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l'enjeu d'une longue série d'intrigues et de guerres entre le roi et son frère, appuyé par le duc de Bourgogne. Louis XI avait dû la donner en apanage à son frère Charles par les traités de Conflans et de Saint-Maur, à la suite de la guerre féodale soulevée par la soi-disant Ligue du Bien public (1465). Mais il sentait le danger de laisser à un personnage aussi peu sûr une province qui faisait le trait d'union entre la Bretagne etla Flandre, étant donné surtout que la Flandre appartenait au duc de Bourgogne et s'étendait jusqu'à la Somme. C'était revenir à la situation des premiers Capétiens, isolés de la mer. Il disait lui-même qu'il considérait la Normandie comme « le principal fleuron de la couronne, la tierce partie du royaume de France ». Il n'attendait qu'une occasion de la reprendre.
Elle se présenta bientôt. Le duc de Bretagne prétendait mener à sa guise le jeune prince, chétif adolescent de dix-huit ans, laid et disgracieux comme son père et son frère, en outre peu intelligent, efféminé et vaniteux, un simple instrument aux mains des intrigants. Il y eut jalousie entre les favoris du duc de Bretagne auxquels ce dernier entendait réserver toutes les charges, et un certain nombre de notables seigneurs normands qui avaient l'intention de se les partager. Ces derniers enlevèrent leur nouveau suzerain, l'amenèrent à Rouen où la cérémonie de l'investiture eut lieu dans la cathédrale. Charles reçut au doigt l'anneau ducal, signe du mariage conclu avec son duché.
Ce mariage ne fut pas indissoluble. Louis XI, sous prétexte d'aider son frère contre le duc de Bretagne, accourut en Normandie, reprit les places for-
tes non sans quelque résistance, et ofîrit à son frère le Roussillonàla place de la Normandie. Pour mieux asseoir son autorité, il fit exécuter ou exiler plusieurs de ceux qui avaient trop bien servi son frère, lequel s'était réfugié chez le duc de Bretagne. Il ne manqua pas du reste de confirmer une fois de plus l'antique Charte aux Normands (1467). Enfin il fit déclarer par les Etats Généraux, réunis à Tours en 1468, que la Normandie ne pouvait être donnée en apanage en aucun cas.
C'était une nouvelle guerre civile en perspective. Elle avait même déjà commencé, car le duc de Bretagne était entré en Normandie. La mort du vieux et pacifique duc de Bourgogne, Philippe le Bon, et l'avènement de son turbulent fils, Charles le Téméraire, aggravent la situation. Louis XI, comptant sur ses talents diplomatiques, commet l'imprudence d'aller trouver le nouveau duc de Bourgogne à Péronne. JMalgré son sauf-conduit, il faillit bien n'en pas revenir. Il dut signer un traité donnant toute satisfaction à ses adversaires. Cependant son frère ne recouvrait pas la Normandie. C'est la Champagne qui lui était promise, et finalement c'est la Guyenne que Louis XI lui fit accepter. Il renonça solennellement à tout droit sur la Normandie et rendit l'anneau de mariage, qui fut, en séance de l'Echiquier de Rouen, brisé sur une enclume (9 nov. 1469). Il n'y aura plus de duché de Normandie. Après quoi, la Normandie fut tranquille jusqu'à la fin du règne, sauf une incursion des Bourguignons qui en 1472 brûlent Neuchâtel, Longueville où Dunois avait fait faire de grands travaux, et les faubourgs de Dieppe.
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Sous Charles VIII, la Normandie ne se trouve particulièrement mêlée à rien d'important. Le roi vient présider en personne le vieil Echiquier de Normandie (1485) et par la même occasion il confirme la Charte aux Normands, mais les jj;uerres d'Italie le détournent des alîaires de France pendant que les Normands se portent de plus en plus vers la mer. La Normandie a pour gouverneur, durant sept ans, Louis d'Orléans, petit-fils de celui qui avait été assassiné par Jean sans Peur. Devenu roi lui-même sous le nom de Louis XII, il témoigne beaucoup d'intérêt à cette province. Il fait son ami et premier ministre, le cardinal d'Amboise, archevêque de Rouen. Il érige l'Echiquier en cour souveraine et sédentaire (1499), dont l'assentiment est nécessaire pour la levée des nouveaux impôts et la mise en vigueur des édits et ordonnances. Se défiant de sa faiblesse ou de celle de ses successeurs, il invite les magistrats à « ne suivre toujours que la loi, malgré les ordres contraires à la loi que l'importunité pourrait arracher du monarque ». François d'Angoulême est nommé gouverneur jusqu'à son avènement sous le nom de François l" (1515).
C'est l'époque des grandes découvertes maritimes : découverte de l'Amérique par Christophe Colomb (1492) et de la route des Indes par Vasco de Gama (1498). Les Normands avaient pris les devants. Les Dieppois notamment avaient frayé la route aux Portugais sur les côtes de l'Afrique. Dès 1360, une chaire d'hydrographie avait été créée à Dieppe par l'abbé Descnillers. C'est la première fois qu'on se préoccupait de donner au public des con-
naissances nautiques. Elle ne furent pas perdues.
Au commencement du règne de Charles V, en 1364, des marins dieppois arment deux navires de cent tonneaux, longent les côtes de l'Afrique, dépassent les Canaries déjà connues, et arrivent au cap Vert pour la fête de Noël. Poursuivant leur exploration, ils longent la côte du Sierra Leone actuel, s'arrêtent à un mouillage qu'ils appellent le Petit Dieppe, échangeant leurs marchandises contre l'or, le poivre, l'ivoire des indigènes. Le profit qu'ils tirèrent de ce premier voyage le leur fit recommencer l'année suivante, d'accord avec des marchands de Rouen. Cette fois quatre vaisseaux sont frétés et visitent toute la côte de la « malaguette » (poivre). Ces relations se poursuivent un certain temps; des «loges » ou comptoirs s'organisent, comme le poste de la Mine (aujourd'hui Ebniria). Mais les désastres qui assaillirent la France et la Normandie durant la minorité et la folie de Charles VI firent néaliser le commerce et oublier la route de ces lointains parages. Quand les Portugais arrivèrent, près d'un siècle après les Dieppois, sur les côtes du golfe de Guinée, ils eurent la surprise d'y constater la trace de leur passage.
D'autres expéditions eurent des effets plus durables. Tel est le cas du fameux Jean de Béthencourt, gentilhomme normand de Grainville-en-Caux et chambellan du roi Charles VI, un type d'aventurier digne des vieux Normands. Les Anglais avaient pillé son château et ravagé ses terres. Ruiné en Europe, il part pour un nouveau monde afin de refaire sa fortune. Il s'embarque à la Rochelle (1402) avec « le bon et honnête chevalier Gadifer de la
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Sale » et qiiel(|ucs autres coureurs de risques, et ils abordeut aux îles Canaries, les îles Fortunées des anciens, qu'un Français nommé Lancelot Maloisel avait déjà reconnues vers 1275. 11 débarque à l'île Lanzarote, ainsi appelée de Lancelot, y construit un fort, visite ensuite Fortaventura où il fonde Betencuria, qui existe encore, y laisse ses compagnons et revient en Espagne demander des secours au roi de Castille Henri III. De retour en 1404 avec le titre de seigneur des Canaries, il convertit et baptise les indigènes, soumet les îlots de Palma et Hierro et s'attaque au continent. Il prend possession du littoral au sud du cap Bojador, que les Portugais n'avaient pas encore franchi. Il fit plusieurs voyages en Normandie pour en ramener des colons, et installa son neveu comme gouverneur de ce petit royaume de famille. Revenu définitivement dans ses foyers, il y mourut (1426). Les Espagnols s'emparèrent de cet archipel à la faveur de la Guerre de Cent Ans et ils l'ont gardé depuis.
Après la Guerre de Cent Ans l'esprit d'entreprise se réveille. Le pavillon français reparaît en Guinée avec Cousin (1488). La tradition dieppoise veut même que Cousin ait touché le continent américain dans les parages du Brésil actuel, et qu'il ait eu sous ses ordres Vincent Pinçon, qui sera un des compagnons de Christophe Colomb, quatre ans plus tard. Nous serions peut-être plus exactement fixés sur ce point si les archives du port de Dieppe n'avaient été détruites dans un bombardement en 1694. Un marin de Honfleur, Paulmier de Gonneville, parti pour le cap de Bonne-Espérance et les Indes (1503), est jeté par la tempête au Brésil. Après un séjour de six
a Tour ik; Beuri'e. (Catliédralc de Rouen.) — La Tour de la Mudeleiiio, à Venieuil. (Phot. Sites et Monuments du T. ('. F.)