‹ Histoire de Nicolet, 1669-1924Chapitre 4 sur 83 · PREMIER ESSAI DE COLONISATION · texte numérisé non relu

PREMIER ESSAI DE COLONISATION

SOMMjAIRE. — 1. Envoi de colons au Canada. — Le régiment de Carignan. — 3. La compagnie de Laubia. — 4. Campagne de 1666. — 5. Mouet s’établit à Nicolet. — 6. Laubia retourne en France. Appendice. — Soldats de Laubia restés au Canada en 1668.

1. Le rapport du baron d’Avaugour avait ouvert les yeux de la cour, et l’on commença à y comprendre la nécessité de s’occuper de la Nouvelle-France. Soit par indifférence ou par impuissance, la compagnie des Cent- Associés, chargée du soin de la colonie, l’avait absolument négligée. Louis XIV, suivant les conseils du gouverneur, fit dissoudre cette compagnie, et prit en mains lui-même les rênes de l’administration; et dès lors s’ouvrit une ère de prospérité pour le Canada.

En 1665, il y envoya un grand nombre de colons et d’artisans, de manière à doubler la population déjà établie (1). Ils amenaient avec eux des bœufs, des moutons et les premiers chevaux qu’on eût encore vus dans le pays.

A la tête des colons, étaient M. de Tracy, vice-roi, M. de Courcelles, gouverneur, et M. de Talon, intendant, qui devaient former partie du Conseil Souverain institué pour diriger les affaires civiles et judiciaires. “Ces trois messieurs,” disent les annales de l’Hôtel-Dieu, “étaient doués de toutes les qualités qu’on pouvait souhaiter... La colonie, sous leur sage conduite, prit des accroisse-

(1) L’on ne comptait alors à Québec que soixante-et-dix maisons.

ments merveilleux, et, selon les apparences, on pouvait espérer qu’elle deviendrait florissante.” (1)

2. Mais une condition, essentielle à la prospérité de la colonie, était une protection efficace contre les cinq nations iroquoises, toujours prêtes à l’attaquer. Il fallait à tout prix réduire ces farouches ennemis et les rendre incapables de nuire. C’est pourquoi, suivant les conseils de D’Avaugour, Louis XIV fit accompagner les nouveaux colons par tout un régiment, choisi parmi ses plus braves soldats: celui de Carignan, depuis peu rentré en France, à la suite de la campagne de Hongrie, dans laquelle ils s’étaient distingués contre les Turcs (2)

Ce régiment se composait de vingt-quatre compagnies, renfermant en moyenne un peu plus de cinquante hommes chacune, donnant en tout douze à treize cents soldats. Le commandement était confié au colonel de Salières, qui avait vieilli sous les armes; la plupart des officiers appartenaient à la noblesse, et beaucoup d’entre eux se fixèrent dans le pays, au milieu de leurs anciens compagnons d’armes, lorsqu’une partie du régiment y fut licencié.

(1) Histoire de I’Hôtel-Dieu de Québec.

(2) Ferland. Histoire du Canada. II. p. 35.

Le régiment de Carignan faisait partie des six mille hommes de pied, commandés par les comtes de Coligny et de la Feuillade, que la France envoya au secours de l’empereur d’Allemagne contre les Turcs, en 1664, sur le bord du Raab, où Montecuculli défit complètement le grand vizir Achmet Kouprougli. Ce régiment avait pris part aussi, dans la guerre de la Fronde, aux sanglant scombats d’Etampes et du faubourg Saint-Antoine à Paris, en 1652, pour les royalistes; de sorte que l’on pouvait compter sur la fidélité des colons tirés de ses rangs. Turenne le commandait encore à l’attaque d’Auxerre. Il y avait plusieurs protestants parmi eux: le capitaine Berthier et quinze autres calvinistes se convertirent dans l’espace d’un mois, en 1695. Hist. du Can. Garneau, I., p. 214.

Ces vingt-quatre compagnies débarquèrent successivement à Québec, huit au printemps (1), huit vers la mi-août (2), les autres en septembre (3). C’était pour les français élevés dans le pays, un spectacle nouveau et merveilleux, que celui de cinq ou six cents hommes de troupes régulières, précédées de la musique guerrière, défilant sous leurs drapeaux et manœuvrant avec un ensemble, dont on n’avait pas l’idée au Canada. (4)

On échelonna les compagnies le long du Saint- Laurent, notamment à Québec et aux Trois-Rivières.

3. Parmi les compagnies fixées à ce dernier poste, il en est une qui intéresse particulièrement Nicolet, puisqu’elle lui fournit ses deux premiers seigneurs et presque tous ses pionniers.

Elle avait pour capitaine Arnould de Laubia (5), et pour enseigne Pierre Mouet, sieur de Moras, deux personnages qui ont joué un rôle prépondérant dans l’établissement de Nicolet.

Laubia était l’un des plus braves capitaines du régiment, puisqu’on lui confia le commandement du poste de Trois-Rivières (6). Il avait une âme chevale-

(1) Quatre avec M. de Tracy le 30 juin, dont l’une était la compagnie de Laubia.

(2) Accompagnées de M. de Salières, et de M. du Bois, aumônier.

(3) Accompagnées de M. de Courcelles et de M. Talon.

(4) Ferland. Hist. du Canada, II. p. 34.

(5) De 1665 à 1668, dit Chapais (Jean Talon, p. 265), il y eut au Canada vingt-quatre compagnies de soldats, dont vingt du régiment de Carignan, et quatre détachées des régiments de Poitou, d’Orléans, de Champbellé et de Broglie. — Nous en concluons que la compagnie de Laubia avait été distraite de ce dernier régiment, et adjointe à celui de Carignan.

(6) Le 8 avril 1668 Laubia est cité comme commandant du poste de Trois-Rivières. Hist. des Can. Franç. II. p. 54. Laubia était du régiment de Broglie (prononcez Broyle). Les Broglie, Italiens comme Laubia, sont depuis trois siècles, au service de la France. B. SULTE.

resque, avide d’aventures; sans peur et sans reproche, il était toujours prêt à affronter les ennemis et les dangers de toute sorte. Les écrits du temps le considèrent comme un homme de grand mérite. (1)

4. Dès le premier hiver, il se signala dans la campagne contre les Agniers, qui n’avaient pas encore fait leur soumission ni de proposition de paix aux Français. Cette campagne, qui n’eut pas malheureusement autant d’effet qu’on l’espérait, se fit dans des conditions qui exigeaient de ceux qui y prirent part un véritable héroisme.

5. Quand les compagnies n’étaient point occupées à la défense du pays, ou à la construction des forts, capitaines et soldats devaient employer leurs loisirs à des excursions de chasse et de pêche. L’esprit aventurier de Laubia trouvait sans doute un grand charme dans ce sport, qui fournissait en même temps un précieux moyen de subsistance.

La rivière Nicolet eut surtout des attraits pour Laubia et son enseigne Mouet, qui, charmés de ses belles forêts vierges et de la qualité du sol, rêvaient, chacun à part soi, d’y établir leur domaine.

Mouet qui parait avoir eu plus d’expérience que Laubia dans le défrichement et la culture du sol, profita

(1) Hist. du Montréal, par Dollier de Casson, p. 203.

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