CHAPITRE m
JEAN-BAPTISTE POULIN-DE-COURVAL, administrateur. — 1700-1727.
SOMMAIRE.— 1. La famüle de J.-B. P.-de-Courval.— 2. Bornes entre Nicolet et la Baie-Saint-Antoine, accommodement du 27 octobre 1702. — 3. Formation des deux paroisses de Nicolet et de la Baie. — 4. Absence de formalités canoniques et civiles. — Enquête civile à ce sujet en 1721. — 5. Tentative de réunion des deux paroisses. — G. Mort de J.-B. P.-de-Courval.
1. Par son mariage avec Louise Cressé, Jean-Baptiste Poulin, sieur Courval, devint, au moins après la mort de sa belle-mère, non pas propriétaire, mais administrateur de la seigneurie, dont il garda la jouissance jusqu’à sa mort arrivée en 1727. Cette union par malheur ne fut pas de longue durée. Après dix ans, pendant lesquels Louise se montra le modè'e des épouses et des mères, elle rendit son âme à Dieu, à peine âgée de trente et un ans, le 21 mars 1706, laissant pour la pleurer cinq enfants : Louis, Charlotte, Claude, Joseph et Geneviève. Elle léguait la seigneurie à ses trois fils, la moitié à l’aîné, un quart à chacun des deux autres, sous l’administration de leur père. Nous verrons plus tard les deux filles entrer chez les Ursulines, où elles se distingueront par leurs vertus.
Après un veuvage de deux ans, le seigneur contracta une deuxième alliance avec Marie-Madeleine Forestier, dont il eut encore quelques enfants. Ces derniers, n’ayant aucun droit à la seigneurie, ne peuvent nous intéresser.
Le bon et vertueux Jean-Baptiste Poulin de Courval, aidé de sa nouvelle épouse, consacra tous ses soins
à l’éducation de ses enfants, qui répondirent à sa sollicitude. Sour Ta direction des Pères Récollets et du clergé du temps, ils furent bientôt en état d’occuper dans la société des fonctions importantes. Louis, l’aîné, qui épousa en 1724 Françoise-Gabrielle Foucault, devint, outre son titre de seigneur dominant de Nicolet, conseiller du roi et lieutenant général de la juridiction des Trois-Rivières: il garda, comme aîné, le titre honorifique de son père, sieur de Courval, et se trouva la souche de cette nombreuse famille seigneuriale; — Claude, qui en 1727, quelques mois après la mort de son père, épousa Marie-Anne Lefebvre, entra dans la carrière commerciale, et adopta, du nom de sa mère, le titre de sieur de Cressé: c’est l’ancêtre de la famille seigneuriale Cressé. Joseph épousa à Charlesbourg en 1730, Anne Chéron, entra aussi dans le commerce, et prit le titre de sieur de Nicolet, qui s’est perdu dans la suite des temps.
Les deux filles furent confiées aux Ursulines. “Mesdemoiselles Charlotte et Geneviève Poulin de Courval, dit la Mère Marguerite-Marie, (1) avaient été placées bien jeunes dans notre pensionnat. L’aînée avait sept ans, lorsqu’elle perdit sa bonne et tendre mère, dame Louise Cressé; quant à la petite Geneviève, elle avait à peine atteint son quatrième printemps. Privées si tôt, par l’ange de la mort, des caresses maternelles, ces chères enfants ne restèrent point orphelines. Leur bon et vertueux père, frère de notre mère Saint-François, vint confier à nos mères ces deux tendres fleurs. Les
deux enfants furent accueillies dans le monastère avec affection et cordialité, et grandirent ainsi à l’ombre du cloître en âge et en sagesse.
Leurs études terminées, elles demandèrent l’entrée du noviciat; l’aînée n’était âgée que de dix-sept ans,
(1) Hist. des Ursulines des Trois-Rivières, Vol. I, p. 127.
quand cette faveur lui fut accordée; sa sœur vint la rejoindre dans sa dix-neuvième année.
Toutes deux fournirent une laborieuse carrière, la mère Charlotte Courval de Sainte-Agathe ayant passé quarante-sept ans en religion, et la mère Geneviève de Sainte-Madeleine, vingt-quatre.
2. La question des bornes entre les seigneuries de Nicolet et de la Baie Saint-Antoine n’était pas encore résolue; ce qui nuisait à l’établissement des colons sur le terrain contesté. Il devenait de plus urgent d’établir des paroisses dans ces deux seigneuries, unies jusqu’alors pour fins religieuses. Mais impossible de les ériger sans limites certaines, légalement fixées et reconnues.
Ce fut la grande préoccupation du sieur de Courval, dès le commencement de son administration. En 1702, il fit faire un nouvel arpentage par maître François Lajoue. On reconnut alors, à n’en plus douter, que la Baie Saint-Antoine empiétait de 27 arpents sur la seigneurie de Nicolet. Ce fut un coup de foudre pour Jacques Lefebvre, seigneur de la Baie. Il avait établi son domaine précisément sur dix-huit arpents du terrain usurpé, gardant six arpents de largeur pour lui-même et partageant le reste à ses quatre enfants. Il y avait bâti une chapelle pour l’usage des deux seigneuries.
Le site de sa maison seigneuriale était d’une beauté incomparable. Il dominait la nappe d’eau majestueuse du lac Saint-Pierre, avec une vue superbe sur Mannereuil, (1) Machiche, et toutes les forêts vierges de la côte nord. Ses enfants de leur côté étaient bâtis sur leurs
(1) Rivière-du-Loup.
lots, qu’ils avaient commencé à défricher. Tout cela avait été fait de bonne foi, malgré les réclamations du seigneur de Nicolet, basé sur l’arpentage défectueux d’Adhémar Saint-Martin. Renoncer à ce terrain constituait pour les Lefebvre un sacrifice énorme.
Heureusement le seigneur de Nicolet se montra généreux. Les deux seigneurs s’en remirent au Père Filiastre, supérieur des récollets des Trois-Rivières, qui les amena à un accommodement le 27 octobre 1702. En voici la teneur en substance:
Les parties en litige décident, “pour conserver la paix, donner des marques de désintéressement et des témoignages de leur bon vouloir”, d’adopter l’arrangement suivant. Le sieur Jacques Lefebvre remet au sieur de Courval neuf arpents de large, qu’il avait concédés de bonne foi aux nommés Crédit, Foucault et Croquan, et garde les dix-huit arpents sur lesquels il a établi son domaine, et, en compensation, il lui délaisse le droit d’un tiers qu’il a dans les mouturages des grains qui se inoudent au moulin du Platon de cette ville des Trois- Rivières, (1) en la part revenant du propriétaire d’icelui, à cause du moulange qu’il a presté à feu Monsieur Maître Charles Aubert, Escuyer, sieur de la Chesnaye. . . suivant sa reconnaissance faite sous seing privé au dit sieur Lefebvre en date du 5 novembre 1689”.
Telle est l’origine de l’annexion à la Baie du lopin de terre qu’on a toujours appelé les dix-huit arpents de Nicolet. — Le litige avait duré dix-huit années. Au point de vue religieux, ce terrain resta annexé à la Baie-Saint- Antoine, jusqu’en 1849, pour en être détaché et réuni à
(1) Le moulin du Platon des Trois-Rivières, construit en 1665 par Jacques Leneuf de la Poterie, avait passé vers 1680 aux Poulin. En 1759 il tombait en ruines. Claude Poulin-Cressé voulait le réparer, mais Vaudreuil et R:got dirent que le roi avait besoin du terrain. C’était vrai. Poulin fut exproprié: on lui donna du terrain dans la commune. En 1712, Catalogne mentionne ce moulin “appartenant à un marchand” — (Note de B. Suite).
la paroisse de Nicolet le 26 novembre de cette année. Au point de vue seigneurial, les censitaires y établis continuent de payer rente à la Baie.
Le seigneur Lefebvre n’ayant plus droit au moulin du Platon, s’empressa d’ériger un moulin à vent à l’endroit où fonctionnait naguères le moulin rouge. Les colons de Nicolet, plus à proximité des Trois-Rivières, où résidait leur seigneur, durent se résigner à porter leur grain à son moulin du Platon, jusque vers 1764, année ou fut bâti le premier moulin dans la seigneurie de Nicolet.
3. La question des limites une fois réglée, on put procéder à l’érection des deux paroisses, qui furent placées sous la protection de saint Jean-Baptiste et de saint Antoine, la première ayant pour bornes celles de l’octroi du 29 octobre 1672 à Laubia, et la seconde comprenant exactement la seigneurie de la Baie Saint-Antoine, telle qu’octroyée à Jacques Lefebvre en 1683.
A quelles dates furent érigées ces deux paroisses? Les documents concernant cette double érection sont introuvables. Mais il existe, en ce qui regarde la Baie- Saint-Antoine, deux documents authentiques, dont l’un établit qu’en 1710 il y avait à la Baie une paroisse régulièrement organisée, sous le vocable de Saint-Antoinede-Pade, avec Oeuvre et Fabrique et marguillier en charge, (1) et l’autre, que, vers 1712, cette paroisse, remarquez ce mot, était desservie par les Pères Récollets des Trois-Rivières, (2) qui venaient y dire la messe de temps à autre.
D’un autre côté, l’examen attentif des registres des Trois-Rivières fait voir que vers 1703 la Baie-Saint- Antoine est dans une époque de transition et traverse
(1) Procès-verbal de l’ouverture du chemin du Bas-de-la-Baie.
(2) Rapport accompagnant la carte cadastrale de M. de Catalogne.
une ligne de démarcation nettement tranchée. On cesse de la considérer comme formant partie intégrante des Trois-Rivières; (1) on commence (2) à mettre en marge de tous les actes concernant cet établissement, les mots Baye-Saint-Antoine.” On y remarque la première sépulture dans le cimetière de la Baie. (3) N’est-ce pas là un indice palpable du passage de l’état embryonnaire à l’état parfait; en d’autres termes de l’état de mission à celui de paroisse organisée? — Nous croyons donc être dans le vrai en affirmant que la paroisse de Saint-Antoine-de-Pade a été formée à l’époque de l’accommodement entre les Seigneurs Courval et Lefebvre, en l’automne 1702, ou au commencement de 1703. On peut considérer que la délimitation définitive des deux seigneuries, en octobre 1702, a servi de base et de point de départ à la formation des deux paroisses. L’intervention du supérieur des Récollets à l’accommodement, laisse entrevoir que l’autorité ecclésiastique était intéressée au règlement de la difficulté. L’acte du 27 octobre 1/02 peut même tenir lieu de l’acte d’érection civile, puisque les limites des nouvelles paroisses sont identiques à celles des seigneuries. Espérons que la découverte de documents plus précis viendra déterminer ce point important de notre histoire locale. En attendant cette découverte, nous sommes d’opinion que les deux paroisses de Nicolet et Saint-Antoine-de-Pade ont été érigées le, ou peu après le 27 octobre 1702, suivant les bornes adoptées par les seigneurs, en présence du Père Filiastre.
La construction de la première église de la Baie a dû se faire dès l’année suivante, en 1703, à moins qu’on
(1) Le dernier acte, dans lequel un habitant de la Baie est considéré comme paroissien des Trois-Rivières, a été fait le 7 février
(2) Le 25 juin 1703.
(3) Le 7 janvier 1704.
ait continué à se servir de la chapelle des dix-huit arpents, bâtie en 1686 pour l’usage des deux seigneuries.
L’établissement paroissial s’est fait un peu plus tard à Nicolet qu’à la Baie, comme l’atteste M. de Catalogne, dans son rapport de 1712. De 1703 à 1714, “la paroisse de St-Antoine de la Baie, dit ce géomètre, est desservie par les Pères Bécollets des Trois-Bivières, qui y vont dire la messe de temps à autre” . . . Quant aux habitants de Nicolet, “ils font paroisse avec ceux de St- Antoine, quoique, la plus grande partie de l’année, ils vont entendre la messe aux Trois-Bivières.” (1)
Toutefois le site de la nouvelle église de la Baie étant loin d’être central pour les Nicolétains, on a dû marquer dès le principe la place de la future église de Nicolet, attendant pour la construire des temps opportuns. La carte cadastrale ne laisse point de doute à ce sujet: on y voit dans Nicolet une terre marquée “L’église”. Cette église ou chapelle a dû être bâtie de 1710 à 1714. (2)
La proximité des Trois-Bivières, où demeurait le seigneur de Nicolet, où était le moulin banal du Platon, et où les nicolétains faisaient toutes leurs affaires, leur donnait assez de facilité d’y accomplir leurs devoirs religieux. Ils sentirent moins que les colons de la Baie le besoin d’une église distincte. Ils aimaient l’église des Trois-Bivières, desservie régulièrement par des reli-
(1) Rapport accompagnant la carte cadastrale de 1708-1712. — L’acte de mariage d’Antoine Pinard, célébré au Cap-de-la-Madeleine le 10 janvier 1708, dit que le marié est “habitant de la Baye Saint-Antoine”, Il était pourtant bel et bien établi à Nicolet, dans l’Ile-à-la-Fourche, comme l’atteste la carte cadastrale; autre preuve que Nicolet, en 1708, était considéré comme partie intégrante de la Baie-du-Febvre.
(2) On commence à inscrire le nom de Nicolet en marge des actes de l’état civil, le 20 octobre 1705. — La première mention de la chapelle a lieu le 14 juin 1714, au mariage de Michel Jutras et de M. Ursule Pinard. — La première sépulture n’y a lieu que le 26 novembre
La carte de Catalogne est malheureusement sujette à beaucoup d’inexactitudes. Ainsi elle omet l’église de la Baie, et donne à celle de Nicolet une terre entière, tandis qu’elle n’avait qu’un demi-arpent en superficie, d’après l’enquête civile de 1721.
gieux résidants. Et quand le temps n’était pas favorable, ils avaient accès à celle de la Baie, que le Père Siméon Dupont desservait de temps à autre, de même que tous les établissements du lac Saint-Pierre. Ceci explique pourquoi l’établissement religieux de la Baie s’est effectué plus tôt que celui de Nicolet, pourtant plus ancien comme seigneurie.
Une autre raison assez plausible est la présence à la Baie du seigneur Jacques Lefebvre, et de toute sa famille. A cette époque de tenure seigneuriale, la présence du seigneur, de même que celle du prêtre, contribuait beaucoup à attirer les colons, qui se groupaient autour du manoir et formaient bientôt un noyau solide de population. On constate en effet que la colonisation a été un peu plus rapide à la Baie qu’à Nicolet, sans doute en raison de l’absence du seigneur dans cette dernière seigneurie.
Nicolet et la Baie, tout en ayant maintenant une existence séparée, continueront à vivre de la même vie. Ces deux paroisses seront comme deux sœurs qui, entourées d’une égale affection sur le sein maternel de l’Eglise, grandiront côte à côte, dans une amitié réciproque et une ressemblance qui en trahissent l’unité d’origine. Elles continueront à vivre sous la même tutelle jusqu’à leur séparation définitive en 1785. De fait, ces deux paroisses et fabriques furent toujours desservies par le même curé ou missionnaire, excepté durant la courte période de 1715 à 1729.
La Baie, sœur cadette à l’égard de Nicolet, n’eut pas 1 avantage d’avoir de titulaire résidant. La préférence fut donnée à Nicolet, sans doute à cause des communications plus faciles par navigation. Les prêtres étaient rares à cette époque reculée, ce qui obligeait l’évêque à confier au même prêtre la desserte de deux ou même plusieurs paroisses, dont les revenus d’ailleurs étaient trop restreints pour le soutien d’un curé. Il est prouvé.
(Carte de 1740) PREMIERES EGLISES DE LA BAIE ET DE NICOLET
ce qui parait aujourd’hui inconcevable, que la Baie a usé trois églises sans avoir la présence permanente du prêtre. Cela ne l’empêchait pas de jouir d’une desserte régulière et de posséder une Fabrique parfaitement organisée, d’être non une simple mission, mais une vraie paroisse, — comme on le voit en France, où le même curé dessert deux ou trois paroisses distinctes.
Ci-joint le diagramme des deux églises de Nicolet et de la Baie, extrait d’une carte publiée vers 1740. Celle de Nicolet était située dans l’île, en face de l’ancienne église protestante, et regardait la rivière; celle de la Baie-Saint-Antoine, sur la côte, le portail au sud-ouest à la place de la maison disparue de Monsieur James Lepître, à une demi-lieue de Nicolet.
4. L’absence de tout document concernant l’érection de Nicolet en paroisse donne fortement à présumer que les règles civiques et canoniques n’ont pas été scrupuleusement observées à cet égard. On n’y regardait pas de si près dans ce bon vieux temps. Le Père Dupont a pu fixer la place d’église, la construire, établir le conseil de Fabrique, sans s’occuper des procédures légales, et peut-être même sans enregistrement, (1), suivant en cela simplement la direction de son supérieur religieux.
Cette indifférence au sujet des formalités canoniques et civiles est regrettable au point de vue historique. Si le Père Dupont eût inscrit dans les archives les événements qui ont accompagné la création de notre
(1) Pour être juste envers les Récollets, empressons-nous de dire que leurs archives sont perdues. La fondation de l’établissement de Nicolet y était peut-être inscrite en détail. L’Histoire du Canada de leur Frère Sagard prouve le soin qu’ils mettaient à noter les événements.
établissement paroissial, comme on a conservé les circonstances de certains actes de son ministère (1) quelle mine pour les historiens!
Le manque de formalités dans l’érection de plusieurs nouvelles paroisses attira l’attention de l’autorité civile. En 1717, le sieur Collet, (2) procureur général au Conseil Supérieur de la Nouvelle-France, fit des plaintes au Conseil d’Etat, alléguant que les arrêts du 12 février 1692 et du 2/ mai 1699, concernant l’érection des paroisses et la construction des nouvelles églises, étaient restés^ lettre morte. Il le suppliait d’exiger, “pour l’avenir, 1 observation des formes canoniques, et pour les paioisses déjà existantes, d’ordonner que ce qui se trouverait avoir été fait dans ces matières sans observer les formalités demeurera nul, sauf à y être pourvu ainsi qu il appartiendra, après que les formalités requises auront été observées”. Les plaintes furent trouvées justes et fondées. En conséquence, le sieur Collet fut nommé commissaire à l’effet de faire enquête à ce sujet, et de se rendre dans les 82 paroisses existantes, et y prendre les informations de commodo et incommodo sur leurs établissements religieux, leurs circonscriptions, etc. Ce fut le 6 mars 1721, (3) qu’il se rendit à Nicolet, où il avait convoqué une assemblée de tous les notables des deux seigneuries de Nicolet et de la Baie-Saint-Antoine, et dressa un rapport détaillé de sa commission.
Ce rapport paraît rédigé dans un esprit de maligne critique envers l’Eglise et le clergé du temps. Il constitue neanmoins un document bien précieux à cause des renseignements qu il renferme sur les seigneuries et paroisses de cette époque.
t>oKi r0lridaï,s 1 Hist. des Ursul. des Trois-Rivières, Vol. I, p. 191. 1 abjuration de Mary-Ann Seamen, reçue par le Père Dupont.
roi “ Mathleu Benolt Collet, seigneur de la Fortière, conseiller du
. (?) La de,s Paroisses commença par Ste-Foy, le 4 février
et finit par Québec, le 3 juin 1721. r.
Ces renseignements regardent surtout l’établissement religieux, et par suite pourraient se renvoyer à la deuxième partie de cet ouvrage, qui traitera de Nicolet en tant que paroisse. En raison de la lumière qu’ils répandent sur la seigneurie, nous croyons utile, et même nécessaire, de les mettre sans tarder sous les yeux du lecteur.
En ce qui concerne Nicolet et la Baie, le rapport nous apprend:
lo Les limites des deux paroisses;
2o Le nombre de leurs habitants;
3o Le site et le nom de leurs églises respectives;
4o Le mode de desserte religieuse.
Limites des deux paroisses ou seigneuries. — Le fief de Nicolet s’étendait depuis celui de Tonnancour à la Baie-Saint-Antoine et comprenait deux lieues de front le long du fleuve sur autant de profondeur. (1)
La seigneurie de la Baie-Saint-Antoine avait aussi deux lieues de front entre les fiefs de Nicolet et de La Hussodière, sur autant de profondeur.
Le contexte nous prouve que les limites des paroisses étaient identiques à celles des seigneuries.
Le nombre des habitants. — Nicolet avait douze habitants résidants, et six concessionnaires faisant valoir leurs terres sans y résider. — La Baie-Saint-Antoine avait vingt-neuf habitants résidants, et cinq concessionnaires qui faisaient valoir leurs terres sans y résider.
La population de Nicolet était donc restée stationnaire depuis le recensement de 1681, tandis que celle de la Baie, pour les raisons données plus haut, avait augmenté très lentement, il est vrai, mais de manière à
(1) Le sieur Collet omet, probablement parce qu’il les ignorait, l’augmentation de Nicolet en date du 4 novembre 1680, et l’annexion à la Baie des “Dix-huit arpents de Nicolet”, en date du 27 octobre
doubler celle de sa sœur aînée. — Le rapport nous donne un renseignement intéressant sur le mode d’existence de nos pères à cette époque. Le jour de l’enquête ils étaient presque tous absents et en chasse; ce qui suppose une véritable expédition. La chasse et la pêche étaient leur principal moyen de subsistance, et beaucoup plus en honneur que la culture des champs.
Le site des églises. — Une partie très importante du rapport, vu l’absence de tout autre document antérieur, est celle qui regarde le nom et le site des deux églises. “Les habitants de Nicolet, dit le commissaire, ont une église, nommée St-Jean-Baptiste, qui est construite sur un demi-arpent de superficie donné par le sieur Daniau. C’est évidemment le terrain marqué “L’église” sur la carte cadastrale de M. de Catalogne, en corrigeant les dimensions. L’édifice, d’après feu Mgr le Grand Vicaire Proulx, faisait face à la rivière, dont il n’était éloigné que d’à peu près deux arpents. Le site se trouvait visà-vis la métairie des Sœurs Grises.
“Les dits seigneurs et habitants de la Baye-Saint- Antoine continue Collet, ont aussi une église, nommée St-Antoine, qui est construite sur le domaine de la dite seigneurie”. Elle était sur la côte, le portail au sud-ouest sur l’emplacement de la maison disparue de M. James Lepître. (1)
La desserte religieuse. — “Le service divin, dit le rapport, se fait dans le fief de Nicolet, par un religieux Récollet des Trois-Rivières, qui y vient dire la messe une fois par mois dans les beaux temps, en sorte que l’automne et le printemps et lorsqu’il règne de gros vents, ils sont sans messe et sans aucun secours en cas de maladie.”
Inconvénients plus graves encore dans la Baie- Saint-Antoine, desservie par le curé de Saint-François.
(1) Hist. de la Baie-du-Febvre, pp. 37 et 38.
5. Tentative de réunion des deux paroisses. — Pour remédier à l’insuffisance du service religieux, le rapport propose deux moyens: lo la construction d’un presbytère à Nicolet; — 2o l’union des deux paroisses avec un seul établissement paroissial. On tenta de mettre à exécution ce dernier mode de desserte. Une requête fut adressée à l’autorité civile, qui émit une ordonnance réunissant en un seul les deux établissements. La nouvelle paroisse ainsi formée aurait porté le nom de “Nicolet, l’île Moras et la Baye St-Antoine.” Effectivement l’union civile se fit par l’édit et le règlement des districts des paroisses de la Nouvelle-France, en date du 20 septembre 1721, confirmés par l’ordonnance du 3 mars 1722. Mais pour une raison ou pour une autre le nouvel établissement ne se fit pas. — Monsieur le curé Dugast continue à desservir la Baie, enregistrant les actes à Saint-François, — et le révérend Père Dupont à desservir Nicolet, sans cesser d’y tenir les registres.
Il n’en est pas moins vrai qu’au point de vue civil les deux paroisses demeureront unies en une seule jusqu’au 13 janvier 1835, date de l’érection civile de Nicolet. Cet état anormal dura donc pour les deux paroisses au delà de cent ans.
Pratiquement, l’on s’en tint au premier mode proposé, de maintenir les deux établissements religieux, avec un presbytère unique à Nicolet. Dès le 28 juillet 1722, quelques mois après l’édit réunissant les deux paroisses, Jacques Daniau fait donation à la Fabrique de Nicolet, représentée par le sieur J.-B. Lapron dit Défocés, marguillier en charge “d’un demy arpent de terre en superficie où est présentement bâtye l’église de Nicolet pour y bâtir aussi un presbytère et faire un jardin au missionnaire”. L’autorité ecclésiastique avait donc rejeté le décret civil comme inopportun, et l’ordonnance du 3 mars 1722 est restée lettre morte. — La bâtisse toutefois ne paraît pas avoir été levée immédia-
tement et l’affaire est restée en suspens jusque vers 1727. A cette époque le maintien des deux églises séparées se confirme, et les registres s’ouvrent de nouveau à la Baie le 1er juillet 1727.
L édit de 1722 a jusqu aujourd’hui jeté le désarroi et la confusion dans les recherches sur les origines de la Baie et Nicolet. (1) Nous avons pris à cœur de trancher le nœud gordien, et nous croyons être parvenu cà élucider ce point si obscur de notre histoire locale.
6. Le seigneur J.-B. Poulin-de-Courval a toujours ' aux Trois-Rivières, où il était constructeur des vaisseaux du roi et tenait une maison de commerce assez considérable pour le temps. Il y mourut le 16 février 1/2/, âgé de soixante-et-dix-ans, laissant pour le pleurer sa deuxième épouse Madeleine Forestier, cinq enfants du premier ht et deux ou trois du second.
... (B ^es Municipalités et Paroisses de Deschamps considèrent cet edit comme l’origine de Nicolet et de la Baie-Saint-Antoine.