Ponts de Nicolet. — Premier pont
Avant 1845 aucun pont ne reliait les deux bords de la rivière Nicolet, et le stage du Père Cutter, les charges de marchandises, de même que toutes les voitures devaient, pour la traverser, recourir au mode primitif du bac, toujours un peu lent et ennuyeux. Ce mode, alors indispensable, constituait un sérieux inconvénient au temps de la débâcle, et en cas de maladie, pour requérir au plus tôt le prêtre et le médecin.
Vers 1844 on songea à obvier à cet inconvénient. Les commerçants, qui utilisaient continuellement la route William-Henry, tels que notre coseigneur Marier établi à Drummondville, ainsi que la British American Land Co., du Port Saint-François, ont dû être les premiers à le demander.
Une requête fut en effet présentée à la Législature de Québec, dans sa session de 1844-45, par l’intermédiaire du député de Nicolet A. P. Méthot, sollicitant un octroi pour la construction d’un pont sur la rivière Nicolet.
L’octroi fut accordé. (1) Dès le printemps le bureau des travaux publics fit prendre le niveau des plus hautes eaux et préparer des plans, pour commencer les travaux dans le plus court délai possible.
D’après la tradition, la construction du pont a été exécutée par un M. Brooks, de Sherbrooke, qui érigeait en même temps celui de Richmond. Ce M. Brooks devait être l’agent de la British American Land Co.
(1) Voir le rapport de M. Méthot, à l’appeudice de ce chapitre.
Le pont existait en 1849. Il apparait sur un joli paysage représentant le village de Nicolet en cette année, — et dont le dessin est du au crayon du ministre de l’église anglicane, Henry Burges (1834-1868). L’artiste a dû profiter de la construction nouvelle pour l’inclure dans son dessin et donner plus de relief au paysage.
Le bois était commun à cette époque où le commerce de bois atteignait son apogée, et l’entrepreneur en profita pour donner à son ouvrage une force et une solidité, cpie l’on croyait à toute épreuve: les pièces de pin employées avaient, dit-on, au moins douze à quinze pouces de côté. On constate d’ailleurs que les constructions en bois, qui remontent à ce temps-là sont faites de lourds matériaux et ordinairement de pièces sur pièces.
Il en résulta malheureusement que la structure fut un peu lourde. Avant même la fin de l’entreprise, les premières arches élevées s’écroulèrent de leur propre poids. On se reprit incontinent, en renforçant encore la structure. Tel que construit, l’ensemble avait belle apparence, à en juger par le dessin de l’artiste Burges, et donna satisfaction au public.
C’était un pont de péage, dont le tarif était de quatre sous par voiture simple pour un passage et huit sous aller et retour. Le premier gardien du pont a été M. Moïse Dubé, instituteur, le deuxième, un Monsieur Lecomte, puis M. Thomas Goudreau, maître-chantre de l’église.
Ce premier pont, malgré la dimension des matériaux employés, ou plutôt à cause même de leur grosseur, n’eut point un long règne. Les lourdes pièces de pin ne tardèrent pas à se détériorer. Huit ou dix ans après, vers 1858, il tomba tout d’un coup de son propre poids.
Deuxième pont. — On fit bientôt des tentatives pour rebâtir le pont écroulé. Les piliers restés debout semblaient rendre la reconstruction relativement facile. — Il n’en fut rien pourtant.
Le 19 mai 1860 la législature autorisait M. Joseph- Ovide Rousseau, M. D., à construire un pont de péage à la place de l’autre. Le statut qui le permet est très élaboré, et l’on est étonné, après de telles démarches, que M. Rousseau n’ait pas donné suite au projet. Il est probable que les frais de construction trop élevés ont été le grand obstacle à la poursuite de l’entreprise, qui a été abandonnée jusqu’à 1893. On était revenu par force majeure au bac primitif, dont on dut se contenter pendant ce long espace de temps. (1)
Enfin le 24 juin 1892, une compagnie incorporée en 1889 sous le nom de “La Compagnie du pont des ville et paroisse de Nicolet,” (2) après avoir projeté la construction d’un pont de fer, renonçait à ce plan trop dispendieux, et confia l’érection d’un pont de péage en bois à M. Louis Caron père, fondateur de la Cie Ls Caron & Fils, limitée.
Ce deuxième pont fut livré au public à l’automne 1893. La construction se fit sans encombre, à l’exception d’un accident survenu le 3 mars 1893: l’un des ouvriers, Achille Simard, fut tué en travaillant à l’un des piliers.
Ce pont, tel que bâti, était assez solide et supporta impunément les premières années les assauts de la débâcle. Celle de 1896, plus rude que les autres, le déplaça quelque peu sur un des piliers, mais on répara
(1) Il y avait deux traversiers, l’un au sud-ouest de la rivière, l’autre au nord-est. Ceux du sud-ouest ont été successivement MM. François Roy, qui avait traversé avant l’existence du pont, Etienne Gaudet, Alexis Arcand et Sévère Fleurant; ceux du côté du village, MM. Antoine Dubuc, Sévère Fleurant, Amable Fleurant, son frère, et M. Houle.
(2) Membres de la compagnie : MM. Geo. Bail, Abraham Beaulac, Evariste Lecomte. Edmond Houle, Frs-Hyacinthe Saint-Germain, Zéphirin Trudel, Dormineau Houde, Denis Dubuc, Yves Proulx, etc.
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facilement ce dommage. Toutefois, pour prévenir d’autres avaries, on le renforça de nouvelles arches en 1901 et l’on couvrit tout l’ensemble.
Dans sa nouvelle toilette il dura jusqu’en 1913. La désastreuse débâcle du mois d’avril de cette année l’enleva, de même que presque tous les ponts de la rivière. Il avait existé vingt ans.
Troisième pont. — Il fallut revenir encore à la traverse du bac; mais ce fut pour une courte période. Le 5 mars 1915, la “Compagnie de construction de Nicolet ltée, (1) incorporée en 1913, était autorisée à construire, à la place du pont disparu, un pont de fer à circulation libre, aux frais de la ville ($10,000), de 'a paroisse ($10,000) et du gouvernement ($56,000). La construction fut heureuse et rapide. Commencée le 1er août 1915, la sous-structure, grâce au niveau très bas de l’eau et à une température idéale, était au complet le 24 décembre, et les arches mises en place pendant l’hiver permirent de livrer le pont au public en décembre 1916.
La même compagnie construisait en même temps un autre pont de fer, pour relier lTle-à-la-Fourche à la terre ferme. Ce pont a été livré à la circulation en 1917. (2).
La Compagnie de construction de Nicolet existe encore, et a pour but l’entreprise et l’exécution des travaux publics.
(1) Fondée par MM. Henri Napoléon Biron, qui en est le secrétaire, Ls.-Philippe-Herménégilde Bourque, qui en est le gérant, et Narcisse Jutras. Outre les deux ponts de Nicolet, cette compagnie a construit plusieurs autres ponts, dont le premier a été celui de la Visitation, en 1913, et divers autres travaux publics, tels que le béton des rues Notre-Dame et Saint-Jean-Baptiste en 1880-81.
(2) Ces deux ponts portent respectivement, le phemier le nom de Pont Trahan, en l’honneur de l’hon. juge A. Trahan, alors député de Nicolet, qui a obtenu pour les deux ponts le permis et l’octroi du gouvernement ; le second, le nom de Pont Taschereau en l’honneur de l’hon. premier ministre.
Pont de Sainte-Monique. — Ce pont, qui appartient à la seigneurie de Nicolet, a été construit une première fois, par la “Compagnie du Pont de Sainte-Monique”, incorporée le 16 mai 1856. (1)
La première assemblée des actionnaires fut tenue le 23 juin 1856, à laquelle assemblée furent élus: président, H. W. Trigge; directeurs, Rvd C. Z. Rousseau, W. Woodward et Sévère René; secrétaire, Pierre Mîlot, notaire.
Entre autres mesures passées à cette assemblée on y établit le taux des abonnements de passage sur ce pont qui furent fixés de 5 chelins à 7 chelins et 6 deniers par famille, par année.
Ce pont en bois, comme susdit, avait 200 pieds de longueur, avec trois piliers en bois remplis de pierre, cailloux. La hauteur du tablier était de 15 pieds seulement au dessus des eaux d’été.
En 1880 les glaces emportèrent ce pont qui fut reconstruit par feu Louis Girard fils de Paul, qui le rehaussa de 6 pieds. On se servit pour le reconstruire des matériaux du vieux pont qui s’était échoué environ 6 arpents en aval.
En 1886 les glaces du printemps emportèrent le pont de nouveau. La compagnie le fit reconstruire par
(1) Les actionnaires étaient les personnes suivantes, savoir : Henry Wulf Trigge, seigneur de la seigneurie de Nicolet, pour 60 parts; Samuel Waterford Woolward, marchand, pour 48 parts; Révérend Célestin Zéphirin Rousseau, deuxième curé de Ste-Monique, pour 16 parts; Jean-Baptiste George Proulx, plus tard conseiller législatif, une part; Pierre Milot, notaire, 2 parts; François Augé, (1); Louis Baron, (1); Caroline Beauchemin, (1); Etienne Beauchemin, (Phanbet) (3); Jean-Baptiste Beauchemin, (1); Octave Beauchemin, (2); Pierre Beauchemin, (1); Gédéon Bergeron, (3); Charles Firmin Champagne, (2); Charles Menin Champagne, (1); Louis Firmin Champagne, (3); Joseph Church, (1); Léandre Daneaud, (1); Hyacinthe Duval, (1); Alexandre Leblanc, (1); Antoine Leblanc, (1); James Morrisson, (1); Jean René, (2); Sévère René, (2); Owen Sweeny, (1); formant en tout un total de 156 parts.
Tout ce qui concerne le pont de Sainte-Monique est de la rédaction de M. Charles Milot, constructeur du pont actuel.