FECIT
Ghâïpitre III.
La trêve de Nice est rompue — uéUiancè de François I.*' avec Soliman II empereur df^s Turcs — Siège de Nice par Ariadan Barberousse et feDuç d'Engbien — Triomphe de Catherine Ségurane — Capitulation de la ville — BombcÉrdement du château — Levée du siège.
Par un article: secret de la trêve de Nice, Charles Quint s'était oblige à donner Tinvestiture dû Duché de Milan à un des en£ui5 du Roi de France ; mais le Monarque Espagnol différait toujours sous plusieurs prétextes de remplir sa promesse ! Impatient des entraves -quHl éprouvait , charmé' peut-être d'avoir un motif k recommencer la guerre, François son rival rompit tout-à-coup ses engagemens pacifiques et courut aux armes. Le Duc de Savoie apprit ce fimeste événement à Ratisbonne , où il s'était rendu pour solliciter auprès de la Diète Germanique la restitution du Genevois. Un cri d'indignation se fit entendre dans toute l'Europe Chrétienne, lorsqu'on apprit que le Monarque Français, oubliant ses devoirs comme fils aîné de l'Église,
qivait conclu ùbe alliance ofiensive et défensive avec Soliman II Empereur des Turcs V^i» Ce pacte monstrueux fut secrètement négocié en i54a par le Baron à^ Lagarde y plus* connu sous le nom an Capitaine Paulin. Le Sultan s'obligea à envoyer sur les côtes de la Provence une flotte formidable avec des troupes de débarquement. Il en confia le commandement au £uneux Àriadan Barberons se , corsaire A-fi-icain devenu l'effroi de la Méditerranée *2. Déjà avant l'arrivée de cet ennemi barbare François I.*' avait mis en mouvement toutes les forces de la France. Le Dauphin marcha sur Perpignan ', Charles d* Orléans entra dans le Duché de Luxembourg , le Maréchal de Longueville envahit le Brabant^ le Duc de Vendôme se jeta sur la Picardie , et le Maréchal^fiT^nweôaM^ pé-
*i Mezeray, dans son histoire de France, traite * l'alliance de François I.*' avec les Turcs comme inf&me , hérétique et détestable.
*2 Gheredin ou soit Ariadan , surnommé Barberousse , était Un corsaire natif de Mitilène , qui parvint après d'horribles pirateries à se faire reconnaître Dey de Tunis ; l'Empereur Soliman II , qui appréciait sa bravoure et ses connaissances sur mer, le prit à son service et le nomma grand-amiral de toutes les fl^^ttes ottomanes ( Murât. , ann. d'It. ).
aétra en Piémont par la vallée de Barceloimette f
la place de Coni assiégée à rimproviste s*im^
xnortalisa par une glorieuse résistance ^i* Des
avis secrets firent bientôt connaître au Duc da
Savoie que le Comte jédhémar de Grigmoij
Lieutenant-général en Provence^ préparait une
expédition formidable dans les ports de Toubii
et de Marseille^ destinée contre le. châte»! do
Nice. Voulant s'assurer par lui-même s'il était
en état de. faire une vigoureuse résistance , il
passa dt nouveau les monts avec quel<{aes troupes
cJioisieSy destinées à renforcer la garnison ; .il
trouva les habitans disposés à Ëiire toutes sortes
de sacrifices , dans l'intérêt de la Religion^ dn
Prince et de la patrie ! La défense de la place
&t confiée au brave Chevalier André Odm^
de Monfbrt^ gentilhomme Savoyard qui janîsssâL
de la plus haute réputation militaire ; le Prince
Émanuel Philibept suivit son père en Piémont
et alla s'enfermer avec lui dans la citadellie de
Verceil.
Tandis que François de Bourbon Duc dEnghien y destiné au commandement de Tar^ mée organisée en Provence y attendait à Marseillt
^i Mémoires da IVliarquis S.^iiiKoiiv
Pairrivëe de k flotte Ottomane^ pour entreprendre rexpédiûan projettëe / Jean- Baptiste Grimaîdi Seigneur d' Ascros y Gaspard de Caïs , Bonifice Cevay etSënotl Grimaldo, surnommé OUva ^i, vendirent honteusement leurs services au Comte de Grignan et lui proposèrent de tenter la sur-* ^irisé du château de Nice^ à l'aide de quelques intelligences qu'ils assuraient s'y être ménagées; Le Duc d'Enghien y donna la main. Quelques déserteurs Savoyards *2 gagnés à force d^ argent «'o(friretit de servir de guide à ces traîtres ; ils firent contiaitre qu'on pouvait s'introduire dans la forteresse par uh égoût qui communiquait à la petite porte de secours^ du côté de Limpia ; on décida en conséquence dé fiiire partir pour cette expédition quatre galères bieîi armées avec deux-cent hommes d'élite; ceux-ci profitant d^uné nuit obscure devaient s'approcher fiirtivement de la place y se glisser dans l'égoût et tomber à l'improviste sur la première porte ^
*i Ce Benoit Orimaldo était Génois, établi depuis quelque teins à Nice, allié des familles Caïs et Ceva (MS. hist. alp. marit. liv. i6.^ ).
^2 Voici les noms des déserteurs : Anthonoret Tibault , Jean Dorche , Pierre Freinet dit le Fifre et GuilUume BôMchjr (MS« hiil. dp. mar.:liv. i6.*).
aéo tandis que M.' de Grignan avec une autre .dî-^ vision de galères se tiendrait à portée pour leuf envoyer des secours. Ce plan liardi^ secrètement médité , eût peut-être trompé la vigilance, dtt Gouverneur^ si quelques jours avant son exe* cution un dés déserteurs^ touché de remords, n^ était parvenu à en donner avis à son Colonel le BailU d Eschaux.
On promit le pardon^ et même une récompense aux déserteurs j à condition qu'ils auraient- attiré les Français dans le piège, et Ton prit toutes les mesures pour les bien recevoir. Pour mieux tromper les ennemis , Famiral AndréDoria sortit du port de Villefranche avec ses galères et féignii de se retirer à Gènes ; mais arrivé en haute mer il- vira de bord y et se plaça de manière à pouvoir tomber à l'improviste sur les gaLèrès Françaises, et leur couper la retraite si elles osaient paraître *i. Tout étant ainsi disposé de part et d'autre , le capitaine Magdalon , parti de Hières avec quatre galères, arriva sur la plage de Nice , dans la nuit du samedi 'k6, juin 1543, et débarqua son 'monde sans rencontrer aucun obstacle. Benoit 'GHmaldo \ la tête des
^i Hdazione MS. di Francisco Giofiredo^U mzst^
a8* • Yôlonuires marche aussitât hardiment Vers Fé^ goût prëcëdé des déserteurs Sayoyards qui s'é^ vadent à la fiiTêur de l'ohscuritë ; parvenu aùk pieds du rempart il est accueilli par. une fiir sillade* à bout*-portant y qui tue nombre de ses soldats et met le reste en fuite ; les Français se hâtent de regagner les galères et cherchent 4 s'éldigner à force de rames. Tout-à-coup Fes- » t^dre ^Àndpé Doria parait pour leur barrer le chemin; mi^gré F infériorité du nombre^ Fin«>< •trépide Magdalon engage le combat, mais, percé mortellement d'un coup de mousquet, il est forcé de se rmdre prisonnier a^vec sa galâre ; les trois autres, poursuivies jusqu'à. Tentrée du |)ort d'Antibes , tombent également, au pouvoir "de l'amiral Génois ; toutefois Fhéroïque résistance du capitaine Magdalon , sauva M/ de Grignan d'une perte inévitable; il eut le tems de Connaître le danger et de gagner le port ' de Toulon * i . Le traître Grimaldo trouva le moyen de se sauver à la nage. •
Ce premier succès des défenseurs de Nice redoubla la confiance et le courage. Leur joie
*^i Du Bellay 9 hiu. de France ; Papon , hîst. de ftx>YeBci; » M3. hist. alp. loarit, liv. i6®.
fut cependant de courte durée ^ car ààns'lê |oui*hëe du 5 juillet la flotte dès Turcs passa devant le château à la portée du canbn ; la mer ^tait couverte de leurs vaisseaux ; le vent n'étant {MIS &vorable ils manœuvrèrent long-tems comme s-îi;i^ voulaient entrer dans le port de Villefranchev La garnison et les habitans courureal aux aïtnes: l'épouvanté se répandit dans touteis lésj^antllës^i'. Mais pendant la nuit «la flotte* etmemiie fit vbik ^ers les côtes de la Provence, ^rbetùusée &A reçu à Marseille avec les plus gratids hdiknetut^^^. H traversa cette grande ville à la; tête de set Janissaires^ marchant sur des tajMS dq 'velours /et de soie.
' Il était important pour la ville de Jfîce d& connedtre les projets des ennemis ; Jèàh Btidàt s^ofirit volontairement de se rendre à Marseille ; ses relations de commerce lui ÊicilitèreQl cette mission ; il apprit que le siège du château avait élé décidé pour la première opération ' de la campagne. A cette nouvelle^ les Consuls ^3
♦f Relazione MS. di Fraïic.^ OiofTredo di Nîzza.
"^2 Les Turcs capturèrent dans les eaux de S.^*- Marguerite un bâtiment de commerce , chargé de sel 9 appartenant à Jean Badat (MS. hist. alp. mar. liv. i6.«).
^5 Leurs ikoms méritent d*étre cités ,. pirm qtfà
.Q^as^mblèrent chea le Gouverneur pour prends les mesures que les circonstances exigeaient On forma six compagnies d'arquebusiers^ composée! des habitans les plus valides y dont on . confia le commandement au Colonel Ludovic de Cas^ teUar; on leur joignit un ciDrps de trois-cent miliciens levés dans le Comté de Nice ; les ^mmes les plus Agés et les adolescens furent -distribués en escouades pour porter les . mvtt nitions et réparer les brèches; les femmes, tnéme voulurent prendre leur part à ce gêné'» reux dévouement.
L'arrivée de Dom Jérôme Sangro , t^pkainc" Espagnol ^qki conduisait un renibrt de troupes y vint animer ce noble enthousiasme ; . il était :porteur d'une leUre du Duc de Savoie , datée de Verceil, dans laquelle, en exhortant les liabitans à persévérer dans leur fidélité^ il leur promettait de prompts secours ^i. .
On vivait ainsi depuis un mots dans des
cette époque , à-la-fois désastreuse et mémorable , ils donnèrent de grandes preuves de courage , de ^fidélité et de dévouement. Les voici : Barthélemi Gallëan : Léonard Guisolis, Jean Gandolfo et Laurent Blancone.
*i Notes MS. de Jean Badat , citoyen de Nice et téoieia oculaire*
ilarmes continuelles y lorsque le 5 août ^ jour de dimanche > la flotte réunie des Turcs et de^ Français^ au nombre d'environ trois-cent voiles , parut devant Nice se dirigeant à pleines voiles sur le port de Villefranche. Trop Ëdble pour lutter contre des forces si considérables^ André Doria ne leur opposa aucune résistance.
Il serait difficile d'exprimer la ten*eur dont la population fut saisie à la vue de ces v^ds* seaux que le vent poussait vers le rivage! ! Les citoyens les plus aisés firent sortir de k ville les femmes ^ les enfans j les malades ; les uns se réfugièrent en Provence , lesiautres dans la rivière de Gènes; les paysans drfpertérent la campagne y emportant leurs effets , leurs bestiaux et leurs récoltes ; la plupart s'enfoncèrent dans les montagnes^ où ils vécurent long-tems dans les plus cruelles privations : les religieux des différens monastères situés hors de la ville , se hâtèrent de les abandonner et se dispersèrent d^un côté et d'autre selon qu'ils étaient entraînés par la peur *i.
Dans la soirée du m^me jour la flotte ennemie occupa le port de Villefi*anche ; les Cîonsvds
^x Notes MS. de Jean Badat , citoyen d« N^e.
firent partir jstnsûi6uJean Sadat, Aridv4 O^-* pello et Léon Larde , charges d'aller . ^up^^liei^ Barberousse et le Capitame Paulin , d'épargner les récoltes qui étaient encore sur pied. L'sui^ir^ Turc- reçut ces députés avec une fierté bi^barei. après s'être amusé quelque t^ms de leur frayeur^ le superbe Africain leur dit que le pays serait respecté si les habitans' voulaient se donner au Roi de France , mais en cas de résistance , il jura par Mahomet de ne pas laisser pierre aur pierre. U ordonna en même tems aux députés de retourner en ville et d'y accompagner un trompette Français porteur d'une lettre du capitaine Paulin y adressée aux Consuls * i ; cet officier les engageait, au nom de leurs intérêts les plus chers, à recevoir le^ troupes Fran^ çaises , afin de ne pas s'exposer à la fiu*eur des Turcs, promettant, au nom du Roi son maître, d'accorder protection aux habitans, et U confirmation de tous leurs privilèges ; ces M agisti'atsi
^i La lettre que portait ce trompette habillé de rouge , était sous la date du; 5 août à minuit , et r adresse suivante : jii molto Magnifici ed Eccel^ lenti Signori i Consoli delV inclita Città di Nizza; on lisait à Tentoor du cachet : Antonius Paulinus regius Capitaneus,
Répondirent ^qu'ils avaient prêté senhent d'éti^ fidèle* et qu'ils étaient décidés à le tenir ^i.
Au retour du parlementaire^ Barberousse ordonna 8ur-le«champ à un corps de ses troupes '^^l'occuper les hauteurs de MontbcHron et de Mongros^ et de ravager la plaine jusqu'aux portes de la ville.
Le ^ au matin les Turcs se jettérent sur le quartier de Richieri en poussant des cris effroyables^ menaçant à-la-fois le faubourg de'Limpia et celui de Sincaire; le Colonnel de CasteUar sonit courageusement de la place à la tête de deux compagnies^ et après quelques coups de fusils y força les infidèles à rentrer au camp de Mongros. Les. journées du 8 et du 9 se passèrent en continuelles escarmouches entre les habitans retranchés aux faubourgs et les maraudeurs ennemis qui dévastaient les jardins et les campagnes environnantes. Le jour suivant une division de galères Turques sortit de Villefranche^ et vint débarquer quelques pièces d'artillerie au quartier dit de Barri f^ieU, où Ton dressa une batterie en face de la porte S.t-Eloi.' Sur le soir un nouveau Parlementaire Fran-
^i Notes MS. de Jean Badat^ MS. hist. alp. niar« 4iv. 16*.
ftis'^i pcnta iibe sec(mde aosmiwiion ati Gou» vemeur dé midre. la finteresse , aVec menace en cas de téàst/atice- de n'accorder. aucun quarf; tieh.^ chef inlré{Nide £t. cettâ l^elle c^pooser s> Je me nommé Afonfort-j mes armes sont àes^ 3^ pals; msi'djé'iise il faut tenir i^Sivec Tàide A de Dieu et le courtine des habitans je d^-4 « fendrai ces rempàrU tant <]u^il me > restera un. » souffle de vie "^a ». ^
Pendant les pourparlers Benoit Qrimaido eut la: témémé de s'approcher de la porte S.t-Éloiy pour tenter la fidélité desr citoyens* qui veillaient à .sa gàrde>;. qudiques . miliciens:^ .coaunandéa par le Capitaine François^ BavayiéVàïA glisséa furtivement dans les fossés^ surprirent ce traître au moment qu'il se retirait» Son procès fut bien-^ lÀt fait \ le Gouverneur le fit pendre le knde-. main à un crénau du donjon *3.
^i C'était im Ta^nbour habillé d'une casaque de velours noir , blanc et incarnat , portant un petit pavillon blanc au bout ' d*une 'pique pour faire ces-' ser le feu (Journal <lt» siège, par iPauI.Degioanni; MS. hist. alp. n^^t. .).
^% Mémoires hist. de la Maison de Savoie, par le Marquis Costa de Beauregard.
'^S Journal du siège, MS« trouva dans les papiers de la famille Millon.
- JBarberousse, force d'attendre rarrÎTëe die Tar» mée Française commandée par le Duc d^Enghien qui s'avançait par la Provence ^ envoya vingt de ses galères pour ravager le littoral de^ puis le Var jusqu'à Oneille; les Turcs après avoir commis toutes sortes d'horseurs furent repoussés par les populations de» vallées^ qui se levèrent, en masse y et fercèrenl ces pirates à regagner le port de ViUefranche *i.
Dans l'intervalle l'Amiral s' étant établi au couvent de S.te-Crois: au-delà du iPaglion^ cerna la ville de tous les c&tés, et la fit entourer de nombreuses batteries. Leibplus im« portantes consistaient en trois redoutes qui com-^ muniqiiaient entr' elles par de petits fortins plaoék de distance en distance ; la première placée au haut de la colline de Cimiez dans t endroit aujourd'hui appelle 'S.t-^Gharles, fut garnie de ^5 canons de gros calibre portant des balles de 109 Uvres poids de mai^;'on construisit la seconde sur les flancs dii col de Montboron dans la vigne de Catfhérine de Cdis , où les Turcs placèrent vingt-huit 'caiîéns et deux coulevrines d'une longueur extraorHiijiaire^ destinée!
*i MS. de Christophe Gioffiredo; hist alp* mar. liv. i6«.
i Ijattrc le château; la trôisièttic enfin fut élevée sur la pente' dû Cdl'de Mongros, près du chemin de VîUefrahche', aveé *six coulevrines et vingt pièces de canoiis : pendant que ces travaux se poûssaiient ' avec activité, le gros dcî Fannée Française traversa lé' Var dans la matihée du '11 août. Elle occupa successivement lé haut des collines depuis le Màgnan jusqu'à S.t-Pons, où' le Duc"^ ifEtighien établit son quartier-général *i. Il y eut le lendemain un conseil de guerrcV' dans Xé^eVBùpberôûssé^t le Général Français décider ëftt*-d*étahlir leur^ troupes 'de là 'Vnatriére siiW%nle'!--rAnîiral"àvecf 5a gârae' au' dôuvent de SJté-Croix, le Capitaine' /\ïw/8^ 'àri^ faubourg de S.t- Antoine , le Comte (^'Tal^anes "eli face du bastion de S.t-Sébastieny jin Drogué* en face de la tour de Sincaire, et l'Agà des Janissaires , Osman , vis-à-vis le faubourg de Limpîa ; le reste des troupes couronnait les hauteurs environnantes en seconde
*i Parmi les principaux officiers de Tarmée Franraise , on doit citer le Marquis de Baquincourt , général d'avant-garde ; Claude , Comte de Tende , commandant Tarrière-gardc ; le puç de la Rochedhouard ; les Comtes de TaVanes , de la Tour , du Maine , de Casteliane , de Poi)té^»s , et le Chevl' d'Aulx ( Mezeray 9 hist. de France ).
19 roi. II.
ligne *i. Depuis le 12 jusqu'au i4 au matin les batteries ennemies tirèrent plus de douze-cent coups de canons ; on eût dit que Fenfer tomissait toutes ses fureurs sur la yllle de Nice; la place leur riposta avec la plus grande vivacité. La batterie ennemie de Montboron fut presqu'entièrement ruinée ; un jeu^e Officier d'artillerie y neveu de Barberousse ^y qui loi était ettréiTieraent cfai^r *2, y perdit la vie. . Le feu redoubla «dans Taprès-midi du i4- Une parti<(^ de la tour de â^ncaire s'écrouh avec un fracas épouvantable; deux brèches s'ouvrirent , une au )M^ion S.t-Georges ^ l'autre à celui de S.t-Sébastîen. L^ nécessité, de les répai-er décida les assiégés de tenter une sortie. Le Colonel de CasteUar s'avança à la xé^t de cinq-cent hommes déterminés y qui; essayèrent de mettre le feu aux ouvrages avancés des Turcs^ mais il fut repoussé. C'est à la suite de ceue action que le Grand-Prieur de Lombardie ^aid Siméon Balhs de QuierSy Seigneur de Cavouret , parvint à traverser \és lignés efiLûeinïes ,
;*i Notes MS. de ^ean Badat; Kelat. S^ siège 1
p^r Christophe Giofiredo.
^a Notes MS. de Jean Badat.
et II pénétrer dans la jjace ^i avec le Golcmel Érasme de Gallean, conduisant un faible àé* tackement de troupes et i(]pelqués provisions.
Dans la miit cpi ^éddà le jetfdi i5 aoûty fête de l'Assomption^, les Géûétàwi ennemis décidèrent de tenter un assam : à la pointe dn jour cent-vingt galères scfttirétÉt du *port dé Villefranche , vinrent se placer eA biftaille le long du rivage de la mer en fafce de la ville et du château^ ^t les troupes du siège se dis^*' posèrent le long àéê Remparts èù oolonties d'at* taque formées de Tui^ , d'Italiens et de Fran* çais. Un feu terrible çonUnença it huit li'eures> du matin ; tout-à-<;oâp les enneitois s'^ebrahlent aux sons des £in&res guerrières , et s'avancent, enseignes déployées , animés par la voix de leurs
^i Le Chevalier Paul Sîméon sVtait acquis une grande réputation militaire , en combàttafnt tes Infidèles sous Tétendard de S.*-Jean de Jënisalem.. Le Duc de Savoie Tenvojra à ' Nice en qualité de Commandant du château.
Erasme de Galléan , colonel au service de Charles Quint» accompagna à Verceil le Pi4ilce Emanuel Philibert, mais il voulut vepir partager les périls et la gloire de $es concitoyens , et reçut pendant le siège deux blessures en combattant à la tète des volontaires ( Notes MS. dé Jean Badat }.
chefs , et munU de longues éclielles pour csca» lader les^ murailles. Dans cet instant de crise la vue du danger électrise le courage des habitaiis; par-tout ils opposent une. intrépide résistance à ]a fureur des assiégeans,, par-tout ils reni^rsent les. échelles! tQus.Ies efforts; des ennemis de* viennent infructueux . contre les . deux brèches tour-'à-touY* attaquées et défendues, a^ec un égal acharnement. Cependant Bavherousse ordonne aux Janissaires de sa garde ^ commandés par ^/f D^roguty de recomipençer Tattaqiie du bas-, tion de Sincaire ; ils sont suivis par la compagnie des Toscans et par les volontaires dé Provence , ayant à leur tête Léon Strozsî.et le Gipitaine Paulin. Ce choc terrible porte l'épouvante parmi les défenseurs déjà épmsés.de fatigue; plusieurs abandonnent la brèche, d^ autres tombent victimes de leur noble dévouement. Déjà les Turcs, aiuûvés . au. haut du rempart, y avaient planté l'étendard» du Croissant .... c'en était fait de la ville infortunée, si le Ciel n'eût inspiré l'héroïque courage d'upe. femme du peuple, ijommée Catherine Ségttrana ! . Cette hérome* accourt à la tète de quelques citoyens déterminés, et ralliant lés fuyards du geste et de. la voix, parvient à rétablir le combat,^ ÇUe profite
de la^ première stupeur de renriemi , s^élance jus-* qu'aux bords du parlipet, renverse d'un fcoup dé hache l'enseigne Turc qui tënàil le 'drapeau J. saisit oet ëtendaf d de ses mains ensanglantées^ et criant f^ictoire! P^ictoirè ! sichèye de ramenet parmi les siens le courage , l'espoir et la coni fiance ; à cette vue les Janissaires saisis de terreur abandonnent la brèche , • se précipitent péle-méle dans les fo^és^ et entraînent* dans leur déroute la compagnie Strozzi et les voloh* taires de Provence ; alors on sonne la retraite^ et le triomphe de cette journée mémorable est l'ouvrage d'une femme*! !! '
Le nombre des coups tirés sur la ville dans la Journée du 1 5 s'éleva à 97 5 enviiibn : les canons des galères causèrent sur-tout des ravages .considérables aux quartiers de 'la marine, de S.t-Jacques et de S.t-Éioi. Toute cette partie aurait été entièrement ruinée, si on avait mieux calculé la portée des boulets ; mais la plupart
♦i Notes MS. de Jean Badat ; Relat. du siège ; par Christophe Giofifrèdo ; MS. trouvé dans les papiers de la famille Miton i MS. hist. al p. mar. li'v. ï6^; — Le pont de pierre de S.*-AaU>ine et la tour dite de THorloge furent • presqu'entièrement délruits. L Administration de la ville les fit réparer an i56S.
dépa83aient la ville , et ravageaieni les campagnes environnantes. Les assiégeans perdirent une quantité de morts et de blessés ; les assiégés eurent particulièrement à regretter le G(h lonel Jean-François Lascaris , seigneur de Caslellar, Jeaimet Papacino et BarthéléhU de Saint" Jean y Capitaines des milices y tués toas les trois en défendant la brèche du bastim Saint- Georges. Le brave Érasme de Gattéan^ le Capitaine Espagnol Dom Jérôme Sangro ^ Jean Ludovic Dalafige maître bombardier^ et un nombre d'autres Officiers distingués^ reçurent sur les remparts de glorieuses blessures en combattant aux endroits les plus périlleux *i. La piété des fidèles attribua la déKvraiice de Is^ ville à Fintervention miraculeuse de h Vierge de l'Assomption , dont les habitans invoquèrent* l'assistance au plus fort du danger; ils s'empressèrent de lui en rendre des actions solen* lielles de grâce ^a ; plus tard un mouumetit reli-
"^i Notes MS. de Jean Badat, et Relation du siège, par GiofiV*edo.
"^2 Ea i552 9 r Administration de la ville érigea dans rendrait même , où les Turcs avaient été re« pousoés , une somptueuse Chapelle en rhonneur de la Vierge de TAisomption , qui porta long-tems le ^QtKk de la Vierg^e de Sincairé^ avec une ioacriptioar
a>95 peux fiit élevé dans k même endroit pour per* pétuer le souveoir de cette jomnée. CathéHné Ségurana, devenue l'objet de k reconnaissance de ses concitoyens , obtint les honneurs du triomphe; le drapeau qu'elle avait courageuse-^ ment enlevé aux Turcs ^ fut placé sur la sommité de la tour du donjon^ où il resta exposé long-tems après la levée du siégeai.
Cette femme extraordinaire nacpit à Nice en i5o6 de parens obscurs^ vivant de leur travail. Douée d'une grande force de corps ^ ayant des formes presque viriles ^ des traits mâles et repoussans y on lui donna le surnom de Donna Maufiiccia *2. Elle se fit remarquer pendant
gravée sur le marbre et rapportée par Gîoffredl ( Nie. Civit. part II de Episcop. pag. ao5 ) , que nous transcrivons à la fin de ce Chapitre ( Voy. A ). Les Consuls firent lé vœu de s*y rendre processionnellement toutes les années le rS aoât/pour renou* veller au nom des habitons les sentlhiens' de leur
pieuse i^econnaissàncè ; la Chapelle dé Sincaîre ftik détruite lors de la démolition du château par ïi Maréchal Duc de Berwick. - •^'
^i Notes MS. de Jean badat.
^a Ce mot en dialecte du pays signifie laide ^ difforme ( GiofTredi, Nie. Civît. ). Quelques personnes 'ont prétendu que le nom de Donna Maufaccia fut seulement donné à la statue de Catliérine Ségûrana
toute la durée du siège par une . ardeur et un courage au-dessus de son . sexe ^ montant jour et nuit la garde sur les remparts^ partageant les périls et les fatigues de la garnison comme un simple soldat. Lorsqu ensuite la ville fut obligée de capituler, Catherine s'eoferma dans le château avec ses braves défenseurs , et s*y signala de nouveau par sa bravoure.. En i544 les Consuls de la ville lui élevèrent une statue en pierre, qui resta long-tcms placée au. haut de la porte dite Pairolière. Une inscription latine gravée au bas du piédestal conserva le souvenir de son dévouement *i.
Cependant les défenseurs de Nice ne s'endormirent pas sur leur victoire.... Dans la crainte d'une nouvelle escalade, Paul Siméon de Balbs lit descendre du château quatre compagnies
à cause de la rusticité du travail, comme on peut en juger par un reste de buste qui existe encore à rhôtel de ville. Nous ne partageons pas cette opi-» nion , car les notes manuscrites de Jean Badat , qui a YU et connu cette femme , la désignent comme excessivement laide et repoussante.
*i Voyez à la fin du Chapitre rinscription latine à l'honneur de Catherine Ségurana (B). Le Chev.**' Louis Andriuli , dont nous avons parlé dans la Préface , lui a élevé un monument plus durable par son joli poëme j^a vers italiens , intitulé Ségurana.
^7 ^us les ordres de Nicolas de Beawnont et dé
Richard ifÀranthon , pour la défense des rem* parts ; le peuple travailla avec une ardeur in-; fatig[able à réparer les brèches sous le feu coi^tinuel des batteries ennemies; depuis le lô-'jusqu'au 'I9, elles tirèrent journellement trois à quatre -cent coups et ruinèrent une partie des bastions de la Totir de Sinqaire ^ et de celW de» Susiers *i .
Dans la matinée du 19 un grand mouvement se fit remarquer dans les lignes occupées par les Turcs ; la crainte d'un nouvel assaut fit courir tous les habitans aux armes ; on ne tarda pas à s'apercevoir que des fortes colonnes détachées du camp prenaient la route des montagnes. C'étaient des maraudeurs envo* yés par Barberoicsse dans les villages voisins ^ avec ordre de détruire les récolles, d'enlevet les femmes et les bqstiaux. Il fut cruellement obéi ! Les infidèles dans cette excursion se li*^ vrèrent à tous les excès d'une brutalité sans exemple y pillant les habitations ^ violant les femmes , détruisant les églises , massacrant les Ministres de la Religion, sans aueun respect pour
^i MS* 'trouvé, dans les papiers de U fitmille MjIoq.
Yhge y pour les iàfirmités ^ pour les larmes do la venu et de Tiimtpcence. Us retournèrent deus jours après chargés de btiua y amei^am ef9 esclt» vage une foule de malheureuses tictinaes^ dbat les assiégés entendireij^t le^ cjrtô déchirant ^i.
On conçoit que des soldats barbares^ nourris dans la haîne du nom, GhrQtieà> ne deaian"* daient pas mieux que d'exhaler. leur rage impie sur les populations sans défense; mais ce qui couvrit d'ignominie les armes françaises y c'est d'avoir imité ^ d'avoir même surpassé les Turc# dans leurs cruautés ! C'est ainsi que les pas-^ sions des hommes étouffent tout sentiment de religion et d'humanité ! Quels noms domie* rons-nous à Jean-Iiaptiste Grinïaldiy seigneur d' Ascros y qui osa tourner ses fureurs parri-* cides contre sa propre patrie ! Les bandes Provençales eiu'ôlécs sous ses ordres portèrent la désolation dans le haut Comté de Nice. Les liabitans des villages de la Torre, Isola^ Saint* Sauveur et S.t-Etienne, furent forcés avec menace d'incei^die à prêter hommage au Roi de France ; le château d'Entraunes , entoure de 'bonnes fortificalions, voulut vainement résister*
*i MS. trouvé dans les papiers de la famille Mî-
Ipn; Notes MS. de Jean Badat.
lie barbare Grimaldi Tayant emporté d'assaut^ le fit livrer aux flammes ; ceux de Bonson^ de Giletie « de Tourrette-Revcst . de Goarazza et plusieurs autres^ ëvitèrent le même sort par là soumission *i. De retour sous les remparts de Nice avec ces détestables lauriers^ le Seigneur d'Ascros completta son infamie en coopérant au dernier désastre de ses concitoyens !..,.. Depuis le m le feu des assiégeans avait recommencé avec une nouvelle vivacité ; une batterie construite du côté de Paglion dans le jardin dUHo^ noré CapeUo en face du bastion de S.l-François^ ouvrit une large brèche^ dans laquelle deux hommes à cl]^eval pouvaient librement passer de front. La crainte d'une ruine totale engagea les Consuls à écouter \ts propositions d'un certain Nicolin Bestent , agent de Grimaldi ^ qui pendant la nuit du âi au a 2 s'introduisit dans la ville en qualité de pariementaire. Il persuada à ces Magisti'ats que le seul moyen de se soustraii*e à la vengeance des Turcs c'était de capituler avec le Duc (TEnghien^ promettant de leur faire accorder des conditions
*i MS. hîst. aîp. marit. lir. 16.*; Note» MS. de Jean Badat.
3oo honorables * i . Monsieur de Montfoft ayant laissé les liabitans en liberté de prendre une détermination conforme à leurs intérêts^ les Consids assemblèrent un grand conseil dans. la sacirisûe de l'église de S. t- François, où intervinrent, le$ Conseillers de ville, les. Capitaines des difierens quartiers , et les pi incipaux chefs de Êmiille : après quelques débats on y décida, vu rim-ipossibilité d'ime plus longue résistance , d^accepter les offres àe Bestent ^ et d'envoyer, auprès du Duc d'Enghien y Honoré MartelU, Abbé de S.t-Pons, Gaspard CaïSy et Berlin Bojery avec pleins-pouvoirs de traiter une. bonne capitulation. On convint que les. Français occa-r peraient exclusivement la ville ; que. l'hoiineur, la vie , la liberté et les propriétés des habitans seraient respeciées ; que tous ceux qui vout /draient se retirer en France ou dans la Ligurie, o])tiendraient des sau&- conduits ; enfin que chaque habitant aurait le droit de s'enfermer dans le chfiteau, sans que sa famille pût en être recherchée *2.
■*^i Notes de Jean Badat j Relation du siège , par Christophe Gioffredo.
*2 Notes MS. de Jean Badat; Relat. du siège , par Chrnt.® GioCTredo \ MS. hist. alp. mar. liv, x6%
3oi Les choses étant* ainsi conclues^ le Duc iTEîighien se rendit lui-inëme à Villefranchè auprès de BarberoUsse ^ pour le prier d'ap- J)rouvèr la capitulation ; il y consentit ' d'assez mauvaise grâce , et dès ce moment l'amiral Turc se brouilla avec le Général Français , l'accusant d'âVoir voulu frustrer les troupes Ottomanes de leur part à la prise de la ville j il fallut toute l'influenf^e dont le capitaine Paulin jouissait sur son esprit, pour adoucir l'humeur farouche du redoutable Africain. Pendant ces ^ négociations Ludovic de Prej ^ Seigneur de CourccJles, sergent-major de la garnison du château , descendît dans la ville et fît retirer les canons , lés armes , lés munitions de guerre et jusques ailx cloches des églises "*!. Mathieu Badut avec cinq-cent hommes de milices et deux-cent citoyens volontaires le suivit dans la forteresse ; parmi les gentilshommes on rcmar-^ quait son neveu Marc-Àntoine Galldan , enseigne de la compagnie , qui à-peine sorti de* l'enfance s'était déjà distingué par une bravoure à toute épreuve, et Jean-André Tonduti Comte de Falicon, un à!à^ plus intrépides défenseurs
'*! On ne put emporter la cloche de Thorloge public à cause de sa pcsanteiu'.
3oi2 des remparts, à la journée du i5 aoAt *i. Le jeudi 23 août à dix heures du matin, le Che* valler d! Aulx^ nommé par le Duc dEnghien commandant de la place , y fit sou entrée à la télé de deux régimens, et en prit possession au nom du Roi de France. Avec lui entrèrent la compagnie de Léon Strozzi et les bandes Provençales commandées par Jean-Baptiste Grimaldiy ayant sous ses ordres Gaspard de Cah et Boniface Cewi.
Le commandant Français détacha immÀliatement le capitaine Caïs avec une troupe de tirailleurs , pour se porter dans la haute ville , afin de repousser les soldats Savoyards, qui pour démas(juer les approches avaient mis le feu aux maisons environnanteâ ; il s^eu suivît un engagement qui codta la vie à Monsieur de f^audraj , capitaine dans le régiment de Bour* gogne *2.
Ici nous ne pouvons nous dispenser de relever une erreur de rhistorien de Provence Honoré
*t Notes MS. de Jean Badat.
*i Ce Gentilhomme fut vivement regretté par s^% camarades , et enterre avec tous lés honneurs 'militaires dans Tëglise de 3.'-Françoîs (Notes MS* de Jean Badat ).-
3o5 Bouche y qui y en parlant de la capitulation de la ville de Nieé^ assure ^6 Barberousse et le Duc ^tEngfàm diktivèreét en même tems devant la ^^e y et 4fu^ les h2â:)itans saisis de terreur s'eiâpressèrem d'en apporter les ele& à l'amiral Turc *l . Les détails que nous venons de donner y prouvent le contraire ; ils sont puisses sur des doe^Ëmietis ceitains *3 y d'après lesquels on a vu que le I^c iTEtighien ne passa le Var que dan^ la journée du 1 1 aoiâk /et q^ la ville résista glortêusemeÉII'au:!t eSb^ts désarmées aitiées jtisqu^aù âa^ épéqiïe de la capitulaciow.
Mattre de la ville '^ le Chevalier ifJÉulx fit M>inmer le Gon^hinkfm du chàteaii de rendre la forteresse aux pëcte^ de bon^ guerre , lui signifiant m tiKmï de Barberousse et du Duc de Bourbon y que la garnison serait passée au lU
*i A Tappui dé ce qu'il avance , Honoré Bouche' cite une chanson ali sujet du siège de Nice, chantée par un aveugle , qui quelques années après par^ courait les villes de la Provence , dont voici le refrain:.
1^ Nen presentbn las claus à Monsù Barbarous
» Li demandon perdon per tous ».
Mais une chanson n'est pas une preuve historique !
*a Paolo Giovio ; Astur, hist. deê Turcs en Prov.; Mezeray ^ hist. de France.
de Tépce, si elle persistait à vouloir se défendre;
mais PaiU Si/néon de Balhs xqÎhsa de recevoir le parlementaire.... Un nouveait <^6oseil de -{guerre détermina le plan d'attaque ; il décida d^éublir Vin front de batteries plus rapprochée» ^ii; des contre-rqdoutes furent disposées dans lUatérieur de la ville sur la place de. S.t-TJeaji. -f-a ^:.d'oà les jfrançais dirigèrent leurs canonsi- JçCiaire la porte du château et la tour dite, {ley^^e^: ^Dans la nuit du ay. le brave Ludoviù f,tie Prej^ , essaya^. d'y mettre )e feu, miais. il îvgL repoussé par la compagnie des. Toscans. D,^s cette .affaire on regretta la perte de deyx.gentilshtainiés Savoyards nommés fe J/are^^ et Claude léPerriery oniciers du plus grand mérite.
Les I.*' , 2 , 3 et 4 septembre .la batlferic
*i Une batterie de onze gros canons à l'angle du chemin de Villcfranche , neuf côulevrines au Monferret au-dessus du couvent des Carmélites ,' huit autres côulevrines au revers «du Col de Montboron, dans la vi^ne de Donna Cattarina Caïs.^ dix pièces de gros calibre au rivage de SZ-Elme hors la Gabelle , et six autres sur le plateau de la colline de S/rCharles (Notes de Jean Badat; Journal du siège, par Christophe Giolï'redo ).
. *2 Nous n'avons rien trouvé dans les documenf' historiques qui puisse nous indiquer la situation et remplacement de Tancienne place de S. V Jean.
3o5 à}!' Monferrety où les Turcs. avaient ajouté sept gros caaons et un basilisque^ causa dans la place des ravage3 effrayants ; Claude de Mentbon >. parent de l'ancien Gouvej*neur^ eut les deux jambes fracassées par \m boulet ^ en essayant d'arrêter le feu des ennemis. Le 5 septembre les redoutes de Montboron battirent en brèche le Ipoulevard de Mala Bocca et .la courtine du bastion de Malbuisson. Le Chevalier Hospice Bichieri de Nice, qui en avait la défense, y fit transporter en toute hâte plusieurs pièces de gros . cahbre pour leur riposter ; il fut malheureusement tué tandis qu'il donnait l'exemple aux canomùers ^i. Une nouvelle' sommation de Bavr berousse au Gouverneur du. château, ne produisit nas plus d'effet que la première. 11 reçut cette courte réponse : w Nous sommes tous dé- )) terminés de mourir les armes à la main *2 ». Tout-à-coup le manque des poudrés se fit sentir dans les Ugnes Françaises , car depuis \t commencement du siège ils en avaient déjà consommé environ sept-mille quintaux ; le Duc
^i Notes MS. de Jean Badat; R.elat. du siège» par Christophe Giofiredo.
^2 Notes MS. de Jean Badat » Relat. du siège , par Christophe Giofiredo.
20 Fol. II.
Soô ifEnghlèn recourut à ramiralXurc pour en é^le^ nir en emprunt; celui-ci^ toujours mécontent depuis la capitulation de la Tille ^ reprocha an capitaine Paulin d'avoir fait proti^ioii de vins et de liqueurs préfërablement à des mutùtions de ^erre ; il assembla même son Divan ^ et pro^ posa de mettre à la voile , puisque les Français n^avaieîit plus les moyens de continuer le fca. Il Ëdlut que le Duc dEnghien vînt le trouver à Yillefrancfae et mît en mouvement toute son adresse pour apaiser cet orage ^i. Dans l'iotervalle le Chevalier dAulx intercepta m» lettre que le Marquis du Vast écrividt au grôu- Ternem» Siméon de Balbs , pour lui âmxoiicer ^e bientôt il arriverait avec le Dde de SitVoie V^ secours de là place ; cette nouvelle répandit l'alarme pçj^mi les assiégeans déjà U^s par la résistance et désunis par l'aigreur des chefs. Ils résolurent secrètement la levée àa siège ; les Français commencèrent à retirer la grosse artillerie , couvrant leurs ntonvemeûB ^par de fausses attaques , afin de tromper la gamii^n;
Mais tandis que les habitans . de Nice se reposaient sur la foi de la capitulatiDn/jETar^ëroie^w
*i Mémoires de Barthélemi Bensa; MS. hist. alp. marit. liy. 16*. ■
médiuit une lâche perfidie { f.... £|'aQ3 la npU du 6 au 7 septembre les Turc3 i^tr^èpeut dati^ j^ yille et là livrèrent aux Jijprrjçur^ (i'^jun pillage* Ces barbares y noa oontens à^ixa ipf^j^xxie l>ntii)^ niinérent les églises^ bri^èrieQt Je^.vASÇ? çacriés^ violèrent les vierges consacrée^ k Oji.eu y mireift en se retirant le feu aux différens qi^arti.çrjs y et amenèrent en esclavage 6200 v^c)ti]ne3 dç jLojJHt âge y sexe et condition y dont Fairâr^ fit dxajrg^r deux galères détachées de jsa Hotte fi*Jl ay^>t choisi dans le nombre deux-cent îjejOAes filles et garçons des plus beaux, qu'il destVJ^^t ,a^ Sultan Soliman ; mais les deux ga^èr^ 4wÇ^ heureusement rencontras en ixwur par I)Qm Garcie de Tolède, £ls du yioe-IVoi dé JS^pl^?, conunandant la flotte de Sicile; ce brayç tfï9f}fk déhvra les captife , et les fit jconduire ^ ]Siçe sous bonne escorte *2.
^i » Barbarussa classem ad Nicseam Prpvincia » admovet, urbem graviter oppugoayit ac ,capi|; » cumqUé milites Tùrcos d^ripiui^t, .et ipc^ndiis de* » formant , 6200 captis , inter quos aoo Virgînes » Deo coDsecratœ , et prœda ducatorum 60,000 1^ capta î^ •( Giofreo pressa Cioanni Bernardo Ve^ neroso ). «^ Notes ùp Jean Badat; Reiat. du sièg^, par Christophe Oioffredo.
*2. Chronique de Savoie , par Guillaume /Paradia de BeaujeH. lîv. S pag« 4^4 4^ é^i^
alannes conliitudlln (1(! lUniaiicliP , II* S" Fraudais, au noitvli parul (levant iVi" sur le port dr lutter contre i!i:
Dorla ne law
n serait diili< ]a popul.ttîon t.< seaux que le v ■ Les crloyens h:^ ville les feiiuïic uus se refiigifiri .
la rivière de d^n campagne, cmpon et leurs récolliles montagnes . • plus cruelles ]iTi iiionnstères sidi de les abandonet d'autre selmi peur *i.
Dans la suirntr occupa le poit
1 Notes l\u;
réunies en Loraibardic sous leVordres du Marquis, du yast*!. Ce Général se mit en marche "à. travers les Apennins, suivit la crête des alpes; maritimes et, par des chemins jusqu'alors jugé» impraticables, pénétta dans le Comté de Nice, par les ' montagnes de la Briga, d'où il détacha le Comte de Monterjrmont avec un corps d© Lansquenets. Cette avant-garde parut tout-àcoup dans la soirée du 9 septembre devant les lignes des ennemis^ au moment qu'ils s'occupaient de les évacuer, et y porta le découragement. Les Impériaux attaquèrent hardiment les postes avancés, se jetèrent sur la route du Var au quartier dit de Bari f^ielly où les Français embarquaient la grosse artillerie du siège; là s'engagea un combat opiniâtre , à la suite duquel les Français se hâtèrent de sortir de la ville- et de se retirer en désordre , partie du côt^ de Villefrancbe , partie vers le Var ; le i o au
^i L'aiTTiëe de secours ne dépassait pas 12m. hçmmes, d'infanterie et iSoo .chevaux,' dont 3ooo Lansquenets, 7oooJtaliens et 2000 Espagnols (Chronique de Savoie, .par. Guillaume Paradin de Beau* jeu)., On ne conçpit pas . comment les alliés qui avaient des forces triples ,- n*osèrent pas hasarder une bataille qui eikt décidé 4u «wt du château de Nice»
3ié iôiv le Comte de MdrOefjmdnt fentri dans ISfieâr ^% ait^tâtuations des habitahs déHtrés énfià d'un ennemi barbkrêt.
Le lendemain arriva le gros de Tarmée, cohh idamdée par le Duc Charles de Savoie el par Dom Jilphonse dAsfalo's , Marcjuis du Vast * u Ce mci^vement avait été si bien combiné ^ qo» le II Septembre au matin on vit paraître à U liauteur de Villefranche les galères d! André Ihy* riii qui portaient les^os bagages et Fartillerie^ ainsi qu'un corps de réserve de six bannières Impériale^. Déjà le Duc (TEnghien avait opéré sa retraite en Provence , abandonnant une parde de ses bagages et quelques pièces de canons. Barberousse et le capitaine Paulin se bâtèrent de quitter le port de Villefranche avec toute la flotte et dé gagner à force de voiles les ilea de S.te-M arguerite ; la mer orageuse empêcha Famiral "Génois de les poursuivre ; il essuya luimême une perte douloureuse à Feutrée du port j
*i tânhî les troùpè's Savoyardes il y avait un tàï^s de tifioùsquetaires 9 comhian de par Jacques dé yFovaDa, Seigneur de Leinj; 5oo 'Lansquenets à là kolde du Pape , et 600 cavaliers sous les ordres 'd'Oûion de Provaiia , frère du premier ( Notes MS- 'de Jean Bàdat 5 Htst. milît du Piémont, par le Comté Alexandka â« Saluées.
tpjMce de ses galères poussées sur les rochers par Timpëtuositë des vagues^ s'y brisèrent l'une après l'autre^ et une partie de l'équipage fut fngloutie. dans la mer ^i.
. Il serait impossible d'exprimer les transports 4t joie et l'ivresse des habitans en voyant paraître h Souverain libérateur à la tête de l'armée Impë-* lale. Sa préseqce fit oublier tous les désa&tresl Les (pnsuls suivis de la foule du peuple accoururent àsa rencpntre. Barûiélemi Gallon qui présidait Qtte magistrature 9 lui adressa qette belle ha-* nigue y digne d'être conservée dans nos annales. » Prince , lui dit-il , vous .voye;E devant voua ^ )e reste de cette population fidèle qui a tout ^ yi souilbit pour garder ses serilaens* ! . . . Nos plaies w som mcore sanglantes et profondes!... Vos y^ yeux verront le tableau affligeant de nos jï ruines, mais vos bienfaits sauront Jes ré«» » parer i... *a ». Charles en fut vivement touché : la bonté paternelle justifia cette espé-* rance ; il fit distribuer au peuple de l'argent, des vivre: et des provisions, ordonna la réparation à ss frais ^es maisons détruites pendant le siège , t récompensa par des pensions et des
^i Notes iS. de Jean Badat.
*» Notes 1$. de JesaBadst.
3ia honneurs ceux qui s'étaient distingués par leur bravoure et leur dévouement.' ' Bientôt les événemens qui se passaient en Piémont forcèrent le Duc de Savoie et le Marquii du Vast de repasser les alpes avec une partie de leur armée. Le Prince Doria mit aussi, t la voile pour Gênes après avoir approvisionné 1? château.... Informé de leur départ, Barberoussi fît de nouveau occuper le port de Villefraaich< par une division de la flotte Turque , comman dée par le Ray s Saleck ; ce capkaine arriva li 19 septembre avec un corps de Janissaires < la compagnie de Léon Strozzi. L'amiral y rtourna lui-même jdans la journée du ^3. las troupes ennemies franchirent une sccoitfe îois le col dé Montboron et vinrent porter l'épouvante jusqu'aux portes de Nice ; mais ses emparti garnis d'une nombreuse garnison défiaent désormais toute sa rage. Six bannières Iipériale» sous les ordres de M/ de Monterymnt sortirent à l'improviste de la place, aaqtièrent les Turcs, et les poursuivirent Fépéedans les r' reins , avec une telle vivacité , que plsicurs, ne pouvant regagner Villefranche, fur^t obligé» à mettre bas les armes *i..
-^i Notes MS. d€ Jean BadaL
3i5 Dan» la jouriiée du 2 5 septembre Jean-Bap-" tiste Grimaldiy seigneur d'Ascros', repassa lé' Var avec un parti de cavalerie , pour tâcher de seconder les opérations, de Barberàusse f mais attaqué à son tour par le- Colonel Êràsmef- GaUéçuiy il jugea plus prudent de renoncer à** son entreprise. Dans le même teijns Gas^pard de Caïs et le bâtard de Gorbio , s'étant embarqués sur les galères de France avec' deux-mille volontaires Provençaux , firent une descente sur les rivages d'Eza ^ dans le desseinV de s'empatér de ce village , et de se porter ensuite à la Turbie afin d'intercepter les communications avec la rivière de Gênes. Le château d'Eza capitula , mais le châtelain de la Turbie ayant appelle aux armes les paysans de« environs , leur opposa une opiniâtre résistance. Forcés de renoncer à cette entreprise , ces deux traîtres, de retour à Eza, apprirent avec effroi que BarberoussCy désespérant de forcer Jes murs de Nice^ avait de nouveau remis à la voile pour les ports de la Provence. Tandis qu'ils méditaient les moyens de se tirer du mauvais pas^ où ils s'étaient imprudemment engagés, deux prêtres, l'un nommé Giauffret ^ l'autre MarcelUn y ce derpier de Yillefi'anche , firent 8«h-
9li
»er le tocsin y et 9e mettant à la tête dea mi« UceSy accourues des riUages voisins^ sùrprirenlt les Provençaux qui firent peu de résistance : un grand nombre fut massacré , \ le reste mit bat les armes. Vainement Càïs et le bâtard de Gùrr bio essayèrent de s'ouvrir un passage l'épée à la main ; repoussés de tous les côtés ^ ils se re-' £igiérent dans l'église^ espérant d'y trouyoi^ voï asile ; la sainteté du lieu ne put les sauver; iirrétés tous les deux^ et conduits au cbâteaa de Nice y Us reçurent la juste punition de leur trahison. Càïs iut pendu et ensuite écartelé* Le bâtard de Gorbio se suicida en pîson; le bourreau traîna son cadavre hors de là porte marine^ et le suspendit par les pieds à une potence *i.
Ainsi se termina la catastrophe de Vannée
1543 ! Une médaille en bronze que fit frapper
le Duc de Savoie au conmiencement de l'année suivante , -éternisa le souvenir du siège mémorable de Nice et la gloire de ses défenseurs *2*
♦i Notes MS. de Jean Badat; MS. hisl. alp. mar. liv. i6«.
*2 On lisait d'un côté de la médaille : CAROL • II • DVX • SABAVDIAE et de l'autre :