‹ Histoire de Nicolet, 1669-1924Chapitre 25 sur 83 · LE SEIGNEUR PIERRE-MICHEL CRESSE.— 1785-1819 ERREURS ADMINISTRATIVES · texte numérisé non relu

LE SEIGNEUR PIERRE-MICHEL CRESSE.— 1785-1819 ERREURS ADMINISTRATIVES

SOMMAIRE. — 1. La terre Brassard. — 2. Bornes de la seigneurie: arpentage de McCarthy; — concessions de la Côte Saint-Pierre; procès Chandler. — 3. Part de seigneurie Courval: le curé de la Pointe-aux-Trembles, et la vente de la seigneurie au seigneur Pierre-Michel Cressé, d’abord, puis au sieur J.-B. Lozeau.

1. On voit par le chapitre précédent que le seigneur Pierre-M. Cressé tenait à ses droits et privilèges. Et l’on ne peut le lui reprocher, la coutume et la loi l’obligeaient même d’en agir ainsi. C’était le moyen de rehausser aux yeux de ses censitaires et subordonnés la dignité seigneuriale, un peu dépréciée par l’absence des seigneurs pendant tout un siècle.

Malheureusement il poussa un peu loin la réclamation de ce qu’il croyait être ses droits, et son action sous ce rapport prépara à ses successeurs bien des misères et des mécomptes, surtout en ce qui regarde les limites de la seigneurie, qu’il eut la prétention d’élargir outre mesure.

La première démarche intempestive fut celle qui concernait la terre des quarante arpents, aujourd’hui propriété du séminaire. Cette terre, concédée originairement en franc-alleu, était devenue la propriété du curé Brassard, de Nicolet, qui l’avait acquise en deux transactions, en premier lieu la partie au Nord-Ouest de la terre, comprenant deux arpents et douze pieds sur quarante, et plus tard l’autre moitié, au sud-est de la route,

ayant deux arpents huit pieds sur quarante. (1) — Le curé Brassard qui avait l’intention d’y transporter le nouvel établissement paroissial de Nicolet, avait eu soin de se procurer des titres bien ensaisinés.

Prétention étrange! le seigneur ne reconnaissait point à cette terre une profondeur de quarante arpents et voulait la réduire à trente seulement. Il refusait en outre de confirmer l’exemption de cens et rentes accordée primitivement.

Le 17 février 1787 il intenta une action contre Messire L.-M. Brassard, pour l’obliger à prendre titres sous huit jours des terres qu’il possédait dans sa seigneurie, et à payer les arrérages des cens et rentes des dites terres. Le curé avait d’autres propriétés, sur lesquelles il payait rentes, mais non sur celle concédée en francalleu.

L’affaire fut d’abord confiée à des arbitres, qui confondant les titres, donnèrent gain de cause au seigneur. M. Brassard, sûr de son droit, en appela à la cour de justice de Montréal. Celle-ci après mûre déhbération, annula l’arbitrage, en 1790, et condamna le seigneur à donner un titre nouvel à M. Brassard.

Le seigneur n’en fit rien, persistant à dire que cette terre n’avait que 30 arpents de longueur, et l’affaire en resta là jusqu’à la mort du curé Brassard, arrivée le 27 décembre 1800. Par son testament le curé léguait cette terre pour le soutien d’une école destinée aux enfants de Nicolet et de la Baie, école qui bientôt fut transformée en séminaire.

Les paroissiens avaient accepté avec reconnaissance le legs de leur ancien curé. L’école fut ouverte quelques mois après son décès, et ils jouissaient en paix de la propriété affectée à l’éducation. Ils furent fort surpris, un beau dimanche de juillet 1802, d’entendre, à la suite

(1) Notes de M. l’abbé C. Arsenault, archiviste du séminaire.

Page 1