MANUFACTURE I)E LUNETTES
Il fut assez heureux pour s’assurer le concours des principaux citoyens de la ville (1), parmi lesquels il n’est que juste de signaler M. Emmanuel Rousseau, qui appliqua à l’entreprise des sommes d’argent considérables (2). La nouvelle compagnie fut incorporée sous le nom de Union optical Company Limited, et fut en mesure d’acheter dès janvier 1913 tout l’actif de la compagnie dissoute.
Cette fois, l’entreprise était rétablie sur une base plus solide. On commença par s’assurer les services de huit employés de Southbridge, Mass. (3), ville reconnue comme le chef-lieu de l’industrie optique et, pour cette raison, surnommée “ l’œil de la république américaine ” (4). Ainsi organisée, la fabrique se maintint assez prospère jusqu’en 1920.
Troisième phase. En cette année 1920, on parvint à l’établir sur des bases encore plus sûres, en lui donnant pour propriétaire l’ American optical Company Limited, de Southbridge, la plus importante compagnie optique du monde entier. La compagnie nicolétaine, par suite de sa filiation avec la compagnie américaine, a adopté la raison sociale de American optical Company of Canada, Limited, sous laquelle elle a été incorporée, le 17 décembre 1920, par lettres patentes de la province de Québec. Le 1er janvier suivant, elle achetait de M. Arthur Martin la manufacture qu’il avait acquise provisoirement le 11 novembre.
Cette heureuse transaction est due en grande partie à l’influence de M. Martin, gérant actuel, nicolétain alors contremaître dans l’industrie optique à Southbridge.
(1) MM. Emmanuel Rousseau, Octave Hébert, Louis Caron fils, le notaire J.-W. Denis, P.-H. Thibodeau et Narcisse Jutras.
(2) Dix mille piastres.
(of) Circulaire de la Union optical, en 1913.
(4) “The eye of the Commonwealth ”.
M. Martin vint s’établir à Nicolet, où demeure sa famille, et il réussit, malgré la crise commerciale, à imprimer à l’industrie un nouvel essor. Il fît superposer à l’usine un deuxième étage, ce qui donne fort heureusement à l’ensemble une meilleure apparence et permet, en agrandissant notablement l’atelier, l’emploi d’un plus grand nombre de personnes (1).
L’industrie se développait progressivement à la grande joie des nicolétains, quand une épreuve tout à fait imprévue faillit réduire à néant leurs beaux rêves de prospérité : la compagnie-mère de Southbridge, trouvant un peu difficiles les communications avec Nicolet, eut l’idée de transporter l’établissement dans un centre plus accessible. Des offres alléchantes lui étaient faites, en particulier à Sherbrooke, ville à proximité des frontières des Etats-Unis. Le transfert était même résolu déjà. C’eût été un vrai malheur pour Nicolet qui aurait vu lui échapper sa principale, pour ne pas dire son unique industrie proprement dite, en dehors de l’industrie laitière, et détruire en un jour le fruit des sacrifices de ses citoyens. A la nouvelle de ce danger, Mgr Brunault s’empressa d’entrer en communication avec les autorités de Southbridge. Il leur fit un éloquent plaidoyer en faveur de sa ville épiscopale et eut la consolation de gagner sa cause (2). On ne parla plus du changement projeté.
Aujourd’hui que le danger est conjuré, l’industrie optique à Nicolet semble pouvoir compter sur les promesses de l’avenir. L’état financier est prospère, et l’on se propose d’agrandir de nouveau la manufacture, afin
(1) L’American optical, qui n’employait que 26 personnes lors de l’acquisition de la manufacture, donne aujourd’hui de l’ouvrage à 58 personnes.
(2) Propriété de MacDougall et Cie.