieux aux Impériaux et donna le tems à François I d'organiser une nouvelle armée^ Les historiens de Provence *i célèbrent avec raison rbéroique dévouement des Marseillais, qui, vivement pressée par mer et par terre, résistèrent pendant quarante jours aux efforts d'une armée jusqu^alors victorieuse ! Ils se signalèrent particulièrement en repoussant l'assaut du 2^ septembre , ce qui décida la levée du siège , et ensuite la retraite des Impériaux. Les munitions et les vivres commençaient à manquer,, le Maréchal de Mont^
^i Ruffi , Bouche , D*AnviUe et Papon , hist. de Provence.
^nonrencjr. .aVah dejk repris roffehsÎTe sur les bords dQ la Durance ^ ti François \ s'avançât en personne avec des trouples fraîches pour venir combattre son ennemi. Le Connétable apprit^ maïs, trop tard^ combien il est imprudent de temporiser avec la victoire ; forcé d'ordonner J^ retraite à travers cette province si rapidement conquise^ elle commença eii désordre^ et finit par une i déroute. Poursuivie par les Français et par la haine des Provençaux , l'armée Espagnole perdit pi^sçpie tous ses équipages^ un nonfibre considérable de chevaux^ et toute l'ai'tiUerie ^'on n'avait pu . embarquer. Elle repassa le Var le ^9 du moi^ de septembre^ dans un tel delà-brement^; que les > Consuls de Nice osèrent leur refuser l'entrée de la ville *i- Ces fuyards se jettèrent sur les faubourgs et sur les campagnes ^ environnantes y pillant les maisons \ coupant les arbres ^ se livrant aux mêmes excès qu'ils avaient commis en Provence. Heureusement l'approche de l'armée Fj^ançaise précipita leur retraite. Le x3 du mois d'octobre les Impériaux prirent la route de la Corniche^ et Hugues de Monceda ^
*i MS. hist. alp. marit. liv. i5.* ; Mémoires tna* nusc. de Jean Badat.
i5 Fol. IL
abandonnant le port de Villefranche ,' mit h h voile pour Gènes avec toute la flotte Espsignole'^i. Le lendemain le Maréchal de MontoMlrencj; accompagné de monsieur de Florangei e\ de Frédéric Bozzollo y Capitaine Italien au service de France, se présenta aux portes idè la ville de Nice avec un corps de hui.t-cent cavaliers et quelques Ëmtassins pour en demander Fentrée. Le Gouverneur, monsieur de ChauJsjr^ s'était renfermé dans le château, abandonnant les habitans à leur propre fcouragé ; un trotnpette Français s'avança sur la porte du pont , dont la garde était confiée à Jean Badat , et le somma de l'ouvrir , menaçant en cas dé re£xs de la renverser à coups de canons. Gt gênéveux citoyen ne se laissa pas intimider, ist protestant de la neutralité de la ville, répondit que l'artillerie des remparts ^^rait fait raison de cette violation des traités. Le Duc de Mont* morencjr n'ayant pas réussi de ce côté, fit renouveller la même sommation à la porte niarine, où commandait le Capitaine Barthélemi fioccamaura ; celui-ci intimidé par lès menaces
^j MS. hist. alp. mari t. ; Mémoires mahusc, de Jean Badât.
5^7 4ti parlemtataire^'cons^itii d^accorder l'entrée
seulement au Màrëchal. Le Duc se présente avec quelques Officiers et domestiques de sa suite ; mais ' au ; moment où le ^ garde-clé& Pierre Mickelet, ouvre la preinière barricade ^ vingt* ^q cavaliers Français fondent à T improviste «ur lui et s'emparent dé- là porte *i* Alors les autres troupes entrèrent péle-méle dans. là ville sans qu'il fôt possible de leur opposer aucune résistance. Dans le premier désordre qui suivit celte surprise^ une soldatesque avide pilla tout ce qui totnba sous sa main ; par lk>nheur le Duc de MonMorenc^ > touché des plaintes des Consuls^ se hâta dés le lendemain de faire partir pour Villefiranche trois-mille hommes des plus mutins , embarqués pour les côtes de la Toscane ; bientôt il prit lui-même la route de la Ligurie avec le reste dé son armée ^ harcelant la retraite des Impériaux^ et combinant ses mouvemens avec la marche de la grande armée Française ^ déjà maîtresse des plaines du Piémont.
Si François 1, tempérant son ardeur belli-
"^i Mémoires MS. de ^ean Badat; MS. hist. alp. marit.
qiieuse^ n'avait pas refusé d'écouter les eonseili de la prudence, peut-être eût-il fixé la victoire ^ous ses drapeaux ; mais contre les avis die së^ xneilleui's Généraux, il accepta la bataille de Pavie, où la fortune, trahissant son courage, le li* vra prisonnier à ses ennemis *i. D'abprd eaferÔK dans la forteresse de Pizzighitone , il fiit ensuite conduit à Gènes, où le Vice -Roi de Naples^ Dom Charles de Lanaja , eut ordre de veiller à sa garde , et de le condmre en Elspagne ayeo une escorte de vingt galères,
Les vents contraires forcèrent la flotté à rela-f cher au port de Villefranche ^2; aussitât le Gon-^ vemem-, les Conisuls, TÉvêque, et les prinâîpÂux Officiers du Duc s'empressèrent d'aller le vU
''^i La bataille de Pavie si funeste à la France se donna le 24 février iSsS. Après plusieurs heures d'un combat opiniâtre les Français 9 enfoncés .de tous les côtés ,* abandonnèrent le champ de bataille danjs pn épouvantable désordre. François I/' y fit des prodiges de valeur à la tète de sa noblesse ; mais accablé par le nombre et renversé de son che* val , il dut se rendre prisonnier , et 'avec lui unç foule d'officiers supérieurs , parmi lesquels le Roi de Navarre , et René , Comte de Tende ( Murât. , annal, ital. ).
*2 Bouche , hist. de Provence ; Murât. , «inn^l, îtal. j MS. délié cose 4i Nîzzq.
titâr poUr liù ofirir des rafiraicHissemensV et Im jtémoigner. les regrets qu'inspirait son'malhéunk L'illustre. piisoQiiier les reçut avec. un air sonlibr0 et un froftt, abattu ^ où se peignait toute soi^ humiliation; on a prétendu ^i qu'il prît de mauvaise, part cette visite^ croyant que ces témoignagnes d'intérêt n'étaient qu'un amer persif^ flage ^ et que c'est à son orgueil blessé qu'il Ëiut attribuer le siège de Nice en 1543; lorsque^ rendu à la liberté , il put se livrer à son ressentiment ! Sa captivité ne dura que quel*^ ques mois: sa sœui*^ la Duchesse dAlençon^ Princesse douée d'une grande beauté^ et trèsadroite pour conduire les intrigues de Cour , négocia le traité de rançon signé à Madrid le» 17 janvier i5a6. François I renonça à tous ses droits et prétentions sur le royaume dô Naples , le Milanais , les étals de Gènes et le Duché de Flandres , et livra ses propres en£mâ^ en otage. Ces sacrifices étaient trop grands pouc se flatter d'obtenir une paix de longue durée !I Pendant ce court intervalle de repos ^ ua mouvement continuel régna dans les pdrts da Nice et de Villefranche ^ à cause de l'arrivée
^i Mémoires MS. de Jean Badat.
successive des flottes Espagnoles et Françaisef qui venaient y débarquer les prisonniers .<iu les embsrcper pour la Provence. Le 28 septembre de cette même année Charles de Bourbon et l'amiral Espagnol Hugues de Monceda y momltèrent de nouveau an poit de Villefranche avec une flotte de 1 7 galères , et s'y arrêtèrent pIiH sieurs jours y à cause de ta mer orageuse; c'est à cette opcasion que le Connétable sgr^auit arrétif sa galère en face du cbâteau y au moment qu'il le saluait de toute son artillerie , s'écria dans son admiration « f^oUà une assiette dont on ne cognoist pas t importance * i . En effet cette forteresse excitait la jalousie de toutes les Puissances maritimes^ particulièrement de Ja France qui n'épargna ni la force des armes y ni lessourdes intrigues pour s'en emparer.
A cette époque des nouveaux soupçons de trahison s'élevèrent contre \e% enfans di Honoré Grimaldi Baron de Bueil; un gentiHiomme nommé Desferres ,. l'accusa hautement à la Cour de Savoie d'avoir formé des intelligences secrètes avec la France pour lui livrer le château de Nice. René' Grimaldi^ Seigneur de Massoins, et
*i Villaret, hist. de France tow. 6; MS^ hist. alp. marit.
jkynu frère JasinrSc^tiste^ Seigneur dnCtoSyia^' dignes <f)Uie acçusatioa qu'Us qualifiàrent de /calomnie^: ^jetèrent à iiuûn*aniiée sur les terre» de ce geiftilhooime^ y commirent d'horriUes vengeances ^ et :mirent le sié^e devant le château de Gilette^ où />e^rre^ s' élait enfermé. Conr naissant le sort qui Tatiendait s'il tombait en leurs mains ^ il prit le parti de s'évader déguisé en mendiant *f« ,
Le Duc de Savoie, intéressé à mettre fin à ces troubles qt^i pouvaient avoir des conséquences funestes poi^r le Comté de Nice , fit marcher des troupes sous les ordres du. gouverneur Louis de MaUngrâé Après deux mots de siège le château de Gilette ayant été repris y René et Jean^Baptiste GrimaJUti prirent la fuite pour se soustraire à la procédure criminelle , intentée contre eux par le Sénateur JeanrFrançois Galateri Jugc*Mage de la ville ; le ptemier ise
réfugia à Paris à la Cour de François I.*', I9
^i Barthëlemi Bensa de Nice , dans sa relation manascrite du siège du château de Cilette, s^expfime en ces termes : » Nob. Renatus de Grimaldis ocp cupabat castrun» Gilettae , castra vîçiiia saquegl^ » bat , et me ipsum expulit a Castro Gilettœ , in » cjus interceptione , cum verbis înimicîtiœ , Nob. » Domioi Honorati Déferras f'optimi amici'^ieî*!^*
.:»econd étant tombé malade, trouva tm aaSà
^auprès de son parent Ludovic de Grimaldiy
Seigneur de Gagnes , où il moufut quelcjne
tems après abreuvé de chagrins et de dégoàts.
Le Baron de Bueil, étranger aux intrignes as ■ises enfans y avait employé ses exhortations et 9ei menacés , pour les faire rentrer dans le devoir; miais'le cœur est sourd à la voix de la nature lorsqu'il se laisse dominer par -les passions violentes ; ne pouvant les retirer du mauvais pas où ils s'étaient témérairement engagés , il se hâta de désavouer leur conduite et de justifier •la sienne auprès du Duc de Savoie. Le souvenir de ses services, ses larmes, et rintéréc ga'inspiraient ses cheveux blancs, ne purent ' arrêter le cours de la justice. René , Seigneur de Massoins, principal auteur de cette révolte, déclaré coupable de haute trahison , fut pendu en effigie ^ et les biens que les deux frères possédaient eQ propre dans le Comté, frappés de confiscation^ passèrent au profit du domaine Ducal *i.
Un événement important pour la ville de JN^ice signala Tannée 1527. Depuis que les "Chevaliers de St. -Jean de Jérusalem avaient été
*i MS. hist. alp. marit $ MS; délie cosedi Nizza:
«liasses dé lUe* dé Rhodes par les ' infidèles ]| le graod-niaitre f^ilUers ' de tile Adam y ne cessait de solliciter les Princes Chrétiens de leur accorder un nouvel élahlissement sur les côtes de la Méditerranée ; le Pape Clément YII s'intéressa auprès du Duc de Savoie ^ i pour leur obtenir un asile ^ dans l'endroit inéme \ où jadis les Maures avaient construit le Fràxinet de si iuneste mémoire. La pointe dite de St.-Hospic« située entre Nice et Monaco y attenante au port de Villefiranche ^ où la Religion entretenait cons-^ tamment un nombre de bâtimens armésy pouvait au moyen de nouvelles fortifications devenir un boulevard redoutable contre la puissance des Turcs ^ et ofirir toutes les facilités pour courir sur les pirates Afiricains. Les bons offices de la Coiu» de Rome ayant entièrement réussi e|i i5!i6^ fi'ère Pierre Dalpozzo de Nice, commandeur d'Avignon, vint lui*mémeà Yillefranche, avec mission du Grand-Maître d'examiner les lieux et de former le plan de cet établissement *2. Tout étant préparé pour recevoir les Chevaliers ,
'^i Par lettres datées de Rome le i5 décembre i5aS.
^2 Giacomo Bosio , istoria de* Caval. O^pital. di San Giovanni di ijerusaleiiuiie.
Ta flotte de la Religion partit Ae dvitaveiséhii -^ an printems de 152^^ et aborda heureusement au port de Villefiraache aux acclamations de« habitans chainnés d'accorder l'hospitalité aux malheureux et vaillans défenseurs de la foi. Frère Hercule De Non, d'une famille illustre Piémontàise y se rendit en diligence auprès da Duc Charles, en qualité d'ambassadeur^ pour traiter des conditions auxquelles Tottlre pourrait se constituer en exercice ; par lettres Ducales •datées de Verceil le !i6 septembre de la même année ^ x ^ ce Prince lui accorda les c<»ioes6Îons suivantes :
i.^ Que les Chevaliers de St.*Jean deJera*^ salem auraient leur résidence fixe à Nice et à Villefranche ^ sous sa protection spéciale , jus-» qu'à ce que les Princes Chrétiens eussent récu" péré l'île de Rhodes, ou que la Religion eût obtenu un autre local maritime en toute pro* priété y avec obligation dans l'intervalle de dé* fendre le golfe de St.-Ho3pice, et d'armer en course contre les infidèles»
3-.** Que le Grand-Maître conserverait l'exercice de l'autorité suprême sur les Chevaliers^
♦i MS. hist. alp. marit. liv." i6; -
les fronpesy les marins et autres individus dd sa dépendance , sous promesse de ne rien et^ tre prendre ^ ni permettre ccmtre les prérogatite» des droits souverains du Duc.
3.^ Que Tadministration de l'Ordre aurait libm et entière faculté de construire et entretenir à f^ charge les arsenaux^ chantiers, magasins, moulinsf^ iburs et boucherie particulière , avec exemption de toute redevance et di-oit de gabelle
4^^ Que relativement • «IX achats des mar« chandises et denrées pour la consommation dé la communauté, l'Ordre jouirait des mêmes fraii'chises et avantages accordés aux habitans; qm les frais de logemens'etloyers seraient à sa chiu^ge^ et que le gouverneur de Nice lui fournirnif annuellement un nombre de condamnés pour le service de ses galères.
A la suite de celte capitulation, le Grand- Maître f^ilUers de tile Adam proclama sont établissement à Villefranche, ptir manifeste du 8 octobre iSa-j, qu'il envoya a toute la Chrc* tienté, nommant pour .spn lieutenant à Ville-* franche frère Honoré Chiahauài des Seigneiirs de Tourrettes , natif de Nice , qui jouissait de toute sa confiance. Il fit partir en même tems sou Sénéchal, le Bailli de Langon j pour
aller complimenter le Maréchal Barou de Ldit* trec sur la prise de Pavie , et pour réclamée 868 bons offices auprès du Comiétable Charlet de Bourbon , afin dbbtenir qiielqués pièces de^ canons nécessaires à Farmement des galères *i : il prit lui-même son logement à Nice^ pour être plus à portée de conférer avec le Gouverneur sixt \e$ affaires de son administration *7^, Cependaiit il n'avait pas renoncé à l'espoir de chasser les in^ fidèles de l^ile de Rhodes ^ et c'est dans ce dessein^ que le ii janvier 1 5^8 il entrant un voyage en France et en Angleterre^ dans la but d'allet* solliciter en personne les cabinets c|a Versailles et de Londres ^ de lui accorder Jes secours nécessaires à cette expédition. Avant de partir il nomma pour son lieutenant-général > de résidence à Nice> \^. grand- Prieur de St^-^
*i A cette époque le Doc de Bourbon ^ vaifi<iueur en Italie , avait souillé ses lauriers par le saccage que son armée donna à la ville de Home , et par la captivité du Pape qu'il fit enfermer dans le château S/- Ange ( Murât , annaL d' Ital. ).
♦a Le Grand-Maître prit son logement dans la ville basse au quartier de Mascoinas ;. vers la fin du 17.* siècle, on voj^ait encore ses armes sur la porte d'une ancienne maisorn non loin du pfuits àé ce nom.
CiUes, et donna lé commandement des galères au ChevaKer Claude Gimel y avec ordre de commencer les caravanes. Sur les instances du Pape ^ le Duc de Savoie en arma trois à ses frais qui se joignirent à celles de la Religion , et pour indemnité dés dépenses^ il obtint^ par bulle du St.-Siège I la faculté d'exiger un ducat pouir cent sur la valeur de toutes les niarchandises chargées sur les bâtimens venant des côtes d'Italie^ débarquées en transit dans les popts de Nice .et de Villefranche.
Non-seuleiHent les armemens des Chevaliers servirent avec zèle les intérêts des habitans pottr tenir constamment éloignés les pirates Afri^" cains ^ mais ils fournirent ^ pendant la disette qui régna en i528, des secours continuels en bleds et autres approvisioiinemens qu'ils allaient charger sur les côtes de la Sicile et do Languedoc. Dans un de ces voyages le commandeur Claude Gimel soutint dans les eaux de Marseille un combat glorieux contre les» Barbaresques qui cherchaient à intercepter^ son convoi. Les infidèles complettem^ht battus^ abandonnèrent une galiote au pouvoir des Chevaliers ; ils la conduisirent en triomphe au port de Villefranche ; ou le Rays qui la commandait , fut par
ardre du Licntenànt-général de TOrdre pendu au grand-mât de la caraque la S.te-Anne^ afin de servir d'exemple à s/^s pareils. Ce succès & pourtant éprouver à la Religion une perte bien douloureuse, puisque le Prieur de S.t'GiUes mourut à Nice, quelques jours après, à la suite des blessures reçues dans cette action où il avait
déployé le courage le plus brillant *i.
J^illers de ttle Adam] de retour de son voyage en Angleterre, tomba dangereusement malade à Lyon ; rappelle à la vie par les ^ins d'une foule de Chevaliers, qui s'empressèrent d'aller lui prodiguer leur assistance , il se rendît ensuite à Chambéry, pour tenir sur les fonds baptismaux, au nom de Dom Émanuel Roi de Portugal, le Prince Émanuel Philibert y fils du Duc Charles. La naissance d'un héritier de ia couronne combla de joie la ville de Nice ; au retour du Grand-Maître, le 12 du mois de décembre de cette même année , sa qualité de parrain du jeune Prince ajouta à la vénération et aux sentimens affectueux des habitons *i.
♦i MS. délie cose di Nizza.
*i MS. hist. alp. marit. liv. i5*.
r.;-.- ChAPITRI II.'' ;
CorUinuaiion de la. guerre en ItaUe -^^ Traité
/deCambrajr---' Départ des Chevaliers de
Sii-fJean de Jérusalem pour tUe de Mal^
the — Inondation de 1 53o -r- Arrivée du
' Pape Clément VII au port de f^Ulefi^anche *— François I.*' envaJiU les États du Duo de Savoie — La Duchesse Beatrix et son Jils Émanuel PhiKbert se r^gient à Nice — Seconde expédition de Provence par t Empereur Charles-Quint — » Mort de la: Duchesse Béatrix — ^ Médiation du Pape Paul III pour négocier la peux — Héroïque dévouement des habitans de Nice — Trêve de dix ans.
La guerre coniinuaii en Italie entre Charles-^ Quint et François I." avec des succès variés : fidèle à son système de ne pas se prononcer entre ces deux concurrens ^ le Duc de Savoie fit son possible pour éviter les écueils dont il. était entburé^ et fut malgré lui entraîné dans cette lutte fatale.
Le passage continuel des flottes rivales, leurs stations au port de Yillefranche y et la retraite
au célèbre Aîidré Doria, qui dé&erta la came de la France pour s^attacher à la fortune de f Empereur^ amenèrentdes événemens importans* * François I.*' ayant été informé que F amiral Génois avait entamé des négociations secsrétes avec le ministère Espagnol^ ordonna à Monsieur de Barbezieux de venir se porter avec dix galères au port de Villefranche , où l'on savait que Varia était dans Thabitude de relâcher^ avec ordre de l'arrêter et de le £dre cmiduire à Paris* Le coup lui manqua y parce que Thahile marin, ii^ormé de cette trame^ se mit en sûreté avec son escadre dans le port de Gènes. Sous prétexte de ménager un arrangement^ Monsieur de Barbezieux lui fit proposer une confërence an mer^ espérant de le faire tomber dans le piège ; l'intrépide amiral s'y rendit dans une attitude tellement imposante , que son compétiteur n'osa rien entreprendre. Irrité des embûches que l'on tendait à sa bonne-foi , Doriay de retour à Gênes , prend tout-à-coup un parti décisif; il assemble ses officiers^ leur conununique ses ressentimens , et secondé par le peuple dont il était devenu l'idole , il chasse la garnison Française de la ville , et proclame l'indépendance de la République; sous la protectioa
de l'Espagne *i. Aussitôt son parent Érasme Galléan de Nice^ capitaine de l'escadre Génoise^ se rendit à Barcelonne au mois d'octobre i'5a8^ pour informer la Cour de Madrid de cet évé* nement. André Doria, devenu chef des flottes Espagnoles-^ porta la terreur de son nom dans toute la Méditerranée^ et l'escadre Française^ n'osant plus se mesurer avec un ennemi devenu redoutable , se renferma dans le port de Toulon.
Cependant l'horizon politique parut un instant s'éclaircir! Soit que François I.*' craignît dé nouveaux désastres ^ soit qu'il voulût seulenient gagner du tems pour réparer * ses pertes et l'essaisir ensuite l'avantage^ il consentit^ l'année suivante i52g, à signer la paix y en sacrifiant ses prétentions sur le Milanais et le Comté d'Asti. C'est' à la suite du traité de Cambray > que l'Empereur Charles Quint ^ vaincu par les sollicitations de la Cour de Rome , céda l'île de Malthe aux Chevaliers de S.t-Jean de Jérusalem pour y fixer leur résidence. Cet événement causa à Nice la perte d'un établissement qui lui avait procuré de grands avantages.
Avant de quitter le port de Villefi^anche , le
*i Giustin. et Casoni , annal, di Gen.
16 Fol. IL
Grand-Maitre envoya^ en qualité d'ambassadeur, auprès' du Duc de Savoie , le Chevalier Philibert Biquieri de Nice y pour le remercier de Fasile qu'il lui avait généreusement accordé *x. Il exprima également aux Consuls de la ville ^ et au gouverneur Nicolas de Beaufort , toute sa reconnaissance pour le dévouement qu'ils avaient fait paraître à l'avantage de la Religion , laissant aux principales églises des souvenirs de sa pieuse munificence *2. La flotte des Chevaliers mit à la voile le i8 juin iSsq; l'accueil qu'ils avaient reçu à Nice , cimenta une union d'amitié ^ d'hospitalité et de commerce y qui exista toujours entre les deux gouvernemens ^ jusqu'à' la cfaâte de l'Ordre.
"^i Bosio , Istorîa de* Cavalicrl di San Giovanni âï Gerusalem. ; Columbi , idem , pag. 4? et 48*
"*^2 Le Grand-Maître Villiers , de Tlsle Adam , enrichit les églises de S.'^-Croix, de S.*-Pons et de S. •-François de vases précieux et de tableaux , onvrages de Louis et de François Brea , peintres renommés de Nice. Louis et Jean-François son fils acquirent à Borne et à Naples , où ils firent leurs études , beaucoup de célébrité par la* justesse du dessin, la fraîcheur du coloris, et la vérité d'expression; toutefois le père fut plus grand artiste que' le fils ; il mourut pauvre , et ne lui laissa que l'héri* ta^e de ses talens ( MS. délie cose di.Pfizza). ' -,
ia4S Le traite de Cambray procura à René Grt" maldiy Seigneur de Massoins^ la révocation dé la sentence de iSnô; le Duc de Savoie, Wk Mllicitàtion du Pape y du Roi de France et dé l'Empereur, consentit à le réintégrer dans la possession de la Baronie de Biteil et des fieft de sa dépendance , dont Théritage lui appartenait par la mort ^l Honoré Grimaldi son père *i. Malgré les bienfaits de la paix , ui^e froideur extrême régnait entre les cabinets de Madrid et de Paris ; l'ambition inquiète de François I.** ne demandait qu'un prétexte pour rompre sts engagemens. H le trouva dans l'ombrage que lui faisait la puissance de la famille de Medicîi établie à Florence ; il entreprit de la renverser. Le Pape Clément VII, issu de cette illustre maison, employa son influence auprès de Charles Quint, pour arrêter les projets du Monarque Français. Par convention signée à Barcelonne le 29 juin 1529, l'Empereur promit son assistance au S.t-Siège, et s'offrit de venir luimême en Italie à la tête d'une puissante armée*. En effet , Antoine de Leva se' mit en mer avecf
une flotte de quatre-vingt voiles, ayant à bord
^i MS. hist alp» marit. liv. 16*.
'îmille chevaux et neuf-mille fanlassiifis qui débarquèrent au port de Gênes. Charles le suivit de près avec sa garde et l'élite de. ses troupes, s'ctant embarqué sur les galères. dH André Doria , au nombre de trente-deux; il arriva le i4 août à la vue du château de Nice, qui le salua de toute son artillerie. Les vents contraires obligèrent la flotte Espagnole de relâcher à Yillefranche ; aussitôt le Gouverneur, l'Évéque et les Consuls s'empressèrent d'aller rendre leurs hommages à l'au-, guste Monarque. « Rien n'était plus majestueux, » dit le manuscrit qui nous a fourni ces détails, » que de voir ce Prjnce le plus puissant de la » terre , entouré d'une cour brillante , oà Von » remarquait les capitaines les plus célèbres du » siècle , sourire aux acclamations de .tout un )) peuple et témoigner aux magistrats sa haute » satisfaction pour le dévouçmcut qu'ik lésaient » paraître ». L'assesseiu* Pierre Larde harapgua S. M. au nom de la ville, et la supplia de daigner accepter un présent en parfiuns , flam* beaux, fruits, confitures et provisions fraîches, et autres raretés du pays * i . L'Empereur accepta ce don avec bienveillance, et voulant en témoigner
*i Pastorelli , Dîscorso sopra alcune antichità e cose curiose di Nizza.
sa içraiitude aux liabitans^ il leur accorda le' privilège d'extraire de tous les. ports soumia à-
sa domination, la quantité. dç sel dont ils pôur^ raient avoir besoin pour leui* usage, sans payer' aucun droit de gabelle.
La navigation de la flotte impériale eut Taii* plutôt d'une promenade maritime que d'une expédition guerrière; Cliarles Quint ^ avant d'arriver à Gènes, débarqua successivement à Mo-*; naco, à Final et à Savone. Tandis que les nouvellistes se perdaient eu conjectures pour deviner sur quels lieux éclaterait Forage, l'inclénience du Ciel causa de nouveaux désastres sur les rivages de Nice ; des pluies continuelles pendant l'été et l'automne de i53o, ruinèrent presqu'cntièrement les récoltes. Le dimanche 9 octobre, les campa^^nes essuyèrent mie inon^ dation générale. Le Var et le Paglion , ayant débordé avec fureur , couvrirent de leurs eaux orageuses toute la plaine qui s'étend le long des collines , renversant les murailles, les maisons, les arbres , causant par-tout des dommages incalculables. Les habilans du faubourg de Sincaire abandonnèrent leurs foyers pour chercher im asile dans l'intérieur de la ville *i ; nombre de
*i La ville de Nice avait au i6.® siëqle un fau*
victimes périrent dans celui de S-t-AntcHne^ et pour comble de désastre le pont du Paglioit ayant été emporté^ les communications furent interceptées pendant plusieurs jours d'un bord à l'autre *i : on entendait les cris décbirai»' de ceux , qui s'étaient réfugiés au haut des atrbres et des toits des maisons, sans qu'il fiilt possible de leur apporter aucun secours ! « . •- Le volume des eaux augmentant sans cesse ,
bourg considérable , nommé Sincaire , qui s^ëtendait le long du quartier de Riquieri. Les couvens de â.^-Etienne de Cortine , des Religieux d^ Giteaux , et des moines Carmélites , s'y trouvaient compris ( Pastorelii » Discorso suUe antichit^ e coae cutiose di Nizza ).
^i Le Paglion , nommé Paulon du temis des Ro« mains, coule entre la Ville de Nice et son faubourg, qu'il sépare dans toute leur étendue ; ceux qui ne connaissent pas Timpétuosité de ses eaux , ne peuvent se faire une idée , que ce torrent puisse causer de si funestes ravages. On le voit presque à sec les .trois quarts de Tannée ; ce n'est alors , pour ainsi dire , qu'un paisible ruisseau qui sert à l'arrosage des jardins ; mais , dans la saison des orages, on je voit tout-à-coup s'élancer en fureur du haut des montagnes de Scarena , où il prend sa source , et grossi par une foule de petits torrens tributaire» qu'il reçoit dans son cours , semer sur les deux rivages jusqu'à son embouchure de continuelles dévastations I
Ml
Falanne se répandit dans la ville où [l'on craignait
à tout moment une dernière catastrophe
Heureusement le yent de sud-ouest qui souffla avec violence pendant la nuit, chassa les sombreà nuages ammoncelés sur Fhorizon, et fit renaître ^espérance ; on connut alors toute Fétendue des pertes causées par l'inondation *i. Toute» les propriétés de la plaine ruinées , une foule de Êimitles réduites à la dernière misère y les^ cadavres flottant sur les eaux limoneuses et croupissantes , les propriétaires ne reconnaissant plu& au milieu de cette confusion ^emplace^lent da terrain qui lui avait appartenu, voilà le triste tableau qu'offrirent les belles et fertiles campagnes de Nice ! ! Dans cette désolation générale, l'administration consulaire fit paraître ui^
♦i Barthélemî Bensa et Ludovic Revellî de me* morabilibus ^ rapportent à-peu-prés dans les mêmes termes les désastres de i53o : ^^ i55o , inundatio » aquarum maxime supervenît sub 9 octobris, quod » pontem S. Antonii rupit ; versus Lempedam ma* ^ ximum transitum fecit , plusquam .3oo : moenîà ^ hortorum , faîssarum et vinearum , pratonimque t protraxit ; adeo vigebat aquarum inundatio , ut » plana Campi longi omnia , et Roccabillieriœ , ac » Lempeœ, omnia tecta essent sine idiquali. t^rr^ » viflione penitus ttc. :^.
noble dévouements A la tête de cette niaigig« trature se distinguait particulièrement Ludos^ic CaiSy dont le nom^ mérite de vivre à jamais dans nos annales I Non seulement il employa au soulagement de ^es concitoyens toutes les ressources communales y mais il y consacra la mar jeure partie de sa fortune ; ce généreux exemple fut imité par FÉvéque Jérôme d^ArsagiSy vertueux Prélat dont Giqffredi a célébré les bienfaits *i; plusieurs riches gentilshommes voulurent aussi, s'associer à sa gloire ^n. Les Consuls s'oc-' cupèrent de faire reconstruire le pont du Paglion sur le plan tracé par Amédée Besten, ingénieur Piémontais y qui jouissait de beaucoup de réputation ; les trois quarts de la population y travaillèrent avec une ardeur infatigable ; VÊvéque attacha le gain des indulgences à cette œuvre
*i Giofiredi , Nie. Civit. pars II de Episcop. pag.
*2 Giofiredi , ut supra, pag. aor , a conserve leurs noms à notre reconnaîssaiice : p Anno i53a ab ali" ^ quibus piis et nobilibus Civibus , scîlice,t Jeannès » Badati , Andréa Capelli , Michaële De Judicib'us , w Ludovic Martelli , et Gabrîele Capelli , pro pau?- » peribus leprosis novum nozochomium sub invoca* » tione S. Lazari œdîfîcatur , cum vêtus , quod pro* i> pius mare erat , ob crebras Paulonis fluvii eluvio* 1r nés,, damna non modica accepisset »•
d'uliliié publique, de sorte qu'il. fut achevé au printems de i53a ^i. On vanta beaucoup à cette époque cette construction nouvelle , coipme un modèle d'architecture-; cela prouve le peu de p*ogrés qu'avait fait l'art lau i6.^ siècle; il faut pourtant se rapporte]^' aux tems , où les voitures et les carrosses de luxe , n'étant pas en usage dans les pays méridionaux, on s'attachait à la solidité des masses pour les piétons et les bêtes de somme , préférablement à Vé^ légance. Une inscription gravée sur marbre , et placée sur le pilier du centre *a , nous a conservé les noms des magistrats de la ville et^de l'architecte qui s'occupèrent de ce monument* Au milieu de l'inquiétude générale qui agitait les esprits , l'horizon politique parut un instant
♦i Ludovic Revellî, de memorabilîbtts ; MS. delU cose di Nizza.
*2 Pons Sacer exhaustas celsis de montibus unda9 Respuit et rapidas hic Pallionis aquas ».
On lisait plus bas en lettres majuscules romaines : Régnant^ Ilius. D. Carol. Sab. IIL Syndic, existen. illus. et eg. vîris Ludov. Caissio : Leontîo Larda : Long Sape et Gianet Barras : Âs-^ sessor cxim. et spectab. D. Petnis Larda : Deput» Eg. Bcrti, Boeri 9 Jaquet, Isoardi, Balduinis, Ame» deusoBesten hoc opus perfecerë , i53i die XX julii*.
aSo s'éclaircir par le rapprochement inattendu eu. Roi de France avec la Cour de Rome ; François L" conseillé par sa politique^ et voulant se ménager un auxiliaire puissant en Italie^ offrit au Pape Clément VII de s'allier avec sa famille ; il demanda en mariage Catherine de Medicis pour son second fils Henrj Duc d'Orléans ; cette Princesse apportait en dot ses droits sur les États de la RépubUque de Florence , et par cet hymen la France pouvait espérer un jour de dominer une grande partie de la Péninsule Italienne; pour mieux masquer ces vues ambitieuses^ le cabinet de Paris sollicita la médiation de la Gnir de Rome afin de négocier les bases d'une paix durable. Charles Quint parut y consentir. Une première contestation s'éleva pour fixer le lieu des conférences^ qui^ au terme de l'acte de médiation^ devaient se tenir en pays neutre. François I.*" demanda en dépôt la ville et le château de Nice, sans pouvoir l'obtenir; le .Duc de Savoie éluda la demande , crainte d'une surprise , et pour mieux $tre à portée de veiller à ses intérêts, il vint lui-même en deçà des alpes, vers la fin de l'automne de iSSs , accompagné de Béatrix son épouse , et des principaux seigneurs 4|e sa Cour ; on doana pour prétexte à ce ycK
a5t yage le besoin qu^ëprouvait la Duchesse , depuis ^elque tems fiiible et languissante^ de respirer uil air plus pur et plus tempéré ; mais tout port6 à croire ^e déjà Charles JH était secrètement entendu avec l'Empereur pour £iire cause corn* mnne avec lui , si les hostilités allaient recom^ inencer. La Cour arriva sans aucun cérémonial^ et les habitans de Nice se bornèrent à implorer le Ciel en faveur d'une jeune Souveraine^ qui leur inspirait un si tendre intérêt. Nous ne con*^ naissons pas l'époque précise du retour du Duc en Piémont ; il paraît que ce fut au mois dé mai suivant , lorsque le passage des montagnes devint praticable. L'historiographe de Sospello se trompe ^certainement ^ quand il assure que la Cour de Savoie séjourna à Nice jusqu^aù 'printems i535 *i. Si ce fait était vrai., Zmdwic RevelU qui a rapporté l'arrivée du Pape Clément VII au port de Villefranche l'année Suivante ^ aurait-il manqué d'en faire mention ? Cependant la prudence du Pape triompha des^ obstacles qui s'opposaient à la réunion dn congrès^ en désignant la ville de Marseille pour sa réunion. Les galères di André Doria
^i Albert! , Isloria di Sospelïo ptig«.i97<
vinreat le prendre an port de Pise ," pour lè conduire au rendez-vous; mais la mer orageuse obligea Fescadre à se réfugier à Villefranche f Clément VII y arriva le 7 du mois .d'cM^tolve i533 *i au bruit de l'artillerie, aux acclamations universelles des habitans *2 : aussitôt une dëputation composée du Gouverneur, de l'Évêque, de l'Abbé de S.j-Pons, et des Consuls, s'empressa d*aller complimenter le Chef Suprême de l'Eglise *3. Clément les reçut sous un riche pavillon dressé sur le rivage , entouré d'une cour brillante, où l'on remarquait onze Cardinaux, sans compter une foule de Prélats et seigneurs
*i Murât. , annal, ital. ; Gaillard , bîst. de Fran» 50ÎS P'.
*i s> Anne i553 , die 7 octobris , Clemens VII Poxit. » Max. stipatus a duahus et viginti triremibus , in i> quibus vehebantur Purpurati Patres XI , portu » Hercuîis Monœci , s eu Villceliberse ingressus est, )> et die Jovis sequenti, Massiliam versus navigatio- » nem institiiit, ubi a Francisco I.^ Christianissimo ^ Rege cxceptus est » (Ludovic Revelli în miscel.; GîoâTredi , Nie. Civit. de Episcop. pag. 201 pars II).
*5 Le gouverneur Antoine de Belletruche , TEvèque Jérôme d'Arsagis , TAbbé de S.*-Pons Louis de Ponte, les Consuls Etienne Lascaris , Isoart S^Lratoris , Ciéiricnt Arnaud , Pierre Bonnetto , Pierre Larde assesseur.
Italiens , Français et Espagnols *i. Le lendemain SUvestre de Prié, prélat domestique du Vatican, lui ayant apporté la nouvelle que François 1.^ était arrivé à Marseille, la flotte mit immédiatement à la voile.
Nous n'entrerons pas. dans les détails des fêtes superbes qui célébrèrent les noces de Catherine de Medicis avec le Diœ d Orléans y ni des négociations diplomatiques, qui se prolongéren': pendant plus d'un mois sans aucun succès décisif; nous relèverons seulement l'erreur d'un historien contemporain *3 , lequel a prétendu affirmer, que ces négociations eurent lieu au port de Villcfranche. Il s'est évidenunent trompé , puisque Clément VII ne s'y arrêta qu'un seul jour ; d'ailleurs les autres historiens qui ont parlé dp ce voyage , particulièrement Mu" ratori y dans ses savantes annales sur l'Italie, n'en ont fait aucune mention.
Toutes les espérances de paix s'évanouirent lorsque le Pape eut quitté les bords de la Provence ; on apprit alors que le Duc de Savoie avait ouvertement renoncé à son système de
♦i MS. délie cose di Nizza.
*2 Varchi , Yita di Papa Clémente VIL
neutralité en se déclarant pour TEmpereiv^ ^ Ton jugea par les arméniens considérables qui se faisaient de part et d'autre, qu'une nouvelle lutte allait s'engager plus terrible que la première. Quelques historiens ont blâmé Charles JSL de s'y être imprudemment engagé lorsqu'il pouvait demeurer tranquille spectateur des^ évé-? nemens^i. On peut leur répondre, <{ue, dans sa position critique entre deux rivaux également dangereux, une exacte neutralité était impossible. La révolution de la ville de Genève , ancien apanage de la maison de Savoie , précéda les hostilités. L'hérésie de Luther ^2 échauffa les esprits des habitons. L'adhésion à la réforme fit naître la révolte; c'est ainsi que lorsque jles principes religieux sont sapés dans leurs fon-
^t Gaillard, hist. de France; Papon , hist. de Provence.
*2, Ce Moine apostat , qui a joué un si grand rôle dans le schisme des protestans , était de passage à Nice au mois de juin de Tannée i534. A. l'occasioa de son voyage en Italie , il logea au couvent des Augustins, où il célébra la messe le 20 du mAme mois , comme il résulte d'une note insérée à la fin d'un vieux MS. conservé dans cette église paroissiale , et inscrite en ces termes : » i554 9 die vige- » sima junii , Eever. Dom. Martinus Lutherins , i& ^ hanc Ëcclesiam^ hodie Missam celebravit "».
démens ^ le pouiroir lëgitime des SouverainB est prêt à s'éoroiiler sous les mines des trônes ébranlés ! I
François L*' profita de la circonstance^ Une année Française^ animëe par la présence du Souverain^ envahit tout-à-cûup les alpes Gotiennes^ se jette rapidement sur le Piémont., renverse les faibles obstacles qu'il rencontre y et force la ville de Turin à lui ouvrir» les portes Charles surpris à l'improviste n'eut d'auOre parti à prendre que de se renfermerons la forteresse de Verceil , et d'envoyer à Nice la Duchesse Béatrix avec son fils le Prince Émamiel Phi- Uherty alors âgé de <^înq ans , pour les confier à la garde d'un peuple fidèle et éprouvé.
C'est sur-tout dans l'adversité que les Souverains peuvent faire l'épreuve de l'amour de leurs sujets. Les Niçards en recevant ce précieux dépôt firent paraître un enthousiasme audelà de toute expression. Les grâces infantines d'im Prince au berceau y la confiance que leur témoignait une jeune Souveraine encore plus intéressante dans le malheur, inspirèrent un élan magnanime ! ! La population entière prit les armes et jura pour leur défense de s'ensevelir sous les ruines du château. Elle semblait deviner
a56 que cet illustre enfant /réservé par le Cid aut plus ij[lorieuses destinées >, devait un jour réparer les désastres de son père , relever la spléndenr de sa maison «l récompenser ce noble dé-
vouement ! !
Pendant que les troupes Françaises inondaient le Piémont , un autre corps d'armée^ s'avança dans les Alpes maritimes par la vallée de Barcelonnette , combinant sa marcbe avec la flotte Provençale établie en croisière depuis Antibes jusqu'à Oneille.^ et menaçant k viUe et le château de Nice d^un siège . imminent ; une nouvelle consolante vint calmer les alarmes de la Duchesse et des habitans ; ils apprirent que Charles Quint, revenu triomphant de son expédition de TAfiâque^ avait débarqué en Italie avec une armée formidable ^ et s'avançait à marches forcées sur le Piémont. Par un de ces changeniens de fortune qui dans les annales militaires signïilent si souvent son inconstance > les Français perdirent en peu de jours tout le fruit de l^urs premiers succès ; forcés d'abandonner le plat pays et d'évacuer la ville de Turin, ils se bornèrent à laisser des garnisons dans les principales forteresses , et se mirent en défensive le long de , la chaîne des mmh-
taigâes ^ de Suse, Vâend à ,Mont*Paup|^^ Charles de Savoie reçut le victorieux Encreur dans la capitale de ses états au milieu des «cclamattons de se& sujets. Là on tint un con-; jçeil de guerre pour dëterfoiner les opérations- 4e la campagne y et contre l'avis des Généraux! les plus expérimentés on décida de tenter une seconde expédition en Provence^ d'après l'ancien projet formé par le Conaétable de Bour^ boni sans doute il eut été plus prudent de chasser les Français du Piémcmt et de la Savoie , et de nettoyer le haut Comté de Nice j^ avant de songer à envahir le territoire ennemi; mais l'ardeur belliqueuse de Charles- Quinù l'emporta sur toutes, ces considérations. L'espoir de mettre sur sa tête l'ancien diadème dés Rois d'Arles flatta son ambition; il résolut de mar-. cher en personne à la tête de ses troupes pour aller le saisir de sa propre main. Le Duc de Savoie applaudit à ce projet, parce qu'il devait s'attendre que les Français évacueraient d'euxmêmes tous les états pour s'opposer k cette invasion , et qu'il pourrait y gagner une exteniion dé territoire du c^té du Var. Cependant cette expédition entreprise avec des forces inaposantes non-seulement ne réussit pas ^ mais 17 roi. IL
fut l^ientÀt sniTie de nouveaux (lésastres ff L'aiv
mée Impériale^ forte de quatre-vingt-dix-mille hoinmes^ dont dix*miUe de cavalerie^ se di-*
rigea siir le Comté de Nice , une ghutde |>artle par les montagnes de Tende , et Ib restant par la rivière de Géiies y et l'on peut i^ faire une idée des charges qui (>ësdréiit sûr lés hâlûtans dans un pays pauvre et sàbs rëssbtircë ^ manquant de vivres, et sur-tout de fourrages! Toute* fois Fespoir de la victoire, l'appârëir ^bnipent de cette marche militaire, et la nodveaulé dtf spectacle leur firent supporter sans répugnance dé pénibles sacrifices. L'Emjtet'étiir aririvà à Nibe' le ai du mois de juillet i536, Hbcthûpàj^é au Dqc de Savoie , et d'une foiUe de Priocés et de Généraux qui siervaient sous ses iArdi^^t,' I<a Duchesise Béatrix et Je jeutie Phhcc £ma^' nuel Philibert allèrent k sa ilèbcbntt;^ jusqu'au château de Dra^, avete rÉvêqro, le Gouverneur et les Consuls de la ville. A^rès une absence douloureuse > Chartes de Skm>ié versa des larmes dé joie teh se^^ant dans serf
*i Parmi ]e$ généraux dfc Tanhée in^pjériale .oiï distinguait les Diics de Bavière , de &rmSsvrjch et d'Alva , le Marquis du Vast , Antoine de Leva e% pom Ferrand Gonzague ( Murât., annal. îul. ; AU bcrti , J6t. di SospelU) j JVtS. dette tosc-èU Nwa )*
jbras ces ^^x «bj<3i3 46 ,fta. wa l(endreâ9el
dette entK?^ :^t u^ssi. . rja^nifi^ 4|ve »tou^
chante. l^'Empereur irajFQPQdnt d# gbirè> en»
touré de-fiçs O^péraui^ ^t d'um feule dç.Çoi
tbang^ G^eatiUlioamie^^ P{*é}i^ .^t É^uyera,
digi|a lopg^iiM ses ca^ois^Kiii tu jeune PriuÀë ^
au milieu 4e$ plufi btmjwte». aodamaiiiins ^
tandis que le hennis^meoi tdes éBhj9yaax.y kb
tons des UmJxiiles et dm ftrompeliei , et le»
falves redpuUëes de i'tftiUeiSiÇ^duièifint' à la
yîV|4citë du M^l^au. he»' CqmvH^ .éè Hia^ f^
«entèrent laux d^w Soweraias 1^ lûleft de h
ville avec 4e% cçwortOM'xte ilavfitnSy ^tiiiriîiuieîvi
rhonncpr .4e Jjss «oiX)»pag[Qer-p0adiiHt le ti|if«t
de Drap jusqi^'À 1.^ Porte PaimJiecft. -Toute 4»tttt
^tçnduf èfjai^ f^w^frte d'une. £wde inmietise ^
lioiniafes^ femoMS» et enfisna grtmpédsur les arv-
l>Fes^ SMT Its. ioiis dea ouasons^ sur les eoUinef
envirannantes ^ pour aperoeToir au^moioa de
loin 9 et ^uer T Auguste Coiiége. Au BKMÙ^Dt
où le canon du ohâteau imnança la -prëtenee
des Monarques 9 la ilotte Xjindfré Doria-^'U^
vaut au port de Ville&aiiGlifr awc quaraaie
galères ^ isépondit par de. n(»nbreiiBes déobargoi
à ces transports unanimes de jojye ^i. liei^ ibu'-
^i MS. âêUê CQS^ di Nizxa f et imio^. ftevélH;
9^0 |>ëriaux campèrent sur les collines cpi s^étendent en demi-cercle depuis Gimiez pis^'au Var: Les régimens de la garde occupèrentf les £iqbourgs, et l'intérieur de la ville fut réserve pour le logement de la Cour et des princtpanz Généraux de l'armée : jamais on n'avait vu un pareil encombrement d'hommes ^ de chevaux ; de mulets , de canons ^ d'armes , de provisiom et. de bagages de toute espèce I!..«..^.
Le ^5 juillet^ fëte de S.tr Jacques, patron dn foyaume d'Espagne, TEmpereur ordonna le passage, du Var; il s'elSectua sans trouver aucune TéûstàneefJEr^medeGalléan^i à la tête d'un corps dç volontaires, où se firent inscrire les premiers gentilshommes de Nice , condnîsit J-avantgardè à-travers les eaux du fleuve en êm^ du yiUagede Garros; l'armée campa pendant buit jours sur les collines Umitrophes de la Provence^ . tandis que Doria avec ses galères s'empara par capitulation de la place d'Antibes. Claude ^ Comte de Tende, mît le feu à la ville de Grasse qu'il ne pouvait défendre j Fréjus et Draguignan n'opposèrent aucune résistance ; -Bri*gnolles. et Aix n'essayèrent- pas: n^âme de ^
*i L'Empereur . lui ' accorda lé rapg de colonql
Rendre ^ et en peu de jotfrs^tctttt le^^jiiiys fbir conquis/pi^sqiyt sam coup férir/ C%arfef QuM et le Duc de Savoie firent leur entrée scdenneUé dans la capitale de Provence lé 9 du mois d'août avec un Iksie ébbuÎManl) le leicdiftnMa l'Empereur se rendit avec toute sa Gdur à l'é-» glise de S.t- Sauveur ^ où il se fit publiquelneac couronner Roi d'Arles par l'Évéqué de Nioej Jérôme d!ÀrsagiSy qui l'avait ex{>ressément accompagné pour cette céréitionie ^ i .
, Quelcpies jours après il tint un lit de justicei avec tout l'appareil de la puissance souveraine; créa l'administration ' du notiVeau: royaimie^* et distribua des récompenses aux principaux Offi-çiers de son armée ^ leur accordant nombre de fileâ en Provence y dont il disposa comme. d'une concjuéte assurée : ce fiit un premier faux pas en politique ; la noblesse du pays/ jalouse dâ voir qu'on accordait ses dépouilles à des étrangers y fomenta le ressentiment national^ et pré* para la catasUro^^e qui succéda 'Uentât à ce triomphe éphémère^
Les détails des opérations des Impériaux en Provence nous entraîneraient trop loin de notre
* ^i Papo»! hist* |âi« de Pr0TenG««
Itijet ; il suffit d^îndii|Uet* ^ les diMiUijjfef toœbhtité^ par lé Goànétàble de BûUtbon loi» de Mti ttpèdid^n désastreuse en 1524^ aine-< ïiètenl bs toiéàieft résultats ; l'héroïque résistance dès liabitàns de Marseilk , les lenteurs d'un siège opiniâtre^ la tentative infructueuse £âte sut la ville d'Arles > et suivie d'une retraite, donnèrent le tetns à François iJ" d'organiser sjoÉ Bords de la Dùrance une armée imposante , et aux Provençaux de secouer la stupeur qui dV bord avait frappe leur courage» Déjà le manque de vivres , la désértiob et les maladies sous tm éîel bnilant^ au plus fort dé la canicule^ avaient corlsidépabïémeiit diminué les troupes Impé-' tialês; 1er partis qui s'étaient formés dans l'intérieur cominençaient à intercepter les commufticatio'ns , h étilevèr les convois y h massacrer tes soldàfts isolés ; les gentilshommes Provençaux, pàialv ^mienx dter aux ennemis toutes les ressovttct^ , 'è^éitêrem la foreur de leurs vassaux; èjëux^ci dans lein» désespoir rainèrent toutes le* récoltes, incendièrent les bleds et les foins, éïtfdnèèf <^t ks toifneaifx remplis de vin , déii^iiisi^erit lès foilrs et moulins , et poussèretit la fureur jusqu'à empoisonner les sources et les
puits*
Les Français ad l'enfcn^çaient loujours pluji^ ^automne approchait , et la. dégradation des chemins^ suite inévitable des pluies pendai\a cette saison , firent enfin cQnnujtre à TEmpereur rembarras de sa position* Le coiiseil des Gé-^ néraux décida la retraite ; elle commença le i f 4a mois de septembrcé Les Impériaux suivis de près par l'armée Frsoiçaise^ h^lTicelés paji^ Fentiore poptdation 3ie^ çaqapiignes^ ^andon-" Itèrent la majeuije partie de lew: artillerie et de leurs équipages ^ ^t ne se .^ouyèrent en syret^ que lorsquils eurent repas^ )^e Var..
Cette armée naguèires §i ^{>ri$sa4te ofitaît aloiâi l'aspect de la désorganisation ^^t 4^ la déroute ; elle campa le 2^ septenib^re dans les campagnes de Nice^ les soldats coupèrent le$ vignes et les oliviers , enlevèrent les bestiaux , violèrent les femmes y pillèrent les maisons isolées > .commp sHls étaient encore en psgrs ennemi ^lé
L'Empereur ne s'arrêta qtte quelques inst^ui^
Il Nice ; il se rendit presqu'aussit^t à Mpnaco^
où les galères à! André Doria vinrent le prendre
«pour le conduire à Gènes; de son côté le Duc
'^i Le3 quartiers de Caras et de Magtian firententièrement ruines ( Papiers de la famille Milon s MS. délie cose di NUza )«
de Savoie s^en&râia dans le cMieâtt avec 1^ -Ihichesse et son fils , attendu que le Piémont, *dëjà envahi^ éprouvait à son tour les plus cruelles dévastations. Deux chefs de partisans trop ûr meut par leurs brigandages, Louis de Botterif seigneur de GKantal^ et Henrjr Tolosan, k la tête d'un ramassis d'aventuriers, servirent le tessentimènt des Français mieux que n'auraâ; fàt leur haine *i : le Général Espagnol Dom Lopez de PadiUa y s'étant retiré en Lombardie avec le peu de troupes qu^il avait sous ses ordres , livi'a les habitans à la discrétion A^ ennemis. Un historien Français a prétendu justifier ces horreurs en imputant particulièrement au Duc de Savoie ^2 les ravages que les Impériaux avaient commis en Provence^ et d'avoir fait brûler les archivés dii Parlement d'Aixpout détruii*e ainsi tous les anciens titres qui prouvaient les droits de la France sur la ville et le Comté de Nice. Cette accusation est une pure calomnie : le caractère connu de Charles III suffît pour la repousser ! !
♦i Mémoires du Marquis de S.*-Simon; hîst. milita '^u Piémont par le Comte Alex, de Saluées, ♦a Du Bellay , vie de Frausois l^^
çais dans.' le Grinté de Nice hâta le départ diea débris de rarmée' Impériale pour la rivière de Gènes ; mais comme il importait d'assurer hk^ •idéfehseidn château , FEmpereur y laissa une f[aniisoh Espagnole de deux -mille hommes ^ sous les ordres du Maréehal-de-camp Jean- de f^asquez*!* L'Évécpie^ frappé des calamités dont le pays était menacé^ otitint de la piété du Duc Charles Tenvoi et Texpo^tioA publique de la Relique du S«t-Suaire ^pour implorer Fassistance du Ciel. L'Archevêque de Turin y consentit^ le Linceul Sacré fut. reçu au château de Dr^^ et porté processionnellemeot à la Cathédrale àe Nice^ sous le baldaquin : le Clergé et les Con* firéries marchaient pieds nuds y le peuple suivaii^ couvert de cihces et de cendres!-. Le 29 mars * 1537, jour du Vendredi Samt^ on Texposa ^ In vénération des fidèles^ au haut de la tour dite Bel* ilahda , qui domine les rochers des Poncettes ^2.
"^i Voici les noms des principaux officiers qui commandaietit la garnison Espagnole de Nice: Jean de Vasqlies, maréchal de camp; Jean de Boccanegra^ Martin de Montguia; Jean de Petras; Pierre de Videa , et Louis de Casaâa ( Papiers de la Faviille Milon ).
^a On voit encore aujonrd'hui les restes de cett<i
he gravier de U Méf ]^t ^-peihe téêimmt le concours prodigieux de monde «tcoura de tôitt les enviroD^ pour assister à jcbcte cérémoiiif religieuse.
Les habitans en obtinrent pour premier fidt le d($part de la garnison Espagnole, sold^t^ .indisciplines^ pendant leur -sëjour i Nioe> commirent impunément des vols, iles meurtres et des violences de toute espèce ; ils logeaient arbitrairement dans les maisons des paiticnliers^ forçaient les propriétaires à leur aKaiMlnmiM' leurs habitations et leurs meubles^ ravageaient les campagnes environnantes , et disposaient k leur gré de leurs provisions et de lem^ »f coites *i.
On apprit presqu^en même tems qœ le Comte' de C/mllanty Lieutenant-Général pour le Duc de Savoie en Piémont^ avait conclu avec les
antique tour , où pendant la dorée des évënemeni désastreux le Duc fit enfermer tous les bijoux de la Couronne.
^i On trouve dans le manuscrit , aà nous âvoBi puisé ces notions, cette phrase remarquable :> Ho » notate queste particolarità a futura memoria, af- P finchè i Cittadini di Nizza non abbino vennia )> guardia cbe Dio e loro stesÂî » (Papiers de là SamUle Milon ).
.Français nue .tt^ve d^ trois mw pour faciliter les négociaUon^ de la paU au congru de Lo« çate* Aussitôt uiie fople de Seigneurs. Piemontais et Savojuds se rendit à Nice^ afin de. décides le Duc k rentrer dans ses états: lejar dévouenient en cette circonstance fit tellement; ombrage au Maréchal de Mon^'ean, qu'il fiûUit rompre la trêve *i. Charles, vaincu par leurs prières^ a'airacha avec regret des bras d'une épouse iphâîe y le i4 'déceBBd)re i537 I Hélas ! il ne devait j^us la ravoir fl La Duchesse dévorée de chagrins à la suite dbs désastres de sa &^
. mille y était tombée dans un état alannant de faiblesse et de langueur j le mal ne fit qu'empirer y les soins qu'on lui prodigua ne purent la conserver à l'amour de ses peuples ; elle ter-r mina sa curière le 8 de janvier i538^iaumi-' lieu des larndes des habitans de Nice long-tem» témoins de ses vertus^ de sa piété et de ses bienfiiits *3. A cette perte amère s'en 'joignii
♦i Du Bellay , vie de François !•'.
. ^3 Sen corps, embaumé et placé dans une caisse 4e plomb , fut déposé dans l'Eglise Cathédrale de 1* Assomption , à la Chapelle consacrée à S/-Barthélemi ( Gioflbedi , Nie. Civit* pars II de £p!«cop. ,
tme autre noil moins douloureux. Qwâffaiëi jours après FÉvéque Jérôme tï Arsagis scisii la Duchesse au tombeau!...... Pieilx et ciharitàble
envers les pauvres y zélé pour la Religioa e% pour le Prince^ ce Prélat avait toutes 1^ qua-^ lités d'un véritable Pasteur de Taddietifte Eglise» Le «Pape Paul III lui donna pour successeur à rÉpiscopat Jean-Baptisté ProvanUy seigneur de Leiny, d'une illusti*e famille Piémontaise^ au(|uel le Duc de Savoie confia particulièrement l'éducation du Prince Émanuel Philibert ^ resté ^ul à Nice avec quelcjues gentilshommes atta^ chés à sa personne^
- Tous les efforts des négociateur^ âtu vfongréi de Locate n'ayant pu amener la paix, la Cour de Rome proposa sa médiation pour ouvrir de. nouvelles conférences : Paul III sut si bien £ure parler la voix de la raison et de l'humanké^ que malgré la mauvaise volonté de François I et de Charles Quint , ces deux rivaux ne purent se refuser à ses instances. Ils choisirent la ville de Nice pour venir y discuter en personne leurs intérêts et leurs prétentions * i . Ce rapprochement était d'autant plus nécessaire y que les ar^
^i Kibier , Mémoires sur les conférences de iS3SC
Wemens maritimes du Sultan Soliman 11 pàt^ taient ràlaroie chez tous les Princes chrétiens.^ lie Pape demanda la ville et le château dm Nice Ubre de gens de guerre y pour, la tenii', en d^pôt pendant la durée du congrès. Gétàx[ un piège pour livrer cette fprteresse à Pierre Louis Farnese son neveu. Le Sotiverain Ponû& avait j dit-^on y formé lé projet de deman-. der la cession de la ville et du Comté pour 61^ faire l'i^anage de ce Prince ambitieux ^i.. Le courage des habitans trompa ses espérances*. Paul III^ parti de Rome vers le milieu du mois de mai ^arriva au poirt de Villefranch^; }e. |3 juin sqivAnt sur les galères de Floren<^e,: accompagné . du Prince Farjiese ^conduisant uaf bon nerf de troupes pour l'accomplissement dé son projet. Aussitôt il intima au Gouverneur du di&leau « Louis de Castillan . de lui remettre^ la place; l'Empereur parut presqu'en même tems à Villefranche avec les galères Catalanes^ ei demanda à son tour de mettre dans la villtf
ganiison E^Mignole. Ces difficultés embarras* sèreni le Gouverneur; il demanda un délai pour prendre les ordres du Duc ; le Pape ^ im*»
*i Pastorelli, Discorso sopra ulcunû pQrticolarità 0 cose curiose 4i Niiza.
panent des entraves qu'il éprouvait^ esMjn ëm tenter un coup de main :' des soldais, dégniséf en domestiques s'avancèrent vers la porte d» Sincaire , dont la garde étut confiée à Bar* thélemi Grimaldi y et demtindéreat d'j intro-^ duire les équipages du Pontife. Ce gentilhomme voulut les visiter y et s'étant aperça qu%m j avait caché des armes et des munitions^ leur ed refusa l'entrée, fit lever les ponts ^ et donna le signal d^alarme ; alors Famese s'avança avec deux-cent fantassins pour employer la fiirce I défaut de la ruse ; mais les hahitans coururent aux armes, braquèrent lès canons, et peur mienx animer leur courage portèrent sur les lempttre» le Prince Émanuel Philibert , et lui prêtèrent le serment héroïque de verser jusqu'à la derrière goutte de leur sang , plutôt que de Uvrcr à des étrangers ce dernier a^^ile de sa fiimiSe "^i !!
Charles Quint y fixé à Villefi-anche, approuva secrètement cette noble résolution; Farnese dévora son dépit, et Paul III qui ne voidaîi donner aucun prétexte de rompre les coii£S-«
*i Tonsî, de vita Emanuelis Phfliberti; Relation MS. de Nicolas Thiepolo ambassadeur de Venise ; PustorcUi , Discorso sopra alcune particolarità é £Ose curiosè di IS'izza^ " •
rences ^ prit le parti prudent d'aller s'étabUr an- . eouveûi de â.te-Croia: àiiue au-dçlà du Paglion sur le chemin. du Yar *jl. Cependant Fran^, çois L*' n'éudt pas enc<Mre arrivé au rendez-vous^ et déjà le Monarcpkc Esptignol FaoeuSait de mau*. vaîse £>i ; presse par les nouvelles instances du Pâpe^ il 64» mit enfin en route , et vint s'établir avec toute sa Cour an châteaitt de Villeneuve. Les deux Souverains vivaient en défiance l'un de l'autre ( t<mt«s les sollicitations de Paul \SL Ae purent les d^ider à une entre vuei L'Empereur vint unie seule fois visiter le iRontife au* couvent de &tie*Croix^ ixkais àvee tantdeprifcautions^ cjit tellenletit ebvirdnné de croupes ^-
*i NoBS avons dëjà parle de ce célèbre couvent fondé par la {rieuse libéralité d*Anne de Lusignan ( lîv. IV chap. IV )• Nous ajouterons ici que le i5 jiiai i555 les Frères Mineurs de l'Observance y tinrent le Chapitre général de TOrdre , au nombre de cinq^cent moines , dans lequel ils non^nèrent pour leur Général frère Vincent Lunello, Espagne^ de nation : et qu'en i558 le Pape y logea comme* dément avec dix Cardinaux et nombre de Prélats ^ sans compter les séculiers et les domestiques ( Re* vellî , in veter. monument; Honoré Pastorelli, Z>«* scorso ; le Père Giugiaris Jésuite » Panégirique de S.'-Basso; Relation de Nicolas Thiepolo anbassa^ deur de Venise )••
^7^ ^ne celuî-^ii en plaisanta avec VEavojé àe Ve^
nise ^ en lui disant : Il nostro Augusto ha
paîtra *\. Quelques, jours après François L*'
Toulut de son côté s'aboucher avec le Pape ; il passa le Var environné d'une nombreuse escorte de cavaliers , et prit son logement au quartier des Bsdmettes à la Torre de Çapean , plus anciennement cpnnue sous la démumnation de Tbrre del Genoesio ; le Père des fidèles sa-. crifia les prérogatives de son rang suprême au bien de la paix ^ et consentit à le voir dans cet endroit: il en obtint les plus grandes marque» de respect ^ sans pourtant pouvoir vaincre^ Tin* fleiible opiniâtreté de son caractère.
Une seconde entrevue eut lieu au monlui du Var avec aussi peu de succès ^a'.Vanimosite qui régnait entre les deux: Monarques fit échouer toutes les tentatives d'un i:approche* ment. Us étaient cependant unis par les lien% du sang ! La Reine de France , sœur de TEmpereur, n'obtint qu'à force de prières la permission d'aller lui £iire deux visites à Ville-?, franche : ^qs tendres soins ne purent toudbeo
"^i Relation MS. de Ntcolas Thiepolo ambassadeur de Venise.
*2 Papon , hist gén. de Provence*
deux cœurs roidis par la haine ! A l'occasiôia de la dernière entrevue elle courut le danger dé se noyer dans le port. Son auguste frère pendant les conférences n'avait jamais voulu accepter un logement à terre ; il habitait la superbe galère le S.t-Jago^ ancrée au milieu de la rade , et communiquant avec le rivage au moyen d'un pont de bateaux. Au moment où la Reine le traversait suivie d'une foule de dames , de cburtisans et de pages , le pont se brisa sous le poids ^ et Fentrsâna dans les flôt^ avec tout son coi^tège ; personne pourtant ne perdit la vie ^ car aussitôt une fbule de marins se précipita dans la mer ^ , et sauVa ces illustres naufragés *i.
• Paul m après bien de démarches infructueuses , voyant qu'il était impossible d'obtenir un traité de paix définitif, et que les conférences allaient se terminer sans aucun résultat, prit l'expédient de proposer une trêve de dix ans : 'les deux Monarques y consentirent non sans quelque répughance. Elle frit signée le 1 8 juin i538 au château de Gagnes par le Roi de France , et à Villefranche par l'£mpereur« Les
^i ti/lS. délie eose di Nizza ^ Chronique de Sa-' voie y par Guillaume Paradin* •
18 roi. Il:
deux Souverains exigèrent pour condition exr presse du traité , que pendant cet intervalle le Duc de Savoie ne pourrait ajouter aucune for-r tificadon au château de Nice *i. François I." consentit en même tems à traiter un arrangement particulier avec ce Prince ; à cet effet Charles envoya à Paris le Courte de? Berhex en qualité de soi^ plénipotentiaire , mais les négociateurs Français ayant proposé pour première condition la restitution de la ville et du Comté de Nice y moyennant une indemnité pécuniaire^ celui-ci déclara nettement qu'il ne pouvait y consentir^ et se retira *3.
Ainsi se terminèrent ces célâ>rés confé'^ rences qui ont fait tant de bruit dans les annales de l'Europe ! ! Loin de diminuer les calamités des peuples , elles ne firent qu'empirer le mal, puisque les mêmes élémens de haine et de discorde continuèrent à exister entre TEmpereur et le Roi de France , et que les États de la maison de Savoie^ presqu' entièrement envahis , ne furent point déchargés du fardem dé la gueiTc ! I Four perpétuer le souvenir de cette . époque
^1 GuichenoDy hist. de la Maisoa dé Savoie. *2^Mezerayj, hist. de France.
aiémorable , tes Consuls de la yille de Nice élevèrent en i568 un monument dans l'endroit même , où le Pape Paul Ul avait nëgociiJS
la paix *i.
f *i he monument de la Croix de marbre a donné
son nom au superbe faubourg, où habitent ordinairement les étrangers qui viennent tous les ans pendant rhiver jouir du beau (siel de Nice ; il existe encore en entier , tel qu'il fut construit en 1668. L'antique Croix qui s'élève au milieu de quatre co* lonnes surmontées d'une coupole, avait été enlevée en 179a, lors de rînwsion des Français ) mais en 1810 la Comtesse de Yilleneuye, illustre Damn Française, dont on ne cesse de rappeller lapiétéet la bienfaisance , la fit restaurer et replacer à ses frais.
L'Inscription suivante j placée jadis au haut de la façade supérieure , et dont il reste encore un fragment, mérite d'être conservée :
i558. Pont. Paulus III ^ una cum Caroîo V Cœs.
àc Francisco I Gai. Reg. maximis Christ. Orbis
Princip, hic Pacem Concilio ^ et ad perpetuam
Tnemoriam.
Signum hoc Crocis dedicarunt Nob. Jlfelchio»
Maletus = Marius Balduinus.
Emanuel Gerbonus I Cuggio Côss. E. N.
D.nus Honoratus Grimaldis Richierius Assessor»
An. i568 die 4 martii E. E.
Et plus bas au pied d'une colonne & droite :
M. A. FARAVDI I8S.