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LA FAMILLE BEAUBIEN

Le dernier Seigneur, Jean-Paul ; son épouse, M.-Josephte Cressé ; Charlotte Cressé ; Moras, fils du Seigneur, et son épouse, Eulalie Lozeau.

régime, inauguré le 1er juillet, fut célébré à Nicolet par de grandes réjouissances, et nous nous rappelons encore la part active que Moras Beaubien, en sa qualité de Maire de Nicolet et de préfet du comté, prit à ces fêtes et les discours patriotiques qu’il y prononça.

Le parlement fédéral établi par la nouvelle constitution amena des élections générales, qui eurent lieu le 10 septembre. Deux candidats briguèrent les suffrages, dans le comté de Nicolet, Moras Beaubien et Joseph Gaudet, qui représentait déjà ce comté à la chambre de Québec depuis le 2 janvier 1858. Ce dernier était un adversaire redoutable, dont l’éloquence populaire électrisait les masses. C’est dire que la lutte fut ardente, à tel point que M. Beaubien y contracta une maladie, la fièvre typhoïde, qui ne lui permit pas d’être mis en nomination, ce qui a donné à M. Gaudet l’avantage d’être élu par acclamation. Onze jours seulement après l’élection, il s’éteignait âgé seulement de trente-huit ans. (1)

Ce fut un coup de foudre pour le seigneur Jean Beaubien, qui perdait en lui son fils unique, et restait sans autres héritiers que ses petits-enfants, dont un seul enfant mâle, âgé seulement de deux ans. Dans sa douleur il vendit immédiatement le fief Moras, que détenait sa famille depuis 1715, à M. François Manseau, époux de Sophie Massé.

Les Beaubien toutefois, en perdant ce fief, ne perdirent que temporairement le titre de seigneurs attaché à leur famille. Le jeune Charles, fils unique de Moras, eut la chance d’hériter de la seigneurie Lozeau de la Baie-du-Febvre, à la mort de madame Hippolyte Pacaud, cousine-germaine de sa mère, seigneuresse qui lui léguait

(1) M. Joseph Gaudet, voulant sans doute donner plus d’éclat et d’importance à sa carrière politique, posa sa candidature pour le double mandat, et fut élu le 5 septembre pour chambre provinciale, et le 10 pour la chambre des communes. L’honorable J.-B.-Georges Proulx fut élu pour le Conseil Législatif, le 2 novembre 1867. (Note de M. Geo. Bail).

tous ses biens. En 1910, lors de la liquidation du comptoir d’escompte “Beaubien & René”, M. Charles Beaubien, céda la seigneurie à ses sœurs Marie, Caroline et Adélaïde.

2. LA FAMILLE MANSEAU (1867-1899)— Comme nous l’avons vu précédemment, le fief Moras passa le 14 octobre 1867 à la famille François Manseau, de la Baiedu-Febvre, qui le garda jusqu’au 13 mars 1899. La famille François Manseau n’est pas nicolét^ine. Les membres de cette famille établis à Nicolet sont natifs de la Baie, où leur premier ancêtre en ce pays, Jacques Robida, est venu s’établir vers 1699. Il était originaire de Saint-Nicolas, diocèse du Mans, d’où est venu à la famille le surnom de Manseau. Son père, Gabriel, marié à Anne Crespin, était maître-cordonnier. — Jacques, qui apprit le métier de son père, entra ici dans la carrière des armes, où il acquit le grade de sergent et dut prendre part à la guerre contre les Iroquois.

Un relai dans les opérations militaires lui permit, en 1692 (11 janvier), de contracter mariage à Montréal avec Louise de Guître. On était encore dans le fort de la guerre.

Lorsque les troubles furent terminés et la paix conclue, il déposa l’uniforme militaire pour venir se fixer à la Baie-du-Febvre, sans doute pour y exercer son métier, auquel il joignit plus tard l’état de colon, puisqu’on le voit, en 1708, acquérir la terre indiquée au cadastre actuel par le numéro 433.

De ses deux fils, Gabriel et Louis descendent tous les Manseau de la Baie-du-Febvre, et par suite ceux de Nicolet, François, Elisée et Albert, originaires de la Baie. (1)

(1) Voici la généalogie de François Manseau, seigneur de l’île Moras: I. 1692, Jacques Robida-Manseau et Louise De Guître. — 11.1715, Gabriel et Madeleine Benoît. — III. 1761, Frs. et M. Jeanne Provencher. — IV7. 1784, Frs. et Josephte Bergeron. — V. 1814, J. B. et Gén. Proulx. — VI. 1843, François et Sophie Massé.

DR NICOLET

François Manseau, devenu seigneur de l’île en 1867 était un homme d’un certain âge, puisqu’il était marié depuis vingt-quatre-ans à Sophie Massé de Saint-Grégoire (12 janvier 1843), dont il avait eu déjà à la Baie, dix enfants, quatre garçons et six fdlcs. Plusieurs de ses enfants feront honneur à sa maison. Arthémise et Maria- Alphonsine sont entrées chez les Sœurs du Bon-Pasteur; cette dernière, envoyée en mission au Brésil, y est devenue supérieure provinciale. Les garçons ont fait en tout ou en partie leur cours classique, au collège, au moins Arsène, Horace et Philippe. Horace est médecin à Montréal, François a fait un cours commercial.

François Manseau père est décédé à l’île Moras en l’hiver 1875, sept ans après en avoir pris possession. Seule, Arthémise, l’aînée, était sortie du foyer paternel pour entrer en religion, les autres étaient aux études au collège ou au couvent.

Sophie Massé, veuve de François Manseau, héritière de l’île, en céda bientôt (18 février 1876) la moitié à son fils aîné Arsène, qui à son tour la rétrocéda à son frère François, le 18 juillet 1878. Le 28 août suivant la veuve céda l’autre moitié de l’île à ce dernier qui devint ainsi seul seigneur de l’île. Monsieur François Manseau fils ne garda pas longtemps le fief Moras, dont il devenait titulaire. L’isolement de l’île, la difficulté et l’absence de communications avec la terre ferme à certaines époques de l’année, lui en rendaient le séjour moins attrayant. Il crut plus avantageux de renoncer à ses droits seigneuriaux, pour acquérir sa belle propriété actuelle du Port-Saint-François, qui d’ailleurs possède aussi le titre de fief, le fief Laforce, concédé à Pierre Pépin le 7 novembre 1709. Le 13 mars 1899 il vendait son île à Monsieur Achille Proulx, qui l’a donnée le 15 mars 1914 à ses deux fils Joseph et Henri, mariés aux deux sœurs Albertine et Cécile, filles d’Emilien Landry. Ce sont les titulaires actuels de l’île.

M. François Manseau fils n’avait aucun besoin de son titre seigneurial pour rehausser sa personnalité. C’est l’un de nos cultivateurs les plus intelligents, un travailleur inlassable, qui a eu à cœur le développement de la classe agricole: aussi tout en s’amassant un patrimoine enviable, il a su se dépenser avec générosité pour le progrès et l’avancement de l’agriculture.

Les postes de confiance, qu’il a toujours occupés avec distinction et honneur ainsi que l’organisation des sociétés auxquelles il a donné son précieux et dévoué concours sont' bien les meilleures preuves de ses mérites et de sa valeur. Pour la paroisse St-Jean-Baptiste-de- Nicoiet, il fut conseiller neuf années consécutives, de janvier 1884 à janvier 1893— maire de 1885 à 1888 et de 1889 à 1893 — . Il fonda le cercle agricole de la paroisse de Nicolet et en fut le président un grand nombre d’années. Il fut un des fondateurs de l’exposition régionale de la vallée du St-Laurent en 1897 et en fut l’un des directeurs pendant un bon nombre d’années. Il est aussi l’un des membres fondateurs de la Caisse d’Economie Nationale. Il fut président de la société d’agriculture de 1900 a 1909.

Dans un concours ouvert aux cultivateurs de la province de Québec, il obtint un diplôme de très grand mérite agricole avec deux médailles d’argent accordées par le gouvernement de Québec. Il fut aussi choisi pendant neuf ans comme juge du gouvernement pour la récolte sur pied.

Il a été nommé membre du conseil d’agriculture de la province de Québec, le 5 janvier 1912 — En janvier 1921, il fut élu maire de la paroisse de Nicolet par acclamation. Le 11 janvier 1923, il a été réélu maire par une bonne majorité sur son adversaire, et au mois de septembre suivant il a été choisi comme préfet du comté en remplacement de feu J.-B. Héon décédé.

M. FRANÇOIS MANSEAU Préfet du Comté

3. LA FAMILLE PROULX. — La famille Proulx, nouvelle titulaire de l’île Moras est absolument nicolétaine. — Trois ou quatre jeunes gens du nom de Proulx sont venus de France s’établir au Canada vers le milieu du dix-septième siècle. Les deux plus en vue pour notre région sont Jean Proulx, l’ancêtre de toutes les familles de ce nom établies à la Baie, et Pierre Proulx, de qui descendent les familles Proulx de Nicolet, et en particulier Monsieur Achille Proulx, seigneur de l’île Moras.

Pierre Proulx, fils de Louis et de Suzanne Malé, de la paroisse de Curson, diocèse de Luçon, s’établit à Champlain où il vécut et mourut avec sa femme Marie Gautier, qu’il avait épousée le 7 novembre 1669, juste au moment où Moras faisait les premières concessions à Nicolet. On donnait à la famille le surnom de Boisjaney ou Boisjamy, comme l’attestent les registres de Champlain. On le connaissait aussi sous son vrai nom, de Proulx, puisqu’une île qu’il y a possédée a conservé jusqu’à nos jours le nom d’île-à-Proulx. — C’est son fils Joseph, marié en 1702 à Marie-Joseph Dupont, (1) qui, après avoir vécu à Champlain, où sont baptisés tous ses enfants, vint à Nicolet peu après 1719, établir le berceau de la famille nicolétaine Proulx. Il mourut à Nicolet en 1725, et sa femme (2) en 1728.

La famille s’est multipliée à Nicolet et a donné à cette paroisse plusieurs citoyens remarquables tant dans le monde laïque que dans le clergé. Citons Louis Proulx, seigneur de Saint-François-du-Lac, et d’une partie de

(1) Il n’est pas sans intérêt de remarquer que le missionnaire de Nicolet à cette époque était le Père Siméon Dupont, récollet des Trois-Rivières. N’y avait-il pas parenté entre ce Père et madame Proulx?

(2) Marie-Joseph Dupont, fille de Jilles et de Françoise Michau, du Cap-de-la-Magdeleine, avait été adoptée dès son bas âge par le sieur le Chasseur et sa femme Françoise Vassal, “qui l’ont élevée, nourrie et entretenue comme leur fille propre”. (Note de Mgr M.-G.

Proulx). —

l’île Moras, qui fut député de Buckingham (1) de 1801 à 1808; — Jean-Baptiste Proulx, son neveu, député du même comté de 1825 à 1830; — Jean-Baptiste Georges Proulx, fils de ce dernier, conseiller législatif de 1860 à 1867 et réélu à l’établissement de la confédération, après une vive contestation, à cette dignité qu’il conserva jusqu’à sa mort en 1884. — Dans le clergé, nommons les fils du conseiller législatif, Monseigneur Moïse-Georges Proulx, supérieur du séminaire et vicaire général, et les Pères Jésuites Edouard et Stephen, missionnaires de retraites paroissiales très appréciées.

Monsieur Achille Proulx, le seigneur de l’île Moras est parent avec Mgr Proulx, au quatrième degré de consanguinité. (2) L’un de ses fils, vient d’entrer chez les Eudistes.

Le célèbre écrivain Napoléon Legendre, qui naquit à Nicolet le 13 février 1841, était l’arrière petit-fils du seigneur Louis Proulx. La famille a essaimé dans les paroisses voisines, où ont vécu plusieurs citoyens dignes d’attention, tel que Monsieur Horace Proulx, qui a été maire d’Yamachiche et préfet du comté de Saint-Maurice.

(1) Avant 1829, le comté de Nicolet était enclavé dans l’immense division électorale de Buckingham, qui comprenait les comtés actuels de Nicolet, Drummond, Arthabaska, Yamaska, Lotbinière, Sherbrooke et Mégantic, à peu près tout le territoire de la rive sud du fleuve Saint-Laurent, depuis Lévis jusqu’à la ville de Sorel.

(2) Généalogie d’Achille Proulx: I. 1672, Pierre Proulx et Marie Gautier. — II. 1703, Joseph Proulx et Marie-Joseph Dupont. — III. 1747, J. B. Proulx et Magdeleine Pinard. — IV. 1785, Joseph Proulx et Geneviève Crevier. — V. 1815, Joseph Proulx et Sophie Wolf. — VI. 1855, Eusèbe Proulx et Eléonore Brassard. — VII. 1889, Achille Proulx et Emma Proulx.

APPENDICE

Extrait de l’inventaire des biens du seigneur Paul Beaubien, fait le 28 octobre 1822.

ARGENT MONOYE

Item dix-huit Piastres françaises . £ 4 19

Item six Piastres anglaises . 1 10

Item vingt-cinq Ecus français . 3 8 9

Item trois Ecus anglais . 7 6

Item soixante-et-trois trente sous . 3 18 9

Item neuf chelins . 9

Item un vingt-six sous . 1 1

Item un quinze sous . IVz

Item deux douze sous . 1

Item cent vingt coppes . 5

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