ILE MORAS
d’un relai dans les opérations pour s’y bâtir un manoir. Il choisit l’ile qui, de son nom, a pris et gardé la dénomination d’Ile Moras. On le voit se marier, le 8 avril 1668, avec Marie Toupin, fille de Toussaint, maître de barque et bourgeois de Québec, et s’établir dans son île, où il bâtit un manoir les années suivantes. Dans son esprit, il. prenait possession, non-seulement de l’île Moras, mais de toute la contrée voisine, dont il se considérait comme seigneur, se proposant de faire délimiter sa seigneurie, dès que les circonstances le permettraient.
6. Laubia, occupé au commandement du poste, et n’ayant aucune expérience de la vie de colon, tout en regardant d’un œil d’envie l’établissement de son subordonné, n’osa lui faire opposition. Aussi, à l’automne, lorsque le régiment de Carignan fut licencié, il retourna en France avec la moitié de ses soldats, l’autre moitié restant au pays. Quatre compagnies seulement s’établirent avec leurs capitaines, sur la rivière Richelieu, qu’ils avaient admirée, en construisant les forts.
Mais il emportait en son cœur une arrière pensée, un regret, comme un ver rongeur qui le torturait. Ce domaine, dont Moras s’était emparé, il n’en avait aucun titre. Ne pourrait-il pas, en s’y établissant lui-même, en obtenir la concession de l’intendant Talon? La noblesse de sa famille, son grade militaire, les services rendus au pays ne lui établissaient-ils pas un droit certain, que ne pouvait contester l’enseigne Moras?
Il est à présumer que cette idée le hanta, dès son retour en France. Bien des fois, les rivages de la belle rivière Nicolet, cette luxuriante forêt vierge que dominait une touffe élancée de pins majestueux, se dressaient devant ses yeux, comme un eldorado enchanteur.
Heureusement une circonstance vint favoriser son retour au Canada.
L’intendant Talon demandait au roi d’expédier dans la colonie, non pour faire la guerre, mais pour s’y établir, six nouvelles compagnies. Elles furent levées par les officiers qui étaient rentrés en France avec M. de Salières, et qui, comme Laubia, n’avaient pas tardé à le regretter. C’étaient les capitaines Laubia, Chambîy, La Durantaye, Berthier, Grandfontainc et Perrot. De ces six compagnies, l’une, celle de M. de Grandfontainc fut détachée en Acadie. Il restait deux cent cinquante hommes pour le Canada. Dès la même année, 1670, ils étaient tous établis (1) dans l’étendue de la seigneurie de leur capitaine (2) .
Nous aurions donc cinquante soldats qui se seraient établis dans la seigneurie de Laubia (Nicolet), dès 1670, et se seraient joints aux quelques jeunes gens des Trois- Rivières, qui les y avaient précédés. (3)
(1) Salone. La colonisation de la N. F. p. 167 et 190.
(2) “Je suis bien aise que tous les soldats qui ont passé l’année
dernière . se sont habitués dans l’étendue de la seigneurie de
leur capitaine.” Le roi à Courcelles, 11 mars 1671. Arch. col. du Canada, reg. de 1671, fol. 36.
(3) Le 29 octobre 1669, M. de Laubia consentait à revenir dans la Nouvelle-France. Il s’engageait à mettre sa compagnie sur le pied de cinquante hommes et à fournir la subsistance de ses hommes jusqu’à leur embarquement moyennant 1000 écus. — P. G. Roy, Bulletin des Recherches Historiques, fcv. 1921, p. 63.