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mois, il revient en France ramenant le fils d'un chef indigène. D'autres pendant ce temps avaient découvert — ou retrouvé — la baie du Saint-Laurent. Un marin d'Honfleur, Jean Denis, servi par un pilote rouennais du nom de Ganart, en trace une première carte (1506) et deux ans plus tard, Thomas Aubert, un pilote de Jean Ango de Dieppe, le père du fameux armateur, remontait le fleuve sur son navire, la Pensée, jusqu'à 80 lieues et déposait sur ses rives les premiers colons normands du Canada. D'autres Dieppois, les frères Parmentier, touchent à Sumatra et Madagascar (1529). Déjà la pêche à la morue se pratique sur le Banc de Terre-Neuve.
Le plus connu des grands armateurs de cette époque c'est Jean Ango, « marchand de Rouen et vicomte de Dieppe », qui promena sur toutes les mers le pavillon français et en imposa le respect au besoin. Il faisait le commerce jusque dans l'Inde, et un bas-relief de l'église Saint-Jacques de Dieppe, où se trouve son tombeau, représente les naturels des pays avec lesquels il était en relations. On y reconnaît des Africains, des Brésiliens, des Hindous. Les Portugais ayant capturé un de ses vaisseaux, il arma en guerre une flotte de dix-sept bâtiments qui bloqua l'embouchure du Tage, menaça le port de Lisbonne et obligea le roi de Portugal à venir à résipiscence. Le roi de Portugal ayant envoyé un ambassadeur à François P"" pour régler l'incident, François l" l'adressa à Jean Ango lui-même (1531). Les risques de ces expéditions étaient énormes du fait de la piraterie et de la jalousie des concurrents étrangers. Il fallait en outre obtenir l'autorisation de « l'amiral de Normandie » et il se la faisait payer.
Ango finit par se ruiner, mais François P% auquel il avait avancé de l'argent et qu'il avait reçu magnifiquement dans son manoir, le nomma gouverneur de Dieppe, où il mourut en 1551. Son très gracieux manoir de Varengeville, près de Dieppe, qui existe encore, est un des plus précieux monuments de l'architecture civile de cette époque.
François 1" s'intéresse à ces découvertes. Pour ne pas en laisser perdre tout le fruit, il essaye de faire une part à la France entre le Portugal et l'Espagne qui prétendaient se partager la planète. « Je voudrais bien voir, disait-il, l'article du testament d'Adam qui leur lègue ce vaste héritage. » 11 fait prendre officiellement possession de Terre-Neuve par le Florentin Verazzano (1524); mais celui-ci, dans un second voyage, est pris, rôti et mangé par des anthropophages au Brésil. D'autres expéditions sont confiées à Jacques Cartier, qui est de Saint- Malo, mais qui a des équipages en grande partie normands, 11 remonte le Saint-Laurent jusqu'à l'emplacement futur de Montréal (1534-1536). La carcasse d'un de ses vaisseaux, abandonné par lui, a été retrouvée dans la vase à Québec en 1843. Un gentilhomme picard, Roberval, fait môme une tentative officielle de colonisation (1541) sans résultat. Les guerres contre Charles-Quint détournent l'attention de ce pays pour plusieurs années.
Les visées coloniales de François I*' avaient eu un autre effet, c'est la création du port du Havre. Harfleur, après avoir joué un rôle éclatant, se trouvait déchu vers la fin du xv® siècle par suite des atterrissements qui avaient peu à peu rétréci et en-
vahi l'embouchure de la rivière la Lézarde, qui lui servait de port. On créa, pour y suppléer, le port de Leure, au confluent même de la Lézarde et de la Seine, mais ce n'était qu'un expédient tout à fait insuffisant, d'autant plus que le séculaire abri du Chefde-Gaux, protégé par le cap de la Hève, avait à peu près disparu, par suite du recul de la falaise sous l'action des vagues. On estime que le cap de la Hève a reculé d'un kilomètre du xii^ siècle jusqu'à nos jours. François I"-"" décida de fonder une ville qui fût à la fois un arsenal, une forteresse et un port de commerce à l'entrée de l'estuaire.
L'amiral Bonnivet, bien conseillé, choisit comme emplacement la plaine d'alluvions, encore imparfaitement consolidée, qui s'étendait au pied de la côte d'Ingouville. Les cordons de galets formaient des espèces de digues naturelles derrière lesquelles restaient par endroits des criques ou des étangs propres à l'établissement des premiers bassins. Un autre avantage du Havre, c'est que la haute mer y reste étale plus de deux heures, par suite du jeu des courants et des marées. La marée y arrive en effet en deux flots successifs, l'un qui vient du cap d'Antifer, l'autre qui longe la côte du Calvados. Arrive ensuite le flot descendant de la Seine, qui maintient encore le niveau quelque temps. Ce phénomène était jadis plus marqué qu'aujourd'hui parce que la quantité d'eau qui remonte la Seine est moindre, vu le développement des atterrissements et la construction des digues.
Les travaux de construction du port, commencés en 1517, furent menés activement. En six ans ils furent terminés. La crique naturelle et le chenal d'accès
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furent protégés par des digues et munis de quais. C'est le Vieux-Bassin ou Bassin-du-Roi. Une grosse tour en défendait l'entrée. Un ingénieur italien, Bellarmato, traça les premières rues et la première enceinte. Pour attirer les habitants, François I" les exempta d'impôts et leur permit d'établir des taxes locales au profit de leur cité. Malgré l'opposition du Parlement de Normandie, qui venait de remplacer le vieil Echiquier (1520), ces avantages furent maintenus et accrus parles successeurs de François!". Les Havrais perçurent, par exemple, un droit d'ancrage sur tous les bâtiments mouillant en rade, quelle que fût leur destination, et eurent le privilège d'acheter, à l'exclusion de tous autres enchérisseurs, durant trente-six heures, toutes les marchandises débarquées dans leur port. La nouvelle ville s'appela d' abord Franciscopolis, en l'honneur de son fondateur, mais ce nom artificiel n'a pas prévalu.
La ville primitive était assez petite, 450 mètres sur 700. Elle répondait au quartier Notre-Dame, avec une partie du quartier Saint-François. François P"" visita sa filleule dès 1520. Bien qu'elle eût été fort éprouvée par une grosse marée (1525), elle se développa vite. François I" voulut illustrer le nouveau port par la construction d'un navire colossal, « la Grande Nau Françoise (nau, navire) », qui portait une chapelle, un moulin à vent, un château de bois. On n'avait jamais rien vu de pareil. Malheureusement le bâtiment, trop surchargé, ne put sortir du port, vu son tirant d'eau. Pendant qu'on attendait une forte marée, une tempête, qui eut beau jeu dans cette immense superstructure, le fit chasser sur ses
ancres et le mit en pièces. De ses débris on bâtit quelques maisons du quai de la Barre.
Toute cette période est celle où se propage, au contact de l'Italie, la Renaissance, c'est-à-dire le goût et l'imitation de l'antiquité. Gomme constructions civiles, outre le manoir Ango, on peut citer le gracieux hôtel du Bourgtheroulde à Rouen, tout plein du souvenir de François 1" qui y séjourna en 1540, et l'hôtel de Valois ou d'Ecoville, où est installée la Bourse de Commerce de Gaen.
Comme château, le plus célèbre est celui de Gaillon, construit pour le cardinal Georges d'Amboise (1500-1510), dont l'architecte est incertain, bien qu'on ait les noms et les comptes de ceux qui y ont travaillé. Il n'en subsiste qu'une partie, et le portique orne la cour de l'Ecole des Beaux-Arts. Le rez-de-chaussée est gothique, le premier étage à l'italienne indique la Renaissance. Le château de Mesnières près de Neuchâtel, celui de Fontaine- Henri près de Gaen, ceux d'Oo près de Sées et de Tourlaville près de Cherbourg, sont des spécimens non moins intéressants du « style Renaissance ». N'oublions pas non plus les pittoresques maisons à charpente de bois plus ou moins sculpté, avec étages en surplomb, qui sont si nombreuses en Normandie et qui datent des xv*" et xvi" siècles.
Toutefois c'est encore l'architecture religieuse qui est au premier rang. Il y a lutte et mélange entre le gothique flamboyant et le style antique. Ainsi, l'église de la Trinité, à Falaise, offre le spectacle d'un bâtiment gothique dont le couronnement est décoré d'arabesques. L'église de Gisors, gothique
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dans son ensemble, est alourdie à cette date d'une grosse tour à pilastres d'un effet disparate. Le résultat est parfois beaucoup plus heureux, pour l'abside de Saint-Pierre de Caen, par exemple, un des chefs-d'œuvre de l'époque de François P^ On en peut dire autant de la façade septentrionale de la cathédrale d'Evreux, et de la Tour de Beurre de la cathédrale de Rouen, érigée en 1506 avec les offrandes des fidèles autorisés à se servir de beurre durant le carême. lien existe une autre àVerneuil, tout aussi belle, de la même époque et bâtie dans les mêmes conditions, celle de la Madeleine. Au reste, le plus souvent le gothique flamboyant règne encore à peu près sans partage comme à Pont-del'Arche, à Pont-Audemer, à Caudebec, à Harfleur, à Saint-Pierre de Coutances, à Notre-Dame de Saint- Lô, aux deux églises de Bernay et d'Argentan.
Il faut mettre à part le monument le plus célèbre peut-être de la Normandie, le Palais de Justice de Rouen, commencé dès la fin du xv^ siècle sur l'ordre de Louis XII. Roulandle Roux en fut le « maître machon » et l'architecte fut Roger Ango, qu'on croit de la famille du grand armateur dieppois. C'est le dernier épanouissement du style gothique dans toute sa flamboyante exubérance.
La sculpture atteint un haut degré de perfection. Le tombeau du cardinal d'Amboise dans la cathédrale de Rouen est une œuvre considérable et savante, dont l'auteur est peut-être Rouland le Roux, celui qui se qualifiait modestement de maître maçon. On prétend même qu'une des petites figures de moines qui décorent les pilastres est son portrait. Légèrement postérieur, le tombeau de Louis de
Brézé, grand maréchal de Normandie et mari de Diane de Poitiers, est un exemple encore plus sensible du mélange des deux styles. L'ordonnance générale en est toute classique, les statues ont un accent profond de vérité et même de réalisme.
Ce qui rend difficile l'attribution des œuvres de cette époque à un artiste déterminé, c'est que l'art n'est pas encore bien distinct du métier. Un « maître maçon » peut parfaitement être un architecte, de même qu'un « ouvrier imagier » n'est autre chose qu'un statuaire. Quant au titre « d'architecte », il est donné aussi souvent à des dessinateurs ou à de purs théoriciens qu'à des constructeurs. Les comptes de dépenses ne prouvent pas grand'chose, car ceux qui touchent les plus fortes sommes peuvent n'avoir été que de simples entrepreneurs exécutant la conception d'autrui.
La Réforme en Normandie. — Les Guerres civiles. — La Ligue. — Henri IV. — Colonisation du Canada.
La Réforme est l'événement caractéristique du xvi^ siècle. Elle trouva d'abord en Normandie un terrain assez favorable, surtout dans les villes. Marguerite d'Angoulême, sœur de François I", très sympathique aux idées nouvelles, était duchesse d'Alençon. Clément Marot, le traducteur des Psaumes que chantaient les protestants, était d'origine normande. Il était né à Gahors, mais son père, Jean Marot, poète lui-même et secrétaire de François P"", était du bourg de Mathieu, près de Gaen. Dès 1528 un curé de Gondé-sur-Sarthe, Etienne Le Gourt, est mis à mort pour cause d'hérésie. Le Parlement est très sévère, mais l'Université est favorable aux novateurs, qui se multiplient malgré les persécutions. Il en résulta que la Normandie, pour son grand malheur, se trouva mêlée aux Guerres de Religion.
Les deux partis ont le tort commun d'appeler l'étranger à leur aide. Les catholiques s'appuient sur le roi d'Espagne, Philippe II, les protestants
Sliiluc (lo Duiiois iiCliàteaiidiiii. /'/;.-/. (.uiildiiiii, -l'oniiUrr. I h(iii(indun.\— Cliarics le Mauvais. (Vitrail.) — Ilûtel de lium'yllicrouklc. [l'Iiot.Siics et Monu/nc/iis du J. C. r.) PI. XIII.
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sur la reine d'Angleterre, Elisabeth. Dès le début des hostilités, les protestants s'emparent de la ville de Rouen, et la plupart des cités normandes se prononcent pour eux, notamment Caen, Bayeux, Coutances, Falaise, Vire, Saint-Lô, Carentan. Le Parlement se retire à Louviers, et une armée royale commandée par Antoine de Bourbon , le père d'Henri IV, met le siège devant Rouen, vigoureusement défendu par Montgomery, celui même qui avait tué par accident Henri II dans un tournoi. Le jeune roi Charles IX et sa mère, la régente Catherine de Médicis, assistent au siège. La ville est prise d'assaut (26 oct. 1562), et livrée au pillage pendant huit jours, sans préjudice des représailles ultérieures du Parlement. Antoine de Bourbon avait été blessé mortellement dans l'action. Il mourait dans les rangs des catholiques, après avoir été très flottant toute sa vie entre les deux confessions : sa veuve, Jeanne d'Albret, reine de Navarre, éleva son fils dans la doctrine réformée. La chute de Rouen entraîna la soumission delà plupart des villes normandes.
Les calvinistes ne furent pas plus heureux à la bataille de Dreux. Mais leur chef, l'amiral Coligny, sauve la retraite, revient vers la Basse-Normandie et s'empare de Caen. Tout était à recommencer.
Elisabeth avait envoyé quelques faibles secours à ses coreligionnaires de Normandie. Elle les fit payer cher. Les protestants lui livrèrent le Havre. Les Espagnols n'abusaient pas moins de la situation. En cette même année, le capitaine Jean Rigaud de Dieppe avait fondé avec des émigrants protestants un établissement en Floride. Les Espagnols détruisirent la colonie naissante et pendirent les colons,
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y compris les femmes et les enfants, avec cette inscription : « Non comme Français, mais comme hérétiques. » Du moins cet attentat fut vengé du tac au tac. Un gentilhomme gascon, Dominique de Gourgues, qui était d'ailleurs catholique, vend son patrimoine, construit et équipe à ses frais quelques navires, aborde en Floride, surprend et bat les Espagnols et fait pendre ses prisonniers avec l'inscription : « Non comme Espagnols, mais comme assassins. » Mais la Floride n'en était pas moins perdue pour nous.
Le sentiment national l'emportait heureusement de temps à autre sur les haines religieuses. C'est dans une de ces accalmies, après la paix d'Amboise, que protestants et catholiques, momentanément réconciliés, allèrent de concert reprendre le Havre aux Anglais. Quelques jours après, Charles IX tint un lit de justice au Parlement de Rouen (17 août 1563), où il proclama sa majorité.
La Normandie ne fut pas particulièrement troublée par les guerres suivantes jusqu'au massacre de la Saint-Barthélémy (24 août 1472). Le massacre lui-môme n'y fut pas général. Le gouverneur de Rouen, Carouges, aurait bien voulu sauver les protestants. Il laissa fuir ceux qui le voulurent. Les autres furent jetés en prison et y restèrent trois semaines, après quoi le gouverneur, voyant qu'il allait être débordé par les fanatiques, leur laissa la place et s'absenta quelques jours pour ne rien voir des horreurs qu'il désespérait de pouvoir empêcher. Il y eut, dit-on, cinq cents victimes, bien que l'archevêque, le cardinal de Bourbon, oncle d'Henri IV, eût prêché la modération. La Basse-Normandie fut
plus heureuse : le lieutenant-général du roi, Matignon, ne prêta pas la main au massacre. lien fut de même à Dieppe. Il ne s'y produisit que des meurtres isolés.
La Saint-Barthêlemy ralluma la guerre civile, mais du côté de la Rochelle et du Midi plutôt qu'en Normandie. Cependant Montgomery reparut en armes dans le Gotentin, mais il fut pris à Domfront et décapité en place de grève. Charles IX venait de mourir usé par le remords et la débauche. Son frère, Henri III, un des personnages les plus corrompus de l'époque, lui succède. Il n'était pas fanatique, non plus que sa mère Catherine de Médicis, dont il était le préféré, et essaya d'abord de louvoyer entre les partis. Mais les catholiques, groupés autour du duc de Guise, Henri le Balafré, formèrent Xa. Sainte-Ligue dont les adhérents s'engageaient à défendre jusqu'à la mort la cause de la religion et à obéir aveuglément à un chef nommé par eux. Ce chef fut naturellement le duc de Guise, bien qu'Henri III se soit donné la vaine apparence d'en prendre le titre.
La misère est d'ailleurs effroyable, car les bandes de Ligueurs ou de Huguenots n'épargnent rien. En outre, les impôts de toute sorte enlèvent ce que les pillards ont laissé. D'après des chiffres communiqués aux Etats de Blois, la Normandie paya en trente-trois ans un total d'impôts de 491 millions de livres tournois, ce qui ferait peut-être un milliard et demi d'aujourd'hui. D'autre part elle avait perdu dans le môme temps plus de 141.000 habitants, non compris les émigrants et les victimes de la Saint-Barthélémy dont le compte n'a pu être
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établi dans les quatre diocèses d'Evreux, Bayeux, Sées et Avranches.
Ces Etats Généraux de Blois de 1588 se terminent par l'assassinat du duc de Guise, que suivit à bref délai l'assassinat du roi lui-même (1589). Les crimes se succèdent et s'engendrent. Le trône revenait à Henri de Navarre, Henri IV^ mais la Ligue ne veut pas d'un hérétique et Henri IV est forcé de conquérir son royaume par les armes d'abord, par son abjuration ensuite. Les opérations eurent lieu en grande partie en Normandie, car c'est par là qu'Henri IV peut recevoir des secours de la reine d'Angleterre, Elisabeth. Le nouveau chef de la Ligue, Mayenne, frère du duc de Guise, n'est pas un adversaire redoutable.
Henri IV le battit une première fois à Arques, dans une série de brillants engagements à la suite desquels une partie de la Normandie se déclara pour lui. L'année suivante, il remporte une autre victoire, encore plus éclatante, à Ivry, sur les bords de l'Eure. Louviers qui tenait pour les Ligueurs fut enlevé par trahison et pillé « du jeudi midi au dimanche ». Alors Henri IV va mettre le siège devant Paris. La famine aurait eu raison de la ténacité des Ligueurs, mais Alexandre Farnèse accourt des Pays-Bas avec une armée espagnole et ravitaille la place. H'enri IV dut lever le siège et se rabattit de nouveau sur la Normandie. Il y était du reste attiré par le désir de percevoir les impôts, car il n'en recevait guère d'ailleurs.
Ne se sentant pas de force à mettre le siège devant Rouen, il prend d'abord Fécamp, mais pour
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peu de temps. Le brave Bois-Rosé, un capitaine ligueur normand, la reprit par un coup de main d'une audace folle. La ville était défendue par un fort perché sur la falaise de droite, le fort de N.-D. du Bourg-Baudoin. La falaise se dressait à pic de plus de cent mètres, sans compter la hauteur des remparts, et était battue par la mer. Le fort paraissait donc inabordable de ce côté. Mais à l'époque des grandes marées le pied de la falaise est à sec durant quelques heures. Bois-Rosé, qui a noué des intelligences avec deux soldats de la garnison, débarque de nuit sur la grève ; une corde lui est jetée d'en haut, à laquelle il attache un câble muni de nœuds et d'échelons. Ses complices remontent le tout et fixent le câble au rempart qui couronnait la falaise. Bois-Rosé avait cinquante hommes, il les fait grimper à la file et ferme la marche pour être sûr que personne ne faiblira. Au milieu de l'ascension, la grappe humaine s'arrête. Le sergent qui est en tête, pris de vertige ou de peur, refuse d'aller plus haut. Tout est perdu, car les chaloupes ne sont plus au pied de la falaise que la mer vient battre de nouveau. Il n'y a pas à reculer. Bois-Rosé passe sur le dos de ses cinquante compagnons, paralysés de terreur, arrive au chef de file et le contraint, à la pointe du poignard, de continuer. Enfin la colonne branlante arrive en haut, pénètre dans le fort par une embrasure et reste maîtresse de la place.
Sur ces entrefaites, Henri IV, qui a reçu des renforts anglais amenés par le comte d'Essex, se décida à tenter le siège de Rouen(ll novembre 1591). C'était une grosse partie. Il adressa d'abord aux
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échevins une lettre datée de Vernon où il protestait de son respect pour la religion catholique, s'élevait contre les calomnies du roi d'Espagne et invitait les habitants à reconnaître son autorité sous peine de « ruine et désolation » de leur ville. La population, très ligueuse, répondit fièrement qu'elle comptait sur Dieu, qu'elle n'avait pas confiance dans la clémence d'un souverain soutenu par des étrangers hérétiques, et que l'exemple de Louvierslui prouvait qu'elle n'avait pas à s'y fier. Le gouverneur, Villars-Brancas, avait du reste approvisionné la ville, expulsé les suspects et enrôlé tous les habitants valides.
A défaut de nouveaux renforts anglais, que la parcimonie d'Elisabeth lui refuse, le Béarnais en reçut de la Hollande. Mais Alexandre Farnèse intervient encore une fois. Henri IV marche à sa rencontre avec une partie de ses forces et lui livre un brillant et téméraire combat près d'Aumale. Henri IV s'était conduit « comme un carabin », disait Farnèse, mais c'est ainsi qu'il conservait l'affection de ses fidèles. Une sortie des Rouennais compromit la situation d'Henri IV et Farnèse voulait entrer dans la ville, mais Mayenne et les Ligueurs n'y tenaient pas. Ils se contentèrent de ravitailler la place et Farnèse regagna les bords de la Somme. Ce n'était du reste qu'un faux départ. Le siège ayant continué, la situation devint critique pour les assiégés, et Farnèse, rappelé à grands cris, reparut sous les murs de Rouen. Cette fois l'armée royale dut lever le siège, mais sans aller loin (20 avril 1592).
Farnèse entra dans Rouen puis s'empara de Caudebecoùil fut grièvement blessé. C'était un homme
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de ressources. Refoulé d'Yvetot et rejeté par Henri IV sur Caudebec, il franchit la Seine au moment où on le croyait cerné, gagne Rouen, puis Paris où il laisse une garnison, et rentre en Belgique, mourant mais insaisissable. Il succombe quelques mois plus tard, à Arras, des suites de sa blessure. Somme toute, la campagne était perdue pour Henri IV.
Visiblement le moment était venu d'en finir par d'autres moyens. Henri IV se résigne à abjurer (juillet 1593). C'était le commencement de la fin. Paris ouvre ses portes et les principaux Ligueurs n'ont plus d'autre ambition que de se faire payer le plus cher possible leur soumission. Le gouverneur de Rouen, Villars, est celui de tous qui coûta le plus. Il obtint la charge de grand amiral, conserva le gouvernement des bailliages de Rouen et de Caux, et se fit donner une somme de douze cent mille livres, plus soixante mille livres de pension et une demi-douzaine de riches abbayes. Henri IV n'avait pas tort de dire : « On ne m'a pas rendu mon royaume, on me l'a vendu. » Les autres villes normandes suivirent l'exemple de la métropole. Le parlement ligueur de Rouen et le parlement royaliste de Caen furent réunis. Un pamphlet célèbre, la « Satire Ménippée », avait grandement contribué à déconsidérer le fanatisme ligueur et l'alliance espagnole. Il est significatif de constater qu'un de ses auteurs, le chanoine Pierre Le Roy, est un Normand. Il avait été chapelain du cardinal de Bourbon, archevêque de Rouen, dont la Ligue avait essayé de faire un roi à la mort d'Henri III.
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Il restait la France à refaire. Elle était aussi ruinée après un demi-siècle de guerres de religion qu'après la Guerre de Cent Ans. Les Notables, convoqués à Rouen en 159(j, entendent un discours bon enfant où le roi se déclare prêt à suivre leurs conseils et à « se mettre en tutelle entre leurs mains ». En réalité Henri IV n'entendait subir aucune tutelle et n'en subit aucune. Il accorda du moins aux Rouennais la démolition du fort de la montagne Sainte-Catherine : « Je ne veux, dit-il, d'autre citadelle à Rouen que le cœur des habitants. » Cette bonhomie ne l'empêche pas de se faire obéir. On le vit bien quand les Parlements essayèrent de s'opposer à l'Edit de Nantes (1598), qui instituait la liberté de conscience et de culte pour les protestants. C'est d'ailleurs le roi qui avait raison : « Il ne faut plus faire, disait-il, de distinction de catholiques et de huguenots ; il faut que tous soient bons Français. »
L'administration économe et attentive de Sully permit vite aux ruines de se relever. La Normandie, comme toujours, fut une des premières provinces à renaître. Même pendant la guerre, elle n'avait pas renoncé atout progrès. La fabrication des dentelles s'était établie à Etrépagny (Eure) et la « sage coutume » de Normandie, dont la rédaction avait été préparée par le chancelier Michel de l'Hospital, avait été promulguée en 1583. Elle restera jusqu'à la Révolution la base de la jurisprudence normande, et elle remontait elle-même au « très ancien coutumierde Normandie », qui datait de Jean sans Terre.
La paix redonne un essor nouveau à l'esprit
La iiiaisuii de Coriii'illc, à Petit Couronne. — Pctrlail (!(■ l'Église de Louviers.
{l'hol. Sites et Moniiiiuiils du /'. C. /■■.)