LE SEIGNEUR KENELM-CONNOR CHANDLER
SOMMAIRE.— 1. L’Achat de la seigneurie et les privilèges du banc seigneurial.— 2. La construction de l’église anglicane.— 3. Les lettres patentes du séminaire et le droit de quint. — 4. L’origine de Cliandler. — 5. Le notaire Luc-Michel Cressé, son homme de confiance : ses qualités brillantes et ses excentricités. Appendice: — 1. Notes biographiques sur la famille Chandler.— 2. Liste des souscripteurs à la construction de l’église anglicane. — 3. Noms des ministres qui l’ont desservie.
1. Le capitaine Chandler était en Europe, lorsqu’eut lieu la vente par le shérif de la seigneurie de Nicolet. C’était l’un des créanciers du seigneur Bâby, et le lieutenant Thomas Trigge, son gendre, qui avait ses affaires en mains, ne manqua point d’assister à l’encan du 6 mars 1821, pour protéger les intérêts de son beau-père. Il savait que ce dernier serait bien aise d’acquérir la seigneurie. Il fut assez heureux pour la lui faire adjuger, séance tenante, moyennant la modique somme de 6,500 livres, à peine la moitié du prix que François Bâby s’était engagé à payer.
En attendant le retour de M. Chandler, M. Trigge vint s’installer à Nicolet, avec sa jeune famille dans le cottage, qui est devenu la métairie des Sœurs Grises. Le contrat donnait à M. Chandler tous les droits et privilèges de feu Pierre-M. Cressé, en particulier celui de siéger au banc seigneurial et d’y recevoir les honneuis usuels. Tout protestant qu’il était, M. Trigge occupa le banc au nom du nouveau seigneur, et le curé Raimbault, avant d’avoir consulté l’autorite diocésaine, n osa lui
refuser les honneurs de l’eau bénite et du pain bénit. (1) A son retour, Chandler, installé au manoir, (2) fit de même, et M. Raimbault commença à lui accorder les mêmes privilèges. Après consultation, le curé toutefois donna avis à M. Chandler, qu’étant membre de l’Egbse d Angleterre, il n’avait aucun droit à ces privilèges, réservés aux seuls cathobques. Il en résultat un conflit, il va sans dire, et Sa Seigneurie héritique menaça le curé, qui lui refusait cet honneur, d’en appeler aux tribunaux pour l’y contraindre. Après quelques pourparlers, les choses n’allèrent pas plus loin, et M. l’avocat \ allières, (3) qui s’était chargé avec plaisir de défendre le curé, n’eut pas la chance de mettre en relief, devant le tribunal judiciaire des Trois-Rivières, les prétentions exagérées du seigneur protestant de Nicolet. Ce dernier prit le parti de ne plus fréquenter l’église catholique, et de s’en faire construire une pour lui et les siens, suivant sa croyance. Telle fut l’origine de l’égiise anglicane, qui a existé jusqu’à 1916 près de l’ancien manoir, mais qui n a jamais compté beaucoup d’autres adeptes que les habitants de la demeure seigneuriale, tant qu’elle demeura en la possesssion de cette famille. (4)
En se retirant de l’église, M. Chandler permit au plus ancien capitaine de milice, ou autre notable d’occuper le banc en son nom. Il le garda toute sa vie, faisant au besoin les peintures et réparations nécessaires, et il y mit une serrure pour n’y laisser pénétrer que ceux qui en auraient la clef. (5)
(1) Mémoire de Thos. Trigge sur le banc seigneurial 31 octobre
(2) Au commencement de mars 1822. Le 1er mars il est dit résider à Québec, le 11 il est à Nicolet.
(3) Plus tard juge à Trois-Rivières. Cet homme éminent avait été l’élève et le protégé de Mgr Plessis.
(4) Histoire du Collège-séminaire de Nicolet I, p. 114.
(5) Mémoire susdit de Thos. Trigge.